Pearl : Je t'en prie, va secouer Sherlock pour le faire réagir, mais je ne suis pas sûre que ça marche, c'est qu'il est buté l'animal ;p Quant à Mary, moi je l'aime profondément. Elle n'est responsable de rien, ni dans la série, ni dans la fic, sinon d'être amoureuse de John, et s'il lui rend ses sentiments, elle serait bête de les refuser ! Moi je la comprends et je l'aime terriblement depuis toujours Et enfin concernant John, il n'est pas gay, et ses sentiments pour Sherlock sont flous : n'oublions pas qu'ils ont grandi ensemble, ils ont encore du mal à se percevoir l'un l'autre comme des adultes et non plus comme des enfants ! :) Un grand merci pour la review :)

Le Royaume de sa paume

Partie 3

Chapitre 11

Cette nuit-là, quand Sherlock rentra suffisamment tard pour avoir découragé John et être sûr d'être seul. Malheureusement, il eut la désagréable surprise de trouver quelqu'un sur son palier.

- Victor, salua-t-il froidement.

Le jeune homme avait clairement de l'argent. Beaucoup d'argent. Il venait d'une famille aisée, avait fait les meilleures écoles privées avant de réussir à intégrer UCL. Il était également intelligent, charismatique, avide et sans la moindre once de scrupule. Ce qui faisait de lui quelqu'un de dangereux, Sherlock le savait.

Cela ne l'avait pas empêché de faire affaire avec lui et Seb. Victor payait bien.

- Sherlock, répondit l'autre de son habituelle voix sucrée et traînante.

Si le jeune génie avait su avec certitude ce qu'était la beauté, il aurait également affirmé que Victor était beau. Il dégageait quelque chose d'attirant, avec ses cheveux très blonds et ses yeux très bleus. Sherlock s'était déjà fait la réflexion que son véritable prénom aurait pu être Viktor, et qu'il aurait fallu vérifier ses accointances avec les pays de l'est, nordiques ou bien la Russie, ce qui pouvait expliquer bien des choses concernant la fortune de ses parents. Il n'avait pas encore eu le temps de creuser la question.

- Qu'est-ce que tu veux à cette heure-ci ?

Victor ricana.

- À cette heure-ci, il n'y a que les enfants sages qui sont couchés, Sherlock. La vraie nuit vient seulement de commencer.

Sherlock haussa les épaules. Les délires pseudo-philosophiques du jeune homme l'indifféraient parfaitement. Il essaya de faire un pas, atteindre sa porte, sortir ses clés, mais Victor se décala un peu plus sur le paillasson, bloquant l'accès. Il savait parfaitement que Sherlock ne prendrait pas le risque d'avancer encore, sinon il entrerait dans le champ d'action de Victor, et Sherlock ne supportait pas d'être touché.

- Ce qui ne réponds pas le moins du monde à ma question, répliqua finalement Sherlock. Pourrais-je rentrer chez moi maintenant, merci.

- Seulement si tu me laisses entrer aussi, sourit Victor.

Sherlock frémit. Un court instant, il fut tenté de faire demi-tour, aller frapper chez John (ou carrément s'introduire dans la chambre de son ami directement avec le double de la clé volée), mais cela ne servirait à rien. Victor serait sans doute là le lendemain quand il reviendrait.

Victor souriait toujours, d'une sourire aguicheur, carnassier, tentateur, sûr de lui et de son pouvoir. Il effrayait Sherlock autant qu'il lui donnait déraisonnablement envie de répondre à ce sourire.

Victor était dangereux.

Et Sherlock, depuis toutes ces années, avait bien fini par se rendre à l'évidence : il aimait le danger.

- D'accord, céda-t-il.

Aussitôt son camarade se décala, et le laissa ouvrir la porte, s'engouffrant à sa suite trop rapidement pour que Sherlock ait eu le temps de lui fermer la porte au nez. Il se promit néanmoins de ne pas laisser une telle situation survenir de nouveau. Le malaise qui le prit dès qu'il fut seul dans sa chambre avec Victor était bien trop intense. Personne n'avait pénétré cette pièce, à part lui et John. C'était comme faire entrer un inconnu dans leur forêt : angoissant, malsain, anormal.

Mais Victor souriait toujours, et une part de Sherlock aimait cela, contre son gré.

- Qu'est-ce que tu veux ? exigea-t-il, essayant de garder une contenance.

