Onzième chapitre.
Voici donc quelques éléments sur le passé d'Allen, qu'il se remémore en oubliant la présence de ses amis en face de lui.
Disclaimer : les personnages sont d'Hoshino.
Enjoy !
Je devais avoir dix ans à l'époque. C'était après la mort de Mana, quand Cross m'avait déjà récupéré et s'employait en m'apprendre toutes les ficelles du métier, sans compter qu'il me laissait déjà ses dettes à payer. Madarao avait été un des rares enfants qui ne craignaient pas de m'approcher à cause de ma cicatrice. Au début il avait été curieux, comme tous les autres, mais au final un véritable lien s'était noué entre nous.
Il était un peu plus grand que moi et il était plus athlétique. Il avait une drôle de coupe de cheveux : à gauche ses cheveux étaient hérissés pour ressembler à des piques tandis qu'à droite sa chevelure aux reflets verts était presque plaquée contre la tempe en formant une mèche qui lui cachait cette partie du visage. Le reste de ses cheveux étaient regroupés en arrière en une courte natte et il s'amusait à porter un fin bandeau sur le front. Il était très amical et quelqu'un de franc, un brin bagarreur quand on venait à l'ennuyer mais il n'aurait fait de mal à personne.
Pendant mon "apprentissage" j'étais souvent absent pendant des périodes plus ou moins longues qui me faisaient manquer de nombreux cours. Madarao s'en inquiétait et me demandait toujours la raison de ses absences. Je restais muet ce qui le rendait fou de colère. Et puis un jour, nous devions avoir onze ans, il vint chez moi alors que je rentrais d'une mission un peu chaotique. J'avais été blessé et j'étais en train de nettoyer mes plaies, mon Maître étant sorti en compagnie de l'une de ses nombreuses maîtresses. Il avait fait le mur parce qu'il s'inquiétait vraiment pour moi et il était rentré chez moi par effraction. Je m'étais toujours demandé comment il avait appris à crocheter une serrure et où il avait pu l'apprendre.
Toujours est-il qu'il déboula dans ma salle de bain alors que j'étais en train de recoudre une plaie profonde que j'avais reçue au flanc gauche. Par conséquent j'étais à moitié nu, mon bras noir complètement exposé ainsi que les cicatrices et les traces de brûlures que j'avais eu au cours de mes différentes rencontres avec les esprits. Je l'avais regardé avec surprise pendant qu'il observait mon torse si difforme, après quelques secondes je m'étais empressé de me couvrir avec une chemise qui traînait au sol mais il avait arrêté mon geste et avait pris d'office l'aiguille que je tenais pour finir de me recoudre.
Pendant qu'il me soignait, il ne dit rien, même si je voyais à ses lèvres pincées que quelque chose lui déplaisait. Il ne m'avait pas rejeté comme j'aurais pu le craindre, il n'avait pas paru non plus particulièrement dégouté par mon apparence et cela m'avait soulagé. Il restait mon ami. Quand il eut terminé il me demanda des explications. Après quelques hésitations, je lui avais tout dit. Les fantômes que je voyais depuis la mort de Mana, les missions que je devais effectuer en compagnie de mon Maître qui était aussi mon tuteur, l'organisation bizarre à laquelle j'appartenais désormais.
Étrangement, à part un peu de scepticisme au début, il prit bien la chose et me déclara qu'il m'épaulerait toujours parce qu'il était mon ami. Ca m'avait réchauffé le cœur et j'étais soulagé d'avoir enfin quelqu'un sur qui me reposer un peu. Je le prévins que personne ne devait savoir que je lui avais tout raconté et il avait acquiescé solennellement, me promettant qu'il emporterait mon secret dans la tombe. S'il avait su que ce que ce jour était proche, il ne m'aurait pas fait un sourire aussi éclatant… En échange il me fit promettre de le prévenir chaque fois qu'une mission m'était confiée pour pouvoir s'occuper de moi quand je rentrais.
Cela avait duré deux mois avant que mon Maître ne s'en aperçoive et ne décide de tester Madarao. En fait il l'avait trouvé alors qu'il entrait en douce dans ma chambre, comme c'était notre habitude. Au début Cross avait été furieux de savoir que je n'avais pas su tenir ma langue mais Madarao avait pris ma défense et mon Maître l'avait jaugé rapidement. Après un instant de réflexion il lui donna deux choix : entrer dans la Congrégation en tant qu'exorciste ou bien voir sa mémoire effacée et notre amitié avec. Madarao n'avait pas hésité une seconde et avait accepté d'être testé pour devenir un exorciste.
Il avait réussi le test. Nous étions ravis tous les deux, car ainsi notre amitié ne disparaîtrait pas et que nous partagions désormais le même avenir. Mais c'était sans compter les problèmes qu'il rencontra lorsque les missions que Central lui donnait se faisaient plus souvent. Ses parents, et sa mère en particulier, s'inquiétaient de ses sorties nocturnes et tentèrent de l'en empêcher en l'enfermant dans sa chambre. Il ne voulait pas les blesser mais cela le fit rentrer en conflit avec eux. Ses notes au collège baissèrent et il était plus morose que d'ordinaire. Les seuls moments où il me montrait de véritables sourires c'était quand nous étions envoyé tous les deux en mission. Là il pouvait relâcher toute la tension qui l'habitait. Les jours passant, son besoin de se battre se fit plus pressant. C'était devenu une sorte de drogue pour lui, l'amenant à prendre de plus en plus de risques. Jusqu'à ce jour maudit.
