Disclaimer : Rien ne m'appartient, tout à JKR.

Note de l'auteur : Oui, je sais, je suis en retard (ne me balancez pas de tomates, s'il vous plait !). D'exactement 3 semaines, ça fait comme si un chapitre avait été publié entre temps ^^' Le pire, c'est qu'avec la modification que je viens de faire, j'aurais pu vous le publier à temps. En effet, devant la longueur ENORME du chapitre 10 (il faisait 95ko, soit plus de 7500 mots, soit 16 pages works en 11, et encore, c'était pas fini !), j'ai décidé de couper le chapitre en 2. Je voulais pourtant vous donner le point final de ce mystère, mais vous attendrez encore 3 semaines. J'ai juste enlevé les 5 dernières pages, plus un rêve au tout début qui correspondra plus au titre du prochain chapitre (en effet, le 10 devait s'intituler à l'origine Chute, maintenant, c'est Blessures.). L'avantage, c'est que le prochain chapitre est bien avancé, et que vous aurez tout le loisir de cogiter convenablement sur les "révélations" présentes dans se chapitre ^^'. Je vous préviens tout de suite, ce chapitre et le suivant sont essentiellement composés de brêves scènes, et de rêves. De plus, TOUS les rêves ont une signification particulière, même ceux des personnages "moins" principaux. Certains, vous l'avez remarqué, semblent évoquer un passage précis du futur, mais TOUS auront une importance plus tard (et parfois même, très tard).

Maintenant, je dédie ce chapitre à Malilite, qui est ma SEULE ET UNIQUE revieweuse sur ce site, pour ses examens (j'ai croisé les doigts pour toi lundi et vendredi(et j'y ai vraiment pensé ! C'est tellement rare, j'oublie toujours tout ^^'). J'espère que ça s'est bien passé, et que tu aimeras ce chapitre (personnellement, je préfère le prochain ^^' Je trouve ici que certains passages sont... Niais. Voilà miss, bonne lecture !

Fait chier, j'ai un mal de chient à mettre le titre au milieu :S

Edit : Yes, Yes, YES ! J'y ai réussi ! (En fait, faut que j'écrive quelque chose après avoir mis au centre, et ça tient !)


Chapitre 10 : Blessures


Je déteste repenser à ce moment, à ces moments. Nous étions meurtries, blessées jusqu'à la moelle, à force de vivre et revivre nos plus sombres peurs, de pénétrer toujours plus profondément dans l'épaisse et douloureuse couche d'angoisse et de ténèbres qui entourait nos cœurs. Maintenant que je sais quoi, ou plutôt qui, en était la cause, je me dis qu'il était bien dommage d'avoir tant souffert pour ça…


« Lena, Lena, réveille-toi ! »

La jeune fille se retourna dans son lit, grognant lorsque celle qui la réveillait se mit à la secouer.

« Lisa… Mais qu'est-ce que ? »

Elle s'interrompit brusquement lorsqu'elle vit que son amie sanglotait furieusement et que son large T-shirt était imbibé de sang. Sang qui provenait d'une large blessure qui lui parcourait le bras droit.

« Mon dieu, Lisa, s'écria-t-elle en se redressant d'un bond, prenant garde à ne pas la toucher, je t'emmène tout de suite à l'infirmerie ! »

*******

L'alarme de sa chambre se déclencha. On tapait vivement à la porte de l'infirmerie. Poppy se redressa dans son lit, bougonnant contre ceux qui osaient la déranger à une heure pareille. L'ancienne infirmière l'avait bien prévenue des farces des Maraudeurs et des soins que cela nécessitait, juste avant qu'elle reprenne le poste, au début de l'année, mais elle n'avait pas précisé que cela poussait les élèves à se rendre chez elle à 2 heures du matin !

La jeune femme, toujours en chemise de nuit, partit ouvrir la porte sur laquelle on tambourinait encore.

« Oui, oui, j'arri- »

Elle tomba nez à nez avec deux élèves de Gryffondor, dont l'une pleurait à chaudes larmes et n'osait toucher son bras sanglant, pendant que l'autre la soutenait légèrement.

« Mon dieu, mais comment vous êtes-vous fait cela ?! »

*******

« Non, Miss, vous n'entrerez pas ici ! Ce n'est pas l'heure des visites, et votre amie se repose.

- Mais, Mrs Pomfresh, protesta Lena, les traits tirés par l'inquiétude.

