Bonsoir !
Je suis tellement heureuse d'avoir réussi à écrire ce chapitre que je m'empresse de vous le poster, tout en sachant parfaitement que je m'en voudrais de ne pas avoir davantage attendu. Mais comme je suis capable de le trouver nul demain et de l'effacer, il est plus prudent de poster maintenant, de toute façon.
Bref ! Il se passe pas mal de choses dans ce chapitre et j'espère que vous aimerez.

On se retrouve en bas !

Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.


When I'm alone time goes so slow
I need you here with me
And how my mistakes have made
Your heart break
Still I need you here with me


Chapitre 11 : Derrière la porte

Emma cligna des paupières. La première chose qu'elle vit fut le ciel, bleu, limpide, dépourvu du moindre nuage. Elle se redressa, réalisant à cette occasion qu'elle était allongée au beau milieu d'une clairière. Elle fronça les sourcils, surprise de découvrir qu'elle était à nouveau dans ce jardin dans lequel l'Auteur avait décidé de l'échange. En parlant de l'Auteur...

- C'était une idée audacieuse et stupide, Mademoiselle Swan.

La Sauveuse fit volte-face. Isaac était assis sur le banc, sous le pommier. Il arborait son habituel sourire moqueur.

- Stupide ? répéta-t-elle. Je constate pourtant que ça a fonctionné.

- En vérité... Pas exactement. Vous êtes bel et bien enfermée, mais moi je suis libre d'aller où je le souhaite. Vous imaginiez peut-être que j'ignorais que vous étiez en possession de cette page ? Je n'avais pas l'intention d'être prisonnier à nouveau, alors j'ai pris mes précautions. Votre petit acte d'héroïsme était donc parfaitement inutile.

Emma étudia attentivement l'expression de son ennemi et conclut avec agacement qu'il ne mentait pas.

- Qu'est-ce que vous comptez faire de moi ? demanda-t-elle.

- Je vais vous laisser ici, bien entendu. Vous avez voulu vous opposer à moi, alors vous en payez le prix. J'ai eu l'extrême gentillesse d'opérer quelques changements dans cet endroit. Vous aimez ce jardin ? Je trouve que c'est le lieu parfait pour réfléchir aux conséquences de nos actes.

- Ah oui ? Vous devriez y passer un peu de temps, si vous voulez mon avis...

Isaac émit un petit ricanement, puis il se leva et se mit à marcher en cercle autour de sa prisonnière, toujours assise au beau milieu de la clairière.

- J'aimerai vous poser une question, Mademoiselle Swan.

- Et pourquoi est-ce que je prendrai la peine de répondre à vos questions ?

- Vous pourriez être libérée pour bonne conduite, qui sait ?

Emma leva les yeux au ciel. Elle croisa les bras sur son ventre et réfléchit intensément. Peut-être en apprendrait-elle davantage des questions d'Isaac que lui des réponses qu'elle allait lui donner ?

- Demandez toujours, répliqua-t-elle finalement.

L'Auteur cessa d'aller et venir. Il s'assit face à la Sauveuse, qui le suivait du regard, l'air menaçant.

- Pourquoi voulez-vous refaire l'échange, Mademoiselle Swan ?

- Sérieusement ? Vous me demandez pourquoi je veux retrouver mes parents, mon petit-ami, ma vie ? Est-ce que ça ne vous semble pas évident ?

- Cette nouvelle vie est-elle si insupportable ?

- Les personnes que j'aime me regardent comme si je n'avais aucune importance à leurs yeux, alors oui, évidement que c'est insupportable !

Isaac haussa un sourcil. Il étendit ses jambes et se laissa peser sur un bras, dans une attitude très détendue.

- Vous souffrez de la solitude dans laquelle cet échange vous a plongé, constata-t-il.

- Oui. Bien sûr que oui.

- Et vous voudriez bien rendre cette vie insupportable à sa propriétaire.

Emma ouvrit la bouche pour répondre mais s'interrompit en réalisant que c'était vrai.

- Oui, reconnut-elle. Mais ce n'est pas ce que vous avez l'air de sous-entendre. C'est l'échange qui rend nos vies insupportables. Croyez moi, Regina n'aime pas davantage vivre ma vie que moi la sienne. Mais tout ira mieux lorsque nous aurons retrouvé ce qui nous appartient.

