Chapitre 11 : Max.

Le noble avait finalement trouvé le sommeil sur les coups de deux heures du matin. Il ne savait pas pourquoi, mais le souvenir d'Hisana avait décidé de venir le hanter cette nuit plus que n'importe quelle autre. Peut-être était-ce une façon de le rappeler à l'ordre ? De lui remémorer son statut de veuf et de lui signaler qu'il filait actuellement un mauvais coton avec Dark ? Mais après tout, qu'avait-il fait ? Était-ce mal de recueillir une âme égarée chez soi sur ordre du Commandant ? D'accord, la présence de Dark était de moins en moins pénible à ses yeux, mais pouvait-on le lui reprocher ? Oui, Hisana le pourrait, parce qu'elle avait toujours su ce qu'il avait dans le cœur, et elle aurait eu toutes les raisons du monde de froncer les sourcils en voyant ce qui s'y trouvait actuellement.

― Mais tu n'es plus là, murmura le capitaine.

C'était la première fois qu'il prononçait ses mots. D'ordinaire, il se plaisait plutôt à croire qu'Hisana vivrait toujours à travers les souvenirs et l'amour qu'il lui portait, mais plus les années passaient, plus la solitude grignotait son cœur comme la gangrène, et plus il était difficile de se convaincre qu'Hisana n'était pas totalement morte. Était-ce mal de vouloir essayer de tourner la page ? Pourrait-on le blâmer si feue Hisana n'avait pas pour toujours le monopole de son cœur ? Et Rukia, que dirait-elle ?

Kuchiki bascula sur l'autre flanc. Pourquoi fallait-il toujours qu'il ait à faire des choix aussi cruciaux ? Honorer la promesse faite à son épouse ou celle faite à ses parents ? Protéger Rukia ou suivre les ordres ? Hisana ou Dark ? Le veuf se redressa soudainement. Il ne sentait plus l'énergie spirituelle de la jeune fille aux cheveux corbeau, du moins, il semblait éloigné, au sud.

― Bon sang... Les quartiers de la douzième division, songea Byakuya.

Enfilant rapidement son haori par-dessus sa tenue nocturne, le capitaine se saisit de Senbonzakura et s'élança. A son grand soulagement, il put localiser plus précisément l'énergie spirituelle de Dark, celle-ci le guidant maintenant vers la quatrième division. Folle d'inquiétude, elle avait dû retourner voir Ukitake. Le noble gravit deux à deux les marches de l'établissement et arriva bientôt devant la chambre de son maître d'armes. Il ouvrit la porte en silence et découvrit Shunsui penché au-dessus du corps de son ami, Dark dans la même posture, tenant sa main, un flot de réiatsu émanant de son corps. Remarquant Byakuya, Kyoraku se tourna vers lui, l'air incrédule :

― Viens voir ça, c'est dingue, fit-il.

Curieux, le chef de clan approcha en chuchotant comme son homologue plus tôt, le capitaine de la huitième semblant apparemment soucieux de ne pas déranger Dark.

― Que fait-elle ?

― Je n'en sais rien, mais l'état d'Ukitake s'améliore de seconde en seconde.

Byakuya étudia un moment les énergies spirituelles et avança une hypothèse :

― Elle lui rend son réiatsu.

― Que dis-tu ? fit Shunsui.

― Elle culpabilisait de voir Ukitake dans cet état. Elle lui rend la même dose de réiatsu qu'elle lui a prélevé.

Kyoraku écarquilla les yeux, surpris par cette idée.

― Dark, ce n'est pas la peine de lui rendre son énergie spirituelle en intégralité, avança le capitaine de la huitième.

― Si, murmura l'adolescente.

― Je t'assure que non. De une, si tu lui rends tout en une seule fois, son corps pourrait ne pas le supporter et faire une sorte d'overdose. Et de deux, ce serait toi qui te retrouverais dans un lit d'hôpital si tu te dépouilles de toute ton énergie spirituelle. Ton initiative est très touchante, mais tu peux arrêter maintenant. Tu as suffisamment bien travaillé pour qu'Ukitake ait toutes les chances de se rétablir à présent.

Dark abdiqua et se laissa glisser le long du lit, épuisée et vidée de toute énergie. Byakuya la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol, inquiet.

― Tu ferais mieux de la ramener, dit le capitaine de la huitième. C'est une bien brave petite.

― Je sais, murmura le noble pour lui-même.

Byakuya remonta doucement la couverture sur les épaules de Dark, endormie pour encore un bout de temps :

― Quelle inconscience, souffla-t-il en repensant à son geste.