- Rien du tout. C'est à toi que je vais proposer quelque chose. Je suis sûr que tu vas adorer.

Il sortit un paquet de sa poche, et le tendit à Sherlock. Qui fut très déçu. Il fumait déjà depuis des mois, il n'avait certainement pas besoin qu'on l'initie à cela.

Son visage dut refléter son ennui profond face à la proposition, alors qu'il avait cru à quelque chose d'intéressant, puisque Victor insista.

- Promis, tu ne vas pas t'ennuyer. Essaye.

Plus que tout le reste, ce fut ce mot qui convainquit Sherlock : ne pas s'ennuyer. Il passait la moitié de sa vie à s'ennuyer à mourir. Et l'autre moitié à souffrir de son trop gros cerveau qui analysait tout et tout le monde en permanence.

Alors il prit ce qu'il ignorait, enfant de la campagne, être un joint et l'alluma.

La sensation fut incroyable. Merveilleuse. Parfaite.

Sherlock arrêta de réfléchir. Un court instant, un bref instant, il eut la sensation extraordinaire qu'il existait un bouton pause sur son cerveau.

Sherlock était un génie, et il cultivait sa différence. Être normal faisait sans doute partie des choses qu'il abhorrait le plus au monde. Mais penser et réfléchir en permanence était épuisant. Le bien-être ressenti par la drogue se diffusait dans son organisme avec une félicité qui le surprenait. Il n'avait jamais songé qu'il puisse exister quoi que ce soit d'aussi merveilleux au monde.

À la grande surprise de Victor, qui resta avec Sherlock pendant tout le temps où il tira sur son joint, profitant de la fumée qu'il recrachait, le génie ne fit pas de bad-trip. Ne devint pas agressif, n'eut aucune nausée, aucune augmentation du rythme cardiaque. Son corps et son esprit semblaient déjà prédisposés pour ce genre de choses. Oui, Victor avait bien choisi sa nouvelle victime.

Il avait toujours eu le nez creux pour ça. Dénicher les petits nouveaux susceptibles de tomber dans ses bras tendus plein d'amour et de psychotropes. De faire marcher son petit commerce. Trouver ceux qui ne résisteraient pas longtemps à l'appel du manque, et qui auraient les moyens de se fournir auprès de lui sans souci.

Dealer classique, plus de vingt-et-un mille proies potentielles sur le campus : il faisait crédit au début, pour les aider à débuter, puis augmentait les tarifs, et n'hésitait pas à « aider » ses clients à honorer leurs dettes dans les plus brefs délais.

Sherlock avait cela de parfait en lui : sa jeunesse, son ingénuité, son intelligence, et son besoin dévorant de quelque chose de différent pour stimuler son intellect, ou au contraire le ralentir.

Il avait fallu des mois à Victor avant d'être sûr de son plan. Et il lui faudrait sans doute encore des mois (ou du moins des semaines) avant d'obtenir la totale adhésion du génie à ses projets.

Mais Victor avait tout son temps : des gens comme Sherlock Holmes, cela ne se rencontrait pas fréquemment et il n'avait aucunement l'intention de laisser filer ce poisson-là.

Le plus dur serait sans doute de rester transparent tout en lui mentant : Sherlock lisait en les autres comme dans un livre ouvert. Ne rien dévoiler de sa volonté de l'amener sous sa coupe, tout en lui assurant qu'il ne désirait que le rendre heureux.

Le rendre dépendant. Accro à la drogue, accro à Victor. Récupérer ainsi une partie des sommes folles qu'il dépendait pour se payer les services du jeune génie (d'une efficacité redoutable pour débusquer les secrets des clients les plus récalcitrants, il fallait le reconnaitre, mais aussi d'un prix exorbitant) dans un premier temps, puis ensuite purement et simplement cesser de le payer, lui échangeant dose contre renseignements.

Ils étaient déjà en mai, et l'année scolaire s'achèverait bientôt. Victor avait vingt-trois ans, et lui qui se demandait quoi faire l'année prochaine avait sa réponse en la personne de Sherlock : si pour obtenir le jeune génie il fallait se réinscrire pour une année supplémentaire à UCL, alors soit. Ce n'était pas comme s'il étudiait grand-chose, de toute manière. Et il restait à Seb une année de finance avant d'achever son master, de s'installer comme banquier et d'élargir leur clientèle : l'avenir s'annonçait radieux.


