Mettons fin au suspense...Pour un temps ! Des réponses et de nouvelles questions dans ce chapitre. J'espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à l'écrire.

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-Mr Wren ? Harold ? Vous vous sentez bien ? demanda Caroline Astor en se précipitant vers son tout nouvel associé, inquiète de le voir vaciller au point de devoir se tenir à son bureau.

Non, absolument pas, pensa Finch en se passant la main sur le front puis dans ses cheveux pour essayer de reprendre ses esprits.

Mais l'informaticien se sentait au plus mal, comme malade, au bord de la nausée. Son cœur battait beaucoup trop vite dans sa poitrine, ses mains étaient moites et il pouvait sentir une sueur froide couler lentement le long de son dos. Il avait du mal à respirer dans son costume trop serré et glissa un doigt dans son col, à la recherche d'un peu d'air. Le bureau de Caroline, pourtant de taille conséquente, lui semblait trop petit et il avait l'impression d'étouffer, de perdre inexorablement pied.

Il avait vaguement l'impression de se donner en spectacle. Son esprit lui hurlait de se ressaisir, de continuer la mission car des vies étaient en danger, mais son cœur refusait de le laisser en paix. Une multitude de questions le submergeait, des plus anecdotiques : Comment John avait-il fait pour rentrer dans une soirée aussi sélecte ? Aux plus troublantes : pourquoi s'y était-il rendu ? L'avait-il vu embrasser un inconnu ? Était-il cet inconnu ?

Les yeux clos, des gouttes de sueurs perlant sur ses tempes, Finch rejouait, dans son esprit la cérémonie de bienfaisance, à la recherche de quelques indices qui auraient pu trahir la présence de son agent. C'est alors qu'il se rappela l'étrange sensation d'avoir été observé, devant un tableau tout d'abord puis sur la terrasse. Ses mains se crispèrent sur l'acajou du meuble derrière lui, sous le coup de la réalisation, il n'avait désormais plus aucun doute, il n'y avait que son partenaire pour être aussi discret dans l'espionnage et la filature. Il se remémora aussi la manière dont on l'avait protégé lors de la bousculade pour se rendre au dîner. Cette attitude protectrice envers lui était une signature en soi. Ainsi John l'avait suivi à la soirée, l'avait observé à distance...Mais pourquoi ? Et cet inconnu en noir sur la terrasse…

-Harold ? Appela doucement Sébastian en posant une main réconfortante sur son épaule.

Clignant des yeux plusieurs fois, Finch redescendit brutalement sur terre. Il posa un regard incrédule sur le jeune homme qui semblait très inquiet pour lui. Sans le savoir, l'héritier venait d'interrompre le cours de ses pensées, l'empêchant ainsi d'aboutir à une conclusion qu'il n'était pas encore prêt à entendre. Inspirant et expirant lentement, le reclus essaya de calmer les battements de son cœur et de reprendre son sang froid. Il se détacha précautionneusement du bureau et se redressa pour reprendre son rôle, se disant intérieurement qu'il aurait tout le temps d'analyser la situation plus tard…

Peut-être…

-Désolé, j'ai eu un vertige mais je vais mieux, expliqua-t-il avec un fragile sourire.

Mais Sébastian ne semblait pas convaincu, il ne s'écartait toujours pas de Finch et portait sur lui un regard toujours très soucieux. Soudain, le jeune homme posa sa main sur le front de son vis-à-vis, essuyant par ce mouvement spontané et d'une infinie tendresse les perles de sueurs qui étaient apparues durant son malaise.

-Vous êtes tellement occupé, Mr Wren, cela ne m'étonne pas, coupa nerveusement Caroline Astor, interrompant ainsi l'étrange échange entre les deux hommes.

Comme pris en faute, Sébastian s'éloigna brusquement et se posta devant la baie vitrée, au fond de la pièce. Intrigué par son attitude, Finch l'observa se perdre dans la contemplation du paysage. Quel étrange jeune homme, pensa-t-il, alors qu'il reprenait progressivement ses esprits et son rôle de milliardaire.

