Bonsoir, vraiment désolée pour le retard. Le rythme hebdomadaire n'est plus trop respecté ces derniers temps. Je vais essayer de faire au mieux pour faire des parutions plus régulières ;).

Avant le chapitre, un petit mot pour Volgane. Merci beaucoup pour toutes tes reviews! J'ai répondu à celle de mon OS sur mon profil pour ne pas tout mélanger ;). Je suis contente d'avoir ton avis sur cette histoire. Tes compliments me touchent vraiment. J'essaye de faire au mieux pour retranscrire les émotions qui peuvent nous traverser dans ce genre de situation. Je crains toujours d'en faire trop ou pas assez, donc ce que tu me dis me rassure! Une discussion entre Vorona et Izaya serait assez drôle en effet. Non, non, tu n'es pas bizarre. Moi aussi, ça m'amuse les tendances harceleuses d'Izaya (bon, c'est sûr qu'en vrai, ça doit être flippant. Mais la relation toute entière entre Shizuo et Izaya est flippante si on transpose ça dans notre monde :p). Izaya n'était pas sûr que Shizuo reviendrait dans son appartement et donc verrait la liste. C'est cette incertitude aussi qui le pousse à le faire, il dévoile ses sentiments, sans trop se mouiller. Lâche oui, un peu ;). En tout cas, encore merci d'avoir pris le temps de me donner ton ressenti! Ça me fait vraiment plaisir!

Voilà, j'espère que ce chapitre vous plaira. Bonne lecture...


Neuvième mois

Décembre

Izaya a emménagé chez moi. C'est bizarre et, pourtant, ça me semble si naturel en même temps. Je suis un peu confus face à ces sentiments contradictoires. Je vis mes derniers mois, je n'ai plus le contrôle de mon corps, mais, malgré tout ça, je n'ai jamais été aussi heureux qu'en ce moment même. Rien que le fait qu'il soit à mes côtés, ça me rassure et ça me permet de goûter à un rare bonheur que je ne connaissais pas avant. Bien sûr, Izaya est toujours une merde et il ne peut s'empêcher de me faire chier en ouvrant sa sale bouche pour me lancer des piques, mais ce n'est plus comme avant.

Vivre à deux est une nouvelle expérience pour moi. Je pensais que j'aurais peut-être du mal à m'adapter, mais, au final, j'aime toutes les petites manies d'Izaya. Même si certaines sont vraiment très étranges. Par exemple, a-t-il réellement besoin de se peser tous les matins ? Ce n'est pas comme s'il devait faire attention à son poids. Et puis, pourquoi fait-il ça alors qu'il néglige ses repas ? C'est moi qui dois le rappeler à l'ordre et l'obliger à manger, mais surtout à s'éloigner de son foutu ordinateur. Izaya dit qu'il en a besoin pour travailler. D'accord, cependant, ce n'est pas une raison pour y rester dessus toute la journée. Il a vraiment une mauvaise hygiène de vie. Enfin, ses habitudes m'amusent plus qu'autre chose, je dois bien l'avouer.

Mais la vie n'est quand même pas tous les jours facile. La maladie gagne de plus en plus du terrain. J'essaye de ne pas trop y penser, je veux juste profiter avec Izaya. Cependant, je n'ai pas toujours le contrôle de moi-même. La plupart du temps, j'arrive à le gérer... La plupart du temps seulement...

Aujourd'hui est un jour sans. Je suis assis dans le divan aux côtés d'Izaya. On discutait de façon normale jusqu'à ce que mon esprit me lâche. Je sais que j'ai eu un moment d'absence. Je n'arrive pas à l'expliquer, mais je suis dans le flou, je sens que mon cerveau a encore déraillé. Je déteste cette sensation, ce noir qui remplit ma tête. Ne pas savoir est pire que tout, je ne supporte pas de ressentir ce vide à l'intérieur de mon esprit. C'est effrayant. Mais pire que tout, en ce moment même, c'est bien le regard d'Izaya qui m'inquiète le plus. Il est absent, fixant un point derrière moi. Son teint est pâle. Je sens qu'il ne va pas bien. Cette vision me tord l'estomac. Merde. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?

« ... Izaya ? »

Il cligne des yeux et me regarde. Le voile dans son regard est encore bien présent. Il affiche malgré tout un léger sourire.

« Qu'est-ce qu'il y a, Shizu-chan ?

– J'ai eu une absence, hein ?

– Ha ha, oui. Mais rien de grave, c'était juste comme si ton cerveau était déconnecté. T'as complètement bugé, c'était très drôle à voir. En même temps, avec tes deux seuls neurones, j'imagine que c'est normal.

– Ferme là ! »

Il rigole, mais je sens qu'il se force à le faire. Je fronce les sourcils. Putain, je ne supporte pas ça ! Je le vois alors se redresser.

« Bon, je vais aller faire quelques courses pour ce soir, déclare-t-il alors d'une voix faussement légère.

– Ça peut attendre, non ?

– Tu rigoles, Shizu-chan ? Il n'y a plus de lait. Je doute que tu puisses t'en passer une journée de plus.

– Arrête de te foutre de ma gueule !

– Là, tu m'en demandes trop.

– Izaya... Dis-moi ce qui s'est passé.

– Ce n'est pas important.

– Ça l'est pour moi. »

Izaya soupire, avant de me regarder droit dans les yeux.

« Tu m'as dit que c'était de ma faute si tu avais le cancer, que tu n'aurais jamais autant fumé si je t'avais foutu la paix. » finit-il par me dire.

Je me gèle à ses paroles. Quoi ? Non... Pourquoi aurais-je lâché une telle absurdité ? Merde...

« Je n'ai jamais pensé ça.

– Je sais, Shizu-chan. Ne t'en fais pas.

– Ce sont les métastases qui me font dire des choses méchantes et ridicules.

– Je sais, répète-t-il. Ne te prends pas la tête avec ça. Ce n'est pas grave. »

Je fronce les sourcils. Si, évidemment que c'est grave. Et je doute que ce genre de déclaration lui fasse très plaisir. Mais, alors que j'essaye de croiser son regard, il détourne rapidement la tête.

« Je vais aller faire les courses avant qu'il ne soit trop tard.

– ... Je viens avec toi.