- Non, c'est non ! Allez déjeuner, de toute façon, votre amie vous rejoindra bientôt. »

Lily eut un geste hésitant, avant de sortir de son sac des affaires de rechange pour Lisa et ses affaires scolaires.

« Comme cela, fit-elle en les tendant à l'infirmière, elle pourra directement nous rejoindre.

- Bien Miss Evans. Maintenant, vous pouvez partir. »

La jeune fille hocha la tête et, attrapant les mains de ses deux amies, s'éloigna.

*******

Lorsqu'Alice, accompagnée de Lena et Lily, arriva devant la classe de Défense Contre les Forces de Mal, avec un bon quart d'heure d'avance, elle eut le soulagement de voir Lisa les attendant patiemment.

« Lisa, murmura Lena avant de la rejoindre d'un pas vif, que s'est-il passé ? Tu m'as fichu une de ses frousses ! »

Son amie l'interrompit, et désigna d'un vague mouvement du menton les Serpentard qui arrivaient eux-aussi.

« Plus tard, il ne faut pas que cela tombe entre de mauvaises oreilles.

- Comment va ton bras ? Chuchota Alice.

- Bien, répondit-elle. Mrs Pomfresh a pu me réparer ça en peu de temps. »

Les trois filles hochèrent la tête, soulagées.

Et bien sûr, tu ne comptes pas leur dire que ta blessure ne s'est pas totalement cicatrisée malgré les potions de Pomfresh ?

Lisa protesta intérieurement. Pas la peine de les inquiéter pour rien.

Et ça ne te dérange pas de leur mentir ?!

Bien sûr, mais…

Bref, le plus dur, désormais, était de ne pas leur montrer la faiblesse de son bras - pourquoi avait-il fallu que ce soit celui qui tenait sa baguette ?! - pendant les cours qui suivraient.

*******

Un sort la frôle, lui arrachant une grimace de douleur. L'odeur du sang la déchaîne. La terreur a laissé sa place à la fureur.

Elle attaque, bestiale. Très vite, elle abandonne ses deux longs cimeterres après qu'ils se soient coincés dans la cage thoracique d'un de ses assaillants, et dégaine deux petites dagues, bien plus aisées à manier en combat rapproché. Car, si batailler de près a le net avantage de déconcentrer suffisamment les adversaires qui se retrouvent alors dans l'incapacité de répondre correctement à l'aide de leurs baguettes, il permet aussi de se retrouver au cœur de la mêlée, de gouter au sang qu'elle verse inexorablement. Un combattant, plus intelligent que les autres, a laissé tomber sa baguette pour se rabattre sur de vulgaires armes -comment disent-ils déjà ?- moldues.

Aveuglée par le sang qu'elle verse toujours, par sa fureur inégalable et sa sauvagerie farouche, elle commet des erreurs, se prend des coups, des blessures. Elle griffe, mord, se débat, mutile impitoyablement son dernier adversaire. Le sang jaillit, coule dans sa bouche, su ses mains, sur ses joues, sur ses larmes. Depuis longtemps, il est mort. Elle s'acharne, avant de s'écrouler en pleurs sur le cadavre.

*******

Ah ça non, cette traitresse de Thruston ne lui avait pas dit qu'elle risquerait de se faire réveiller toutes les nuits ! D'abord une blessée par elle-ne-savait-quoi, et le lendemain probablement une victime des Maraudeurs !

Quelle ne fut pas la surprise de Poppy Pomfresh, 27 ans, infirmière dans la célèbre école de sorcellerie Poudlard, lorsqu'en ouvrant sa porte -pour la deuxième fois en deux nuits !-, elle tomba nez à nez avec la même élève que la veille, seule désormais, avec, en plus de sa blessure au bras qui s'était rouverte, une longue estafilade parcourant son dos !

« Cette fois-ci, gronda l'infirmière, ne me dites pas que c'est une simple coupure due à une maladresse ! Si vous ne me dites pas comment vous êtes-vous fait cela, je préviens le directeur !

- Vous me promettez alors de me donner des potions Sans-Rêve ? Quémanda la jeune McDreamt, pâle sous son masque.

