Bonjour à tous ! Nous revoilà pour le chapitre 11.

Je ne le dirai jamais assez, merci de lire et de reviewer cette fic, vous êtes merveilleux.

Fanny : John est pudique, sans doute un peu effrayé, paniqué aussi. Et d'un autre côté, Sherlock se sent trahi par le « complot » alors qu'il pensait John totalement honnête avec lui. Mais ces dix longs jours sont écoulés, je te laisse lire la suite ;) Merci de ta review.

Je ne fais que traduire le recueil de la merveilleuse Mssmithlove dont vous pouvez retrouver la version originale sur AO3 : / series / 224537

La note de Mssmithlove :

WARNING : Ce chapitre traite de tentative de soumission chimique mais fait également état d'une tentative de viol. S'il vous plaît, restez prudent si ces sujets sont sensibles pour vous.

Également : Ce chapitre se termine AUSSI sur un retournement de situation mais c'en est un bien plus GENTIL que le précédent. Ou du moins... je crois ?

Encore une fois, un remerciement très très spécial à ishaveforsherl, tu es ma conseillère en matière de fic. MERCI pour tout ce que tu fais pour moi ! Un merci également à awkwardtiming qui m'a conseillé et me donne des leçons de grammaire !

WARNING ! WARNING ! WARNING !

Comme indiqué dans le chapitre précédent, ce chapitre contient des sujets sensibles tels que la tentative de viol et la tentative de soumission chimique, c'est à dire l'acte de droguer quelqu'un sans que la personne ne le sache ou contre son gré. Ces actes ne sont pas anodins. Ce type d'agissements sont illégaux et punis par la loi.

Que vous choisissiez ou non de lire les mots qui suivent, rappelant les choses essentielles à savoir sur ce type d'actes, que vous trouviez ces rappels inutiles et excessifs, libre à vous. Mais ils sont nécessaires à dire, impliquant ma responsabilité d'auteure, de traductrice, de femme et d'être humain de manière générale.

Le viol est un crime défini à l'article 222-23 du code pénal de la manière suivante : « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. »

La jurisprudence définit la pénétration en englobant toute intrusion buccale, vaginale et anale, que la personne forcée soit contrainte à recevoir comme à pratiquer l'acte. Elle peut aussi bien se faire par le sexe, par le doigt que par tout autre objet et partie du corps. Autrement dit, la fellation, le cunnilingus et l'anulingus forcés sont aussi bien des viols que les coïts anaux et vaginaux forcés.

N'oubliez également pas que les hommes aussi sont victimes de viol. Ainsi, un homme contraint à pénétrer quelqu'un est une victime de viol et ce, que la personne qui reçoit la pénétration soit consentante ou non. Il en découle donc également qu'un homme contraint à recevoir une fellation est une victime de viol. Le viol masculin n'est pas un mythe, tout comme les femmes se rendant coupable de viol, aussi bien sur des hommes que sur des femmes.

Au titre de l'article du Code pénal précité, le viol est puni d'une peine maximale de 15 ans de réclusion criminelle. Cette peine peut être portée jusqu'à 20 ans en cas de circonstances aggravantes. La loi dispose que les circonstances aggravantes sont par exemple si le violeur est le conjoint de la victime, si les agresseurs sont plusieurs, si des produits stupéfiants ont été administrés à ces fins... etc.

La prescription classique pour un viol, c'est-à-dire la durée durant laquelle la victime peut porter plainte et faire diligenter une enquête policière, est de 20 ans à partir de la commission des faits si la victime est majeure et ne commence qu'à partir de la majorité si la victime est mineure au moment des faits. Ça ne veut pour autant pas dire qu'une personne mineure ne peut pas porter plainte avant sa majorité, simplement que le compte à rebours ne commence qu'à partir de l'âge de raison. Car il s'agit bien d'un compte à rebours ! Après ces 20 ans, le violeur n'encoure plus de sanction pénale.

De plus, l'agression sexuelleest définie à l'article 222-2 du Code pénal comme « un acte à caractère sexuel sans pénétration commis sur la personne d'autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise ». Il s'agit donc de tout autre attouchement n'entraînant pas de pénétration. L'agresseur encourt alors jusqu'à 5 ans de prison et 75000€ d'amende, peine également soumise au système d'aggravation. La prescription est alors de 6 ans, dans les mêmes modalités d'âges que pour le viol.

La soumission chimique, traduction française de ce qu'on appelle le "rape drug" ou drogue du viol également, se définit comme l'utilisation de psychotropes quels qu'ils soient pour obtenir un consentement qui n'aurait pas été obtenu. Il s'agit de l'une des circonstances aggravantes qui entraîne un durcissement de la loi. Ne la négligez pas !

Enfin, la loi dispose que la tentative d'un crime (qui se définit par deux éléments : le commencement de l'exécution et l'absence de désistement volontaire de la part de l'auteur) est punie de la même manière qu'un crime achevé. De fait, aux termes des articles 121-4 et 121-5 du Code pénal : « l'auteur d'une infraction est la personne qui tente de commettre un crime ou un délit […] La tentative est constituée dès qu'elle n'a été suspendue ou n'a manqué son effet qu'en raison de circonstances indépendantes de la volonté de son auteur ». En d'autres mots, LA TENTATIVE DE VIOL ÉQUIVAUT JURIDIQUEMENT A UN VIOL CONSOMME ET COMPLET. La tentative est punie des mêmes peines que l'acte accompli !

Pour plus de détails juridiques, je vous conseille les références de loi, disponibles sur le site Legifrance, recensant l'intégralité des textes de lois applicables en France. Nul n'est censé ignorer la loi.

