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Chapitre 11 : Partager des souvenirs
Drago était dans son laboratoire de potions Square Grimmaurd, mesurant soigneusement du sang de salamandre pour le mettre dans son chaudron, quand il fut surpris par quelqu'un frappant à la porte. "Deux minutes !" cria-t-il. Ce stade était trop délicat pour être interrompu, mais une fois que les ingrédients auraient été incorporés, il serait en mesure de faire une pause. D'un geste régulier, il remua la potion d'exactement quatre tours et demi dans le sens des aiguilles d'une montre avec une louche d'argent, compta jusqu'à cinquante-trois et retira le chaudron du feu. Il vérifia à nouveau les instructions, révisant mentalement les étapes qu'il avait suivies, lança un sort de Préservation sur le tout, et s'écarta de la table. "C'est bon, vous pouvez entrer !"
Il s'attendait à Sirius, ou peut-être Remus. Éventuellement un membre de la famille Tonks. Il ne s'attendait pas au professeur Smethwyck.
Smethwyck regarda autour de lui avec curiosité, se détendant légèrement en observant l'endroit. Il (elle aujourd'hui, en fait, d'après les apparences) prit un siège alors que Drago essayait encore de comprendre ce qui diable se passait, lui sourit et dit "Vous ne pouviez même pas envoyer une courte note ? Je commençais à m'inquiéter."
Drago rougit, pensant aux parchemins roulés en boule qui recouvraient son bureau. "Je suis désolé, Professeur," répondit-il, mal à l'aise. "J'aurais dû, mais j'ai été distrait par, eh bien, la lettre que j'essayais d'écrire."
Tirésias le regarda longuement et hocha la tête. "Eh bien, vous n'avez pas besoin de passer par un parchemin maintenant," dit-elle. "Souhaitez-vous me parler ?"
Drago ferma les yeux un instant et avala sa salive. "Confidentiellement ?" s'assura-t-il. "En tant que ma Directrice de maison ?"
Tirésias sortit sa baguette et lança des sorts de protection contre les oreilles indiscrètes. "Confidentiellement, en tant que votre Directrice de maison," confirma-t-elle. "Je vous donne ma parole que je ne divulguerai pas cette information, et que je ne l'utiliserai pas pour mon avantage personnel."
"… Severus Rogue était mon parrain," dit Drago à voix basse. "Ça a été assez… difficile."
"Ah." Tirésias regarda la pièce avec un intérêt nouveau. "Je devine qu'il est l'auteur de votre manuscrit ?"
Drago hocha la tête. "Il m'a sauvé la vie," murmura-t-il. "Je sais que tout le monde le déteste, et je peux même comprendre pourquoi, ils n'ont pas vraiment tort, mais…"
"Mais il était votre famille, et il était bon pour vous," finit doucement Tirésias. "Parlez-moi de lui. Pas du professeur Rogue, ou de Severus Rogue le Mangemort. Parlez-moi de votre parrain."
Drago prit une respiration tremblante et hocha la tête, essayant de garder son calme. "… Mon anniversaire est en juin," révéla-t-il. "Quelques semaines avant la fin de l'année scolaire, donc Oncle Severus était toujours à Poudlard. Aussi loin que je me rappelle, il m'envoyait quelque chose pour ma fête d'anniversaire officielle - il y avait toujours quelque chose d'assez solennel, avec des amis de la famille - mais il venait nous rendre visite le lendemain de la fin de l'année, et il passait la journée entière avec moi." Il renifla, retenant ses larmes. "Merlin, quand j'avais sept ans, je… Il ne se plaignait jamais de ce que je voulais faire, jamais. Des choses que mon père n'aurait jamais accepté… il disait toujours que c'était ma journée. Il était très sérieux, pas très doué dans les jeux d'enfants, mais il me laissait lui donner des ordres, il transformait des galets en dragons pour moi, et il m'écoutait toujours, même quand j'étais stupide…"
"Vous aimiez les dragons, à l'époque ?" l'encouragea Tirésias.
Drago eut un petit rire. "Oh, j'étais obsédé par les dragons. Dès que j'ai su ce que mon nom signifiait. Je crois que j'avais dix ans quand j'ai arrêté de rêver à en avoir un jour un que je pourrais monter. Oncle Severus était le seul à ne pas me dire que c'était impossible quand je me mettais à en parler."
Tirésias sourit. "Que disait-il à la place ?"
