Chapitre 9


Tous les hauts fauteuils de la grande salle du Conseil étaient occupés, Zolf trônant en face des portes de marbre, promenant son regard sur tous les dieux rassemblés là.

Il y avait Roy, bien sûr, Maes à sa droite... Il y avait toutes les déesses côte à côte, qui se jetaient parfois un regard inquiet... Mawroh était là également, le vieillard de la mer... Jean aussi, tout près de Riza... et même Pan, bien qu'il ne soit pas vraiment un dieu... mais il était utile... Il en manquait un, et pas le moindre, mais Zolf ne voulait pas le voir au Conseil...

Un long silence s'était installé depuis le début de la réunion, et le Seigneur observait avec amusement les réactions d'impatience que manifestaient certains. Un en particulier, ce qui l'emplissait d'une intense satisfaction. Roy pianotait nerveusement des doigts sur l'un des accoudoirs de son fauteuil, s'arrêtant de temps à autre sur un regard insistant que lui lançait parfois son ami. Zolf toussota, d'une manière très naturelle, et cacha son sourire quand il vit la lueur assassine dans les yeux de Roy, comprenant qu'il n'était pas sur le point de parler...

Bientôt lassé de ce petit jeu, Zolf se redressa dans son fauteuil, bien droit, et se décida à commencer, ignorant les soupirs de soulagement qui lui parvenaient.

"Bien. En tant que Seigneur de ce royaume, il est de mon devoir de gérer certaines crises, comme ces conflits de plus en plus violents qui ont lieu un peu partout dans le pays... Pour commencer, les attaques à l'Est : sachant que de dangereuses créatures s'en prennent à mes sujets bien-aimés, il me semble urgent d'aller les calmer. Et pour cela, Roy, je te demande d'y envoyer les Kérès."

Silence pétrifié dans la salle, tandis que tous les dieux le regardaient avec de grands yeux indignés et terrifiés. Zolf ne fit pas attention aux murmures désapprobateurs, et continua, avec un petit sourire :

"Ensuite, à l'Ouest..."

Roy prenait de profondes inspirations pour s'obliger à rester calme... Il s'y attendait. Il avait compris le but de cette réunion dès l'instant où il avait reçu l'invitation. Jean avait été assez explicite, de toute façon... D'ailleurs, il l'observait, visiblement inquiet et chagriné ; tout le monde dans la salle connaissait sa situation délicate, et personne ne pouvait y faire grand-chose...

Les Kèrès ! Quelle idée diabolique, encore une fois !

"... Je pense que Xanthos et Déinos seraient ravies d'aller y faire un tour. Histoire de faire fuir les sirènes qui se sont installées sur les bords de rivières... Quant aux deux autres, elles n'auront qu'à aller au Nord, il parait que le lac s'est infesté de vilains oiseaux..."

Regard assassin de Roy, qui le fit simplement sourire. Il avait parfaitement conscience de tous les dégâts que les créatures causeraient, et cela le réjouissait d'impliquer Roy de façon aussi directe : après tout, c'était lui-même qui libérerait les bêtes, et accueillerait les victimes qu'elles feraient... !

"Enfin, en ce qui concerne les invasions de dyonas au Sud... je voudrais que tu..."

Il s'interrompit une seconde, savourant la tension nettement visible du dieu. Roy avait les doigts crispés sur les accoudoirs de son fauteuil, le regard fixé sur les dalles devant lui, s'attendant au pire. Il ne fut pas déçu...

"... laisse sortir Lilith."

Il y eut plusieurs exclamations stupéfaites, et des cris de peur ; Gracia s'était même levée, une main sur la bouche, comme pour s'empêcher de pleurer...

"Elle !!? Mais tu es fou !!"

"Merci, Roy. Et je mettrai ton langage peu respectueux sur le compte de la surprise."

"Qu'avez-vous encore derrière la tête ?!"

"Allons, elle n'est pas aussi terrible que Giansar, n'est-ce pas ?"

Un lourd silence. Roy ouvrit de grands yeux surpris, et la seule pensée qu'il eut fut : "Comment sait-il... ?"

Zolf était bien sûr ravi de son effet ; à présent, Roy était coincé, il ne pouvait plus qu'obéir docilement s'il ne voulait pas avoir d'ennuis. Ce qu'il fit.

"Très bien. Je le ferais."

"Non. Tu demanderas à Envy de le faire. Toi, je veux que tu reste ici, avec nous, au palais. Tu fais partie du panthéon, après tout. Tu dois vivre ici, n'est-ce pas ?"

Roy serra les poings : il était coincé. L'envoyer au Sud... là où étaient... non, les choses ne pouvaient empirer plus...


Deux mois plus tard


Maes tenta une nouvelle fois :

"Au fait, je t'ai montré la nouvelle fleur de ma fifille à moi ? Viens voir, ma petite nymphe a encore fait des merveilles !"

"... mais tu vas te taire, à la fin ?"

"Oui, oui quand je t'aurais montré, allez viens !"

Et il tira Roy par la manche, l'entraînant comme un enfant capricieux qui ne veut pas aller à l'école... Roy renonça à discuter, c'était inutile de toute façon. Son ami avait décidé de lui changer les idées, et même s'il n'y arriverait pas, il ne pourrait pas l'empêcher d'essayer. Aussi poussa-t-il un soupir sonore, laissant Maes le conduire jusqu'au puit végétal, où il se mit à raconter une énième fois comment sa Élysia chérie était arrivée à ce résultat...

Deux mois qu'Envy avait libéré Lilith... il s'était servi de l'eau rouge, difficilement, car il n'avait aucun contrôle sur les grilles de flammes qui recouvraient les puits de la grotte ; mais il avait réussi, à sa grande déception... Et maintenant, où était-elle ? Que faisait-elle ? Il ne s'était jamais autant inquiété de toute sa longue vie. Cela devenait insupportable, et il avait fallu toute l'ingéniosité de Maes et la gentillesse de Gracia pour le convaincre de ne pas tout détruire au palais... Non pas qu'il en aurait été incapable, car il pouvait résonnablement croire que sa puissance égalait, sinon dépassait, celle du Seigneur, mais surtout parce que cela aurait fait une excellente raison à Zolf de le bannir définitivement du panthéon... comme il l'avait fait pour lui et pour l'ancien seigneur...

