Auteur : Patpat.
Source : Gravitation
Rating : M pour lemons
Paring : Yuki Eiri / Shindo Shuichi
Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, hélas. Ils sont à Maki Murakami. Mais l'histoire est à moi ainsi que le personnage Miri, Phoebe, Sean et Jo et les quelques autres OC.
Résumé : Après avoir tué Kitazawa, Eiri n'est pas retourné au Japon et a même coupé les ponts avec sa famille. Il est devenu prof à l'Université de New York. Sa petite vie tranquille est bouleversée lorsqu'il s'éprend d'un jeune étudiant nouvellement arrivé du Japon, Shindo Shûichi. Comment tout cela va-t-il évoluer pour ce Yuki devenu japanophobe et même homophobe ?... UA.
Notes : Kikou à tous ! Voici le chapitre 11, celui de Noël. Enfin, celui de l'arrivée au Japon en tous cas puisque j'ai pas mal de choses à mettre en place. Donc pour éviter de faire un chapitre de 300ko, j'ai décidé d'écrire ce chapitre en 3 parties. Yuki rencontre ici les parents de Shuichi. Pour ceux qui ont répondu à mon petit sondage sur l'attitude de la Shindo Family vis-à-vis de la relation homosexuelle de leur fils, je pense que dans l'ensemble, la plupart d'entre vous devraient être satisfaits. D'un autre côté, vu que certains avaient des avis divergents, je me suis contentée de suivre la majorité et d'arranger à ma sauce. Donc merci de votre contribution à cette histoire. Voilà, bonne lecture ! Rendez-vous à la fin pour la note.
Special thanks to : Tout le monde ! Je vous aime tous ! Et Laku-chan, mon cœur, toi et moi on est vraiment sur la même longueur d'onde. Me feras-tu l'honneur d'être ma bêta lectrice pour ma nouvelle fic dont tu es la seule à connaître les moindres détails ?
Pensées en italique. Dialogue en gras. Répliques en anglais.
Chapitre 11 : Noël 1ere Partie : Welcome Home.
Après deux longues semaines de convalescence dont 10 jours passaient à l'hôpital, Miri avait été autorisée par son médecin à prendre l'avion pour le Japon. D'un certain côté, Eiri était soulagé de ne pas avoir à affronter seul sa famille, alors le fait que sa sœur vienne avec lui le rassurait un peu. Parallèlement à tout ça, l'attaque sur la grande Miri Johanson n'était pas passée inaperçue dans les journaux et déjà Yuki s'était fait harceler par quelques journalistes un peu trop zélés qui étaient parvenu à établir le lien de parenté entre lui et la célèbre guitariste. Quant à la police, en l'absence de témoins, de preuves et les caméras de surveillance du parking n'aidant pas beaucoup, ils avançaient vraiment très lentement sur l'affaire. Hiroshi, lui, n'avait toujours pas changé d'avis : il semblait bien déterminé à arrêter ses études de médecines malgré que Miri ait insisté pour qu'il continue. Shuichi savait que si Hiro quittait la fac, c'était surtout pour rester auprès de sa chérie mais aussi en partie parce qu'au fond, il n'avait jamais vraiment voulu être docteur. Sa passion s'était la musique et rien d'autre. Faire quelque chose qui ne lui plaisait pas le rendait malheureux. Quand Shuichi avait révélé ce secret à la blonde, elle avait aussitôt compris. Usant de ses relations, elle était parvenue à inscrire son petit ami à la fac de New York pour qu'il suive le même cursus que son ami aux cheveux roses. Ainsi le guitariste en devenir pouvait rester auprès de Miri, se rapprocher de son meilleur ami et faire ce qu'il adorait. Les deux jeunes hommes en avaient été fous de joie mais Mr et Mme Nakano n'avaient pas très bien pris la nouvelle…
Yuki, Shuichi, Tatsuha, Miri et Hiro avait pris l'avion le 22 décembre au matin. Le vol avait duré plusieurs heures pendant lesquelles Yuki avait cru qu'il devrait ligoter et bâillonner Shuichi pour qu'il arrête de gesticuler et de blablater. Mais finalement, le jeune homme s'était calmé de lui-même, s'effondrant de fatigue contre le torse de son amant. Cependant, il fallait aussi admettre que monter et descendre de l'avion sans que Miri ne se fasse reconnaître et que l'attention soit attirée sur eux n'avait pas été très facile : Yuki détestait la foule et, malgré son amour pour sa carrière, Miri aussi.
Une fois arrivés à l'aéroport de Narita vers 16h, après avoir récupéré leurs bagages, les cinq jeunes gens allèrent au grand parking extérieur où les attendait deux magnifiques voiture : une Mercedes noire, en tous points semblable à celle de Yuki, et un cabriolet Ferrari bleu métallisé. Devant ces deux bijoux d'automobile se tenaient l'illustre Sakuma Ryuichi et un grand blond, aux cheveux noués en queue de cheval avec des yeux d'un bleu d'azur. Assurément un occidental, pensa Shuichi.
Mi-chan ! s'exclama Ryuichi en sautantsur la guitariste, la plaquant brutalement au sol.
T'es malade ou quoi ! hurla celle-ci, ses mains crispées sur sa blessure à peine cicatrisée.
Mais tu m'as tellement manqué ! Et puis tu as failli mourir et…
Urusaï, baka ! Dégage de là, elle est encore convalescente ! gronda Yuki en attrapant le chanteur par le col de son blouson en jeans pour l'écarter de sa sœur.
Itaï ! Yuki-san, pourquoi tu es si méchant ?
Et toi, Sakuma, pourquoi tu es si stupide ?
Argh ! Aniki ! Ne traite pas Ryuichi de stupide !
Tais-toi, morveux ! C'est un ahuri congénital, un point c'est tout, trancha froidement le professeur tandis que Hiro remettait Miri sur ses deux jambes.
Nice to see you again, Yuki Eiri, lança l'étranger en allant serrer la main du blond.
Yuki le salua brièvement avant qu'il ne se tourner vers Tatsuha pour lui donner une grande tape dans le dos, puis vers Miri pour lui faire le baisemain.
K, je te présente Nakano Hiroshi, mon petit ami… Et le nain aux cheveux roses, c'est Shindo Shuichi, dit celle-ci.
Hé ! s'offusqua ledit nain alors que son amant réprimait un rictus moqueur.
KYAH ! C'est Sakuma Ryuichi ! hurla une fille à forte poitrine et portant minijupe (1).
Regardez ! C'est Miri Johanson avec lui ! Un autographe !
ATTRAPEZ-LES !
Très vite, une horde de fans surexcités se jetait sur eux. Sautant dans les deux voitures de luxe, les sept compagnons quittèrent le parking de l'aéroport en quatrième vitesse.
Toujours aussi discrète, n'est ce pas ? bougonna Yuki, sur le fauteuil passager tandis que sa sœur « pilotait » son bolide bleu.
Shuichi et Hiro étaient à l'arrière, plus que soulagés d'avoir échappé à cette marée humaine qui avait menacé de les engloutir.
Je vous dépose à l'hôtel puis je passe à NG, dit simplement Miri.
