Encore une fois, merci à tous pour lire, suivre, commenter cette fanfiction. Merci en particulier à xQuelqu'une et nono-mimi. Mais que vous soyez discrets ou que vous vous manifestiez, cela me touche et me pousse à continuer. Je dois vous prévenir cependant : dans ce chapitre, un de mes personnages utilise une toxine contenue dans un poisson (le poisson Fugu). Sachez qu'il n'existe aucun antidote à cette toxine, et que le produit, tel que mon personnage l'utilise, est issu de mon imagination (débordante et sadique, je sais).

Vous allez être surpris à la fin de ce chapitre.

Mais comme dit Virginia Woolf, une écrivain que j'apprécie énormément : "Je voulais parler de la mort, mais la vie a fait irruption, comme d'habitude."

Bonne lecture et à bientôt !

Chapitre 10

Reid ouvrit péniblement les yeux.

Tout d'abord, le monde qui l'entourait se résuma en un flou artistique sombre, aux magnifiques reflets chocolat. Puis sa vision s'affina et il se rendit compte que le visage de Morgan était penché sur lui, attentif.

– Hey, dit-il doucement, comment va le playboy au bois dormant ?

Reid chassa les brumes de l'inconscience en clignant des yeux.

– Salut, Morgan, croassa-t-il.

Sa voix était rauque, sa gorge desséchée. Il grimaça. Son épaule l'élançait, et une douleur aigüe lui transperçait la jambe. Un léger vertige le prit alors qu'il se redressait.

Il entendit de l'eau bouillir, dans la pièce à côté. Une odeur alléchante de café chaud lui parvenait par effluves.

– Je peux en avoir ? demanda Reid en voyant Morgan porter une tasse fumante à ses lèvres.

– Même pas en rêve, pretty boy. Toi, tu auras de la soupe à la tomate.

Fran sortit de la petite kitchenette de l'infirmerie. Elle tenait un mug à la main et touillait une épaisse mixture écarlate à l'aide d'une cuillère.

– Ce sera toujours mieux que la décoction bizarre de Janis, affirma-t-elle.

Morgan confirma en faisant une drôle de grimace. Reid s'esclaffa.

– Te marre pas, grogna l'agent spécial, tu vas te faire mal.

Son coéquipier le regretta effectivement aussitôt quand les muscles de son épaule se mirent à protester avec indignation. La douleur se fit brusquement plus pénible.

– Je t'avais prévenu, ironisa Morgan.

Il tendit à son coéquipier un paquet de sucreries ouvert.

– Super ! s'exclama Reid en piochant dedans.

Morgan esquissa un sourire et s'adossa au mur, croisant les bras. Il leur résuma brièvement la conversation entre Hotchner et Petersen, et comment celui-ci avait obligé Medhi, Janis et Lin à tirer leur échappatoire à la courte paille – les deux premiers en étaient les « heureux partants », pour reprendre les paroles d'Andrew. Morgan ne parla pas de l'intérêt malsain que Petersen portait à Fran. L'agent spécial se méfiait – peut-être leur geôlier voulait-il garder un pion sous la main. Il doutait qu'elle fût de mèche, maintenant que Reid était, grâce à ses soins, hors de danger.

Fran, qui écoutait d'une oreille, tendit à Reid le mug fumant. La soupe lyophilisée lui paraissait incroyablement appétissante, face à la soupe à la grimace de Morgan. Il but à petites gorgées avec reconnaissance. La chaleur bienfaisante apaisa les brûlures de sa gorge et glissa jusque dans son estomac.

– Bizarre… réfléchit Fran à voix haute. Tu dis qu'il parlait de façon hachée, comme s'il cherchait ses mots. J'ai suivi peu de cours de Petersen, mais autant que je me souvienne, il fait plutôt des phrases alambiquées.

– Tendance schizophrène, conclut Reid en avalant une nouvelle bombe calorique.

– Toujours sur la défensive, poursuivit Morgan, donc paranoïaque. Et vu la façon dont la négociation a tourné tout à l'heure, mégalomane.

– Il faut trouver un moyen de communiquer avec Hotch et les autres, dit Reid.

– Comment ? soupira Morgan. Nos portables ont été confisqués, le seul téléphone disponible est sous bonne garde, et impossible de faire des signes par les fenêtres.

Les deux profilers avaient songé un bref instant à écrire un mot et le passer discrètement sous le nez de la caméra du hall. Ils savaient d'instinct que les doigts agiles de Garcia avaient déjà piraté le système de vidéosurveillance, et que rien n'échappait désormais à son œil acéré. Mais Fran et Morgan n'avaient trouvé ni papier ni crayons dans le petit local.

C'est alors qu'Andrew ouvrit violemment la porte de l'infirmerie.