"Hé ho ! Tu pourrais au moins faire semblant d'écouter !"

"Hm ?"

"Bon ça va, j'ai compris... ! ... tu ne vas pas craquer maintenant, hein ? Ça serait vraiment dommage de lui donner satisfaction, tu ne crois pas ?"

"... tu as raison. Je vais bien..."

"Ça, c'est à moi de le dire, et je ne pense pas que tu ailles bien, justement ! Allez suis-moi, j'ai autre chose à te montrer."

Maes partit alors sur un chemin que Roy n'avait jamais emprunté ; il le conduisit rapidement, descendant les différentes terrasses de fleurs et d'arbres, jusqu'à la plus basse, sous les nuages. Là, il se dirigea vers la falaise de roche sur laquelle le plateau végétal était accroché, Roy le suivant, très intrigué.
Taillé dans la roche, une petite porte ronde s'ouvrait sur une cavité naturelle, faiblement éclairée par quelque tunnel creusé par un écoulement d'eau ; seul 'meuble' présent : un bassin de pierre, grossièrement sculpté, rempli d'une eau rouge très brillante, de laquelle émanait une douce lueur apaisante. Maes s'avança, Roy derrière lui.

Il n'en croyait pas ses yeux : un bassin secret ? Cela lui plairait tellement... était-il possible que Zolf ne le connaisse pas ?

"Je peux t'assurer que non ! Il n'y a que les fidèles qui en connaissent l'emplacement."

"Pourquoi n'en ai-je pas entendu parlé avant ?"

"Il est tout récent !"

"Hm ?"

"C'est Hécate qui l'a construit. Elle a passé deux mois à mettre au point et lancer le sortilège. En plus, elle a dû attendre que Lust revienne avec les derniers ingrédients, il y a une semaine. Ça n'a pas été facile pour elle, tu pourras la remercier aussi !"

"Quels ingrédients ?"

"Une mèche de cheveux des gamins."

"?... ??... Quoi !?"

"Riza n'est pas comme toi, Roy. Quand on lui propose de l'aide, elle finit par l'accepter ! Elle nous a tout raconté. Ne te fâche pas après elle, je pense que c'est mieux pour toi de ne pas agir seul. Nous pensons tous la même chose, ne crois pas que la situation nous plaise. En attendant de pouvoir faire quelque chose de plus concret, voici de quoi te détendre !"

Il approcha du bassin et en frôla la surface ; l'eau scintilla une seconde, puis une image se forma lentement, d'abord floue, de plus en plus nette, pour enfin laisser apparaître un joli bois, faiblement éclairé par quelques rayons qui traversaient l'épais feuillage...

"Hécate... elle a vraiment réussi ?"

"Elle n'est pas la reine des magiciennes pour rien !"

"Mais... ce bassin ?"

"Tu les verras tous les deux... Regarde."

Roy se pencha, et distingua au milieu des branchages deux petites silhouettes qui se mouvaient dans l'ombre. Impossible de ne pas les reconnaître... surtout l'une d'entre elles... Sans même se soucier de son ami, Roy s'accouda au bassin et se plongea dans la contemplation des deux enfants.

Maes sourit, et sortit de la grotte, toujours un peu intrigué.

"Pense quand même à revenir manger !" lança-t-il depuis l'entrée. Pas de réponse. Maes soupira en souriant, et le laissa seul.


"Hé ! Regarde celui-là... !"

Tout en chuchotant, Alphonse indiqua le perroquet aux ailes vertes posé sur la branche, en face de lui.

"Il a le ventre rouge, comme elle aime... On peut l'avoir, tu crois ?"

Son frère s'approcha, observant le volatile se lisser les plumes, inconscient des intentions des deux garçons. Alphonse ajusta soigneusement la flèche sur son arc ; près de lui, Edward enfilait lentement ses gants, et hocha brièvement la tête en guise de réponse. Il posa les mains au sol, sur la multitude de feuilles qui le recouvrait ; Al visa avec précision, attendant le signal de son frère. Qui vint une seconde après.

La flèche partit au moment où les feuilles se transformaient en filet ; le bout de bois se planta dans la branche juste au-dessus de la tête de l'oiseau, qui battit des ailes de surprise ; mais il n'eut pas le temps de s'envoler que le filet, emporté par la flèche, l'emprisonnait ; il se débattit à grand renfort de cris aigus, se balançant au bout de la corde qui le retenait à la flèche plantée.

Celle-ci tanguait dangereusement dans la branche, et finit par se décrocher, emportée par le poid du perroquet, qui criait de plus belle. Edward se précipita, bras tendus, et rattrapa l'oiseau en se jetant à plat ventre, juste avant qu'il ne touche le sol. Il dégagea son visage de ses mèches d'un souffle, et eut un sourire satisfait en voyant la petite forme gigoter entre les mailles du filet.

"Oui ! On l'a eu !!"

"Bravo, Al, bien visé !"

"Elle va être contente, tu crois ? Il va lui plaire ?"

"Suffisamment j'espère, pour lui éviter la casserole..."


Ils retrouvèrent leur chemin grâce aux marques laissées sur les troncs sur leur passage, jusqu'au campement. Il avait changé de place trois semaines auparavant, et se situait à présent dans le bois entourant une petite source, qui continuait en ruisseau à travers la forêt. Ed n'eut aucun mal à s'orienter, et savait qu'il se trouvait à une trentaine de kilomètres au sud-est de la clairière où se dressait le temple. Chiron et Pholos avaient été 'adoptés' par les Amazones, et acceptaient même de laisser monter les enfants sur leur dos ; Edward avait énormément progressé grâce aux conseils avisés du vieux Centaure, et Alphonse savait reconnaître toutes les plantes qui poussaient dans la forêt ; Pholos avait perdu son pari, et la reine Izumi les martyrisait quotidiennement pendant leurs entraînements... Ils avaient néanmoins gagné en souplesse, et savaient parfaitement se défendre contre toutes créatures, autrement moins dangereuses que Izumi...

