Chapitre 10

Liverpool Mai 1985

« Le sport est en apparence simple, simpliste même : deux camps, une bataille, un gagnant, un perdant, et le lendemain on recommence. »

Jean Dion

Edward

Si tu acceptes de vendre ton âme au diable, assure-toi d'en tirer un bon prix, pour ma part, j'ai bien négocié, elle a l'air de la cagnotte de la loterie sauf que tu n'as pas le temps d'en profiter pleinement, c'est le revers de la médaille, tout bonheur se paye, la vie c'est de la merde !

Je suis dans le coma post-cuite et j'ai trop de mal à soulever mes paupières. Les cloches de Speelow Lane Church résonnent beaucoup plus fort que d'habitude, j'en conclus que la fenêtre est ouverte. Je me souviens m'être levé pour l'ouvrir, il faisait cinquante degrés dans la chambre, je transpirais et j'étais à poil en train de toucher Bella. Des images de la nuit me parviennent, comme des flashs, ses petits seins fermes, ses fesses, ses putains de merveilleuses fesses et surtout sa bouche … oh mon Dieu... sa bouche !

Mes yeux s'ouvrent d'eux-mêmes, ça m'arrache un grognement de douleur. Je prends conscience de mon corps, douloureux aussi. Je suis sur le dos, comme souvent, mais un truc est différent, le poids sur mon ventre, la tête de Bella qui me prend pour son oreiller. Je ne vois pas son visage mais je peux facilement dire qu'elle dort. Elle pèse comme un mort et respire si profondément que la couverture monte et descend largement au-dessus d'elle.

Elle est roulée sur le flanc, tout contre moi et ses petit bras sont enroulés autour de mes hanches. Je caresse ses cheveux et mes doigts se perdent dans ses boucles, j'adore ses cheveux, mince ! Est-ce qu'il y a un centimètre d'elle que je n'aime pas ? Probablement pas.

Ses petits doigts glissent contre ma hanche, ils caressent lentement la jonction de ma cuisse et je ne pense pas qu'elle ait conscience de la sensibilité de cette zone. Ma queue se dresse quand je me rends compte que son visage est à quelques centimètres et qu'elle aurait juste à descendre un peu pour me prendre dans sa petite bouche chaude, putain sa bouche… Je me rappelle de la douceur de ses lèvres sur ma peau, sa langue exquise et putain… ça n'a jamais été aussi délicieux.

J'ai appris une chose sur moi cette nuit, le sexe avec Bella est fabuleux parce que même si je me comporte comme une brute la plupart du temps, j'aime le sexe doux. Je n'en avais jamais eu conscience avant, je baisais, simplement. Mais avec elle, ce n'est que délicatesse et bienveillance. Chaque fois qu'elle me touche, c'est tendre et léger. Elle est si docile et délicate, bien loin de la dureté de certaines femmes que j'ai intimement côtoyées. Elle est différente, je le sais, je me voile la face mais cette fille m'a ensorcelé, elle est tout ce que je désire même si je ne peux pas me le permettre. Je voudrais être moins fier et m'abandonner à elle, faire ce qu'elle veut, être son esclave même. Mais je n'y arriverai pas, aussi bienveillant que soit le dresseur, aussi fort que l'animal y est attaché, un fauve reste un animal sauvage et peut blesser à tout moment. Je ne veux pas faire de mal à Bella, je l'aime trop pour ça.

Un sifflement s'échappe de ma bouche quand ses doigts effleurent candidement ma dureté. Sa main s'écarte vite, comme si elle avait touché un serpent alors mon corps se tortille. Je veux qu'elle me touche, j'ai besoin qu'elle me touche. Elle s'éloigne de moi donc je ne la laisse pas faire, mes bras passent autour d'elle et je la remonte contre moi. Une seconde plus tard, alors que ses paupières sont encore closes, j'embrasse ses lèvres en prenant place au-dessus d'elle. Mon visage se niche dans son cou, je veux lui épargner mon haleine d'alcoolique et surtout profiter de la douceur de sa peau et de son corps nu, étendu sous le mien.

Elle soupire profondément, ses bras se referment autour de moi et elle me caresse de mes reins à mes épaules, c'est délicieux. Je voudrais la posséder maintenant, m'enfouir au chaud tout au fond d'elle, je sais que j'y serai bien. Mais je n'ai pas du tout envie de la dépuceler. Surtout maintenant, le moment est bien trop doux, trop délicat pour le briser. Alors je laisse mon sexe reposer contre son pubis, serré entre nos corps et je fais de lents va et vient, ça me détend simplement, c'est largement suffisant.

-Edward ? murmure-t-elle en caressant l'arrière de ma tête avec une infinie douceur.

-Oui ? Souris-je, heureux, en laissant courir mon nez contre sa délicate mâchoire.

-J'aime être contre toi, comme ça. Sa petite voix me fait sourire, comme si elle avouait un honteux péché. J'adore sa pudeur.

-J'aime ça aussi, j'aime beaucoup trop ça !

D'un coup je la fais rouler au-dessus de moi et elle rit contre mon torse. Mes paumes trouvent ses fesses fermes et je les presse, me délectant de leur parfaite rondeur. Elle embrasse mes pectoraux sa langue traîne jusqu'à mon nombril et ses dents mordillent ma peau. Elle lève les yeux vers moi, son visage est teinté de rose, magnifique poupée. Je caresse l'ovale de son visage entre mon pouce et mon index, elle m'offre un grand sourire et je ne sais pas vraiment ce qui passe entre nous à ce moment-là, mais je sais que c'est fort, je me sens pour la première fois connecter à quelqu'un, comme si je lisais en elle et peut-être que c'est juste parce qu'elle ressent la même chose que moi à ce moment-là, elle se sent bien.