Se sentant un peu mieux, l'informaticien s'éloigna du bureau de Mrs Astor mais, sa chaussure buta sur un objet au sol. Il réalisa alors que, sous le choc, il avait lâché son verre de Bourbon. Baissant les yeux, il constata, effaré l'ampleur des dégâts sur le précieux tissu.

-Oh, je suis confus…balbutia-t-il en ramassant son verre désormais vide pour le reposer sur un guéridon.

-Ce n'est rien, cette moquette ne me plaisait plus de toute manière. Vous m'avez fourni une excuse pour la changer, assura Mrs Astor en ponctuant son propos d'un geste désinvolte de la main.

-Parfait, mais je tiens à régler la note, proposa le milliardaire en reprenant son attitude courtoise et distinguée.

Caroline fut rassurée de voir son interlocuteur à nouveau en pleine possession de ses moyens. Elle ne put retenir un petit rire mondain en répondant :

-Comme vous voudrez, Harold, mais permettez-moi de vous servir un nouveau verre.

Finch se crispa imperceptiblement car malgré les apparences, il était toujours très perturbé par les récentes révélations et ne pensait qu'à une chose, quitter au plus vite les locaux de la fondation Astor. Il ressentait le besoin impérieux et presque vital de rejoindre sa bibliothèque, de se retrouver, seul, bien à l'abri derrière ses écrans, entouré de ses précieux livres.

-Je crains de devoir refuser, Caroline. Il ne serait pas prudent de boire de l'alcool après mon malaise. Je crois qu'il vaudrait mieux pour moi de rentrer me reposer un peu dans mon hôtel particulier.

Caroline parut déçue mais accepta de bonne guerre l'excuse du milliardaire.

-Bien sur, je comprends.

Soulagé de pouvoir s'éclipser, Harold se dirigea vers la dame pour prendre congés en lui serrant chaleureusement la main.

-Je suis heureux et impatient de voir nos projets se concrétiser et j'ai entièrement confiance en John pour le choix de l'école qui bénéficiera de mes dons.

-Tout le plaisir est pour moi, répondit Mrs Astor en répondant à sa poignée de main avec un large sourire, qui pour une fois, ne semblait pas forcé.

Finch reprit son manteau et sa canne avant de s'avancer vers Sébastian. Ce dernier, qui était resté à l'écart depuis la fin de son malaise, se retourna brutalement vers le milliardaire et annonça d'un ton décidé :

-Laissez-moi vous raccompagner, Mr Wren.

Harold fut surpris par l'expression déterminée de l'héritier, habituellement tellement effacé.

-D'accord, répond-il après une courte hésitation.

Alors que les deux hommes se dirigeaient vers la porte, Caroline Astor interpella son fils d'une voix autoritaire :

-Sébastian, tu oublies que nous devons travailler sur le dossier de Stevens.

L'héritier poussa doucement Finch hors de la pièce, avant de se retourner, pour répondre froidement à sa mère :

-Je suis certain que tu peux te passer de moi.

Sur ces paroles énigmatiques, Sébastian referma la porte, laissant sa mère, pour une fois, sans voix.

Les deux hommes se dirigèrent vers les ascenseurs, mais contre toute attente, l'héritier suivit Finch dans la cabine. Si ce dernier était très étonné par l'attitude inhabituelle du jeune homme, il n'en laissa rien paraître. Après quelques minutes d'un silence étrange, Sébastian décida de parler d'une voix hésitante:

-Vous paraissiez très troublé tout à l'heure…

Finch se raidit à l'évocation de son « malaise » mais il préféra garder le silence, attendant la suite.

-Il y a un endroit que j'aimerai vous montrer. Il s'agit d'un lieu important pour moi, je m'y rends à chaque fois que je me sens mal, quand j'ai besoin de m'évader du quotidien ou de me ressourcer.