– Assez de messes basses, cracha-t-il. Agent Morgan, dans le hall. Immédiatement.

Petersen ne voulait visiblement pas laisser trop longtemps les deux agents du FBI ensemble. Il s'appliquait sûrement à les empêcher d'organiser des stratégies, tout en considérant Fran comme une menace minime, voire nulle. Morgan ajouta mentalement « misogyne » et « sexiste » à leur analyse du suspect. La rouquine était l'infirmière, et Janis la pourvoyeuse de café.

– Quel succès, ironisa Morgan. Ton patron ne peut plus se passer de moi ?

Il tentait la provocation. Mais Andrew ricana et pointa le canon de son Beretta sur lui.

– Allez, dehors.

L'agent spécial obtempéra. Debout dans l'encadrement de la porte, Andrew le regarda s'éloigner, sans le suivre tout de suite. Il fredonnait quelque chose. Reid ne reconnut pas l'air. Les paroles, confuses au départ, lui parurent peu à peu plus compréhensibles, à mesure que Morgan s'éloignait.

« À six, la baiser,

À cinq, la brûler,

À quatre, l'écraser,

À trois, la noyer,

À deux, la tuer,

À un, l'enterrer. »

Tout en chantonnant ces paroles obscènes, Andrew ne quittait pas Fran des yeux.

oOo

La cohorte de journalistes qui se pressait le long du cordon de sécurité harcelait J.J. depuis plus de sept heures. Sept heures durant lesquelles les reporters se relayaient sans relâche pour lui réclamer des informations, pendant qu'elle-même luttait contre l'épuisement qui la gagnait.

– S'il vous plaît, laissez les unités d'intervention faire leur travail, répéta-t-elle une énième fois à un reporter qui tentait de forcer le cordon de sécurité.

La nuit était tombée tôt, en plus d'une brève averse de neige fondue. J.J. se sentait glacée jusqu'aux os.

Petersen avait finalement accepté de laisser partir un seul otage, arguant que la promesse de contrat d'ABC studios ne valait pas un clou, et qu'il attendait toujours celle de la maison d'édition. Hotchner avait fait couper l'électricité et le chauffage – le froid pouvait engourdir l'attention des occupants de l'immeuble. C'était risqué, notamment à cause des otages et de Reid, blessé, mais les membres de l'équipe n'avaient pas besoin de se concerter pour savoir qu'il était tenace, et qu'il tiendrait le temps qu'il faudrait. Les tandems du SWAT, installés tout autour du 451 College Street, prenaient leur mal en patience. Les micros paraboliques déployés par l'équipe d'intervention ne servaient à rien – Petersen était tellement paranoïaque que cela l'avait rendu malin : toutes les fenêtres étaient barricadées. Aucun son, aucune parole n'était assez fort à l'intérieur pour que l'on puisse capter quoi que ce soit. Prentiss et Rossi avaient été relayés à l'arrière du bâtiment et étaient revenus auprès de Hotchner. Garcia, en contact permanent avec eux, les tenait régulièrement au courant de ce qu'elle voyait sur la vidéosurveillance. Mais à part cela, ils n'avaient aucun moyen de savoir ce qu'il se passait à l'intérieur.

– Les preneurs d'otages n'ont pas besoin de publicité, rentrez chez vous, nous vous contacterons dès qu'il y aura du nouveau.

Les journalistes s'agitèrent soudain. J.J. se retourna ; l'otage n'allait pas tarder à sortir.

Deux agents du SWAT, équipés d'épais gilets pare-balles et de boucliers anti-émeutes, se mirent en première ligne, devant la porte. Prentiss et Rossi les suivaient de près, leur arme de service à la main, le visage fermé, concentré.

La tension était palpable. Les caméras étaient braquées sur le 451 College Street.

– Petersen ! appela Rossi d'une voix forte. Vous pouvez laisser sortir l'otage !

La porte s'ouvrit très lentement. Une jeune femme aux traits asiatiques, visiblement effrayée, apparut sur le seuil, les mains en l'air. Petersen se cachait dans son dos, le Glock braqué sur son crâne, la main agrippant fermement l'épaule de la femme.

– S'il vous plaît, sanglot-t-elle, ne tirez pas… s'il vous plaît, je ne veux pas mourir...

– Avancez tout doucement, la rassura Prentiss en tendant la main vers elle, ne craignez rien.

– C'est bon, Petersen, vous pouvez la lâcher, incita Rossi.

L'interpellé desserra son étreinte, mais garda le canon de son revolver pointé sur la femme. Celle-ci fit un pas en avant, pleurant toujours. Elle attrapa la main de Prentiss.

