Chapitre 11 : Jeu de dupes

Crédits : l'univers et les personnages appartiennent à Matsuri Hino. Sauf le vampire Tanaka Arô qui fait une courte apparition et qui m'appartient (malheureusement).

Et un chapitre douze, un ! Je m'étonne moi-même de la régularité à laquelle je poste en ce moment. On m'a dopé pendant mon sommeil peut-être…^^

Bref, je profite de cette période d'inspiration et poste donc ce chapitre. Pour ce qui est du prochain, je ne suis pas sûre qu'il arrivera aussi vite car j'ai des examens cette semaine et la semaine d'après.

Bon, assez polémiquer sur ma vie, je vous laisse découvrir le chapitre douze. Comme toujours, votre avis m'intéresse (mon dieu ! On dirait que je fais un sondage publicitaire ^^!), donc n'hésitez pas à me poster une review (qu'elle soit bonne ou mauvaise).

Crédits : Comme toujours les personnages de Vampire Knight appartiennent à Matsuri Hino. En revanche, Tanaka Arô est de mon invention.


Blackcatneko999 : Merci pour ta review ! Comme à chaque fois, cela m'encourage beaucoup. Merci !

Melli-Mello : Oui, je sais que j'ai encore coupé de manière sadique. Gomen ! Et gomen à l'avance pour ce chapitre où tu risque de me reprocher la même chose ^^. Ton dernier commentaire m'a bien fait rire. J'imaginais bien la pancarte et la tenue de pompom girl XD. En tout cas, merci pour ta review, ça me fait toujours autant plaisir de les lire.


POV : Yûki

Il avait braqué sur moi ses yeux clairs, ce qui m'immobilisa sur place. Je ne saurais dire combien de temps nous restâmes à nous observer à distance, mais cet instant fugace me parut durer une éternité, comme si tout le reste autour avait subitement disparu.

Ce fut un mouvement de foule qui rompit cet échange silencieux. Des vampires passèrent devant moi, obstruant mon champ de vision. Certains me jetèrent un regard étonné, d'autres chuchotaient tout en riant. Je n'aimais pas vraiment ça et j'avouerais que l'idée de renverser le contenu de leur verre sur la tête de cette bande de prétentieux me séduisait fortement. D'ailleurs, mes yeux se posèrent sur le liquide sombre que l'un des invités porta à ses lèvres. Du sang… A moins que ce ne soit des Blood Tablet… Oui, c'était bien plus plausible. Kuran n'aurait pas cautionné qu'il s'agisse de véritable sang. Il avait ses défauts, mais je devais bien admettre qu'il faisait partie des vampires les plus civilisés.

Reprenant contenance, je m'approchais de Yagari, mon malaise s'aggravant sensiblement depuis l'entrée de Shiki dans la pièce et cet échange visuel. Mon cœur battait à tout rompre, j'avais du mal à respirer normalement sous le coup de l'émotion. Qu'est-ce qu'il m'arrivait ? Cela me ramenait toujours à ses sentiments contradictoires que je ressentais depuis quelques temps déjà : envie de savoir, peur que la vérité se dévoile. Désir d'en apprendre davantage sur ce vampire qui m'intriguait, besoin de m'en éloigner le plus rapidement possible. Je jonglais entre diverses émotions au point que j'en éprouvais le vertige.

Je n'eus pas le temps d'y réfléchir davantage, qu'un vampire s'approchait de moi. Comme tous les vampires, son visage était agréable, quoiqu'une lueur légèrement hypocrite semblait danser dans ses prunelles. Il avait tout du fils à papa, bien peigné, le costume sans un pli de travers et l'attitude guindée qui va avec. Ses cheveux d'une blondeur angélique étaient coupés à hauteur de la nuque et ses yeux sombres légèrement plissés se posèrent sur moi avec malice. J'eus tout de suite envie de lui en coller une et je ne tentais même pas de le cacher. Je ne voulais surtout pas qu'il s'approche de moi. Malheureusement, c'est ce qu'il fit.

_ Bonsoir, charmante inconnue, dit-il d'une voix suave qui me refroidit immédiatement.

_'Soir, grinçais-je entre mes dents.

