Chapitre 10
La troupe envoyée en ville avait pénétré dans le hall du commissariat lorsqu'Elle saisit le bras de Morgan.
« Je ne veux pas la voir » déclara-t-elle, ses yeux vides braqués sur l'agent.
Pas besoin d'être Sherlock Holmes pour deviner de qui elle parlait.
Le métis n'eut pas le temps de répondre, un cri aigu lui coupant la parole :
« ELLE ! »
Jocelyn Holloway se dirigeait droit vers eux, suivie de Maggie. Elle lâcha le bras de Morgan, dardant sur sa mère un regard qui la fit s'immobiliser net.
« Si tu me touches » annonça l'adolescente, « je te cogne. C'est clair, salope ? »
Sous le choc, Jocelyn rougit puis pâlit, ouvrit la bouche puis la referma. Elle continuait à diriger sur elle son regard glacial.
Maggie la dépassa et prit Elle dans ses bras. Morgan vit étinceler brièvement un semblant de vie dans les yeux de l'adolescente.
Une minute puis deux s'écoulèrent silencieusement.
« Pourquoi ? » finit par interroger Maggie, d'une voix étrangement suppliante. « Pourquoi tu es comme ça ? »
A chaque enquête, ce mot revenait. Pourquoi. A chaque fois pour des questions auxquelles il était quasi impossible de répondre. Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Pourquoi les choses ont-elles tourné comme ça ?
A chaque fois, Morgan ne savait pas répondre.
Il regarda Elle frotter gentiment le dos de sa sœur aînée – feignait-elle ou s'inquiétait-elle réellement ? Était-elle seulement capable de ressentir quelque chose qui ressemble à de l'affection ?
Il n'entendit presque pas la réponse de l'adolescente.
« Je ne sais pas. »
(Criminal Minds)
« Si on m'avait dit comment cette enquête se finirait » commenta lugubrement Banks.
« L'important, c'est que personne n'ait été blessé » fit JJ d'un ton rassurant.
Au moment précis où elle finissait sa phrase – loi de Murphy, quand tu nous tiens – une détonation sonore ébranla tous les tympans.
En un clin d'œil, toute l'équipe moins JJ – remplacée par le shérif – se ruait en direction du point d'origine de la déflagration, arme à feu brandie.
Au moment où Morgan portait la main à son holster, il se rendit compte que son pistolet n'y était plus.
Bordel, quand est-ce que…
Elle Holloway lui prenant le bras, juste à hauteur du holster.
MERDE.
Bien campée sur ses pieds, l'adolescente braquait le pistolet de Morgan sur sa mère. Celle-ci paraissait indemne, et le trou dans le plâtre du mur indiquait la destination de la balle tirée.
Près de la fontaine à eau, Maggie Holloway ressemblait à une statue de cire.
« Elle, ne faites pas ça » intima Hotch, pointant son Glock dans la direction de la jeune fille.
Elle se tourna pour le dévisager de ses yeux morts.
« Je n'ai pas le choix » dit-elle doucement. « Elle ne me laissera jamais, sinon. »
« Posez ce pistolet » ordonna Rossi. « Si vous tirez, vous perdrez toutes vos chances d'être aidée. »
« Ellie, s'il te plaît » supplia Maggie, les larmes aux yeux.
L'adolescente tourna imperceptiblement la tête vers sa sœur et une ombre de sourire vint flotter sur ses lèvres.
« Je t'aime, Mag » déclara-t-elle. « Je vous aime, toi et papa. »
Deux détonations retentirent, presque en simultané.
Elle et Jocelyn s'effondrèrent sur le carrelage. Jocelyn avec une balle dans l'épaule. Elle avec une balle dans le bras.
Alors qu'il s'agenouillait par terre pour maîtriser la gamine, Morgan vit Elle sourire. Un immense sourire rayonnant.
« C'est fini, maintenant » chuchota-elle. « C'est enfin fini. »
(Criminal Minds)
« L'hôpital vient d'appeler » annonça Prentiss. « Les deux balles ont été retirées, à priori, pas de séquelles à long terme. Sur le plan psychologique, cela dit… »
« Institution de redressement pour mineur » acheva Rossi. « Hôpital psychiatrique, si Elle a de la chance. Dans les deux cas, je doute que cette fille ressorte un jour à l'air libre, vu ses problèmes comportementaux. »
« C'est probablement mieux » grimaça Emily.
Morgan monta le son de son baladeur.
Mais peu importe à quel point il essayait de se noyer dans la musique, il n'arrivait pas à chasser de son esprit le sourire radieux d'Elle Holloway.
Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets. – Jean-Paul Sartre
Merci à tous ceux et toutes celles qui ont lu, commenté, suivi et mis en favori cette histoire.
