Chapitre 11 :

Il n'avait pas fini d'ouvrir la porte qu'il vit l'état de son mari. Nerveux, contrit, mais avant tout blessé. Son regard ne trompait pas, et Kévin sentie sa gorge se nouer. A peine entré qu'il aurait aimé ressortir, partir… loin. Et surtout ne pas avoir provoqué une telle fureur chez Yann.

Il referma doucement la porte, s'appuyant un instant contre elle, se donnant le courage nécessaire, espérant que ses mots seraient suffisants à apaiser cette douleur qui irradiait du corps de son époux.

Il s'avança et s'arrêta devant le bureau, faisant face au dos de Yann, qui s'était tourné vers la fenêtre.

Kévin : Yann ?

Il attendit… quelques secondes. Qui s'égrainèrent, se transformant en longues minutes d'un silence pesant.

Kévin : Yann ?

Il vit son dos se courber, mais aucune réaction. Il déglutit difficilement et s'avança pour se positionner en côté de son mari. Il tenta d'accrocher le regard vert, qui se voulait désormais froid et distant. Et savoir qu'il en était l'auteur le fit se sentir mal. Il lutta, se raccrochant aux battements effrénés de son cœur.

Kévin : Yann… écoute je

Yann : Je ne veux rien entendre.

Sa voix si calme mais si froide déclencha un frisson qui parcouru le corps de Kévin d'une façon plus que désagréable. Il ne l'avait encore jamais vu comme ça. Il avait l'habitude que son mari sorte de ses gonds ; rageant, criant ; mais jamais il ne s'était attendu à le voir si … silencieux. Ce qui lui fit peur. Il voulut poser sa main sur son bras mais Yann se dégagea si brusquement qu'il sursauta, avant que l'émeraude plonge enfin dans l'azur.

Kévin : J'ai été

Yann : Tu te tais et tu m'écoutes.

Un ton totalement étranger à Kévin, qui le fit trembler. Malgré la voix posée, elle était plus grave, plus sombre, mais surtout plus glaciale qu'il ne l'avait jamais entendue.

Yann : Tu as enfreint la procédure, consciemment. Tu as outrepassé tes droits. Tu as été voir un éventuel témoin sans prévenir l'un de tes supérieurs. Ce qui aurait pu le mettre en danger. C'est une faute grave.

Kévin : Je sais mais…

Yann lui tourna le dos, ouvrant un tiroir et sortant un dossier rempli de documents divers.

Yann : Lieutenant, vous avez compromis une enquête. Je n'ai pas d'autre choix que de vous suspendre pendant toute la durée de cette affaire.

Kévin manqua de s'affaler sur le sol, ses jambes fébriles ne le tenant plus. Il sentit ses yeux picoter et son estomac se nouer au possible, plus encore qu'il ne l'avait été durant ces 10 derniers jours.

Yann : Est-ce que c'est clair, Lieutenant ?

Seul un « Oui » murmuré pu sortir de la bouche de Kévin.

Kévin : Laisse-moi t'expliquer…

Yann se retourna vivement, l'empoigna par le cou et le plaqua contre le mur, resserrant son étreinte, presque à lui faire mal, leurs bouches à quelques centimètres l'une de l'autre ; leurs fronts, collés. Il ne l'avait encore jamais vu réagir comme ça. Il était tétanisé. Horrifié de voir à quel point il avait fait mal à son mari.

Yann : Je te mets à pieds à partir de maintenant. Tu as interdiction d'approcher de ce commissariat ou d'Antonin jusqu'à ce que ce dossier soit bouclé. Que tu ais été le voir… c'est une chose. Mais que tu ne me l'ais pas dit… Tu m'as menti, Kévin. Tu m'as menti et tu m'as trahi. Tu sais ce qui me fait le plus mal ? C'est que pendant plus d'une semaine je me suis mis en quatre pour toi, je t'ai tout donné. Toute la patience dont je peux faire preuve, tout mon calme, tout mon AMOUR ! Et pas une fois ton visage s'est éclairé comme il s'est éclairé lorsque tu étais avec lui.

Yann le relâcha brusquement, se retournant, s'éloignant, ayant besoin d'oxygène, ayant besoin de reprendre le contrôle du peu de sang-froid dont il faisait encore preuve.

Yann : J'ai essayé Kévin. Je t'ai tout donné. Tout ce que je pouvais faire, tout ce que j'ai été capable de faire, je l'ai fait. Tu m'en aurais parlé, j'aurai pu comprendre. Mais te taire ! Je pensais qu'on était un couple, je pensais qu'entre époux on se confiait tout. Tu t'es laissé dépérir, pendant ces 9 derniers jours je t'ai regardé t'éloigner. De nous. De Moi. Sans parvenir à quoique ce soit. Je nous ai vu plongé en si peu de temps… ça m'a fait mal, Kévin. Ça me fait si mal.

Kévin : Je t'aime Yann ! Tu ne peux pas en douter.

Yann : Va-t'en !

Kévin le regarda, massant sa gorge meurtrie ; et aux derniers mots de Yann, les larmes contre lesquelles il avait jusqu'alors lutté se mirent à couler sans plus aucune retenue. Il baissa la tête, et sans un dernier regard, il sortit précipitamment du bureau, se dirigeant vers la sortie.

Il courut à travers le dédalle des rues parisiennes à en perdre haleine, pour oublier. Oublier à quel point son cœur venait de se briser. Pour s'éloigner de ce sentiment de rejet lorsque Yann n'avait pas relevé ses dernières paroles. Pour chasser ce mal qui le rongeait, chasser ce mal qu'il avait fait, ce mal qu'il LUI avait fait.

Tandis qu'à quelques kilomètres de là, dans un bureau faiblement éclairé, Yann était avachi sur son bureau, ses yeux rougis par les larmes, son cœur déchiré par la trahison et par le manque de celui qu'il aimait plus que tout.