Il se mit à me tourner autour, ce qui ne me rassurait pas vraiment. Je guettais le moindre mouvement suspect sans jamais le quitter des yeux.

_ Détendez-vous, je ne vais pas vous manger, dit-il, conscient de ma méfiance. Du moins… pas tout de suite.

Il se mit à rire, dévoilant ses canines, comme s'il s'agissait de la blague de l'année. Moi, je ne riais pas. J'aurais voulu lui coller mon poing dans la figure, histoire de le calmer un peu et de faire disparaître ce sourire débile de son parfait petit visage de porcelaine.

_ Votre robe est très belle. Elle semble dater d'une époque assez lointaine… Ah ! Je suis bien impoli, Mademoiselle. Laissez-moi me présenter à vous dans les règles. Je suis Tanaka Arô, pour vous servir.

Il prit ma main dans la sienne pour un baisemain qui me parut aussi agréable que s'il s'était agi d'une méduse. Non pas qu'il soit impoli ou désagréable, mais quelque chose chez lui m'incitait à la méfiance. Quelque chose dans son regard qui me donnait la sensation d'être une proie courtisée par un prédateur.

_ Ecoutez, lui dis-je en repoussant l'envie qui me prenait de l'assommer, je… je suis venue avec quelqu'un et…

_ Vraiment ? Alors cette personne ne mérite pas votre attention, puisqu'elle vous laisse seule au milieu de la salle.

S'il existait bien une chose qui me faisait horreur c'est que l'on me coupe la parole en pleine explication. Surtout pour me débiter un flot de stupidités par la suite…

_ S'il-vous-plaît, Tanaka-san, insistais-je en me montrant beaucoup plus indisposée par sa présence, j'aimerais être seule un instant afin…

_ Ne soyez pas si formelle, cela m'attriste.

Il venait encore de me couper la parole ! Mais qu'est-ce qu'il me gonflait !

Je surpris alors son regard fixé sur ma gorge, remontant le long de mon cou avec un air avide qui ne me plût pas beaucoup.

_ Bon, vous avez fini de me dévisager comme un morceau de viande !

Les invités qui nous entouraient se retournèrent, offusqués par mon langage. Malheureusement, je n'avais pas pu me retenir, c'était sorti tout seul. Tanaka Arô paraissait quant à lui assez gêné. Mais il ne lâchait pas l'affaire, le bougre !

_ Je vous en prie, Mademoiselle… Souffrez que je vous demande votre prénom.

Il m'énervait avec ce ton soutenu ! J'avais l'impression de me retrouver à la Cour du roi de France.

_ Mon prénom c'est Adieu !

Je me tournais, prête à déguerpir, mais il saisit mon bras avec force.

_ C'est inconvenant, dit-il d'une voix sombre.

Je tentais de me dégager lorsqu'éclata un rire moqueur. Nous nous tournâmes et découvrîmes Senri Shiki qui nous observait, les mains dans les poches, la tête penchée et amusée.

_ Inconvenant ? Parce que tu te trouves délicat, peut-être, lança t-il.

La main de Tanaka Arô se desserra aussitôt de mon bras, jusqu'à le lâcher complètement. Il semblait se rapetisser sur lui-même.

_ Il s'agit de ma cavalière et tu l'indispose, reprit Shiki, avec un regard ennuyé mais néanmoins glacial.

_ Shiki Senri-sama, glapit Arô d'une voix éteinte. Veuillez excuser mon attitude.

Il s'inclina rapidement et détala sans attendre son reste. Quelle poule mouillée ! Comme quoi, je ne l'intéressais pas tant que ça ! Sinon, il aurait protesté ou il aurait mit son poing dans la figure de Shiki ! Comme un homme quoi ! C'était bien la peine de jouer les chevaliers servants ! Lâche, va !

Je me tournais vers Shiki qui se mit à bailler d'ennui, puis à soupirer bruyamment. Son attitude me paraissait toujours déstabilisante au plus haut point. Le regard du vampire se fit vide, comme si toute la salle et son brouhaha incessant avaient subitement disparu.

_ Merci, dis-je à Shiki avec une sorte de tremolo dans la voix qui m'irrita moi-même.

Il fallait que je me ressaisisse, bon sang (sans vouloir faire de jeux de mots) ! Le vampire se tourna vers moi.