Pour vous faire aider, si vous en ressentez le besoin, le site gouvernemental stop-violences-femmes . gouv . org est à votre disposition, et vous donnera les conseils dont vous avez besoin, en vous réorientant aux associations à même de vous prendre en charge, et ce y compris pour les hommes victimes de violence.

Il est EXTRÊMEMENT IMPORTANT de parler, de témoigner. Il ne sert à rien de se murer dans le silence ! Au contraire, ce serait vous faire plus de mal encore. DÉNONCEZ ! Et surtout faîtes-le le plus tôt possible, autant pour vous que pour votre entourage, vos amis, votre famille et votre futur.

PARLEZ ! AGISSEZ ! Que vous soyez victime, témoin, ou bien simplement que vous ayez un doute sur une situation, vous pouvez obtenir une aide psychologique, matérielle et judiciaire pour faire valoir vos droits.

Alors agissez et faîtes valoir vos droits. Une victime est une victime, dans toutes les situations précédemment décrites. Il n'y a aucune honte à avoir, ni peur.

Ne vous figez pas dans une mécanique de pensée telle que « Il ne s'est finalement rien passé, j'ai réussi à m'enfuir ou quelqu'un est intervenu, je ne peux pas porter plainte ». SI ! Vous avez les mêmes droits d'agir que toute autre victime !

Un non vaudra toujours non. Même si vous aviez dit oui juste avant. peu importent vos actions, vos propos, vos vêtements, RIEN ne justifie un viol. NON veut TOUJOURS dire NON. A partir du moment où vous avez refusé de donner votre CONSENTEMENT, et que cela n'a pas été respecté (ou obtenu par le biais d'arguments chimiques qui ne valent pas un consentement éclairé), vous avez subi une agression sexuelle répréhensible par la loi, et des droits garantissent votre sécurité.

Pour plus de statistiques sur le sujet, je vous conseille le planetoscope/criminalité/viol, le Haut Conseil à l'Egalité entre les Hommes et les Femmes, et bien sûr l'ONDR (Observatoire Nationale de la Délinquance et des Réponses pénales). Les statistiques sont édifiantes :

- Un viol est déclaré toutes les 40 minutes en France

- Selon Amnesty international, 90 % des violeurs ne présentent aucune pathologie mentale et 90 % des condamnés sont issus de classes populaires

- 96% des auteurs de viol sont des hommes et 91% des victimes sont des femmes. On ne connait pas le nombre exact d'hommes victimes de viol, on estime à 7-10 % le nombre d'hommes qui ont subi des violences sexuelles au cours de leur vie en France. La plupart de ces agressions sont commises par d'autres hommes. Les cas les plus fréquents se retrouvent dans la pédophilie ou le viol en prison.

- 1 femme sur 10 a été violée ou le sera au cours de sa vie.

- Dans 80% des cas, l'agresseur est connu de la victime, et un tiers des viols a lieu au sein du couple.

- 74 % des viols sont commis par une personne connue de la victime.

- 25 % des viols sont commis par un membre de la famille.

- 57 % des viols sont commis sur des personnes mineures (filles et garçons).

- 51% des viols sont des viols aggravés.

- 67 % des viols ont lieu au domicile (de la victime ou de l'agresseur).

- 45 % des viols sont commis la journée et non la nuit.

N'étant pas d'accord avec le traitement accordé par l'auteure à l'agression dont est victime Sherlock dans cette histoire, je me permets ce rappel pour vous signifier qu'il ne s'agit que d'une histoire, et que dans la réalité, les choses ne sont pas aussi simples.

Avertissement: Rien ne m'appartient, je ne fais que traduire l'histoire originale. L'univers de Sherlock et ses personnages appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle et à la BBC.


J'aimerai Probablement Toujours Tes Mains Autour De Mon Cou
Chapitre 11

John Watson

ALERTE ROUGE, SHERLOCK SE DIRIGE CHEZ VICTOR, EN CE MOMENT MÊME. OÙ EST PAUL, BORDEL DE MERDE ?

Greg Lestrade

Quoi ? T'es sérieux ?

Greg Lestrade

Tu as essayé de l'appeler ?

John Watson

Il ne répond pas.

Irene Adler

Il nous avait prévenus qu'il restait toute la nuit avec Mike, non ?

John Watson

Ouais, mais il est dix-neuf heures. Tu penses qu'il y est encore ?

Irene Adler

Je ne sais pas mais ça vaut le coup d'appeler Mike, tu ne crois pas ?

John Watson

Je viens de le faire. Ça me redirige automatiquement sur sa boîte vocale. Je vais directement me pointer chez Mike.

Greg Lestrade

On ne devrait pas tout simplement aller chez Paul ? Empêcher Sherlock de s'y rendre ?

John Watson

Sherlock est en colère contre moi, pour le moment. Si on lui court après maintenant ou qu'on essaie de l'arrêter, il ne m'adressera plus jamais la parole.

Irene Adler

Je déteste l'admettre, mais c'est exact.

Greg Lestrade

Fait chier. Parfois, je hais ce mioche.

Irene Adler

Je te comprends tout à fait. On l'a tous averti mais il se barre quand même voir Victor seul.

John Watson

Notre dernière chance est Paul. Au moins, ça n'aura pas l'air louche s'il rentre à son propre domicile et logiquement, Victor ne tentera rien avec son colocataire dans le coin.

Greg Lestrade

Bien. Je viens avec toi. On se rejoint à l'appartement de Mike.

John Watson

Ça marche. Je pars du dortoir.

Irene Adler

Dites-le-moi si vous avez besoin que je fasse quelque chose.

John Watson

Merci, Irene.


Il le savait, n'est-ce pas?

Il le savait, putain.

