C'est ici que les choses sérieuses commencent concernant l'enquête et vous aurez pas mal de réponses à vos questions ;) Il ne s'agit pas d'un chapitre très gai, je crois que pour le côté morbide j'ai été pas mal influencée par certaines séries policières qui m'ont parfois dérangée. J'espère néanmoins que vous apprécierez, ne serait-ce qu'un minimum ;)
gothxlulu, ah non, pas de viol dans cette fic, le hurt y est différent ;) Mais on peut compter sur Holmes en revanche pour le côté réconfort XD
Un grand merci pour tous vos commentaires, votre fidélité est une telle source de motivation que c'est un plaisir pour moi que de poster aussi rapidement :)
ooOoo
Le lendemain comme prévu je retrouvai Holmes terriblement impatient à l'idée de ce qui nous attendait. Après un petit-déjeuner rapide, où Holmes, pour mon plus grand plaisir, se fit un devoir de laisser ses doigts frôler les miens aussi souvent que possible, nous nous habillâmes chaudement en prévision de l'attente qui serait probablement la notre. Puis nous allâmes nous poster près de la maison des Outbridge, où régnait l'effervescence typique des départs. Dissimulés derrière une rangée d'ifs, alors que la température était aussi basse que je l'avais craint, j'observais donc le ballet d'employés de maison occupés à remplir la voiture d'attelage de valises et malles diverses. Holmes m'avait pourtant dit qu'ils ne partaient qu'une semaine…
Enfin, après près de deux heures d'attente, alors que j'étais frigorifié malgré le bras que mon ami avait passé autour de mes épaules, je vis sortir les propriétaires de lieux. Peter Outbridge donnait le bras à sa sœur pour lui éviter de glisser sur la couche de glace qui s'était formée sur le sol durant la nuit. Une nouvelle fois je fus frappé par la beauté et le maintien gracieux de cette femme. Une telle noblesse émanait d'elle que j'en oubliai pour quelques secondes le froid de ses yeux, qui me faisaient l'impression de deux abîmes sans fond. Aussi hypnotisé que je pouvais l'être par sa présence, j'étais ravi qu'elle s'éloigne le plus loin possible de moi. Ainsi je me sentirais certainement mieux.
Au moment où elle allait monter dans le fiacre, elle jeta un regard dans notre direction et tandis qu'un frisson désagréable me secouait j'eus la douloureuse sensation qu'elle pouvait nous voir. J'allais en faire la réflexion à Holmes mais déjà elle avait disparu dans l'habitacle. Puis l'attelage, suivi de près par celui des employés, se mit en branle et je m'autorisai à respirer profondément. Par précaution nous attendîmes encore une dizaine de minutes puis nous quittâmes notre abri.
« Comment être sûr qu'il ne reste personne dans la maison ? interrogeai-je en massant l'un après l'autre mes deux bras ankylosés autant par le froid que ma récente immobilité.
- Vous vous souvenez sans doute que je vous ai dit avoir bavardé avec la femme de chambre de Mrs. Outbridge. Impressionnant ce qu'une employée pourtant dévouée à ses patrons peut vous révéler si vous êtes capable d'une bonne dose de charme. »
Il conclut sa tirade d'un sourire tellement satisfait qu'il m'irrita au plus haut point. J'avais en horreur de l'entendre ainsi se vanter d'être capable de séduire qui il désirait. Cela me donnait l'impression d'en être réduit à une simple proie sur son tableau de chasse.
« John, voyons, il ne s'est rien passé avec elle, je n'ai fait que lui conter fleurette. Vous savez pourtant que les femmes ne sont pas ma tasse de thé, et celle-ci s'est de surcroît avérée particulièrement idiote. »
Cela ne me rassurait qu'à moitié, mais après tout nous n'étions pas ici pour cela, je pouvais tout aussi bien m'appesantir sur mes tourments au chaud dans notre salon.
« Allons-y », dis-je faisant comme souvent contre mauvaise fortune bon cœur.
Et nous nous mîmes en route d'un même pas vers l'entrée.
« Vous devez vous demander pourquoi nous n'attendons pas plutôt la sécurité de la nuit pour agir.
- Effectivement, répondis-je dans un souffle, tandis qu'avec ma canne je peinais pour avancer sur l'allée verglacée.