Alphonse tenait précieusement le perroquet contre lui, de telle sorte que ses ailes ne s'abîmaient pas ; il continuait quand même à lancer des cris indignés, agitant vainement ses pattes à travers les mailles du filet. Ils arrivèrent au campement, où une jeune guerrière les accueillit d'un sourire.
Izumi se tenait devant sa tente, assise en tailleur et aiguisant ses lames ; comme l'après-midi débutait, son époux monsieur Sigu s'occupait de ranger les aliments qu'il pouvait réutiliser, et les Amazones vaquaient ici-et-là à leurs occupations.

"Madame Izumi !" et "Maître !" retentirent en même temps au milieu du campement. Elle releva la tête : Alphonse se précipita vers elle, enjambant les grosses branches tombées au sol à quelques mètres de sa tente ; il tenait un oiseau entre ses bras, et lui tendit fièrement une fois qu'il fut devant elle. Izumi l'observa un instant, et reconnut un Lori, plutôt rare dans cette partie de la forêt. Où étaient-ils encore aller pour en dénicher un ?? C'était insupportable de les voir partir à l'aube et ne revenir que des heures plus tard, parfois au milieu de la nuit... Ed arriva derrière son frère, visiblement très fier de lui, et demanda :

"Alors ?"

"Alors quoi ?"

"Je veux dire, comment le trouvez-vous ?"

"... Gras..."

Alphonse eut une moue terrifiée, et se tourna vers son frère avec un regard suppliant.

"Euh... Vous pensez ?"

"Oui."

"Vous êtes sûre que vous ne préférez pas... le garder ?"

"À la vapeur, ce sera excellent."

" ... "

Al semblait désespéré ; il y avait de quoi : chaque fois qu'il pensait lui faire plaisir, elle était en effet très satisfaite, mais pas de la manière dont il aurait voulue... Chaque fois qu'il ramenait un animal, soit il finissait en ragoût, soit il fallait le relâcher. C'était le treizième perroquet, et le plus beau qu'ils aient jamais réussi à attraper... ! Mais Izumi n'avait pas fini de parler :

"Si vous voulez le garder, trouvez-lui une cage !"

" ?? "

"Et bien oui, où comptez-vous le mettre, sinon ?"

Elle se retint de sourire en voyant le visage illuminé de joie du jeune garçon ; Ed n'hésita pas une seconde, et posa ses mains à terre pour en sortir une belle et grande cage d'acier, comme il en avait vues aux écuries de la Citée de l'Est. Alphonse y déposa délicatement l'oiseau avant de retirer le filet qui était accroché dans ses plumes vertes, puis referma vite la cage. Le Lori secoua ses ailes avec colère, piaillant de toutes ses forces contre les barreaux qui le retenaient. Al souleva alors la cage et la présenta à l'Amazone avec un grand sourire.

"Vous... vous voulez bien le garder ?" fit-il timidement. Bien que n'ayant plus peur d'elle, elle l'impressionnait toujours autant...

Izumi sourit, et désigna d'un geste la souche d'arbre qui trônait non loin ; le garçon se dépêcha d'aller y déposer la cage, puis courut chercher de quoi nourrir le Lori.

De son côté, Edward retourna vers Chiron, pour lui parler de sa technique du filet...


Le soleil était à présent en train de se coucher, et les deux frères étaient à nouveau en forêt, crapahutant sur les sentiers défraichis et entre les buissons d'épines. Chiron n'avait pas voulu les laisser repartir, arguant qu'il était trop tard pour une nouvelle excursion, mais les garçons avaient eu le dernier mot - c'est-à-dire s'étaient plaints et avaient gémi jusqu'à ce que le Centaure craque... - et ils étaient donc retournés se promener, sans toutefois oublier arc et couteau dont ils ne se séparaient jamais.

Ils s'aventuraient à présent loin à l'Ouest, oubliant les mises en gardes de Pholos quant aux éventuelles dangereuses créatures qui y vivraient...
Cela leur revint en mémoire au moment où les bois s'assombrissaient rapidement, avec la nuit tombante ; Alphonse poussa un cri de peur, se collant à son frère :

"Ed !! On ne devait pas aller si loin ! Rentrons vite !"

"Euh... oui."

Il faisait noir, ils étaient dans la partie Ouest de la forêt, et comble de malchance - ou d'étourderie - ils avaient négligé de marquer leur chemin...

"Oh làlàlàlà ! Ed, qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?!"

"D'abord, tu arrêtes de crier, c'est le meilleur moyen de se faire repérer ! Ensuite, on n'a pas trop le choix, il va falloir qu'on passe la nuit ici..."

"Tu n'es pas sérieux ?! Il faut qu'on rentre !"

"Fallait pas insister pour repartir, je t'ai dit que j'étais fatigué ! Bon, pas de panique, tu vas grimper sur cet arbre, jusqu'à la branche là-haut, tu peux ?"

"Euh... d'accord..."

Après une difficile ascension, ils finirent par se retrouver assis à califourchon sur une épaisse branche, très en hauteur, entourée de feuillage et de plus petites branches, ce qui rendait l'équilibre plus facile. Apposant ses mains sur le bois, Edward fit apparaitre une sorte de toit, partant du tronc pour s'étendre au-dessus de leur tête.

"Voilà ! On est en sécurité, et à l'abri de la pluie. Demain dès l'aube, on se repère et on rentre. Et ne me parle plus jamais de promenades !"