NG ? Vraiment ? J'peux venir ? Onegaï, Miri… Je ferai n'importe quoi pourvu que je puisse visiter les locaux…
Hors de questions ! répondit Yuki d'un ton froid et catégorique.
Demo… Je voudrais tellement…
Tu n'as pas eu l'occasion de visiter le bâtiment quand Tohma t'a fait signer ton contrat ? s'étonna Miri sans quitter la route des yeux alors qu'elle suivait de près la Mercedes.
Hmm, non. Il m'a reçu dans un grand restaurant…
Si c'est ok pour toi, aniki, j'emmène Shuichi. Je ferai gaffe à ce qu'il ne fasse pas de bêtises.
…
Yuki… Onegaï… supplia Shuichi avec ses grands yeux humides.
Si tu te tiens tranquille et que tu ne lâche pas Miri d'une semelle, ok.
XXX XXX XXX
Miri avait déposait à l'hôtel Yuki, Tatsuha et Hiro (à qui ses parents faisaient la gueule à cause de sa décision de quitter la fac de Tokyo pour celle de New York). K et Ryuichi y avaient laissé la Mercedes, qui était en fait la propriété de Miri, pour que Yuki puisse se déplacer tranquillement en ville. En effet, pourquoi louer une voiture quand on a une sœur milliardaire qui peut vous prêter une des perles de sa collection ? Une fois à NG, tous les quatre se rendirent au studio réservé à Nittle Grasper où Ryuichi devait rejoindre Ukaï Noriko pour peaufiner la partie chant de « Angel Dust », leur dernier titre, puisque le groupe venait de prendre la décision de se reformer. Après une petite heure passée avec eux, Miri conduisit Shuichi vers les ascenseurs pour rejoindre le bureau de Seguchi Tohma.
Tiens, tiens, miss Johanson… appela un jeune homme.
En jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, Shuichi aperçut un grand brun avec les cheveux courts. Il avait un regard froid et même un peu vicieux, ce qui était mis en valeur par ses yeux tombants. C'était quelqu'un que Shuichi aurait reconnu entre mille… Aussi resta-t-il le dos tourné pour éviter que celui-ci ne le reconnaisse.
Nanda ? grogna Miri, dans une parfaite imitation de son frère aîné, tout en faisant face cet homme.
Comment s'est passé ton voyage aux USA ?
C'est pas tes oignons, Taki.
Puis, comme s'il venait de remarquer la présence de Shuichi, le dénommé Taki lança tranquillement :
Qui est ton ami ? Pourquoi il me tourne la tête ?
Shuichi se raidit. Il n'avait absolument pas envie d'être confronté à ce gars.
Peut-être parce qu'il a pas envie de voir ta tronche, suggéra la blonde.
Moi c'est Aizawa Taki et toi ? demanda le garçon à l'intention de Shuichi qui cette fois n'eut pas d'autre choix que de lui faire face. Shindo ! Ca alors ! Ca fait un bail, hein… Depuis t'as les cheveux roses ? Ca te donne un genre… efféminé que je trouve très sexy, tu sais.
Vous vous connaissez ? Etrange… remarqua Miri, impassible.
Lui et moi on était au même lycée l'année dernière, expliqua le garçon à la tignasse fuchsia. (2)
Et on s'est bien marré, n'est-ce pas Shu-chan.
Quoi qu'il soit arrivé entre vous par le passé, je te conseille de laisser tomber, Aizawa, grogna Miri, l'air menaçant. Shuichi est déjà pris.
Alors c'est pour ça que tu refuses toujours de sortir avec moi…
Non, Shuichi n'est pas mon petit ami. Mais de toute façons, t'as aucune chance d'arriver à la cheville de l'élu de son cœur.
Je vaux bien n'importe quelle fille…
Miri te l'a dit : j'suis pas intéressé par toi. Je ne l'ai jamais été.
Tu me brises le cœur, Shu-chan…
Je suis sûre que ça lui fait une belle jambe. Bon, allez Shu, on y va, trancha la guitariste.
Attends ! Tu viendras bien au prochain concert de ASK ? proposa Taki.
Euh… C'est quoi ? demanda Shuichi, un peu décontenancé.
Comment ça ? Tu ne connais pas ?
C'est-à-dire que je vis à New York maintenant et je n'ai pas souvent l'occasion de me mettre au fait des dernières sorties CD au Japon, expliqua Shuichi avec un sourire un peu gêné, se grattant le derrière de la tête.
Non mais pourquoi j'suis gêné moi ? C'est que Taki. J'ai pas à être gêné devant ce connard ! se réprimanda le jeune étudiant.
Et surtout, il n'écoute que de la bonne musique… Donc y'a aucune chance pour qu'on trouve un de vos CD dans sa collection. Maintenant, si tu permets, on a rendez-vous avec ton patron, cassa Miri.
Là-dessus, elle le contourna pour reprendre son chemin vers les ascenseurs, talonnée par Shuichi.
Tu veux toujours pas aller boire un café avec Mi-chan ! lança Aizawa.
Crève ! rétorqua la blonde.
Une fois dans l'ascenseur, le cerveau de Shuichi se mit à tourner à 100 à l'heure. Pourquoi mon passé me rattrape maintenant ? Pourquoi il faut que je fasse face à Aizawa maintenant ? Pourquoi mes rêves ont recommencé ? Pourquoi je n'arrive pas à oublier ce qu'IL m'a fait ?
Shuichi ? appela la guitariste en voyant son jeune ami visiblement troublé. Ca ne va pas ?
Si, si ! Ca va très bien ! répondit le garçon un peu trop rapidement au goût de la blonde.
Dans l'ascenseur, Miri jetait de petits coups d'œil suspicieux à son compagnon, mais aussitôt qu'ils arrivèrent à l'étage réservé à la direction, elle se recomposa une expression dure et impassible. Elle frappa à la porte du grand patron, mais personne ne répondit. Elle ouvrit donc et pénétra dans la pièce sans y être autorisée. Malgré son hésitation, Shuichi n'avait pas d'autre choix que de suivre la jeune femme. Une fois à l'intérieur, il referma la porte derrière lui et commença à examiner la pièce du regard : elle était vaste et lumineuse. La décoration était simple et épurée, avec pour seuls meubles un bureau et son fauteuil, deux chaises, un sofa de cuir, un tapis, quelques disques d'or et de platine, une étagère pleine de dossier, de magazines et de livres, et enfin, quelques photo sous verre sur le bureau. Intrigué, Shuichi alla y jeter un coup d'œil. Sur la première image, il y avait une très jolie femme, brune, vêtue d'une robe de cocktail de grand luxe, affichant un demi-sourire, au bras de Seguchi lui-même.
Qui est-ce ? osa-t-il demander à Miri.
Celle-ci vint à ses côtés et répondit simplement, une cigarette fraîchement allumée aux lèvres.
C'est Mika, notre sœur aînée à Eiri, Tatsuha et moi. C'est aussi la femme de Tohma.
Alors Yu…
Eiri ! le corrigea aussitôt la guitariste.