_ Je méprise les bals, dit-il. C'est vraiment chiant.

Qu'est-ce qui ne l'était pas, pour lui, on se le demandait. Et je répondais quoi à ça, moi ?

_ C'est vrai.

C'est tout ce que j'avais trouvé à dire. Il y avait des jours comme ça où je manquais cruellement d'inspiration.

Cela fit pourtant sourire Shiki. Un petit sourire. C'était déjà pas mal.

Alors que je tripotais nerveusement mes doigts, la main de Shiki se tendit vers moi.

Je relevais la tête, l'air incrédule. Les yeux de Shiki se plantèrent dans les miens.

_ Puisque nous sommes là, autant en profiter, non ? Lança le vampire.

La moitié de mes capacités mentales se mirent au point mort. Est-ce qu'il m'invitait à danser ? En même temps, je voyais mal pour quelle autre raison il me tendrait la main. Pour faire la manche peut-être, sauf que Shiki n'en avait pas besoin.

Je sentis mes joues rosir, ce qui ne manqua pas de m'irriter. Je ne me sentais pas aussi insensible que ce que j'avais cru. En vérité, je m'énervais moi-même. Je ne me trouvais pas dans mon état normal, c'est comme si l'on m'avait transformé en une espèce de guimauve toute molle, incapable de réfléchir correctement.

Je posais timidement ma main sur celle de Shiki, et à son contact ce fut comme une décharge dans mes doigts. Pourquoi fallait-il toujours qu'il arrive pour me venir en aide au moment où je l'attendais le moins ? Je finissais toujours par me trouver dans ce genre de situation gênante où je lui étais redevable !

Shiki me conduisit au milieu des danseurs et là, quelque chose me revint en mémoire : je ne savais pas danser. Enfin si, je savais danser, mais de la même manière que la plupart des gens : n'importe comment, c'est-à-dire en faisant des moulinets avec les bras et en restant toujours sur place à sautiller. Mais ce n'était pas de la danse, ça. Parlez-moi de salsa, de tango ou de valse et vous pouvez être sûrs qu'il n'y avait plus personne. Pour résumer la situation, j'allais me ridiculiser devant toute la salle et devant Shiki par la même occasion.

Nous nous arrêtâmes et le vampire mit sa main sur ma taille. Il faisait un peu chaud tout d'un coup. Je sentais le contact de ses doigts à travers le tissu de ma robe. Mon cœur s'accéléra légèrement tandis que je me faisais la réflexion que le vampire se trouvait beaucoup trop près. Je n'aimais pas que l'une de ces créatures me touche. Je préférais rester à une distance plus que raisonnable.

Shiki avait des gestes lents, et ses doigts se resserrèrent sur ma main droite.

Je levais la tête vers lui, avant de fixer un point un peu plus loin. Oui, le fameux point invisible !

Il faisait vraiment trop chaud, dans cette salle…

_ Euh… Shiki-senpai ?

_ Mmh ?

Comment j'allais lui expliquer ça ? Je lui fis signe de se pencher un peu, de sorte que les autres convives n'entendent rien.

_ Et bien… je… je ne sais pas danser…, avouais-je dans un murmure gêné.

Il se redressa et je fus soulagée qu'il ne se moque pas de moi.

_ Je suis un très bon professeur, répondit le vampire du tac au tac.

Je n'avais même pas mon mot à dire ?

_ De toute façon, lança Shiki d'une voix neutre, j'ai dit à l'autre que tu étais ma cavalière, donc on n'a pas trop le choix.

Je lui jetais un regard glacial, piquée au vif.

_ Merci, Senpai, ça fait plaisir ! T'as qu'à dire que c'est une corvée, tant que tu y es !

Les yeux de Shiki s'arrondirent, puis il esquissa un léger sourire.

_ Oh ? Je t'ai vexé ?

Pff ! Vexée, moi ? Nooon…

La musique démarra, coupant court à ce bref échange. Shiki fit un pas en avant, et instinctivement je posais la main sur son épaule. En fait, j'osais à peine l'effleurer. Je me sentais vraiment nouille, ce soir là. J'aurais voulu paraître plus naturelle, mais Shiki m'intimidait de plus en plus.