Alphonse eut un sourire peu rassuré, puis s'installa du mieux qu'il put pour tenter de dormir. Ceci étant, seule l'inquiétude l'empêchait de se détendre, contrairement à son aîné, car la branche sur laquelle ils se trouvaient était suffisamment large pour leur permettre de s'allonger un tant soit peu confortablement...


Un bruit retentit soudain au milieu de la nuit. Un drôle de bruit, en vérité. Mais surtout très - très - inquiétant... Alphonse, qui ne dormait qu'à moitié, se réveilla en sursaut, secouant son frère par la même occasion, puisqu'ils étaient serrés l'un contre l'autre. Ed grogna quelque chose qui ressemblait vaguement à "... encore... ?".

"Ed ! C'était quoi ?"

"... quoi ?"

"Ce cri, c'était quoi ?!"

"Al, il y a des tas de bestioles dans cette forêt... Arrête de paniquer dès que tu entends une brindille craquer..."

"C'était pas une brindille, c'était un cri ! Et je te rappelle qu'on est perché dans un arbre au milieu de ces bestioles, alors arrête de faire comme si tout était normal ! D'habitude, on est en sécurité près de la tente de Madame Izumi ! Et je n'aime pas dormir dehors de toute façon !"

Le bruit retentit à nouveau, plus fort, et cette fois-ci Edward l'entendit également. Il se redressa et écouta attentivement.
Cela ressemblait bien à un cri, un piaillement d'oiseau comme il était courant d'en entendre dans la journée ; il y avait aussi un son sourd et régulier, que Edward identifia comme une sorte de tambour. Les guerrières en avaient quelques uns, mais elles ne s'en servaient qu'en guise de signal d'alerte.
Là, le son était rythmé, très rapide mais assez bas, qui ne résonnait pas aussi bien que les cris aigus qui retentissaient de temps à autre...

Alphonse était de plus en plus terrifié ; ils ignoraient parfaitement à quoi s'attendre, quel genre de créatures ils risquaient de rencontrer, et surtout si elles étaient dangereuses ou non...
Soudain, Edward sauta de leur branche, atterrissant au sol avec la souplesse d'un chat. Alphonse paniqua :

"Oh !? Mais qu'est-ce que tu fais ?!"

"Tu ne te demandes pas ce que c'est ?"

"Quelle importance ! Il faut qu'on rentre !!"

"Et c'est en restant là-haut que tu vas y arriver ?"

" ... on est plus en sécurité ici ! Remonte... !"

"Non, j'ai envie d'aller voir ce qui se passe."

"Ed !! Qu'est-ce que tu fais ?! C'est sûrement très dangereux !!"

"Tu dis ça chaque fois qu'on croise une nouvelle bête. Tu te rappelles de la crise que tu as faite le mois dernier ? Pour un simple renard ! Tu as même avoué que tu avais exagéré !"

"Oui, mais là, c'est pas un renard ! Les renards ne jouent pas de tambour, Edward !"

"Qu'est-ce que t'en sais ?"

" ... ?"

"Tu as déjà vu un renard avec un tambour ?"

" ... non ..."

"Alors comment tu peux savoir qu'ils ne peuvent pas en jouer ?"

Al ouvrit de grands yeux furieux, puis descendit de sa branche et sauta à terre.

"Edward Elric !! Tu vas arrêter de dire des bêtises et nous ramener au camp immédiatement !!"

Il eut droit pour toute réponse au sourire taquin de son frère :

"Pas de chance, le renard au tambour est au milieu du chemin... !"

Un silence.

"Tu es insupportable !"

"Je sais..."

"Allons-y."

"D'accord !"


Ils n'avaient pas eu à marcher bien longtemps pour comprendre d'où venait cette musique tribale. Il s'avéra qu'il s'agissait de créatures aux formes vaguement humaines, qui rappelaient une sorte de félin : elles n'étaient pas très grandes, à peu près trois têtes de plus que les deux garçons(NdA : XD) ; leur allure était celle d'un énorme chat sauvage, elles étaient recouvertes de fourrure brillante rousse, brune ou noire, sauf sur le visage où sur leur peau mate se reflétait la lueur des torches plantées au sol en un cercle parfait ; leurs yeux sombres étincelaient, et elles poussaient des cris aigus à intervalles réguliers, chaque fois que les tambours, sur les bords du cercle, atteignaient un rythme particulièrement rapide. Un gros feu de camp brûlait au centre, et elles étaient assises autour, sauf celles qui jouaient aux tambours...

Edward et Alphonse s'étaient suffisamment rapprochés pour distinguer tout cela, mais restaient prudemment cachés derrière le tronc d'arbre mort en travers du chemin, à quelque distance de cette étrange assemblée...

"Ed..."

"Oui ?"

"Ce ne sont pas des renards... !"

Le couinement apeuré de son petit frère l'inquiéta quelque peu. Mais sa curiosité était trop forte : il n'avait jamais vu ce genre de bêtes auparavant, et n'en avait trouvé aucune image dans le Livre, ce qui était encore plus intriguant... Il sentit soudain quelque chose.

"Maintenant que tu les as vues, on n'a plus qu'à faire le tour, et rentrer gentiment... !" tenta désespérément Alphonse.

"Je ne crois pas..." Surpris par le ton de Edward, il le fixa, oubliant momentanément sa peur.

"Pourquoi non ?"

"Je ne pense pas que celui qui est derrière nous, nous laisse partir."

"Et tu as parfaitement raison !"

Alphonse se retourna d'un bond, et Ed se releva calmement, rajustant ses gants.

Devant eux se dressait une petite silhouette enfantine ; bien que faiblement éclairée par la lumière des torches, ils identifièrent l'ombre comme étant un jeune enfant, d'environ leur âge : il avait de courts cheveux noirs, un visage un peu rond, des yeux de nuit, et était vêtu d'une tunique semblable à la leur, de couleur terre ; il était nus pieds, mais portait une sorte de ceinture de cuir qui pendait sur ses hanches. L'enfant leur souriait, et ne semblait pas avoir de mauvaises intentions...

