Et le lendemain d'Halloween, Kalincka posta un nouveau chapitre. Elle est pas belle la vie ? :D
Plus sérieusement, je suis trop heureuse d'arriver à garder un rythme "stable". Et puis, pendant ces vacances, j'ai été énormément productive, BREF, c'est très la joie.

Sinon, je tiens à m'excuser à ceux dont les reviews n'ont pas eu de retour : en effet, le recueil d'Halloween de cette année m'a pris énormément de temps niveau réponses à envoyer, et comme je vous l'ai dit plus tôt, j'ai passé beaucoup de temps à écrire plus qu'à répondre. Siffly, Elou, Kiralyne, un gros désolé de ma part, je vous réponds dès que je peux, mais sachez que vos pavés me touchent à chaque fois beaucoup trop.

Deuxième point important, et dont il fallait que je fasse mention dans mes nda avant que ma tête de linotte n'oublie : vous connaissez la web-série "Le Visiteur du Futur" ? Si non, allez mater ça, si vous aimez cette fanfic et que vous souhaitez en saisir toutes les nuances. Vraiment. Pour mes yeux de lapine émue et fragile. 0:3

Disclaimer : Les vidéastes cités ne m'appartiennent pas, et la couverture de cette fanfiction est la propriété de Nanishimie. Seule Anne (OC) m'appartient, si je puis dire.

Ceci est jusqu'à présent le chapitre le plus long de LPDCN, donc enjoy, mes lapins.


Chapitre 11 | Les Greniers

Alors que tout l'équipage entrait en effervescence face à cette nouvelle, Antoine, en bon capitaine mature, se précipita à la proue, comme si le fait de grimper sur le faucon de bois lui permettrait d'y voir d'avantage. Impatient et fou de joie, le pirate au tricorne s'exclama d'une voix d'enfant :

— On est à Nantes ! Nantes ! TEEEEEEEEEEERRE ! hurla-t-il en dégainant son sabre énergiquement.

— Techniquement, nous sommes à Saint-Nazaire, déclara nonchalamment Bruce en croisant les bras. Nantes est un peu plus loin dans l'embouchure du fleuve.

Derrière lui, Bob avait eu le même réflexe que son capitaine, et faillit trébucher dans sa précipitation en s'accoudant au parapet :

— LA TERRE !

Mathieu ne bougea pas et observa la scène, ne songeant même pas à annoncer le résultat de la partie aux autres. Il croisa le regard de François, qui avait lui aussi remarqué le dé gagnant, et le vit esquisser un petit sourire avant de rejoindre les autres à l'avant du navire tout en haussant les épaules. Déjà, une masse compacte se pressait, et des cris excités fusaient de tous côtés.

Antoine, debout sur la figure de proue, ne semblait nullement inquiété par le fait qu'il puisse tomber ; il gardait les yeux fixés sur le petit point de terre, une étincelle faisant briller son regard. À sa droite, tout aussi penché sur la destination, le pyromane du bateau affichait un grand sourire, le vent faisant légèrement claquer sa veste rouge. À bâbord, Charlie s'était assise sur le parapet, regardant au loin, accompagnée de Ginger qui laissa un timide sourire fleurir sur ses lèvres à son tour, gagnée par l'enthousiasme général. Yéyé et Victor, ayant mis plus de temps que les autres pour gagner la proue dû à leur position, eurent l'intelligence de grimper sur les haubans pour eux aussi jeter un regard vers le port. Kriss restait à la vigie, mais Mathieu était sûr qu'un rictus déformait ses traits, sûrement parce qu'il était le mieux placer pour discerner leur destination ; et il fut ébloui l'espace d'un instant par Durendal, fièrement brandie par son propriétaire dont les lunettes étaient de travers. Nyo sauta lestement à terre pour les rejoindre. Benjamin et Léo se donnèrent une tape sur l'épaule, satisfaits, et Bruce se tint en retrait, roulant des yeux face à l'insouciance de son capitaine qui pouvait finir à l'eau en moins de deux.

Links sortit avec précipitation de la trappe, sûrement parce qu'il avait vu les quais depuis les coupoles en verre du faucon, et le changeur d'âme nota l'absence du petit volatile sur son épaule. Les yeux écarquillés, le cartographe était sur le qui-vive, et il s'empressa de hurler pour attirer l'attention :

— JETEZ L'ANCRE, PAUVRES FOUS !

Soudain, le silence tomba sur la troupe ; tous se retournèrent vers lui, Antoine restant figé dans une position triomphale, le sabre levé en haussant un sourcil par-dessus ses lunettes, bouche bée.

Mais le navigateur n'en resta pas là. Bras levés s'agitant dans tous les sens, il s'exprima d'une voix fébrile, et Mathieu, resté en retrait, aperçut un éclat anxieux dans ses prunelles :

— Vous êtes malades ?! Vous comptez accoster alors que la Marine est sûrement déjà rentrée à Bordeaux ? Vous croyez sincèrement que personne ne remarquera notre arrivée ?!