Dès le premier jour, il avait eu le bon réflexe rester à l'écart, à l'abri, ne pas s'impliquer, ne pas s'attacher, garder ses distances avec ce garçon blond qui occupe sa chambre, rester seul. Être seul le protège.

Bon sang, il le savait.

Et pourtant le voilà qui traverse le campus, de la vapeur sortant presque de ses oreilles. La tempête en lui gronde, foudroyant instantanément les quelques âme perdues qui s'écartent prestement sur son passage. La rage émane de sa fine silhouette par vagues alors qu'il se flagelle pour sa stupidité incommensurable, son choix de croire en John Watson était le pire qu'il ait jamais fait de toute sa vie. Car il aurait dû être plus malin que ça.

Ce qui est encore plus énervant puisqu'il n'a pas consciemment décidé de croire en John Watson. Ça n'a pas été une décision expresse. Il n'a pas volontairement pensé que ce serait une bonne idée. Il n'a pas délibérément placé son cœur entre les mains de John en songeant qu'il le ménagerait.

Ça s'est juste produit.

Ça s'est simplement passé.

Et Sherlock n'en est que plus enragé.

Enragé par cette situation, enragé par l'idiotie du monde, enragé par John putain de Watson qui a infiltré la vie de Sherlock sans en attendre la foutue permission. Ce n'est pas bon. Sherlock Holmes s'en sortait plutôt bien avant que ce garçon aux yeux bleus ne se matérialise sur le pas de sa porte et envoie tout le reste valser.

Honnêtement, tout est de la faute du joueur de rugby. Il a mis Sherlock à l'aise, l'a mis en confiance à grands renforts de sourires éblouissants, de rires tonitruants et de compagnie trop légère. John Watson avec ses clins d'œil, ses dodelinements affectueux et ses coups d'épaules taquins. John Watson avec ses amis foutrement parfaits qui l'ont si facilement intégré, insistant pour qu'il amène Sherlock à leurs fêtes, pour le rencontrer, pour que Sherlock boive une bière et fasse partie de quelque chose.

Abruti de John Watson.

Cet idiot de garçon qui s'est imposé dans chaque aspect de la vie de Sherlock sans le consentement du génie, le faisant croire en des choses qui étaient fausses, lui faisant voir des choses qui n'existaient pas, métamorphosant son monde pour la première fois en dix misérables années d'existence et ce n'était pas simplement-

Non.

Non, vous savez quoi ?

Non.

Ce n'est pas de lui dont il est question. Ce n'est pas à propos de Sherlock.

C'est de John.

Et Irene.

Et ce connard de Mycroft.

Ils ont piétiné la vie de Sherlock alors qu'il ne leur avait rien demandé, essayant de le contenir, essayant de le changer, essayant de gouverner ses faits et gestes. C'est exactement ce pourquoi Sherlock a toujours choisi la solitude, lorsqu'il était enfant. C'est exactement ce pourquoi être seul le protège.

Pourquoi le parfait chemin qu'il s'était tracé s'est-il effacé ? Quand leurs dîners tardifs, leurs frôlements et les fêtes universitaires sont-ils passés devant ses priorités ?

Quand être avec John Watson est devenu plus important qu'être seul ?

Sherlock est certain que s'il en était capable, il cracherait du feu, à l'heure actuelle. À la place, sa respiration se condense en buée dans l'atmosphère fraîche de Londres, mais il continue sa route sans s'en préoccuper. Les veines de son cou sont prêtes à exploser sous la pression de sa tension, ses mains tremblent légèrement, tout son corps vibre que rage pure.

Qui John Watson pense-t-il être, bordel de merde ? Une sorte de sauveur ? Un putain de héros tombé à pique pour sauver son colocatire-trop-intelligent-pour-son-propre-bien de... de quoi, exactement ? D'un ami ? D'un mec plutôt gentil ? D'un garçon qui n'a rien été d'autre qu'adorable avec ce pauvre idiot de Sherlock Holmes ? Un garçon qui n'est rien d'autre qu'un amortisseur qui permettrait de garder le monde de Sherlock relativement sain quand John l'abandonnera ? Un garçon qui garde Sherlock sain ? Qui garde intacte sa relation avec John ? Qui empêche Sherlock de faire quelque chose d'imprudent avec le joueur de rugby qui vit dans sa chambre de dortoir ?

Il y a un but à Victor. Victor est utile. Si John n'était pas si ignorant, trop occupé à « protéger Sherlock », il le verrait. Victor n'est rien de plus qu'un idiot, mais un idiot utile et désormais, apparemment, le seul idiot dans la vie de Sherlock.

Cette unique pensée gèle la colère de Sherlock suffisamment longtemps pour qu'une bulle de terreur parcourt son corps. L'idée que Victor Trevor soit son seul ami remue désagréablement ses tripes.

Il secoue violemment la tête et retourne à ses pensées orageuses. Toutefois, il ne peut pas empêcher ses entrailles de convulser aux souvenirs de cheveux blonds, de sourires éblouissants et d'yeux bleus tristes fixés sur lui avec inquiétude, le souci tirant ses traits.

Et Sherlock le hait pour ça.

Sherlock Holmes est parfaitement capable de s'occuper de lui-même, merci bien. Il n'a pas besoin d'être protégé, d'être choyé ni... ni de quoi que ce soit d'autre. Il est bien assez brillant comme ça. Il n'a besoin de personne pour le surveiller. Il n'a pas besoin que quelqu'un garde un œil sur lui. Il n'a besoin de personne.

Même pas de John Watson.

John Watson qui n'est pas aussi parfait que Sherlock le croyait. John Watson qui n'est pas un don de Dieu sur Terre comme Sherlock le croyait. John Watson qui n'est pas spécial comme Sherlock le putain de croyait.