– Ce n'est pas la peine, Shizu-chan. J'aime avoir mes moments de solitude, tu sais ? »

Il affiche un sourire taquin. Il est très convaincant, mais il n'arrivera pas à me tromper là-dessus. Cependant, je n'insiste pas. Il a besoin de souffler, je ne dois pas le retenir. Il s'en va alors, sans un regard en arrière.

Dès que la porte se referme, je me laisse aller sur le divan, soupirant. Je passe une main sur mon visage. Je ne sais pas ce qui est le pire : devoir gérer ce genre de situation ou savoir que ce n'est sûrement pas la dernière fois que ça se passera...

Mon regard se perd dans le vide alors que je repense aux recommandations de Shinra. C'était assez désagréable de subir ses piques jubilatoires lorsqu'il a appris qu'Izaya venait s'installer chez moi, mais, au final, sa venue nous a rassurés tous les deux. Izaya et moi, on a beau faire semblant que tout se passe au mieux, on ne sait pas vraiment où on se dirige. Shinra a pris son temps pour nous donner des conseils, sur la façon dont nous devrions réagir en cas de nouvelles crises. Izaya a été très attentif à chacune de ses paroles. Son assiduité aurait pu me faire rire si le sujet avait été différent.

Rien n'est vraiment évident entre nous, mais je sais qu'il fait beaucoup d'efforts. Moi aussi, je fais de mon mieux pour que notre cohabitation se passe de la meilleure façon possible. Ce qui m'oblige parfois à prendre sur moi, comme aujourd'hui. Je sais qu'il me ment, que mes paroles l'ont blessé. Je voudrais le suivre, le rassurer, mais il n'apprécierait pas. Je ne peux alors que l'attendre et lui laisser de l'espace pour digérer tout ça...

Heureusement, il ne prend pas trop de temps. Moins d'une demie-heure plus tard, il est de retour. Je me lève alors pour l'aider à ranger les petites courses. Je ne dis rien et ne tente aucune approche. Je commence à comprendre comment fonctionne Izaya et je sais que dans ce cas-ci, il vaut mieux le laisser faire le premier pas, sinon il se braquera.

« J'ai pris des ramens instantanés pour ce soir, je n'avais pas envie de cuisiner, finit-il par me dire en rangeant les bouteilles de lait dans le frigo.

– Ok. »

Je m'en fiche pas mal de ce que l'on va manger à vrai dire. Ce que j'aimerais, c'est que cette tension entre nous disparaisse.

« Ha ha, tu devrais voir ta tête Shizu-chan. Qu'est-ce qui t'arrives, hmm ?

– Rien. Je suis juste fatigué.

– Vraiment ? »

Il affiche un léger sourire, avant de s'approcher de moi. Le trouble dans ses yeux a complètement disparu à présent. Son regard est chaud alors que ses doigts caressent du bout des doigts mon torse.

« Tu es aussi fatigué pour ça ?

– ... Tu n'es qu'un pervers.

– Ose me faire croire que ça ne te tente pas. »

Il me défit clairement. Je ricane et me penche pour l'embrasser. Je pose mes lèvres sur les siennes dans un geste doux. Je veux être tendre avec lui, mais, comme toujours, Izaya se montre impatient. Il se met à mordiller mes lèvres, à taquiner ma langue. Il joue avec moi, comme il l'a toujours fait depuis notre rencontre, mais je dois bien avouer que je préfère sa façon de faire maintenant.

Sans attendre, il me ramène au salon et me pousse sur le divan. Je le regarde se déshabiller avec convoitise. Merde, il est vraiment chaud. Je me redresse un peu pour lui attraper le bras et l'amène rapidement contre moi. Il me regarde, les yeux rieurs, avant de caresser mon visage avec une rare douceur. Je me sens électriser par son toucher. Très vite, c'est comme si la scène qui s'est déroulée un peu plus tôt n'avait jamais eu lieu. Tout est si naturel entre nous... Nos problèmes n'existent plus. Tout ce qui compte en ce moment précis, c'est son corps contre le mien...


Les jours passent, le quotidien s'installe. S'il n'y avait pas ce compte à rebours planant au-dessus de ma tête, je pense que ce sera là ma vision parfaite du bonheur. Tous les matins, en me réveillant, je le vois à mes côtés et je suis rassuré – comme si je craignais inconsciemment qu'il ne s'en aille pendant la nuit. D'habitude, il est réveillé avant moi, mais pas ce matin.

Je souris alors légèrement en le regardant dormir. Il est beau comme ça, sans artifice, sans masque ridicule. Si seulement, son visage pouvait être toujours aussi sincère. Je pourrais rester des heures comme ça, à le fixer longuement... Mais, comme s'il sentait que je l'observe, Izaya finit par ouvrir lentement les yeux.

« Hey... bonjour, murmure-t-il.

– Bonjour. »

Je m'approche de lui et l'embrasse doucement, avant de nicher ma tête dans son cou. Je respire fortement son odeur. J'aime ces moments de tendresse entre nous. C'est comme si le temps s'arrêtait, que le monde entier disparaissait en nous laissant juste tous les deux. Je me sens toujours étrange dans ses bras. Et je suis persuadé qu'il ressent la même chose. Tous les deux, on n'a pas mal manqué d'affection et d'amour. Ce genre de relation, c'est une première pour nous... Il me rend dingue. Et j'adore ça. Mes bras l'entourent alors, le calant contre moi dans une étreinte réconfortante.

« Hmm Shizu-chan, tu sais que je suis censé travailler, non ?

– On s'en fout, puce. Tu as besoin de repos. Je ne te laisserai pas quitter le lit si vite.

– Ah, méchante bête. »

Il rigole avec douceur, me faisant sourire encore plus. J'aime ce son. Je ne m'en lasserai jamais. Izaya se laisse alors aller contre moi, ses doigts caressant doucement mon torse.

« Tu sais quel jour on est ? finit-il par me demander.

– Evidemment, je n'ai pas perdu la tête à ce point... Mais je ne vois pas le rapport.

– Ce sont bientôt les fêtes de fin d'année. Je me disais qu'on pourrait se faire un repas spécial.

– Ouais, style otoro ?

– Ce serait une bonne idée, sourit-il largement.

– Pour Noël si tu veux. Mais pour le Nouvel An, je suis invité chez mes parents. »

Izaya reste un moment silencieux, avant de lever les yeux vers moi.