- Que croyez-vous que Regina va retrouver, après l'échange ? Vous, vous aurez vos parents, votre petit-ami, votre fils et votre vie de famille. Mais Regina, qu'aura-t-elle ?

La Sauveuse se mordit la lèvre, envahie par la culpabilité.

- Je ne suis pas responsable, déclara-t-elle, comme essayant de se convaincre elle-même.

- Vous êtes bien certaine de ça, Mademoiselle Swan ? Sans vous, Henry passerait tout ses week-ends avec sa vraie mère, celle qui l'a élevé et aimé quand vous ne faisiez pas encore partie de sa vie. Sans vous, Robin et Regina seraient toujours ensemble, peut-être même vivraient-ils heureux, car il n'y aurait pas eu de Marianne ou de Zelena pour s'opposer à leur bonheur. Sans vous, Regina aurait une meilleure vie à retrouver.

Emma passa une main dans son cou dans un geste nerveux. Elle se pinça la lèvre et répondit :

- Regina ne sera pas seule. Elle pourra venir au loft aussi souvent qu'elle le voudra et je lui laisserai Henry les week-ends, j'irais le voir chez elle s'il le faut. Je serais même prête à essayer de tout arranger avec Robin, si elle voulait lui pardonner, mais ce n'est pas le cas. Il ne mérite pas son pardon, de toute façon, pas après ce qu'il a fait. Marianne, ou plutôt Zelena, est revenue par ma faute, mais tout ce que Robin a fait ensuite n'a rien à voir avec moi.

L'Auteur ne répondit pas, comme attendant qu'elle poursuivre. Emma soupira et ajouta :

- Moi, je serais là pour elle. Nous sommes une famille, elle l'a dit elle-même. Je ne la laisserai pas tomber.

Isaac éclata d'un rire moqueur.

- Vous pensez que Regina vous veut à ses côtés ? répliqua-t-il. Qu'elle a besoin de vous ? Elle vous méprise. Vous avez tout et elle a tout perdu. Comment pourrait-elle vous apprécier, vous qui êtes responsable de tous ses problèmes ?

- Nous avons tous quelque chose à nous faire pardonner, rétorqua Emma, après un instant d'hésitation. J'ai pris de mauvaises décisions et Regina en a souffert. Mais j'ai souffert moi aussi. J'ai été seule toute ma vie, privée de mes parents, par sa faute. Regina n'est pas la seule victime dans cette histoire, même si vous avez choisi de voir les choses de cette façon.

- Vous lui en voulez toujours, alors ? Vous qui êtes toujours si prompte à la défendre !

- Non, je ne lui en veux plus, justement. Je lui ai pardonné, et elle m'a pardonné, et aujourd'hui nous sommes amies. Nous sommes même davantage, nous sommes une famille. Et après l'échange, Regina aura toujours cette famille.

Isaac se redressa, l'air soudain très sérieux.

- Ne croyez pas un instant que Regina ne vous échangerez pas contre tout ce que vous lui avez fait perdre, rétorqua-t-il sèchement. Votre amitié semble compter à ses yeux car c'est tout ce qui lui reste, mais tout ça, c'est de votre faute. Vous n'avez rien d'une héroïne, Emma. Et vous êtes une bien piètre amie.

L'Auteur se releva d'un bond et s'inclina moqueusement. Puis il disparut, emporté par un nuage de fumée mauve, laissant Emma seule dans la clairière.

- Vous avez tort, protesta la Sauveuse, même si personne ne pouvait l'entendre.

Elle ferma les yeux. Et si au contraire il avait raison ?

OooOooOooO

Regina posait sur sa sœur un regard scrutateur, espérant voir au-delà de son apparente sincérité. Zelena ne pouvait pas être sincère. Elle n'avait jamais voulu lui venir en aide, elle n'avait fait qu'essayer de la blesser, et elle y était finalement parvenue, d'une façon particulièrement cruelle.

- Je sais ce que tu penses, soupira la sorcière.

Elle se laissa tomber sur sa couchette, l'air soudain très lasse.