En un éclair, la compréhension se peignit sur tous les visages, et Charlie afficha une mine honteuse en se mordant la lèvre, comme si elle avait oublié une leçon importante. Antoine se détourna du port, sans descendre de la nuque du faucon, et abaissa lentement son sabre, de l'air d'un enfant sévèrement puni par sa mère.

— Aller, bougez-vous ! Le vent ne va pas s'arrêter pour nous, et à la vitesse où on va, on sera à quai d'ici quelques minutes !

Aussitôt, Yéyé et Victor grimpèrent plus haut sur leur filet, et s'installèrent sur l'une des vergues en entreprenant de remonter les voiles du mât de misaine ; bien vite, Benjamin et Léo vinrent leur prêter main forte, tandis que la plupart des autres se dirigeaient vers le mât principal. Ginger et Charlie furent les premières à atteindre le niveau de la vigie, avant d'être rejointes par Kriss. En dessous-d'elles, ce fut Tim et Bruce qui s'y attelèrent, Bob étant trop blessé pour s'en occuper et François donnant un coup de pelle à l'arrière du crâne de son capitaine – descendu entre-temps de son perchoir – qui s'exclama bruyamment :

— AÏE ! François, pourquoi tu me frappes ?

— Parce qu'en tant que capitaine, t'es censé connaître la marche à suivre !

— Et pourquoi t'en donnes pas un à Bob ?

— Parce qu'il est blessé.

Le pirate en chef prit un air outré :

— Et alors ? C'est à la tête que tu m'as tapé !

— Justement.

N'ayant pas vraiment suivi l'échange, Bob fit une drôle de tête, mais fut coupé par Links qui s'approcha d'Antoine, les yeux levés si fort au ciel qu'ils disparaissaient presque sous ses paupières.

— Antoine, tu me désespère. Tu penses vraiment que la Marine n'a pas fait circuler l'information depuis tant de jours ?!

— Si on n'a même plus le droit de se réjouir un peu... fit le capitaine en faisant la moue.

— Hors de question d'accoster parmi tous ces gens. On devra y aller en petit comité, insista Links en croisant les bras.

François délogea sa pelle de son épaule pour la poser sur le pont, s'accoudant sur le manche. Ses yeux perçants se perdirent à l'horizon, et il ne fit bientôt plus attention à ses trois confrères autour de lui. Mathieu se rapprocha du petit groupe, et Antoine le prit aussitôt à part en lui passant un bras autour des épaules :

— Dans ce cas-là, Math' vient avec moi ! s'écria le pirate en levant à nouveau son sabre - manquant de faire tomber son tricorne.

Le changeur d'âme esquissa un léger sourire, contaminé par la bonne humeur de son capitaine. Links roula des yeux encore une fois :

— Si vous croyez que je vais laisser deux gamins comme vous dans les rues de Nantes, vous vous trompez lourdement. Je viens avec vous, c'est non-négociable.

Bob démarra au quart de tour :

— Moi je viens ! Moi je viens !

Son excitation palpable détendit toute l'assemblée, et François les observa du coin de l'œil en laissant pour la première fois un sourire apaisé étirer ses lèvres. Mi-figue, mi-raisin, le cartographe se tourna vers lui :

— Tu veilleras sur les autres, hein ?

Le Fossoyeur hocha la tête :

— Faudra bien quelqu'un pour le faire.

Links parut soulagé ; soudainement, Victor et Yéyé, ayant fini de remonter les voiles, atterrirent souplement à leurs côtés. En une fraction de seconde, le pelletier perdit son air calme pour fermer son visage. L'ancien condamné l'ignora royalement, mais Mathieu vit ses muscles se tendre alors qu'il demandait :

— Alors, si j'ai bien pigé, on n'accoste pas tous ?

— Pour ne pas éveiller les soupçons, oui, répondit Links qui ne savait pas vraiment comment présenter la chose à son acolyte.

L'autre sembla réfléchir pendant quelques secondes, avant de continuer sa requête :

— J'aimerais bien me dégourdir les jambes. J'ai l'impression de tourner en rond ici.

Le changeur d'âme crut voir François lever les yeux au ciel et marmonner quelque chose, mais le Fossoyeur s'était détourné pour rejoindre Tim sous le mât de misaine. Le pirate aux multiples colts échangea un regard avec Yéyé, comme pour s'excuser de partir sans lui, mais le musicien lui répondit par un sourire compréhensif sous son chapeau de paille. Mathieu pencha la tête, pas sûr de savoir comment le voyage se déroulerait ; mais alors que plusieurs angoisses commençaient à ressurgir dans sa tête, il entendit une voix clore le débat d'un ton sans appel :

— Rien qu'avec chacun d'entre vous, on attire dix Marines dans les environs. Ma hache ne sera pas de trop pour vous tenir en place, déclara Ginger en haussant un sourcil.