Oui, c'est vrai ! Ne pas prononcer le nom de Yuki dans l'enceinte de ce bâtiment et encore moins en face de Seguchi-san…Yuki ne veut pas qu'il sache que c'est son nom… Ca veut dire que Yuki n'est pas son vrai nom. Mais il a refusé de m'en parler quand je lui ai posé la question… se rappela l'étudiant.
Eiri et Seguchi-san sont de la même famille ? réprit-il.
Haï.
L'attention de l'adolescent fut attirée par une autre photo, mais arrivait à peine à croire ce qu'il y voyait. Un Yuki, plus jeune, qui souriait chaleureusement. Remarquant le regard de son ami, Miri expliqua :
C'est Eiri quand il avait 16 ans. Le changement est radical, n'est-ce pas ?
C'est sûr, approuva Shuichi sans pouvoir détacher son regard du visage de son amant.
Cette photo a été prise deux mois avant que je ne rencontre Eiri pour la première fois. Mais entre le moment où cette photo a été prise et celui Eiri est entré dans ma vie, il avait déjà beaucoup changé. Même moi je n'ai jamais eu l'occasion de le voir sourire comme ça.
Mais qu'est-ce qui s'est passé pour qu'il ait changé à ce point ? demanda Shuichi.
Il finira par te le dire, quand il sera assez en confiance. Soit un peu patient et tu verras. En plus, quelque chose me dit que tu n'auras pas à attendre très longtemps…
Levant les yeux vers elle, le jeune homme put voir un sourire doux sur les lèvres de la blonde. C'était la première fois qu'il la voyait sourire de façon si tendre et si sincère.
Merveilleux sourire que je vois là, lança joyeusement Seguchi Tohma depuis le pas de sa porte. Miri, ça me fait plaisir de te voir… De même que toi, Shindo-kun. Comment se passe la vie à New York ?
Très bien, répondit Shuichi, un peu intimidé par la présence de son héros dans la pièce.
Magnifique. Et toi, Miri ? Pourquoi avoir refusé que je vienne te rendre visite à l'hôpital il y a deux semaines ? Avec mon jet, en quelques heures Mika et moi étions là. Elle était profondément inquiète…
Fallait pas, c'était rien.
Rien ? Allons, Miri ! Tu as failli mourir !
Mouais ouais… Bon je suis venue t'annoncer que je ne produirai pas ASK. Ils ne méritent pas d'être promu outre Pacifique. Ils manquent totalement de talent. Ce qu'il donne, c'est du commercial, et rien de plus. Je n'aime pas ça.
Notre contrat m'interdit de me référer à une autre boîte de prod que BS pour l'export de mes artistes.
Oublie le contrat. Je te le permets, vas-y… Mais ce sera la ruine pour toi.
Après un court moment de silence, le claviériste des Grasper se tourna vers Shuichi et demanda :
Qu'êtes-vous venu faire à Tokyo, Shindo-kun ?
Je passe les fêtes avec ma famille.
Il était dans le même avion que moi. C'est pour ça que je l'ai ramené ici. J'avais pensé qu'il aimerait visiter… ajouta Miri.
Tu as bien fait. A propos de famille… Tatsuha est avec toi, rassure-moi ?
Evidemment.
Et Eiri ? Il est déjà arrivé ? Ou bien il compte attendre le 24 pour aller à Kyoto ?
Il est déjà au Japon mais ne l'attendez pas avant le 26.
Nani ? s'exclama le blond, surpris, voir limite fou de rage.
Il a des affaires à régler en ville alors il ne viendra que le 26…
Après un moment de silence, Tohma se tourna vers Shuichi et lui demanda avec un mélange de gentillesse et d'autorité dérangeante :
Shindo-kun, veuillez attendre à l'extérieur, s'il vous plait.
Euh… Oui, bien sûr.
Attends-moi dans le couloir, je vais te ramener, lui dit Miri.
Shuichi s'exécuta à contrecoeur car il aurait aimé apprendre davantage de choses sur le passé de son amant. Une fois à m'extérieur, il ne put résister à la tentation d'écouter le plus discrètement possible à la porte. Voici ce qu'il entendit :
Je ne comprends pas ! N'était-il pas sensé passer les fêtes avec sa famille ?
Il a simplement dit qu'il viendrait, pas qu'il passerait Noël avec vous. Il est venu alors estimez-vous heureux.
Miri, dis-moi où il loge. Nous allons le voir dans quelques jours, on peut bien aller le trouver avant le 26.
Non. Je croyais que tu avais fini par comprendre que ma loyauté envers mon frère n'avait d'égal que mon amour pour lui. Vous le verrez quand il l'aura décidé. Et il a décidé que ce serait le 26… De plus, je refuse que toi et Mika alliez fourrer votre nez dans ses affaires.
Ne me parle pas sur ce ton ! la réprimanda sévèrement Seguchi.
Je te parle sur le ton que je veux ! Eiri a enfin trouvé un équilibre dans sa vie et je ne vous laisserai pas interférer comme vous avez toujours voulu le faire. Le 26 ou rien du tout, imposa Miri d'une voix froide, autoritaire et menaçante qui eut le mérite de faire froid dans le dos à Shuichi.
…
C'est bien ce que je pensais…
Quelques bruits de pas annoncèrent à Shuichi que Miri quittait le bureau. Lorsque la porte s'ouvrit, il découvrit que son visage n'arborait aucune expression, ne laissait paraître aucune émotion… Elle était dure comme la glace.
XXX XXX XXX
De retour à l'hôtel, Shuichi et Miri rejoignirent leurs chambres et leurs amants respectifs. A peine entrée dans la suite qu'il partageait avec Yuki, Shuichi ôta ses baskets, se débarrassa de sa doudoune et de son pull, puis se laissa tomber sur le lit. Il n'était que 20 heures à peine et à en juger par les bruits qui venait de la salle de bain, le blond faisait couler un bain. Le jeune homme ferma les yeux, un petit sourire aux lèvres en pensant à son amant, nu dans la baignoire.
Tu veux prendre un bain avec moi, bébé ?
Les yeux de Shuichi s'ouvrirent grand. Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il n'avait même pas senti son amoureux s'approcher et se pencher au-dessus de lui au point que leurs lèvres se frôlaient presque. Il avait maintenant son regard plongé dans les pupilles couleur miel de Yuki, qui esquisser un sourire lubrique et séducteur. L'étudiant sourit en retour avant d'embrasser délicatement le blond qui l'aida ensuite à se lever du lit. Tandis que celui-ci retournait à la salle de bain, Shuichi se hâta de se dévêtir pour le rejoindre. C'est dans le plus simple appareil qu'il entra dans la pièce d'eau, pour le plus grand plaisir d'Eiri qui ne loupait pas une miette du spectacle. Il écarta un peu les jambes pour laisser de la place à son jeune amant qui pénétrait dans la baignoire. Très vite, le garçon se retrouva enlacé par les bras de son chéri d'amour contre le torse duquel il s'appuya volontiers.
Fatigué ? demanda Yuki dans un murmure en commençant à savonner le dos de son petit ami.
Oui…
Stressé aussi, à en juger par les tensions dans ton dos.
Depuis quand tu t'es reconverti en kinésithérapeute ? ricana doucement Shuichi, appréciant hautement les caresses de son amant.