Etonné par la proposition, Harold se tourna pour observer son voisin. Sébastian semblait très nerveux. Il gardait les yeux rivés sur les portes automatiques, dans l'attente de la réponse du milliardaire. Ce dernier ne savait que répondre, il avait besoin de se retrouver seul pour réfléchir aux derniers événements, mais en même temps, le jeune homme titillait sa curiosité. L'héritier Astor constituait une véritable énigme et Finch avait l'étrange sentiment qu'il était la clé dans cette mission. L'informaticien n'avait toujours pas pris sa décision en ouvrant la bouche et c'est presque malgré lui, qu'il s'entendit dire :

-Ce serait avec plaisir.

Le soulagement fut perceptible chez Sébastian. Il tourna la tête vers son interlocuteur, un timide sourire aux lèvres et ses yeux bleus pétillant de joie. Pour la première fois, l'héritier de la famille Astor paraissait heureux et détendu. C'est de bon cœur que Finch lui rendit son sourire, trouvant là une excuse pour remettre ses interrogations sur la présence de John à la réception à plus tard.

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Lorsque John pénétra dans le bureau de Maya Flores, il étouffa un soupir à la vue du tas assez conséquent de dossiers qui attendait sur le bureau de la jeune femme. Il n'avait aucune envie de se plonger dans l'étude fastidieuse de ces dizaines de candidatures et resta planté un long moment au milieu de la pièce, cherchant un prétexte pour s'extirper de cette situation.

Reese regarda Maya s'installer à son bureau et se mettre au travail. Elle plaça ses lunettes sur son nez, saisit le premier dossier de la pile et l'ouvrit pour commencer à l'étudier. Lorsqu'il l'a vit rejeter négligemment une mèche de ses cheveux derrière son oreille, une idée germa dans son esprit. Arborant son plus beau sourire, Reese s'avança d'une démarche souple tel un félin, le regard charmeur, puis s'assit sur le bureau, juste à côté de la jeune femme.

- Que diriez-vous de prendre un verre, nous aussi, pour fêter notre nouvelle collaboration ?

Surprise, Maya releva la tête de ses dossiers et hésita quelques secondes avant de répondre, un sourire gêné aux lèvres :

-Ce serait avec plaisir mais les dossiers…

John se sentit vaguement coupable de détourner la directrice de communication de son travail, auquel elle semblait très attachée. Mais il avait une mission à mener et devait avant tout penser à leur numéro, aussi antipathique soit-il. Il allait donc user de son charme pour lui soutirer des informations.

Il tendit la main et retira avec une lenteur extrême les lunettes de son interlocutrice, les replia soigneusement avant de les poser sur le bureau.

- Les dossiers peuvent bien attendre…, murmura-t-il d'une voix basse, délicieusement sensuelle, en plongeant son regard plein de promesses dans celui de Maya.

Hypnotisée, Miss Flores se contenta d'hocher la tête. Satisfait, Reese lui prit délicatement la main, l'invitant à se lever, puis l'entraîna hors du bureau.

Le couple remonta l'allée de l'openspace avant de pénétrer dans l'ascenseur. Les joues joliment roses, un sourire béat aux lèvres, Maya paraissait aux anges. Elle agissait comme une adolescente à son premier rendez-vous galant. N'osant regarder son compagnon, elle gardait les yeux baissés, agrippant nerveusement son sac-à-main. John avait déjà remarqué que la demoiselle était beaucoup moins téméraire que son allure ne le laissait supposer. La jeune femme s'était composée une image à mi-chemin entre la femme fatale et la femme d'affaires mais en réalité la vraie Miss Flores paraissait bien différente. Mais Reese savait, en connaissance de cause, qu'il devait se méfier des apparences. Il avait toujours en mémoire l'étrange échange de textos entre elle et Sébastian Astor. Il se pourrait que cette timide jeune femme fomente un plan pour se débarrasser de sa terrible patronne. L'agent décida de rompre le silence inconfortable qui régnait dans la cabine :

-Vous connaissez un endroit sympathique ?

Maya fit mine de réfléchir avant de répondre :

-Oui, je connais un pub plutôt chaleureux pas très loin d'ici.

-Parfait, conclut l'agent alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient.