La dernière recrue ne l'avait même pas entendue descendre des voiles, et en jetant un coup d'œil à celles-ci, il constata qu'elles avaient rapidement été relevées. Surpris par l'efficacité de l'équipage, il détourna le regard lorsqu'un bruit sourd retentit dans le vestibule menant aux cabines.

La porte était ouverte, et il voyait Bruce de dos, semblant tirer quelque chose de massif. Derrière lui, Mathieu reconnut la voix de Nyo, accompagnée de celle de Charlie, et il comprit de quoi il s'agissait quand il aperçut la proue d'une barque dépassant du seuil de la pièce. Plusieurs pirates s'étaient mis à la pousser hors du vestibule, et quand cette tâche fut accomplie, le changeur d'âme observa le canot sans dire un mot.

Il comprit soudainement que les caisses qu'il croyait recouvertes d'un linge blanc étaient en réalité un esquif assez grand, du moins assez pour que les six personnes du voyage y prennent place. À l'intérieur du bois creusé, deux rames reposaient paisiblement, attendant probablement une utilisation future, et il vit Nyo passer deux cordes dans les anneaux destinés à accueillir les pagaies, avant de les nouer autour de ceux-ci. Interloqué, il ne comprit de quoi il s'agissait qu'en voyant Léo et Benjamin tirer péniblement sur un cordage de l'autre côté des vergues, et lentement, la barque se hissa dans les airs grâce au système de poulie.

Bien vite, Victor et d'autres à la force imposante vinrent aider à soulever leur embarcation, tandis que Links, Bruce, Antoine et lui-même aidèrent à manœuvrer l'engin jusqu'au-dessus de la mer sous le regard attentif de Bob, ne pouvant pas bouger à cause de son bras.

Mathieu se questionna pendant un moment en voyant le canot flottant dans le vide, suspendu par deux cordes auxquelles Victor, Benjamin, Léo, Ginger et Charlie s'accrochaient de toutes leurs forces pour faire contrepoids. Qu'allaient-ils faire ? Le lâcher dans l'océan s'avérait risqué : l'embarcation pouvait se retourner sur elle-même, ou pire, se faire emporter dans les flots sans ménagement par le courant.

Il resta sans bouger sur le pont, ne sachant pas quoi faire, avant de se glacer d'effroi en voyant Bob poser un pied sur le parapet pour y prendre appui et s'installer dans la barque. Des gémissements d'effort leur parvinrent de la part de presque tout l'équipage quasiment suspendu à ces cordages, et il mit un temps avant de réaliser qu'Antoine le prenait par l'épaule pour le faire monter à son tour.

Le changeur d'âme ne sut pas vraiment comment, mais il se retrouva assis aux côtés de son capitaine, à plusieurs pieds au-dessus du vide, subissant le lent roulis du canot flottant dans les airs et le léger bruit des vagues frappant la coque. Avant même qu'il n'ait le temps de réaliser, il vit Links monter à son tour, pesant un peu plus dans la barque, et une angoisse sourde monta de ses entrailles quand il entendit des cris pressés retentir sur le pont.

À peine Mathieu saisit ce qui allait se passer, qu'il vit Ginger et Victor lâcher leur portion de corde pour s'élancer vers l'esquif à toute vitesse, et qu'au moment où les deux pirates montaient à bord, les autres lâchèrent violemment leurs prises.

Il eut l'impression que son cœur ne suivait pas son corps, qui descendit en flèche avec les autres ; dans la précipitation, il s'était accroché de toutes ses forces – et avec grand courage – à l'épaule d'Antoine, en hurlant de concert avec son capitaine qui cria dans toute sa splendeur :

— YOLOOOOOOOOOOOOOOO !

Le jeune homme sentit le vent siffler à ses oreilles pendant les quelques secondes les plus horribles de sa vie ; il distingua vaguement Bob, qui s'était accroché de son bras valide au rebord de la barque, ainsi que Links qui lâcha un hurlement strident, surpris par la rapidité de leur chute. Pendant un moment, il crut que Ginger et Victor étaient passés par-dessus bord, mais il n'eut pas le temps de vérifier sa théorie : ils s'écrasèrent sur l'eau dans un immense SPLASH sonore, et des gerbes d'eau salée lui retombèrent sur le visage.

Il s'ébroua comme un chien mouillé, encore tremblant de leur descente trop forte en émotion, tandis qu'à sa gauche, Antoine riait aux éclats – il ne sut pas vraiment si les perles d'eau salée aux coins de ses yeux appartenaient à la mer ou non. Il vit Bob afficher lui aussi un grand sourire, et Links paraissait livide, son visage prenant une légère teinte verdâtre.

— AHAHAHA ! C'était génial ! déclara le capitaine en se tenant les côtes. T'aurais dû voir ta tête, Math', c'était à mourir de rire !

