Hey ! Le chapitre 11, comme prévu !

Je pense que ce chapitre et le suivant plairont pas mal aux fans de certains personnages, qui vont être plus mis en avant durant ces chapitres ! Je ne dirais donc rien de plus pour vous laisser découvrir ;)

Bonne lecture à tous !


Chapitre 11 : Extraction de Blüdhaven

Clark raccrocha le téléphone en soupirant. Il rehaussa ses lunettes, s'étira de sa chaise en retenant un bâillement et finit par se lever. Ça faisait des heures qu'il était sur sa chaise, pendu au téléphone.

_Où tu files comme ça Kent ?! On n'a pas fini que je sache !

Le journaliste soupira en se retournant vers sa collègue.

_Café.

La jeune femme composa un nouveau numéro sur son propre téléphone.

_Oh bonne idée ! Avec lait et deux sucres !

Clark leva les yeux au ciel et pris sa veste pour sortir. Il croisa Jimmy devant l'ascenseur.

_T'es encore là Clark ?!

_Loïs.

Le garçon roux fit de grands yeux et dès que la porte de l'ascenseur s'ouvrit, il s'y glissa en vitesse.

_Vaut mieux que j'y aille avant de me faire avoir aussi !

_Tu l'as dit.

Jimmy lui afficha un sourire et dès qu'ils arrivèrent au rez-de-chaussée, ils se saluèrent. Clark sortit son téléphone portable de sa poche, qu'il n'avait pas consulté depuis des heures. Il était déjà 21 heures. C'était peut-être aussi pour ça, qu'il commençait à avoir faim. Machinalement, il se dirigea sans regarder devant lui vers le vendeur de café ambulant en bas de l'immeuble.

_Salut Marco, deux cafés comme d'hab' s'il te plaît.

_L'autre est pour Mademoiselle Lane ?

Clark ne leva pas la tête de son téléphone pour répondre.

_Dans le mille. Encore des heures sup' au service de Madame.

Il entendit le jeune homme rire en leur préparant leurs cafés et rangea son appareil. Il n'avait pas de nouvelles du Bat, il aurait dû s'en douter. Mais il avait quand même eut l'espoir d'avoir des nouvelles. A la place, il recevait des messages de Diana lui demandant des conseils sur un cadeau à offrir à Steve. Ça ne l'embêtait pas, au contraire, il aimait rendre service, mais il aurait préféré que ça soit un autre membre de la Ligue qui vienne lui parler.

Il repartit avec ses cafés et retourna à l'intérieur du bâtiment. Ça faisait deux jours qu'il n'avait aucune nouvelle de Bruce. Deux jours qui lui avaient parus interminables. Clark se gifla mentalement. Il fallait qu'il se sorte Wayne de la tête. C'était nécessaire pour sa santé mentale. Maintenant qu'il avait goûté au fruit défendu, la tentation était encore plus forte et il s'était souvent fait la réflexion qu'il pouvait être au Manoir aussi facilement qu'en claquant des doigts. Mais il n'était pas tout seul dans cette histoire. Il devait respecter la vie personnelle de Bruce et le fait qu'il puisse avoir besoin de temps pour encaisser. Clark savait qu'une première expérience homosexuelle pouvait être difficile à accepter.

Il déposa le café de Loïs devant elle, alors qu'elle semblait patienter au bout du fil. Clark observa de loin la liste de numéros qu'elle avait sous le nez. Elle n'avait barré que deux numéros de plus. Il devait en rester une vingtaine d'autres. Il écouta Loïs se présenter au téléphone, avant de se faire raccrocher au nez sans avoir pu terminer. Elle reposa durement le combiné et se saisit fermement de son café.

_Non mais quel connard !lâcha-t-elle quand elle reposa son gobelet.

_Loïs, je pense qu'on devrait s'arrêter, non ?

_Non ! Il ne reste plus que 17 John Taylor !

_Et il est possible qu'ils aient tous une vie privée, Loïs. Si tu veux des informations, les appeler tous un à un en faisant l'annuaire ne t'aidera pas.

Il esquiva un paquet de mouchoirs et devant le regard insistant de sa collègue, composa un autre numéro.

_Tu me devras un service.

_Oui, oui Kent allez au boulot !

Clark se demanda le reste de la soirée pourquoi il rendait autant service à ce tyran à talons.