« J'imagine que tu ne veux pas annuler.

– Non, surtout que c'était prévu déjà bien avant que je ne tombe malade...

– Je vois. »

Je plonge mon regard dans le sien, essayant de lire en lui. Mais force est de constater qu'il est doué pour cacher ses émotions. À croire que je n'arriverai jamais à le comprendre réellement. Bien que j'aime ce mystère, quelques fois, je voudrais qu'il soit plus lisible. En tout cas, ça a l'air de le déranger toute cette histoire, mais je ne vois pas trop pourquoi.

« Et toi, tu n'avais rien de prévu ?

– Moi ? rigole-t-il. Je ne me rappelle même plus de quand date la dernière fois que j'ai fêté le Nouvel An avec quelqu'un.

– ... Vraiment ? Même pas avec tes parents ? »

Je suis surpris par ses paroles. Je savais qu'il était solitaire, mais je ne croyais pas que c'était à ce point.

« Mes parents ? grimace Izaya. Ça doit bien faire huit ans que je n'ai plus de nouvelles d'eux. »

Mes yeux s'élargissent en entendant sa dernière phrase. Il est sérieux ?! C'est vrai que je n'ai jamais entendu parler de ses parents, mais jamais je n'aurais cru qu'Izaya soit aussi éloigné d'eux.

« ... Pourquoi ?

– Ah, tu sais Shizu-chan, tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents affectueux et compréhensifs.

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

– Tu es bien curieux. »

Il se force à sourire. Je ressers alors légèrement mes bras autour de lui, sentant que c'est un sujet sensible.

« Tu n'es pas obligé de m'en parler si tu ne veux pas.

– Ce n'est pas un secret..., soupire-t-il. Disons que certaines personnes ne sont pas faites pour avoir des enfants. Peut-on réellement leur en vouloir pour ça ?

– ... Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

– Qu'est-ce qu'ils n'ont pas fait plutôt, raille-t-il d'une voix mauvaise. Ils n'étaient jamais là. Leur travail était toujours plus important. Ils promettaient sans cesse que ce serait différent la prochaine fois, mais c'était toujours pareil. Je ne me souviens même pas d'un anniversaire avec eux. Ils n'ont jamais été là pour les moments importants. J'ai été élevé par mes grands-parents et quand mes parents ont jugé que j'étais assez grand, j'ai dû m'occuper de mes soeurs tout seul. »

Je le regarde longuement. Je n'imaginais pas son passé comme ça. Je passe alors une main dans ses cheveux, comme si ce simple geste pouvait effacer toute la douleur qu'il a ressentie dans son enfance. Il a dû se sentir terriblement seul...

« Je suis désolé pour toi. Mais tu n'as jamais essayé d'en parler avec eux ?

– Et c'est toi qui me dis ça ? rigole-t-il. Non, je n'ai pas envie de discuter de ça... Pour dire quoi de toute façon ? Ils trouveront toujours les meilleures excuses au monde. Mais la vérité, c'est qu'ils ne m'aimaient pas assez que pour vouloir s'occuper de moi.

– ... Qu'est-ce que tu racontes, putain ? Ils t'aiment forcément ! »

Izaya éclate alors de rire. Je grogne. Je déteste ce putain de rire ! À chaque fois, j'ai l'impression de revoir l'ancien Izaya, celui qui se moquait ouvertement de moi et qui s'amusait de chacune de mes colères.

« Je ne te savais pas si naïf, Shizu-chan. Tous les parents n'aiment pas leurs enfants. Ça, c'est une jolie légende. Mais ce n'est pas si grave, j'ai l'habitude. J'aime tous les humains, mais aucun ne m'aime en retour. C'est comme ça. »

Mes doigts tremblent légèrement en entendant ses mots. Je ne supporte pas d'entendre ces phrases, surtout venant de lui... Je connais cette sensation de solitude, cette certitude de n'être aimé par personne et j'en ai tellement souffert... sauf que moi, mes parents se sont quand même occupés de moi et j'ai réussi à me faire des amis. Mais lui n'a pas eu cette chance... Enfin, s'il n'était pas une puce aussi ennuyeuse aussi !

« Tu ne laisses pas les gens t'aimer non plus, Izaya. Avec ce comportement de merde, comment tu veux que l'on s'approche de toi ? Tu ne devrais pas cacher ce que tu es vraiment derrière tous tes masques de méchanceté.

– C'est plus simple comme ça, pourtant. Ne pas m'impliquer pour ne pas souffrir, je t'ai déjà dit que c'est ce que je faisais de mieux, non ?

– Alors tu vas continuer d'être une merde avec les autres après mon départ ?

– Ha ha, pourquoi est-ce que je devrais changer d'attitude ? »

Je soupire. Pourquoi doit-il toujours être aussi entêté ? Je ne comprends pas sa façon d'agir. Il est évident qu'il souffre de sa solitude, alors pourquoi se l'impose-t-il sans cesse ?

« Tu ne serais pas un peu masochiste, Izaya ?

– Ça te plairait ? sourit-il longuement.

– Idiot... »

Il ricane, visiblement amusé par la situation, mais c'est loin d'être mon cas. Je le regarde alors un moment, avant de me décider.

« Tu veux venir avec moi ?

– ... Où ça ? me demande-t-il, un peu perdu.

– Chez mes parents.

– Tu m'invites chez tes parents pour le Nouvel An ? Sérieusement ?

– Pourquoi pas ? »

Izaya grimace, peu emballé par l'idée.

« Ce serait une idée géniale, je vois d'ici la scène, se moque-t-il. Je suis sûr que ta chère famille sera heureuse de m'accueillir pour les fêtes. Ils doivent m'adorer.

– La faute à qui aussi ?

– Méchant Shizu-chan. Tu es aussi responsable que moi.

– Ouais, je sais. »

Je passe à nouveau une main dans ses cheveux – je ne sais pas pourquoi, mais c'est un geste qui me rassure toujours – tout en le regardant droit dans les yeux. Si je pouvais, je reviendrais en arrière, le jour où je l'ai rencontré pour la première fois, pour tout changer. J'ai déconné. Mais, à ma décharge, Izaya n'a jamais essayé d'arranger les choses non plus. Enfin, ça ne sert à rien de penser au passé. Ce genre de regret est juste inutile.

« Alors, tu veux venir ou pas ?