Elle embrasse le bas de mon ventre et je sais où elle va en venir alors ma tête part en arrière quand je sens sa langue glisser sur moi. J'essaie d'étouffer mes gémissements, mais c'est presque impossible. La sentir me toucher ainsi est trop bon pour rester de marbre. Je me redresse un peu pour la regarder faire, c'est merveilleux de la voir me combler, c'est sensuel et érotique, carrément excitant. Elle a l'air de beaucoup s'amuser à suivre le tracé de mes veines avec son petit bout de langue rose et à faire monter et descendre ma peau avec sa petite main. Elle a ce regard à la fois coquin et gêné que j'adore chez elle.

-T'es délicieuse Bella, dis-je pour la rassurer et elle murmure contre moi, en me cajolant avec sa main.

-C'est toi qui est délicieux. Ma queue frémit entre ses doigts en entendant ça.

-Mange-moi alors ! Dis-je en riant et elle ne se fait pas prier, elle me prend dans sa bouche avec gourmandise et j'exulte comme un bienheureux.

-Oh ouais, ouais, ouais !

Mes hanches se tordent et viennent à la rencontre de sa bouche brûlante.

-Oh putain Bella, c'est trop bon d'être dans ta bouche, tu fais ça trop bien ! Elle me pompe avec plus de ferveur et je me demande où elle a appris à sucer comme ça. Je caresse ses joues du bout des doigts.

-C'est incroyable Bella, c'est si bon ! Ma grande gueule ne peut pas se fermer parce que je veux partager avec elle ce que ça me fait ressentir, je veux qu'elle sache que jamais on m'a fait prendre un pied pareil, alors je finis par lui dire franchement.

-Tu suces divinement bien, ta bouche est fabuleuse, tu es fabuleuse… fabuleuse.

Je sais que ça lui plaît d'entendre ce que je pense parce qu'elle se détend de plus en plus, elle est à genoux au-dessus de moi maintenant et m'avale presque en entier et je sens que mon gland touche le fond de sa gorge et je ne sais pas comment elle fait ça mais ça provoque une sensation inédite sur moi.

Je suis obligé de me retirer quand je sens mon plaisir monter. Elle regarde mon visage tout le temps que je jouis et elle a l'air fascinée alors que je dois juste avoir une tête de con qui fait une pauvre grimace tordue. Je ne capte toujours pas pourquoi elle a toujours l'air aussi béate mais bizarrement ça me plaît, ça me fait me sentir beau.

J'attrape le premier truc qui me vient pour m'essuyer et bien décidé à lui rendre la pareille, je rattrape son petit corps pour le coller contre moi.

-Allonge-toi bébé, c'est moi qui m'occupe de toi maintenant.

-Non, non, je dois aller chez Maggy, je vais être en retard ! Elle saute du lit sans même que j'aie pu l'embrasser, elle ramasse mon pull de la veille et l'enfile à la hâte.

-Bella ! t'es pas à cinq minutes près ?

-Bien sûr que si, si je ne suis pas à l'heure, elle sera en retard au boulot ! J'entends la porte de la salle de bain claquer et je me laisse tomber contre le matelas, je suis épuisé mais ravi, je dois avoir le sourire du mec rassasié, et je le suis. Bella est plus efficace que mes deux aspirines et ma bouteille d'eau habituelles.

Je sens ses lèvres sur les miennes, toutes douces et je prends conscience que je me suis rendormi.

-Edward ? Il est presque dix heures, j'y vais.

-Ok ! Dis-je en rattrapant son visage avant qu'elle ne s'éloigne, je l'embrasse profondément.

-Je dois y aller !

-Tu reviens à quelle heure ?

-J'en sais trop rien, Maggy revient en fin d'après-midi.

-Ok, ne tarde pas d'accord ?

-D'accord, est-ce que tu seras là ?

-ça m'étonnerait souris-je sachant pertinemment que je serai en ville à chasser les Hool de Fulham et plus tard au match.

Elle m'embrasse encore une fois et s'en va avec Petit Pote qui semble bien heureux d'aller faire une balade. Moi je me prépare tranquillement et je rejoins Ben, Emmet et James pas très loin de la gare pour le petit déjeuner rituel du week-end. Plus tard, en début d'après midi on boit tranquillement des bières au Oak quand Ben revient après avoir eu son cousin au téléphone. Il nous informe qu'il a vu les branleurs monter dans le train de midi à Waterloo Station. J'aime bien son cousin, il supporte Chelsea mais il est toujours prêt à nous rencarder. On finit nos verres rapidement. Dans environ vingt minutes, une trentaine de gars devrait descendre du train. Ils ne se méfieront pas parce qu'ils n'auront comme comité d'accueil que des flics qui voudront les escorter jusqu'au stade. Ils devront se séparer pour être discrets, on sait ce que c'est. Alors nous, c'est là qu'on intervient. Certains ne verront pas le match ce soir, c'est sûr ! Impossible qu'ils passent entre les mailles du filet, on est mieux organisé que les flics eux-mêmes.

James n'arrête pas de sautiller, il a l'air vraiment chaud et ce qu'il s'enfile de sa flasque me laisse à penser qu'il va vraiment faire n'importe quoi. Mais ça ne me déplaît pas, j'aime quand il nous entraîne dans des galères, on finit toujours par se battre de toute façon. Je surveille l'entrée des deux rues, ils sont pratiquement obligés de passer par là, et trois cents mètres plus loin, à l'autre intersection, Kyle et Tommy battent le pavé comme nous. Je pense à Bella en jetant des coups d'œil à ma montre. Je m'inquiète et Emmet le voit.