- Il me semble que vous n'êtes pas en état de faire des compromis, la coupa Miss Pomfresh, froide et inquiète. »

*******

« Tu n'étais pas dans la chambre lorsqu'on s'est réveillées, l'accusa Lily, immédiatement interpelée par le teint pâle de son amie. »

Les cours devaient commencer dans une dizaine de minutes. Afin d'empêcher Lisa d'éviter leurs multiples questions avec le début des cours, les Alleli2 (sauf la concernée) l'avaient coincée dans un couloir adjacent, et comptaient bien la faire parler.

« Tu nous expliques, tout de suite, ordonna Lena d'une voix froide et d'un ton n'exigeant aucune protestation.

- Mais que voulez-vous que je vous explique ? S'insurgea la jeune fille, que ce ton avait passablement agacé.

- Commence déjà par nous expliquer pourquoi tu n'étais pas dans le dortoir ce matin, et après on avisera, siffla Alice en croisant les bras sur sa poitrine, se décalant légèrement pour bloquer le passage à la jeune fille.

- Pourquoi ne vous inquiétez-vous pas pour vous ? Vous aussi vous cauchemardez, vous aussi vous pleurez dans votre sommeil !

- Lisa, l'interrompit Lena, piteuse, tu sais très bien que ce sont toujours tes cauchemars les plus pénibles… Regarde toi ! Il y a deux nuits, tu pleurais à chaudes larmes car tu t'étais réveillée blessée. Tu entends ? Blessée ! Toi qui affirmait quelques jours plus tôt qu'un cauchemar ne pouvait ni blesser ni même tuer !

- Comprends alors qu'on s'inquiète pour toi, continua Alice.

- Surtout qu'à tous les coups tu as du y retourner cette nuit, et c'est pour cela que tu n'étais pas au dortoir ce matin, acheva Lily.

- Qu'est-ce cette fois-ci ? L'interrogea Alice. Toujours le bras ? Ou autre chose ?

- Mrs Pomfresh m'a soigné tout cela, c'est bon, les coupa la concernée, toujours sur la défensive.

- Tu sais aussi bien que moi que tes blessures ne se cicatrisent pas entièrement, répliqua Lena, agacée par les protestations de son amie.

- Je vous dis que c'est BON ! Cria Lisa. Je vais bien ! Occupez-vous de vos affaires ! »

D'un geste vif, elle se dégagea de ses amies, et courut vers l'extrémité du couloir menant à la salle de cours. Elle ne put entendre la réflexion blessée de Lena, qui constatait que, même si sa blessure au bras ne s'était pas rouverte -ce qui était fort peu probable-, la jeune fille semblait légèrement amochée au dos, au vu de sa démarche et de sa grimace lors de sa fuite. Et si en ce moment, elle n'était que faiblement meurtrie, la blonde ne souhaitait absolument pas imaginer la taille de la blessure avant les soins de Mrs Pomfresh.

*******

En entrant dans la salle, la jeune fille se précipita sur la toute dernière table, et étala ses affaires sur la place à côté d'elle, empêchant quiconque de s'assoir avec elle. Toujours le visage fermé, elle observa froidement Lena entrer dans la classe. Lorsque sa jeune amie découvrit son manège, elle détourna la tête, blessée, et s'éloigna d'un pas lourd pour s'installer à côté d'un élève de Serdaigle. A la voir ainsi meurtrie, Lisa eut un élan de satisfaction amère et jouissive. Elle réprima un ricanement sarcastique, se renfonçant d'autant plus dans sa chaise.

Elle n'avait qu'à s'occuper de ses affaires. Les autres aussi rêvaient, non ? Qu'elles la laissent alors tranquille !

Elles s'inquiètent pour toi, tu sais.

Eh bien qu'elles ne s'inquiètent pas, tout allait bien, après tout ?

Tu ne devrais pas leur en vouloir pour ça…

Qu'elles cessent de la harceler, alors ! Oh puis après tout, Lena n'avait qu'à s'occuper de sa solitude extrême et sombre, Alice de ses cris de souffrance, et Lily pouvait très bien gérer ses folies meurtrières sans devoir s'occuper de celles des autres ! Chacun ses merdes après tout !

Elisabeth !

« Mais tiens, serait-ce que tout le monde a décidé de t'abandonner ? »

Encore Black. Devant elle. Elle était maudite !

« Oh, fous moi la paix Black, répliqua sèchement Lisa. Cesse donc de nuire au monde qui t'entoure !

