Titre : Un problème avec les narcissiques ?
Auteur : Yuumi
Disclaimer : Tout appartient à J.K. Rowling.
Genre : Comico-ironico-mélo-dramatique.
Couples : Je persiste à dire que cette histoire est un vrai DMHG, même si cela ne se voit pas. LBRW, GWHP.
Note : Je tiens à préciser que ce récit dégouline d'ironie. C'est à prendre au second degré. La fan-fiction porte bien son nom car elle n'est en aucun cas réaliste ! Il y a certes quelques incohérences mais elles participent grandement au comique de la narration. J'insiste.
Chapitre IX
Si elle savait…
Cette nuit-là, Hermione Granger fit un rêve étrange.
…
C'était un rêve qui introduisait des personnages imaginaires… Et aussi un journal…
Non, elle n'était pas obnubilée par ça. Elle voulait juste savoir ce qu'il écrivait dedans.
C'est tout.
Mardi. Encore un jour trop court. En plus, il y avait la sortie au Pré-au-Lard, soi-disant annoncée depuis longtemps. C'est drôle, mais Hermione avait complètement oublié. C'est normal, tu n'arrêtes pas de penser à ce stupide pari. Elle n'avait plus qu'à attendre la permission de ses parents qui devait arriver par hibou, en même temps que son courrier quotidien.
Mais quand même, qu'est-ce qu'il écrivait dans son journal ?
Elle descendit du dortoir en même temps que Ginny Weasley qui l'accompagna dans le grand Hall le pas traînant. Hermione, elle, allait plutôt bien. Non pas que sa célébrité l'égayait mais elle avait enfin pu récupérer toutes les heures de sommeil qui lui faisaient défaut. Même si elle était encore un peu dans le coton, elle réussit à s'installer autour de l'immense table de bois, juste en face de sa précieuse amie. Pour manger, ce fut une autre affaire. De toute façon, le matin elle n'avait jamais vraiment faim.
Un bruissement d'ailes lui fit relever la tête, presque instinctivement. Quelques secondes plus tard elle se prit un colis sur la tête. Charmant. Après avoir feuilleté brièvement la nouvelle édition de la Gazette du Sorcier, Hermione entreprit de déchiqueter rageusement l'enveloppe de la lettre de ses parents sous les yeux ébahis de Ginny.
« Hermione… tu es sûre que ça va ? » Articula-t-elle, crispée sur sa chaise.
La concernée lui répondit par un grognement agacé et son amie préféra la laisser seule.
La lettre parlait de tout sauf de la permission de sortie. Visiblement, les parents d'Hermione n'étaient pas d'avis à laisser leur fille se ravitailler à deux mètres de l'école.
C'est triste, parce qu'elle les aimait, au fond. Mais ils ne la laissaient jamais respirer, et comprimée par des tonnes de conseils inutiles, la jeune fille se voyait obligée de leur envoyer des signes de vie au moins une fois par semaine ! La dernière fois qu'elle avait espacéles délais, les deux parents s'étaient mis à envoyer des lettres de menaces à Harry et à Ron pour qu'ils 'relâchent leur fille'.
En même temps, le couple Granger croyait que ses deux meilleurs amis l'avaient menacée de mort, corrompue, droguée… la liste était sinistrement longue. Alors, il était sûrement inconcevable de passer un après-midi dans un village avoisinant l'école, sans la protection et la surveillance permanente du personnel enseignant, ah ça non !
Hermione se pencha pour ramasser un vestige de parchemin, et en profita pour donner un coup dans les chevilles de sa voisine pour la faire réagir. Celle-ci sursauta et releva la tête de son assiette, sortant d'un genre de transe un peu glauque.
« Aïe ! Hermione, mais qu'est-ce qu'il te prend ? » Rugit la rouquine, furibonde.
« Ginny, tu as la permission toi ? » Lui demanda son amie, ignorant ses vives protestations.