Et John ne pense définitivement pas que Sherlock est spécial.

Comme John Watson le lui avait pourtant fait croire.

Et le bouclé le déteste un peu pour ça. Il déteste que John ait caché ses vrais sentiments, ait caché ce qu'il pensait réellement de Sherlock. Il déteste que John l'ait pris en pitié et ait cru qu'il était sans défense tout ce temps tandis que Sherlock chutait inexorablement, laissant son cœur gouverner chacune de ses décisions concernant ce garçon qui semblait le voir comme jamais personne ne l'avait vu.

Facéties, Sherlock ne les avait tout simplement pas encore rencontrés. Ces gens qui le regardent avec pitié. Qui ne voient rien qu'une petite chose fragile.

Pathétique.

Triste.

Solitaire.

Ugh.

Selon son expérience, les gens vont d'un extrême à l'autre, avec Sherlock Holmes. Ils ont soit peur de lui et l'ignore, soit le détestent et le frappent. Ce sont les deux seules variables qu'il ait observées, si ce n'est l'ingérence routinière de Mycroft, à toujours vérifier derrière l'épaule de Sherlock, à le considérer comme son pauvre petit frère un peu con sur les bords, convaincu que le génie est sans espoir, incapable d'une banale interaction sociale ou d'une quelconque sorte de connexion régulière avec des gens ou de soin de lui-même, toujours prêt, attendant, constamment prêt à intervenir et sortir Sherlock de n'importe quel bourbier où il serait aller s'enfoncer.

Maintenant, Sherlock réalise. Maintenant, il peut voir bien plus clairement.

Il n'y a pas que deux options, malgré ce que pensait Sherlock.

Il y en a trois.

Et, en y réfléchissant, aussi exaspérant que cela soit, Mycroft Holmes n'est pas seul. Il n'est pas original dans sa manière de traiter Sherlock, il n'est pas plus intelligent que la masse. En fait, il était simplement le seul à avoir choisi cette troisième option avant que le cadet Holmes n'entre à l'université.

Maintenant, ils sont plusieurs.

Maintenant, il y a Irene et Mike et Greg et Paul et John.

Avec un pincement au cœur, un relent de bile acide, Sherlock s'en rend compte d'un coup, résumant tout ce début de vie universitaire à ce simple facteur, une minuscule petite vérité qu'il n'avait pas été foutu de voir parce qu'il ne discernait rien derrière ces cœurs géants qui obstruaient sa vision lorsqu'il regardait, pensait ou, pire encore, fantasmait sur John putain de Watson.

Voilà ce dont il était question durant ces quelques mois passés. Voilà ce en quoi se conclurait définitivement leur semblant de relation.

Ce rugbyman, celui qui dort à quelques mètres de lui chaque nuit, lui sourit chaque matin, ramène leur dîner chaque soir et rit avec lui chaque après-midi n'est pas le parfait, magnifique, précieux idiot que Sherlock avait toujours cru qu'il était. Il n'est pas l'exception à toutes les règles silencieuses qui ont perpétuellement été établies au sujet de Sherlock Holmes.

John n'est pas différent.

John n'est que l'option trois : être gentil avec Sherlock par pitié.

Le frapper, l'ignorer ou se sentir désolé pour lui, ce sont les protocoles à adopter vis-à-vis du jeune Holmes et John Watson a emprunté la porte numéro trois.

Et Sherlock se retrouve à souhaiter que John ait tout bonnement écouté son instinct animal et lui ait foutu son poing dans la mâchoire dès le premier jour où il a posé les yeux sur lui, debout sur le chambranle de leur chambre. Ç'aurait été préférable, aurait étouffé l'illusion dans l'œuf. Préférable à cette expérience dévastatrice, cette réalisation que rien de tout ça n'était vrai, que leur amitié n'était qu'une façade, aucune compatibilité, aucune éternité, comme Sherlock l'avait pitoyablement espéré.

Au lieu de cela, voilà comme ça se termine.

Sa fureur fane légèrement, son corps vacille en s'apercevant de ce que tout cela signifie concrètement pour sa vision actuelle du monde, pour sa routine, ses plans et la foutue vie qu'il a bâtie autour du blond. Même en ayant connaissance du mensonge qu'était leur relation, ça écrase quelque chose d'invisible dans la poitrine du génie, pressant et menaçant de le suffoquer sur l'instant, essayant de l'avaler pour ne plus laisser que sa nouvelle vie misérable sans ce merveilleux garçon à ses côtés...

Mais la colère revient au triple galop et le reconquiert. Il arpente le trottoir avec de grandes enjambées, tourne au coin, longe les maisons désormais familières qui bordent le campus de l'université. Il ne voit pas grand chose, son corps est en mode pilote automatique tandis que son esprit s'est engagé dans une course avec lui-même, l'accablant presque sous le poids, les conséquences, les pensées intolérables et agaçantes, car John Watson ne fait peut-être plus partie de sa vie, n'est peut-être plus son ami, son ami principal. Son meilleur ami vient juste de... c'est... c'est juste...

Grimpant hâtivement les marches sans un regard en arrière, Sherlock tambourine la porte de ses phalanges décidées, ignorant le tiraillement de sa main qui l'informe qu'il n'aurait pas dû passer sa frustration sur le bois, et recule d'un pas, bénéficiant d'à peine cinq seconde de repos pour se recomposer avant que le battant ne s'ouvre vaillamment.


John Watson

Heure d'arrivée estimée ?

Greg Lestrade

Je suis au rond-point.

John Watson

Tu en as parlé à Mycroft ?