- Et c'est…

- C'est bon, Sirius. Laisse tomber, le stoppa Lupin en posant une main qui se voulait apaisante sur son bras. »

Le jeune homme se détourna, vexé et hargneux de s'être fait arrêté par son ami. Puis rapidement, il suivit le regard de Remus, qui fixait successivement la jeune Tears, qui gribouillait sur un parchemin, la mine perdue et triste, et l'arrogante McDreamt, dont la tête reposait entre ses mains, les traits las, les yeux fermés, semblant avoir oublié ses ennemis.

*******

« McDreamt. »

Elle se retourna, à peine étonnée de découvrir Lupin dans son dos. Dans un couloir désert. Mais oui, quelle surprise !

« Qu'est-ce que t'as, toi aussi ? Attaqua-t-elle directement. »

Il recula légèrement, surpris par la colère perçant dans sa voix.

« En fait, je… fit-il, hésitant.

- Je me doutais bien que tu n'avais pas arrêté ton sac à puces de copain par sympathie. Assez sadique pour préférer tourmenter quelqu'un seul ? Ca ne m'étonnerait même pas de toi, cracha-t-elle, furieuse. »

Elle s'apprêtait à se détourner, afin de fuir -encore- au plus vite, mais Lupin la retint par le bras, et reprit :

« C'est vrai, je pourrais faire ça, avec toi ou l'une de tes sales copines. Mais je ne suis pas là pour ça, bien que l'envie me démange.

- Bah vas-y, fais le ! Défoule toi !

- Je voulais savoir comment… Comment tu allais, acheva-t-il un ton plus bas, la main toujours fermement fixée à son bras.

- Dois-je en conclure que tu m'observes, ou que c'est si flagrant que même le plus idiot de mes pires ennemis l'ait remarqué ? Demanda-t-elle, ses prunelles glaciales accrochées au visage du jeune homme.

- C'est assez flagrant, pour celui qui t'observe, répondit-il. Vous agissez bizarrement depuis quelques temps, toi et tes amies. Aussi bien seules qu'ensemble. Tu crois que personne n'a remarqué votre petit accrochage avant le cours ? Et vous êtes fatiguées, malades, et très souvent à l'infirmerie, toi particulièrement. Alors, ne me mens pas comme aux pestes qui te servent d'amies. »

Lisa, dont le visage avait considérablement pâli tout au long de ce discours, éclata de rage et se dégagea brusquement, surprenant Lupin. Elle ne chercha pas pour autant à s'éloigner, et débita des injures à son encontre, avant de contre attaquer :

« Mais pourquoi t'en préoccupes-tu ? Tu devrais être joyeux de nous voir souffrir !

- Ca me dérangerait fortement que l'une de mes meilleures ennemies claque comme un fétu de paille, la coupa-t-il, un sourire sarcastique aux lèvres.

- Mais qu'est-ce que vous avez tous à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ?! Hurla-t-elle. Je vais bien ! Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Est-ce que je cherche à savoir pourquoi toi et tes potes sont souvent fatigués ? Est-ce que je m'occupe de toi et de tes maladies fréquentes et mensuelles (1) ? »

Tous les 28 jours, précisément.

A cette nouvelle intervention de sa « conscience », la jeune fille perdit toutes ses couleurs -qui n'étaient déjà plus très vivaces-, ferma les yeux et se passa une main lasse sur le visage. Lupin la regarda étrangement, éberlué par ce changement soudain de comportement. Et alors qu'auparavant c'était lui qui devait l'agripper, ce fut à cet instant la jeune fille qui attrapa le poignet du jeune homme, l'entraînant d'un pas rapide vers une salle vide. Arrivée au centre de la pièce, elle ne le lâcha pas, mais baissa la tête, n'osant le fixer à nouveau, avant de prononcer d'une voix faible et hésitante :

« Tu n'es pas malade…

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?! La coupa Lupin, qui se dégagea d'un geste vif, soudainement effrayé.

- … Tous les 28 jours, rassure moi ? Continua Lisa sur le même ton, sans prendre en compte son interruption. »

Seul le silence lui répondit.

Elle releva alors lentement la tête, pour observer le jeune homme figé dans une expression d'angoisse et de stupeur.

« Loup-garou, murmura-t-elle. Avoue. »

Il la laissa parler, le visage fermé. Sans réponse. Alors elle se détourna, d'un pas lent et lourd ; atteignit la porte ; et se stoppa lorsque la voix froide et cassante de l'homme résonna dans la pièce.

« Je suppose que je peux faire directement mes valises ? Siffla-t-il, sarcastique.