La jeune fille opina brièvement et entama une discussion palpitante avec Harry Potter qui ne l'écoutait que d'une oreille. Lui non plus n'irait pas au Pré-au-Lard. Hermione soupira, accablée. Au moins, elle tiendrait compagnie à tous les orphelins de l'école, se privant du froid mordant qui enveloppait en ce moment le monde extérieur.
Elle se força à sourire.
Tombe, tombe, la neige…
Rien à faire, quand elle avait une chanson en tête, rien ne pouvait l'en démordre. Et elle ne pouvait pas s'empêcher de la fredonner toute la journée. Et peu de personnes appréciaient sa performance au chant, malheureusement.
Pourtant, elle était jolie, cette comptine. Et elle décrivait bien l'atmosphère qui régnait. Noël approchait à grands pas, et partout autour d'Hermione les projets de vacances fusaient, accompagnés d'éclats de rire et de sourires réjouis. On avait coupés des sapins de la Forêt Interdite pour les ramener à l'intérieur et les décorer grassement.
Il était prévu qu'Harry passe les fêtes de fin d'année chez les Weasley, comme le voulait la tradition. La jeune fille les rejoindrait au 31 afin de passer les derniers instants de l'année 1996 bien entourée. D'ailleurs, plusieurs membres de l'Ordre avaient prévu de passer... Enfin, normalement. Si Harry était d'humeur.
Hermione se demanda si Malefoy passait Noël en famille. Il y a quelques temps, elle avait eu vent de certaines tensions au sein de la communauté des Sang purs, qui avait considérablement refroidi l'ambiance à l'origine déjà glaciale. Il devait se sentir seul. Vraiment seul. Ou peut-être qu'il s'en fichait. Et ça tombait bien, parce qu'Hermione s'en fichait aussi.
Elle sursauta lorsque Ron se pencha sur sa feuille pour recopier ses notes. Le garçon fut vite étonné quand il remarqua sa négligence inhabituelle, mais ne s'en formalisa pas. Évidemment, à rêvasser, Hermione ne risquait pas de suivre le cours de Sortilèges et encore moins de prendre des notes. Mais il fallait avouer que la voix haut perchée du professeur Flitwick ne donnait pas tellement envie de réfléchir…
Souffle, souffle, le vent…
Les cadeaux de Noël ! Hermione avait complètement oublié. Elle se frappa le front, tout en maudissant tous les événements ayant contribué à sa perte de mémoire. Dont Drago Malefoy et son journal intime, et aussi… Elle releva la tête et croisa le regard dur et froid du Serpentard. Elle lui fit un sourire hypocrite, en manque de grimaces. Noël la rendait gentille, ça n'allait pas ! Aller à Pré-au-Lard était sa seule occasion de rattraper son retard. Mais comment faire pour s'y rendre en toute discrétion, sans contourner outrageusement les lois ? En jouant les survivants ?
« Harry ! » Appela-t-elle, rayonnante. « Je peux te demander un service ? »
L'intéressé inclina la tête vers elle, signe qu'il l'écoutait, même si le sourire n'y était pas.
« Est-ce que tu peux me prêter ta cape d'invisibilité ? » Lui demanda la jeune fille.
Il la regarda, interdit. Le sourire d'Hermione s'écroula.
« Harry, qu'est-ce qu'il y a ? »
Mais le jeune homme avait déjà tourné la tête. Exaspérée, Hermione lui tapa sur l'épaule.
« Quoi ? »
Devant son air buté, la jeune fille fit la moue. Elle avait oublié qu'il n'aimait pas particulièrement le mois de décembre, en ce moment. Elle réessaya tout de même.
« Oh Harry, s'il te plait… » Tenta-t-elle, maladroite. « Juste pour cette fois… »
Son ami soupira et se passa la main dans les cheveux, nerveux.
