Chapitre 11 : Lordaeron

Elle commença par rejoindre l'orbe magique situé dans la flèche de Solfurie. Les gardes étaient occupés à arrêter une émeute dans un autre quartier. Des gens rendus fous par la douleur, le chagrin ou la soif de magie menaçaient de s'en prendre aux bâtiments où se trouvaient les blessés. L'intérieur de la flèche était d'un luxe qu'elle n'aurait jamais crû voir un jour. Tout n'était que voilures, tapis, nuances allant du rouge, bleu à l'or royal, senteurs d'encens et riches meubles aux fines finitions. Elle entendit un bêlement dans une pièce voisine, signe que des mages devaient venir s'entrainer ici, ces créatures n'étant que très peu présentes parmi les contrées elfiques. La pièce principale était immense et pouvait accueillir une grande assemblée mais seulement deux êtres se tenaient là. Un d'eux repéra la démoniste et dégainant l'arme qui tenait dans son dos. Son camarade tourna la tête dans la direction qu'il regardait et l'aperçut à son tour.

- Tu ne vas quand même pas attaquer une des nôtres, qui plus est une jeune fille aussi charmante ? Rabroua-t-il gentiment le premier en souriant à la concernée.

La démoniste se renfrogna. Ils devaient sans doute faire partie des dirigeants de la cité et ils draguaient comme de vulgaires roturiers ? Elle soupira avant de prendre le ton le plus poli qu'elle puisse avoir :

- Je désire me rendre à Lordaeron pour améliorer mon art. Puis-je passer ?
- Combien de gens vont-ils encore fuir de la sorte ? Le Fléau a beau s'être retiré en laissant certaines de nos terres encore paisibles, beaucoup partent encore dans la peur d'un nouvel assaut. La soif de magie a rendu notre race décadente, je m'écœure presque d'en faire partie...

Le dragueur lui fit un coup de coude pour le remettre à sa place.

- Veuillez excuser la maladresse de mon ami, il digère mal notre défaite. Bien sur que vous pouvez passer mais prenez garde à vous. Nous n'avons aucune nouvelle des humains depuis... hum... leur lâche abandon... Et tout ceux qui sont partis là-bas ne sont pas revenus nous donner des nouvelles.
- Nous leur avons appris à se servir de la magie, on a même créé ce moyen pour relier facilement nos deux royaumes et voilà comme ils nous traitent ? Comment peux-tu supporter une telle trahison ? N'en tiendrait qu'à moi, je leur déclarerais la guerre immédiatement !
- Laisse donc notre régent s'occuper de tout. En tant que conseillers, nous ne pouvons émettre qu'un avis, donc pas de décision brusque. Hum... Je vous prie d'excuser nos querelles, vous feriez mieux de poursuivre votre route. Que le Soleil illumine vos pas.

Il s'inclina et elle en fit de même avant de les contourner pour se rendre dans la salle derrière eux. Comme si elle avait besoin d'être au courant des divergences d'opinions des responsables de la cité... Elle vit alors une sphère rosée qui brillait d'une faible lueur posée sur une petite table. Elle s'approcha et posa à plat ses mains sur l'orbe qui se mit à luire puissamment à son contact. Elle se sentit aveuglée et ferma les yeux par réflexe. Elle eut soudain une sensation de froid et se mit à grelotter. Elle rouvrit les yeux pour découvrir qu'elle se tenait dans des ruines. Perplexe, elle se demanda où elle était. Elle pensait atterrir dans la cité de Lordaeron mais tout n'était que murs écroulés autour d'elle. L'orbe se tenait toujours là, ayant repris sa lueur d'origine. Elle sortit de ce qui avait dû être une pièce auparavant pour tomber à nouveau sur des reliquats de murs et de colonnes. Mais un détail retint son attention : là où devait initialement couler de l'eau se répandait maintenant un fluide verdâtre fluorescent duquel en sortait une odeur atroce. A vraiment y penser, tout le lieu était pestilentiel, comme l'odeur qu'elle avait sentit durant l'attaque du Fléau. La ville se serait-elle faite attaquer ? Redoutant de croiser ses ennemis jurés, elle se dirigea sur sa gauche et tomba sur la sortie de l'ancienne ville. Elle fit quelques pas en dehors. Il faisait bien plus froid ici que dans ses terres natales. Elle sursauta quand elle entendit une voix lugubre derrière elle.

- Vous êtes perdue ?

Elle se retourna et dégaina aussitôt sa dague quand elle vit qui venait de lui adresser la parole. Un cadavre se tenait sur un cheval duquel il se restait que les os et quelques lambeaux de peau épars. Le macchabée la regarda d'un air vide avant que le reste de son visage ne se fende d'un sourire plein de pitié.

- Mon aspect vous rebute n'est-ce pas ? Vous à qui il reste tout les organes, toute la peau, toute la jeunesse... toute la vie...

D'un murmure, elle appela son nouveau démon. Celui-ci apparut en s'étirant.

- Doucement petite, je ne te veux aucun mal. Si je t'en avais vraiment voulu, tu ne penses pas que je t'aurais attaqué dans le dos sans te prévenir ?
- C'est exact mais vous êtes une créature du Fléau, je me dois de vous exterminer ! Pour tout le mal que vous avez fait aux miens !
- C'est difficile à expliquer mais en gros, nous étions les esclaves de Nerzul et nous ne le sommes désormais plus. Mais nous sommes encore maudits... Et comme vous, nous ne souhaitons que la plus douloureuse des vengeances envers notre bourreau.
- Il existe beaucoup de ch...d'êtres comme vous ? Demanda-t-elle en se reprenant.
- Nous vivons sous l'ancienne cité de Lordaeron, essayant de trouver le meilleur moyen pour nous venger. Il vous sera difficile aux premiers abords de distinguer qui est votre ennemi de qui ne l'est pas, vus que nous avons tous ce même... hum... aspect de décomposition plus ou moins avancé. J'en reviens à ma première question. Êtes-vous perdue ?
- Je cherche la tour des zeppelins pour me rendre à la Vallée de Strangleronce mais je ne sais même pas ce que c'est.

Il me sourit et me tendit ce qui lui restait de main.

- Grimpez donc, je vous y amène.

La démoniste hésita avant d'accepter son aide, craignant de lui arracher son bras en l'empoignant, mais le cavalier parvint à la hisser sans peine sur sa monture qui hennit avant de partir au trot. Elle s'agrippa au mort-vivant de peur de tomber, en se faisant la promesse de changer de vêtements et se prendre une longue douche en arrivant là-bas. Même s'il était amical envers elle, il n'en restait pas loin un cadavre vivant. Elle resserra son étreinte autour de sa taille quand elle aperçut la haute tour mais aussi une chose infâme qu'elle avait vue lors de l'assaut de Silvermoon. L'assemblage de bouts de cadavres cousus ensemble les salua en soulevant son immense bras.

- Ne craignez rien, ces abominations sont sous notre contrôle, vous ne risquez rien.

Ils arrivèrent en haut de la tour et ils descendirent du cheval.

- Il n'y a plus qu'à attendre le zeppelin.