- Je suppose que l'on ne choisit pas ce que l'on est, rétorqua-t-elle, sans même se retourner. »

De nouveau le silence. Lupin fixait le sol, et Lisa fixait la porte. Puis elle eut un petit ricanement sarcastique, qui ne fit pourtant pas réagir le jeune homme.

« C'est risible, susurra-t-elle, un sourire ironique aux lèvres. »

Oh oui.

Celle qui aimait la lune,

Celui qui ne l'aimait pas,

La Sorcière & le Loup-garou. (2)

Lorsqu'il releva enfin la tête, elle était partie depuis longtemps.

*******

Elle ne fut même pas étonnée lorsque sa porte s'ouvrit cette nuit-là. C'était prévisible. Cette date maudite était pour dans deux nuits, et elles avaient toutes deux besoin de l'autre. Aussi, lorsque son amie se glissa dans ses draps, elle la serra contre elle, cherchant vainement à apaiser ses tremblements convulsifs, lui murmura des paroles douces au creux de son oreille.

« Je ne… veux pas… dor…mir. Je… ne veux… plus rê… ver, hoqueta-t-elle misérablement.

- Chut ma chérie, lui souffla la plus jeune, une main lui caressant les cheveux. Tout va bien se passer… Tu as déjà passé cette épreuve de nombreuses fois, ça va aller… »

Son amie étouffa encore un sanglot, avant de se renfoncer plus encore dans ses bras.

« Cela… va… faire vingt…

- Je sais, je sais, la coupa-t-elle la plus jeune. Endors-toi… »

*******

Elle ne comprenait pas. Ne voulait pas comprendre. Pourquoi sa mère la regardait ainsi ? Pourquoi pleurait-elle ? Avait-elle fait quelque chose de mal ?

« Maman… »

Elle levait ses petits bras boudinés, dans l'attente d'un câlin, d'une caresse, d'un réconfort. La femme la prit dans ses bras, la portant à hauteur de son visage, avant de la serrer contre elle, les larmes coulant toujours sur ses joues. La petite, effrayée par ces larmes incongrues, referma ses mains minuscules autour du foulard ornant le cou de sa mère, et ses jambes se croisèrent dans son dos, afin d'affermir sa prise.

« Maman… murmura-t-elle à nouveau. »

Qui consolait qui ? Qui était l'adulte ; qui était l'enfant ? Rassurante étreinte mutuelle.

« Maman… Pourquoi tu pleures ?

- Ta maman ne pleure pas, ma chérie, non, maman ne pleure pas, rétorqua faiblement la femme, enfouissant son visage et ses larmes dans la tignasse argentée de son ange.

- Si, tu pleures ! Contra la fillette. Tu mouilles mes cheveux maman !

- Lyna, ne me contredis pas ! La coupa la figure maternelle en haussant la voix. »

Effrayée, Lyna desserra ses petits poings, les posa sur les épaules maternelles et se recula légèrement, pour fixer l'eau de ses joues. La mère soupira, puis se mit à genoux, reposant son enfant tout en la gardant collée contre elle, les joues liées.

« Mon Ange, écoute moi attentivement. Il faut que… Tu dois rester cachée !

-Mais pourquoi ? »

La femme soupira à nouveau.

« Tu te souviens des histoires que je te racontais pour éviter que tu fasses des bêtises ?

- Celle avec les monstres à lumières tueuses ?

- Oui, celle là. » Elle hocha la tête. « Ils arrivent. »

Lyna parut subitement terrorisée, et sur le point d'éclater en sanglots.

« C'est ma faute, hein maman ? Murmura-t-elle d'une voix tremblante, J'ai fait une grosse bêtise ?

- Mais non, ma chérie ! »

Sa mère s'éloigna d'elle légèrement, et essuya avec son pouce les petites larmes qui s'échappaient du coin de ses yeux.

« Ce n'est pas ta faute, loin de là ! Tu n'as strictement rien fait de mal, ils ne viennent pas pour cela.

- Mais pourtant, c'est moi qui ai cassé ton bracelet vert, maman ! Tu sais, celui que tu aimais tant ? Je l'ai pas fait exprès, je te jure, mais c'est quand même moi ! Et s'ils venaient pour me punir ? J'ai fait des bêtises, des grosses bêtises…

- Non ma puce, calme toi, la stoppa la femme. Ce n'est pas à cause de toi qu'ils arrivent.