Il faisait chaud. Vraiment très chaud. Il sentait les flammes lui lécher la peau et, même s'il en était insensible, il arrivait à estimer la hauteur de la température. Il devait faire près de 1 200° Celsius. C'était très élevé. Il tendit l'oreille dans le brasier et utilisa sa vision à rayon X pour repérer les personnes encore présentes dans la forêt. Il avait entendu à la radio des shérifs qu'il restait de nombreux campeurs partis en excursion et que six personnes manquaient à l'appel.

La forêt du canyon dans lequel il se trouvait était vraiment très vaste et le feu se propageait très vite à cause du vent. Il était le seul héros sur place pour le moment, alors il devait prioriser son intervention. Trouver les personnes présentes, s'assurer de leur évacuation. Ensuite, il interviendrait sur le feu. La violence du vent lui compliquait la tâche et à une telle température, s'il gelait les flammes, il risquait de tuer les personnes prises au piège. Même le souffle de sa super vitesse n'avait qu'un moindre impact.

Il décrocha son attention du feu quand il sentit ce picotement d'énergie plus fort que les dernières fois. Il aurait presque juré voir une étincelle jaillir de ces doigts. Mais avec les flammes tout autour de lui, il doutait d'avoir réellement vu ça. Chassant les idées qui tournaient autour de ce problème, il se concentra de plus belle sur l'incendie et les personnes à secourir. Il affina alors son ouïe.

A travers les craquements du bois qui brûlait, il réussit à entendre un appel à l'aide presque imperceptible. Il trouva deux campeurs un kilomètre plus loin, qui s'étaient couverts dans un petit cours d'eau. Ils étaient au bord de l'asphyxie, avec des brûlures partielles. Il les sortit des flammes et se mit à la recherche des autres. Il mit plus d'une demi-heure à trouver les quatre autres personnes dans les 2 000 km² environnants. Les derniers furent dans un état plus grave, mais vivants. C'était la seule chose qui comptait.

Il s'occupa alors de ralentir l'avancée de l'incendie, qui se propageait dangereusement vers le sud, atteignant les premières maisons au nord de Los Angeles. Il fit alors la première idée qu'il avait en tête. Il utilisa son souffle. Mais Clark n'était pas un superhéros maitrisant la glace. Il ne savait que produire un souffle glacial, qui ne semblait pas tenir très longtemps sous ce feu ardent. Mais ce fut assez pour que les pompiers maitrisent peu à peu les flammes.

Ce fut un processus long, épuisant et difficile. Il relancé son appel à l'aide à d'autres héros. Seul Red Tornado put répondre à son appel à temps et à eux deux, ils utilisèrent l'air pour galvaniser les flammes, permettant aux spécialistes du feu d'intervenir. Clark se déplaçait sur plusieurs pans de forêt, gelant ou utilisant sa super vitesse. Il ne pouvait intervenir que s'il était prêt du robot rouge, alors le duo devait se coordonner dans leurs mouvements.

Ils ne rendirent le feu gérable par les pompiers qu'après plusieurs heures d'intervention. Quand les deux super-héros se retirèrent alors, Red Tornado et lui ne ressemblaient plus à grand-chose. Superman avait le visage noirci par la fumée et dégoulinait de sueur et Red Tornado avait sa peinture qui avait pris un sacré coup de chaud. Après un rapide échange, les deux superhéros repartirent chacun dans une direction.


Clark se laissa tomber sur sa chaise de bureau, épuisé par son intervention. Il avait encore trop chaud, alors qu'il était arrivé à Métropolis une dizaine de minutes auparavant. Il ferma les yeux et bascula sa tête en arrière, le temps de reprendre un peu ses esprits et d'essayer de se rafraîchir. Même comme ça, il pouvait sentir le regard inquisiteur de sa collègue en face de lui.

_Tu as pris une très, très longue pause déjeuner Smallville, lâcha-t-elle sur un ton inquisiteur.

_J'ai eu d'autres trucs à faire, dit-il sur un ton las.

_Et ces choses concernent un barbecue au feu de bois et une certaine Elena ? Remarque, avec ton allure débraillée, ça ne m'étonnerait pas. Enfin, j'ai dit à Perry que tu étais parti dans la matinée pour voir un indic'. J'espère que ça valait le coup !