C'était une soirée d'octobre, l'air était lourd et humide, le crachin trempant nos manteaux d'exorcistes. Madarao allait avoir douze ans le lendemain. Nous avions affaire à un esprit frappeur assez coriace. Il s'amusait à effrayer les personnes qui habitaient ce quartier sombre, notamment en brisant les fenêtres et en pénétrant dans les maisons pour y mettre le bazar pendant que les propriétaires en étaient absents. Nous devions nous en charger rapidement avant que le fantôme ne décide de blesser quelqu'un. Nous étions confiants et Madarao était particulièrement euphorique car son anniversaire approchait.
Nous ne nous attendions pas à ce que l'esprit frappeur se soit associé avec deux autres plus vicieux encore. A un moment je fus frappé à la tête et je perdis conscience. Quand je me réveillais Madarao avait réussi à les éliminer mais une effroyable plaie barrait son torse, l'empêchant de respirer correctement. Je me précipitais vers lui alors qu'il sombrait doucement dans les ténèbres. Quand il me vit il me fit un sourire amusé, du sang s'échappant de sa bouche alors qu'il toussait pour parler. Il me murmura :
" Cette fois je crois que je ne vais plus pouvoir veiller sur toi, blandin. Mais c'était marrant…"
Il expira dans mes bras alors que je hurlais mon désespoir. Le voisinage prévint la police et bientôt une ambulance arriva pour nous prendre en charge. Lorsqu'on m'interrogea sur la raison pour laquelle deux gamins comme nous était dehors à cette heure là, tout ce que je répondis fut que nous avions décidé de nous balader. On me demanda si j'avais vu le coupable et je ne pus souffler qu'un maigre non en expliquant que j'avais été frappé avant de perdre connaissance. Mais au fond de moi je connaissais le coupable. C'était moi. Moi qui l'avais entraîné dans ce monde de dangers, moi qui avais réussi à attirer sa sympathie au point qu'il s'était engagé sans aucune arrière pensée. Moi encore qui l'avais arraché à sa famille, qui lui avais volé son avenir.
Le jour de l'enterrement je fus incapable de regarder sa mère en face. J'avais tué son fils et elle était pourtant venue me réconforter parce que j'avais été témoin de sa mort.
Cross n'avait rien dit, me laissant seul à ma peine. Après deux jours à pleurer sur son sort et le mien, j'étais sorti de ma chambre, empli d'une farouche résolution : pour ne plus avoir à souffrir de perdre un être cher, il valait mieux pour moi de ne pas m'attacher, en aucune façon. Cross approuva et me laissa lentement sombrer dans le cynisme le plus total qui me coupa complètement des rares personnes qui me restaient encore. Je devins froid, presque agressif envers mes camarades préférant noyer ma douleur dans l'exorcisme des esprits qui venaient à croiser ma route.
Cross nous fit déménager en décembre de cette année et plus jamais je ne mis les pieds dans cette ville pleine de mes souvenirs et de nos rires.
Lenalee posa sa main sur la mienne me tirant de mes pensées. Je relevais la tête pour croiser son regard empli de sympathie. Je sursautais en esquissant une grimace dégoûtée : je ne voulais pas de sa pitié. Elle ne savait rien et je ne voulais pas qu'elle le sache. Je me libérais de sa main pour constater que, sur mes joues, les larmes dévalaient sans mon consentement.
- Oi Moyashi ! s'exclama Kanda en me regardant indécis. On veut des explications pas que tu chiales devant nous !
- Kanda ! s'offusqua Lenalee. Je suis désolée Allen mais on a besoin de savoir pour t'aider.
- Je n'ai pas besoin de votre aide, marmonnais-je en essuyant d'un mouvement vif les larmes qui mouillaient mon visage. On m'a déjà suffisamment aidé. Retournez chez vous…
Lavi me regardait avec un visage impénétrable comme s'il avait lu dans mon esprit ce que je m'étais souvenu. Je les dévisageais les uns après les autres avant de soupirer. Ils voulaient donc savoir à ce point ce qui me rongeait ? Soit mais dans ce cas ils n'auront pas le droit de retourner en arrière.
Je me levais et allais chercher dans ma chambre, mon manteau d'exorciste, ma cape blanche et mon masque. Je les ramenais dans le salon devant leurs yeux sceptiques avant de demander :
- Croyez-vous aux fantômes ?
Bon d'accord je verse dans le mélodrame. Mais ça va tellement bien à Allen d'avoir ce côté fragile enfoui sous sa carapace de cynisme !
Certes on ne voit pas beaucoup évoluer les choses mais patience, un jour j'arriverais à vous donner toutes les infos !