- Mon instinct me pousse à agir vite. Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais quelque chose de démoniaque rôde sur cette maison. Plus vite nous aurons le fin mot de l'histoire… »
Je n'en étais pas mécontent moi non plus. Et j'espérais qu'ensuite nous retrouverions notre tranquillité. En cela au moins je n'avais pas tort, même si cette journée allait changer beaucoup de chose dans ma conception du monde.
Nous commençâmes par visiter l'étage, qui nous avait tant intrigués avec ses portes verrouillées le soir de la réception. Nous découvrîmes avec surprise que cette fois toutes les pièces étaient aisément accessibles.
« Ils avaient des invités ce soir-là, dis-je surtout pour moi-même, compréhensible dans ces conditions qu'ils aient pris leurs précautions. »
Holmes ne répondit rien, lancé dans une fouille minutieuse de chaque pièce. Plusieurs chambres, un boudoir, un bureau, une salle d'eau, et diverses pièces vides… La routine et à notre grande déception rien d'intéressant à exploiter. Le rez-de-chaussée ne nous en appris pas davantage, si ce ne fut que le valet de pied et la cuisinière semblaient entretenir une liaison. Nous étions dans une maison bien tenue et débarrassée de la présence malsaine de ses propriétaires il y régnait même une atmosphère tout à fait plaisante. Je n'étais plus du tout sûr que nous étions à notre place et tout à coup les accusations finalement sans fondement du détective m'apparurent bien absurdes. Qu'avait-il contre ces gens-là ? Rien. Absolument rien. De vagues suppositions dénuées de la moindre preuve.
Par habitude je lui avais fait confiance mais il n'était qu'un homme après tout, avec ses failles comme nous tous, et pouvait bien, pour une fois, une seule et unique fois, être dans le faux. Pourtant à l'instant même où j'énonçais cette pensée dans mon esprit je sus que je me fourvoyais. Aussi inconsistantes que soient ses accusations, Holmes était forcément dans le vrai. C'était toujours ainsi. Ne me restait plus qu'à lui faire confiance.
« Descendons », lança mon ami après avoir ouvert la porte menant au sous-sol.
Il venait de crocheté la serrure tandis que je m'étonnais justement que cela soit la seule porte verrouillée de toute la maison. Je le suivis sans réfléchir, comme à notre habitude.
Ce n'était pas un endroit accueillant. Sol de terre battue, mur de brique suintant l'humidité, il y faisait terriblement froid et l'obscurité était à couper au couteau. Holmes avait eu la présence d'esprit de se munir d'une lampe-tempête trouvée je ne sais où à l'étage, mais sa faible lueur avait toutes les peines du monde à trouer cette nuit qui n'en finissait pas. Et l'odeur de moisie, de pourrissement même, emplissait tant mes narines que je me pris à suffoquer.
« Holmes, que faisons-nous là ? interrogeai-je d'une voix sourde tandis que mon malaise s'amplifiait.
- Notre travail », marmonna-t-il en continuant à avancer.
J'accélérai le pas, ne tenant aucunement à être distancé dans un endroit pareil. Cette unique présence à mes côtés m'empêchait de prendre mes jambes à mon cou comme j'en avais tellement envie. Nous nous serions trouvés à l'entrée des enfers que je n'en aurais pas été surpris outre mesure. Tout ici était malsain.
La grande pièce que nous traversâmes était entièrement vide et je me sentais tout à fait découragé, comme si nous n'en verrions jamais la fin, lorsque finalement nous tombâmes sur une porte d'un bois épais, fermée d'une lourde chaîne et un gros cadenas que personnellement je jugeai inviolable. Mais bien sûr ce n'était que ma propre opinion, ce que me confirma Holmes en me tendant la lampe, un sourire satisfait sur les lèvres. Comment ne pouvait-il pas se sentir mal dans un endroit pareil ? C'était un mystère pour moi mais que je me refusais à creuser, par peur de ce que je pourrais y découvrir. L'instant d'après il avait à la main son matériel et le cadenas ne lui résista qu'une petit minute. Pendant ce temps je sentais une excitation malsaine monter en moi tandis qu'une sueur glacée coulait dans mon dos, me faisant frissonner. Une telle porte ainsi fermée ne l'était par hasard, ce que nous cherchions se trouvait forcément derrière.