Clark se redressa sur sa chaise et observa son reflet sur l'écran de son ordinateur pour se réarranger. Sa cravate était légèrement de travers et il avait l'arrière de ses cheveux un peu désordonné. Et oui, il sentait aussi le feu de bois malgré tout. Puis il releva la tête vers Loïs, l'air suspicieux :

_Comment tu sais pour Elena ?

La jeune femme lui adressa un large sourire malicieux.

_Allons Clark, je suis journaliste. Tu devrais faire attention avec tes absences prolongées, elles ne plairaient pas à Perry.

Clark savait que Loïs avait bien eu ses informations quelque part. Jimmy aurait lâché l'information si vite ?

_Jimmy ?

Elle rit à la demande.

_Non, il a fui avant que je n'arrive à le cuisiner.

Le brun eut un léger rictus en imaginant parfaitement le jeune photographe faire. Puis Loïs reprit, reportant son attention sur elle.

_En fait, tu es parti si vite tout à l'heure que tu as oublié ton téléphone. Cette Elena t'a appelé plusieurs fois.

Clark haussa un sourcil et chercha des yeux son téléphone sur son bureau, avant de le trouver vers Loïs. Il le récupéra et consulta ses appels. En effet, la jeune femme l'avait appelé deux fois. Et il avait aussi des messages. Certains étaient d'elle. Elle l'invitait à déjeuner un jour dans la semaine, un message auquel Clark répondit positivement avec plaisir. Puis il avait d'autres messages. Un de Diana, lui demandant son avis sur des choses personnelles et un seul message unique de Bruce.

Le simple fait de voir le nom de Bruce suffit à lui élargir le sourire. Il espérait que ça soit personnel. C'était personnel. Il l'ouvrit. Le message était très bref, mais aussi très clair. Une heure, un lieu, une date. Un dîner à Atlantic City. Clark essaya de contenir son enthousiasme en répondant positivement à l'offre du soir. Puis le petit rire espiègle de Loïs le rappela à l'ordre. Il décida de faire changer de sujet à la femme.

_Alors, tu l'as finalement trouvé ton John Taylor ?

_En fait, il avait quitté Métropolis depuis 2 mois. Il n'avait pas encore changé ses coordonnées. Il vit désormais à Gotham, mais il est décédé il y a trois semaines d'un accident de voiture.

Clark fut songeur. John Taylor était l'un des chauffeurs de camions qu'ils avaient réussi à identifier, sur leur enquête. Clark n'avait pas demandé à Loïs comment elle avait eu l'information, mais dans tous les cas, ils allaient droit dans le mur.

_Et si on entrait dans l'un de leurs laboratoires ?

Le journaliste secoua négativement la tête.

_Je pensais que tu voulais obtenir le Pulitzer, pas un casier judiciaire.

_Alors trouve une meilleure idée, le petit génie !

_Je suis dessus. En attendant, j'ai d'autres articles à rédiger si tu permets.

_Celle de la page des sports ?

Clark soupira et reprit son travail, s'il ne voulait pas finir par pointer au chômage.

Kent venait tout juste d'envoyer son article à Perry pour validation et s'apprêtait à partir quand il reçut un curieux message. Il était en fin d'après-midi, il avait donc encore de la marge avec son rendez-vous mais le numéro était inconnu. Il le consulta, légèrement suspicieux.

st bernadine blud asap

Clark fronça les sourcils. St pour Street ? Saint ? Blud pour Blüdhaven ? Dick avait des problèmes ? Il tapa les mots-clés sur le moteur de recherche de son ordinateur et trouva quelque chose qui correspondait. Une vieille église abandonnée près du port de Blüdhaven, du nom de Sainte Bernadine. Il jura en se levant de sa chaise.

_Clark ?

_Une urgence, faut que j'y aille.

Il prit sa veste et son téléphone et quitta le Daily Planet très vite, abandonnant dans un coin ses lunettes et sa veste.


Son oreille capta avant tout les bruits de tirs de fusil mitrailleurs avant que ça ne soit sa vision à rayons X qui lui indiqua la situation. Superman s'arrêta en haut d'un bâtiment, se mettant à couvert alors qu'il essayait de comprendre la scène qu'il voyait à travers les murs de la vieille église.

Il ne devait pas se rendre visible. Il n'avait pas mis son costume et n'avait rien pour se protéger le visage. Si le message venait de Dick et qu'il s'était montré en Superman, il aurait probablement ruiné tout le plan d'action du jeune héros. Il avait peut-être été démasqué, mais ça ne voulait pas dire qu'ils avaient fait le lien entre lui et son masque ou sa position dans la Ligue.

