Pendant que ses deux compagnes dormaient, le Seigneur du temps réfléchissait. Il était facile de deviner comment River avait pu l'oublier. C'était un contre coup du virus informatique que le double de Clara, dans l'asile des Daleks, avait fait pour que les ces derniers oublient le docteur. Il s'était répandu rapidement dans toutes les bases de données et systèmes informatiques existants. Quand River était dans l'ordinateur de la bibliothèque, elle était protégée par le docteur Moon. Dès que son esprit avait été transféré dans un corps de robot, elle avait été infectée et tous ses souvenirs le concernant avaient été effacés. Josianne était protégée du même virus par le protocole 25 que le docteur avait programmé et activé à son insu.
Le problème est que Melody Pond avait été élevée, dès la naissance, pour tuer et c'est son amour pour le docteur qui l'avait changée, qui avait fait d'elle la femme qu'il avait aimée: River Song. En oubliant le docteur, avait-elle oublié celle qu'elle était devenue? Était-il sous le toit d'une meurtrière psychopathe ou d'une archéologue déterminée à sauver un monde? Car si la Goutte se trouvait effectivement sur cette planète, ce monde courrait un grave danger. Et le message que Joe avait capté du Tardis laissait entendre que River Song était du côté sombre de la rivière, donc qu'elle avait changé. Mais comme toute prophétie, ce message était flou et possiblement à double sens. Il voulait faire confiance à River, comme avant, mais c'était tout simplement impossible. Quoi qu'elle fasse, même si la cause semblait bonne, il devrait rester sur ses gardes. Il entendit alors Joe murmurer.
- Robot désact…
- Ne faites pas ça, Joe.
- Je n'arrive pas à dormir, vous pensez trop.
- Arrivez-vous à entendre toutes mes pensées, demanda-t-il?
- Non, ça va trop vite, c'est comme un murmure continu accompagné d'émotions : de l'inquiétude, de la méfiance et une dose d'excitation intellectuelle.
- Je suis désolée Josianne, mais vous devrez vous habituer progressivement à ce nouveau sens, si vous vous retrouvez dans la foule au moment où vous l'activez, vous en perdrez la raison. Vous entraîner ici en présence de moi et de Clara, c'est une bonne façon de vous y préparer. Je suis télépathe et je n'entends rien de vos pensées ou de celles des autres. Savez-vous pourquoi?
- Vous vous contrôlez.
- Exactement. Sur Gallifrey, nous l'apprenions dès l'enfance. Imaginez un bouclier dans votre esprit qui vous protège des pensées des autres. Vous devez vous concentrer dessus et le renforcer avec vos propres pensées, vos propres émotions et ne jamais laisser les pensées des autres vous envahir.
- Et tout ça en une nuit.
- Exactement!
- C'est pour ça qu'ils portent des masques, au final. C'est un bouclier de l'esprit auquel ils ont donnée une forme physique.
Le visage du docteur s'éclaira.
- C'est exactement ça! Vous avez raison, Joe. J'avais tout faux. Ce n'est pas de la télépathie à faible niveau qu'il y a sur cette planète. Ce sont de puissants télépathes qui ont inventé le système parfait pour protéger leur esprit. Ils apprennent, dès l'enfance, à lever leurs boucliers mentaux dès qu'ils voient un masque. Pourquoi ne l'ai-je pas vu plus tôt? Ça explique tout!
Il se remit à penser à toute allure, sans tenir compte du soupir que lâcha Joe qui n'arrivait toujours pas à dormir.
Il se réveilla aux premières lueurs du jour, surpris de constater qu'il s'était endormi. Il tourna la tête vers le lit. Joe et Clara dormaient toujours. Il se leva sans faire de bruits et se dirigea vers la sortie. Un garde se tenait toujours devant la porte.
- Est-elle réveillée, demanda-t-il au garde?
- River? Je ne suis pas sur qu'elle dorme. Elle est à la cuisine, vous n'avez qu'à descendre l'escalier.
Le docteur fut surpris que le garde ne le suive pas et se rappela alors que l'élément important du mystérieux plan de River était Joe et c'est donc elle qu'il surveillait.
River était en train de cuisiner. Elle était seule dans la cuisine. Elle ne portait pas son masque. Le docteur s'approcha.
- Je ne crois pas que votre modèle ait besoin de manger.
- Effectivement, j'ai seulement besoin de recharger ma batterie, je n'ai besoin ni de sommeil, ni de nourriture, contrairement à votre amie.
- Le modèle Astar imite tous les comportements et besoins d'un être vivant et ça recharge en même temps sa batterie. Jusqu'à tout récemment, elle ignorait même qu'elle était un androïde. C'est moi qui lui ai annoncé la mauvaise nouvelle.
- Vilain garçon! Parfois l'ignorance est une bénédiction.
- Ça nous amène à ma première question, pourquoi cuisinez-vous?
- Avez-vous faim, dit-elle avec un sourire racoleur?
- Je suis affamé. Qu'avez-vous?
- J'ai des œufs et des toasts. J'ai aussi une spécialité locale qui ressemble à des brioches.
- Alors je vais essayer ça.
Elle ouvrit le four en sortie un petit pain rond qu'elle plaça dans une assiette et qu'elle tendit au docteur avec un jus de fruits. Il retira son masque pour manger. Elle s'assit à table, en face de lui. Elle sortit de sa veste le tournevis sonique du docteur qu'elle plaça sur la table.
- Nous avons confisqué ceci à vos gardes dans le fourgon de prisonniers.
- C'est à moi. Puis-je le récupérer?
- Allez-y, j'en ai un du même genre.
- C'est moi qui vous l'ai offert, précisa le docteur en récupérant son outil fétiche.
- J'ai passé la nuit à lire le journal, dit-elle sans détours. Ça en dit beaucoup et ça en dit peu.
- Nous voyagions dans le temps et nous nous rencontrions tout le temps dans le désordre, le journal servait à savoir où nous en étions dans notre histoire.
- « Notre » histoire? Qu'est-ce que j'étais pour vous, qu'étiez-vous pour moi?
- N'est-ce pas dans votre journal? Vous avez surement un chapitre sur les événements du lac Silencio.
- Je veux vous entendre le dire.
- River, nous étions mariés.
- C'est ça qui ne colle pas. Les mariages, ce n'est pas mon genre.
- Ça vous me l'avez déjà dit, il y a longtemps. Moi, j'aimerais savoir ce que vous êtes devenues. Quel genre de personne êtes-vous, aujourd'hui?
River le fixa attentivement et fronça les sourcils.
- Vous ne me faites pas confiance, dit-elle brusquement. Je vous comprends. C'est réciproque, cher époux.
Elle se leva et ramassa son masque.
- Il est temps de réveiller vos amis. Je vais tout vous dire. Vous pourrez prendre une décision ensuite.