"Il est assez mal élevé de participer à une fête sans y avoir été invité."

"Qui es-tu ?"

Il regarda Edward avec un petit sourire.

"Es-tu sûr de ta question ?"

"Qu'es-tu ?"

"Je suis un métamorphe, parmi les plus dangereux de tous. Je fais partie de la tribu dominante de dyonas qui habitent cette forêt."

Caché derrière son frère, Alphonse observait la créature avec beaucoup d'inquiétude ; Pholos leur avait parlé de ce peuple, disant qu'il était extrêmement violent, et belliqueux... Il leur avait parlé de ce Centaure qui avait eu la tête arrachée par des dyonas... ! Et ils en avaient un juste devant eux !

"Tu ne leur ressembles pas... Ils sont couverts de poils, et tu as l'air d'un enfant normal."

"C'est une particularité de mon espèce. À chaque génération, l'un de nos petits possède la faculté de maîtriser certains sortilèges."

"Pardon ? Sortilèges ??"

Alphonse sentit les regards des autres créatures se tourner progressivement vers eux... Toutes les avaient à présent repérés. Et Ed qui discutait comme si de rien n'était... !

"C'est pour cette raison que j'ai encore cette apparence. Dans quelques jours, je pourrais me changer à volonté en n'importe quel carnivore ! Les petits ne profitent pleinement de leurs dons qu'à partir d'un certain âge. Pour ma part, je suis plutôt gâté, je peux déjà contrôler mon ombre comme je le souhaite."

"Donc, tu es..."

"Je suis ce petit. Je suis la fierté de mon clan : mon nom est Pride..."


Assis près du feu, entourés par les étranges et curieux félins qui ne cessaient de ronronner autour d'eux, Ed et Al profitaient de leur hospitalité : les morceaux de viande grillaient allègrement au-dessus des flammes, dégageant une merveilleuse odeur. Pride était en face d'eux, souriant devant leur appétit. Alphonse était très mal à l'aise, essentiellement à cause de toutes les histoires de Pholos qui lui tournaient dans la tête ; son frère semblait plus détendu, mais Al avait remarqué qu'il n'avait pas ôté ses gants...

Ed avait mis au point plusieurs techniques de transmutations, et ses gants permettaient d'éviter des blessures éventuelles, notamment lorsqu'il utilisait l'air même comme matière : il l'avait déjà vu faire, c'était impressionnant, et autrement plus utile que les petits éclairs qui réparaient les jouets... Un jour, il avait oublié ses gants, et la chaleur, dégagée par le souffle de vent qu'il avait créé, avait provoqué de profondes brûlures, dont il portait toujours les cicatrices. L'énorme sanglier qui les menaçait alors ne s'en était pas aussi bien remis...

Les dyonas semblaient plutôt tranquilles, voire pacifiques, mais cela ne suffisait pas à le rassurer. Au lieu de cela, il sursautait à chaque mouvement brusque que faisaient les créatures, et surveillait attentivement le dénommé Pride, qui ne lui inspirait aucune confiance. Celui-ci les fixait curieusement, comme s'il n'avait jamais vu d'être humain avant...

"Et pourquoi êtes-vous dans cette forêt ?"

"Hum... en fait, c'est plutôt par hasard qu'on s'est retrouvé là."

Edward termina son 'repas' avec un soupir satisfait, tout en bavardant avec le garçon ; Alphonse ne comprenait pas comment il faisait pour rester aussi calme...

"Par hasard ?"

"Notre objectif, c'est la Citée du Centre."

"La montagne ?"

"Hm... oui !"

"Vous êtes un peu loin..."

"On n'a pas fait exprès !"

"Et vous avez de quoi payer ?"

" ?? "

"On ne passe pas impunément dans la montagne, vous devez le savoir... Il y a un prix pour ceux qui y vont de leur plein gré."

"Je sais..."

"Vous n'avez rien ?"

"Hum ! Pas encore... !"

"Je connais un endroit où vous pourriez trouver ce qu'il vous faut."

"Vraiment ?"

"Hm hm. Je peux vous y conduire, si vous voulez."

"Et pourquoi ferais-tu ça ?"

"Pourquoi pas ?"

Pride affichait un grand sourire convainquant, et Al espéra sincèrement que son frère était plus méfiant qu'il n'y paraissait.

"Et en échange ?"

"Héhé ! Tu es perspicace, pour un humain !"

"Qu'est-ce que tu veux ?"

"Que vous me laissiez venir avec vous."

" ?? ... Pourquoi ?"

"Avez-vous vraiment besoin de le savoir ?"

" ... Très bien. Si tu nous accompagne, tu auras besoin d'un prix, toi aussi... Donc, tu vas nous montrer ?"

"Oui ! Dès demain, si vous voulez. Il vaut mieux se dépêcher, c'est le moment idéal."

"Pourquoi ?"

"Hm... disons que ce sera plus simple de trouver ce qu'il nous faut qu'en temps normal."

"Et ?"

"Nous partons demain ! Je suppose que ça ne vous dérange pas de dormir à la belle étoile ? En regardant bien, on peut les voir... !"


"Pourquoi tu as accepté ?!"

"Pourquoi pas ? Si ça peut nous aider, pourquoi refuser ?"

"Pourquoi ?! Parce que ce sont des créatures dangereuses et sanguinaires capables d'abattre un Centaure furieux !!"

"Al, calme-toi... On peut se défendre, non ?"

"Oui, mais... !"

"Quoi qu'il ait en tête, il ne pourra pas nous faire de mal ! Alors arrête de t'inquiéter, et profitons-en ! C'est ce qu'on cherche, au final, non ? C'est l'occasion rêvée !"

"Oui, mais..."

"Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu'on peut lui faire confiance... ou du moins, ne pas se méfier de lui. S'il peut nous aider, je compte bien en profiter ! Et il ne demande qu'à nous accompagner en échange, je ne vois pas où est le problème, ça ne nous dérange pas, après tout ? N'est-ce pas ?"