Le changeur d'âme n'en fut pas vexé, trop occupé à calmer son rythme cardiaque malmené par l'angoisse étouffante qu'il avait ressentie. Il chercha Ginger du regard, et découvrit la pirate, assise derrière Bob et Links, replaçant quelques mèches de cheveux derrière ses oreilles, tandis que Victor…

Mathieu entendit le rire d'Antoine redoubler d'intensité en voyant le visage du pirate aux colts. Celui-ci avait reçu la vague de plein fouet lors de leur atterrissage, et ses cheveux auparavant dressés sur sa tête dégoulinaient d'eau de mer, ce qui le faisait ressembler à un animal trempé. Son rictus avait disparu, et ses poings s'étaient serrés de rage, tandis qu'il secouait vainement sa tête pour chasser l'humidité, mais ne faisant qu'empirer le résultat.

Malgré le regard noir qu'il leur lança entre les mèches noires qui lui tombaient sur les yeux, Mathieu sentit un irrépressible fou-rire faire tressailler ses épaules, et il se mordit la lèvre pour ne pas se trahir ; mais Antoine ne put s'empêcher de faire éclater son hilarité, se roulant presque par terre, alors que Links penchait la tête par-dessus bord en émettant un bruit peu ragoûtant.

— Ça va, en bas ?

Ils levèrent tous la tête vers le Vol-au-Vent, d'où étaient perchés les autres qui les regardaient avec un air soucieux. Bob brandit un pouce levé, sans se départir de son sourire :

— Tout va bien !

Mathieu chercha un moyen de se débarrasser de son fou-rire, et passa en revue les visages de l'équipage, penché sur le parapet au-dessus d'eux, mais ce fut peine perdue. Il vit François esquisser un rictus moqueur en dirigeant son regard vers Victor, donc la tête relevée donnait une allure encore plus hilarante à sa coupe de cheveux ; ce détail fut bien vite remarqué par Nyo qui éclata de rire à son tour :

— Eh Vic', ça va, pas trop mouillé ?

La boutade déclencha une hilarité générale sur le pont, faisant rager Victor qui les fusilla du regard – surtout François qui pour la première fois démontrait un signe de joie en compagnie de son rival. Mathieu les rejoignit bien vite, appuyé sur l'épaule de son capitaine qui faillit se jeter à la mer à force de rire. Ginger, malgré son amusement facilement détectable sur son visage, donna une tape amicale à son camarade situé à sa gauche afin de le réconforter, avant de déclarer d'une voix forte :

— Bon, faites passer les rames. On ne va pas rester plantés là, non ?

Links hocha la tête pour l'approuver, tentant de recouvrer un peu de couleurs sur son visage blanc, et sortit l'une des pagaies situées sous ses pieds pour la faire passer à la pirate derrière lui. Il dénoua alors les cordages encore accrochés aux arceaux destinés à servir de point d'ancrage pour les palmes de bois, et les rangea sous son siège, pour sortir sa propre rame. Bob, à sa gauche, ne pouvant pas pagayer, laissa sa place à Ginger pour rejoindre Victor à la proue, et quand ils furent prêt à partir, Antoine lança un cri d'au-revoir en agitant le bras.

L'équipage leur répondit à son tour, hurlant des « À bientôt ! », « N'oubliez pas de ramener du matériel ! », et autres « Soyez prudents ! » qui firent sourire Mathieu. À la manière d'une petite famille veillant sur les autres, ces adieux étaient touchants.

Il capta même un regard entre Antoine et François, comme si le capitaine déléguait silencieusement ses responsabilités sur le pelletier, qui hocha la tête d'un air compréhensif, d'un air de dire « Tout ira bien ».


Ils remontèrent la Loire le long du port de Saint-Nazaire, échangeant de temps à autre les postes des rameurs, tout en suivant les directives de Links. Ils passaient entre diverses embarcations, se faisant toujours discrets – malgré les piques incessantes d'Antoine envers Victor concernant sa coupe de cheveux – quand, au bout d'une heure, les quais de Nantes s'ouvrirent à eux.

Le port était calme. Cette après-midi, les gens n'étaient apparemment pas nombreux à errer sur les quais, et personne ne leur demanda des papiers quand ils attachèrent les amarres. Les multitudes de bateaux entassés sur plus d'un kilomètre les aidaient sûrement à passer inaperçu, avec leur simple barque ancrée entre deux énormes caravelles, formant un tableau comique vu de l'extérieur. Au loin, et contrastant avec le port où régnait une atmosphère paisible, la cité semblait en effervescence.

Links avait repris des couleurs durant leur traversé, pagayant en rythme avec Ginger, et ce fut le premier à poser pied à terre. Le cartographe jeta un coup d'œil aux alentours afin de s'assurer qu'aucun badaud ne les observait, avant de se retourner et tendre la main à Bob pour l'aider à se lever. Le pyromane accepta cette aide avec bonne joie, et fit quelques pas sur les quais afin de se dégourdir les jambes ; pendant ce temps, Victor tenta de remettre de l'ordre dans ses cheveux dissidents, sans succès, et formula quelques grommellements en posant un pied au dehors de l'embarcation. Mathieu fut le dernier à sentir le sol sous ses pas, après son capitaine qui lança un regard en direction de l'horizon – le Vol-au-Vent n'était toujours pas en vue, à son grand soulagement.