- Mais alors pourquoi ? »

La mère posa son front contre celui de sa fille, et ferma les yeux, avant de répondre.

« Ces Monstres-là aiment beaucoup tuer. Parfois, ils choisissent un endroit, et y vont pour assassiner tous les habitants. C'est-ce qu'ils ont fait aujourd'hui.

- Mais alors, on va tous mourir ? Sanglota de plus belle l'enfant.

- Non, ma chérie, non ! On est puissant. Et tout le monde, sauf les petits comme toi, est parti défendre la ville ! Il va y avoir la reine -et tu sais à quel point elle est forte !-, les Chevaucheuses, même Maman et Papa, et puis aussi Tatie, et Sam, et encore pleins d'autres. Tu te souviens de Sam ?

- Le garçon qui m'emmène toujours grimper aux arbres ?

- Oui, c'est lui. Tu vois, tout le monde va combattre les Monstres, et comme ça ils ne te feront aucun mal.

- Et moi je reste où ? »

La femme rouvrit les yeux, et fixa son Ange.

« Tu vas rester ici, et te cacher.

- Je ne peux pas rester avec toi ?

- Non ! » Elle soupira encore une fois. « Je vais combattre, et tu vas rester cachée ici, comme ça, si jamais l'un des Monstres arrive à passer, il ne trouvera pas. Tu te souviens de la cachette dans le placard ?

- Mais c'est tout noir !

- Je sais, mais c'est la seule solution. Tu resteras là jusqu'à ce que moi ou papa vienne te chercher, d'accord ? »

Lyna hocha la tête, craintive.

« Tu ne devras pas crier, pas parler, ni même chuchoter. Même si quelqu'un entre dans la maison, tu ne fais pas un bruit, parce que ça peut tout aussi bien être moi que l'un des Monstres ! Si quelque chose te fait peur, tu peux fermer les yeux, mais surtout aucun bruit, et ne bouge pas ! Je… »

Un homme, son père, entra dans la chambre et murmura :

« Mythie, c'est l'heure. »

La femme releva sa fille, et, accompagnée de son mari, elle conduisit sa fille près du placard. Elle la reprit dans ses bras, l'embrassa sur le front, avant de la passer à son père, qui fit de même, avant de l'installer dans la minuscule cachette. Il se recula quelques secondes, avant de se rapprocher à nouveau, lui tendant une minuscule couverture, qui devait passer dans l'antre. La femme prit sa place, puis dénoua son foulard mauve, et le tendit à la petite.

« Ca fera comme si j'étais à côté de toi… »

Elle laissa sa place à son mari, qui chuchota au creux de l'oreille de sa fille des paroles encourageantes, avant de conclure par :

« Je veillerai sur ta maman, il ne pourra rien nous arriver… »

Le visage de sa mère réapparut dans l'encadrement, et elle jura :

« Je te promets que je reviendrai te chercher. »

Puis le passage se referma sur eux, et elle put les entendre s'éloigner. Puis plus rien.

Silence complet. Noir intense. Elle serre convulsivement contre elle le foulard. Elle a peur. Du noir, de tout.

Elle pleure.

Elle ouvre les yeux, rencontrant le noir, toujours et éternellement. Fuit le corps chaud contre le sien. Laisse les larmes couler sur ses joues. Laisse les tremblements convulsifs l'envahir. S'éloigne encore. Elle souffre. Il ne faut pas qu'elle le sache, qu'elle l'entende, qu'elle le sente. Elle aussi souffre. S'épargner mutuellement.

Elle a peur de l'avenir. Elle hait ce monde cruel. Car la mort peut briser les promesses.

*******

Les gens hurlent à l'extérieur. Des cris de douleur, des sanglots non étouffés, des hurlements de terreurs. Le bruit, puissant, intense. Mortel.

Elle ne sait pas où est sa mère. Elle ne sait pas où est son père. Elle contemple, horrifiée, par la petite lucarne en haut du grenier, le désastre qui se joue autour d'elle.

La cité brûle. Les arbres pleurent. La forêt gémit sur son cœur assassiné.

Les gens tombent. Par dizaines. Par centaines. Par milliers. Sous ses yeux se déroule le pire génocide de leur race. Leur ancienne apogée est sous les cendres, sous le sang, sous les larmes. Leur splendeur pourtant encore visible quelques heures auparavant est atrocement mutilée, dévorée par la haine et le chaos.