Depuis que j'ai une boule de nerfs pour bouillotte.
Pour bouillotte ? C'est comme ça que tu me considères ? s'énerva le jeune homme.
Pour toutes réponses, il sentit les lèvres de Yuki se presser dans le creux de son cou, déposant de petites léchouilles ça et là le long de son épaule. Il se détendit un peu, gémissant longuement tendit qu'il sentait les mains du blond descendre le long de son dos, sur ses flancs, sur ses hanches, sur son bas-ventre pour finalement atteindre sa virilité qu'il commença à caresser lentement et doucement ; une véritable torture pour le pauvre Shuichi qui savourait néanmoins les sensations que lui procurait son amant. Bientôt les caresses s'accélérèrent pour devenir des frictions et le garçon aux cheveux roses ne pouvait rien faire d'autre que d'exprimer son plaisir par des gémissements de plus en plus forts et réguliers.
Détends-toi, Shu-chan… lui murmura Yuki qui ne comprenait pas pourquoi, au lieu de se laisser aller comme d'habitude, son amant se raidissait.
Il continua quelques instants mais finit par s'arrêter pour de bon lorsqu'il comprit que quoi qu'il fasse, qu'il continue ou pas, Shuichi continuerait à se stresser un peu plus à chaque caresse.
Yuki… appela le pauvre jeune homme d'une voix désespérée, tandis que son érection venait d'être subitement délaissée par des mains si habiles.
Qu'est-ce que tu me caches, Shuichi ?
Nani ?
Tu es de plus en plus stressé à mon contact ; je me demande si tu prends vraiment plaisir à ce que je te touche.
Bien sûr que oui ! J'adore que tu me prennes dans tes bras et que tu me caresses et que tu sois aux petits soins avec moi !
Pourtant il y a quelque chose, j'en suis sûr. Parle-moi. Je ne supporte pas de ne rien savoir.
Et tu crois que moi je supporte que tu ne me dises jamais rien ! s'énerva soudain Shuichi en se retournant pour faire face à son amant.
Shuichi je…
Mais Eiri fut interrompu par des coups à la porte de leur chambre. Les deux amants se regardèrent un instant et Eiri remarqua, pour son plus grand malheur, une larme solitaire glisser le long de la joue de Shuichi. Il tendit une main vers lui pour caresser son visage et effacer cette larme mais son petit ami détourna le visage et se leva, quittant la baignoire. Il prit un peignoir qu'il enfila et retourna dans la chambre pour ouvrir au visiteur. De son côté, Yuki poussa un soupir agacé tout en se passant une main dans ses cheveux, frustré au plus haut point. Pourquoi avait-il pris Shuichi de front. Il était bien placé pour savoir que ce n'était pas le meilleur moyen d'obtenir des confidences sur un passé chargé. Si Shuichi avait un lourd secret sur sa vie, tout comme lui, alors il devrait gagner sa confiance. Il faut que je lui prouve qu'il peut compter sur moi, que je fais attention à lui… Que je l'aime… Il faut qu'il puisse se confier. Peut-être qu'il est temps qu'il voit que je lui fais confiance moi aussi. Peut-être qu'il est temps que je lui dise tout… Ou du moins une bonne partie…pensa le blond avant de quitter à son tour la baignoire dont l'eau était encore chaude. Il passa une serviette autour de sa taille en se disant que l'invité devait être Miri, Hiro ou Tatsuha puisqu'ils étaient les seuls à savoir que Shuichi et lui était dans cet hôtel et dans cette chambre. Donc en bref, pas besoin de se prendre la tête à s'habiller alors qu'il devrait retourner au bain sous peu pour finir sa toilette. Lorsqu'il entra dans la chambre, il se dit que finalement, il aurait peut-être dû enfiler un pantalon et une chemise…
Devant lui se trouvait Shuichi, emmitouflé dans son peignoir, qui faisait face à une fille aux cheveux longs et auburn, et qui avait les même grands yeux que le jeune homme à ceci près qu'ils étaient bleu turquoise et non pas violets. La ressemblance au niveau des traits de leurs visages et de leurs expressions étaient plus qu'évidente ; ils étaient parents, sans doutes cousins ou…
Kami-sama ! s'exclama la fille en voyant Yuki, dans cette tenue (ou plutôt cette absence de tenue) dans la chambre de Shuichi.
Ce dernier, qui tournait le dos à son amant, suivit le regard de la brunette et remarqua, non sans intérêt, son séduisant professeur, ne portant qu'une serviette autour de la taille, qui observait la scène. Puis il réagit… Oh non ! C'est pas ce qui devait ce passer ! Elle ne devait pas l'apprendre comme ça !
Euh… Maïko-chan ! C'est pas ce que tu crois… Enfin si ! Mais euh… balbutia-t-il.
Il inspira profondément, alla rejoindre Yuki et passa un bras autour de sa taille.
Maïko, je te présente Eiri, mon petit ami. Eiri, voici ma petite sœur Maïko, expliqua-t-il.
Le blond ne put s'empêcher de remarquer que Shuichi continuait de l'appeler par son prénom et non sous le nom de Yuki lorsqu'ils se retrouvaient en présence d'autre personnes que Miri, Tatsuha ou Hiro. Ce qui n'était pas plus mal car le jeune professeur lui-même ignorait s'il allait se présenter sous le Yuki ou sous son véritable patronyme. La jeune fille, qui ne devait pas avoir plus de 16 ans, semblait profondément… surprise ? Non, on est surpris quand on nous fait une petite frayeur. Là, elle a l'air carrément terrorisée, se dit le jeune professeur en observant attentivement la moindre réaction de l'adolescente.
Je… Je suis désolée d'être venue sans prévenir… C'est… C'est Hiro qui m'a dit… Il m'a dit que tu étais là mais, il ne m'a pas dit que tu étais avec quelqu'un… J'aurais dû appeler mais je voulais te faire la surprise et… Enfin, je suis désolée…
Faut pas, se contenta de répondre Yuki.
Devant l'air ahuri de sa sœur, Shuichi ajouta :
De toutes façons, Eiri allait venir à la maison pour le soir du réveillon. Je comptais vous le présenter. Mais puisque tu es là… Tout ce que je voudrais c'est que tu ne dises rien à papa et maman, je préfère le leur annoncer moi-même.
Euh… Haï. Je ne dirais rien, promis, affirma Maïko avant de se tourner vers Yuki et de dire : Eiri-san, ne vous imaginez pas que… Enfin que je sois contre votre relation. Je suis juste un peu surprise, c'est tout. Shuichi était toujours sorti avec des filles et n'avait jamais montré la moindre attirance pour les garçons. Il flirtait parfois avec Hiro mais c'était juste pour faire jaser, ça les amusait beaucoup…
Tiens donc. Tu flirtais avec Hiroshi ? demanda Yuki, un brin jaloux mais plus amusé qu'autre chose.
Shuichi rougit furieusement en se tournant vers son amant, lui lançant un grand sourire innocent (3), avec ses grands yeux lavande brillant d'amour.
C'était juste pour rire, hein… Hiro est mon meilleur ami, c'est tout. C'est toi que j'aime, Yuki…
Je sais.
