Chapitre 10

Hermione s'était effondrée sur le fauteuil du salon où l'avait ramenée Malefoy. C'est trop tôt, songea-t-elle. Nous ne sommes pas prêts. Elle prit la tasse de thé que le jeune homme lui tendait.

-C'est bon, Granger, tu peux parler maintenant ? Son ton ironique cachait mal l'angoisse qui le saisissait lui aussi.

-Les Détraqueurs… font une tournée dans la région. Ils cherchent les sorciers pour les convaincre de rejoindre Voldemort ou les … embrasser.

-Ok. Ils sont où, là ?

-A… un ou deux jours d'ici.

-Bon. Ecoute, il est presque minuit et on a eu une journée éprouvante. On va aller se coucher et reparler de tout ça demain. On aura le temps de se préparer.

La rapidité avec laquelle il avait pris les choses en main, et l'attitude quasiment aimable qu'il avait à son égard surprit Hermione. Finalement, se dit-elle, ce n'est peut-être pas un petit bon à rien…

Elle suivit son conseil, et monta se coucher.

C'est vrai, se dit-elle. Nous avons eu une journée éprouvante.


Le lendemain, Hermione se réveilla en sursaut. Il lui fallut quelques minutes pour se rappeler où elle était, pourquoi et avec qui.

Elle rejeta les couvertures d'un coup sec et s'assit sur le bord de son lit. Elle saisit le miroir de Sirius et arrangea un peu sa coiffure et son pyjama avant de prononcer « Harry ».

Quelques instants plus tard, le visage de son ami apparut. Il semblait se trouver dans une forêt.

-Hermione ! dit-il avec un grand sourire. Comment vas-tu ?

On aurait dit qu'ils s'étaient séparés pour le week-end.

-Bien, ça va bien, mentit Hermione. Et vous, ça avance ? Pas de problème ? On me signale une troupe de Détraqueurs…

Elle leur donna la position exacte. Harry fronça les sourcils.

-Bon, ce n'est pas très grave, mais nous allons faire un détour. Inutile de nous faire remarquer.

-Nous avons une bonne piste, Hermione ! ajouta Ron surgi sur le côté du miroir. On devrait trouver quelque chose d'ici deux ou trois jours.

-Ok, dit Hermione. On se recontacte dans trois jours alors. Prenez soin de vous !

-Toi aussi !

A dans trois jours, se dit-elle. Si je suis encore vivante d'ici là…

Elle se leva et se dirigea vers la salle de bains. Sous la douche fraîche, elle se lava les cheveux et tâcha de faire le point. Ce qui était rapidement fait : des Détraqueurs arrivaient droit sur eux.

Elle sortit de la douche et se sécha avec une serviette (elle n'avait pas encore perdu toute ses habitudes moldues), puis choisit ses vêtements avec soin. Elle s'était vraiment sentie trop laide hier, avec Malefoy en costume du soir. Pas question de lui laisser le plaisir de recommencer.

Malefoy. Elle trouvait incroyable la rapidité avec laquelle ses impressions sur lui évoluaient. Mais il faut dire qu'il y avait beaucoup d'évènements en ce moment qui avaient tendance à pousser les gens à réfléchir.

Elle termina de s'habiller et descendit dans la cuisine, où elle trouva Malefoy en train de mettre le même bazar que la veille.

-Qu'est-ce qu'il y a encore ? soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.Tu ne sais pas te servir du grille-pain ?

Et elle glissa deux tranches dans ce dernier. Malefoy la regarda d'un air médusé.

-Quoi ? Tu n'as jamais vu personne se servir de ça ? Ou peut-être les Malefoy font-ils cuire leurs toasts avec leurs baguettes ?

-Les Malefoy, siffla Drago entre ses dents, ont des Elfes de maison pour faire ce genre de choses.

-Oh ! s'exclama Hermione. Mais sans les Elfes de maison, on se sent tout nu, hein ? Incapables ? Assistés, peut-être ? Mais leur donner un salaire, ça bien sûr que non ! Ce ne sont que des serviteurs !

Malefoy la regarda faire son laïus en souriant en coin. Il rétorqua :

-C'est bon ? Tu as fini, Granger ? Parce que au cas où tu l'aurais oublié, on a un problème un peu plus important que les droits sociaux des Elfes de maison sur les bras ; il paraît qu'il y a des Détraqueurs dans le coin, non ?

Hermione en resta sans voix. Puis elle récupéra ses toasts qu'elle déposa sur le plateau où elle avait déjà mis la confiture et le beurre, se versa une tasse de thé, et se dirigea d'un air digne dans le salon.

Elle en était au second toast quand Malefoy vint la rejoindre avec un plateau similaire, bien qu'il eut des miettes de pain sur les sourcils. Il a dû regarder comment marchait le grille-pain, se dit Hermione.

Elle prit la parole.

-Bon, je vais te récapituler où on en est, Malefoy. Les Détraqueurs peuvent arriver entre… disons cette nuit et demain soir. Ils sont très nombreux, et tu ne sais pas créer de Patronus. Nous sommes dans un village moldu, mais il ne faut pas compter là-dessus pour nous protéger, ils n'ont plus ces scrupules.