« D'accord, mais… Enfin, tu sais… j'y tiens beaucoup, alors… »
Ce fut le tour d'Hermione de rester coite. La prenait-il au sérieux ?
« Bien sûr que j'en prendrai soin, idiot. »
Et la discussion s'arrêta là.
Ah !
Elle se sentait fière, comme ça. Zigzaguant entre les villageois insouciants, Hermione avait l'impression d'être invincible. C'était tellement drôle de voir les autres sans être vue. On ne s'en lassait pas.
Malgré le temps capricieux, nombre de villageois avaient revêtu manteau, écharpe et gants, abandonnant ainsi la douce chaleur de leur foyer pour s'aventurer dans la masse agglutinée devant les échoppes et les boutiques en tout genre, afin de dépenser une fortune en cadeaux de Noël.
Sur son passage, beaucoup s'étonnaient du fait que les chaussures d'Hermione s'enfonçaient profondément dans le sol à chaque foulée dans la poudreuse. Emmitouflée dans la cape d'invisibilité, Hermione craignait que les flocons ne s'entassent sur elle et falsifient son laissez-passer en découvrant un tas de neige flottant. Aussi la jeune fille accéléra la cadence avant de s'engouffrer dans un bar nommé les Trois Balais.
Elle s'épousseta rapidement et avisa Ginny qui buvait une Bièraubeurre accompagnée de son frère et d'une élève de sa classe, assis à côté du comptoir. Elle les rejoignit prestement, moult paquets à la main.
« J'ai fait mes courses ! » Déclara-t-elle joyeusement en s'asseyant à leurs côtés.
Ginny lui adressa un sourire ravi et lui présenta rapidement son amie. Hermione leur raconta alors sa merveilleuse escapade au-dehors.
« Heureusement, tu ne t'es pas fait prendre ! » S'exclama la petite rouquine.
Hermione haussa les épaules, modeste.
« J'ai eu de la chance, surtout. Avec McGonagall qui rôde dans le coin le fouet à la main, j'ai assez peur… »
Ginny éclata de rire. Ron finit son verre à grande vitesse et se tourna vers sa sœur qui s'auto-tapait dans le dos, afin d'éviter de s'étouffer stupidement.
« Et sinon, Ginny, comment ça va avec Harry ? »
La jeune rouquine eut l'air choqué.
« Je ne vois pas en quoi ça te regarde… »
S'en suivit une lutte entre frère et sœur qu'Hermione avait souvent l'occasion de voir, aussi sourit-elle, attendrie. Fille unique, elle n'avait jamais eu l'opportunité de se chamailler avec qui que ce soit, alors il était toujours drôle de voir deux membres de la même famille se disputer pour des broutilles. En ce moment, Ron prétendait ne pas du tout être attiré par madame Rosmerta, qui se tenait à quelques mètres de leur table en train de resservir un client déjà saoul.
Son regard dériva un peu et s'attarda sur une silhouette avachie contre une table, au fond de la pièce. Elle était enveloppée dans une grande cape noire qui recouvrait entièrement son corps recroquevillé. Il traînait parfois aux Trois Balais des personnes peu recommandables, et celle-ci en faisait partie intégrante. Pourtant, elle avait un air familier…
La silhouette encapuchonnée leva la tête et son regard croisa brièvement celui d'Hermione. Aussitôt, elle se redressa et sortit précipitamment, comme poursuivie par le diable. La jeune Gryffondor fronça les sourcils et se leva à son tour. Elle fit taire les regards interrogateurs de ses amis et attrapa sa cape, le cœur battant.
« Attendez-moi là. »
La porte claqua brutalement sur la silhouette d'Hermione qui se mêlait à la tempête de neige.
…
Où était-elle donc passée ? On ne disparaît pas dans la nature comme ça... Et le brouillard n'arrangeait pas les choses. La foule s'était vite dispersée, mais ce n'était pas pour autant qu'Hermione voyait plus loin. Est-ce qu'elle avait l'air stupide à mettre les mains devant elle pour sentir les obstacles ?