- Tu as le droit de ne pas croire en mon désir de rédemption, reprit-elle. Mais je suis certaine qu'à une époque tu étais dans la même situation que moi. Et, à ce moment-là, tu avais probablement besoin que quelqu'un croie en toi.

Regina baissa les yeux, troublée. C'était tout à fait vrai.

- Ecoute, répondit-elle. Tu as tué Marianne et tu as pris sa place pour revenir ici me torturer. Et maintenant tu es enceinte de Robin. Tu comprendras que j'ai du mal à croire en ta soudaine envie de te racheter.

- Peut-être que j'avais tort de te blâmer pour mes problèmes. J'ai passé tellement de temps à vouloir être à ta place et vivre ta vie que j'en ai oublié de vivre la mienne. Je ne veux pas passer le reste de mon existence enfermée dans cet hôpital, avec les visites de Robin pour seules distractions. Je vais avoir un enfant et je veux le voir grandir.

- On dirait que cette grossesse est en train de te rendre sentimentale.

Regina s'assit à côté de sa sœur et lui adressa un sourire un peu hésitant.

- C'est un enfant qui m'a mené sur le chemin de la rédemption, confia-t-elle.

Zelena posa les mains sur son ventre dans un geste machinal. Elle baissa la tête, son visage aussitôt dissimulé par ses longs cheveux roux.

- Comment sais-tu, pour l'échange ? s'enquit la brune, sentant que le moment était venu de changer de sujet.

- Robin m'a parlé d'Emma et de son attitude étrange. Il a fait des théories et les a partagé avec moi et j'ai fait les miennes sans les partager avec lui. Apparemment, j'ai deviné juste.

- Ca m'embête de le reconnaître, mais tu es intelligente. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai décidé de venir te demander de l'aide.

Zelena se redressa sur sa couchette, une lueur de curiosité dans le regard.

- En quoi puis-je t'aider, soeurette ?

- Pour résumer, Emma est enfermée dans une page que l'Auteur a en sa possession. Et je voudrais la délivrer mais je ne peux pas m'opposer directement à l'Auteur puisqu'il a le pouvoir de faire souffrir et même de tuer toutes les personnes qui me sont chères. Alors si tu as une idée de ce que je pourrais faire, je t'en serais reconnaissante.

- Une page ? répéta Zelena.

Regina acquiesça et sortit le téléphone d'Emma de la poche de sa veste. Elle cliqua sur les multimédias et fit défiler les photos, sans pouvoir s'empêcher de s'arrêter un instant pour les regarder. Henry y était très présent, ainsi que les Charmants. Crochet, lui, n'apparaissait quasiment jamais, ce qui fit sourire la reine. Elle capta alors le regard interrogateur de sa sœur et cliqua sur une photo de la page avant de lui tendre le téléphone. Zelena fronça les sourcils, le regard rivé sur l'écran.

- On dirait le chapeau de Jefferson.

- Tu connais Jefferson ? s'étonna Regina. Attends, tu as dit... Son chapeau ?

Elle se pencha pour regarder la photo et écarquilla les yeux. Ce dessin sur le sol, juste devant la porte... C'était exactement comme dans le chapeau ! Comment ne l'avait-elle pas remarqué plus tôt ?

- Oui, confirma Zelena. Beaucoup de personnes le connaissaient, à Oz. La plupart préféraient faire appel aux services du Magicien, mais certains s'en remettaient à Jefferson pour ce qui touchait aux voyages entre les mondes.

- Alors cette porte est dans le chapeau...

- On dirait que tu as eu raison de me demander de l'aide.

Regina secoua la tête, le sursaut d'espoir qui l'avait saisie retombant brusquement.

- Le chapeau a été brûlé, répondit-elle. Jefferson a essayé d'en créer un nouveau, encore et encore, sans jamais réussir à le faire fonctionner.

- Nous pourrions le faire fonctionner, en unissant nos forces.

- Tu crois ?

Zelena sourit, apparemment très sûre d'elle.

- Il n'y a qu'une seule façon de le savoir, fit-elle remarquer.

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée.

Le regard de Regina tomba sur le bracelet que sa sœur portait et qui l'empêchait de se servir de ses pouvoirs. Si elle acceptait de le lui retirer, que se passerait-il ? Zelena serait-elle toujours prête à coopérer ou tenterait-elle de s'échapper ?