Il ne savait pas ce qui se tramait, mais il n'aimait pas ça. Aussi, c'était encore plus froid que d'habitude que Byakuya se rendait chez le Commandant, fraîchement convoqué par un papillon de l'Enfer. Arrivé, il poussa les lourdes portes de la première division et pénétra dans le bureau de son supérieur. Il le salua militairement, se demandant ce que faisait Unohana en ces lieux.

― Bonjour, capitaine Kuchiki, dit-elle.

― Bonjour, Unohana Taicho, répondit-il.

― Kuchiki Taicho, enchaîna le Commandant, savez-vous pourquoi vous êtes ici aujourd'hui ?

― Non, je l'ignore.

― Hm... Unohana Taicho, peut-être souhaitez-vous lui répondre directement ?

― Avec plaisir, fit la capitaine en se tournant vers son homologue de la sixième. Hier, les médecins de garde ont dit avoir senti le réiatsu de Dark dans la chambre du capitaine Ukitake. Ils ne se sont aperçus de sa présence que trop tard mais, en venant dans la chambre, ils se sont aperçus que l'état de Jyushiro s'était grandement amélioré. Bien sûr, quand ils m'ont raconté ça, je n'ai pas mis longtemps à comprendre.

― Dark a effectivement rendu son réiatsu à Ukitake, je ne vois pas où est le problème.
Unohana fronça les sourcils :

― Le problème est que Dark et Ukitake auraient tous deux pu mourir cette nuit, lâcha-t-elle sévèrement.

― Le capitaine Kyoraku et moi étions conscients de ça, c'est pourquoi nous l'avons stoppée.
La capitaine soupira.

― A vrai dire, j'aimerais que Dark reste en dehors de Soul Society le temps que le capitaine de la treizième division se remette pour de bon.

― Vous voulez la renvoyer d'où elle vient ? S'étonna Byakuya, sentant la colère monter.

― Je n'avais pas l'intention de l'envoyer en séjour seule, ajouta Unohana en le fixant.

Le Commandant souleva une paupière et posa son regard gris sur le capitaine de la sixième division. Comprenant le rôle qu'on voulait lui assigner, il s'inscrivit en faux vigoureusement.

― Il en est hors de question.

― Kuchiki Taicho... commença la capitaine.

― Un non est un non, Unohana Taicho. Je refuse de laisser ma division pour un projet aussi insensé, qui plus est hors de Soul Society. Dark ne représente plus une menace, Ukitake voit son état s'améliorer depuis sa dernière visite, ce plan est parfaitement infondé.

― Le capitaine Kuchiki a raison, fit Yamamoto. Aizen prépare la bataille de cet hiver, les Arrancars affluent de plus en plus, ce n'est pas l'heure pour Soul Society d'envoyer un capitaine en vacances.

― Vous ne semblez pas comprendre le vrai but de ma demande, sauf votre respect, avança Unohana. Le but de cette escapade est plus moral qu'autre chose. Vous dîtes que Dark n'est plus une menace, Kuchiki Taicho, et je suis ravie d'entendre ça, mais je veux que vous réfléchissiez aux conséquences de ce geste... Pour peu que Dark ait d'autres pouvoirs en réserve, mieux vaut qu'elle apprenne à les connaître et les refréner, non ?

Yamamoto caressa sa barbe, pensif.

― Je ne vois toujours pas de raison valable pour que je quitte mon poste, fit Byakuya.

― Non, contredit le Commandant. J'ai bien compris votre but, Unohana Taicho, et je me range de votre côté. Kuchiki Taicho, il est essentiel de s'assurer que Dark ne soit réellement plus une menace. Actuellement, rien ne peut garantir qu'elle ne fera pas une sorte de rechute, n'est-ce pas ?

― En effet, je ne pourrai me prononcer sur cet état de fait qu'une fois l'autopsie du corps mortel de Dark achevée, fit la capitaine de la quatrième division. Le fait que pendant ce temps, Dark se trouve sur Terre, ne sera qu'une mesure de précaution.

― Qu'en dîtes-vous, capitaine Kuchiki ? Une semaine devrait suffire à Unohana Taicho pour examiner le corps sous ses moindres coutures, et pendant ce temps, sur Terre, vous serez chargé d'évaluer fréquemment les fluctuations de son réiatsu, afin de s'assurer de sa non-dangerosité.

― Un... voyage ? fit Dark, interloquée.

― C'est cela même. Le Commandant a jugé utile que nous nous rendions sur Terre le temps de vérifier que ta capacité ne se manifestera plus à nouveau. Il a jugé trop dangereux de te laisser à Soul Society sans la confirmation que tu n'es plus une menace.