Oui.
Elle avança encore quelques mètres, peu rassurée. Tiens, elle sentait quelque chose du bout des doigts. Un truc qui bougeait, qui se soulevait, et qui...
« AAAAHHHHHH ! »
Comme brûlée par les flammes de l'Enfer, Hermione retira bien vite ses mains de l'obstacle qui lui faisait face pour le considérer quelques instants, alors que sa forme se précisait lentement. C'était un humain, enfin… Il semblait qu'il y en ait deux, camouflés sous une grande cape.
« Parvati Patil et Lavande Brown ? » Glapit-elle, au bord de l'infarctus.
Les deux têtes souriantes apparaissant sous la capuche déformée éclatèrent de rire avant de rabattre la cape sur leurs cheveux gelés. Bon, ce n'était sûrement pas l'individu qu'Hermione cherchait mais d'un côté, elle était terriblement rassurée de ne plus se sentir seule.
« Qu'est-ce que vous faites là ? » Reprit-elle, sentant son cœur battre normalement.
Les deux jeunes filles se regardèrent et l'une haussa les épaules.
« Nous étions sur le chemin de Traverse. » Lui annonça Parvati, mystérieuse.
« On était chez les frères de Ronnie ! » S'exclama Lavande en souriant.
Hermione fronça à nouveau les sourcils et leur proposa de se rendre aux Trois Balais pour parler, la voix brisée à force de crier pour couvrir les hurlements du vent.
Une fois assises, les deux jeunes demoiselles se dévêtirent, jugeant inconfortable de devoir partager la même cape et commencèrent leurs explications farfelues, sous les regards incrédules de Ron, Ginny et Hermione. La camarade de Ginny était partie régler quelques affaires plus loin.
« Nous sommes allées chez les frères Weasley ! » Commença Parvati en buvant une gorgée de Bièraubeurre.
« Oui, nous y sommes allées pour acheter un objet essentiel à l'accomplissement de notre mission ! » Rit Lavande en prenant les mains de son petit ami dans les siennes.
Ginny leva un sourcil incrédule et essaya de les amadouer un peu.
« Ah oui ? Et de quelle mission parlez-vous ? »
Lavande se tourna vers sa complice.
« Je crois que l'on devrait leur dire… » Lui murmura-t-elle.
Parvati acquiesça et se tourna à nouveau vers ses amis, le sourire aux lèvres. Elle plongea la main dans sa poche et en sortit un carnet relié qui n'était pas tout à fait inconnu. Ron ouvrit des yeux ronds.
« Le journal de Malefoy ! » S'exclama-t-il.
Les quatre autres filles lui intimèrent le silence et se penchèrent sur la table, la moitié avide de confidences et l'autre de confessions.
« Chez Fred et George nous avons trouvé l'objet qui permet d'ouvrir n'importe quelle objet… »
« ...Verrouillé par un sort. » Termina Lavande en posant l'objet sur la table.
La cible de tous les regards avait une couleur jaune orangée et une forme assez relative. Comme de la pâte à modeler inoffensive, elle semblait se mouler à l'infini du fait de sa taille étirable. D'un geste relevant de l'expertise, Parvati introduisit la pâte bizarre dans la serrure du journal et tous attendirent le verdict. Sur la couverture du livre se dessinèrent des étranges hiéroglyphes qui recouvrirent entièrement le carnet d'encre noire luisante. Peu de temps après, de la serrure pleine de pâte s'échappa une fumée mal odorante.
Puis la serrure fondit, et le carnet s'ouvrit théâtralement.
Cher journal...
Quinze heures seize. Le brouillard levé, Hermione décida de reprendre son expédition à travers Pré-au-Lard, afin de trouver la personne qu'elle recherchait. Pour ensuite lui dire quoi ? Hum.