Il étudia la situation. Deux personnes étaient en train de se faire tirer dessus par une dizaine d'hommes et se retrouvaient piégés dans le fond de l'Eglise. Un autre groupe d'hommes armés semblaient essayer de s'introduire par l'arrière et les prendre à revers. Clark jugea bon de les neutraliser en premier.

Utilisant sa supervitesse, il neutralisa cinq hommes et se plaça sur le dessus du bâtiment, observant sa structure et la position des hommes. Levant les poings, Clark estima sa force avant de frapper violemment le toit de l'Eglise, qui s'effondra sur les hommes en dessous. L'attaque n'était pas précise, mais il avait réussi à neutraliser l'ennemi sans tuer les victimes. Il cessa de voler et rejoignit Grayson.

Il fut accueilli par le canon d'un Sig Sauer 716 Patrol* de très gros calibre.

_Nom de dieu t'as failli nous achever !pesta alors Dick en le reconnaissant.

Dick avait une sale tête. Mais il ne semblait pas gravement blessé, contrairement à l'autre homme à côté, qui se manifesta :

_Sup… t'as appelé Sup…

_Oh la ferme Jay !

Jason Todd. Clark s'étonna de le voir là. Mais il y réfléchirait plus tard, découvrant la blessure de Jason pour avoir une visibilité de surface, puis il changea de vision. La balle était toujours présente et avait touché l'artère hépatique. S'il n'agissait pas vite, il allait mourir d'une hémorragie.

_Tu peux faire quelque chose ?

_Oui. Mais je ne peux pas vous évacuer tous les deux. Le toit de l'immeuble de derrière, restes-y.

Ils savaient tous les deux que la ville n'était plus sûre pour lui. Puis Clark souleva Jason et s'envola.


Clark savait qu'en entrant dans la Cave, il déclencherait une alerte. Il ne savait pas si Bruce allait en être averti par une alarme personnelle ou si c'était par le biais d'Alfred. Il espérait simplement qu'Alfred serait averti de leur arrivée. Lorsqu'il installa Jason sur l'une des tables de soins de la cave, il entendit l'ascenseur s'ouvrir et tourna la tête dans la direction du majordome.

_J'ai besoin de votre aide, je ne sais pas où sont les outils de secours.

Alfred baissa le canon de son fusil à pompe et le posa sur le côté lorsqu'il reconnut Clark. Il récupéra le matériel.

_Ah, salut Alfred…

_Maître Jason, nous allons nous occuper de vous.

_Dick…

Alfred leva les yeux vers Clark. Ce dernier était en train de s'équiper de gants et d'une pince. Il pouvait voir la balle sans problèmes, mais il n'avait pas une ligne de vue directe pour cautériser l'artère avec sa thermovision.

_J'irais le chercher quand tu seras stable.

Il perdait beaucoup de sang. Alfred était en train d'éponger le sang et la visibilité était difficile. Aucun d'eux n'était médecin, et encore moins chirurgien. Mais ils avaient fini par apprendre à agir lorsqu'il y avait besoin.

_Je peux voir la balle Alfred. Je vais la retirer, mais je n'ai pas accès à l'artère.

Alfred sortit une seringue et la planta dans le bras de Jason, probablement un anesthésiant. Clark plongea sa pince dans l'abdomen du jeune homme. Il arrivait à guider l'instrument en changeant régulièrement de vision et réussit après de longues minutes à attraper la balle. Mais l'hémorragie était toujours aussi importante.

_Je vais le perfuser.

Clark hocha la tête et réfléchit. Il n'était pas chirurgien, mais il avait besoin d'une meilleure visibilité. Il devait élargir la blessure. Il se saisit d'un scalpel.

_Je vais essayer de cautériser, et si ça ne marche pas je l'emmènerai à l'hôpital.

Il se doutait que s'il n'agissait pas dans les minutes qui suivaient Jason allait mourir. La situation était plus que stressante.

_Ceci vous sera peut-être plus utile.

Il tourna la tête pour voir l'objet que lui tendait Alfred. Une stylet-laser qu'avait développé Caulder à des fins médicales. Il avait mis sa technologie à disposition à la Ligue. Bruce avait dû s'en procurer. C'était l'outil parfait. Sa vision à lui aurait peut-être brûlé d'autres organes et n'était que directe. Là au moins, il pouvait aller à travers les tissus.