"Oui..."

"Tu me fais confiance ?"

"Bien sûr !"

"Alors ne t'inquiète pas, et laissons-le nous conduire là où il dit. Et si c'est un piège, il le paiera très cher ! Satisfait ?"

" ... Bon d'accord... mais restons prudent, s'il-te-plait !"

"Oui, oui ! Bien, puisque c'est décidé, dormons ! Allez, n'aie pas peur... Tu vois bien qu'ils restent tranquilles ? Si Pride a proposé de nous accompagner, ils ne vont pas nous manger cette nuit !"

" ... "

"Non ! Je plaisantais, je t'assure ! D'accord, d'accord, mets-toi près de moi si tu veux... ! Allez, dors, tout va bien, je te le jure..."

"Ed..."

"Oui ?"

"Idiot !!"


Le lendemain matin, ils se réveillèrent un peu avant l'aube, surtout parce que Alphonse avait très peu dormi. Pride avait simplement souri, et s'était mis à marcher en direction du Sud, vite suivi par les deux enfants. Le soleil avait passé le zénith de quelques heures lorsqu'ils arrivèrent enfin, après une pause à mi-chemin, à l'orée de la forêt ; devant eux s'étendait le désert, bien plus impressionnant que les longues plaines brûlantes qui séparaient la forêt de la Citée de l'Est. Celui-ci emplissait l'horizon, et la chaleur qui se dégageait du sol faisait onduler l'air au-dessus... Il n'y avait plus que quelques buissons d'épines secs qui s'aventuraient çà et là dans le sable ; des feuilles mortes virevoltaient parfois au gré d'un souffle de vent, pour se perdre au loin, rendant le paysage encore plus désolé qu'il ne le paraissait.

" ... wow !" souffla Edward, impressionné.

"Oui, il fait plutôt chaud, par ici... !" fit Pride ; c'était un doux euphémisme : l'air était étouffant autour d'eux, mais le dyona ne semblait pas incommodé.

"C'est là qu'on est censé trouver ce qu'il nous faut ?"

"Hm hm. Un peu plus loin."

"Et comment on va traverser ?"

"Il n'est pas question de traverser ! Juste de s'avancer un peu..."

Ed se sentit tiré en arrière, et se tourna pour voir Alphonse, une expression paniquée au visage :

"Ed ! On ne va pas aller là-dedans ?!"

"Ben..."

"Il fait bien trop chaud ! On arrive à peine à poser les pieds dans le sable, et on est encore à l'ombre !! Imagine ce qui se passera quand on sera en plein soleil !"

"Du calme ! Tu oublies de quoi je suis capable, maintenant !" Puis, s'adressant à Pride : "Est-ce que c'est loin ?"

"Hum... Je dirais quelques heures, à vol d'oiseau. De toute façon, il nous faut trouver un moyen d'éviter le sol, nous ne survivrons pas sinon. Il fait bien trop chaud..."

"On ne doit pas toucher le sol ?"

"C'est ça !"

Edward réfléchit une minute, observant le sable. "Est-ce qu'il faut être loin, au-dessus du sol ?"

"Mine de rien, quelques mètres suffisent..."

"Bon, alors écartez-vous, tous les deux !"

Une fois assuré que Pride et son frère étaient derrière lui, Edward claqua dans ses mains et les posa au sol : les éclairs bleutés filèrent à toute vitesse droit devant lui, parcourant le sable qui se tordait sous l'effet de la transmutation, s'élevant pour former une sorte de chemin aérien, près de deux mètres au-dessus du sol. Tout à coup, la transmutation prit fin, mais Ed ne se releva pas, fixant au loin d'un air surpris.

"Grand frère ! Qu'est-ce qui se passe ?"

"Euh... On dirait qu'il n'y a plus de sable... je ne comprend pas..."

"Oh ? J'ai oublié de vous le dire ?" Ed se tourna vers Pride, prêt à s'énerver : "Nous dire quoi ?!"

"Il n'y a pas beaucoup de sable, dans ce désert. C'est de la terre brûlée, plutôt... Il paraît qu'elle forme des canyons, à certains endroits, et que personne..."

"On s'en fiche de ça ! Où est-ce que le sable s'arrête ?"

"Hum... pas là où il faut, en tout cas..."

Un silence.

"Bon, dans ce cas, il n'y a qu'à commencer à marcher, et j'aviserai ensuite..."

"Oh, et au fait ! Comment comptes-tu nous protéger du soleil ? Nous ne pouvons pas transporter d'eau, et nous marcherons plusieurs heures..."

"Attendez une seconde !"

Ed se redressa et plaqua à nouveau ses mains l'une contre l'autre, puis les écarta largement, les bras en croix comme s'il tenait une énorme sphère. L'air commença à onduler devant lui, puis une lueur rouge apparut en même temps qu'un sifflement strident se faisait entendre de plus en plus fort ; Edward ramena lentement ses mains devant son visage, la sphère rouge s'agrandit, et fut brutalement propulsée au-dessus du chemin de sable, le recouvrant d'ombre, tandis le sifflement retentissait dans l'immensité du désert.

"Et voilà !"

"C'est super ! Qu'est-ce que tu as fait ?"

"J'ai simplement comprimé l'air pour former une parodie de nuage juste là où l'on en a besoin. Allez, grimpe ! Pride, tu passes devant... !"

Le garçon sourit et escalada la colonne de sable dur mais froid qui menait au chemin ; les deux frères le suivirent rapidement, et il s'avéra que Pride avait eu raison : il était tout à fait possible de marcher à simplement deux mètres du sol ; la chaleur était toujours étouffante, mais supportable. De plus, la ligne d'air rouge qui s'étendait au-dessus d'eux les protégeait un tant soit peu des rayons mordants du soleil.
Ils se mirent donc en marche.
À la fin du chemin de sable, une demi-heure plus tard, Edward répéta l'opération avec la terre sèche, ayant pris soin auparavant d'accumuler l'air au-dessus de lui, pour se protéger de la brûlure du sol. Ils reprirent leur avancée, Pride les conduisant.