Le seul endroit qui réunissait à lui-même toutes les personnes infréquentables du village était connu sous le nom de Tête de Sanglier, où diverses personnes s'échangeaient des biens – comme des œufs de Dragon – ou se réunissaient pour parler de choses diverses, comme des projets de meurtres ou des réunions de l'A.D.
Hermione n'avait pas tellement envie de se rendre dans ce genre d'endroit où il était possible de mourir plusieurs fois en l'espace de trois secondes, mais quelque chose lui disait qu'elle y trouverait sûrement ce qu'elle cherchait.
Bien. Apparemment, la personne qui avait fui les Trois Balais était couverte d'une cape noire qui traînait nonchalamment à ses pieds. Problème ? À la Tête de Sanglier, tout le monde portait ce genre de vêtement.
Avant de rentrer dans la taverne de la mort – autre nom de la Tête de Sanglier, la jeune Gryffondor vêtit la cape d'invisibilité, histoire de vivre un peu plus longtemps que prévu.
La porte s'ouvrit dans un grincement couvert, Merlin soit loué, par le brouhaha continuel de la salle. Elle avança un peu, alors qu'un vieux sorcier assis à côté de la porte la claqua brusquement, manquant d'écraser la jeune fille.
Trois secondes. Qu'est-ce qu'elle disait ?
L'odeur pestilentielle et la poussière firent toussoter légèrement Hermione, qui, les larmes aux yeux, essaya d'avancer sans se cogner dans les chaises qui traînaient. La chaleur était absolument épouvantable, du fait de la modeste superficie de l'endroit.
Elle se blottit dans un coin de la salle, observant les personnes présentes et jurant contre l'obscurité de la pièce. Les vitres étaient tellement crasseuses que la seule source de lumière de la salle était les bougies plantées dans des crânes très réalistes posés un peu partout.
Ses yeux plissés passèrent du vieux barman qui semblait mort (charmant, n'est-ce pas ?) aux divers clients du bar, jouant aux cartes, échangeant des objets et colportant sur tout ce qui se passait autour d'eux. Dans ce lieu, il était très facile de lancer des rumeurs, car les murs avaient des oreilles très attentives.
Hermione remarqua au fond de la pièce la silhouette assise contre un mur qui lisait un parchemin. Son visage encapuchonné était éclairé par une bougie qui lui renvoyait une image assez terrifiante. Malgré tout, la jeune fille s'avança vers le personnage et s'assit en face de lui, le plus discrètement possible. La flamme de la bougie vacilla.
Bien sûr, la personne ne remarqua rien et continua sa lecture, imperturbable. La jeune Gryffondor se pencha doucement sur la table et à travers la cape d'invisibilité crut reconnaître ce qui était le visage de…
« Pansy Parkinson ? »
La personne assise sursauta, et, alarmée, fourra maladroitement le parchemin dans sa poche avant de sortir précipitamment de la pièce. Agacée, Hermione se leva à son tour. Alors qu'elle sortait de la salle à grandes enjambées, une voix masculine la fit s'arrêter net.
« Je n'ai pas l'intention de lui dire, mais j'ai hâte de voir son visage lorsqu'il découvrira à quel point il avait tort. »
Curieuse, Hermione pivota et s'approcha de la table où trois adolescents riaient à gorge déployée. Ils portaient tous trois les écharpes de Serpentard et cette voix nasillarde… Hermione aurait pu la reconnaître entre mille… Malheureusement, elle n'avait pas assez de temps pour s'étonner de la présence de trois Serpentard dans ce bar miteux et sortit en coup de vent, à la recherche de l'ex-élève de Poudlard. Enfin, si c'était vraiment elle.
En sortant du bar, Hermione eut la sensation de recouvrer la vue et de prendre conscience du temps qui filait à toute allure. Il était prévu que les élèves de Poudlard rentrent avant le coucher du soleil. Manque de chance, en période hivernale, la nuit tombait vers cinq heures.
Bon.