"Il m'a dit 'Je compte sur toi pour prendre toutes les précautions nécessaires à ta sécurité lors de tes tentatives. Les découvertes de beaucoup de grands inventeurs ont été perdues à cause de premiers essais malheureux'." Drago secoua la tête avec affection. "Enfin, quelque chose comme ça. Et après il m'a raconté comment il s'était brûlé les sourcils une fois à cause d'une potion ratée."
Réfrénant un sourire, Tirésias commenta "Il est assez difficile d'imaginer Severus Rogue sans sourcils."
"Oui, hein ?" acquiesça Drago en souriant. "Une décharge de magie accidentelle de ma part l'a rendu blond une fois, ça valait le coup d'œil."
Tirésias se mit à rire. "Comment l'a-t-il pris ?"
"Mieux que mon père," répondit simplement Drago. "Il a juste dit que c'était facilement réparable et a continué à manger. Il était… le voir comme professeur était si étrange au début – pas parce que je ne pensais pas qu'il pouvait enseigner ! Il me donnait quelques leçons pendant l'été. Mais quand il m'enseignait, il était toujours patient. Et en classe…"
"Le professeur Rogue avait la réputation d'être brusque, sévère et extrêmement partial," confirma Tirésias, se reposant sur le dossier de sa chaise. "Un assistant lui a été attribué quand cette partialité est devenue de la persécution. Assez différent du parrain avec lequel vous avez grandi."
Drago hocha la tête. "Je me disais, peut-être…" Il prit une grande respiration. "Professeur, est-ce que le Doloris peut provoquer des dégâts cumulatifs ? Même si la… cible n'y était soumise que pendant peu de temps à chaque fois ?"
Tirésias fronça les sourcils, pensive. "Je ne pense pas en avoir entendu parler, mais les opportunités d'étudier cela sont très rares. Vous pensez que votre parrain aurait pu… souffrir de séquelles ? Comme les Londubat ?"
"Pas comme les Londubat," dit aussitôt Drago. L'esprit d'Oncle Severus avait toujours été parfaitement clair, sous son contrôle absolu. "J'ai pensé… Il semblait plus… maussade en hiver. Et quand nous étions tous les deux… Au Manoir il prenait des potions contre la douleur alors même que je ne voyais aucune blessure. Pas tout le temps, je ne pense pas qu'il avait une dépendance ou quelque chose de ce genre. Mais je pense…" Il se lécha les lèvres. "Le Seigneur des Ténèbres, il régnait sur… Il régnait à travers la peur. Ses punitions étaient… très sévères." Drago avala sa salive, prit une grande respiration et la relâcha, repoussant les souvenirs. "Je pense que…"
Quand il se tut au lieu de continuer, Tirésias prit la suite. "Vous pensez que la torture répétée infligée par Voldemort a provoqué chez votre parrain une forme de douleurs chroniques," dit-elle doucement.
Drago hocha la tête, silencieux. La première fois qu'il avait vu Severus prendre une potion contre la douleur au Manoir, il n'y avait pas fait attention. Mais après la troisième fois, il avait commencé à se poser des questions, même s'il n'avait jamais rien demandé.
"Pensez-vous que vous devez être examiné à la recherche de troubles résiduels ?" demanda délicatement Tirésias.
Drago se tendit, avala et secoua la tête. "Oncle Severus a demandé à ce que je l'assiste, alors…"
"Vous étiez protégé," conclut Tirésias.
"Pas entièrement," murmura Drago. Bellatrix, en particulier, avait des penchants sadiques. "Mais suffisamment. Et il y avait une potion qu'Oncle Severus me faisait prendre si /j'étais/ pris pour cible. Ça soulageait les tremblements après."
"Il semble avoir fait de son mieux pour vous garder en sécurité," dit doucement Tirésias.
Drago ferma les yeux un instant. Il n'allait /pas/ pleurer. "Il m'a sauvé la vie," avoua-t-il. "Je devais – Je devais tuer Dumbledore. Et j'ai échoué, et je serais mort en raison de cet échec, mais il… Faire entrer tout le monde était assez pour le – pour Vous-Savez-Qui, maintenant que Dumbledore /était/ mort. Et Oncle Sev, il m'a dit que je devrais me rendre au Ministère."
Tirésias tendit la main et serra gentiment celle de Drago. "Je vous présente mes condoléances," dit-elle doucement.
Note de l'auteur : Je ne suis pas une apologiste de Rogue, mais même les mauvaises personnes peuvent avoir des bons côtés.