Ils traversèrent l'immense hall de l'immeuble puis se retrouvèrent sur le trottoir animé de la cinquième avenue. Reese héla un taxi jaune qui se stationna à proximité du couple. L'agent ouvrit galamment la portière et aida Maya à s'assoir. Après s'être assuré que la jeune femme était confortablement installée, John contourna le véhicule et ouvrit sa porte. Mais au moment de s'assoir, il remarqua Sébastian Astor sortir de l'immeuble accompagné de Finch. Interdit, l'agent suspendit son geste pour regarder les deux hommes s'engouffrer dans une limousine noire stationnée non loin de là. Où vont-ils ? Ne put s'empêcher de penser Reese alors que la berline s'éloignait rapidement pour se perdre dans le trafic new-yorkais.

-John ?

Malgré toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête, sans parler de la pointe de jalousie qui transperçait son cœur, l'agent prit place à côté de la jeune femme en veillant à masquer son trouble. Mais il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour Finch, surtout en le sachant seul avec un homme aussi énigmatique que l'héritier Astor.

Le pub n'étant qu'à deux blocs du siège de la fondation, le trajet ne dura pas plus de dix minutes. Toujours très galant, John sortit en premier du taxi afin d'aider Maya à descendre en lui tenant la portière.

En pénétrant dans l'établissement, l'agent fut aussitôt charmé par l'endroit. Il ressemblait aux bars qu'il fréquentait durant sa jeunesse lorsqu'il était dans l'armée. La décoration typique, faite de bois sombres, de moulures en cuivre, d'une épaisse moquette où les chaussures s'enfonçaient et la musique rock venant d'un Jukebox rendait le lieu chaleureux et convivial. Maya qui se dirigea directement vers le comptoir pour saluer la patronne d'une accolade chaleureusement.

-Cassie !

-Maya ! Qu'est-ce qui t'amènes ici en plein milieu de la matinée ? demanda une petite dame potelée d'une cinquantaine d'années, les cheveux grisonnants et un sourire franc aux lèvres.

-Nous fêtons la conclusion d'une affaire, répondit la jeune femme sans réaliser le double sens de sa réponse.

-Je vois ça, murmura la dame, en braquant un regard appréciateur sur John qui se tenait derrière Maya.

La directrice de communication rougit violemment avant de bredouiller :

-Non, non, il s'agit de fêter la signature d'un contrat. Je vous présente John Rooney, mon nouvel associé.

-Enchantée, je m'appelle Cassandre mais tout le monde m'appelle Cassie. Bienvenu dans mon humble établissement, s'exclama jovialement la dame avec un geste grandiloquent pour désigner son bar.

La remarque ironique n'échappa pas à John tandis qu'il serrait la main de la patronne. A l'évidence, Cassie devait trouver incongrue la présence d'un gestionnaire d'actifs au costume hors de prix dans son modeste pub.

-Appelez-moi John, répondit simplement l'agent, un léger sourire en coin pour bien faire comprendre à la dame qu'il n'était pas dupe de sa remarque.

-Que puis-je vous servir, John ?

-Un Whisky, s'il vous plait, répondit John.

-Un GinTonic, enchaîna Maya en entraînant John dans le coin opposé du pub à la recherche d'une table.

A cette heure de la journée, les clients ne se bousculaient pas dans l'établissement et Maya avait l'embarras du choix. Elle jeta son dévolu sur une petite table à l'écart, à l'abri des oreilles indiscrètes de Cassie mais à côté de la rue pour se donner contenance en cas de blanc dans la conversation. John ne put s'empêcher de sourire en comprenant la manœuvre de la jeune femme. Il la laissa s'installer sur la banquette en cuir puis s'installa en face d'elle. Ils attendirent, dans un silence embarrassé, que la patronne leur serve la commande. Alors que Miss Flores gardait pudiquement les yeux baissés sur son verre, John l'observait sans détour, cherchant à mieux cerner sa curieuse voisine. Finalement, il se décida à entamer la conversation par une entrée en matière d'une banalité à pleurer.

-C'est un charmant endroit. Vous y allez souvent ?

-Presque tous les week ends avec mes amis, l'ambiance est très sympa.