― Ah... Mais... Où on va exactement ?

― Je l'ignore également. Urahara Kisuke a reçu l'ordre de nous trouver un logement en-dehors de son propre magasin de friandises. Je pense qu'il réussira à nous réserver quelque appartement non loin de là.

― Oh... Je fais mes valises, alors ? Ah bah non j'suis con, j'ai rien à emporter. Au moins je me ferais pas chier avec les bagages.

Byakuya roula des yeux :

― As-tu besoin d'être aussi vulgaire ? De tels mots dans la bouche d'une jeune fille sont d'autant plus désagréables à l'oreille.

― Ohlala, pardon Sa Sainteté ! Pour faire clair, je disais juste que « diantre ! Il faut donc que je préparasse quelques bagages à main ? Oh, mais où avais-je la tête ? Je suis en train de me fourvoyer car j'omettais que je ne possédais point d'effets personnels. Ainsi soit-il, l'avantage de cette méprise sera que je n'aurai point à charrier de lourdes valises chargées de linges propres. »

Byakuya la regarda avec des yeux ronds comme des soucoupes.

― Beh quoi ? T'as pas compris ?

― Si, on ne peut mieux. J'étais juste surpris par cette soudaine progression dans ton vocabulaire.

― T'as déteint sur moi. Bientôt moi aussi j'aurais un baobab dans le rectum et des gouttières sur le crâne.

Piqué au vif, Byakuya tiqua.

― Ce ne sont pas des... gouttières... Ce sont des kenseikans, un accessoire représentatif de ma noblesse.

― Ouais... c'pour crâner quoi...

― Nous partons...

― Aha ! Tu sais pas quoi répondre là hein ? Cassé le noble ! Cassé ! Hahaha ! Je m'aime...

― Voudrais-tu te taire ?

― Non !

― Hado no san-jyu-ichi...

― A terre !

Dark sauta par-dessus le bureau du capitaine, attendant l'explosion fatale. Satisfait de lui avoir flanqué la frousse, ce qui devrait la réduire au silence pendant un petit moment, le capitaine rengaina gentiment son kido et ouvrit un senkaimon, direction la Terre et le magasin maudit.

― Patron, un portail de Soul Society, annonça Tessai.

― Oh-oh-oh ! Qui vois-je arriver au loin ? minauda Urahara en se penchant vers l'ouverture du senkaimon.

― Épargnez-moi vos sottises habituelles, soupira Byakuya en passant devant lui, hautain.

― Ouais, ta gueule ! renchérit Dark qui n'avait toujours pas digéré le coup de la robe à motifs de fleurs de cerisier.

Devant tant d'aplomb, l'homme au bob buga quelques secondes, la mâchoire traînant à terre. Il se ressaisit rapidement, murmurant quelque chose comme « ils sont vraiment sur la même longueur d'ondes nos tourtereaux ».

― Bien. Que puis-je faire pour vous aujourd'hui, mes chers clients ?

― Le Commandant Yamamoto m'a chargé de rester auprès de Dark durant la prochaine semaine, le temps qu'Unohana ait mené à son terme l'autopsie de son corps.

― Oh je vois... Et donc en attendant, vous voulez squattez ici, c'est ça ? Pas de souci ! J'ai une grande chambre de disponible, fraîchement reconvertie en suite nuptiale ! Héhéhé !

Le porteur de getas se baissa juste à temps pour éviter la théière que Dark envoyait tout droit sur son joli minois mal rasé.

― Héhé ! Raté !

― Cessez vos gamineries, coupa Byakuya en arrachant la chaussure des mains de l'adolescente qui en aurait vite fait une arme blanche.

― Hm... Vous ne souhaitez pas rester là, c'est ça ? devina Urahara.

― Dans le mille Émile, répondit Dark.

― Il me semble que vous possédez quelques appartements qui servent de bases aux Shinigamis postés sur Terre.

― Hmmmm moui c'est vrai ! Mais vous n'êtes pas en mission actuellement alors je ne sais pas si c'est très légal ! Et imaginez que des Shinigamis aient réellement besoin de ces postes !

― Ces appartements ne doivent pas être occupés avant deux mois. Je me suis renseigné, fit Byakuya, assassin.

― … Ah... Bon bah... lequel désirez-vous ? Celui en bord de rivière ? Celui à la frontière de Karakura ? Celui en centre-ville ?

― Ça dépend, c'est lequel le plus loin de toi et de tes saletés de robes à la con ? bougonna Dark.