- Laisse-moi cette opportunité de te prouver que je veux vraiment changer, insista la sorcière.

- C'est trop dangereux.

- Si tu ne me donnes pas cette chance, qui le fera ?

Regina secoua la tête. Elle allait refuser lorsque ses yeux furent de nouveau attirés par la photo sur laquelle apparaissait la page. Emma était là, prisonnière derrière cette porte. Il fallait qu'elle la libère. Elle ne pouvait pas supporter de rester ici à ne rien faire, sans même savoir si elle allait bien. Alors peut-être... Oui, peut-être que ça valait la peine de tenter le coup.

- D'accord, soupira la reine, sans se laisser le temps de revenir sur sa décision.

Elle se releva et croisa les mains devant elle. Un nuage mauve s'éleva autour d'elle et de sa sœur, les emportant toutes les deux devant la porte de la maison de Jefferson. Regina jeta un coup d'œil à sa montre – celle d'Emma, en vérité – et constata qu'il était déjà dix-neuf heures. Elle s'éloigna de quelques pas pour téléphoner à Blanche, sachant que celle-ci allait s'inquiéter si elle ne lui donnait pas de nouvelles. Après avoir expliqué ce qui était arrivé à Emma – elle fut surprise et heureuse de constater que Mary-Margaret exprimait une réelle inquiétude à son encontre, allant même jusqu'à insister pour venir l'aider à la retrouver – et avoir refusé l'aide proposée, elle raccrocha.

- Tu n'as pas parlé de mon implication, fit remarquer Zelena.

- Je sais.

Regina toqua à la porte et attendit. Une minute plus tard, Jefferson ouvrit et haussa les sourcils et découvrant ses visiteuses.

- Bonsoir, les salua-t-il. Que me vaut le plaisir ?

- J'ai besoin de t'emprunter un de tes chapeaux.

- Vraiment ? Tu sais qu'aucun ne fonctionne ?

Zelena, qui s'était tenue un peu à l'écart, se rapprocha en souriant.

- Nous pensons pouvoir arranger ça, expliqua-t-elle.

Une lueur d'intérêt apparut dans le regard du chapelier. Il fit signe aux deux femmes de pénétrer dans la maison et leur fit traverser le salon avant de les précéder dans la pièce qui abritait ses créations.

- Je vous laisse jeter un œil, déclara-t-il. Je vais dire à Grace de ne pas m'attendre pour le repas.

Regina suivit Jefferson du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière une porte latérale. Puis elle se tourna vers sa sœur, qui examinait déjà les chapeaux avec intérêt.

- Qu'est-ce que tu penses de celui-ci, soeurette ? demanda-t-elle, en désignant un.

- Tu penses qu'il est plus susceptible de fonctionner que les autres ?

Zelena haussa les épaules, son sourire s'accentuant.

- Peut-être, répondit-elle. Certains objets sont imprégnés d'une magie particulière, qui vient de l'attachement que nous leur portons. Mais, en l'occurrence, je parlais surtout d'esthétique.

- Je vois. Prends celui que tu veux et faisons le fonctionner. C'est tout ce qui compte.

- Tu sembles très préoccupée par ce qui pourrait arriver à Emma, remarqua la sorcière.

Elle pencha la tête sur le côté, étudiant attentivement l'expression du visage de sa petite sœur, qui évitait son regard.

- Nous sommes amies, s'empressa de répondre Regina. Alors oui, il est normal que ça me préoccupe.

Jefferson revint dans la pièce à ce moment-là. Il s'approcha aussitôt de Zelena et lui prit des mains le chapeau qu'elle tenait.

- J'ai passé beaucoup de temps sur celui-ci, raconta-t-il. Et c'est celui que je voulais que tu fasses fonctionner, Regina, mais tu ne croyais pas à la magie à ce moment-là...

- Peut-être que sa magie a quand même imprégné le chapeau, murmura la reine, pour elle-même.

Elle se rapprocha et toucha l'objet du bout des doigts.

- Ce sera celui-ci, décida-t-elle.

Le chapelier s'éloigna de quelques pas et s'assit sur la chaise la plus proche, pressé de voir si ça allait fonctionner. Zelena, elle, tendit le bras à sa sœur, désignant le bracelet d'un geste du menton.