"C'est ici !"

"Hnnn ! ... pas trop tôt..."

Ed et Al se rapprochèrent de lui, en piteux état : ils étaient en sueur, épuisés, et leurs vêtements trempés leur collaient à la peau... Heureusement pour eux, le soleil avait commencé à descendre rapidement, et l'après-midi touchait à sa fin, rendant la chaleur moins importante.

"On... fait quoi, maintenant... ?" articula Edward, dégageant mollement une mèche humide de ses yeux.

"Il faut descendre. L'entrée se trouve au sol. Je crois que tu n'auras pas de difficulté à l'ouvrir..."

"Quelle entrée ?" fit Ed, légèrement étourdi.

"L'entrée de quoi ?" demanda Alphonse, plus perspicace. Pride se contenta de sourire de son petit air amusé.

"L'entrée du Jardin."


Les éclairs déchirèrent le sol, crépitant autour d'un cercle bien défini, dégageant une ouverture béante dans le sol de terre craquelée...

Ils descendirent prudemment les escaliers, intérieurement ravis de retrouver un peu de fraîcheur et d'humidité.

Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir l'arche de fleurs au bout du couloir sombre, et le magnifique spectacle sur lequel elle donnait... Même Pride écarquillait les yeux devant toutes les fleurs colorées, les fruits gorgés d'eau et de soleil, les tonnelles de plantes disposées ici et là, le son si agréable des petits ruisseaux qui coulaient parmi les arbres...

Ils ne resistèrent pas vraiment - pas du tout - et se dirigèrent vers le verger tout en dégustant les fruits qu'ils trouvaient sur leur passage.

La fontaine d'eau rouge éclatante se dressa bientôt devant eux, entourée par une multitude de petits oiseaux de toutes les couleurs ; ils s'envolèrent dans un bel ensemble en voyant les enfants approcher, amis restèrent perchés sur les arbres alentour. Pride se pencha au-dessus de l'eau et sourit :

"Et bien... ! Cela dépasse de loin tout ce que j'avais imaginé !"

Edward se pencha à son tour, frôlant le liquide des doigts, qui se mit aussitôt à crépiter à ce contact ; il retira vivement sa main, et tout cessa. Avec un rire nerveux, il fit :

"Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on cherche, en fait ?" Pride se redressa et regarda autour de lui avant de pointer un arbre non loin, devant eux.

"C'est ça qu'il nous faut !"

Ils approchèrent. Alphonse, en train de dévorer une pêche, leva les yeux sur les fruits de l'arbre et... resta bouche-bée.

"Oh ? Pride ! Qu'est-ce que c'est ??"

"Ça, Edward, c'est notre prix ! L'or le plus pur qu'on puisse trouver. C'est étrange, j'avais cru qu'il y aurait quelqu'un d'autre... Enfin, cuillons-en quelques uns, et partons ! Croyez-moi, il ne vaut mieux pas traîner par ici... !"

"Euh... Ed ?"

" ... Al, qu'est-ce qui se passe ? Ça ne va pas ?"

"C'est quoi, ça ??"

Ils se tournèrent dans la direction indiquée... et reculèrent d'effroi. Dans un réflexe, Edward se plaça devant son petit frère, lui cachant la vue ; de son côté, Pride semblait avoir pâli, et fixait le spectacle avec un air écoeuré.

"Hé ! Prends-en trois et allons-y !"

Obéissant à l'ordre d'Edward, le dyona s'approcha de l'arbre, attrapa trois pommes d'or et revint vers les garçons ; puis ils s'éloignèrent à reculons jusqu'à la fontaine, avant de tourner les talons et courir vers la sortie.


À l'extrême limite sud du campement, Izumi scrutait les bois à la recherche d'un mouvement quelconque. Toute une journée d'absence ! Elle espérait presque qu'il leur soit arrivé quelque chose, pour qu'ils aient une bonne raison de l'avoir faite s'inquiéter... ! Elle n'avait bien sûr pas dormi de la nuit, et envoyé cinq de ses filles fouiller les environs, mais cela n'avait servi à rien... Épuisée, elle se promit de leur donner la correction de leur vie dès qu'ils reviendraient !

Des craquements de branches, puis des halètements lui parvinrent petit-à-petit ; elle se redressa de toute sa hauteur, et finit par apercevoir les deux garçons, dans un état pitoyable, les cheveux en bataille, complètement débraillés...

"ESPÈCES DE PETITS IMBÉCILES !!!"

Le hurlement fit sursauter les enfants, qui se ratatinèrent sur place en voyant leur professeur.

"EST-CE QUE VOUS AVEZ UNE IDÉE DU SOUCI QUE JE ME SUIS FAIT ??!! OÙ ÉTIEZ-VOUS, HEIN ?!!! VOUS CROYEZ VRAIMENT QUE PASSER LA NUIT DANS LA FORÊT C'EST UNE BONNE IDÉE !!!??"

Occupée à hurler pour qu'un maximum de monde l'entende, elle ne fit pas attention au geste d'Edward ; la main derrière son dos, comme s'il cachait quelque chose, il avança résolument vers son professeur, attendit patiemment qu'elle finisse de crier, puis expliqua qu'ils étaient désolés, qu'ils ne recommenceraient plus, et qu'ils n'allaient plus bouger de leur tente pendant quelques jours...

Izumi se calma, mais eut un étrange pressentiment en entendant le ton du garçon... Comme s'il ne voulait pas qu'elle reste fâchée après eux...


Accoudé au bassin de pierre, dans la grotte sombre, Roy eut un grand sourire satisfait et... oui, presque fier du petit blond.


"Le poisson en sauce pour la table trois !"

"J'y vais !"

Vêtue d'un joli tablier bleu, les cheveux attachés en queue de cheval, Winry attrapa le plateau contenant l'assiette fumante, et l'apporta au vieux bonhomme qui l'avait commandé.