― Hahaha ! Elle a de l'humour, cette petite ! Tout ce que j'aime ! Si seulement t'étais pas déjà prise... soupira le vendeur de bonbons dans un clin d'œil complice.

― N'êtes-vous pas un peu vieux pour elle ? enchaîna Byakuya.

― Que nenni mon ami ! Je suis jeune, beau, sexy et j'ai un petit côté mystérieux qui fait tomber les filles. Je suis l'homme parfait pour bien des femmes ! Haha !

― A part les pousser, je vois vraiment pas comment tu peux les faire tomber, les filles... répliqua Dark.

― Hey ! C'était un coup bas ça ! En plus, capitaine Kuchiki, vous êtes quasiment aussi vieux que moi et on vous dit rien, à vous ! Alors hein, pour ce qui est de l'âge... Haha ! Ça vous coupe le sifflet, non ?

Byakuya fronça imperceptiblement les sourcils, se retrouvant face à une évidence cruellement souligné par ce maudit ex-capitaine. La différence d'âge. Dark était une gamine comparée à tous les siècles qu'il avait déjà traversés, tout ce qu'il connaissait déjà de la vie.

― Bon alors, adjugé pour l'appartement en centre-ville ? Il est proche de tous les commerces, ça vous évitera de vous perdre pour les ravitaillements. Et puis il n'est pas très loin d'ici, au cas où ! Oh tiens, maintenant que j'y pense, y'a aussi un parc pas loin ! Superbe endroit pour se promener, regarder les couchers de soleil, donner à manger aux petits cui-cuis et autres diverses choses.

― Votre vocabulaire est aussi évolué que celui d'un enfant de cinq ans...

― Et encore, tu le surestimes...

― Quelle belle complicité !

Discrètement, Byakuya poussa vers Dark sa chaussure précédemment confisquée avec pour consigne muette de viser les yeux...

Leurs Gigais revêtus et les clés de leur appartement en mains, Byakuya et Dark purent enfin quitter le magasin maudit, « magasin de l'autre abruti » pour les intimes. L'abruti susnommé leur fit au revoir depuis le seuil de sa propriété, agitant son éventail avec un sourire banania.

― Patron... vous êtes sûr que ça va aller ? demanda Tessai.

― Bien sûr ! Malgré les différences, ils s'entendent bien ces deux-là, il n'y a pas de souci à se faire, Tessai-san.

― Non je voulais dire... vos yeux, est-ce que ça va aller ?

― Hahahahaha ! Elle a de la force, cette petite ! Je ne pensais pas qu'elle réussirait à viser les deux cornées avec une seule chaussure ! Quelle adresse ! Bon, rentrons !

Le vendeur de bonbons utilisa sa canne-zanpakutôh pour tâter le chemin devant lui, démolissant au passage un des tibias de Tessai.

Accidentellement, Byakuya et Dark passèrent par le parc dont Urahara avait parlé un peu plus tôt. Pour une fois, ce crétin n'avait pas dit une connerie plus grosse que son Bankai, la vue valait vraiment le détour. Le soleil se couchait au loin, colorant les arbres de teintes douces et chaudes, nuances de jaune, de rouge et d'orange. Les feuilles portaient encore les stigmates de l'averse de cette après-midi, et les gouttes d'eau qui perlaient étaient semblables à des diamants disséminés au hasard des branches. Les oiseaux ne chantaient plus que doucement, comme voulant endormir leurs oisillons avec une berceuse roucoulée. Peu de gens étaient présents, à part quelques couples allongés dans l'herbe rase et fraîche sur laquelle des vagues de lumières glissaient doucement. Même le bruit des chaussures sur le gravier du chemin zigzaguant à travers le parc ne parvenait pas à rompre le charme de ce havre de paix.

― Urahara a été sympa, il nous a filé un appart' dans un cadre agréable... murmura Dark, n'osant pas parler plus fort.

― Hm.

Malgré leur lente progression, le charme fut rompu en la personne d'un adolescent qui courait comme un fou depuis l'autre entrée du parc et avançait vers eux à toute allure.

― Les humains ne respectent plus rien, songea Byakuya à qui l'adolescent dévalant le parc rappelait un peu l'intrusion du bruyant Ichigo dans son manoir. Tous deux au moins aussi désagréables.

Le noble s'écarta en prévision du chemin du jeune homme, mais Dark ne suivit pas le mouvement. Elle resta là, plantée au milieu des graviers, figée.

― Dark ? appela Byakuya.