Après cette réplique très… développée du jeune prof, celui-ci se tourna vers un guéridon sur lequel il avait posé son paquet de cigarettes et son briquet. Il alluma une de ses sucettes à cancer qu'il aimait tant sous le regard désapprobateur de son amant.
Arrête de me regarder comme ça…
Fumeur ! lancèrent Shuichi et sa sœur Maïko d'une même voix en pointant un doigt accusateur dans sa direction.
Yuki sursauta, ne s'attendant vraiment pas à cette réaction quasi automatique de la part des deux Shindo. Le blond les ignora, tirant sur sa cigarette. Puis il l'a regarda et, à sa plus grande surprise, un élan de culpabilité grandit dans son cœur. Du suicide à long terme… pensa-t-il. C'est ce que ma dit Miri quand elle avait 12 ans… Puis cette hypocrite s'est mise à fumer aussi. Il leva les yeux vers Shuichi, déglutit bruyamment, puis écrasa sa cigarette en bougonnant :
C'est bon, t'as gagné.
XXX XXX XXX
La situation un peu gênante avec la sœur de Shuichi s'était plutôt bien passée en fin de compte. Eiri la trouvait presque aussi adorable que son frère à ceci près qu'elle était beaucoup, mais alors beaucoup plus niaise. Et moins naïve. Shuichi était l'incarnation de l'innocence alors forcément, c'était difficile de faire mieux. En y réfléchissant, Yuki se sentait vraiment heureux et fier d'être celui qui avait la chance de connaître une personne aussi… pure que le jeune homme. Il ne connaissait pas le vice et l'idée de faire souffrir délibérément des gens, même s'ils le méritent, ne lui effleurait jamais l'esprit.
Quoi qu'il en soit, Yuki avait vraiment l'impression qu'en les quittant, Maïko avait une bonne impression de lui, ce qui le soulageait beaucoup. Même s'il n'était absolument pas du genre à vouloir plaire au gens, il voulait plaire aux Shindo. Pour Shuichi, pour leur relation. Pour qu'au moins au Japon, ils ne soient pas obligés de se cacher. Pour que Shuichi n'ai pas à choisir entre lui et sa famille. Pour que, pour une fois, les choses soient simples pour eux… Le jour du 23, les deux amants avaient opté pour une journée shopping. Avec l'accident de Miri, les cours à l'université et leur voyage à préparer, ils n'avaient pas eu une seule seconde pour leur faire leurs achats de Noël. Et Shuichi ne pouvait décemment pas se montrer chez ses parents après quatre mois d'absence sans un seul présent. Certes il leur avait ramené deux ou trois babioles des USA mais c'était loin de convenir pour des cadeaux de Noël. Quant à Yuki, il avait décidé de faire un geste et de trouver un petit quelque chose pour Tatsuha et Miri. Il s'était que Mika était trop vieille pour les cadeaux et que Seguchi et le vieux pouvaient toujours se brosser pour obtenir quoi que ce soit de sa part. D'accord son père était à l'article de la mort… Mais justement. S'il crevait, il ne pourrait pas l'emmener avec lui son cadeau… Alors de toutes façons, pas besoin de se prendre la tête pour ça.
Le 24, Shuichi et Yuki avaient passé la journée entière à faire l'amour… Ne faisant des pauses que pour contenter l'estomac bruyant du plus jeune des deux lorsqu'il avait faim, et le besoin en bière de plus âgé qui sentait monter un peu plus son envie de nicotine. 36 heures sans tabac, c'était un record pour lui. Et Shuichi en était très fier. Ce n'est que vers 17h30 qu'ils mirent fin à leurs ébats pour commencer à se préparer. Ils devaient être chez les parents de Shuichi pour 20h et arriver en retard n'était vraiment pas le meilleur moyen de se faire bien voir. Après quelques minutes de conduite, ils arrivèrent dans le quartier où vivait les Shindo. Dans la voiture, alors que Yuki s'arrêtait devant la maison, Shuichi se tourna vers lui, l'embrassa et lui dit :
Yuki, pendant que tu vas te garer, je vais leur annoncer la nouvelle…
A t'écouter on dirait que tu vas leur apprendre la fin du monde.
Ne le prends pas comme ça, onegaï… Je ne veux pas qu'ils le prennent mal en te voyant arriver à mon bras comme un couple marié. Ils pourraient se sentir… Je ne sais pas. Je crois qu'ils pourraient penser que je ne leur fais pas confiance et que je leur cache des choses.
Par contre ça ne te dérange pas tant que ça de m'en cacher des choses, à moi, manqua de dire Yuki. Mais il s'abstint pour deux raisons : il ne voulait pas de dispute maintenant et aussi, il était mal placé pour critiquer.
Laisse moi leur annoncer en douceur, leur dire que je préférais leur dire en face qu'au téléphone… Ils le prendront bien. Enfin, je pense…
Le pauvre Shuichi commençait à douter lui-même. Et Eiri s'en rendait bien compte à la façon dont son amant se triturait les cuticules (4). Alors le blond se pencha vers son petit ami, prit son visage entre ses mains et déposa un petit baiser sur les lèvres roses et douces du jeune homme. Ce fut un baiser tendre et passionné comme Shuichi les aimait. Lorsqu'ils durent se séparer à l'appel de l'air, ils se fixèrent un instant puis le garçon à la tête fuchsia sortit de la voiture. La voiture allait démarrer quand il rouvrit la portière et dit :
Surtout, quoi qu'il arrive, ne dit pas à mes parents que tu es mon prof. Ils le prendraient très mal.
Puis il referma la portière et s'éloigna, laissant un Yuki quelque peu interloqué. Finalement le blond démarra pour aller se garer correctement un peu plus loin
Tout va bien se passer Shu, calme-toi. Respire. Tu vas juste annoncer à tes parents que tu es gay et ensuite tu vas leur présenter l'homme de ta vie, celui à qui tu as donner ta virginité… Non, non ça va pas du tout… Faut pas leur dire les choses comme ça. Mais maman, elle saura ! Elle savait que j'étais encore… Encore vierge quand je suis parti. Elle devinera. J'espère seulement qu'elle ne le prendra pas mal. Pfff… Pitié, Kami-sama, faites que ça se passe bien…
Shuichi monta les quelques marches qui menaient au petit porche de l'entrée de la maison familiale. Après une dernière bouffée d'air frais, il sonna. Quelques instants plus tard, c'est Shindo Seichiro en personne, son père, qui vint ouvrir la porte. Il arborait un grand sourire qui s'effaça quelque peu lorsqu'il remarqua que son fils était seul.
Konbanwa, musuko ! lança celui-ci en étreignant son fils dans ses bras. Tu nous as manqué, tu sais.
Vous aussi vous m'avez manqué, oto-san. J'suis tellement content d'être revenu, même si c'est juste pour les fêtes.
En parlant de ça, Shu, où est ton amie ? Tu ne devais pas venir avec elle ?
Hmmm… Justement oto-san… Je… Je voulais te prévenir que en fait, je ne sors avec aucune fille…
Wakarimasen. Ta mère nous a pourtant dit que tu avais quelqu'un en ce moment…
Oui, j'ai bien quelqu'un mais, ce n'est pas une fille.