Greg Lestrade

Il a quitté le pays pour le week-end, impossible de le contacter pour le moment. Même si j'ai un numéro spécial en cas d'urgence. Il mettrait l'Angleterre à feu et à sang sur la seconde pour récupérer Sherlock, s'il savait.

John Watson

Je commence à penser que ce ne serait pas une mauvaise chose.

Greg Lestrade

Trouvons Paul avant de nous résoudre à une telle extrémité.

Irene Adler

Toujours là si vous avez besoin.


« Hey, je- whoa, ça va ? »

« Quoi ? » jappe un peu trop hardiment Sherlock, la respiration fusant de ses narines tandis qu'il dévisage son partenaire de chimie qui l'accueille sur le pas de la porte. La source de son problème. L'idiot qui a potentiellement ruiné l'amitié la plus importante qu'il ait jamais eue. L'idiot qui est désormais le seul idiot dans sa vie.

Autant en profiter un maximum.

« Pourquoi tu me demandes ça ? »

Ou pas.

Les paupières de Victor s'écarquillent immédiatement d'inquiétude, scrutant attentivement le bouclé, sourcils froncés en invitant Sherlock à entrer. « Tu as l'air de... est-ce que tu as couru pour venir ? »

Pourquoi ? Pourquoi Victor doit-il être encore plus bête aujourd'hui que les autres jours ? Pourquoi doit-il tester la once de patience dont Sherlock est pourvu ? Réprimant son réflexe de se pincer l'arrête du nez d'irritation, se rappelant instamment qu'il a en face de lui son dernier ami de sexe masculin, Sherlock se débrouille pour détendre ses traits en un masque stoïque alors qu'il suit Victor à l'intérieur. Il ferait mieux d'y mettre de lui-même et de rester courtois. Ou neutre. Tout ce qu'il pourra jouer sera bon à prendre, de toute façon. « Non, Victor, je n'ai pas couru. »

« Bah, tu es tout... rouge, » commente Victor en plissant le front, ses yeux suivant le mouvement de quelque chose qui descend apparemment le long de sa tempe et qui, quand il y passe le dos de sa main, se révèle être de la sueur. Il se rend compte qu'il ne doit probablement ressembler à rien mais ce n'est pas comme s'il pouvait retourner chez lui, se changer et se ressaisir. Il ne sait même pas s'il a le droit de revenir chez lui. Pas quand John est-

Non. Ne pas penser à John Watson pour le moment. Absolument pas.

« Oui, eh bien, » soupire immédiatement Sherlock, décidant qui ne parlera à personne de ce qu'il s'est produit, surtout pas à Victor Trevor. Il rencontre le regard soucieux de son ami et tente de l'adoucir sensiblement, tente d'apprécier le soutien au lieu d'en être incroyablement agacé, le sang encore en ébullition mais s'échinant à en réduire l'intensité. « Ce fut simplement une journée merdique. »

« Je vois ça, » déclare Victor en lui indiquant de prendre place dans le salon. « Viens. Assis-toi et souffle un coup. »

« Merci. » Sherlock essaie de le gratifier d'un sourire reconnaissant mais il n'est pas convaincu du rendu. La rage a finalement déserté sa vision, heureux d'avoir quelque d'autre que la fin imminente de son amitié avec John sur quoi se focaliser. Il suit Victor, esquivant les images de ce qu'il s'est passé la dernière fois qu'il était ici, bourré et gêné.

La nuit où John l'a presque porté jusqu'à la maison.

La nuit où John l'a mis au lit avec le plus grand soin du monde.

La nuit où il a bien trop baissé sa garde avec John Watson.

S'ébrouant des souvenirs -et de toutes ses autres pensées concernant John Watson au passage-, Sherlock se traîne à la pièce principale, remarquant que le canapé n'est plus collé au mur comme il l'était afin de libérer de l'espace pour le tournoi de Beer Pong. Ça a l'air si différent ou malgré tout exactement la même chose. Sa tête lui paraît légère des réminiscences brouillées de cette nuit, la nuit où il avait été champion, la nuit où il considérait cette petite bande comme la sienne. La nuit où de grands yeux bleus scintillaient pour lui, scintillaient de ce que Sherlock interprétait naïvement à l'époque comme de l'affection.

Cette nuit où il avait trop bu pour marcher.

Cette nuit où John l'avait ramené à la maison et l'avait glissé au chaud sous sa couette.

Cette nuit où John Watson avait pris soin de lui par pure pitié.

Pas parce qu'ils étaient amis. Pas parce qu'ils étaient colocataires. Mais parce qu'il se sentait désolé pour ce pauvre petit génie trop saoul, qui avait gâché la fête en picolant comme un trou alors qu'il n'avait jamais bu une goutte d'alcool auparavant.

Quelque chose se faufile maladivement dans son ventre à la pensée que chaque interaction qu'ils aient eue était un mensonge. Que John n'a jamais souhaité être proche de Sherlock. Que John a juste un putain de complexe du guérisseur, qu'il a toujours besoin de réparer les choses, qu'il a besoin d'être l'ange gardien de quelqu'un, qu'il a besoin de nourrir, de socialiser et de protéger Sherlock parce qu'il se sent désolé pour lui.

Non, Sherlock n'a besoin de la sympathie de personne. Sherlock n'a pas besoin d'être réparé. Sherlock va bien.

De plus, il n'a pas besoin d'être ami avec quelqu'un qui joue la comédie. Il préfère tisser des liens avec des gens comme Victor qui est vraiment amis avec lui, pour ce qu'il est. Pas parce qu'il le prend en pitié.

Même si personne ne peut rêver d'atteindre la perfection de John.