Elle rejoignit la rue principale et l'évidence la frappa comme la foudre. La foule avait de nouveau prit possession des ruelles du village et Hermione se demanda sérieusement si elle allait, oui ou non, retrouver la cible de toutes ses interrogations. Elle rangea la cape d'invisibilité dans un de ses sacs de courses, lassée de voir à travers de minuscules trous et marchant résolument vers… Eh bien, quelque part.
Le hasard fit bien les choses car elle retrouva l'individu en train de regarder à travers la vitrine d'un magasin. Avant que la silhouette fantomatique ne puisse s'évanouir à nouveau, Hermione posa la main sur sa capuche et la rabattit brutalement.
« Qu'est-ce que… ! »
« Oh, pardon ! » S'excusa-t-elle, mortifiée, devant l'expression outrée du simple passant qu'elle avait pris pour Pansy Parkinson.
Hermione fit demi-tour, les épaules voutées et erra quelques temps dans les rues bondées de Pré-au-lard. Ses pas la conduisirent devant une petite boutique située à la fin de la rue principale. Derviche et Bang, répare vos objets magiques. Elle eut une vague sensation de déjà-vu, mais, n'y prêtant pas attention, entra.
La douce chaleur de la pièce réchauffa ses joues agressées continuellement par le froid et elle entrouvrit sa cape de sorcier. Autour d'elle, des centaines d'objets étranges ornaient les étagères en bois, couvrant ainsi entièrement les murs. Par principe, Hermione resta au centre de la pièce, impressionnée. Le vieillard assit derrière le comptoir – Derviche ou Bang ? devait passer son temps à réparer tous ces objets depuis longtemps.
Elle s'avança vers l'homme et sortit le carnet de sa poche. Il ne sembla pas s'apercevoir de sa présence.
« Excusez-moi… »
Il leva la tête vers elle et Hermione retint une grimace. Il faisait peur à voir. Elle lui tendit le journal.
« C'est pour réparer ceci… »
Un sourire éclaira le visage du vieil homme et il prit le carnet entre ses doigts déformés par l'arthrose pour l'observer quelques instants.
« Ce carnet ne vous appartient pas. » Devina-t-il.
La jeune fille hocha la tête.
« Quand j'ai essayé de l'ouvrir… le contenu s'est effacé sous mes yeux. » Tenta-t-elle d'expliquer. Elle ne voulait pas passer pour une voyeuse.
Ce fut au tour du vieillard d'opiner et un éclair malicieux traversa ses yeux plissés par les rides. Et cela ne plut qu'à moitié à Hermione.
« Je dois pouvoir vous aider, mademoiselle. C'est urgent ? »
Elle hésita un peu.
« Assez, oui. Je préférais l'avoir avant la fin de la semaine, si possible. »
Le vieil homme grimaça.
« Je crains que cela ne soit un peu juste. Avec Noël qui approche à grand pas, j'ai beaucoup de clients, vous comprenez. Dans deux semaines, pas moins. »
La jeune Gryffondor fit la moue. Ça ne l'arrangeait pas vraiment. Bon. Au pire, elle irait récupérer la copie directement chez son propriétaire, puisque Parvati et Lavande détenaient l'original. Et ce avant la fin de la semaine...
« D'accord, » Concéda-t-elle. « Je reviendrai juste avant les vacances. »
L'homme lui tendit un bout de parchemin sur lequel étaient écrites les références du carnet ainsi que la date à laquelle la jeune fille viendrait le récupérer. Elle le remercia et s'avança vers la sortie, quittant à regret la chaleur réconfortante.
Mais une question traversa son esprit et elle se retourna.
« Excusez-moi, mais… Votre nom, c'est Derviche ou Bang ? »
L'homme éclata d'un rire sec qui se transforma en quinte de toux.
« Aucun des deux. Ils sont morts depuis bien longtemps… »
Ding.