Ils se repèrent à la magie. Nous avons donc deux solutions ; soit rester à l'abri de cette maison protégée mais très repérable, soit nous fondre dans la foule moldue pour qu'ils s'acharnent sur la maison mais ne nous repèrent pas.

-Mmmh. Tu crois qu'ils viennent pour moi ?

Hermione réfléchit quelques instants.

-Je pense qu'ils viennent pour nous. Mais il n'y a rien ici qui pourrait les aider à comprendre ce que nous faisons. Quelqu'un a dû informer Lord Voldemort de notre présence ici.

Elle sentit Drago se crisper à l'énoncé du nom tabou, mais elle continua :

-Je pense d'ailleurs qu'ils ne sont pas là pour nous ramener prisonniers. Même Voldemort ne peut les contrôler. Ils vont probablement essayer de nous embrasser. Non… je pense que leur présence est plutôt destinée à nous faire fuir de notre refuge, pour pouvoir ensuite nous…interroger.

-Oui, ça serait logique. Mais dans ce cas-là, ne vaut-il pas mieux que nous restions à l'abri ?

Hermione trouvait très bizarre d'employer le « nous » pour les désigner, elle et Malefoy.

-Non, je ne pense pas. C'est le premier endroit où iront les Détraqueurs. Ce que je propose, c'est d'essayer de t'apprendre le Patronus, même imparfait, au cas où, de rassembler nos affaires les plus précieuses et de nous cacher parmi les Moldus. Mais il ne faut pas les laisser nous repousser hors du village. Tu sais, s'il y a avait trop de morts, les Moldus enverraient leur armée. Et les Détraqueurs ont beau être très impressionnants, ils sont de notre monde, et résistent donc mal aux tirs de roquettes.

Drago n'eut pas l'air de comprendre cette dernière phrase, ce qui n'étonna pas Hermione outre mesure.

Bon, allons-y ; je propose de passer aux exercices. Voici la formule : Spero patronum. Et le mouvement de baguette.

Elle exécuta un joli mouvement de poignet, que Drago imita.

Il prononça Spero patronum en accomplissant le geste. Un peu de fumée argentée sortit de l'extrémité de sa baguette.

-Bien, tu tiens l'idée. Le problème c'est que c'est tout à fait autre chose de se trouver devant un vrai Détraqueur. Je te laisse t'entraîner, je vais travailler.

Toute la matinée, la maison retentit de Spero Patronum lancés par Drago. Hermione lui avait emprunté Histoire de la Magie noire et cherchait des allusions aux habitudes de Lord Voldemort. De nombreux Mangemorts « repentis » avaient donné des détails, mais ceux-ci avaient été pour la plupart jugés superflus par les historiens.

Au déjeuner, Hermione redescendit. Elle prépara le repas, et retourna dans le salon pour voir Drago rayonnant admirer le petit dragon qui voletait autour de lui.

-Je vois que tu n'as pas été chercher très loin pour ton Patronus, plaisanta-t-elle.

-Euh je n'ai pas réfléchi, c'est sorti tout seul comme ça, fit Drago.

-Je plaisantai. On ne décide pas de la forme de son Patronus. Enfin, tu y es très vite arrivé ! Félicitations, dit-elle.

Et elle fut stupéfaite de le voir rougir.

-Bon, où est le bottin ?

L'ayant trouvé, elle se mit à le feuilleter. Elle saisit ensuite le téléphone et avec un naturel que Drago ne put s'empêcher d'admirer, elle déclara :

- Hôtel Le Bon Repos ? Bonjour, ici Mrs Figg. Je voudrai savoir si il vous reste deux chambres simples, ou une chambre à lits jumeaux pour, euh, deux nuits. Non, trois nuits.

Elle écouta la réponse et pâlit.

-Non, ce n'est pas possible, il faut des lits séparés.

Elle écouta encore puis cacha le combiné d'une main et chuchota à Malefoy :

-Qu'est-ce qu'on fait ? C'est le seul hôtel du coin et ils n'ont que des chambres doubles.

Malefoy eut un rictus de mépris :

-Ne fais pas ta pimbêche, Granger, je vais sûrement pas essayer de te toucher. J'en suis pas à ce point-là.

Hermione rougit de colère et elle reprit le combiné :

-Oui, et bien ça ira, alors. Oui, dès ce soir. Au nom de Mr et Mrs Figg. Merci, ce soir. 18h, c'est noté.

Elle se tourna vers Drago.

-Emballe tes affaires essentielles, je vais faire de même. Il faudra un petit sort de Désillusion pour avoir l'air plus vieux, mais ça devrait aller. Il nous reste…

Elle regarda la pendule

- trois heures avant de partir !

Les trois heures s'écoulèrent plus vite que prévu. Elle prit le moins de choses possibles, mais de quoi travailler, pas trop d'objets magiques pour ne pas attirer les Détraqueurs, et termina l'Histoire de la Magie noire.

A 17h, ils se retrouvèrent dans le salon, assez peu chargés pour passer inaperçus en jouant les touristes. Elle vérifia le contenu du sac de Drago, à la grande humiliation de celui-ci, et ils partirent de la maison.