– Je ne sais pas. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

– Pourquoi pas ?

– ... Je ne préfère pas, c'est tout, répond-il après quelques secondes. Ne t'en fais pas, je passerai une très bonne soirée quand même. »

Je suis sceptique, mais il ne me laisse pas l'occasion de répliquer. Il m'embrasse légèrement, avant de se dégager de mon étreinte et de quitter le lit. Je le regarde alors s'éloigner, songeur. Je n'ai pas envie de le laisser seul, encore moins ce soir-là.

Je soupire légèrement. Peut-être que je lui en demande trop. Après tout, il s'est dévoilé à moi, il m'a ouvert son coeur. Et moi, j'ai accepté ses sentiments, sans pour autant y répondre. Je ne veux pas lui mentir ou extrapoler, c'est pour ça que j'ai préféré ne rien dire. Cependant, lui demander de m'accompagner chez mes parents alors qu'il ne sait toujours rien de mes sentiments serait particulièrement égoïste. Pourquoi ferait-il l'effort de venir pour un type qui ne sait même pas ce qu'il ressent ? Mais cette confusion est finie à présent. Ça fait quelques jours que tout s'est éclairci dans mon esprit. Non, je pense même que ça doit faire bien plus longtemps que ça...

Je ne sais pas ce qui se serait passé si je n'étais pas tombé malade. Peut-être que j'aurais continué à le haïr, peut-être qu'il aurait fini par me pousser trop loin et que je l'aurais blessé sérieusement pour de bon. Je frissonne à cette pensée. Mais je ne peux pas réfléchir à ça. Tout ce qui compte, c'est la réalité. Et cette foutue réalité, c'est que je vais bientôt crever et qu'il est là.

Bien sûr, il est toujours aussi espiègle et pénible, mais il est là. Depuis le début. J'ai appris à le connaitre, à comprendre un peu plus son fonctionnement. Il y a toujours eu quelque chose de fort entre nous. Quand j'ai pris la décision de ne plus le revoir, ça m'a tellement blessé... Et quand j'ai découvert qu'il m'aimait, j'ai eu l'impression que j'allais exploser de plaisir. J'ai eu également eu mal quand il m'a dit que personne ne l'aimerait jamais, mais que ça lui convenait... Je pense que je me prends trop la tête parce que je sais très bien ce que je ressens pour lui, je crois juste que je me voilais la face pour moins souffrir. Mais il est là. Il ne partira plus, je ne l'éloignerai plus.

Je quitte alors le lit à mon tour et rejoins Izaya à la salle de bain. Il me regarde à travers le miroir. Il sourit avec légèreté, tout en continuant ses gestes matinaux. Je sens une tendresse étreinte mon coeur à cette vision. Chaque fois que je le vois se comporter de façon si naturelle, j'ai l'impression d'arriver à voir le vrai Izaya, celui qui se cache sans cesse derrière tous ses masques. Et cet Izaya-là, je sais exactement quels sont mes sentiments pour lui. Je m'approche alors dans son dos et l'entoure de mes bras en douceur.

« Tu es bien tactile ce matin, Shizu-chan.

– ... Je sais que tu ne veux pas, mais j'ai envie que tu viennes avec moi chez mes parents pour le Nouvel An.

– Pourquoi ? soupire-t-il. Ils me détestent.

– Ils ne te connaissent pas. Je vais leur parler. Et puis, si tu ne fais pas ton merdeux, je pense qu'ils pourraient t'apprécier.

– Ça fait très rencontre avec les beaux-parents, rigole-t-il. Je ne vois pas pourquoi je supporterais ça.

– Parce que je te le demande... »

Il reste silencieux un moment, posant sa tête contre mon torse. Nos regards se croisent à nouveau à travers le miroir. Je le sens hésitant. Mon étreinte se resserre légèrement. Mon coeur bat un peu plus vite lorsque, enfin, je lui dis ce que je désirais lui avouer depuis un bon moment.

« Je veux que tu sois à mes côtés... parce que je t'aime, Izaya. »

Il se tend, le regard fuyant. Il est surpris.

« ... Ne dis pas n'importe quoi, murmure-t-il.

– Je ne mens pas. »

D'un geste le plus doux possible, je le retourne pour lui faire face. Il n'est pas à l'aise. Je me penche et pose un léger baiser sur ses lèvres.

« Je t'aime, Izaya. »

Je l'embrasse encore et encore, tout en lui disant les mêmes mots entre chaque baiser.

« Je t'aime... Je t'aime... Je t'aime... »

C'est mon nouveau mantra. Izaya finit par rigoler doucement, avant de me regarder droit dans les yeux.

« Protozoaire stupide... Tu seras imprévisible jusqu'au bout, hein ?

– Evidemment.

– ... Bon, d'accord. Je veux bien venir.

– Super ! Et ne t'en fais pas, ça se passera bien.

– Pff, je ne suis pas inquiet pour une simple soirée, ment-il ouvertement. »

Je souris face à cette mauvaise foi évidente. Je suis content qu'il ait changé d'avis. Dans le fond, je ne me voyais pas fêter le Nouvel An sans lui. Il fait partie intégrante de ma vie à présent.

« ... Tu ne joues pas avec moi, Shizu-chan, n'est-ce pas ?

– Jamais. Crois-moi Izaya, je suis totalement sincère avec toi. »

Il joue distraitement avec mes doigts, comme s'il réfléchissait à mes paroles. Je me demande combien de fois il a dû être blessé pour être à ce point sur la défensive. Il hésite à me faire confiance. Mon coeur se serre à cette pensée. Comment peut-il douter à ce point des sentiments qu'on lui porte ? Bien sûr que tu peux être aimé, Izaya !

« D'accord... »

J'affiche alors un large sourire. Je ne peux m'empêcher de me sentir soulager en entendant ce simple mot. Je le sens s'ouvrir totalement à moi et j'aime ça. Il me reste peu de temps, mais j'y pense à peine. Tout ce qui a de l'importance, c'est que je profite de chaque jour, chaque heure, chaque seconde avec lui et que je lui fasse comprendre que lui aussi a le droit d'être heureux, même après mon départ... Mais ça, je sens que ça va être compliqué...


