Chapitre X : Un vampire pour les Enfers.
Cloud recula. La transformation se faisait plus rapide. Pourquoi était-il là ? Que voulait-il ?
- Sir, murmura Cloud, me comprenez-vous encore ?
Il l'entendait grogner, et s'approcher de lui. Toute humanité s'était évaporée de ce corps. Cloud fit volte-face et se rua vers les portes de la salle à manger. Il les ouvrit si fort, que la poignée s'en arracha. La porte s'écarta brutalement et l'orage tonnait, puissant et effrayant. Les couloirs du château étaient tantôt éclairés par une vive lueur blanche : le loup hurla. Le jeune vampire songea au comte : l'avait-il entendu depuis la serre ? Il se mordit les lèvres et courut vers le hall.
La bête était rapide, mais Cloud s'était découvert une force inespérée. Il l'entendait, cette machine à tuer était enragée. Il brisa les baies vitrées au passage, un carnage monumental.
Cloud poussa les portes du manoir, et le loup était plus proche que jamais. La lune était ronde, et bien haute dans le ciel. Le jeune vampire tourna les yeux vers les serres, c'était sa dernière chance. Son agresseur, incapable de penser ou de parler ne voulait que sa chair. Face aux portes, il n'eut d'hésitation. Il se baissa, se protégeant les oreilles. Le loup était passé par le verre, et s'était blessé. Cloud se redressa, et contourna la bête, sonnée mais consciente. Il était entré dans les serres, et courut entre les imposantes plantes.
- Monsieur le Comte, s'écria-t-il, monsieur le comte…
Personne ?
- Un Lycan a pénétré le château ! UN LYCAN !
Cloud paniqua. Il pénétra la pièce principale, longue et puante. Il y avait là plusieurs fioles, et autres instruments d'alchimiste, comme il l'avait imaginé. Mais, il y avait aussi ces lambeaux de chair, pendus à droite, et à gauche, ainsi que des têtes de loups posées sur des socles de verre. Cloud s'avança. Il y avait également des portraits de jeunes hommes, très beaux, des numéros et analyses figuraient en dessous de ces visages. Il fronça les sourcils.
Qui étaient-ce ? Est-ce qu'il les connaissait ?
- Sephiroth-sama, murmura-t-il, où êtes-vous ?
Il suffoqua. Ses pupilles étaient larges, terrorisées. Cloud se redressa, muet. Sa bouche troublée était presque morte. Il baissa les yeux. Cloud aperçut les griffes de son assaillant perforer son délicat abdomen. Le sang coulait, par flot le long de la robe de chambre et il sentait ses sens disparaître. Il leva les yeux, et d'autres griffes déchiraient son cou. Il tomba à genoux, sa gorge se remplissait, souillée par le sang glacé.
Il expira, en une toux agonisante et s'affala contre le sol.
« Vous vous êtes trompé, monsieur le Comte. Je ne suis pas l'homme que vous attendiez. »
« Vous m'avez mal élu, je crois bien… »
Il tenta d'ouvrir les yeux une dernière fois, révulsés aux vaisseaux en implosion. La bête rugit et se dressa.
« Monsieur le Majordome » dit une voix « Oh… On dirait que Genesis a finalement craqué. Il vous a transformé. Comment avez-vous pu accepter, vous qui brilliez par la simplicité de votre âme ? »
La bête s'était tournée vers lui.
- Je dois ramener l'enfant, dit-il d'une voix bestiale grave et mauvaise.
- Finalement, la couronne s'en est rendu compte, hm ? Sir, savez-vous seulement combien de Lycans sont morts dans cette serre ? Vous ne sortirez pas d'ici vivant vous savez.
Le souffle bestial de l'animal était entrecoupé. Le terrible accord entre le peu de raison qu'il lui restait, et l'afflux de sang qui parcourait son corps de titan.
- Vous avez esquinté ma poupée, chuchota Sephiroth.
- Maintenant que Cloud est mort, je le ramène à mon maître.