Un instant de silence s'installa entre le père et le fils jusqu'à ce que le premier commence.
Musuko, quand… Quand es-tu devenu…
Gay ? Bah, en fait, je ne le suis pas vraiment… Je continue à regarder les filles et les mecs ne m'intéressent pas plus que ça. C'est juste que lui, il est différent. Je te jure papa que c'est vraiment quelque de bien. Je ne veux pas que vous ayez de préjugés sur lui ou sur nous.
Non, bien sûr. Mais… Pourquoi tu ne nous en as pas parlé au téléphone avant de venir ?
Vous nous auriez toujours invité si vous aviez su ?
Evidemment Shuichi ! Tu es notre fils. Quant à ton ami, je ne pense pas que nous ayons à beaucoup douter de lui. Tu as toujours su choisir tes proches. Cependant, ça nous aurait évité la surprise.
Oui, je comprends. Simplement, je ne pensais pas que ce soit le genre de choses qu'on annonce à ses parents par téléphone.
Je suis d'accord. Bon, rentre. Tu vas attraper la mort si tu restes sur le pas de la porte. Tu vas en parler à ta mère et ta sœur, et moi je vais attendre que ton ami arrive.
Haï. Arigato, oto-san.
C'est normal, Shu, tu es notre fils. Mais tu sais qu'il devra faire ses preuves et nous démontrer qu'il est digne de notre confiance.
Haï.
Au fait, quel est son nom ? demanda Seichiro tandis que son fils partait déjà vers la cuisine pour rejoindre Shindo Hikari.
Il s'appelle Eiri.
XXX XXX XXX
Yuki était un peu plus détendu que ne l'avait été Shuichi en grimpant les marches qui menaient à la porte d'entrée. Après tout, si les choses tournaient mal, il savait d'ors et déjà que jamais il ne renoncerait à Shuichi ; pas après tout le mal qu'il s'était donné pour gagner son affection. Alors qu'il allait sonner, la porte s'ouvrit sur un homme à peine plus petit que lui, avec des cheveux noir ébène et des yeux bleu indigo. Il avait l'air un strict mais son regard avenant mit Yuki plus à l'aise.
Konbanwa ! Vous devez être Eiri.
Oui, c'est moi. Enchanté, Shindo-san, répondit Yuki en serrant la main au père de son amant.
Je vous en prie, appelez-moi Seichiro, dit celui-ci. Pardonnez ma question mais, vous êtes japonais ? demanda-t-il.
Oui. Les apparences sont trompeuses, n'est-ce pas, répondit le blond, un peu tendu.
Il n'avait jamais aimé qu'on aborde ses origines. Shuichi ne lui en avait jamais parlé et il savait que ça lui importait peu. Mais la plupart des gens avaient la même réaction : ils lui demandaient s'il était japonais ou occidental. Même Miri n'y avait pas réchappé. Il pénétra dans le salon où Maïko finissait de poser la table pour 8 personnes. 8 personnes ? Avec la famille de Shu, lui et moi, ça ne fait que 5… Qui sont les trois autres ? se demanda-t-il.
Mais alors qu'il se posait la question, Maïko vint le saluer.
Konnichi wa, Eiri-san. Daijobu ?
Daijobu desu, arigato.
Vous vous connaissez déjà ? s'étonna Seichiro.
Euh… On s'est croisé une fois, oui… répondit évasivement la jeune fille.
Alors tu étais au courant et tu n'as rien dit ? demanda le chef de famille sans vraiment s'énerver.
Bien, Shuichi m'a fait promettre de ne rien dire parce qu'il voulait vous le dire lui-même.
Oui, ça va de soi. Bon, je vais voir où est ta mère…
Pas besoin, nous voilà, annonça une voix féminine.
Cette voix appartenait à une femme élégante de simplicité. Elle ne portait rien de particulier pour la mettre en valeur à part un très léger maquillage. Eiri devait lui reconnaître une grande beauté naturelle et il savait enfin d'où venait tout ce charisme et ce charme qui caractérisait son adorable amant. Mme Shindo devait avoir dans la bonne quarantaine d'années mais son visage restait celui d'une jeune femme ; elle avait les cheveux courts et auburn et ses yeux étaient bleus, presque prune. A ses côtés se tenait Shuichi qui esquissa un splendide sourire avant de se diriger vers Yuki pour lui prendre la main et le guider vers sa mère.
Oka-san, kochira wa watashi no koibito desu, Eiri, lança-il joyeusement.
Oai dekite ureshi desu, Shindo-san, dit Yuki en s'inclinant légèrement.
Non, appelez-moi simplement Hikari. Bienvenue chez nous, Eiri-san. J'espère que vous aimez le suki-yaki…
Oui, j'aime beaucoup. Et puis ça fait longtemps que je n'ai pas mangé japonais, répondit le jeune professeur.
Il a une famille géniale ! J'arrive pas à le croire ! Je suis presque jaloux, pensa-t-il. Soudain, on sonna à la porte.
Tiens, voilà nos derniers invités… dit tranquillement Seichiro en allant ouvrir.
Comment ça « nos derniers invités » ? demanda Shuichi, interloqué.
Oh oui, sumimasen, Shu-chan, répondit sa mère. J'ai oublié de te dire que hier nous avons invité Hiro à venir manger pour le réveillon. Maïko nous a dit qu'il s'était disputé avec ses parents. J'aimerai bien savoir pourquoi mais quoi qu'il en soit, on ne pouvait pas le laisser seul pour le réveillon. Et quand il nous a dit qu'il était avec sa petite amie et un ami, on les a invité aussi.
Le cœur sur la main, comme Shuichi… constata Eiri, complètement décontenancé de voir une famille aussi généreuse et ouverte. C'est alors qu'avec Seichiro entrèrent Hiro, Miri et…
Tatsuha ! s'exclamèrent les deux amants d'une seule voix.
Salut, aniki ! lança le jeune moine.
Et bien, on dirait que vous vous connaissez déjà tous, fit remarquer Maïko. Shu, et si tu nous présentais…
Euh oui, bien sûr. Voici Miri Johanson, la petite amie de Hiro et Tatsuha… C'est quoi son nom de famille au fait ? Je doute sérieusement que ce soit Yuki… se demanda Shuichi sur le coup, se rendant compte qu'il ne connaissait rien du jeune homme si ce n'était qu'il était le benjamin de Yuki, qu'il était moine à l'âge de 16 ans et qu'il tournait à voile et à vapeur (5). Tatsuha et Miri sont le frère et la sœur de Eiri.
Et bien… En voilà des coïncidences, rie Seichiro.
Attendez ! Miri Johanson ? s'exclama Maïko.
Euh… Ouais, affirma Miri.
Oh mon Dieu ! Je vous adore ! Je suis trop contente de pouvoir vous rencontrer en vrai !
Merci, c'est gentil.
Maïko, fait pas fuir les invités, s'il te plait… prévint Shuichi.
Tu connais des célébrités ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Frère indigne et égoïste que tu es !