Je jetais un regard aux danseurs qui nous encerclaient et qui s'étaient lancés dans une valse absolument parfaite. C'était la première fois que j'admirais les vampires à ce point. Le côté vieillot de cette société renfermait un esprit très romantique qui n'était pas désagréable… Je me flagellais mentalement. Je commençais vraiment à perdre la tête ! Je n'étais pas là pour le romantisme, mais pour sauver Yori ! Elle devait se trouver ici et… je dansais avec l'un des présumés ravisseurs

Mon pied écrasa malencontreusement celui de Shiki. Ce dernier ne laissa rien transparaître.

_ Désolée, lui dis-je en rougissant comme une imbécile.

La honte ! J'aurais dû me déguiser en serveuse plutôt qu'en invitée.

Je manquais à nouveau de trébucher sur son pied, mais le vampire me soutenait de son bras. J'aurais voulu mourir un million de fois, ce soir là ! Parfois le ridicule me semblait trop lourd à porter…

Shiki ralentit et je levais les yeux lui, frappée par la beauté de son visage. Oui je sais, je le voyais pratiquement tous les jours et je ne m'en rendais compte que maintenant.

J'étais tellement absorbée par son regard, à ce moment perdu dans le vide, que je ne fis même plus attention à mes pas. Il fallait reconnaître qu'il dansait très bien (en même temps il avait eu le temps d'apprendre, lui… comment ça je suis de mauvaise foi ?). J'oubliais peu à peu ma gêne et me laissais guider par le vampire aristocrate.

Cet instant me paraissait hors du temps et j'en éprouvais de la culpabilité. Je me rappelais de la raison pour laquelle j'étais venue.

Je devais passer à l'action. Puisque j'avais Shiki sous la main –dans tous les sens du terme- autant lui poser des questions sans en avoir l'air. Et j'avais intérêt à mieux réussir que la dernière fois !

_ Senpai…

_ Senri, lança t-il.

_ Comment ?

Shiki soupira et ses yeux se plantèrent dans les miens. Il semblait en proie à une extrême lassitude.

_ Ce soir, je voudrais juste être Senri. L'ambiance ici est déjà assez pénible.

Je n'allais jamais pouvoir aborder le sujet de Yori s'il me sortait des trucs pareils !

_ Euh… Entendu.

Je me mis à soupirer à mon tour, attirant l'attention du vampire.

_ J'aimerais tellement que Yori soit là. Elle me manque.

Shiki me regarda longuement. Cela me parut interminable. Peut-être que j'avais un peu trop mis les pieds dans le plat.

_ Je danse si mal que ça ? Demanda le vampire, d'une voix toujours aussi neutre.

Je me demandais s'il faisait exprès de détourner la conversation ou s'il le pensait réellement.

_ Cela n'a rien à voir, lui dis-je. Et puis, tu danse très bien. Comparé à moi qui…

Le vampire accéléra soudain la cadence et la tête commença à me tourner. Je distinguais à peine les autres couples de danseurs autour de nous. Juste un tourbillon de couleurs chatoyantes et les yeux de Shiki, teintés de mystère. Je m'insultais mentalement de tous les noms, afin de ne pas me laisser piéger, sentant que je perdais à nouveau la tête.

Mais une Cross ne renonçait jamais ! Je décidais de contre-attaquer !

_ Senpai… Senri, est-ce que tu aurais découvert quelque chose au sujet de Yori ?

_ Peut-être bien, répondit le vampire, évasif.

_ Si tu sais quelque chose, il faut me le dire, je t'en prie.

_ Pourquoi ? Demanda Shiki.

J'avais l'impression que ma tête allait exploser. Ou que j'allais exploser la sienne.

_ Parce que c'est mon amie !

Shiki s'arrêta soudain et je trébuchais, surprise, atterrissant directement dans ses bras. Une odeur fraîche m'envahit et les battements de mon cœur s'accélérèrent.

_ C'est vrai, fit la voix du vampire au-dessus de ma tête. Mais tu n'as pas à t'en mêler.

La colère me broyait l'estomac. A moins que ce ne soit autre chose.

_ Je suis venue pour ça, lançais-je avec acidité, plantant mes yeux dans ceux de Shiki.