Il se concentra au maximum pour aller à travers les tissus. L'opération était délicate et il essaya d'être le plus rapide, mais le plus minutieux aussi. Dans ce genre de situation, il regrettait de ne pas avoir choisi de faire des études dans la médecine. Il réussit néanmoins à obtenir un résultat. Il stoppa le saignement en colmatant l'artère avec et fut soulagé de voir qu'il n'y avait pas d'autre dégâts.

_Je vais le recoudre. Allez chercher Richard.

Clark hocha la tête et fit ce qu'Alfred lui disait, le sachant entre de bonnes mains.

Il n'eut aucun mal à ramener Dick au Manoir. En attendant l'arrivée de Superman, il s'était caché comme indiqué sur le toit et avait attendu. Lorsque les deux hommes arrivèrent, Alfred était toujours en train de recoudre Jason.

_Alfred ! Comment il va ?

_Monsieur Clark a fait un travail remarquable. Maître Jason s'en sortira. Êtes-vous blessé Maître Richard ?

_Non, ça va aller. Jason s'est pris la balle à ma place.

Alfred reposa ses outils et prit un pansement régénérant de la Tour de Garde. Il leva les yeux et vit l'arme que tenait le jeune homme. Il haussa un sourcil, et Clark posa la question à sa place :

_Un SIG 716 Patrol, sérieusement ? Les autres n'avaient que des M16.

_Jason aime être lourdement armé. Je l'ai ramené parce qu'il y avait probablement ses empreintes.

Alfred vérifia les blessures de Jason et pansa une autre blessure à la jambe et à l'épaule. Puis il fit signe à Dick d'approcher afin de s'occuper de ses blessures. Clark avait vu que Dick s'était avant tout combattu à mains nues. Il avait dû fuir et se réfugier dans l'église. Il grogna en constatant que Dick avait une blessure récente aux côtes mais qu'elle cicatrisait. Sa réaction attira l'attention sur lui.

_Tu nous expliques ?

Le majordome fit assoir l'acrobate sur un autre lit et fit quelques points à l'arcade sourcilière.

_Pour faire court, avec le réseau que j'avais infiltré, on devait recevoir un chargement de matériel au vieux port. Sauf qu'on s'est fait doubler et que nos cargaisons avaient été détruites, par ce cher Red Hood, ici présent. Il était sur place et a été pris pour cible. Il était en mauvaise posture alors… j'ai dû faire un choix. Ce con a failli me tuer. On a fui vers l'église et il m'a plaqué au sol pour me protéger, c'est comme ça qu'il s'est pris une balle. Du coup, je lui ai pris son téléphone et je t'ai envoyé un message.

Clark jeta un œil à Todd, inconscient sur la table. Ses vêtements étaient trempés de sang, tout comme les siens ou ceux de Dick.

_Vous allez le dire à Bruce, je suppose.

Clark et Alfred se jetèrent un regard.

_Maître Bruce est à Atlantic City. Il ne rentrera pas avant un moment. Mais Maître Jason ferait mieux de rester ici, et vous aussi.

Dick adressa un regard reconnaissant à Alfred, puis se tourna vers Clark.

_Je devais dîner ce soir avec Bruce.

_Dîner avec Bruce ?!

Dick jeta un regard surpris à son ancien majordome puis sourit.

_C'est intéressant ça.

Dans une autre situation, Clark aurait peut-être levé les yeux au ciel. Mais Jason et Dick avaient failli y passer s'il n'était pas intervenu. Il repensait aux évènements de la journée, à cet incendie et son oubli de téléphone. Il aurait pu les perdre tous les deux. Clark tenait beaucoup à eux. Il n'imaginait pas l'étendue de la souffrance que leur perte aurait causé à Bruce et à Alfred. Il sentait au fond de lui son besoin de les protéger, mais ils n'étaient plus des adolescents têtus. Richard et Jason étaient des adultes aux chemins bien différents et qui pourtant, restaient toujours aussi proches. Clark savait pourquoi. Il était sûr qu'Alfred s'en doutait.

_Jason devra rester alité un moment. Je m'occupe de Bruce.

_Tu es sûr ?demanda Dick. Jason et Bruce ne sont pas vraiment en très bon termes…

Clark ne répondit pas.