Au plus le temps passe, au plus je sens que mon corps se détériore. Mes douleurs à la poitrine sont revenues. Je tousse souvent. Les médicaments atténuent un peu ces symptômes, mais ne les font pas disparaitre pour autant. Quelques fois, j'ai l'impression de cracher carrément mes poumons. Je suis essoufflé, je suis fatigué. Je continue à perdre un peu de poids, malgré mes efforts pour manger correctement. Mais, malgré tout ça, je sens que mon corps peut encore tenir un peu. Il le faut... Je ne suis pas encore prêt à partir. Même si la douleur est insupportable par moment, je suis plus fort que la maladie. Je ne sais pas combien de temps ça durera, mais je ferai de mon mieux pour que ce soit le plus longtemps possible.

Lorsque j'ai des moments de confusion, il m'arrive souvent de ne plus me souvenir de ma relation avec Izaya. Mais, heureusement, je n'ai plus jamais cédé à la colère et la haine comme la dernière fois. Comme si une part de moi n'oubliait pas le lien qui nous unit, malgré mes crises. Mes mots envers lui sont violents cependant, jusqu'à ce que je tombe sur mes post-it. En les lisant, je me sens toujours confus, ne comprenant pas comment j'ai pu écrire ça. Izaya, lui, reste toujours calme et m'explique en douceur la situation. Par chance, jusqu'à présent, je retrouve, à chaque fois, très vite mes esprits.

Cependant, quand les fêtes de fin d'année arrivent, je ne peux m'empêcher d'être un peu nerveux. Je me confie à ce sujet pour la première fois à Izaya le soir du réveillon de Noël. Nous sommes tous les deux couchés dans le divan – Izaya posé tranquillement contre ma poitrine – buvant un peu d'alcool. Nous n'avons pas fait grand-chose de la soirée, désirant juste profiter de cette fête à nous deux. Mon coeur se serre toujours à la pensée que c'est notre premier, mais surtout notre dernier Noël ensemble. Mais je ne m'attarde pas là-dessus.

« J'ai un peu peur pour la semaine prochaine... »

Je lui avoue ça du bout des lèvres, tout en caressant distraitement ses bras. Je n'aime pas parler de mes faiblesses comme ça et, pourtant, j'ai besoin que ça sorte.

« Pourquoi donc Shizu-chan ? Il n'y a pas de raison que ça se passe mal. Je me comporterai bien, promis, rigole-t-il.

– Ce n'est pas ça... Et si j'avais une crise de confusion en plein repas ? Et si je foutais tout en l'air ?

– Tu avais les mêmes craintes pour le mariage de Shinra et Celty non ? Pourtant, ça s'est bien passé.

– Ma maladie n'était pas aussi avancée à ce moment-là.

– Tu seras en famille, répond Izaya d'un ton calme. Même si tu fais une crise, on sera là pour t'aider.

– Mais ça gâcherait la soirée.

– Shizu-chan... »

Il soupire, visiblement exaspéré par mon attitude.

« Arrête de raconter n'importe quoi. On s'en fiche pas mal que ça casse l'ambiance ou non. Personne ne s'attend à ce que tu sois au mieux de toute façon. Tout ce que ta famille veut, c'est de passer ce moment avec toi. Peu importe que ça se passe bien ou non. D'accord ?

– ... Ouais, je sais. Tu as raison.

– J'ai toujours raison, Shizu-chan. »

Je ricane légèrement, avant de porter mon verre à mes lèvres. C'est tout de même étonnant cette faculté qu'Izaya a. Il trouve toujours les mots qui me feront réagir. En bien ou en mal, d'ailleurs. À croire qu'il me connait mieux que je ne me connais moi-même...

« Il est minuit passé, me fait-il alors remarquer. Joyeux Noël, Shizuo.

– Joyeux Noël, Izaya... Attends, je dois aller chercher quelque chose... »

Il se redresse, me permettant de me lever. Je me dirige vers la chambre, prends un petit paquet emballé et reviens m'asseoir à ses côtés. Il me regarde fixement, curieux.

« Ce n'est pas grand-chose, mais je pense que tu apprécieras. »

Je lui tends le cadeau et attends. Je suis un peu nerveux, je ne sais pas du tout comment il va réagir. C'est la première fois que je lui offre un cadeau. Je me sens un peu niais, d'autant plus que c'est un homme également. Peut-être qu'il va me trouver ridiculement romantique.

Izaya arrache presque l'emballage d'un geste empressé. Il me fait penser à un gamin impatient. Ça me fait rire. Il y a plusieurs mois de ça, je n'aurais jamais cru qu'il puisse être comme ça. C'est vraiment amusant... Izaya sort son cadeau et regarde le livre, surpris.

« Je ne savais pas que tu connaissais la littérature étrangère. Je suis impressionné, Shizu-chan !

– Ferme là ! C'est Kasuka qui m'en avait parlé il y a longtemps. J'étais curieux, c'est tout. »

Evidemment, il ne peut s'empêcher de se foutre de ma gueule. Qu'est-ce que ça va être quand il va lire le mot que je lui ai laissé à l'intérieur ? Je lui ai offert Le Petit Prince, en édition française. Parce que oui, ce bâtard comprend le français, sans pour autant être parfait bilingue. Le nombre de langues qu'il comprend est juste hallucinant. Il est trop intelligent et doué pour son prendre bien, je l'ai toujours dit...

Enfin, je me sens ridicule de lui donner ce livre. Je suis pas trop porté sur la littérature d'habitude, mais cette histoire a été un vrai coup de coeur pour moi. J'étais plus que sceptique quand Kasuka m'en avait parlé et, pourtant, j'ai été complètement pris par l'histoire simple et complexe en même temps. Je n'ai surement pas su déceler tous les messages, mais j'ai apprécié malgré tout. Je suis sûr qu'Izaya va se moquer de moi, cependant, maintenant que notre relation a changé, ce livre me fait penser à lui. C'est ce que je lui dis d'ailleurs dans les mots que je lui ai écrits. Mais je suis sûr qu'Izaya va se foutre de ma gueule parce que j'ose le comparer à une rose.

Cependant, le rire désagréable auquel je m'attendais ne vient pas. Izaya a un regard étrange que je n'arrive pas à déchiffrer. Il affiche alors un sourire sincère et me fixe un moment.

« Tu es étonnant, Shizu-chan. Vraiment.

– Tais-toi... Je ne veux pas entendre tes réflexions sur mon cerveau stupide.