Pendant quelques minutes, John questionna la demoiselle sur ses loisirs, ses sorties, ses centres d'intérêt comme n'importe quel homme désireux de mieux connaître une femme à un premier rendez-vous. Cette conversation sans importance lui permettait de détendre l'atmosphère et surtout de gagner la confiance de la jeune femme. De plus, l'agent avait déjà remarqué que Maya supportait relativement mal l'alcool et qu'elle devenait de plus en plus bavarde à mesure que le niveau de son verre baissait. Il attendit donc patiemment que son Gin Tonic soit presque terminé avant de poser des questions nettement plus orientées.

-Je comprends que vous ayez besoin de décompresser. Nous avons tous les deux des emplois extrêmement stressants.

La tête posée dans le creux de sa main, les yeux perdus dans la contemplation de la ville, la jeune femme acquiesça tristement avant de porter une nouvelle fois son verre à ses lèvres. John l'imita avant de reprendre.

-Je n'ai pu m'empêcher de remarquer la tension entre Mrs Astor et son fils. Vos paroles m'ont beaucoup troublé et je n'arrive pas à comprendre comment une mère peut être aussi distante avec son fils.

Maya se raidit en entendant le nom de sa patronne. Ses yeux se voilèrent de tristesse alors qu'elle reposait son verre doucement. Elle hésita avant de répondre, cherchant soigneusement ses mots.

-Disons que les enfants ne correspondent pas toujours à l'idéal que s'en font les parents.

John fronça les sourcils, ayant du mal à décoder cette remarque sibylline. Il lui était désormais clair que la clé de l'énigme tournait autour des relations entre la mère et le fils. Mais il ne savait pas encore d'où venait le danger ni quel en était le motif. Il devait donc creuser de ce côté.

-A ce propos, je l'ai vu sortir de l'immeuble juste après nous avec mon patron, hasarda John, cherchant à en savoir plus sur l'héritier mais aussi à satisfaire sa curiosité teintée de jalousie.

Maya redressa la tête, son visage expressif témoignant d'une réelle joie.

-Vraiment ?

-Cela à l'air de vous enchanter, commenta le jeune homme, hésitant entre réjouir ou craindre le motif de cet enthousiaste.

Consciente d'en avoir trop dit, la jeune femme baissa rapidement les yeux, jouant nerveusement avec son verre désormais vide. John décida de l'encourager à en dire d'avantage. Il posa sa main sur celle de la jeune femme et se pencha vers elle.

-Maya, commença-t-il d'un ton rassurant, vous en avez trop dit ou pas assez.

La principale intéressée releva lentement les yeux, hésita un instant avant de se pencher à son tour, les yeux brillants d'excitation.

-Vous savez garder un secret ?

-J'ai toujours été bon à cela, répondit John avec un léger sourire en repensant à toutes les missions secrètes qu'il avait dû effectuer pour la CIA.

Maya évalua pendant quelques secondes la réponse de Reese, pesant mentalement le pour et le contre, puis elle se lança :

-Sébastian apprécie énormément votre patron.

Satisfaite, la jeune femme se repencha contre le dossier en cuir, observant l'effet de sa confidence sur le visage de son compagnon. John fronça les sourcils, pas sûr de bien comprendre.

-Mon patron est quelqu'un d'exceptionnel, beaucoup de gens l'apprécie…

-Non, vous n'avez pas compris. Sébastian apprécie vraiment beaucoup Mr Wren… répéta la demoiselle avec un regard lourd de sous-entendus, insistant particulièrement sur les mots « apprécie vraiment beaucoup ».

John écarquilla les yeux de surprise. Il ouvrit la bouche puis la referma sans avoir pu sortir un seul mot. Il comprenait maintenant mieux l'attitude du jeune homme lorsque Finch était à ses côtés : ses yeux baissés, ses joues rouges d'embarras, son mutisme… Pourtant quelque chose clochait, son partenaire lui avait dit que Sébastian avait été marié et qu'il était père.