_Je vais préparer vos anciennes chambres. Dois-je vous compter parmi nous, Monsieur Clark ?

Le journaliste allait décliner quand Dick intervint.

_Je crois que ce serait une bonne chose que tu restes, Clark. Je n'ai jamais été très bon pour canaliser Bruce. Tu sauras mieux lui apprendre la nouvelle.

_Alors c'est entendu, conclut immédiatement Alfred, qui remonta au Manoir.

Clark n'avait même pas eu son mot à dire. De toute manière, il ne serait pas obligé de rester. Mais son petit doigt lui disait que ça allait être le cas.


Quand Clark entra dans le restaurant, il avait la tête complètement vide. Il n'aurait jamais cru ça possible dans sa vie. Il ressentait tellement d'émotions qu'il avait fait un blocage complet : il était totalement effrayé à l'idée de voir Bruce et paniquait sur comment agir avec lui. Il ne savait absolument pas s'il devait parler de l'incident qui venait de se passer ou s'il devait se comportement normalement. Mais il était incapable de se comporter normalement. Il n'avait même pas son attitude normale.

Il donna sa veste à l'hôte d'accueil qui le guida à travers ce restaurant luxueux pour rejoindre Bruce. Son estomac se serrait au fur et à mesure qu'il approchait. Il était en retard d'une dizaine de minutes et ne portait pas sur lui ses affaires. Clark avait peur d'être reconnu : il n'avait pas ses lunettes.

Il revoyait Alfred et Dick s'affairer à l'habiller pour la soirée. Clark avait été prêt à renoncer à ce dîner, mais les deux autres hommes avaient fortement insisté pour qu'il y aille. Selon eux, Bruce avait besoin de sortir parfois et d'avoir une vie sociale, même si elle était étroitement liée à sa cape. Il n'avait pas eu de contre-argument, il était d'accord avec eux.

Alfred avait sorti des affaires de Bruce un pantalon noir et un polo simple gris foncé et Dick lui avait donné des lentilles de couleur pour masquer le bleu de ses yeux. Mais il restait la coupe de cheveux à régler, et celle habituelle ne le masquait pas assez. Jamais dans sa vie Clark aurait imaginé un jour recevoir des conseils coiffure ni même se faire arranger les cheveux par Alfred. Sur le moment, il avait trouvé ça futile de s'en occuper sachant qu'il irait en vol, mais il avait finalement pu les arranger très facilement. Il avait désormais la raie sur le côté et une partie de ses boucles sur le front.

Il avait peur de virer au ridicule et pire encore, de se faire reconnaître. Mais personne ne fit attention à lui dans le restaurant. Il sentit ses joues s'enflammer lorsqu'il vit Bruce qui l'attendait et que leurs regards se croisèrent. Le regard glacé de Bruce le faisait fondre sur place. Chacun fut plongé dans le regard de l'autre. Clark se demandait ce que Bruce pouvait y voir, avec ses lentilles de couleur.

_Bonsoir Bruce.

_Bonsoir Clark. C'est… inhabituel, comme allure.

Clark se sentit encore plus rougir et disparut derrière la carte des menus.

_Désolé pour le retard.

_Je me doute que tu as eu beaucoup à faire. J'ai vu ce que tu avais fait pour l'incendie. Beau travail.

_Merci.

Il était plus que tendu. Il savait qu'avec l'incroyable observation de Bruce, il finirait par deviner. Clark devait réfléchir à comment il allait faire pour ne pas mentir à Bruce, sans pour autant gâcher le dîner. Les deux choses allaient être difficiles à concilier. Lorsqu'ils commandèrent, Clark n'avait pas encore trouvé de solution, et il n'avait plus la carte des menus.

_Tu es tendu.

Et la voilà, la première remarque de Bruce. Qui avait sûrement déjà remarqué qu'il portait ses vêtements à lui, encore une fois, et qu'en plus de ça, Clark avait peur que le polo qu'il portait finisse par craquer dans la soirée à trop bouger. En face de lui, Bruce continuait de le scruter.

_Je ne suis pas à l'aise quand je porte des vêtements qui ne sont pas les miens.

Il vit Bruce afficher un léger sourire, qui détendit Clark, mais qui le fit rougir encore plus. Bruce était juste beau à mourir. Il se racla la gorge, essayant de reprendre le pas sur ses émotions. Il ne faisait que rougir depuis qu'il est arrivé.