Juin arriva rapidement, et avec lui revinrent les dernières évaluations de l'année. John, plongé dans ses bouquins de révision, en oublia Sherlock, Mary, de manger, de sortir et même de se laver. Jusqu'à la bénie semaine post-partiel, où ils n'avaient rien d'autre à faire qu'attendre leurs résultats d'examens en profitant de l'été londonien. Semaine que John passa presque intégralement dans la chambre de son meilleur ami retrouvé.

Les examens avaient ramené Sherlock sur le campus, bien obligé de se présenter aux épreuves pour valider son année. John lui avait mis le grappin dessus et ne l'avait ensuite plus lâché, déclinant une bonne partie des propositions de soirées et de fêtes estudiantines qu'il reçut.

Il sortit, bien sûr, souhaita à Mary de bonnes vacances, passa une soirée au pub avec Greg, et une autre avec Mike et ses amis de médecine, mais ses journées toute entières furent concentrées et dévouées à Sherlock.

Un Sherlock agité, vaguement agressif, parfois excédé pour un rien, mais son Sherlock avant tout.

- Major de promo. Enfin, double major de promo, pour être exact. Chapeau, Génie. Je n'en attendais pas moins de toi.

Ce jour-là John était venu déposer de force sur le bureau de Sherlock leurs deux billets de train pour rentrer chez eux. Quatre heures de voyage à travers la campagne anglaise, et il leur faudrait ensuite soit marcher huit kilomètres pour rejoindre leur village (laquelle n'avait pas de gare), soit appeler un taxi. John avait réservé les billets des semaines plus tôt, et il ne comptait pas demander son avis à Sherlock. Il rentrait avec lui pour les vacances d'été, point barre. De toute manière, ce n'était pas comme si le jeune génie avait le choix : le campus fermait pour l'été, et leurs chambres seraient inaccessibles. À moins d'aller crécher chez Mycroft, Sherlock n'avait pas les moyens de rester sur Londres.

En arrivant, il avait trouvé Sherlock chez lui, venant d'ouvrir la lettre qui lui annonçant ses résultats d'examens. John la lui avait arrachée des mains, nettement plus enthousiaste que lui.

- Mouais. Ce n'était pas bien difficile.

- Sherlock ! Pourrais-tu au moins prétendre que c'est une excellente nouvelle et que tu es heureux ?

- Mouais.

- Tu as appelé tes parents, au moins ?

Sherlock haussa les épaules, mouvement rendu compliqué par le fait qu'il était allongé sur son lit, sur le dos, bras croisés sous sa tête. De sa position supérieure, perché sur une chaise, John le regardait sévèrement.

- Quelle importance ? Mycroft l'a su probablement avant moi. Et il aura informé Papa et Maman avant même que je n'ai ouvert ma lettre.

- Au moins il est fier de toi, répondit John.

Il était toujours gêné quand Sherlock mentionnait Mycroft.

- Et toi, tu as prévenu tes parents pour ton rang de vice-major ?

John ouvrit des grands yeux étonnés.

Doux John, gentil John, toujours si fasciné, surpris, extatique à chaque déduction de Sherlock. Il était surprenant de voir, alors que le manque de drogue tordait les entrailles de Sherlock, qui n'avait rien pu fumer depuis une semaine à cause de la présence de John bien trop fréquente et prégnante, le sourire de John pouvait balayer tout le reste.

- Ça se lit en toi comme dans un livre ouvert, commenta Sherlock. Tes cernes, ton air ravi, la manière dont ta poche est déformée par quelque chose, que tu ne cesses de lisser pour être sûr qu'il n'y aura pas de pli, et de caresser pour t'assurer de sa réalité, ton air de fierté moitié arrogance moitié surprise moitié gêne, parce que tu n'y croyais pas toi-même... Tu n'es pas major, sinon à peine avoir lu ma lettre, tu me l'aurais annoncé, disant que toi aussi tu atteignais la plus haute marche du classement des élèves, ce qui, soi-dit en passant, n'est pas très dur à réaliser vu les abysses de stupidité chroniques de ce que tu appelles nos camarades. Or tu n'as rien dit. Mais tu as eu un léger rictus, juste une seconde, avant de me féliciter. Tu étais très fier de ta place, une partie de toi espérait même être mieux classé que moi (ce qui au demeurant n'a aucun sens puisque nous ne suivons pas le même cursus, je te le rappelle), mais le fait de voir que je suis major dans les deux licences que je poursuis t'a rendu amère, l'espace d'un instant... Forcément classé deuxième alors. Puisque seule la première place dans mes deux filières me rendait meilleur que toi, tu n'y croyais pas. Donc vice-major. Ce qui ne répond pas à ma question : tu as prévenu tes parents ?