– Ce que je veux dire, c'est merci. Ce cadeau me fait plaisir. Mais je ne m'y attendais pas. On avait dit qu'on ne s'offrait rien.

– Je ne voulais pas de cadeau de ta part, ça m'aurait mis mal à l'aise vu tout ce que tu as déjà fait pour moi. Mais je tenais à t'en faire un. C'est... c'est aussi pour que tu aies quelque chose pour te souvenir de moi.

– ... Shizuo... »

Son regard se ferme. Je sais qu'il n'aime pas parler de ça, mais je ne peux pas me taire plus longtemps. J'ai besoin de lui dire tout ce que je pense à ce sujet.

« Je veux que tu saches quelque chose d'important, Izaya. »

Je lui prends alors la main et la serre. Mes émotions sont fortes, il faut que je les lui transmette.

« Izaya... Quand je te dis que je t'aime, je ne te mens pas. Tu es très important pour moi. Tu l'as toujours été, même quand je te détestais. Même si notre histoire ne durera que quelques mois, elle est aussi forte que si on vivait ensemble depuis des années. Je vais partir... je vais mourir... mais cet amour sera toujours bien réel. Je ne veux pas que tu oublies ça. Jamais. Alors quand tu seras seul, que tu douteras, quand tu penseras que personne ne peut t'aimer, tu reliras ces mots et tu te rappelleras. Tu te rappelleras que tu as été unique pour moi, que je t'ai aimé et que je ne veux pas que tu sois triste ou que tu te laisses aller. D'accord ? »

Izaya fait la moue, n'aimant vraiment pas la tournure que prend la conversation. Il secoue légèrement la tête.

« Tu ne devrais pas penser à tout ça, Shizu-chan. Bon, allez, que dirais-tu de manger le gâteau ? Je suis sûr que tu n'attends que ça depuis tout à l'heure ! »

Il se redresse, fuyant la conversation. Je m'y attendais. Peu importe, au moins le message est passé. Même si je sais qu'il faudra que j'approfondisse encore certaines choses avec lui, je pense que c'est suffisant pour aujourd'hui. Alors, je le laisse tranquille pour l'instant et le suis dans la cuisine...


Le Nouvel An arrive rapidement. Nous sommes donc invités à fêter le réveillon chez mes parents. Je les ai prévenus de la présence d'Izaya. Heureusement, ça n'a pas semblé poser de problèmes. J'espère quand même que tout se passera bien. Dans le taxi pour aller chez eux, Izaya est étrangement silencieux. Ce n'est pas son genre, lui qui piaille sans cesse d'habitude.

« Tout va bien ?

– Pourquoi ça n'irait-il pas Shizu-chan ? »

Il a beau faire semblant, je sens qu'il est mal à l'aise.

« Relax, ce ne sont pas des monstres.

– Qui sait ? C'est ta famille après tout, me raille-t-il.

– Ferme ta putain de bouche ! »

Je m'énerve. Il arrive toujours à me sortir de mes gonds avec ses phrases de merde. Izaya ricane, mais n'ajoute rien. Le reste du trajet reste donc aussi silencieux jusqu'au bout. Arrivés sur place, nous sortons du véhicule et nous nous dirigeons vers la porte d'entrée. Je frappe. Le silence devient pesant. Je caresse alors du bout des doigts la main d'Izaya, pour le détendre un peu. Tout va bien se passer.

C'est mon père qui nous ouvre. Il nous salue avant de laisser traîner son regard sur Izaya. Je ne sais pas ce que mon père pense, son visage étant totalement impassible.

« Bonsoir. Je suis Kichiro Heiwajima.

– Enchanté M. Heiwajima. Je suis Izaya Orihara. »

Mon père hoche la tête et nous laisse entrer. Bon, premier contact plutôt réussi. On avance dans le couloir, après avoir retiré nos vestes et chaussures. En entrant dans le salon, je croise directement le regard de Kasuka. Je souris. Ça fait plusieurs semaines que je ne l'ai plus vu, comme il devait finir un film. Je m'avance alors vers lui.

« Bonsoir Kasuka. Comment vas-tu ?

– Je vais bien et toi ?

– Ça va... Ruri n'est pas là ?

– Non, elle avait d'autres engagements, répond-il d'un ton tranquille avant que son regard ne se pose derrière moi. Orihara... »

Il salue Izaya d'un geste raide de la tête. Je sens qu'il n'est pas content de le voir là, malgré le fait qu'il ne montre rien du tout. Mais ce n'est pas étonnant, vu la conversation que j'ai eue avec lui il y a quelques mois maintenant. Kasuka a toujours détesté Izaya. Ce qui est plutôt normal au vu de mon passé avec lui.

« Kasuka, ça faisait longtemps, sourit Izaya.

– Pas assez...

– Ha ha, j'adore quand tu dis ça avec un visage aussi neutre. Tu es à ce point impassible pour compenser l'impulsivité de ton cher frère, n'est-ce pas ? »

Son ton est clairement moqueur. Merde, ça va déjà mal tourner si ça continue comme ça. Je regarde alors fixement Izaya pour le calmer. Il capte mon regard et lâche un léger soupir, avant de se désintéresser de mon frère. C'est à ce moment-là que ma mère sort de la cuisine pour venir nous voir.

« Ah, il me semblait bien que j'avais entendu du bruit. Bonsoir Shizuo. Comment vas-tu ? Ça a été le trajet ?

– Oui, très bien. Et toi, ça va ? Ne me dis pas que tu fais encore tout le repas toute seule ?

– Oh c'est mieux comme ça. Ton père serait capable de mettre le feu à la cuisine, rigole-t-elle.

– Ce qu'il ne faut pas entendre, réplique mon père d'une voix calme. La vérité, c'est que tu veux tout contrôler toi-même.

– Ha ha, peut-être, c'est vrai... »

Elle sourit, avant de se tourner vers Izaya. Elle le regarde un moment de haut en bas, comme pour le jauger.

« Bonsoir Izaya... je peux t'appeler Izaya ?

– Oui, bien sûr.

– Ah parfait. Je suis Namiko. J'ai beaucoup entendu parler de toi, j'avais hâte de te voir.

– Moi de même. »

Izaya affiche un sourire doux et innocent. Non, mais je rêve ? Il fait du charme à ma mère maintenant... Quel manipulateur... Même moi je pourrais me faire avoir par son petit numéro si je ne le connaissais pas autant.