Tout d'abord nous ne vîmes rien de particulier, mais ma tension ne diminua pas pour autant. Je le sentais dans chaque fibre de mon corps, c'était tout près. A mesure que nous progression le froid se faisait plus mordant, me donnant l'impression d'être pire même qu'à l'extérieur. Puis soudain l'odeur me prit à la gorge, me faisant tousser. Une odeur de mort ! Je me forçai à conserver mon calme, conscient que cela allait s'avérer nécessaire. J'avais senti cette odeur sur le front tandis que je faisais la guerre, puis bien souvent sur certaines scènes de crime ici même en Angleterre. Ce n'était jamais bon signe.
Respirant par la bouche pour éviter de suffoquer, je continuai à avancer, quoi que plus du tout impatient de découvrir ce qui se tramait ici. Enfin je vis les premières traces d'occupation de l'endroit. Des étagères en bois avaient été installées contre un mur et dessus se trouvait une collection impressionnante de matériel chirurgical. Je promenai un œil expert sur chaque pièce, découvrant ainsi scalpels, couteaux à nécropsie, forceps, écarteurs… Le tout en très bon état et parfaitement propres. Que pouvais bien faire cela dans la cave d'une habitation privée ? Au fond de moi je suppose que j'avais déjà la réponse, je me refusais simplement à l'accepter.
Près de moi Holmes reniflait le contenu d'un flacon de verre.
« Chloroforme », dit-il en le refermant vivement.
Derrière nous se trouvait une table ressemblant en tout point à celles que j'utilisais à la morgue, à la différence que celle-ci était munie de sangles en apparence tout à fait solide. Je fus secoué de frissons en imaginant ce qui avait pu se passer ici.
« Un bloc opératoire de fortune, dis-je dans un murmure.
- Et nous ne sommes certainement pas au bout de nos surprises. »
Nous reprîmes notre progression et j'avais cette fois l'impression d'être dans le ventre de la terre tant il me semblait que nous marchions depuis des heures. C'est alors que nous vîmes le sang. Répandu sur le sol, absorbé par la terre, pourtant il était bien là, et en quantité non négligeable. Nous étions en enfer, et les Outbridge deux disciples de Satan, plus de doute possible.
Je vis ensuite la glace, par blocs entiers, encore intacts avec le froid qui régnait.
« J'avais effectivement appris en ville qu'ils étaient de grands consommateurs de glace, intervint Holmes. J'ai craint alors comprendre ce que cela signifiait, je ne me suis pas trompé manifestement.
- Holmes…, dis-je d'une voix mal assurée. Vous ne pensez tout de même pas…
- A ce stade je ne pense plus à rien mon tout bon. Regardez… »
Il venait de se saisir d'une cruche de grès contenant un fond de ce qui semblait être du sang. Moins d'une seconde plus tard mon camarade partait en courant dans la direction dont nous venions. Instinctivement, et ravi au demeurant de m'éloigner d'ici, je me lançai à sa suite, ne sentant plus à ce stade la douleur de ma jambe. Je suivis Holmes jusqu'au jardin et ses tombes dont il m'avait parlé il me semblait un million d'année plus tôt. Plutôt que de tombes, je n'y voyais que quelques carrés de terre nue, normal en ces conditions que d'autres n'y aient vu que du feu, mais c'était sans compter sur l'expérience dans ce domaine du détective. Avisant celle qui apparaissait la plus récente, il s'agenouilla devant, déposant la cruche à même le sol et entreprit de creuser à mains nus. Je l'imitais rapidement, joignant mes efforts aux siens. La terre était gelée quoi que retournée il y a peu, et nous eûmes toutes les peines du monde à venir au bout de notre entreprise. J'étais en nage et au bord de l'épuisement, mes mains souffrant le martyr, lorsque je vis enfin le premier morceau d'étoffe, me faisant redoubler d'efforts en parfaite osmose avec mon ami. Et enfin nous eûmes sous les yeux l'horreur. J'eus un hoquet de dégoût avant de fermer vivement les yeux, tentant maladroitement de me convaincre que je n'avais pas vu cela, que je m'étais forcément trompé. Un mouvement près de moi me força pourtant à me reprendre. Soulevant les paupières dans un effort surhumain, je vis Holmes penché sur le corps de cette pauvre enfant.