Les immeubles bordant le port était accolés les uns aux autres, leurs façades bordées de balcons dégageant un portrait charmant ; Mathieu observa un instant les rares passants qui se promenaient sur la berge, au bord de la Loire.

Il y avait un passant à l'allure digne, au grand chapeau haut-de-forme, qui marchait d'un air calme et triomphant sur les pavés, comme s'il avait remonté une avenue prestigieuse. Les mains dans le dos, le torse bombé, le brave homme regardait parfois une montre qu'il sortait de sa poche avant d'agiter d'une moue contrite sa moustache en jetant un regard autour de lui. Visiblement, il attendait quelqu'un.

Une grosse femme aux joues rouges poussait difficilement une charrette remplie de poissons, débordant de toute part à en faire craquer le bois humide ; sa robe de poissonnière était légèrement tâchée, et son bonnet retenant ses cheveux blonds décoiffés semblait prêt à se casser. Sa démarche était lente, pesante, et le changeur d'âme sentit une compassion l'étreindre à cette vue.

Plus loin, presque au bout des amarrages, des gamins s'amusait à se lancer une balle, jouant à faire rebondir cette dernière sur les bittes d'amarrage ; l'un d'eux fit tomber sa gavroche en se penchant au-dessus de l'eau, et ses camarades se pressèrent pour l'aider à la récupérer, sous l'œil réprobateur du bourgeois faisant les cents pas en frisant sa moustache.

Mathieu ne détachait cependant pas les yeux de la bonne femme poussant sa charrette. Sans hésiter, il s'avança après avoir échangé un regard entendu avec Antoine, laissant les autres pirates discuter dans leur dos.

— Euh, excusez-moi ? demanda maladroitement le plus petit.

La dame leva soudainement la tête vers eux, et le changeur d'âme fut frappé par la lueur combattive au fond de son regard bleu délavé. Un sourire aimable naquit sur ses lèvres un peu desséchées, et elle répondit d'un ton affable :

— Oui ?

Antoine parla avant que Mathieu ne puisse faire le moindre commentaire :

— Désolés de vous interrompre madame, mais mon ami et moi vous avons vu en difficulté. Auriez-vous besoin d'aide ?

Le dit-ami jeta un drôle de regard à son capitaine. Jamais il ne l'avait entendu parler avec autant d'aisance et de politesse ; lui-même avait du mal à parler à des inconnus sans bégayer. Mais la grosse dame sembla charmée, un sourire éclairant subitement son visage marqué par les premières rides :

— Oh ! C'est bien aimable, mais je ne voudrais pas abuser de votre temps. De ce que je vois, vos camarades derrière me semblent assez pressés.

D'un signe de tête, elle désigna le reste de leur troupe encore près de leur barque, plongé en grande discussion au vu de l'air virulent sur le visage de Links et le ton ennuyé de Ginger. Victor sentit qu'ils étaient observés, et il leva le regard vers eux, surpris de les voir converser avec une étrangère – sa tête était presque comique, avec les mèches trempées lui tombant devant les yeux ; les trois autres suivirent son geste, et affichèrent la même expression étonnée. Antoine haussa les épaules en les observant, et se retourna vers la poissonnière avec un sourire éclatant :

— Ne vous inquiétez pas madame, c'est notre devoir d'aider des personnes en détresse. Et puis, ce chariot ne doit pas être si lourd qu'il en a l'air !

Sur cette phrase hautement optimiste, Antoine se saisit de l'un des manches servant à pousser la charrette, et Mathieu le suivit dans son geste. Bien vite, la dame les laissa faire avec un léger bruit d'appréhension quand elle lâcha le poids qu'elle portait sur leurs épaules.

Et Mathieu maudit Antoine pour son idée un peu trop salvatrice.

Il eut l'impression qu'une force surhumaine écrasait violemment son épaule, et sous la charge, il eut du mal à ne pas s'agenouiller, réussissant par un quelconque miracle à tenir sur ses deux pieds tremblants d'effort. À ses côtés, son capitaine n'en menait pas plus large : presque plié en deux, le chef des pirates du Cabaret Noir poussa des grognements de souffrance en tentant de garder le brancard en place sur son épaule. Le changeur d'âme pensa ironiquement à quel point il était pitoyable qu'une femme plus mûre qu'eux arrive à pousser sa brouette, alors qu'ils peinaient déjà pour tenir debout.