La Lune est pleine. Les rituels sont restés figés, sur les places et dans les murs, éternels signes de leur brutale chute. Le Vent souffle, gronde, la Nature se déchaîne. Symptômes de la folie douloureuse de la Toute Puissante. Par ces assassinats, Elle se meurt.

Plus unie que jamais, la pauvre enfant pleure, elle aussi, larmes de La Détruite.

Puis un attroupement attire son regard. Des Monstres se réunissent sur les cadavres encore chauds de ses frères et sœurs. Après une concertation longue et ponctuée de vifs éclats de voix, incompréhensibles pour la petite fille, ils se séparent, pour se diriger vers les entrées des habitations.

Le bruit revient dans son foyer. Mortel.

Effarée, la fillette se recule, contemple son reflet dans la vitre avec effroi. Ils vont la trouver ! Alors elle se relève, cherche rapidement une cachette, alors qu'elle entend déjà des pas à l'étage au dessous. Elle se précipite vers l'amas de cartons sales et poussiéreux, ses pieds soulevant la poussière dans la pièce.

Une voix retentit à l'étage. Puis des pas, nombreux, bruyants, montent le dernier escalier. La porte s'ouvre, et les premiers Monstres apparaissent.

Elle ne voit rien, cachée comme elle est. Les voix qui lui parviennent sont étrangères, et la langue utilisée incompréhensible. Elle retient son souffle, ferme les yeux, psalmodie en silence quelques prières pour la Déesse. Les pas continuent de sonner, les Monstres tournent en rond.

Puis des mains agrippent la cachette, la soulèvent, la retournent. Moïra tombe, sous les yeux de ses ennemis, dont les armes sont tendues vers elle. Elle ne cherche même pas à se débattre, trop choquée. De toute façon, que peut une fillette d'à peine 5 ans face à ces titans monstrueux ?

Elle est ligotée, bâillonnée, emmenée comme un vulgaire paquet. Ses yeux grands ouverts, elle voit le monde qui lui échappe, la vie qui court loin d'elle, les arbres qui se referment sur sa tombe. Elle n'a que cinq ans, mais elle sait déjà qu'elle va mourir, comme les autres, son sang noir s'échappant de sa gorge ouverte.

Puis elle est jetée aux pieds d'un Monstre encore plus grand, encore plus terrifiant que tous les Monstres auxquels elle a déjà eu affaire. Elle sait que c'est le chef. Il pose une question, qu'elle ne comprend pas. Eclate d'un rire effrayant, qui la gèle sur place. Ceux qui l'avaient apportée s'éloignent, retournent au combat. Elle attend là, aux pieds de ce Monstre de haine et de glace, des minutes, voire des heures, avant qu'un changement survienne.

C'est sa mère, qui recule vers eux, la lame toujours pointée vers les Monstres qui l'acculent. Lorsque le Chef ricane à nouveau, elle se retourne, faisant fi du danger derrière elle. Son regard se pose sur sa fille, et alors commence un dialogue dans cette langue inconnue et laide. Dialogue cruel, d'après le visage de celle qu'elle aime le plus au monde.

Les yeux fixés sur ces traits qui souffrent tant, elle ne voit pas la baguette pointée vers elle, ni l'éclair lumineux qui en sort. Elle s'écroule.

Elle se réveille en sursauts, le cœur serré par la douleur. Se redresse à moitié, pose une main tremblante sur sa poitrine malade. Se rallonge, contemple le plafond. Fuit le corps chaud contre le sien. Laisse les larmes couler sur ses joues. Laisse les tremblements convulsifs l'envahir. S'éloigne encore. Elle souffre. Il ne faut pas qu'elle le sache, qu'elle l'entende, qu'elle le sente. Elle aussi souffre. S'épargner mutuellement.

Deux flux qui coulent, s'entrelacent, se croisent, mais sans jamais se frôler.

Identiques.

Seuls.


(1) : Vous ne pouvez pas savoir le temps qu'il m'a fallu pour retrouver cet adjectif ! C'était horrible. Je suis passée par des monaires, mo-quelque chose…

(2) : Petite retranscription à ma manière du poème La Rose et le Réséda, de Louis Aragon, qui est magnifique, et qui dit :

« Celui qui croyait au ciel,

Celui qui n'y croyait pas,

La Rose et le Réséda. »

Voilà, j'espère que vous avez aimé. Un petit commentaire, sur vos impressions et sur ce que vous pensez qu'il va se passer ?