Mais encore une fois, John n'a jamais été parfait, n'est-ce pas ? Ce n'était que mensonge.

Laissant tomber son sac au sol et se jetant dans les coussins, le génie inspire longuement pour calmer la cavalcade de son cœur blessé, expirant lentement par le nez. Il veut se reconcentrer et ignorer les nuages sombres qui obscurcissent son esprit. Il n'est plus seul et il ne peut décemment pas rester bloqué dans sa tête alors qu'il fait du tutorat, pour l'amour de Dieu. Il exhale une nouvelle fois et passe ses doigts dans ses cheveux avant d'endosser une expression ouverte et de se tourner en direction de son partenaire de chimie.

« Tu es sûr que ça va ? » Victor l'observe précautionneusement, mains croisées devant lui.

« Ouais, » acquiesce succinctement Sherlock, priant silencieusement pour que Victor s'en contente et passe finalement à autre chose. Il se penche pour attraper un livre dans son sac et sent le canapé ployer sous le poids d'un nouveau corps qui s'y installe. Les épaules de Sherlock se détendent, heureux que son ami en ait fini et qu'ils commencent à travailler. « D'accord, alors quel chapitre as-tu besoin de revoir ? »

Il se débat pour sortir un cahier et fait de nouveau face au garçon à côté de lui, ses ongles séparant déjà les pages, prêt à les ouvrir à la section concernée. Son crâne est enfin nettoyé de sa tempête interne. Il est désormais disposé et disponible pour aider l'autre.

Et ses yeux bleu cristal rencontrent le vert de ceux de Victor, bien plus proche qu'il ne l'avait prévu.

Très proche.

Un peu trop proche.

Inconfortablement proche.

Arrête ça, se morigène Sherlock avec exaspération. Il n'est pas trop proche, il est simplement assis à côté de toi. Ne laisse pas John infiltrer des doutes dans tes pensées. Arrête de penser à John. ARRÊTE.

« Que s'est-il passé ? » s'enquiert Victor, ses iris émeraudes brillant presque tandis qu'il jette un bras en travers du dossier du sofa, juste derrière les épaules du bouclé, le front anxieusement plissé, un petit sourire timide sur les lèvres. L'image parfaite de l'ami préoccupé.

Sherlock soupire, fait obligeamment abstraction de l'irritation qui picote son épiderme. « Rien, » marmonne-t-il, secouant le chef. Il ne compte pas dire la vérité à Victor. « Vraiment, ce n'est rien. » Il flanche imperceptiblement sous l'insistance de ces pupilles qui semblent creuser un trou en lui, préfère regarder le livre dans ses mains, l'ouvrant sans prêter attention à la page. Il espère que le voir plonger dans ses équations chimiques résoudra Victor à changer de sujet.

Non pas qu'il fasse quoi que ce soit de mal. Vraiment, Victor essaie simplement d'être un bon ami. C'est l'attitude de Sherlock qui pose problème. Victor est bien.

Ce n'est rien. C'est bon. Ce n'est pas si-

Victor se penche également, suivant Sherlock dans son geste de repli, faisant se hérisser les petits cheveux sur la nuque du génie. « Allez, » l'incite Victor, frôlant des doigts fantômes sur son épaule. « Tu peux m'en parler. »

Une série de longs frissons parcourent son échine, démarrant du point de contact avec Victor pour descendre à tout vitesse. Plus de transpiration s'accumule sur ses tempes sous l'effort de ne pas se braquer d'un coup sec, persifler Fous-moi la paix et le pousser.

« Uh- » Sherlock se racle la gorge et recule de nouveau, se perchant sur le bord de l'assise. Il fouille dans son sac, posé sur ses genoux, pour donner l'illusion qu'il est occupé. Il essaie de ravaler ses répliques, de n'en sortir aucune. « Sérieusement, tout va bien. On devrait- »

« Sherlock, » murmure Victor et le concerné s'oriente vers lui qui s'est encore rapproché, la main totalement installée sur son omoplate, la pressant gentiment avant de migrer pour la clavicule, la caressant d'un pouce qui se veut rassurant. Il n'a clairement aucune idée de l'agitation qu'il engendre chez le brun. « Tu sais que tu peux toujours me parler, pas vrai ? À propos de n'importe quoi. »

Se mordant la langue si fort qu'il sent le goût du sang, Sherlock garde sa bouche hermétiquement close. Il craint qu'un éclat de rire n'en sorte.

Jamais. Au grand jamais. Jamais.

Même dans cent ans, Sherlock ne dira jamais à Victor ce qu'il s'est produit aujourd'hui. Jamais.

Tout comme il ne lui dira rien sur sa vie. Jamais.

Les génies sont trop malins pour confier leurs secrets aux idiots.

S'il y a bien une chose que Sherlock a apprise aujourd'hui, c'est celle-ci. Il était si près de croire en ce garçon qui vit dans sa chambre, et où ça l'a mené ?

« Oh, c-c'est bon. » Sherlock tente de s'ébrouer subtilement pour dégager la paume de Victor sans paraître rude. La tentative de confort de l'autre a le total effet inverse. « Merci quand même. »

Victor le fixe un instant avant que ses traits ne s'adoucissent. « Tu es sûr ? »

« Je suis sûr, » grommelle Sherlock. Essayant toujours de se libérer de la prise de l'autre -Seigneur, il n'a vraiment pas envie d'être touché maintenant-, Sherlock manipule maladroitement son sac et voit les objets qui en tombent comme une bénédiction. « Oops, » chuchote-t-il tandis qu'il se plie en deux pour ramasser. La main indésirée l'abandonne enfin.