Dans un effort colossal, Antoine trouva la force de hurler à ses coéquipiers qui les observaient depuis le quai, un air confus sur leurs traits en les voyants suer eau et sang pour porter un chariot qui n'était pas le leur. Aussitôt, la troupe s'approcha, et Victor et Ginger vinrent chacun aider à porter un manche sous le regard un peu préoccupé de la dame qui avait mis une main sur sa bouche en les contemplant soulever la charge qui lui était destinée. Mathieu souffla, libéré d'un poids désormais bien plus acceptable, et remercia Ginger qui hocha la tête avec un demi-sourire crispé.

Victor se manifesta d'un ton nettement agacé derrière son capitaine qu'il aidait :

— Antoine, est-ce que tu peux m'expliquer au juste pourquoi on fait ça ? Non pas que ça me gêne, mais… Si, en fait, j'ai l'impression qu'on me broie l'épaule, alors ce serait sympa que tu m'en donnes la raison.

Mais le capitaine ignora superbement la remarque de son ami, et adressa un sourire fier à la bonne femme encadrée par Bob et Links – ce dernier grimaçait en les voyant pousser comme des forcenés, apparemment heureux de ne pas avoir à participer à cette tâche ingrate – tout en tentant de parler nonchalamment :

— Vous voyez ! Un jeu… D'enfant !

Il acheva péniblement sa phrase en replaçant la barre de bois sous ses épaules, et Links prit le relais en voyant son capitaine s'enfoncer de plus en plus :

— Où devons-nous vous conduire, madame ? s'adressa-t-il respectueusement en hochant la tête.

La poissonnière s'exclama maladroitement :

— Oh, vous savez, vous n'êtes pas obligés de faire ça, c'est mon travail ! Je me rendais juste au marché, ce n'est pas vraiment loin.

— Le marché ? répéta le navigateur en haussant un sourcil.

— Oui, ce n'est qu'à vingt minutes de marche, vers le centre-ville.

Mathieu entendit Ginger manquer de s'étouffer dans sa salive en entendant le temps qu'ils mettraient pour y parvenir, et Victor fit de même en chuchotant d'un air abasourdi :

Vingt minutes ?!

Mais Antoine ignora – encore une fois – leurs protestations muettes, et se réjouit presque de cette nouvelle d'une voix entrecoupée de respirations irrégulières :

— Vingt minutes ! Par… fait ! On n'y sera… En un rien de temps !

Le changeur d'âme jeta un coup d'œil impressionné à la bonne femme, surpris par l'information qu'elle venait de leur donner :

— Et vous faites ce trajet tous les jours ? demanda-t-il sans relâcher son effort.

Son interlocutrice lui sourit d'un air attendri par son étonnement :

— Je vis entourée de poissons depuis que je suis petite. N'ayez pas l'air si impressionné, c'est normal de pousser un chariot pour moi ; je tiens un petit commerce avec mon mari et nous ne vivons que de la pêche. Il faut bien travailler dur pour gagner son pain !

À sa droite, Mathieu vit Antoine froncer des sourcils, comme contrarié par cette information :

— Vous ne devriez pas souffrir autant pour récupérer de l'argent. Laissez-nous au moins vous escorter !

Et sur ce, le capitaine avança d'un pas, entraînant le reste de sa troupe dans une cadence qui se voulait énergique. Le changeur d'âme entendait Links et Bob converser avec la poissonnière, qui répondait bien heureuse à leurs questions, laissant parfois échapper un petit rire sous les remarques du pyromane qui lançait quelque blagues. Elle leur posa quelques questions, que ce soit sur le bras écharpé du pirate à la veste rouge, où de la raison de leur venue ici ; et bien que Links se montra aimable envers elle, il restait sur ses gardes dans ses réponses. Le cartographe prétendit qu'ils venaient retrouver de vieux amis après un long voyage, et que leur barque avait besoin d'être réparée – appuyé de temps à autre dans ses propos par Antoine haletant sous sa charge.

Mathieu alternait parfois l'épaule soutenant sa portion de brancard en accord avec Ginger, serpentant à travers les rues étroites des immeubles sous les directives quelques peu gênées de leur rencontre, qui s'en voulait de les faire travailler à sa place. Sur leur passage, les gens leur jetaient des regards surpris sans dire un mot et bientôt, un brouhaha se répandit au fur et à mesure qu'ils avançaient, contrastant avec le calme placide du port de Nantes – un instant, le pirate se demanda si le bourgeois à la moustache attendait toujours son rendez-vous.

À force de grognements de souffrance, d'épaules endolories et d'efforts conjugués, ils débouchèrent sur une vaste place où une foule dense émettait une riche cacophonie, les cris des marchands résonnant avec ceux des oiseaux qui volaient au-dessus de leur tête. Le chariot débordant de poissons se fraya un chemin sur quelques pas, et la bonne femme leur indiqua son commerce non loin ; quand ils se délestèrent finalement de leur poids, Mathieu sentit comme une délivrance divine soulager son épaules, et au vu des soupirs gratifiants de ses coéquipiers, il n'était pas le seul à être heureux de la fin de leur mission. Ginger s'étira tel un chat sortant de sa sieste, les cheveux légèrement en bataille, et Victor s'ébroua comme un chien, replaçant quelques mèches rebelles sur son crâne – mèches qui avaient fini par sécher sous le soleil encore un peu timide de mars. Antoine, pantelant, s'appuya un instant sur le rebord de la charrette, tentant tant bien que mal de garder un air digne en reprenant son souffle, tandis que le changeur d'âme massait son épaule endolorie avec une grimace.