- Il est temps d'oser faire confiance, rappela-t-elle.

Regina prit une profonde inspiration. Ce qu'elle s'apprêtait à faire était dangereux et il était clair qu'elle n'avait pas besoin d'un danger supplémentaire errant dans la nature – elle avait déjà bien assez à penser avec l'Auteur. Mais chaque seconde qu'elle passait à hésiter était une seconde qu'Emma passait emprisonnée quelque part, totalement seule, probablement persuadée que personne ne viendrait la libérer.

- D'accord, soupira la reine.

Elle prit le poignet de Zelena et retira le bracelet, le glissant dans la poche de son jean. L'espace d'un instant, elle crut que sa sœur allait purement et simplement disparaître, l'abandonnant avec ce fichu chapeau qu'elle ne pourrait pas faire fonctionner toute seule. Mais la rouquine sourit et la gratifia d'un clin d'œil.

- Comme je le disais, soeurette. Je ne demande qu'à t'aider.

Jefferson se racla bruyamment la gorge pour exprimer son impatience.

- Et si on s'y mettait ? lança-t-il.

Regina acquiesça. Elle posa le chapeau au sol et attendit de sentir l'habituel picotement de la magie qui traversait tout son corps. Zelena s'agenouilla à ses côtés.

- Essaye seule, d'abord, conseilla-t-elle. On ne sait jamais.

La reine obéit et fit tourner le chapeau, mais rien ne se produisit. Jefferson afficha un air déçu, même s'il s'y était attendu.

- Essayons ensemble, proposa Regina.

Elles firent tourner le chapeau. L'air sembla crépiter, l'espace d'un instant, et une fumée mauve s'éleva, se dissipant presque aussitôt.

- Il faut davantage de magie pour l'alimenter, comprit Zelena.

Elle prit un objet dans la poche de sa veste et le jeta à l'intérieur du chapeau, dans lequel il disparut.

- Qu'est-ce que c'était ? s'enquit Regina.

- Le trèfle à six feuilles d'Oz. Il me permettait de prendre l'apparence de Marianne. Je n'en aurais plus besoin.

- D'accord... Très bien. Réessayons.

Cette fois-ci, la fumée qui s'échappa du chapeau s'éleva encore et encore, créant un gigantesque vortex. Jefferson s'en approcha prudemment, apparemment captivé.

- Vous avez réussi, murmura-t-il, l'air de ne pas y croire.

Regina se redressa. Elle s'apprêtait à traverser le portail lorsque sa sœur la retint par le bras.

- Ca pourrait être dangereux, fit-elle remarquer. Tu pourrais apparaître directement dans un autre monde ou pire encore...

- Je choisis de prendre le risque.

Zelena secoua la tête mais la relâcha. Dès que la reine eut disparu dans le vortex, la magie commença à se dissiper. Le chapelier resta un instant immobile, n'osant pas faire le voyage à son tour, du moins pas avant d'être sûr que Regina reviendrait.

- Vous n'y allez pas ? demanda-t-il à la sorcière.

- Non.

Elle esquissa un sourire un peu triste et disparut à son tour dans un nuage de fumée, sous le regard surpris de Jefferson. Il resta un instant immobile, les yeux fixés sur le chapeau, puis haussa les épaules et partit faire du thé.

OooOooOooO

Emma était allongée sur le dos, au beau milieu de la clairière. Elle ne savait plus s'il s'était écoulé des heures ou seulement quelques minutes depuis son arrivée dans le jardin. Ici, le temps semblait s'être arrêté. Rien ne changeait, rien ne semblait vivant.

- Isaac ? appela la Sauveuse, se doutant qu'il ne répondrait pas.

Elle ne cessait de repenser à ce qu'il lui avait dit, ses mots tournant encore et encore dans son esprit. Regina la méprisait-elle vraiment ? Non, elle refusait de le croire. Leur amitié était l'une des choses qui comptaient le plus pour Emma et il était hors de question qu'elle laisse l'Auteur lui gâcher l'image qu'elle en avait. Et qui était le reflet de la vérité, elle en était certaine.