John éclata d'un rire nerveux, qui se transforma en véritable fou rire dès la fin de la tirade de Sherlock. Bien sûr, cet enfoiré de Génie avait raison, à ceci près que John n'avait pas été amère ou rancunier de découvrir que Sherlock était premier et pas lui, cela n'avait été que la déception, déception d'avoir cru pouvoir être plus intelligent que le Génie.

- John ! s'offusqua Sherlock.

Mais le jeune homme riait toujours, parti dans un fou rire incontrôlable qui le faisait hoqueter et chanceler de sa chaise, avant de purement et simplement chuter en direction du sol, s'écrasant sur le lit de Sherlock et sur Sherlock au passage. Toujours sans s'arrêter de rire.

- Pardon... Génie... Ce... n'est... pas... drôle ! s'esclaffait John, tressautait sur le matelas, à moitié écroulé sur l'épaule de son ami, incapable de s'arrêter.

- John tu n'es pas drôle, sourit Sherlock.

John émit un son qui ressemblait vaguement à un hennissement, conséquence de sa crise de rire intenable.

- Pas drôle du tout, reprit son camarade.

Trente secondes plus tard, Sherlock, contaminé par la bonne humeur de John comme d'autres l'étaient par les bâillements, riait lui aussi à gorge déployée, ce qui n'avait pas dû lui arriver depuis ses onze ans, quand John et Barberousse avaient fait la course, et qu'ils étaient rentrés si pleins de boue qu'il était devenu difficile de différencier le setter de l'humain. John, ce jour-là, pour faire bonne mesure, avait précipité son ami dans la boue avec lui, et ils avaient éclaté de rire de longues minutes durant, et leurs éclats avaient redoublé devant la fureur de leurs mères.


- John, dis-moi que c'est une blague.

- Mmh ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Dis-moi que nous n'allons pas prendre cette... chose.

Sherlock regardait d'un air dégoûté le train arrêté au bord du quai sur lequel il se trouvait, comme s'il l'avait personnellement insulté.

- Bien sûr que si, pourquoi ?

John avait cet air de candeur et d'innocence feinte que Sherlock ne connaissait que trop bien. Cela avait été une grossière erreur de laisser son ami s'occuper des billets pour rentrer chez eux pour les vacances. Si ça n'avait tenu qu'à Sherlock, ils auraient fait les deux cent cinquante kilomètres qui les séparaient de leur patelin en taxi, quitte à payer une facture exorbitante.

- Tu sais que depuis King's Cross ou Saint Pancras, on fait beaucoup plus moderne et plus rapide ?

Le train était vieux, c'était un fait, mais surtout tout dans son allure exprimait qu'il s'agissait d'une de ses petites lignes qui s'arrêtaient dans toutes les petites gares et mettait trois heures là où les trains à grande vitesse mettaient une heure et demie.

Sherlock ne détestait pas à priori le train, mais il exécrait perdre son temps et visiter l'intégralité des bleds équipés d'une gare entre Londres et chez lui faisait définitivement partie de cette catégorie.

- Certes, et ? répondit John, tout sourire.

- J'aurais dû me douter que c'était un piège quand tu m'as parlé d'Euston. Aucune grande ligne ne part d'Euston.

John lui renvoya un sourire éblouissant.

- Tant pis, tu n'as plus le choix que de prendre ce train avec moi ! Allons viens, cela va être merveilleusement champêtre !

Sherlock s'étrangla avec sa salive en entendant le dernier mot, intimement convaincu qu'il ne s'agissait définitivement pas d'un avantage.

Vaincu, il suivit John qui sautillait sur le marchepied, plus guilleret que jamais.

- C'est la perspective de rentrer nous enterrer à la campagne ou de revoir ta sœur qui te rend si joyeux ? demanda Sherlock, lugubre.

Le train était encore plus daté qu'il ne l'avait cru. Au lieu de contenir des rangées de fauteuils, il y avait un long couloir et des portes coulissantes menant à des compartiments avec des larges banquette rouges et noires, assortis à la couleur du train. La locomotive aurait craché de la fumée et fonctionné au charbon que Sherlock n'aurait pas été plus surpris que ça.