La cloche tinta derrière Hermione qui descendait rapidement les marches d'escalier. La neige boueuse éclaboussa ses chaussures et le vent glacial la fit grincer des dents. L'hiver s'étirait en longueur depuis deux mois déjà. Quand est-ce que le soleil daignerait éclairer les cieux orageux ?
Hermione disposait encore d'un quart d'heure avant de retourner aux portes du village, avant de retourner à Poudlard pour travailler. Elle décida de déambuler encore un peu, profitant au mieux des dernières onces de lumière qui éclairaient doucement le village.
La faim attira soudainement son odorat et elle décida de faire un tour chez Honeyduckes, pour se rassasier sans dépenser une fortune. Peut-être y croiserait-elle les amis qu'elle avait abandonnés lâchement… Arrivée à l'intérieur, elle inspecta les rayons pour y trouver le bonheur et tomba sur quelque chose, ou plutôt, quelqu'un.
Et cette fois-ci, la jeune fille était bien décidée à ne pas la laisser partir.
« Je te tiens ! »
…
« Tu le jures ? »
Pansy hocha la tête, comme pour se débarrasser de tout ce qu'elle venait de dire.
« Elle est dangereuse. » Ajouta-t-elle.
Hermione décroisa les bras.
« Je saurais me défendre. »
« Oh, ça je le sais. Mais on n'est jamais trop prudent. » Glissa la Serpentard. « La cruauté des femmes dépasse celle des hommes, lorsqu'il s'agit des coups bas. »
« Ce serait cruel que de laisser errer ce genre d'individu dans Poudlard. »
Pansy eut un sourire.
« Je comprends mieux pourquoi tu prends ma défense. »
Hermione haussa les épaules.
« Ne comptes pas sur moi pour oublier tout ce qui s'est passé durant ces dernières années. Je rends service au peuple, pas aux… gens comme toi. »
« Ne prends pas cet air supérieur, Granger. Ça ne va pas aux Gryffondor. »
« Tiens, j'aime bien ceux-là. »
« Tu m'écoutes ? »
« Oui, oui. »
« Alors, on fait comme tu as dit ? »
« Oui, oui. »
Pansy tendit la main à Hermione. Et pour la première fois dans l'histoire de leur relation, celle-ci l'accepta volontiers.
« Marché conclu. »
…
En sortant de la boutique de confiseries, Hermione eut l'agréable sensation d'avoir accompli quelque chose de bien. Peut-être était-ce anodin, stupide, naïf que de vouloir pactiser avec l'ennemie histoire d'assouvir une vengeance. Mais elle ne se sentait pas coupable, et même, elle avait découvert avec joie que les Serpentard n'étaient pas si différents que cela des Gryffondor.
Finalement, ce pari avait entraîné beaucoup plus d'évènements qu'elle ne l'avait espéré, et cela ne lui déplaisait pas. Une légère secousse au niveau de sa poche de pantalon la tira de sa rêverie et elle prit entre ses doigts gelés le livre à l'eau de rose qu'elle avait disons emprunté à la bibliothèque. D'ailleurs, si elle se souvenait bien, une personne inconnue le lui avait déposé sur sa table de nuit...
Le mystère planait encore quant à l'identité de ce fameux visiteur. Si ça se trouve, c'était un beau gosse.
Ô rage !
Il avait sûrement dû la voir avec des cernes de trois mètres et les cheveux en broussaille… La honte. D'un geste nerveux, la jeune fille se passa la main dans les cheveux ondulés par la pluie qui tombait sans cesse. Elle s'avança vers une vitrine de prêt-à-porter et fit la moue devant son reflet. Tout simplement, elle avait l'air d'un sac…
Subitement, Hermione s'aperçut qu'elle n'était plus seule. Et qu'il y avait quelqu'un derrière elle, qui regardait son reflet en souriant. Plutôt, qui se moquait ouvertement d'elle.
« Oh non… » Murmura-t-elle.
Voilà.