_Je crois l'avoir vu. Alfred est un bon conseiller vestimentaire.

Clark baissa la tête sur son haut. La tenue complète le mettait vraiment en valeur. Puis il comprit alors pourquoi Alfred et Dick avaient tant tenu à ce qu'il aille à ce dîner. Ces petits sournois.

_Quand rentres-tu à Gotham ?

_Demain matin, après un dernier rendez-vous. Que faisais-tu au Manoir ?

Le journaliste se passa la main dans les cheveux. Il arrivait à la question redoutée. Puis il afficha un sourire pour détendre Bruce et se donner du courage.

_On en discutera après si tu veux bien ? La journée fut épuisante.

Bruce haussa un sourcil.

_Tu veux que j'attende de savoir ce que tu faisais chez moi ?

Clark y vit là l'occasion de jouer sur l'humour.

_Je tiens là de quoi faire languir Bruce Wayne, n'est-ce pas ?dit-il en faisant un clin d'œil. Qui te dit que je n'étais pas venu voir Alfred ?

Bruce sourit et se prêta au jeu alors que leurs entrées arrivaient.

_En supposant que tu sois venu le voir, ça aurait été pour quelle raison ?

_Conseils vestimentaires ! Il paraît que j'en ai grand besoin !

Le milliardaire laissa échapper un rire léger.

_C'est juste que ça ne te met pas du tout en valeur. Ça fait vraiment…

_Mec de la cambrousse ?

_Mec de la cambrousse.

Les deux hommes rirent ensemble. Cette fois, Clark était détendu et appréciait le moment.

_Heureusement que je ne porte pas tous les jours des chemises alors. J'aurais ruiné mon sex appeal.

_Je n'aurais pas dit ça, répondit Bruce, pensif. Je dirais que ça te donne un certain charme.

Du flirt. C'était clairement du flirt. Clark n'y était pas insensible.

_Je n'ai pas porté ces chemises toute ma vie. Je suis sûr que tu aurais adoré mon style vestimentaire au lycée.

_Tiens, je suis curieux.

_Et bien, comme tous les adolescents, je portais des t-shirts. Bon, sur l'originalité des couleurs, on repassera. Mais j'étais plutôt bien !

_Qu'est-ce qui a changé ?

_La Forteresse s'est activée et j'en ai appris beaucoup. Et puis le costume… mêmes couleurs, mais les chemises, c'est plus économe. Et puis, moi je les adore, ces chemises !

Bruce réfléchit un instant avant de faire la remarque :

_C'est vrai que sur les photos, tu avais souvent des habits bleus et rouges. Tu as choisi les couleurs de ta tenue toi-même ?

Clark fit non de la tête.

_Pas du tout. Une chance non ?

Bruce se contenta de sourire.

_Tu devais être baigné dans ces couleurs dès ta naissance. Certaines choses ne changent pas.

Clark haussa les épaules. Il y avait pensé, mais il ne savait pas vraiment si ça avait eu un impact. Puis il se demanda pour Bruce ce que c'était.

_Toi, tu n'as pas tout le temps baigné dans le noir, non ?

Il observa attentivement Bruce réfléchir alors qu'ils changeaient d'assiette pour leur repas. Il vit que l'intervention du serveur fut plus que bienvenue et que Bruce était soudainement gêné.

_Le gris. Je portais du gris.

Bruce ne lui mentait pas, mais il ne répondait pas réellement à la question. Clark savait aussi repérer quand les personnes esquivaient habilement sans mentir.

_L'uniforme du collège ne compte pas. Alors ?

_Le bleu.

Clark afficha un grand sourire. Il ajouta :

_Ce sont deux couleurs qui font ressortir la couleur de tes yeux.

_Chez toi aussi.

Il y eut un silence durant lequel les deux hommes mangèrent leur assiette, chacun pensif. Clark brisa de nouveau le silence, se faisant une réflexion à voix haute.

_C'est peut-être ce qu'il faudrait à Jason. Ou du vert.

Bruce avait décroché et ne comprenait pas les propos de Clark.

_De quoi tu parles ?

Clark fut totalement confus. C'était le moment où il ne devait pas faire de gaffe.

_Pour faire ressortir la couleur des yeux. Pour Jason. Ce serait mieux du bleu ou du vert. Mais un vert s'approchant des tons bleus.