-Mec ? C'est quoi le problème ? Ils vont arriver, t'inquiète pas !

-Je sais.

-Ouais détends-toi, t'as l'air d'un flic en civil ! Ben me frappe dans le ventre, gentiment, et comme je ne m'y attends pas, je n'esquive même pas. Ce qui ne me ressemble pas, je suis toujours sur mes gardes en règle générale. Je leur dis que Bella va sûrement aller voir son père cette après-midi et qu'après réflexion je devrais plus être devant chez elle qu'ici. Emmet est d'accord, je devrais veiller à ce qu'il ne lui arrive rien, elle n'a rien demandé elle. Je me sens con de racler mes godasses sur le bitume en attendant que des mecs aussi bêtes que moi débarquent pour qu'on se défoule un peu.

-Quand on parle du loup ! James et Ben se plaquent contre le mur, en embuscade, Emmet recule de quelques pas et moi je reste au milieu du trottoir, j'ouvre un peu le col de ma veste, je me demande pourquoi c'est moi l'appât aujourd'hui. Mon écharpe a la couleur bleu ciel d'Everton, elle dépasse légèrement autour de mon cou et quand je sais qu'ils l'ont vue, je m'éloigne dans la rue. La dizaine de mecs ricanent derrière moi, je marche tranquillement, les laissant se rapprocher.

-Oh bâtard ! Fils de pute ! Les insultes volent derrière moi mais je ne me retourne pas, même si la fureur court dans mes veines, je les emmène droit vers une petite rue étroite, là où le panier à salade ne passe pas et où les maisons sont abandonnées depuis super longtemps.

-Oh putain, branleur ! Arrête-toi ! Ils ont accéléré le pas, et moi aussi. Je tourne dans la ruelle. Et me retourne vers eux.

-EFC les mecs ! Dis-je simplement et les deux gars de devant me regardent sans comprendre. Kyle et Tommy se retrouvent à mes côtés comme sortis de nulle part. Les mecs éclatent de rire.

-Trois ? Vous êtes trois ? C'est ça le EFC dont tout le monde parle ?

-Vient tâter de ma droite petite chatte, tu vas voir pourquoi on en parle !

Les gars de Fulham ne se laissent pas démonter et viennent vers nous.

-Dommage ! Ris-je en voyant Emmet, James et Ben arriver par derrière, bloquant la rue.

-Six contre dix ! On vous bouffe ! Avant même qu'ils aient compris quoi que ce soit, on a foncé dans le tas.

Bella

Si on ne se bat pas contre soi-même alors on ne peut échapper à ce que l'on est. Je n'ai pas voulu fuir, j'ai juste essayé de tuer ce que je déteste le plus en moi. Parce que ça blesse trop de vivre avec, ma bonté et ma gentillesse sont mortes. Je les ai enterrées au milieu des restes calcinés de mon bonheur passé.

Je retiens mes larmes et ma colère, je descends les marches du perron de la maison de mon père. Une par une, lentement, un sac en plastique à la main. La lumière rougeoyante du couchant éclaire les murs gris, les rendant orangés et un autre jour, j'aurais aimé regarder ce spectacle, mais ce soir, j'ai juste envie de frapper dans ces mêmes murs tellement je me sens stupide.

Je retourne vers l'appartement d'Edward, Petit Pote me suit de près, j'aime le sentir avec moi. Je marche lentement parce qu'il renifle tout ce qui traîne. Je tourne à l'angle de Carisbrook, devant le Oak. Il y a beaucoup de monde, il fait beau et les tables en bois ont été prises d'assaut par les hommes du quartier. Je devine Edward parmi eux. Immédiatement ça me fait me sentir mieux. Je devine Emmet et Ben à ses côtés. Je ne m'attarde pas, je sais que je ne dois pas aller le voir mais j'en crève d'envie alors je l'observe tout le temps que je passe sur le trottoir d'en face. Il a l'air heureux, il rit aux éclats et ça me fait sourire un peu. Emmet lui tape l'épaule, il semble chercher quelque chose du regard et ses yeux se posent sur moi. Même à vingt mètres ça me fait frissonner. Je suis surprise de le voir se lever et de traverser la route.

-Hey ça va ? Sourit-il en trottinant vers moi pour éviter de gêner la circulation.

-Oui et toi ? Je retiens le petit chien qui veut lui sauter dessus pour dire bonjour.

-Ça va. Comment c'était aujourd'hui ? Demande-t-il avec décontraction. Et je ne sais pas comment je me sens, j'ai vraiment envie de lui raconter mais je ne pense pas que ce soit le moment. Mes yeux se ferment et j'inspire un grand coup, je voudrais tellement tout lui raconter, j'aimerais qu'il m'écoute et qu'il me rassure. Je n'ai plus que lui maintenant et je ne sais même pas si je peux compter sur lui.

-Bella ? Qu'est-ce qui se passe bébé ? Sa voix me fait un bien fou et je sens ses grandes mains sur mes joues. Mes paupières se relèvent, et ses beaux yeux bleus scrutent les miens avec inquiétude.

-Oh Edward ! Je me colle contre lui, j'ai envie de pleurer mais je suis encore en colère et ça ne sort pas. Son bras se referme autour de moi, il me presse contre lui en caressant mon épaule.

-Est-ce que tu as vu ton père Bella ? Demande-t-il dans un souffle et je sens son corps se crisper contre le mien.