« Oh non, murmurai-je. Eleanor…
- J'en ai bien peur. »
Il prononça ces mots d'un ton terriblement détaché tout en examinant le cadavre, qui, s'il était salît par la terre dans laquelle il avait séjourné, était étonnamment bien conservé grâce au froid. Je prenais alors conscience une nouvelle fois de cette différence fondamentale qu'il y avait entre nous. Moi je voyais une gamine fauchée de la pire des façons dans la fleur de l'âge, lui n'avait devant les yeux qu'une victime anonyme susceptible simplement de le mener à ses assassins. Cela me gênait, même si je savais parfaitement que je ne pouvais rien y faire, il fonctionnait ainsi, voilà tout. Je poussai un pitoyable soupir, mélange autant de la lassitude que l'horreur que je ressentais. A cet instant je ne désirais rien de plus que de m'éloigner très loin d'ici et tout oublier.
J'avais vu bien des horreurs dans ma vie et ceci n'était certes pas pire que le reste, mais à chaque fois c'était pour moi une torture. La vie est inestimable, un cadeau que nous devons chérir et préserver au mieux, ce à quoi je m'emploie de par mon métier. Que certains osent commettre ce genre d'abominations, quel qu'en soit la raison, demeurait et demeure encore pour moi un mystère. Je me contente, avec mes maigres ressources, de les empêcher d'agir à nouveau. C'est toujours mieux que rien…
« Watson, il faut vous reprendre. Je vais avoir besoin de vous. »
Je hochai la tête vivement. Bien sûr qu'il pouvait compter sur mon assistance, quelque soit mes pensées à cet instant. Il m'indiqua le cou de la victime, puis son abdomen atrocement mutilé.
« Il me faut votre avis d'expert », reprit-il inutilement.
Nous échangeâmes donc de place, quoi que pas de gaieté de cœur pour ma part. Du coin de l'œil je pus le voir promener son regard acéré sur les autres tombes. Me refusant à songer à ce qu'elles renfermaient, je me mis au travail, détaillant à voix haute mes observations.
« Plaie profonde à la gorge, je dirais jusqu'à l'artère carotide. Présence d'un cathéter. Regardez-moi ce travail, maugréai-je, l'opération a été réalisée sans précaution, les chairs semblent davantage déchirées. »
Seul un grognement me répondit, pourtant je n'étais pas près à continuer. Je me tournai donc plutôt vers mon ami, qui semblait m'ignorer superbement, même si je savais qu'il n'en perdait pas un mot.
« Pourquoi se donner cette peine ? Ils lui ont injectée des médicaments ? Mais dans quel but s'ils avaient de toute façon l'intention de la tuer ? »
Enfin Holmes se tourna vers moi, son regard sombre, lointain, me mettant profondément mal à l'aise.
« Pour injecter ou au contraire… »
Tandis que je m'interrogeai sur le sens de ses propos, il ramena devant mes yeux la cruche trouvée dans le sous-sol. Et la lumière se fit dans mon esprit.
« Ils lui auraient prélevé du sang ? Mais dans quel but ?
- Avez-vous remarqué sa pâleur et la propreté de la plaie abdominale ? A mon avis ils l'ont tout bonnement saignée à mort.
- Quoi ? m'écriai-je. Pourquoi ?
- Sans importance. Continuez plutôt. »
Je réprimai une grimace, mais obtempérai néanmoins. Revenant au corps, je me penchai donc sur la blessure béante. Comme le détective l'avait lui-même remarqué, il y avait effectivement très peu, trop peu, de sang. Et…. Voilà un détail qui avait certainement échappé à un œil non expert.
« Il lui manque des organes », dis-je.
Cette fois, comme je l'avais prévu, j'avais fait mon petit effet, en témoignait la vitesse avec laquelle Holmes se rapprocha de moi.
« Dites m'en plus ! »
Moi-même curieux et impatient d'en finir, je me prêtai donc à un examen rapide, quoi que minutieux, des tissus abîmés.
« Voilà qui est singulier, notai-je.
- Eh bien ?
- Il manque effectivement deux organes. Le foie et la rate. Les incisions grossières confirment que ce n'est pas l'œuvre d'un professionnel. »
J'étais ravi de devoir ainsi me prêter à ces observations, ainsi l'impression d'avoir une pauvre jeune fille sous les yeux s'atténuait. Même si je savais parfaitement par expérience que mon répit ne serait que de courte durée.
« Hum, et ne sont-ce pas justement deux organes particulièrement gorgés de sang ?
- En effet », acquiesçai-je.
Mon regard se porta à nouveau vers le contenant que mon ami avait toujours en main. Je fus secoué d'effroi en comprenant ce que cela signifiait.
« Holmes, nous sommes en enfer ! »
TBC…