C'est alors que le laser rouge, jusque-là sur les cheveux bruns de l'otage et invisible aux yeux de Petersen, glissa sur le bois de la porte, puis l'aveugla. D'instinct, Petersen recula. Tout alla très vite ; des éclats de bois explosèrent dans une détonation sèche, projetant des échardes noirâtres vers son visage.

– Non ! cria Prentiss en tirant l'otage par la main.

– Cessez le feu ! Cessez le feu ! beugla l'un des agents du SWAT dans un micro accroché à son gilet pare-balles.

Petersen poussa un cri de rage et tira, sans même prendre le temps de viser, puis referma violemment la porte. La femme fut propulsée vers l'avant, et s'effondra dans les bras de Prentiss. Les agents du SWAT prirent une position de défense autour d'elles, boucliers pointés vers le bâtiment, tous leurs sens en alerte.

Rossi s'agenouilla à côté de sa coéquipière. Il posa deux doigts sur la nuque ensanglantée de l'otage.

– Elle est morte, annonça-t-il.

oOo

Petersen était dans un état de rage indescriptible. Comme un lion en cage, tremblant de façon incoercible, il attrapa une chaise d'une main et la fracassa sur le sol. Janis et Medhi se réfugièrent dans un coin du hall, effrayés. Andrew, les mains levées en signe d'apaisement, tenta de le calmer.

– Ta gueule ! aboya-t-il en guise de réponse.

Morgan fulminait. L'otage était morte bêtement, par la faute d'un sniper qui avait cru avoir un angle de tir. Mais que se serait-il passé si Petersen avait été tué ? Andrew était peut-être manipulé, mais c'était un paramètre non négligeable ; il était encore plus instable que son maître. De plus, Lin aurait pu révéler des choses à ses collègues, dehors. Maintenant, aucune négociation ne serait plus possible. Petersen refuserait d'écouter Hotchner – Morgan se doutait que son patron devait être en train de passer un savon mémorable au duo sniper-spotter qui avait enfreint les ordres. Mais c'était une bien maigre consolation – une vie avait été gâchée dans l'opération...

– Ils ont pas voulu m'écouter ? grogna Petersen. Je vais leur faire voir...

Un drôle de sourire éclaira son visage.

– Un agent et un boulet. Ils vont voir...

Morgan comprit aussitôt où il voulait en venir. Il s'interposa alors que Petersen s'avançait vers le couloir de l'infirmerie.

– Non, Petersen, tenta-t-il, vous ne pouvez pas faire ça.

– Je vais me gêner ! tempêta l'autre. Je vais leur rendre la monnaie de leur pièce. Ils ont tenté de me buter !

Petersen en postillonnait de rage. Ses paroles étaient incohérentes. Andrew feinta Morgan et plongea vers le couloir, son Beretta à la main.

– Je vais le faire pour vous, professeur !

– Non !

Morgan agrippa Andrew par le bras, mais le gamin lui glissa des doigts comme une anguille. C'était Petersen qui le retenait à présent. Sa recrue fonça vers la porte et l'ouvrit d'un coup de pied.

Il s'arrêta sur le seuil, son Beretta devant lui.

Tout d'abord, l'incompréhension sembla figer ses traits. Yeux écarquillés, bouche ouverte, il fixa l'intérieur de la pièce. Puis un petit rire secoua tout son corps. Morgan déglutit.

– Quoi, Andrew, quoi ? jappa Petersen.

Sa recrue entra dans l'infirmerie en ricanant. Il en ressortit, tenant fermement Fran par le bras. La jeune femme était blanche comme un linge. Elle tenait quelque chose à la main, quelque chose que Morgan ne distingua pas immédiatement.

– Pas besoin, professeur, chantonna Andrew. Elle l'a fait pour vous.

Andrew poussa Fran devant lui. Elle laissa échapper un petit glapissement de douleur alors qu'il la projetait dans le hall. Elle tomba sans douceur, son genou cognant durement les dalles froides. Ce qu'elle avait à la main roula de ses doigts.

Une seringue, et un petit flacon vide.

oOo

– Oh mon Dieu non, oh mon Dieu !

Garcia ne cessa de répéter son mantra, épouvantée et incrédule à la fois.

Son petit logiciel zooma malgré elle sur la petite fiole, immobilisée sur un interstice.

Fugu poison – tetrodotoxin.

Le dossier de l'infirmier du 451 College Street s'afficha aussitôt, sur un côté de l'écran. L'analyste ne put s'empêcher de lire, ne pouvant y croire. La toxine, à petites doses, était une drogue sans équivalent. À des doses plus importantes, elle entraînait paresthésies, paralysies, détresse respiratoire, puis la mort. L'infirmier s'en était procuré une fiole.

Garcia sanglota, de colère et de douleur.

Fran avait tué Reid.

oOo