-Oui, je me sens trop mal Edward.

-Est-ce qu'il t'a fait du mal ? Bella ? Edward me secoue maintenant et ses yeux sont noirs de colère.

-Non, non, il ne m'a pas fait de mal, mais il a été si dur avec moi !

-Quoi ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ? S'énerve-t-il et ensuite il jette un coup d'œil derrière lui, en direction de la terrasse du bar. Je vois Emmet et Ben se lever et je comprends qu'il leur a fait signe.

-Non, il ne m'a rien fait, Edward je vais bien, juste que…

-Que quoi Bella ?

-Il m'a dit de ne plus revenir, il m'a chassée de la maison ! Cette fois les larmes débordent de mes yeux et la colère et le chagrin mêlés me tordent le ventre. Il resserre ses bras autour de moi et sa voix résonne dans son torse quand il dit à ses amis que tout va bien. Puis il reprend plus bas, pour moi :

-Bella, c'est pas grave ! Vraiment c'est pas grave. Il me frotte le dos un petit moment.

-Regarde-moi poupée. J'obéis et il me murmure très sérieusement.

-Je suis là moi, tu n'es pas seule et tu n'as pas besoin de lui ok ?

-Edward, je ne comprends pas, il était content de me voir et puis tout d'un coup il est devenu comme fou. Il a vu les marques dans mon cou et m'a traitée de traînée.

-Bébé, t'es pas une traînée ! Tu es à l'opposé de ce que j'appelle une traînée. Ne le crois pas, c'est un abruti ! Les doigts d'Edward passent dans mon cou, là où il m'a fait des suçons la nuit dernière et ça me fait frémir.

-Ces suçons sont très jolis, il n'a aucun goût, souffle-t-il contre mon oreille et ça me fait sourire. Moi aussi je les adore.

-Il m'a dit des choses tellement horribles ! Il ne m'aime pas Edward, mon père ne m'aime pas !

-C'est un con Bella, je suis désolé bébé, vraiment. Sèche-tes larmes, il n'en vaut pas la peine.

J'essuie du revers de ma manche le trop plein d'eau de mes yeux et il m'offre un petit sourire.

-Et tu sais pour ma tante...

-Oui ?

-Il m'a donné ça ! J'ouvre le petit sac plastique qui contient toutes les lettres d'Esmée.

-C'est quoi ? Demande Edward en regardant curieusement la dizaine d'enveloppes.

-Ses lettres, elle m'écrit depuis quatre ans, il ne me les a jamais données.

-Putain quel enfoiré ! Grogne Edward et ça me rassure de voir que lui aussi ça le met en colère. Oui c'est stupide mais quand il réagit de la même manière que moi, je me sens plus normale.

-Est-ce qu'il y a son adresse ?

-Oui ! Je lui montre le dos de la première enveloppe.

-Esmée Dwyer ? Looe ? Elle habite à Looe ? C'est où ça ?

-En Cornouailles, c'est à quelques milles de Plymouth, mes grands-parents vivaient là-bas.

-Bella c'est génial ! Tu vas pouvoir la retrouver et si elle t'écrit depuis tout ce temps, probablement qu'elle sera prête à t'aider.

-Je crois oui !

-C'est une excellente nouvelle alors, focalise-toi là-dessus ! Ne pense pas à ton abruti de père, Bella, il ne te mérite pas, c'est tout !

-Je vais essayer, déjà je vais aller lire ces lettres, la plupart n'ont même pas été ouvertes !

-Bien sûr et réponds-lui, toutes ces lettres restées sans réponse, est-ce que tu imagines à quel point elle doit être inquiète pour toi !

-Oui ! je ne sais pas comment je vais faire pour m'excuser pour ça.

-Tu n'as pas à t'excuser, explique-lui simplement que ton père ne te les a jamais données ! Et transmets-lui mon adresse pour qu'elle puisse te répondre. Bella, je suis vraiment heureux, trop heureux pour toi, tu vas retrouver quelqu'un qui t'aime, qui t'aime vraiment.

-Je ne suis pas certaine de ça, Edward.

-Mais bien sûr que si, qui écrit pendant quatre ans sans avoir de réponse ? Mais le fait quand-même ! Bella, je suis certain qu'elle t'accueillera à bras ouvert, fais-moi confiance !

-Oui, je vais essayer.

-Et ne pense plus à lui ma belle.

-D'accord.

Les lèvres d'Edward se plaquent sur les miennes, et mon souffle se bloque. Il m'embrasse profondément mais avec une délicatesse extrême. J'entends des sifflements derrière nous mais je n'y prête pas attention, le bras d'Edward se verrouille dans mon dos et sa langue force l'entrée de ma bouche quand il incline ma tête en arrière. Mon cœur s'emballe et mes jambes tremblotent. Ses lèvres pincent et emmènent un peu les miennes quand il se recule légèrement.

-Ne pense plus à ça, ok ? Souffle-t-il avec un adorable sourire et les yeux brillants.

-Merci.

-Allez rentre, je te retrouve après le match.

-Très bien, à tout à l'heure.

La main d'Edward glisse sur ma joue une seconde et il me fait un petit clin d'œil avant de me tourner le dos et de rejoindre ses amis. Je m'éloigne pantelante. Comment un simple baiser peut me retourner à ce point. J'étais à bout de nerfs il y a cinq minutes, maintenant j'ai l'impression de flotter. Comment se fait-il qu'il embrasse aussi bien?

Je sens de nouveau la joie en moi, j'ai l'impression que je suis sa petite amie. Et ça me fait me sentir légère, belle et heureuse. Complètement à l'inverse de l'état d'esprit dans lequel j'étais il y a dix minutes. Je regagne son appartement et je me laisse tomber dans le canapé. J'ai raté un truc ! C'est pas possible.