De son côté, Yuki remarqua le regard plus qu'intéressé que Tatsuha lançait à la sœur de son amant. Contrairement aux regards pleins de désir et de luxure avec lesquels il dévorait habituellement les filles, ainsi que les gars qui lui plaisaient, celui-ci était plus… sincère. Si Yuki ne connaissait pas son cadet, il pourrait jurer que le jeune moine avait le béguin, le vrai.
Hiro-chan, et si tu me disais ce qui ne va pas entre tes parents et toi… demanda Hikari. Vous vous entendiez pourtant très bien jusqu'à il y a deux semaines. Ta mère venait souvent me rendre visite…
Et bien, en fait mes parents n'ont pas trop apprécié certains de mes choix. Notamment le fait que j'arrête mes études de médecine pour un autre cursus et que je quitte Tokyo pour New York, répondit l'interrogé très à l'aise avec la famille Shindo qu'il connaissait depuis des années.
Vraiment ? Mais quel cursus as-tu choisi alors ? s'intéressa Seichiro.
Bah, le même que Shuichi… Comme ça je peux faire ce que j'aime vraiment.
Et où vas-tu loger ? Et comment tu paieras ? Tu n'as pas de bourse.
C'est moi qui m'en charge, intervint Miri. Hiro vit avec moi et je me suis débrouillée pour qu'on examine son dossier de demande de bourse même si les délais sont passés.
Tes parents devraient t'encourager. C'est pas tout le monde qui oserait prendre des risques ! fit remarquer Maïko.
Bien, je vais m'occuper des derniers plats pour qu'on puisse passer à table, lança Hikari.
Je vais vous aider ! proposa Hiro.
Ouais moi aussi, affirma Tatsuha sous les regards suspicieux de Yuki, Shuichi et Miri.
Lorsque les trois quittèrent la pièce, un étrange silence s'installa. Finalement, il fut rompu par Maïko.
Oh ! Aniki ! Quelqu'un a envoyé un courrier ici pour toi il y a quelques jours. Je crois que cette personne ne savait pas que tu as déménagé…
Ca vient de qui ? demanda Shuichi.
Je ne sais, il n'y a pas le nom de l'expéditeur sur l'enveloppe. Et je ne l'ai pas ouvert puisque je savais que tu viendrais… Attends, je vais le chercher.
Là-dessus, Maïko quitta elle aussi la pièce. Seichiro se tourna vers Yuki et lui demanda gentiment :
Bien, jeune homme, dites m'en plus sur vous. Quel âge avez-vous ? Que faites-vous dans la vie ?...
Il s'assit dans un fauteuil et le blond son amant et sa sœur firent de même. Ok, ne pas dire que je suis son prof. Ne pas lui faire peur en lui disant que je suis un meurtrier. Ne pas lui dire que j'ai pris sa virginité à son fils. Et ne pas me présenter comme un pervers de 23 ans qui est littéralement obsédé par Shuichi. Ca devrait être facile.
Et bien, je vais sur mes 23 ans et je suis auteur. J'écris des livres par passion mais je les publie sous forme de nouvelles dans le New York Time.
Eiri remarqua le regard stupéfait de Shuichi et l'œillade suspicieuse de Miri. Shuichi ma demandé de cacher la vérité… On peut cacher la vérité sans mentir. Après tout, tout ce que je viens de dire est vrai. De son côté, Shuichi commençait à se demander s'il connaissait vraiment son amant. Est-ce que c'est un gros mensonge pour ne pas dire qu'il est mon prof et en même temps ne pas passer pour un chômeur. Ou bien est-ce qu'il écrit vraiment des histoires ? Avec tout le temps qu'il passe dans son bureau à la maison, je me doutais bien qu'il ne faisait pas que corriger des copies. Mais de là à ce qu'il écrive… J'en apprends tous les jours. S'il est bien écrivain alors je suis agréablement surpris.
Vraiment ? Quel genre de livre ?
Romance, répondit simplement Yuki, maintenant vraiment plus à l'aise en présence de la famille de Shuichi.
Je pense qu'il serait peut-être temps pour toi de publier via une vrai maison d'édition, aniki. Ta dernière nouvelle m'a fait pleurer comme une madeleine. Or tu sais combien il est difficile de me tirer une larme… ajouta Miri.
Cette fois je suis énervé ! pensa Shuichi. Non seulement Yuki écrit des romans et il ne m'a rien dit, mais en plus Miri est au courant… D'accord elle est sa sœur. Mais moi je suis son amant, kuso !
Le blond avait remarqué l'expression sur le visage son amoureux et pouvait presque lire ses pensées. Il m'en veut de ne rien lui avoir dit. Un coup d'œil vers sa sœur et la encore il devina. Elle doit se demander pourquoi je ne dis pas simplement que je suis prof. Heureusement qu'elle me connaît assez pour savoir que si je cache quelque chose c'est pour une bonne raison. Même si j'ignore tout de cette raison moi-même.
Aniki ! La voilà ! Tiens ! s'exclama Maïko en faisant soudain intrusion dans le salon en tendant une large enveloppe de papier kraft à son frère.
Celui-ci s'en empara et se leva pour la décacheter. Il se mit un peu à l'écart des autres personnes présentes dans la pièce pour lire plus tranquillement son courrier. Yuki remarqua que Shuichi avait tiré une page simple et manuscrite ainsi que quelques photos qu'il était trop loin pour voir. De son côté, le jeune homme tremblait comme la dernière feuille d'un arbre résistant sous la brise de l'automne. Il était secoué de terreur mais aussi de rage. Pourquoi ne le laissait-IL donc pas tranquille ? Pourquoi le harcelait-IL de cette façon ? Alors que tout semblait fini, IL surgissait du passé encore une fois… Cette lettre dont les mots le dégoûtaient au plus haut point… Ces photos plus traumatisantes les unes que les autres… Ca ne peut pas continuer ! Pourquoi faut-il que les choses tournent mal alors que pour une fois, ma vie déjà compliquée, devenait digne d'intérêt. Mais depuis que mes cauchemars ont repris, j'aurais dû me douter que quelque chose clochait… Mais ce qui me fait vraiment peur ce sont ces photos… Comment a-t-il pu… Il est sorti ! C'est le seul moyen pour qu'il ait pu m'envoyer ce courrier… Son courrier est filtré ! La lettre aurait dû être interceptée… Pitié, Kami-sama, faites que je me trompe…
Shuichi était tellement concentré sur ses pensées qu'il n'avait pas remarqué sa sœur à ses côtés qui regardait par-dessus son épaule. Lorsqu'il en prit conscience, il se tourna vers elle et aperçut dans ses yeux la même terreur qui gelait son cœur. Ils se regardèrent un instant avant que Shuichi ne se hâte de remettre la lettre et les photos dans l'enveloppe sous le regard intrigué de son père, de Yuki et de Miri.
Shuichi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit Seichiro, ôtant les mots de la bouche de Yuki.
La paternel Shindo se leva et rejoignit ses enfants, visiblement inquiet.
O… Oto-san… IL a recommencé ! s'exclama Maïko, retenant ses larmes avec difficulté.