Lasse de réfléchir, la jeune femme se leva et marcha lentement vers le pommier. Elle caressa du bout des doigts la branche qu'elle avait coupée plusieurs années auparavant. A cet instant, une lumière apparut derrière elle, la faisant sursauter. En se retournant pour voir de quoi il s'agissait, Emma se figea, surprise. Une porte venait d'apparaître à l'autre extrémité du jardin, c'est-à-dire à seulement quelques pas de l'endroit où elle se trouvait. Et sur le seuil se tenait Regina, vêtue de son jean et de sa veste rouge.

- Emma ? appela la brune.

La Sauveuse se rapprocha. Elle se demanda un instant s'il s'agissait d'une manipulation de l'Auteur et, décidant qu'elle s'en fichait, franchit les quelques pas qui la séparait de son amie, traversant la porte. Elle n'eut pas le temps de regarder où elle était que Regina l'entourait de ses bras, la serrant contre elle de toutes ses forces. Surprise mais heureuse, Emma lui rendit son étreinte. Non, de toute évidence, Regina ne la méprisait pas. L'Auteur avait eu tort, totalement tort, et elle n'avait aucune inquiétude à se faire.

- Tu es stupide, l'accusa soudain la reine.

Elle se détacha en prenant un air sévère.

- Pourquoi est-ce que tu as fait une chose pareille ? s'exclama-t-elle.

- Je voulais seulement aider, se défendit Emma.

Elle jeta un regard circulaire, découvrant une immense salle ronde et des portes, beaucoup de portes, qui étaient toutes de couleurs et de formes différentes. En se retournant, elle découvrit celle qu'elle venait de passer et haussa un sourcil en la reconnaissant.

- Où est-ce qu'on est ? murmura-t-elle.

- Dans le chapeau de Jefferson, expliqua Regina.

- Mais... Ce chapeau a été détruit. Non ?

Emma suivit son amie à travers la salle, sans cesser de regarder autour d'elle avec curiosité.

- Disons que j'ai réussi à faire fonctionner un des autres chapeaux fabriqués par Jefferson.

- Comment ? Et comment tu as su que la porte était ici ?

Regina ne répondit pas. Elle s'immobilisa devant une autre porte et se tourna vers la Sauveuse. Un sourire se dessina sur son visage lorsque leurs regards se croisèrent.

- Je te raconterai tout autour d'un verre, d'accord ?

- Euh, d'accord. Ca marche. Mais, et Isaac ? Où est-ce qu'il est ? Il va être furieux s'il s'aperçoit que je ne suis plus enfermée. Et comment tu as pu ouvrir la porte ?

- Isaac avait laissé la clé. Il a dû penser que ce n'était pas important, puisqu'il avait la page. Et je ne sais pas où il est ni comment il va réagir en découvrant que tu n'es plus emprisonnée. Mais je ne le laisserai pas te faire le moindre mal, d'accord ? Maintenant, prends ma main, s'il te plait.

Emma fronça les sourcils, récoltant en retour un soupir exaspéré. Regina tendit le bras pour saisir ses doigts entre les siens.

- Ce chapeau est expérimental, expliqua-t-elle. Je veux être sûre que nous allons nous retrouver au même endroit.

- D'accord. Allons-y, alors.

Emma prit une profonde inspiration et se concentra sur la main qu'elle serrait dans la sienne avec toute la confiance du monde. Les deux femmes traversèrent la porte qui leur faisait face et furent environnés par la magie un instant, la salle disparaissant dans un nuage de fumée mauve et opaque. Soudain, les contours de meubles se dessinèrent, de plus en plus clairs, et elles purent distinguer le visage de Jefferson, qui se tenait quelques pas plus loin.

- Vous avez réussi ! s'exclama-t-il, lorsque la fumée eut totalement disparu.

Regina jeta un regard circulaire et fronça les sourcils.

- Où est Zelena ? s'inquiéta-t-elle.

- Elle est partie, annonça le chapelier.

- Zelena ? répéta Emma.

Elle haussa un sourcil, surprise, avant de brusquement comprendre.

- Elle t'a aidé à faire fonctionner le chapeau ! s'exclama-t-elle. C'est comme ça que tu as pu le faire !

- Oui, reconnut Regina.