Pendant toute la soirée, j'essaie de comprendre pourquoi il a changé ainsi. Ça me rend heureuse mais ce n'est pas logique. Il y a une semaine il ne voulait pas de petite amie et il se comporte comme si je l'étais. Ma petite voix intérieure me dit d'être méfiante, mais je veux tellement croire à ce rêve un peu fou, ce rêve où il m'aime. Pour ma part c'est certain, je suis amoureuse de lui, et je suis prête à tout pour lui, mais c'est lui qui a le pouvoir et je voudrais tellement ne pas me tromper. Je veux que ce soit vrai, pitié! Faites que ce soit vrai !

Edward

Avançant dans la brume épaisse, je marche lentement pour ne pas chuter, je mets les mains devant pour ne pas me cogner. Je ne sais pas où je vais, combien de temps ça mettra mais je sais que la lumière est quelque part. La sensation de bien-être qui envahit mon corps me dit que la lumière est par là quelque part, il faut juste que je la trouve. Mais je suis déterminé, des gens pires que moi y ont droit.

Ma tête cogne encore et encore contre le mur décrépi de la petite cellule, mon cul est comme anesthésié et quand ils viendront me chercher pour m'interroger je ne suis pas sûr que j'arriverai à me lever. Le soleil est haut dans le ciel maintenant et je crève de soif et j'ai encore envie de pisser. Je dois encore avoir six ou sept litres de bière dans le corps, je pourrais utiliser un des quatre coins, mais ça pue suffisamment comme ça.

Je ferme les yeux et mon crâne heurte encore la surface dure derrière moi. Je pense à ma Bella. Elle doit s'inquiéter de ne pas m'avoir vu rentrer. J'ai envie de péter un câble et de taper dans les murs, d'insulter ses enculés de flics de merde, mais je ne peux pas et ça me fout en rage. Je me demande ce qu'elle fait en m'attendant, est-ce qu'Emmet l'a prévenue que je me suis fait serrer ? Je ne pense pas, pas son genre.

-Cullen ? Le verrou rouillé résonne. Je soupire de soulagement et me lève douloureusement, mon sang me brûle le cul et mes cuisses se crispent. Tellement désagréable. Le flic devant moi n'attend même pas que je sorte et attrape mon bras. Je me laisse faire en serrant les dents, retenant le flot d'insultes que sa face de rat m'inspire. Il est dégueulasse, dégarni, la peau grasse et il sent le fromage. Sa femme doit avoir envie de vomir chaque fois qu'il doit l'approcher. Des fois, c'est peut-être une des pétasses quinquagénaires de Carlisle. Cet enfoiré adore sauter les femmes des flics. Je siffle de douleur quand les pinces m'entaillent la peau. Le policier ricane, il est fier de lui, ce fils de chien, il se sent fort parce qu'il m'a immobilisé. Quel gros con, je pourrais le mettre KO rien qu'en penchant la tête. Est-ce qu'il a conscience qu'il est à portée de mes coups de boule là ?

Il me fait asseoir sur une petite chaise en bois et se penche au-dessus de moi pour inspecter la plaie sur ma joue. Je recule d'un coup quand il approche sa main, pas question qu'il me touche.

-Oh douillet ? Je me retiens de lui cracher à la gueule.

-T'as pas la tête du mec qui se lave les mains après pisser, alors ne me touche pas !

-Sinon quoi ? Demande-t-il de sa voix basse, avec un putain d'air suffisant que je suis obligé de fermer les yeux et de penser à autre chose. Bella, Bella, Bella, boucles brunes, peau douce, parfum délicieux.

-Sinon rien, dis-je doucement, je te demande juste de ne pas le faire. Il me tapote l'arrière de la tête comme à un foutu clébard.

-C'est bien, j'aime quand les gars comme toi, qui se prennent pour des durs à cuire dans la rue n'ont plus rien dans le slip quand ils arrivent ici. Ici c'est mon territoire, tu le sais ça ?

-J'ai pissé là-bas, maintenant c'est un peu le mien aussi ! Ris-je.

J'entends le coup siffler bien avant qu'il ne m'atteigne et j'encaisse sans sourciller. La chaise tangue un peu et je serais sûrement tombé s'il avait un peu plus de force. Je souris et passe ma langue sur ma lèvre pour essuyer le sang.

-Fais ton malin trou du cul ! Tu sais que je peux encore te garder trois heures et te tabasser jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter. Pour toute réponse je hausse les épaules. Non pas que j'ai envie de me prendre des coups de lattes mais franchement, qu'est-ce qu'il veut que je réponde à ça ? Je suis menotté, à sa merci, et je sais très bien qu'ils me garderont jusqu'au bout.

-Bon alors et si on s'y remettait ? Qu'est-ce que tu faisais sur Cullingam Road à 2H30 ce matin.

-Je buvais un verre au Peton Bar avec des gars.

-Tes amis ?

-Non, des mecs, je ne les connais pas.

Ces imbéciles de flics tentent de faire un genre d'organigramme du hooliganisme. Ils veulent comprendre comment on est organisé, comment on est lié et tout ça. Mais qu'est ce qu'ils peuvent être stupides ! Il n'y a rien de bien difficile à prendre le téléphone, d'appeler un gars et de lui dire telle heure, tel endroit. Mais ils ont tellement des œillères qu'ils n'imaginent pas une seconde qu'on puisse avoir des contacts avec les mecs des équipes adverses, comme si c'était une vrai guerre ! A quoi servirait l'équipe d'Angleterre si ce n'est pas mettre en contact les Firms de tout le pays.