- Pourtant, Sébastian a été marié il me semble, demanda-t-il innocemment, très curieux de connaître l'explication de Maya

-C'est exact mais il s'agissait d'un mariage arrangé par deux grandes familles dans le but de réunir leur patrimoine. En réalité, Sébastian n'a jamais été amoureux de Lucie, même s'il avait pour elle beaucoup d'affection.

-Elle ne s'est jamais rendu compte de rien ?

John sentit que la jeune femme hésitait à pousser encore plus loin les révélations. Mais l'agent savait qu'il tenait là sans doute l'explication de toute l'affaire. Il encouragea subtilement Maya à poursuivre ses confidences en exerçant une légère pression sur la main de la demoiselle. Elle soupira un instant puis se lança :

-Si, elle s'est aperçu des penchants de Sébastian juste après la naissance de leur fille, elle s'apprêtait d'ailleurs à demander le divorce lorsqu'elle a eut ce terrible accident.

John commençait à reconstituer le puzzle de l'affaire. Tout lui semblait plus clair : la demande de divorce aux torts exclusifs de Sébastian retrouvée dans la voiture ayant coûté la vie à Lucie; et dans un monde où les apparences comptaient plus que tout, Caroline n'acceptait pas l'homosexualité de son fils unique, le dernier héritier de la dynastie Astor, d'où sa froideur. Toutefois, des zones d'ombres persistaient. Qui avait censuré la demande de divorce et pourquoi ? Quel rôle pouvait jouer Caroline Astor dans toute cette histoire ?

Voyant que son compagnon gardait le silence, Maya reprit avec un regain d'enthousiasme :

-Je connais Sébastian depuis plusieurs années déjà. Il est plus qu'un simple collègue de travail, il est devenu mon meilleur ami. Je l'encourage à vivre comme il l'entend sans se soucier du regard des autres et de sa mère en particulier. Je suis ravie qu'il se soit enfin décidé à suivre mes conseils en invitant votre patron à sortir.

Cette tirade très spontanée fit l'effet d'une douche froide à John. Tellement absorbé par les différentes hypothèses échafaudées au regard de ces nouveaux éléments, Reese en avait presque oublié que Finch était seul, avec Sébastian Astor. Une angoisse sourde l'envahit doublée d'une violente jalousie en imaginant l'héritier tenter de séduire son patron. Des images des deux hommes troublantes de réalisme défilèrent dans son esprit au point que l'agent serra son verre vide de toutes ses forces pour garder son self-control. Mais la jalousie, comme un poison, le rongeait de l'intérieur. Les questions comme les doutes le submergeaient comme un raz-de-marée. Et si Sébastian se montrait trop entreprenant ? Et si Finch n'était pas insensible à ses avances ? Et si… ?

John avait la désagréable impression d'être totalement impuissant. A trop hésiter, il risquait de voir Finch lui échapper, séduit par quelqu'un de plus courageux, qui avait eut l'honnêteté de dévoiler ses sentiments…avant lui ! Malgré la gorge serrée par l'émotion, il réussit à demander à sa voisine :

-Et vous savez où ils ont bien pu aller ?

Maya réfléchit de trop longues secondes au goût de l'agent, avant de répondre :

-Il n'y a qu'un seul endroit où Sébastian se sente bien, il s'agit d'un lieu à Crotona, dans le Sud du Bronx, juste en face de Tremont Park.

A l'évocation de ce quartier, John se raidit. Il s'agissait d'un des endroits les plus pauvres et les plus dangereux de New York. Après la jalousie, l'agent ressentit une peur intense et incontrôlable. Pourquoi l'héritier d'une des plus grosses fortunes du pays avait-il entraîné Finch dans cet endroit des plus mal famés ? A peine Maya eut-elle fini sa phrase que John se leva brutalement, faisant basculer la chaise qui tomba au sol, dans un bruit étouffé par l'épaisse moquette. La jeune femme lui jeta un regard surpris, étonnée de voir le, d'ordinaire si calme gestionnaire d'actifs, perdre son sang froid.

-Je dois vous laisser, annonça John avant de tourner les talons sous les yeux médusés de la jeune femme.