« Bien, asseyons-nous, propose mon père. Je vais servir l'apéritif. »

Je m'installe près d'Izaya. Je me doute que la situation ne doit pas être facile pour lui malgré tout. Kasuka se met à ma gauche alors que ma mère prend place de l'autre côté d'Izaya. Mon père nous sert de l'alcool. Nous trinquons tous, avant de boire.

« Alors, reprend ensuite ma mère en regardant Izaya, Shizuo m'a dit que tu travaillais pour des yakuzas, c'est vrai ? Ce n'est pas trop dangereux ? »

Je la regarde avec de grands yeux, ébahi par sa question. C'est une blague ? Elle est sérieuse ? Elle lui demande vraiment ça ? Izaya, lui, semble plutôt amusé. Il rigole doucement avant de lui répondre.

« C'est vrai, mais ça va. Je m'entends assez bien avec l'un des chefs.

– Oui, mais dans ce genre de milieu, tout peut arriver, non ?

– Bien sûr, acquiesce Izaya. Il faut savoir se montrer prudent. »

Je lui lance un regard moqueur. Comme s'il était capable d'être prudent.

« On ne va peut-être pas parler de yakuza Namiko, intervient mon père. Vous avez sûrement d'autres centres d'intérêt, non ? »

Sa question est dirigée vers Izaya. Merde, c'est un interrogatoire ou quoi ? Pitié, faites qu'Izaya ne se mette pas à parler de son amour insensé pour ses humains...

« Bien sûr, répond Izaya avec calme. J'aime la littérature et la psychologie.

– Et quoi exactement dans la psychologie ? » demande mon père.

Là, je ne comprends pas. Pourquoi veut-il approfondir le sujet ? Ce n'est même pas comme s'il était passionné de psychologie. J'espère que c'est juste de la politesse et qu'il n'y a pas de piège derrière. Enfin, ce n'est pas le genre de mon père, mais vu qu'il s'agit de mon ancien pire ennemi, rien n'est impossible.

« J'aime particulièrement les maladies mentales, répond Izaya. Je trouve que c'est un sujet fascinant.

– Pourquoi ne va pas vous être dirigé vers des études de psychiatres dans ce cas ?

– J'avais d'autres aspirations.

– Oui, les yakuzas, belle aspiration, intervient mon frère d'une voix glaciale.

– Kasuka, le réprimande ma mère. Qu'est-ce qui te prend ?

– Rien, désolé. »

Sa voix est vide de toute émotion, mais elle me fait tiquer. Je sais qu'il déteste Izaya, mais ça ne lui ressemble pas d'être aussi piquant.

« Je vais aller voir où en est le repas. » reprend-il avant de se lever et de quitter le salon.

Je fronce les sourcils. Je suis étonné, je ne m'attendais pas à ça. Quel est le problème au juste ? Je sens alors une main se poser sur mon bras. Je me retourne et croise le regard d'Izaya.

« Tu peux aller lui parler si tu veux. »

J'hésite. Bien sûr que je voudrais discuter avec mon frère, mais je m'étais promis de ne pas laisser Izaya seul avec mes parents. Cependant, ce dernier me lance un regard moqueur, comme s'il lisait dans mes pensées. Bon, si c'est lui qui le propose...

« D'accord, je reviens. »

Je me lève et me dirige vers la cuisine. Dans mon dos, j'entends la voix de ma mère demander à Izaya s'il a des frères et soeurs. Ah là, c'est tout un sujet. Je ricane légèrement en pensant aux soeurs jumelles d'Izaya.

J'entre alors dans la cuisine et retrouve mon frère près de l'évier. Il me regarde à peine quand j'arrive, mais j'entends clairement un soupir.

« Désolé Shizuo. Je sais que ce n'était pas sympa.

– Ce n'est rien. Mais ce n'est pas facile pour lui d'être ici, alors peut-être que tu pourrais faire un effort...

– Je ne comprends pas, m'interrompt-il. La dernière fois qu'on a parlé de lui, tu hésitais à passer du temps avec lui pour lui pardonner. Comment les choses ont-elles pu tourner à ce point entre vous ?

– Je ne sais pas moi-même. Ça s'est fait naturellement. Mais c'est sincère.

– Tu as oublié tout ce qu'il t'a fait ? me demande-t-il. Tu as oublié à quel point tu étais mal à cause de lui, que tous les jours, tu revenais dans un état pas possible ? Parce que moi, je n'ai rien oublié. »

Je le regarde, sans rien dire. Ouais, je peux le comprendre. Ce serait hypocrite de ma part de dire le contraire. J'ai haï Izaya au point de vouloir le tuer une bonne partie de ma vie. Alors ouais, c'est normal que Kasuka réagisse comme ça.

« Crois-moi ou non, mais je n'ai pas oublié non plus. L'homme qui m'a fait ça est détestable. Mais ce n'est pas Izaya... Rah, c'est compliqué à expliquer. Tout ça, c'est un masque. Bien sûr, c'est un merdeux la plupart du temps, mais il vaut mieux que ça.

– Tu en es sûr ? Peut-être qu'il te manipule.

– Non, je suis sûr qu'il est sincère.

– J'aimerais te croire, soupire-t-il. Mais il a fait tellement de mal autour de lui que j'ai du mal à lui faire confiance.

– Je comprends. Je ne te demande pas ça de toute façon. Mais s'il te plait, laisse lui une chance.

– ... D'accord. Mais je fais ça pour toi.

– Merci Kasuka.

– Mais j'aimerais savoir une chose avant qu'on retourne dans le salon.

– Dis-moi.
– Est-ce que tu es heureux avec lui ?

– Oui. Je l'aime, Kasuka. Et il m'aime aussi. On essaye juste de profiter du temps qu'il nous reste.

– Bien... Je ferai alors un effort pour toi... Désolé.

– Tu n'as pas à l'être. »

Je lui souris doucement. Je suis content d'avoir mis les choses au clair avec lui. On décide alors de retrouver les autres. Ma mère est en train de parler chaleureusement avec Izaya, le mettant à l'aise. Je la remercie silencieusement pour ça. Je sais ce qu'elle pense de lui et pourtant, elle tente vraiment de faire sa connaissance.