Mais ce n'est pas sans apercevoir comme un flash malsain dans les iris vertes, un éclat qui disparaît en un battement de cil, si rapide que Sherlock aurait tout à fait pu l'imaginer. C'est définitivement quelque chose que Victor ne voulait pas montrer, puisqu'il arbore aussitôt sa moue inquiète. Quelque chose de si bref et pourtant si parlant qui déclenche un interrupteur dans le gigantesque cerveau de Sherlock et le génie se statufie.

Soudainement, une autre voix emplit sa boîte crânienne, une voix trop familière qui prononce des mots qu'il a entendus il y a si peu de temps, six mots qui sonnent à son oreille comme les acouphènes qui suivent l'explosion d'une bombe.

Il est mauvais, je te jure.

Sherlock se retient de répondre à haute voix à la présence de John Watson, pressant ses lèvres ensemble et se focalisant à nouveau sur son sac. L'idée de regarder encore une fois dans les yeux de Victor le dérange. « Alors, avec quel chapitre as-tu du mal ? » Il emprunte un ton nonchalant, espérant passer au travers de cette ambiance incroyablement gênante.

Le changement de sujet paraît réveiller son partenaire de chimie, instaurant une autre seconde d'un silence pesant avant que le canapé ne grince légèrement et le poids qui enfonçait le coussin disparaît soudainement. Il ne peut toutefois pas encore lever le regard.

« Ah ouais, attends une minute, » annonce Victor, Sherlock surveille le mouvement de ses pieds dans sa vue périphérique. « Je vais chercher à boire, tu veux quelque chose? »

« Non merci, » répond Sherlock, légèrement soulagé, espérant qu'ils pourront enfin se mettre au travail sans plus s'attarder sur cette situation oppressante.

Apparemment, John Watson et sa voix ont d'autres plans pour lui.

Je veux juste que tu sois prudent.

« La ferme, John, » grogne Sherlock dans sa barbe, juste assez fort pour que seules ses propres oreilles l'entendent. Puis, il arrache sauvagement son livre du fin fond de son sac et l'ouvre avec empressement, ignorant l'acide qui ronge sa cage thoracique et se réprimandant silencieusement d'avoir pensé l'espace d'une seconde que John avait raison.

Car il a tord.

Évidemment.


John Watson

Paul n'est pas là. Mike n'a aucune idée d'où il peut être.

Irene Adler

Et merde.

Greg Lestrade

Merde, comme tu dis.

John Watson

Qu'est-ce qu'on fout, maintenant ?

Irene Adler

Y a-t-il des endroits que Paul fréquente souvent ? Nous pouvons toujours essayer de ce côté.

Greg Lestrade

Non. Paul ne fait rien à côté des cours et du rugby.

Irene Adler

Merde.

John Watson

Ça me les casse. Je vais défoncer cette putain de porte si Paul ne répond pas à son putain de téléphone.

Greg Lestrade

Je t'assiste.

John Watson

Je lui donne encore cinq minutes et j'y vais.

Greg Lestrade

Encore dix minutes et j'appelle Mycroft.

Irene Adler

Tenez-moi au courant.

Greg Lestrade

Ça marche.


« Et voilà, tiens. »

Un verre rempli d'un liquide clair, un glaçon flottant à la surface, apparaît dans son champ de vision alors qu'il s'efforçait de ne pas quitter son cahier des yeux. Sherlock lève le regard en fronçant les sourcils. « Oh. J'ai dit que je ne voulais rien. »

« Allez, » l'encourage Victor en souriant, accompagné d'une inclination du menton presque timide. Comme s'il avait fait quelque chose en sachant que Sherlock apprécierait secrètement, quand bien même il avait refusé de prime à bord. « Ça va baisser ta tension. »

« Je ne suis pas sous tension, » argue sèchement Sherlock, refusant toujours la boisson, observant plusieurs petites gouttelettes s'échapper et s'échouer sur les pages du livre sur ses genoux.

Pourquoi Victor est-il si chiant, aujourd'hui ? Toujours à essayer de le pousser, invitant le génie à faire des choses qu'il ne veut pas ? Ne peut-il pas juste se taire, s'asseoir et procéder à sa session de tutorat, de telle sorte que Sherlock puisse partir ? Ne peut-il pas arrêter d'être aussi attentionné, gentil, envahissant et simplement le laisser tranquille ?

« Tu l'es un peu. » Victor sourit plus largement, n'entendant de toute évidence pas la note d'agacement dans le ton de Sherlock. « Allez. Tu dois te relaxer pour être à ton max et faire de ton mieux pendant ces séances de tutorat, pas vrai ? »

« Non, vraiment, je- » tente à nouveau de décliner Sherlock. Le volume de sa voix menace encore une fois d'augmenter avec l'irritation mais les engrenages dans sa tête se mettent de nouveau en marche, repassant le conversation et suspendant les mots qui se ruent dans sa bouche. Une frénésie d'adrénaline le submerge. Son énervement est délogé par la réalisation.

Sous tension.

Se relaxer.

« C'est de la vodka ? » Sherlock est brusquement alerte, fixant la boisson avec mépris, désormais convaincu qu'il ne s'agit pas d'eau banale et inoffensive. Ses entrailles se tordent au souvenir de la dernière fois que de l'alcool a couru dans son système. Le verre face à lui paraît lui rendre une œillade provocatrice.

Il t'a bourré, rejoue la voix de John dans sa boîte crânienne. Sherlock se mord l'intérieur des joues pour enfermer dans sa bouche le La ferme qu'il veut crier, même si des piques de compréhension poignardent sa nuque.