- Genesis n'est qu'un hypocrite, alors ? C'est étrange. J'avais presque confiance en lui.
Sephiroth fit un pas en sa direction puis se figea. Il jeta un œil vers le corps de Cloud, coupé de part et d'autre.
- Mais, vous ne partirez pas d'ici avec Cloud, Sir j'en suis navré.
Sa voix était posée, et le monstre s'en indignait. Il voulut l'attaquer lui aussi.
La silhouette s'était redressée avec grâce derrière lui. Les traces de griffe se gommaient, peu à peu. Le sang se résorbait. La tête, presque arrachée était fixe. Le corps de Cloud était agité. Un sourire barrait son visage, et ses yeux rouges luisaient dans la nuit.
Il poussa un rire, léger et triomphant.
« Maître, vous aviez raison : ces Lycans sont tellement impolis. »
Angeal se retourna, et Cloud avait brandit son bras. D'un coup, d'un seul, sa main avait pénétré les chairs de la bête et avaient passé la peau de son ventre. Il sentait l'anatomie de la créature se détériorer au fur et à mesure, et son sang s'écoulait de son corps, de plus en plus. Cloud s'en amusa quelques secondes, tirant les organes avec passion. Il scruta la face du monstre, qui perdait de sa superbe. Peu à peu, le pelage se retirait laissant place aux traits de l'humain qu'il était.
Angeal revenait, et la bête s'éteignait. Et les deux étaient irrémédiablement liées par la malédiction de la lune.
Cloud ôta son bras rouge. Tout sentait le fer : l'odeur d'un sang frais et coulant. Il l'inspecta, et l'inspira.
- Quelle horreur !
Sephiroth observa la scène dans le plus grand calme. Il regarda la silhouette du grand monstre s'écrouler et leva les yeux vers Cloud. Sa voix avait changée, une fois encore lorsque ses instincts de bête reprenaient le dessus, sa poupée fragile se changeait en démon.
« Oh, monsieur le Comte. Dites- moi, je ne comprendrai jamais cette puissance qui me prend comme une chienne. »
- C'est pourtant simple. Nous sommes unis, et vous ne pouvez mourir puisque je vis.
Cloud passa une main contre son cou, couvert de sang sec.
- Hm…
Il baissa les yeux vers la bête. Ce n'était plus qu'un cadavre, un homme.
- Je croyais que les Lycans ne pouvaient mourir que par l'argent dans le cœur. Etait-ce une fantaisie ?
- Une balle d'argent le peut, expliqua Sephiroth, mais toi tu n'en as pas besoin. Comme je te l'ai dit, tu es unique.
Cloud s'agenouilla et passa un doigt contre la joue du mort.
- C'était un ami de Sir Genesis.
Le corps de Cloud était parcouru de frissons, de légères convulsions très brèves. Parfois, le bleu de ses yeux surgissait de nouveau et sa petite voix revenait. Il serra les poings, et le comte posa une main bienveillante sur son épaule. Il retrouva son souffle en douceur, toujours perturbé par ce visage dément.
- Qu'allez-vous donc faire ? Tuer Genesis ?
- J'ai de meilleurs projets, Cloud.
Il se redressa, les yeux fatigués par ce qu'il venait de faire.
- Je… Je suis exténué, monsieur le Comte.
- Le soleil n'est même pas levé. Va donc dormir, il me semble t'avoir interdit de rentrer ici.
Cloud hocha lentement la tête.
- Et je me demande pourquoi…
Il tourna les yeux vers les peaux exhibées.
- Je m'attendais à voir ceci dans un laboratoire d'alchimiste, dit-il.
Cloud reporta son attention sur les portraits des garçons. Il plissa les yeux et Sephiroth le tira par la main.
- Va te coucher, Cloud. Tu dois te reposer.
Le jeune vampire scruta le visage de Sephiroth.
« Vous me cachez quelque chose » songea-t-il en pénétrant son regard. « Et je suis certain qu'il y a un rapport entre ces photos et vos cachoteries. »
Cloud voulut rester. Il lança un regard vers le corps inanimé, sur le sol.