-EFC ? Ça te dit quelque chose ?

-Everton Football Club ?

-Evil Fight Club ! Arrête de me prendre pour un con !

-Je ne sais pas de quoi tu parles.

De nouveau le mouvement d'air caresse ma peau bien avant que son poing résonne dans mon oreille et que ça déclenche un élancement dans ma nuque. Ça va durer un bon moment. Putain, mon patron va être fou quand il va me voir la gueule amochée comme ça. Je secoue la tête résigné. Pense à un truc sympa! J'imagine Bella riant la bouche pleine de Maki, ouais ça c'est cool! Ses petits pieds nus traînant sur mon canapé, ses minuscules orteils se tortillant, ça me fait sourire.

-Je vais te faire passer l'envie de rigoler fils de pute.

Je souris de plus belle, première chose sensée qu'il dit depuis cette nuit qu'on a fait connaissance.

Deux heures plus tard, je suis dehors avec mon papier d'assignation à comparaître au tribunal pour vandalisme, violence en réunion et voie de faits. J'espère ne pas trop mal m'en tirer, une grosse amende et peut-être quelques mois de sursis, de toute façon c'était trop loin du stade pour risquer une interdiction. Mais je vais devoir faire des heures supplémentaires pour payer l'amende, ça c'est chiant. J'oublie mes problèmes quand je vois ma caisse garée pile devant le commissariat. Un pied dépasse par la fenêtre passager et je reconnais la grande guibolle attelée de Jasper.

Ils écoutent un standard punk assez fort et ils sursautent tous les deux quand je me jette d'un coup sur la banquette arrière. La surprise passée, c'est l'effusion de sentimentalité dégueulasse, comme si je revenais de la guerre ou un truc du genre.

-T'as bien morflé, putain ! Dit Jasper en me détaillant après que j'aie vidé les deux tiers de sa canette de bière fraîche.

-Ouais. Oh ça fait trop du bien ! Le liquide froid tombe dans mon estomac vide et je tape sur l'épaule d'Emmet devant moi. Roule jusqu'au Paki, il faut que je bouffe !

Il s'exécute et je saute de la voiture avant même qu'il se soit arrêté. Je traverse la rue et commande un pain pita bourré de bœuf épicé que j'avale contre l'aile de ma voiture pendant que les gars me raconte la fin de la nuit. Jasper, resté dans le bar a fait l'innocent quand les flics ont débarqué pour coffrer tout le monde. Avec sa patte folle, c'était carrément crédible. Ils n'ont pas dû le voir casser toutes ces bouteilles. Emmet s'est tiré avec Kyle et Ben quand je me suis fait chopper. Je me demande encore à quoi je pensais à ce moment-là, je n'étais pas du tout dans la bagarre d'ailleurs, je n'étais même pas parti pour la déclencher mais ces mecs étaient là et puis il y a avait le crétin Newton avec sa tête de boy-scout asexué. Mes poings se serrent encore.

-Pourquoi personne n'a crié Flics ? Finis-je par demander quand j'ai un demi kilo de viande dans l'estomac.

-On l'a fait, plein de fois ! S'exclame Emmet, mais t'étais possédé. Tu tapais tout le monde ça ne s'arrêtait plus. Tu as fracassé au moins vingt mecs à toi tout seul !

-Tant que ça ? Ça ne m'avait pas paru si long ! J'étais vraiment trop cuit. Je secoue la tête dépité, stupide.

Après avoir rempli mon estomac, les gars me demandent de venir avec eux boire une bière, le groupe attend de mes nouvelles, mais je me sens horriblement crade et j'ai besoin de dormir alors quand Emmet gare la Cavalier sur le parking du Oak, je rentre chez moi directement, sans passer par la case « pintes à gogo avec les bargeots ». Je n'ai passé qu'une seule nuit en cellule, ce n'est pas comme si je sortais de trente mois de détention.

La porte de mon appartement n'est pas verrouillée alors je la pousse doucement. Je me sens très con, Bella a dû se faire un sang d'encre et je ne sais même pas comment je vais lui expliquer ça. Notre petit chien se précipite sur moi, il me gratte les jambes avec ses pattes mais je l'ignore plus ou moins. Bella vient de tourner la tête et je vois sur son visage qu'elle n'est pas bien. Elle ferme les yeux, inspire un grand coup et murmure un « salut » à peine audible. Je referme la porte doucement, et je me frotte le visage avec mes deux mains, récoltant des picotements dans mes blessures. J'inspire un grand coup pour tenter de me composer un visage serein.

Quand je vais vers elle dans la cuisine, ses yeux pèsent une tonne sur moi et je sais qu'elle se demande ce qu'il m'est arrivé. Je me penche au-dessus d'elle et je pose un baiser sur sa joue. Elle ne bouge pas d'un pouce et ses lèvres sont serrées. Son odeur me fait du bien et je laisse traîner mes lèvres jusqu'à son cou. Elle se crispe et elle s'éloigne imperceptiblement pour reprendre ce qu'elle était en train de faire. Mes bras retombent le long de mon corps et je la regarde frotter les traces de calcaire du robinet de l'évier. Je me rends compte qu'il brille beaucoup plus qu'avant et l'odeur du détergent qui emplit la pièce me fait comprendre qu'elle a fait le ménage. Je regarde tout autour de moi, c'est parfaitement propre, partout, peut-être même plus que quand j'ai emménagé. Je ne sais pas quoi lui dire alors je me rends à la salle de bain et je fais couler la douche pendant que je me déshabille. Là aussi tout est propre, les joints on retrouvé leur couleur blanche, je sais pas comment elle a fait ça mais même les traces de rouille sur l'émail de la baignoire ont disparu. J'imagine qu'elle a dû passer sa journée à tout briquer. Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça pour moi.