- Viens, il n'y a personne là, installons-nous ! s'écria John, faisant fi de la mauvaise humeur de son ami.

- Il n'y a personne, du tout, John. Nulle part. Pas plus dans ce compartiment que le suivant. Il n'y a que toi pour prendre un train pareil.

- C'était trois fois moins cher que le train express au départ de King's Cross ! se défendit-il.

Sherlock leva les yeux au ciel. John avait un gros problème avec l'argent. Ou plus précisément, John avait un gros problème avec l'argent qu'il n'avait pas et que Sherlock avait.

- J'aurais payé.

- Encore aurait-il fallu pour ça que je te mette la main dessus ces dernières semaines, quand j'ai réservé !

- Touché, grommela Sherlock. Le point pour toi.

John lui renvoya un sourire encore plus éclatant (ce n'était pas souvent qu'il gagnait, contre Sherlock), quand il sentit le train se mettre en mouvement. Ils étaient partis.

Sherlock, maugréant toujours, déposa ses valises à l'entrée du compartiment, complètement en vrac, et s'allongea de tout son long sur l'une des deux banquettes, fermant aussitôt les yeux, croisant les mains sur sa poitrine.

John l'imita en ce qui concernait les bagages (ce n'était pas comme si quelqu'un risquait de venir leur demander une place, vu le désert presque total de voyageurs à bord), et s'assit sur la banquette en face de lui, admirant le spectacle sans vergogne.

C'était sans doute mieux que Sherlock ne puisse pas le voir, puisque John n'aurait pas su expliquer son immense sourire. Il était bêtement heureux, et très satisfait d'avoir choisi ce train. Bien sûr, la ligne expresse était plus chère, mais il avait menti en affirmant qu'il s'agissait de son critère dominant de choix. Il aurait très bien pu se payer le billet, quitte à demander à Sherlock de le rembourser après.

Mais il n'avait pas vu Sherlock depuis des semaines, des mois, à part cette dernière semaine depuis la fin de leur examen, et ce soir ils rentraient dans leurs familles. Égoïstement, John voulait profiter encore un peu de Sherlock, son Sherlock, rien que lui et Sherlock avant de le livrer à la fureur maternelle de Violet Holmes, qui allait se lamenter sur la maigreur de son fils (en même temps, cela inquiétait John aussi) et le bourrer de gâteaux au chocolat, leur préféré.

Alors c'était la seule solution qu'il avait trouvée. Choisir un trajet de quatre heures, une ligne presque déserte, et s'enivrer de la présence somnolente du génie qui était son meilleur ami.

- Tu ne m'as pas répondu, au fait, lança soudain Sherlock, sans ouvrir les yeux.

Surpris et gêné a l'idée que son ami ait pu ressentir son impudente caresse visuelle, John rougit brusquement avant d'essayer de reprendre contenance et de répondre d'une voix normale :

- Quelle question ?

- La raison de ta bonne humeur. Retourner nous enterrer ou bien les retrouvailles avec ta sœur ?

L'humeur de John s'assombrit perceptiblement. Ses rapports avec Harry se dégradaient de plus en plus, surtout depuis que la distance l'avait empêché de garder un œil sur elle. Le fait que ses tourments psychologiques proviennent tous de la blessure de John par son oncle, que lui s'en soit remis pendant qu'elle continuait d'en souffrir n'arrangeait rien. La perspective de retrouver sa famille ne l'enchantait pas le moins du monde, mais ce village était celui où il avait rencontré Sherlock, et il n'avait pas les griefs du génie contre la campagne (plus exactement, Sherlock était drogué à la ville et à Londres, exprimant ce nouveau mépris pour la campagne qu'il n'avait jamais manifesté jusqu'à présent). Il ne pouvait cependant pas dire ça à son ami.

- Ce sont les vacances Sherlock ! Va-can-ces ! Ça suffit à rendre n'importe qui heureux !

Sherlock ouvrit une paupière, haussa un sourcil dédaigneux. Seize ans et demi et une telle arrogance, cela ne devrait pas être permis.

- Pas moi.

- Normal Génie, tu n'as pas travaillé de toute l'année ! Pour toi vacances ou rentrée, c'est du pareil au même !

Tressaillement de la joue, sourire en coin, ouverture de la deuxième paupière.