_ Je sais, dit simplement le vampire.

Il ne voulait rien me dire ! Finalement, ils étaient tous les mêmes, que ce soit lui, Kuran, Zero, ou encore le directeur ! Personne ne me tenait au courant de rien !

_ J'ai croisé ton oncle, dis-je au vampire, espérant le provoquer quelque peu.

Ce qui marcha plutôt bien, puisque Shiki braqua son regard dans le mien, une lueur farouche dansant dans ses yeux.

_ Mon oncle ? Répéta t-il en me fixant d'un air incrédule. Et ?

_ Et c'est tout. Il parait qu'il ne vient que rarement aux réceptions de ce genre.

Je tentais de prendre le ton le plus détaché possible, du genre « je disais ça comme ça, c'est tout… ».

_ Comme toute ma famille, répondit Shiki, ce qui me glaça jusqu'au sang.

Les danseurs autour de nous s'étaient arrêtés, la musique venant tout juste de cesser.

Les propos de Kuran ne cessaient de résonner dans ma tête, faisant écho au souvenir de la conversation entre Shiki et son oncle que j'avais surpris dans la ruelle.

_ Pourquoi être venu ce soir alors ? Demandais-je avec une certaine hargne.

Le vampire ne me répondit pas. Il me prit la main, l'effleura de ses lèvres puis disparut dans la foule d'une démarche nonchalante, une main glissée dans la poche de son pantalon. Je le regardais partir, les yeux ronds, déstabilisée par son attitude. Cela ne changeait pas vraiment, mais ce soir, je ressentais le besoin irrépressible de le suivre, sans oser esquisser le moindre geste. Je soupirais, exaspérée. Je me mentais à moi-même. Cela faisait un moment déjà que cela durait. Toutes les fois où je le croisais, je redoutais d'affronter son regard et en même temps, je ne pouvais m'empêcher d'être déçue lorsqu'il m'ignorait ou qu'il ne me voyait pas. Je ressentais le besoin de lui parler, sentiment que je masquais derrière une attitude purement professionnelle, mais je n'arrivais pas à aller vers lui naturellement. En sa présence, j'avais peur de trop parler, ou pas assez, de faire un geste de trop. Bref, c'est avec un pincement au cœur que la vérité me sauta aux yeux : j'étais inexorablement attirée par Senri Shiki, par sa marginalité et son honnêteté qui faisait fi des convenances. Par celui sur qui se portait mes soupçons concernant l'enlèvement de Yori.

Cette constatation me dérangea et ce pour de multiples raisons. La première, à cause de Yori bien sûr. Le fait même d'éprouver ces sentiments c'était comme la trahir. Du moins, c'est ce que je ressentais. Et je le vivais mal. Deuxièmement, Shiki était un vampire. Une créature que je redoutais depuis mon enfance et qui avait le don de me repousser. Je savais que je ne pouvais pas lui faire confiance. La troisième raison était tout simplement liée à la deuxième : jamais il ne pourrait ressentir la même chose que moi.

_ Mais c'est pas vrai ! Grogna une voix à côté de moi, me sortant brutalement de ma torpeur. Il lui a liposucé le cerveau ou quoi ?!

Je me fis secouer assez violemment par le bras, ce qui non seulement me donna le vertige, mais me mit dans de mauvaises conditions pour démarrer la conversation qui allait suivre.

Je levais les yeux et croisais le regard mauve et colérique de Zero.

_ Dis quelque chose ! S'énerva le hunter, pour je ne sais quelle raison.

Je fronçais les sourcils, passant une main rapidement dans mes cheveux.

_ Qu'est-ce que tu veux que je te dise à part que tu viens de ruiner en deux secondes une demi-heure de coiffure ? Lançais-je à moitié déconfite et agacée.

Zero jeta un œil à ma coiffure avec l'air de celui qui ne comprend pas, ce qui sous-entendait bien sûr qu'il imaginait très mal à l'instant que j'ai pu passer une demi-heure à me coiffer pour en arriver à ce résultat. Je lui fis une grimace-pas ce qu'il y avait de plus intelligent et du plus mature- pour lui faire comprendre que je me passerais bien de tout commentaire désobligeant comme « tu aurais pu y passer moins de temps, de toute façon on aurait rien vu ».