Je me glisse sous l'eau chaude en pensant que je devrais m'excuser, mais je ne sais même pas pour quelle raison. Parce que je ne suis pas rentré ? Parce que je me suis fait arrêter ? Parce que je n'ai pas pu la prévenir ? Je me sens idiot, sûrement que c'est ça que ressentent les enfants quand ils ont fait une bêtise et qu'ils doivent affronter le regard de leur mère. Putain, mais Bella n'est pas ma mère et je suis pas un gamin. J'ai mal géré cette nuit mais c'est un risque à prendre et ce n'est pas comme si c'était la première fois que je finissais en cage.

Après un bon nettoyage et un bref inventaire de mon corps, je quitte la salle de bain, une serviette enroulée autour de mes hanches. Je devine Bella toujours en train de récurer la cuisine. Elle s'est désormais attaqué au plan de travail. Elle lève les yeux vers moi et elle est triste, ça fait comme si on me pinçait le cœur. Je déteste cette sensation et je suis trop claqué pour l'analyser et comprendre si c'est de la culpabilité ou de la peine. J'enfile un bas de jogging et je vais la rejoindre. Espérant pouvoir m'expliquer. Je me tiens tout près d'elle, espérant qu'elle ouvre la conversation mais elle fait comme si je n'étais pas là.

-Bella ? Je suis désolé !

Elle ne répond rien et je regarde ses petits doigts rougis gratter des restes de nourriture. Elle s'acharne plus fort encore, je laisse tomber. Je trouve mon paquet de clopes dans la poche de ma veste et je m'en grille une à la fenêtre. Ça me détend un peu. Il fait vraiment beau et si je n'étais pas aussi fatigué, probablement que je l'emmènerais se promener. Si je n'avais pas eu cette soirée merdique, on aurait sûrement pris la voiture pour aller quelque part. Le crissement de la partie grattante de l'éponge me ramène à la réalité. C'est particulièrement agaçant comme bruit et je voudrais que ça cesse. Mais j'ai presque peur qu'elle me balance un truc à la tronche. Elle fulmine, je le vois bien.

-Tu ne vas pas m'adresser la parole pendant combien de temps ? Demande-je au bout d'un long moment à regarder ses boucles s'agiter en rythme dans son dos.

-Je ne sais pas quoi te dire Edward. Claque sa voix et mes yeux s'élargissent un peu de surprise, c'est la première fois qu'elle s'adresse à moi aussi sèchement.

-Tu as le droit de dire ce que tu penses !

-Je ne sais pas quoi en penser ! Tu étais là hier, gentil et attentionné avec moi et après tu disparais, tu ne donnes pas de nouvelles et je suis censée en penser quoi ?

-Si j'avais pu, je t'aurais prévenue ! Mais je ne pouvais pas téléphoner.

-Pourquoi ? Elle t'avait attaché ou t'étais trop ivre ?

-De quoi tu parles ?

- Edward, je ne peux pas accepter ça ! Elle jette l'éponge violemment contre le carrelage et elle rebondit dans l'évier. Elle se retourne et me fait face.

-Chaque fois que tu es ivre, crie-t-elle, tu sautes sur moi et après tu disparais ! Je ne veux pas savoir où ni avec qui tu as passé la nuit. Je ne veux plus de ça, je ne veux plus que tu me touches, c'est tout.

-Tu penses que j'ai passé la nuit avec une femme ?

-Si tu étais avec tes copains, ils ne t'auraient pas empêché d'appeler !

-Bella, je n'étais pas avec une femme ! Comment peux-tu penser ça ? Est-ce que tu as vu ma tronche ? Je ne serais pas dans cet état si j'avais sauté une gonzesse !

Elle me regarde ahurie quelques secondes, puis semble enfin comprendre.

-J'ai entendu la radio ce matin, il y a eu une grosse bagarre cette nuit sur Emerson Street ! Tu en étais n'est-ce pas ?

-Oui !

-Mon père avait raison !

-Quoi ? Il avait raison à propos de quoi ?

-Tu n'es pas fréquentable ! Putain, mais comment j'ai pu me tromper à ce point sur toi ! J'ai pris ta défense ! J'ai dit qu'il mentait, qu'il ne te connaissait pas, mais il avait raison.

-Raison sur quoi ?

-J'ai entendu ! Cette nuit, ils n'ont arrêté que des Hooligans et si tu étais avec eux c'est que tu en fais partie ! Je me trompe ?

Je tombe de cinq étages là, elle ne s'en doutait pas ? Je comprends alors que Bella ne me perçoit pas comme je suis vraiment.

-Bah ouais j'en fais partie ! Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'allais au stade pour m'asseoir gentiment dans la tribune familiale ? Tu crois quoi Bella ? J'étais avec eux ouais ! et j'ai croupi toute la matinée dans une cellule de quatre mètres carrés !

-Mais comment ? Je ne comprends pas ! T'es si gentil ! Comment tu peux prendre part à ça ! Je croyais que tu étais quelqu'un de bien !

-Tu t'es trompée ! Dis-je rageusement en tournant les talons. Je déteste qu'elle me voit comme un espèce d'enfant de cœur. Et surtout, je ne suis pas disposé à me faire engueuler comme quand j'avais six ans. Et puis, c'est pas plus mal finalement, je n'arrive pas à la repousser alors c'est plus simple si elle s'éloigne de moi.