- Possible, répondit Sherlock avec une moue faussement arrogante, qui le faisait paraître encore plus arrogant.

John ne chercha plus à cacher son immense sourire. Il aurait voulu que le train ne s'arrête jamais.


Comme prévu, leur retour ne passa pas inaperçu. Arrivés à la gare des heures plus tard, ils étaient fatigués et ne rêvaient que d'un taxi pour les ramener chez eux, au village d'à côté. Mais ils avaient oublié que la campagne anglaise n'était pas Londres, et qu'il ne suffisait pas de lever la main au bord d'une route pour obtenir ce qu'ils voulaient.

Jurant, pestant et maugréant, ils franchirent les six kilomètres qui les séparaient de chez eux en coupant à travers les chemins et les bois, sous un soleil radieux et étouffant, les sangles de leurs sacs lacérant leurs mains et leurs épaules.

Et quand enfin, ils arrivèrent en vue de leurs maisons respectives, côte à côte, Violet Holmes ouvrit la porte à la volée, courut serrer son enfant terrible contre son cœur. Lequel échappa à son étreinte dans les plus brefs délais, alors Violet se rabattit sur John, qu'elle aimait comme son fils, et les invita à passer en cuisine, d'où s'échappait une délicieuse odeur de cookies trois chocolat.


Deux heures après leur arrivée, John n'avait toujours pas salué sa famille, Sherlock s'ennuyait et bâillait ostensiblement en bout de table, et John racontait d'un air emphatique l'université et la vie sur le campus à Violet et Sieger Holmes.

- Tu restes manger ce soir avec nous, John ? demanda aimablement Sieger, quand il fut évident qu'il était l'heure du dîner.

À regret, John vérifia sa montre.

- Je ferais mieux de rentrer chez moi. Mes parents doivent m'attendre.

Violet et Sieger eurent un sourire entendu, presque triste. Ils n'avaient rien à reprocher à leurs voisins, et Violet avait souvent discuté avec Elisabeth à propos de leurs deux enfants, les surveillant parfois d'un œil, et les parents Holmes savaient qu'il n'y avait aucun doute quant à l'amour que les Watson portaient à leurs enfants.

Mais ils avaient abandonné la vie qu'ils aimaient, la vie militaire. Et inconsciemment, ils n'avaient jamais pu pardonner au pauvre John, qui n'avait rien demandé pour ce déménagement.

Les problèmes d'alcool et de comportement d'Harry, entièrement liés au traumatisme d'avoir vu son frère se faire poignarder par son oncle n'aidaient en rien.

Ce n'était pas que John n'était pas le bienvenu chez lui, mais tout simplement qu'il y avait trop de retenues, de reproches sous-jacents et de la culpabilité mal assumée pour assurer un foyer entièrement sain.

- On se voit demain, Génie, conclut John. L'endroit habituel ?

Sherlock grogna, ce qui voulait probablement vouloir dire oui. Revenir ici était pour lui une torture, un retour en arrière, une parfaite régression. Pour un peu, il en serait venu à comprendre Mycroft, devenu si froid et si désintéressé. Le retour au village à chaque vacance devait être rude pour lui, qui avait le même goût que Sherlock pour Londres.


Le lendemain, Sherlock arriva dans leur coin de forêt deux heures après John, qui observait les nuages, couché dans l'herbe.

- Dur retour ? demanda Sherlock au visage fermé de son ami qui ne le regarda même pas arriver.

- Pourquoi poses-tu les questions dont tu connais déjà les réponses ? répondit John, lugubre, sans même lever les yeux.

Sherlock haussa les épaules, arma son violon qu'il avait emmené. Depuis le temps, il était devenu plus doué que tous les professeurs qu'il avait pu avoir, même ceux internationalement réputés.

- Quelqu'un m'a dit un jour que c'était important d'être poli.

John eut une moitié de sourire, maigre victoire.

- Je peux avoir Bach ? demanda-t-il.

Sherlock ne répondit rien, se contenta de lever les yeux au ciel, fatigué de n'avoir toujours pas réussi à éliminer le stupide penchant de John pour Bach. Et toujours sans un mot, fit glisser son archet sur les cordes.

John ferma les yeux et se détendit. Peut-être que l'été, malgré ses parents distants, n'allaient pas si mal se passer. Après tout, il avait Sherlock.


Prochain chapitre le Me 19/07/2017 ! Reviews ? :)