Elle ne réagit pas, gardant les yeux rivés sur la silhouette qui progressait toujours en courant vers elle. Au fur et à mesure qu'il approchait, Byakuya put distinguer les traits de son visage. C'était un jeune homme d'une vingtaine d'années environ, aux courts cheveux châtains et aux yeux bruns. De bonne carrure, il était pauvrement vêtu et tenait serré contre lui quelques victuailles probablement dérobées. Il se produisit alors quelque chose qui ne laissa rien présager de bon au noble : l'adolescent écarquilla les yeux en voyant Dark. Comme s'il la reconnaissait. Arrivant à sa hauteur, le jeune homme se stoppa, laissant tomber ses sachets de nourriture.

― D-Dark ? commença-t-il, surpris et hésitant.

Et la susnommée ne réagissait toujours pas, restée plantée là, les bras ballants. Elle cligna des yeux, ouvrit la bouche pour dire quelque chose sans qu'aucun son ne sorte de sa gorge.

― Dark ! s'écria le jeune homme, maintenant convaincu d'avoir affaire à la bonne personne. Il se pencha et la serra fort contre lui. Bon sang ! Mais où étais-tu ? On était tous super inquiets ! Qu'est-ce qui t'est arrivé ? C'est quoi ces fringues ? T'as l'air en bonne santé, Dieu merci !

Il la souleva de terre afin de pouvoir l'étreindre sans être plié en deux. Byakuya songea d'abord à intervenir devant le manque de réaction de la jeune fille, puis abandonna l'idée en voyant la concernée passer ses bras autour du cou de l'inconnu.

― Max... souffla-t-elle.

― Du calme, du calme, c'est bien moi ! Bon sang... on a cru le pire tu sais ! On se faisait tous tellement de soucis !

― Oui je... je suis désolée... je... euh...

Qu'est-ce qu'elle pouvait dire ? « Salut, je suis morte et là j'ai juste un petit sursis le temps qu'on trouve pourquoi je fous le bordel dans l'au-delà. Et toi ça roule ? »

― Je vous ai cherchés... Je vous ai cherchés ! dit Dark au bord des larmes.

C'était vrai. Le jour où on avait tiré sur Byakuya, elle était initialement partie pour les retrouver, eux, les membres de sa famille des rues. Mais la « mort » du capitaine avait contrecarré ses plans.

― C'est pas grave, on oublie tout ça. Bon sang, comme tu m'as manquée !

Il appuya doucement son front contre celui de la brune, obtenant un sourire en réponse. Puis il prit conscience de la présence du noble qui les observait, interdit.

― Qu'est-ce que t'as toi ? Tu veux ma photo ? siffla Max, acerbe.

― Max, non ! Il est avec moi, expliqua Dark.

― Hein ? fit le brun, incrédule. D'où il sort ce mec ?

― C'est... euh...

― Je suis son parrain, lâcha le noble.

Dark et Max le regardèrent avec des yeux ronds comme des billes. Mais qu'est-ce qu'il faisait ?

― J'ai retrouvé Dark il y a peu de temps et elle est venue avec moi découvrir sa famille.

― Oh, sérieux ?

Par chance, Max était crédule.

― Mais alors Dark... tu vas plus jamais revenir ? demanda-t-il l'air innocent.

― Je... euh...

Son regard glissa sur Byakuya.

― Dark doit malheureusement repartir avec moi d'ici une semaine, dit le noble.

La susnommée écarquilla les yeux. Il la laissait partir ? Byakuya tourna ses yeux glacés sur elle et ajouta :

― Ne sois pas en retard.

C'était bien ça, il la laissait partir ! Il lui donnait rendez-vous dans une semaine, pour rentrer. Dark sourit, elle lui devait une fière chandelle. Heureux, Max prit Dark par le bras et la tira dans la direction opposée à celle que Byakuya empruntait. L'adolescente jeta de nombreux regards par-dessus son épaule. Elle n'en était pas sûre, mais il lui avait semblé que le timbre de la voix de Byakuya s'était fait vacillant tout à l'heure. Et une étrange lueur avait brillé une fond de ses yeux. Comme de la douleur.

Max mêla ses doigts aux siens, lui décrochant un sourire lumineux. Dark y répondit plus timidement, encore pensive, voire coupable d'abandonner le noble ainsi. Mais après tout... c'était à ce monde là qu'elle appartenait. Soul Society, le Manoir Kuchiki, ça allait un moment, mais ce n'était pas son monde, ce n'était pas sa famille, ce n'était pas ce qu'elle voulait ! Elle, elle voulait rester ici, avec Max et les autres, elle ne voulait pas les quitter encore et repartir dans le monde des âmes.

Et si... et si elle ne rejoignait pas Byakuya la semaine prochaine ?