Sephiroth guida Cloud vers la sortie de la serre, le verre était brisé mais cela n'étonna pas le comte.
- Qu'allez-vous faire du majordome ?
- Le brûler, sans doute.
Cloud observa les dégâts.
- Comment allez-vous réparer tout ça ? Vous aurez certainement besoin d'aide…
Le comte esquissa un sourire.
« Tout ira bien, petit vampire. »
Sir Valentine était toujours ponctuel. Il était venu, accompagné de son habituelle mallette de cuir. Il n'avait pas de chapeau, mais portait une paire de lunettes teintées, rondes et foncées. Il toqua une première fois contre les grandes portes du harem. Mais personne n'y répondit. Une seconde fois.
Il entra malgré tout.
Personne dans le hall. Il fit un pas, puis deux. Il aperçut enfin Genesis.
- Votre majordome n'est pas au rendez-vous ?
- Il est de sortie.
- Mais, il est dix heures.
- Il devrait être de retour d'ici quelques minutes alors.
Genesis sourit.
- Vous êtes rayonnant, Sir.
- Je vous remercie. Vous n'êtes pas trop mal, vous non plus.
Il s'approcha, et tendit la main pour saisir la canne de l'envoyé de la Reine par courtoisie.
- Il est parti chercher Cloud.
- Je vois. J'espère pour vous que vous ne mentez pas, Sir.
Sir Valentine écarta les pans de son imposant manteau.
- Voici un revolver, précisa-t-il en montrant l'arme à feu autour de sa ceinture, chargé par une balle unique en argent, bénie par le Pape en personne au Vatican.
Genesis baissa les yeux vers le diabolique instrument. Il était impressionnant, et son calibre effroyable. Un frisson le prit, un seul instant. Son visage resta impassible.
- Je vois, dit-il en souriant, quel dommage, vous n'aurez pas à utiliser cette balle…
Le noble leva les yeux, supérieur.
« Votre confiance vous perdra, my Lord. »
Genesis servit un verre de thé aux fruits rouges au protégé de la couronne. Il ne lui accorda aucun regard, bien qu'il sente ses deux yeux profonds et rouges, rivés vers lui. Le chasseur de vampires était persuadé de l'échec du propriétaire.
- Belle journée, n'est-ce pas ? siffla-t-il.
Vincent Valentine ne répondit pas. Le bureau de Genesis fut plongé dans un doux silence. Il se servit un sombre breuvage, provenant d'une étrange bouteille.
- Qu'est-ce donc ?
- Une idée de génie, répondit-il évasif.
L'écriture de Sephiroth décorait la fiole.
- Qu'avez-vous fait ? Envoyé Angeal face à deux redoutables vampires ? Ce n'est qu'un humain.
- Vous n'êtes qu'un humain, Sir. Et pourtant, vous avez le pouvoir de me tuer…
- Comment avez-vous agi ?
- Je lui ai fait le don de ma lycanthropie. Un don empoisonné, mais… Sa force naturelle sera décuplée.
- Dois-je conclure que vous n'êtes donc pas sûr de la réussite de votre mission ?
Genesis bu une gorgée de son thé.
- Vous me sous-estimez, my Lord.
Les murs de la grande maison tremblèrent. Quelqu'un était entré dans la résidence. Genesis leva la tête.
- Angeal est rentré, souffla-t-il en poussant la porte du bureau.
Il dévala les marches.
« Je savais que tu réussirais… »
Genesis se figea.
La grande porte coulissante s'était écroulée. Le dortoir était à nu, et ses petites poupées s'étaient toutes évaporées. Il s'arrêta de marcher, tourna la tête à droite. La porte vers le vestibule était entrebâillée. Il s'en approcha.
« Un… Rêve de plus, d'opium et d'ivresse ? »
Genesis poussa la porte.
Son château était vide.
Il ouvrit grand les yeux.
Les portes étaient grandes ouvertes.
Il avait tout perdu.