Je gagne la chambre et me laisse tomber sur le lit, sur le ventre et je fourre ma tête dans un oreiller pour couper la lumière. Je mets plusieurs minutes à me calmer mais je finis par sombrer dans le sommeil. Et quand je reviens parmi les éveillés, il fait nuit. J'ai mal partout et mon visage est douloureux. Comme toutes les lumières sont éteintes, je rentre discrètement dans le salon. Bella dort sur le canapé. Je ne distingue pas les aiguilles de la pendule mais la nuit est bien avancée, j'en suis sûr, il n'y aucun bruit dans la rue. Je me penche au-dessus d'elle, son souffle lent et régulier m'indique qu'elle dort profondément. J'attrape deux aspirines et une bouteille d'eau, je la vide presque d'un trait en gobant les pilules. J'espère que ça fera effet vite, tout mon corps me lance. Puis je retourne vers Bella. Je m'accroupis à sa hauteur, je glisse un bras dans sa nuque et l'autre sous ses genoux. Je la prends délicatement contre moi, faisant crisser mes bras et mes jambes de douleur. Elle se réveille un peu et me demande d'une voix pleine de sommeil.

-Qu'est-ce que tu fais Edward ?

-Dors bébé, chut.

Elle laisse tomber sa tête contre mon torse et quelques secondes plus tard, je la dépose doucement sur le lit.

-Merci, murmure-t-elle et je passe la couverture sur son corps. Hum, c'est tout chaud. J'étais à cette place il y a quelques minutes, j'ai dû bien chauffer le matelas. Je pense au canapé qui m'attend et j'ai déjà mal au dos. Je la regarde quelques secondes et je voudrais la prendre dans mes bras. Je caresse l'arrondi de son visage du bout des doigts, la douceur de sa peau me fait frémir.

-Dors bien ma belle. Je pose un baiser sur sa joue et sa main trouve doucement la mienne et la caresse un peu.

-Est-ce que je peux dormir avec toi ? Voyant dans son geste la fin des hostilités entre nous. Elle se pousse un peu pour me faire de la place et je prends ça pour un oui. Je me glisse contre elle, sous la couverture et je la prends contre moi sans lui demander son avis. Elle soupire en laissant son visage reposer sur mon torse nu et sa main cherche la mienne, nos doigts s'emmêlent et elle ne bouge plus.

Je ne sais pas si elle dort mais moi j'ai perdu le sommeil. J'ai dormi la moitié de l'après-midi et toute la soirée, c'est comme si j'avais fait ma nuit. Alors je reste à écouter son souffle et quand ses doigts se ramollissent entre les miens, je les délaisse pour caresser son bras, son épaule et son cou. J'aime le grain de sa peau et je ne me lasse pas de la sentir filer sous ma main.

Finalement je passe plusieurs heures à regarder le plafond, à me demander ce que je suis en train de faire et pourquoi je suis en train de tomber amoureux d'elle. Pourquoi elle me fait cet effet ? Je la trouve belle et j'adore sa douceur et sa gentillesse mais elle est si jeune et je suis vraiment trop taré pour être avec elle. J'ai envie d'être un bon petit ami pour elle mais je ne sais pas comment m'y prendre. Je sais que c'est égoïste et que je ne devrais pas vouloir la garder près de moi mais je n'arrive pas à rester loin d'elle. J'ai envie de m'occuper d'elle, de prendre soin d'elle, de la rendre heureuse et peut-être que si j'y travaille, si je fais quelques efforts ça viendra.

Je cherche un moyen de concilier le football et les bagarres avec Bella. Parce que si je veux qu'elle reste avec moi, il ne faut plus que je me retrouve en taule et la gueule amochée, ça veut dire qu'il faut que je me bastonne uniquement quand ça en vaut la peine et quand je suis sûr que je ne me retrouverai pas à l'hôpital ou chez les flics.

-Edward ? Pourquoi tu fais ça ? Chuchote-t-elle et je suis surpris qu'elle soit réveillée, à moins qu'elle ne se soit pas endormie, elle ne semble pas avoir bougé d'un millimètre.

-Pourquoi je fais quoi Bella ?

-Pourquoi tu te bats ?

-Parce que j'adore la bagarre. Dis-je simplement et je passe mon bras dans son dos pour la masser un peu.

-Dors Bella, il fera bientôt jour.

-Non, dis-moi pourquoi. Qui peut aimer se faire taper dessus. Je ne comprends pas Edward.

-C'est pas se faire taper dessus qui est plaisant, c'est un tout. Ça fait partie du truc.

-Quel truc ? Est-ce que tu fais partie d'une Firm Edward ? Je me retourne sur le côté et je la serre contre moi. Je ne suis pas sûr que c'est le moment d'en parler. Je n'ai pas envie d'en parler en réalité. Alors je fais des grands cercles dans son dos et j'inspire son parfum à pleins poumons.

-Ouais Bella je suis dans une firm, mais faut que tu dormes maintenant, on en parlera plus tard d'accord.

-D'accord. Abdique-t-elle et je la sens vraiment tendue contre moi quand elle me tourne le dos. Je me colle à elle, je ne sais pas si elle est d'accord avec ça mais elle ne dit rien et se laisse faire quand j'enfouis mon nez dans ses cheveux et que j'embrasse sa nuque.

Je n'arrive pas à me rendormir mais je reste contre son corps jusqu'au lever du jour et à cinq heures trente, je quitte l'appartement, espérant que quand je rentrerai, elle se sentira mieux.