- Je crois qu'il est temps qu'on aille prendre ce verre dont tu as parlé et que tu me racontes tout ce qu'il s'est passé.

La reine acquiesça et les deux jeunes femmes quittèrent la pièce, ignorant leur hôte, qui ne leur accordait pas davantage d'attention, occupé à examiner son chapeau de plus près.

OooOooOooO

Henry en avait assez. Ses mères lui mentaient, il en était persuadé. Ces derniers jours, il avait eu toutes les peines du monde à capter l'attention de l'une comme de l'autre. Elles semblaient toujours occupées, ne parlant que de l'Auteur et d'une menace qui ne semblait jamais se concrétiser. Et puis, il y avait eu cette décision soudaine qu'elles avaient prise de se séparer de leurs petits-amis respectifs et qui avait surpris tout le monde. Un soir où il avait du mal à dormir, l'adolescent avait entendu ses grands-parents en parler, en bas, dans le loft. Tout le monde s'interrogeait sur l'attitude étrange d'Emma et de Regina et ce soir, Henry avait décidé qu'il découvrirait ce qu'elles dissimulaient. Il faisait partie de l'Opération Mangouste, lui aussi, après tout ! Il n'y avait pas de raison qu'il soit mis à l'écart.

Déterminé à connaître la vérité, l'adolescent avait subtilisé les clés du bureau du maire dans un tiroir du loft, Blanche disposant toujours du double. Arrivé devant la porte, Henry n'eut donc aucun mal à pénétrer dans la pièce. Après avoir poussé le battant le plus silencieusement possible, le garçon se figea. Le bureau n'était pas vide, comme il l'avait cru et espéré. L'Auteur était là, occupé à rassembler des morceaux de papiers déchirés, une corbeille vide à ses pieds. Sa sacoche était abandonnée sur le sol un peu plus loin, grande ouverte. Un livre en dépassait, ainsi que l'encrier et la plume. Henry fit quelques pas prudents dans cette direction, s'efforçant de ne pas faire le moindre bruit. Ses mères s'inquiétaient du pouvoir dont disposait Isaac et il avait là l'occasion de se comporter en héros en mettant fin à cette menace. Il lui suffirait de prendre la plume, ou l'encrier, ou les deux. L'adolescent tendit une main tremblante vers la sacoche.

L'Auteur choisit ce moment pour se retourner et poussa un cri de rage en découvrant Henry. Ce dernier saisit la plume, qui s'illumina entre ses doigts. Ignorant le phénomène – il serait toujours temps de s'en inquiéter plus tard – il se redressa vivement et courut hors de la pièce, son sac à dos se balançant sur son épaule, Isaac sur les talons. Tout en dévalant les escaliers à toute allure, Henry jeta un regard en arrière. L'Auteur avait de toute évidence été surpris par son intrusion mais il le poursuivait maintenant comme si sa vie en dépendait. Le garçon pressa le pas autant qu'il le put et, arrivé à l'extérieur, contourna la mairie. Il emprunta un raccourci qu'il connaissait et se perdit entre les habitations, avant de déboucher sur un chemin. Les silhouettes hautes des arbres se découpaient à la lumière des lampadaires, puis devenaient de plus en plus sombres à mesure qu'il progressait. Il ne cessa de courir que lorsqu'il fut certain qu'Isaac ne l'avait pas suivi et s'arrêta le temps de reprendre son souffle.

Henry plié en deux, les mains posées sur ses genoux, jeta un coup d'œil à la plume qu'il serrait toujours entre ses doigts, et qui luisait doucement dans l'obscurité. Qu'est-ce que tout cela signifiait ? Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir : il devait retrouver ses mamans et leur donner la plume. L'adolescent se redressa et reprit sa course. Cette fois, il allait exiger des réponses. Et il les obtiendrait.


Alors oui, j'adore Jefferson et j'adore Zelena et je n'ai pas pu résister au bonheur de les intégrer à cette histoire. Donnez moi votre avis sur ce chapitre, sachez que les encouragements me poussent à écrire (y a-t-il vraiment besoin de le préciser ?) et que vos reviews sont lues et relues avec une joie sans cesse renouvelée. On se retrouve d'ici une semaine pour la suite, avant si je peux, après s'il y a un imprévu. Je vous aime très fort. A bientôt !