_ Qu'est-ce que tu voulais ? Lui demandais-je sur un ton plus posé.

Zero soupira avec son air agacé coutumier.

_ Cela fait trois fois que je t'appelle et tu ne réponds pas, complètement absorbée dans la foule.

Je rougis aussitôt. J'avais l'air fine maintenant. Zero m'avait-il vu avec…

_ Je me demandais donc ce que t'avais fait l'autre crétin pour en arriver là, rajouta le Hunter sur un ton sec et cassant.

Oui, il avait vu…

_ Je suppose que l'autre crétin c'est Shiki-senpai et je ne te contredirais pas sur ce point (menteuse, moi ? Nooon, vous rêvez…). Bref, je le répète : qu'est-ce que tu voulais ?

_ Je voudrais que tu fasses attention. Il commence à y avoir du mouvement chez ces satanés vampires et je pense que la chasse va bientôt commencer.

Mes mains se crispèrent et mes yeux s'arrondirent _ et ce, pas uniquement en raison du fait que Zero venait de prononcer deux phrases complètes à la suite. Ainsi, le Hunter était sur une piste.

_ Très bien, je me tiens prête, lui dis-je.

Nous avions convenus, Kuran, Zero, Yagari, le directeur et moi que je pouvais venir, à condition que je n'entrave pas les deux Hunters et le Sang Pur, au cas où cela tournerait mal. Je ne devais pas non plus intervenir dans les discussions, car si les ravisseurs se montraient, c'est qu'ils avaient une idée derrière la tête. Je devais me contenter de réceptionner Yori et de la rassurer le plus possible. Je n'avais pas vraiment le meilleur rôle, mais c'était ça ou rien… J'avais donc dit oui.

Zero bougonna quelque chose que je me refusais à comprendre. Il s'arrêta brusquement de marmonner dans sa barbe et baissa la tête. Il semblait peiné.

_ Qu'est-ce que tu as ? Demandais-je avec un pincement au cœur.

Même si j'avais du mal à lui parler comme d'habitude et à ne pas trembler en le voyant devant moi, je n'aimais pas le voir triste. Le souvenir de sa morsure me brûlait encore le cou, pourtant je levais prudemment une main vers lui, comme si je m'apprêtais à caresser un fauve.

Je posais ma main sur son épaule et il tressaillit. Ce mouvement me fit retirer ma main aussitôt dans un réflexe purement instinctif.

_ Tu vois, je te fais peur maintenant, fit-il remarquer d'une voix sombre.

Cette constatation me fit mal au cœur. Voilà pourquoi je ne voulais pas rester avec lui en ce moment. A cause de ce genre de phrases. Je savais de plus que c'était vrai.

_ Je suis désolée, Zero, lui dis-je. J'ai besoin de temps pour affronter ce qu'il s'est passé. Je ne veux pas te blesser.

Il se mit à rire. Un rire sans joie, amer.

_ Tu as peur de me blesser après ce que je t'ai fait ? Tu es stupide ou quoi ? Lança t-il de façon abrupte.

Il me laissa là, plantée comme une idiote et disparut à son tour dans la masse de convives. On aurait dit que je faisais fuir tous les hommes qui s'approchaient de moi ! Ça en faisait quand même trois, là !

Je soupirais, essayant de faire le vide dans ma tête. Toutes ces conversations ne faisaient que me déstabiliser et je n'avais pas besoin de ça. J'avais autre chose à faire et j'allais m'en occuper, là maintenant.

Je fis le tour de la salle, m'éloignant de la vigilance de Yagari. Ce dernier s'était rapproché un peu plus des invités, qui le dévisageaient d'un mauvais œil. Le Hunter semblait avoir repérer quelque chose qui retenait toute son attention. Je pus donc m'écarter en toute tranquillité, sans que le chasseur de vampires ne me fasse signe de rester dans son champ de vision. Si Ichijou me voyait, il n'apprécierait pas trop que je désobéisse, surtout qu'il m'avait bien répété de ne pas m'éloigner des Hunters ou des membres de la Night Class, mais bon… Je n'étais pas là pour faire tapisserie.