Il vit la bonne femme s'approcher d'un homme au comptoir de la poissonnerie, aux cheveux grisonnant, à la salopette remontée et dont le sourire dévoilait quelques dents jaunies par le temps ; il leur jeta un coup d'œil, fit un signe de tête respectueux envers Bob qui lui rendit la pareille, avant de se concentrer sur un client potentiel lorgnant les étalages. La dame s'en retourna vers eux, un sourire illuminant son visage :

— Merci, merci beaucoup. Vous m'ôtez un grand poids des épaules !

Mathieu eut l'impression que la gratitude de la poissonnière lui faisait oublier toutes ses courbatures, et il remarqua l'air ému d'Antoine qui répondit, tout aussi enjoué :

— Ce n'est rien ! Content d'avoir pu aider !

Elle farfouilla un instant dans la poche de sa robe, l'air tout à coup préoccupé ; puis, dans un élan affectif, elle sortit une pièce en or de sa bourse, pour la tendre au capitaine dont les joues rouges s'empourprèrent légèrement :

— Oh… Non, désolé, ce n'est pas la peine.

— Prenez-là, jeune homme, insista la bonne femme en essayant de saisir la main d'Antoine. Ce n'est qu'un juste paiement pour ce que vous avez fait.

Mais le chef des pirates se déroba brusquement, l'air outré :

— Non non non ! Nous ne faisions ça que par plaisir, gardez votre argent !

Et celui-ci s'enfonça un peu plus dans la foule – bousculant quelques personnes au passage – pour se mettre hors d'atteinte de la poigne décidée de la dame qui s'apprêtait à lui faire presque accepter de force son cadeau. Étant le plus près, Mathieu fut alors pris à part, et la poissonnière lui enserra si fort le poignet qu'il n'osa pas bouger. Avec ferveur, il sentit la pièce être placée dans sa main, et un regard bleu délavé croisa le sien plus clair, accompagné d'une phrase :

— S'il vous plaît. Vous m'avez l'air d'être quelqu'un de bien, un peu plus raisonnable que votre ami. Je sais à quel point les temps sont durs, et la gentillesse est trop rare en ce monde pour qu'elle soit non récompensée. De plus, de frêles jeunes gens comme vous auront bien besoin d'un peu d'argent, pour réparer votre bateau.

En balbutiant, Mathieu hocha de la tête pour montrer qu'il acceptait la monnaie, et, soulagée, la bonne femme laissa un autre sourire éclairer ses traits. Le changeur d'âme, du coin de l'œil, vit Bob, Victor et Links partir à la recherche d'Antoine qui visiblement s'était perdu dans la foule. Seule Ginger restait avec lui, et une lueur attendrie brillait dans son regard ému.

— Merci. Si jamais vous repassez vers ici, mon nom est Anne.

— M-moi, c'est Mathieu, bredouilla le pirate qui ne sut pas trop comment réagir.

La dite-Anne laissa un silence passer, avant de continuer en le fixant avec une affection si sincère que Mathieu se sentit bouleversé :

— J'ai deux fils, moi aussi… Le plus grand est resté avec nous pour nous aider. Mais le cadet… Il est parti en mer comme tous les jeunes de votre âge, avec des rêves plein la tête. Quand je vous regarde, j'ai l'impression de le revoir. Vous avez la même étincelle au fond des yeux. Prenez soin de vous et de vos camarades, Mathieu.

Alors, il acquiesça d'un mouvement de tête, ne sachant pas quoi dire, et la bonne femme lui lâcha la main pour retourner à sa charrette et décharger sa marchandise. Le changeur d'âme resta sans bouger, les yeux dans le vide ; il avait le sentiment que la poigne d'Anne sur sa paume restait marquée au fer rouge, et que la petite pièce en or ne se détacherait pas de sa peau. En douceur, Ginger tapota son épaule, comme pour le sortir de sa torpeur – ce qu'il fit immédiatement.

L'ancienne Marine afficha un sourire compréhensif, et lança d'un ton encourageant :

— On devrait rejoindre les autres. Doués comme ils sont, ils ont sûrement réussi à se perdre à quatre.

— Sûrement… répondit-il, évasif.

Ses pensées se brouillaient, en proie à une réflexion intense sur cette simple poissonnière qui l'avait contemplé avec ce regard si chaleureux, ce regard qui ressemblait beaucoup à ceux que lui lançait Buscarron du temps où il séjournait dans le bar.