Bruce se tendit. Clark s'aventurait sur un sujet sensible. Mais il était temps de l'aborder, et il devait le faire en douceur. C'était l'occasion de se lancer.

_Pourquoi Jason spécifiquement ?

_Tu n'as pas vu Jason depuis longtemps, je me trompe ?

_Je l'ai vu il y a quelques mois à Gotham. Il traversait la ville.

Clark soupira d'exaspération :

_Le voir sans sa cagoule. Avoir une discussion avec lui.

_Jason et moi ne parlons pas.

Le kryptonien reposa sa fourchette.

_Bruce, pourquoi ne veux-tu pas lui parler ?

Le milliardaire reposa à son tour sa fourchette.

_C'est un sujet que je n'ai pas envie d'aborder avec toi.

_Alors avec qui ?

_Personne.

C'est à ce moment-là que Clark sut qu'il allait devoir vraiment être habile pour faire sortir Bruce Wayne de sa coquille.

_Je sais que tu considères Jason comme perdu, mais il est bien vivant. Il a changé, le puits de Lazare l'a changé, mais il reste Jason, un garçon que tu as élevé et dont tu as été le mentor. Tu l'as perdu une fois Bruce. Ne le perds pas une deuxième fois. Tu as une chance que personne n'a eue alors tu te dois de la saisir. Renoue avec Jay. Cesse d'être dans la confrontation et accepte-le comme il est maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.

Bruce se ferma complètement. Il perdit son sourire et se recala au fond de sa chaise. Tous les deux avaient terminé leur assiette. Ils restèrent silencieux un long moment. Moment qui parut long pour leur serveur. Clark prit l'initiative. Il savait que ce repas était terminé. Il paya l'addition et attira de nouveau l'attention de Bruce sur lui en se levant.

_Partons.

Les deux hommes quittèrent alors le restaurant dans cette situation toujours tendue. Dehors, la ville était encore très active. Clark ne savait pas ce qu'allait faire Bruce, mais il ne pouvait pas le laisser partir. Il regarda autour d'eux et aperçut un banc près d'un square. Il prit alors Bruce par le bras et il les guida là-bas. Le Bat le suivit sans rechigner. Il était toujours pensif.

Clark observa le visage de Bruce, ce visage si dur et fermé qu'il montrait à tous. Ça lui faisait mal, vraiment très mal. Il retira ses lentilles de couleur et plaça sa main sur la joue du Bat pour qu'il le regarde.

_Je n'ai pas dit ça pour te blesser, Bruce. Je ne peux qu'imaginer ta douleur et ta culpabilité, mais s'il te plaît, ne la laisse pas te ronger inutilement. Jason est toujours là.

Les yeux de Bruce étaient magnifiques. Clark pouvait nettement voir le combat intérieur se livrer en lui et ça ne rendait son regard que plus vif et beau. Avec la faible luminosité de la rue, le jeu d'ombre qui se jouait sur le visage du Bat ne le rendait que plus attrayant. Est-ce qu'il existait un profil sous lequel Bruce n'était pas magnifique ? La situation n'était clairement pas propice à ce que Clark avait envie de faire. Vraiment pas. Mais il le fit. Il se pencha et déposa un baiser sur les lèvres de Bruce, avant de s'en détacher et de retirer sa main. Bruce l'observa sans réagir, mais le kryptonien perçut un nouvel éclat dans ses yeux.

_Tu as vu Jason aujourd'hui, je me trompe ?

Clark hocha la tête.

_La couverture de Dick est grillée. Jason était dans le coin. Il s'est pris une balle de M16 dans l'abdomen et Dick m'a contacté en urgence. Je les ai ramenés au Manoir et ne t'inquiète pas, ils vont bien tous les deux. J'ai opéré Jason avec Alfred et il est désormais sous perfusion dans sa chambre. Ils sont tous les deux hors de danger.

Bruce resta de marbre face à la nouvelle. Mais il n'était froid qu'en apparence. Il se leva du banc :

_On va rentrer maintenant.


Anecdote : Blüdhaven est la ville où opère Nightwing dans ces comics

Sig 716 : Juste une grosse arme de compet' que j'aime bien et qui a un très gros calibre. Je trouve que l'employer dans ce genre de situation fait ressortir le côté bourrin de Jay.