Je cherchais Kuran du regard, mais je ne le trouvais pas. Le vampire de Sang Pur avait disparu de la salle. Je ne voyais plus Zero, non plus. Visiblement, la chasse avait commencé.

Je savais que je devais rester dans la salle, pendant que les autres disparaitraient discrètement au fur et à mesure dans les pièces adjacentes à la salle. C'était ce que nous avions convenu après ma discussion avec Kuran. Je devais normalement rejoindre Aidou et Kain, les hommes de main de Kaname.

Mais moi, j'avais d'autres projets en tête… J'aperçus soudain l'oncle de Shiki qui s'effaçait dans la foule, suivi de près par son neveu. Ils se dirigèrent vers l'un des couloirs, qui s'ouvraient comme une gueule béante derrière les colonnades de la salle de bal.

Sans réfléchir, je les suivis. Je me frayais un chemin difficilement parmi les invités, me faisant pousser de tous les côtés. On aurait dit que je nageais contre un courant marin. Cela m'agaçait de me faire balloter dans tous les sens, sous les regards gourmands des vampires de noble ascendance. J'essayais de les toucher le moins possible, mais c'était peine perdue.

Lorsqu'enfin je débouchais devant l'entrée du couloir, ma coiffure était vraiment foutue. J'avais des mèches devant les yeux et je me félicitais simplement de ne pas avoir mis de maquillage au risque de me transformer à cet instant en toile de peinture dégoulinante.

Je me précipitais à l'intérieur du couloir, dans lequel l'ambiance se faisait nettement plus froide. Malheureusement, aucune trace de Shiki et de son oncle. Je pestais toute seule contre moi-même, contre les deux vampires et contre la masse d'invités stupides qui auraient quand même pu se pousser pour me laisser passer plus vite.

Je m'enfonçais un peu plus dans le couloir mal éclairé, avançant prudemment. Au moment où j'allais tourner à droite, je me heurtais à une haute silhouette. Je reculais, en bredouillant des excuses confuses puis levais mon regard vers la personne.

J'eus alors une drôle de sensation. Je reconnaissais ces yeux mauves, ces cheveux argentés -quoiqu'ils me semblèrent bizarrement plus longs- ce visage pâle aux traits fins. Néanmoins, j'avais l'impression de contempler quelqu'un d'autre.

_ Zero ?

Un sourire étrange étira les lèvres de la personne qui me faisait face. Ce n'était pas Zero…

oOo

POV : Sayori Wakaba

Je n'étais pas Yûki. Sur cette simple constatation, en apparence absurde, se jouait pourtant ma vie.

Au début, je n'avais pas tout compris. Je m'étais faite enlevée, alors que je regagnais ma chambre au dortoir de l'Académie Cross. Il avait surgit de nulle part, se mouvant comme une ombre. Je ne saisissais pas pourquoi il s'en prenait à moi. Pourquoi quelqu'un voudrait-il m'enlever moi ? Je n'avais rien de spécial, mes parents n'étaient pas spécialement fortunés. Je n'étais qu'une fille comme les autres. Juste une lycéenne on ne peut plus banale qui avait découvert le secret de l'existence des vampires.

Au début, j'avais pensé que c'était à ce secret que je devais cette situation cauchemardesque. Alors qu'il s'agissait simplement d'une méprise. Ils avaient discuté, un soir, en laissant la porte ouverte. Il m'avait seulement suffit d'écouter pour comprendre leur plan. Ils me prenaient pour quelqu'un d'autre. Et s'ils s'en rendaient compte, mes ravisseurs iraient aussitôt chercher cette personne…

C'est pourquoi j'avais décidé de me faire passer pour Yûki. Ainsi, il y avait une chance pour qu'ils laissent mon amie tranquille. J'avais bien conscience qu'à un moment ou à un autre, ce mensonge me coûterait peut-être la vie…

Il m'avait dit de patienter dans cette pièce. Que lorsque cette personne dont il voulait tant se venger viendrait, mon rôle s'achèverait. Cette mascarade absurde prendrait fin…

Je ne savais pas s'il me tuerait. Je ne pensais pas qu'elle le ferait. Elle semblait plutôt se désintéresser de moi, attendant simplement que son plan fonctionne. C'était elle qui menait la danse. Et lui était à ses ordres.