Maintenant plus que jamais, Yuki voulait savoir ce qu'il y avait sur ces photos… Ca a un lien avec le passé de Shuichi j'en suis sûr. Sans réfléchir, il se leva et avança vers Shuichi mais en le voyant approcher, celui-ci prit la fuite vers les escaliers, montant les marches quatre à quatre. Le son d'une porte qui s'ouvre et se claque presque aussitôt laissait comprendre à tout le monde que le jeune homme s'était enfermé dans une pièce à l'étage.
Veuillez m'excuser, dit Seichiro avant de suivre son fils.
Yuki et Miri se tournèrent alors vers Maïko mais la jeune fille semblait encore sous le choc de ce quelle venait de découvrir. Quelque soit cette chose, ça doit vraiment être grave…se dit Yuki en voyant la cadette Shindo quitter la pièce en silence. Les deux blonds se regardèrent alors puis Yuki se laissa retomber dans son fauteuil. Il passa sa main dans ses cheveux, comme toujours quand il se sentait frustré et impuissant.
Shuichi me cache quelque chose, lâcha-t-il soudain.
Tu es mal placé pour parler, répliqua sa sœur en croisant les jambes.
La différence entre Shuichi et moi c'est que mon passé est révolu alors que le sien fait encore parti de son présent.
Le tien aussi, quoi que tu en dises… Tu es tellement occupé à te morfondre dans ta culpabilité quant à ce qui s'est passé il y a 6 ans que tu ne te rends même pas compte qu'aujourd'hui encore tu en es profondément marqué et que ça influe sur tes actions présentes.
Depuis quand tu t'es faites psy ? rétorqua Yuki d'une voix moqueuse.
Tu as l'air d'oublier que j'avais commencé un cursus de psychologie à la fac l'année dernière avant de devoir arrêter parce que la musique et BS Prod me prenait beaucoup trop de temps…
J'ai aussi tendance a oublié que t'as sauté deux classes…
Je suis une surdouée, c'est dans les gènes, se contenta de répondre sa sœur avec un petit sourire.
Tu sais ce que cache Shuichi, n'est-ce pas ? reprit Eiri qui n'allait pas laisser le sujet lui échapper si facilement.
Un petit peu. Trop peu pour pouvoir t'en parler. Hiro n'a fait qu'aborder de façon évasive le sujet ; je dirais même de façon plutôt floue. Et de toutes façons, c'est à Shuichi de te dire les choses.
Je suppose que si tu sais pour Shuichi, Hiro sait pour moi.
Une sorte d'échange ? Oui. Mais il est loin d'en savoir autant que moi. Je me suis contentée de mentionner une trahison te poussant à commettre un geste impardonnable pour lequel tout le monde t'a déjà pardonné sauf toi…
La jeune femme semblait las d'aborder le sujet du passé « monstrueux » de son frère alors qu'elle savait qu'elle aurait sans doutes agit de la même manière. A ceci près qu'elle aurait d'abord pris un malin plaisir à émasculer ce fils de pute avant de lui mettre un coup de plomb dans le buffet.
Je ne supporte pas de ne pas savoir, fit le professeur, la voix étrangement basse. Shuichi fait de plus en plus de cauchemars et le matin il agit comme s'il ne s'en souvenait plus. Comme s'il ne s'était rien passé. La nuit, je me contente de le rassurer et de consoler sans savoir contre quoi il lutte dans son sommeil…
Je te comprends… Demande-lui et il t'en parlera peut-être.
Il ne m'en parlera jamais. J'ai essayé avant-hier mais il m'a repoussé. Je ne suis pas sûr de savoir comment m'y prendre.
Montre-lui que tu as confiance en lui et qu'il peut en faire autant. Une sorte d'échange si tu vois ce que je veux dire…
Là-dessus, Miri se leva et lança simplement :
Bon, je vais voir si on a besoin de moi en cuisine.
Ndla : (1) L'archétype de la fan idiote… (2) Ok, normalement Taki est un peu plus vieux que Shu. Je crois qu'il doit avoir à peu près le même âge que Yuki en fait. Mais pour les besoins de l'histoire, je vais lui donner le même âge. (3) Il existe un mot en anglais qui décrit exactement l'expression sur le visage de Shuichi : sheepishly qui vient de sheepish, signifiant penaud ou timide. Moi je vois bien l'aspect chibi, pas vous ? (4) Info : le cuticule est la petite peau à la racine de l'ongle. Il faut en prendre soin mesdemoiselles sinon on n'a pas de beaux ongles. Les miens sont tellement entretenus qu'on me demande souvent si je porte des faux ongles. Mais non, chez moi tout est n'est que naturel ! (5) Expression sympathique désignant les bisexuels.
Notes : Miri en impose un max à Seguchi vous trouvez pas. Mais ne vous trompez pas. Il n'est pas intimidé par elle, loin de là. C'est juste qu'il sait que Yuki lui fait confiance bien plus qu'à lui et aussi qu'elle a de l'emprise sur lui puisqu'il l'écoute et suit souvent ses conseils. Seguchi a donc peur que sur un seul de ses mots, Yuki retourne d'où il vient. Voilà pour la petite note. Notez aussi que je déteste Tohma. Je le vois toujours comme un ennemi à la relation YuShu. Laku est de mon avis il me semble… Mais je prépare une fic où pour une fois il n'a pas le mauvais rôle, loin de là (du moins en apparence...). Sinon, on a vu ici quelques guest stars : K et Ryuichi, Aizawa qui fait en quelque sorte partie du passé de Shuichi, Thoma et la Shibdo family… Chapitre suivant : suite de la soirée de Noël avec les révélations de Seichiro, l'entrée en scène de Mika, le fin mot sur ce qu'il s'est passé entre Shu et Taki et l'entrée d'un nouveau OC nommé Tomoe, mentionnée dans le chapitre 9. Voilà, gros bisous et à bientôt.
PS : Je déménage et en plus je reprends les cours, donc il risque d'y avoir un peu d'attente entre les chapitres, mais trop rassurez-vous .
Lexique :
Urusaï : Ta gueule ! Ferme-la ! ou plus poliment Tais-toi !
Baka : Idiot, crétin, andouille, abruti.
Itaï : Ca fait mal.
Aniki : Grand frère.
Demo : Mais.
Onegaï : S'il te plait.
Nanda : Quoi ? Qu'est-ce que t'as ?
Nani : Hein ? De quoi ?
Kami-sama : Seigneur Dieu.
Konbanwa : Bonsoir.
Musuko : Fils.
Oto-san : Papa.
Wakarimasen : Je ne comprends pas.
Konnichi wa : Bonjour (mais aussi salut !)
Daijobu : Comment ça va ? (Daijobu desu : Ca va bien.)
Arigato : Merci.
Oka-san : Maman.
Kochira wa watashi no koibito desu : Je vous présente mon petit ami.
Oai dekite ureshi desu : Enchanté de vous rencontrer.
Suki-yaki : plat japonais traditionnel de fête à base de bœuf et de légumes cuits dans une marmite en fonte avec du sucre et du saké, puis mangé trempé dans de l'œuf cru.
Sumimasen : Excusez-moi (pour attirer l'attention).
Kuso : Merde.