Puis, reprenant ses esprits, Mathieu suivit Ginger dans la foule du marché ; dans une bousculade colorée et diverse, il prit le temps de laisser errer ses yeux sur le décor, dans une inspection un peu plus poussée de la place Saint-Pierre. Trois artères débouchaient sur celle-ci, et les commerces se situaient en périphérie de l'esplanade sans gêner la circulation, malgré le fait que cette dernière était relativement petite. Au fond, une immense cathédrale encore en cours de construction se tenait fièrement, trois alcôves ornant sa face et chacune renfermant deux immenses battants de bois. Et…

Mathieu se raidit en voyant l'estrade en bois située devant la cathédrale. Sur celle-ci, un nœud coulant se balançait au-dessus d'une trappe, que l'on actionnait en baissant un levier au bas de la scène. La corde se balançait insouciamment au gré du vent soufflant sur la place, et le changeur d'âme fut frappé par cette image violente ; des enfants accompagnés de leurs parents passaient devant la machine d'exécution, comme si tout cela eût été normal, et personne ne semblait frappé par sa présence. Ginger lui serra l'épaule, sans rien dire, tandis que la foule les évitait pour continuer son chemin, et Mathieu lui fut reconnaissant pour cette marque de soutien muette.

Puis, du coin de l'œil, un éclair rouge vif le fit réagir, et il entraîna sa camarade vers la veste flamboyante de Bob qu'il avait aperçue au loin.

Le pyromane se tenait près d'un stand, accompagné de Links, Victor et Antoine – les deux autres pirates furent surpris de constater qu'ils ne s'étaient pas perdus – et se jeta presque dans les bras de l'un des commerçants, un homme aux cheveux bruns, aux lunettes à la chemise jaune parsemée de tâches étranges vertes. Le deuxième, un peu plus en retrait, avait les cheveux longs et noirs, une barbe de la même couleur, et échangea une poignée de main heureuse avec Links, un immense sourire barrant son visage. Mathieu et Ginger rejoignaient tout juste leurs coéquipiers que Bob étreignait avec force le deuxième commerçant, sous l'air ravi d'Antoine.

Le capitaine se tourna vers le changeur d'âme, un sourire resplendissant éclairant ses traits :

— Les gars, voici Mathieu, la toute dernière recrue !

Les deux hommes hochèrent la tête comme pour lui souhaiter la bienvenue, et le pirate leur rendit leur salut d'un ton un peu intimidé :

— Bonjour…

— Salut, moi, c'est Fred, lança le type à la chemise jaune.

— Et moi, c'est Seb, répondit l'autre en souriant toujours autant.

Mathieu se sentit un peu plus à l'aise en voyant leur air avenant, mais alors qu'il allait continuer, il fut coupé par Bob, aussi excité qu'une puce :

— Alors ! Les affaires marchent ?

— Boarf, les gens ne sont plus trop intéressés par les jeux, de nos jours. Et Fred fait fuir les gamins, répondit Seb en lorgnant son associé d'un ton de reproche.

— Je ne les fais pas fuir, rétorqua Fred en croisant les bras. Tu veux que je réagisse comment, quand ces morveux nous cassent les marchandises ? Il faut bien les engueuler, sinon, ils apprendront jamais la vie.

Mathieu, suivant la dispute d'une oreille discrète, leva les yeux vers le panneau de bois pendu au plafond du petit commerce. Dessus, gravé au burin et de manière un peu maladroite, on pouvait lire « Le Bazar du Grenier », en grosses lettres pour qu'on puisse les voir de loin. Il parcourut du regard les étalages : des babioles en tout genre s'entassaient, qu'il s'agisse de pièces de métal ou de machines en bois. Un cageot craquait presque sous la masse de livres à la reliure précieuse qui en débordaient, et au bout du stand, il aperçut différents jeux de plateau, notamment des échecs ou des dames.

— … Et donc, elle est allée pleurer dans les jupons de sa mère. Sale gosse, conclut Fred d'un ton bourru qui lui faisait penser à Victor dans ses moments de vexation.

Le dit-Victor intervint à son tour, d'un air un peu méfiant au vu de la foule passant près du stand :

— Au fait, vous ne sauriez pas si la Marine serait passée dans le coin, récemment ?

— Non, pas que je sache, dit Seb en échangeant un regard entendu avec son acolyte. Ici, tout est calme, enfin du moins pour n…

La phrase du commerçant mourut dans sa gorge, et son regard sembla vissé sur un point précis, obligeant les autres à le suivre pour comprendre ce qu'il se passait et répandant un silence lourd entre eux.

Mathieu eut l'impression de recevoir une ancre sur la tête.

Devant la cathédrale, la cohue se pressait autour de la place de l'exécution en chuchotant fébrilement. Sur cette dernière, des hommes en uniformes blanc et bleu montaient les marches de l'estrade en bois pour se ranger fièrement en ligne, leurs habits propres et limpides reflétant le soleil.

Et deux garçons apparurent alors sur la scène, poussés par deux autres soldats de la Marine, un canon pointé sur la tempe.