« Alors, comment est le repas ? demande mon père, histoire ne nous réintroduire dans la conversation sans malaise.

– Il est presque prêt, répond Kasuka.

– Parfait, je commence à avoir faim. »

On finit alors tranquillement l'apéro. L'ambiance se réchauffe de plus en plus. Kasuka se détend également et commence à parler de façon plus sympa avec Izaya. Tout le monde fait de son mieux pour l'intégrer. Je suis soulagé. Je sens que cette soirée va bien se passer.

Alors qu'on passe au repas, je ne peux m'empêcher d'observer la façon dont Izaya agit avec ma famille. C'est presque naturel. Il discute avec eux tranquillement, tout à fait décontracté. Je n'ai pas l'impression que c'est un masque... Alors, peut-être qu'il pourrait trouver un refuge ici après ma mort. Il ne voit plus ses propres parents, mais il pourrait peut-être avoir une seconde famille malgré tout. Je ne sais pas, c'est sans doute irréaliste comme pensée. Mais ça me plairait. Au moins je serai sûr qu'il ne sera jamais seul après mon départ.

J'y pense de plus en plus. À ma mort qui se rapproche de plus en plus, à la réaction d'Izaya. Il a été tellement seul tout ce temps, que va-t-il lui arriver quand je ne serai plus là ? Va-t-il être encore plus méchant et vicieux avec les autres qu'avant ? J'ai peur qu'il ne retombe dans ses travers et même qu'il ne les aggrave. Mais qu'est-ce que je peux faire pour éviter ça ? Si je ne suis pas là pour l'empêcher, je suis sûr qu'il se mettra encore dans des situations pas possibles. À croire qu'il aime se mettre en danger et souffrir. Je déteste cette partie-là de sa personnalité. Il faut que je trouve une solution avant mon départ.

Je ne sais pas si c'est normal de plus penser aux autres qu'à moi-même dans ce genre de situation. Mais je me soucie réellement de lui. Eh oui, je préfère me consacrer à mes proches plutôt que de penser à mon propre avenir... qui est inexistant. Et mieux vaut éviter de trop m'attarder sur la mort...

Le repas se finit tranquillement, tout se passe bien. Izaya fait un peu son charmeur, on dirait que ça marche bien sur mes parents. Mais je commence à fatiguer. Merde, minuit est encore loin. Il faut que je tienne. On doit aller au temple, c'est une tradition.

« Tout va bien ? me demande alors Izaya, toujours aussi bon observateur.

– Ouais, je suis juste crevé. C'est rien.

– Tu veux te reposer un peu ? propose mon père.

– Non, ça ira...

– Tu es sûr ? Insiste-t-il. Ce n'est pas grave, tu sais. On viendra te réveiller quand on partira au temple.

– ... Vous êtes sûr que ça ne posera pas de problème ?

– Bien sûr que non, assure ma mère. Allez, vas-y. »

Je lance un regard à Izaya qui acquiesce également. Je me sens un peu coupable de le laisser seul à nouveau, mais je n'en peux plus. Je me lève alors et monte pour rejoindre ma chambre. Je me laisse aller dans le lit et m'endors directement sans même m'en rendre compte.

J'ai l'impression que j'ai à peine fermé les paupières que, déjà, une main douce me secoue légèrement pour me réveiller. Je fronce les sourcils. Merde, je ne me sens pas reposé.

« Shizu-chan ? Il est l'heure d'y aller.

– ... Hmm kay... »

J'ouvre péniblement les yeux et regarde Izaya, qui est assis sur le matelas. Il me sourit, il a l'air paisible. Bien, alors j'imagine qu'il n'y a pas eu de problème en mon absence.

« Désolé de t'avoir laissé avec ma famille... Ça s'est bien passé ?

– Oui, ne t'en fais pas. Ils ont été gentils avec moi. Même ton frère. Tu as beaucoup de chances de les avoir.

– Ouais, c'est vrai. »

Je souris et finis par me lever péniblement. On descend alors pour rejoindre les autres. Ensemble, on se dirige vers le temple. Il n'est qu'à dix minutes à pied, mais je sens directement que ça va être compliqué. J'ai des douleurs musculaires, mes jambes sont raides et j'ai du mal à marcher. Merde ! Putain, pourquoi faut-il que ça arrive maintenant ?!

« Appuie-toi sur moi. »

La voix d'Izaya me sort de mes pensées. Je me tourne vers lui, étonné qu'il ait compris aussi vite mon problème. Tss, il comprend trop vite les choses, c'en est presque agaçant. J'aimerais pouvoir me passer de son aide, mais je sais que ce n'est pas le moment d'être trop orgueilleux. Sans répondre, je passe alors un bras sur ses épaules. Il me soutient et m'aide à avancer. Personne ne dit rien. Et je leur en remercie. On avance lentement. Minuit résonne alors qu'on arrive au temple. On se souhaite tous une bonne année. Ce qui est assez ironique en soi, puisque chacun de nous sait pertinemment que l'année à venir sera la pire de notre vie.

Je m'éloigne ensuite pour suivre la tradition et faire un voeux. Je souhaite que tout le monde puisse arriver à surmonter ma mort. Je souhaite également qu'Izaya retrouve le bonheur après mon départ. C'est réellement mon voeu le plus cher...

Mon coeur se met alors à battre un peu plus vite. Une nouvelle année commence... Ma dernière année... Cette pensée me glace le sang. Je ne connaitrai pas l'année prochaine. Cette constatation m'effraye et rend les choses bien plus concrètes que ce que je voudrais. Je sens la fin approcher à grands pas. Je déglutis. Je ne veux pas... Je ne veux pas mourir... Merde... N'y a-t-il réellement aucune façon d'échapper à ça ? Si seulement je pouvais faire quelque chose pour changer ma situation... Je ne veux pas... Ce n'est pas possible que ce soit mon dernier Nouvel An... non...

« Shizu-chan... ça va ? »

Je me tourne vers Izaya et me force à sourire. Je ne veux pas l'inquiéter. Je repousse alors avec force mes pensées au plus profond de mon cerveau.

« Oui, tout va bien. »

Rien ne va... Mais ça, tu n'as pas besoin de le savoir...


Merci de m'avoir lue. A bientôt pour la suite! Et promis, je vais essayer de mettre moins de deux semaines cette fois-ci ;).