"Voilà pour vous !" fit-elle avec une beau sourire.

"Merci bien, jeune demoiselle. C'est vraiment un plaisir de vous voir, comme tous les jours !"

Elle se contenta d'un petit rire, et repartit vers la cuisine. Scieszka lisait l'un de ses romans, assise sur un coin du bar tout à côté de la porte donnant sur les cuisines ; elle leva les yeux sur Winry et fit :

"Encore ce vieux type ? Je crois que tu lui a tapé dans l'oeil !"

"Ne dis pas de bêtises, il a au moins vingt ans de plus que moi..." répliqua son amie avec un frisson.

Dans la cuisine, devant le plan de travail, Kain découpait divers légumes, et lui sourit quand elle entra :

"Oh, Winry ! Vato vient juste de passer, il dit que les soldats sont repartis tout à l'heure ! Tu es à nouveau tranquille pour un moment !"

"C'est vrai ? Fiou... ! Quelle chance !"

"Je ne comprends toujours pas comment ils ont su que tu étais là..."

"Aucune idée. Mais heureusement que vous êtes là... Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous !"

"Tu sais que tu peux compter sur nous, Winry !" s'exclama Howling, qui battait vigoureusement des oeufs en ommelette. "Ils ne t'attraperont pas aussi facilement ! En attendant, va donc porter la salade de fruits à la table deux !"

"Esclavagiste !"

Mais elle prit le plateau avec un grand sourire, heureuse de rendre service.


"Non... toujours pas..."

"Tu es vraiment un INCAPABLE !!"

"Oui... monseigneur..."

"Qu'est-ce que je vais faire, MOI, maintenant ?!"

"Nous continuons les recherches..."

"Encore HEUREUX !! Disparais ! OUSTE !!"

Frank sortit tête basse. Sur son trône, Hakuro commençait à avoir vraiment très, très peur...


Dans la salle du Conseil qu'il ne quittait pratiquement plus, Zolf attendait impatiemment des nouvelles de la mission de Wrath... Il surveillait également le seigneur de la Citée de l'Est, et il pensait sérieusement à lui envoyer un 'message', pour l'obliger à prendre une autre épouse... Le retard commençait à lénerver, et il se demandait si Wrath n'avait pas eu raison à son sujet...


"Eh, mon gars ! Tu veux participer ?"

Lin se tourna vers les matelots rassemblés sur le pont ; ils ne faisaient plus grand-chose car le temps était très clément, aussi passaient-ils leur temps à s'amuser sur le pont, leurs rires retentissant sur tout le bateau.

"À quoi ?" demanda-t-il. Le matelot éclata de rire, et lança :

"Viens voir, Glu est en train !"

Il s'approcha donc, et s'assit dans la ronde de marins, ses deux compagnons non loin ; au centre de ce drôle de cercle, des dizaines de poissons, d'aspect plus ou moins appétissant.

"C'est quoi, le jeu ?" fit le prince.

"Regarde bien, mon gars ! Ce mec, c'est une machine à engloutir tout ce qu'il trouve !!"

En guise de démonstration, le dénommé 'Glu' se mit à avaler les poissons les uns après les autres, sans même mâcher ou prendre le temps de déglutir... Lin était pour le moins impressionné, et ce fut avec le même enthousiasme que les marins, qu'il se mit à encourager le gros homme jusqu'à ce que la pile de poissons disparaisse presque complètement...

Rassasié, l'énorme bonhomme sourit d'un air satisfait, tout en frottant son ventre rond, sous les rires et sifflements de ses camarades.
Alors que le jeu se terminait, Lin et ses compagnons se redressèrent brusquement, tout comme le gros homme cessa de sourire.

"Prince... !" chuchota l'homme au masque noir.

"Oui, j'ai senti aussi... Qu'est-ce que c'était ?"

"Nous n'en savons rien !" fit la jeune femme au masque rouge. "Mais c'est dangereux, aucun doute à ce sujet... ! Et il s'approche..."


"Tiens ? Je n'aurais pas besoin d'aller jusqu'à Xing, finalement... Tant mieux, cela me fera économiser un temps précieux !"

Dans sa petite embarcation, Wrath venait de repérer le bateau qui filait dans sa direction... Avec sa cible à son bord.


Sur la plage de la petite crique perdue entre les falaises de l'île, Giansar descendit du bateau, le Centaure tirant la coque sur le sable. Devant lui se dressait plusieurs créatures, vaguement humanoïdes, rappelant des fauves ou des singes... Il sourit face aux progrès de son amie. Elles lui firent signe de les suivre, ce qu'il fit, accompagné du Centaure, jusqu'en haut des falaises, à travers un réseau de grottes qu'il connaissait toujours par coeur...

Arrivés en haut, ils traversèrent un petit bois, puis une grande plaine verte et dorée, empruntèrent un large pont de pierre qui enjambait le seul fleuve de l'île, puis suivirent le chemin de dalles claires à travers la forêt profonde, au milieu de laquelle se dressait, haut et majestueux, l'exacte copie du Palais impérial de Xing...

En haut des marches qui menaient à l'entrée, se trouvait une femme magnifique, vêtue de blanc et de noir, ses courtes mèches sombres élégamment relevées sur sa nuque par des baguettes d'or... Le sorcier gravit lentement les marches, les yeux rivés aux perles d'ocres qui le fixaient en souriant.

Il se retrouva devant elle, baissant les yeux pour la regarder ; il remarqua une jeune fille derrière elle. Son apprentie, pensa-t-il...

"Cela faisait bien longtemps" dit-elle. "Me répondras-tu, si je te demande comment tu es sorti ?"

"Non. Mais sache néanmoins que je suis également ravi de te revoir..."

Il se pencha tout près de ses lèvres, et eut un sourire satisfait en la voyant frissonner.

"... ma chère Circé !"


Mis à jour le 01/01/2010
8 230 mots

Ce chapitre a été publié le 31/12/07.