« Allez, » répète Victor avec un petit rire, comme si on s'amusait bien, comme si Sherlock était absurde de refuser cette boisson. Sherlock prend note que Victor ne répond pas à sa question. Il secoue le verre dans sa main, la glaçon frappe les parois tink tink tink, et le vert de ses yeux flashe encore. Quelque chose de froid et amer traverse ses traits en moins d'une seconde. Mais Sherlock l'a vu, il a vu la courbure des lèvres tandis qu'il contemple le génie avec les émeraudes qui lui servent d'iris.

Je sais que tu crois qu'il est ton ami et c'est dur de voir le mauvais côté de ses amis.

« Je suis très bien comme ça, » déclare Sherlock avec plus de fermeté que voulu. Il recule dans le canapé jusqu'à cogner l'accoudoir et cherche du regard le visage de son partenaire de chimie, s'attendant soit à un abandon, soit à une autre boutade incitatrice.

Mais ce que le bouclé rencontre est toute autre chose.

Quelque chose qu'il n'avait jamais vu sur ce visage qu'il pensait pourtant connaître. Quelque chose que Sherlock n'a pas remarqué avant cet instant. D'un coup, ce que Mycroft, Irene, John ont dit n'a plus d'importance. Car Sherlock peut le discerner, aussi évident que le nez au milieu de la figure. Sherlock le voit.

Sherlock sait.

La réalisation de cette vérité pourrait si facilement déchirer son monde, ouvrir le sol en deux et l'avaler, le statufier comme les matins friquets de Londres, le laisser sur place, en état de choc.

Oh Seigneur.

Qu'a-t-il raté ?

Qu'a-t-il ignoré ?

Qu'a-t-il fait ?

Victor soutient son regard, aiguisé comme un rasoir, plus par rage que par lassitude de la répétition, les lèvres pressées en une fine ligne incolore, les doigts blancs autour du verre dans sa main. Et soudainement, il n'est plus cet idiot qui ne comprend rien à la chimie, n'est plus le jeune homme timide qui a demandé l'aide de Sherlock, n'est plus l'ami éternellement redevable quand ce dernier a accepté. Soudainement, il n'est plus le mec sympathique avec lequel Sherlock avait tissé des liens pendant la fête. Soudainement, il est quelqu'un que Sherlock ne veut pas connaître.

Soudainement, Victor Trevor est quelqu'un de parfaitement différent.

« Prends ce verre, Sherlock. »

Le ton est si glacial que Sherlock en frissonne presque, s'infiltrant dans ses os et gelant ses moelles.

Et juste comme ça, une pièce de puzzle s'imbrique dans l'esprit de Sherlock, sonnant immédiatement l'alarme. Les déductions filent à toute vitesse dans sa tête, balayant le peu de pensées cohérentes qui lui restait, pour comprendre le garçon en face de lui. Ce nouveau garçon. Ce garçon qu'il a totalement loupé.

C'était tellement clair que c'en est frustrant.

Sherlock se flagellera plus tard d'être passé à côté mais pour le moment, son cerveau est occupé à cataloguer ces nouvelles données qu'il glane, étudiant sous la moindre couture ce jeune homme parfaitement coiffé, d'un style extrêmement similaire à celui dont il s'était paré à la fête, habillé d'une chemise fraîchement repassée et d'un jean ajusté et avantageux, les cheveux très bien domptés, sans doute à coup de produits coûteux.

Ce n'est pas l'apparence d'un barrista tout juste sorti du café et qui n'a eu que vingt minutes pour se préparer. Ce n'est pas l'apparence d'un employé éreinté par son tout premier jour de travail.

Victor a eu le temps de se faire beau. Victor attendait ça.

Et Victor ne travaille définitivement pas dans un café.

Alors pourquoi...

Ah.

Bien sûr.

Dix-neuf heures.

Suffisamment tard pour qu'une boisson alcoolisée ne paraisse pas suspecte, mais assez tôt pour que la soirée ne tourne pas court et se termine trop rapidement. Et ils sont... oui, ils sont seuls. Paul ne semble pas être à la maison.

Et Victor ne donne absolument pas l'impression d'être intéressé par ses leçons de chimie.

Je pense tout simplement que tu ne le connais pas suffisamment pour savoir de quoi il est capable.

Bon sang, c'est pourtant si évident, désormais. Sherlock se déteste quelque peu de ne pas avoir compris plus tôt. Mais plus que tout, il se déteste de ne pas avoir cru John.

Oh mon Dieu.

John.

« Non, » tranche-t-il finalement, après une longue minute de silence, croisant avec détermination les bras sur son buste. « Je ne boirai certainement pas ça. »

Quelque chose bouge, au coin de l'œil de Sherlock mais ça passe trop vite pour qu'il puisse l'identifier. C'est peut-être un branche qui a frémi, un objet ou quelque chose qui rôde autour de la maison. En revanche, il ne rate pas la contraction de la mâchoire de Victor alors que celui-ci grince des dents et lui tend davantage la boisson.

« Prends-le, » murmure doucement Victor mais les mots percent les tympans de Sherlock. Il n'a pas perdu de mordant malgré la perte de volume et quelque chose semblable à de l'adrénaline s'écoule dans ses veines.

C'est un peu dangereux, de se dresser contre un homme en colère, mais Sherlock n'a jamais été du genre à fuir la bataille, il ne va assurément pas commencer aujourd'hui. Il est sûrement rouillé, après ces mois en compagnie du tendre John Watson. Mais son cerveau retrouve facilement son mode combatif, toutes ces années de passages à tabac ne s'évaporent pas si facilement. Il bombe le torse, relève fièrement la tête et défie stupidement Victor Trevor de faire quelque chose.

C'est insensé, rien de plus qu'une question d'orgueil, mais il doute que Victor lui mettra son poing dans la figure. Et même si les choses en venaient aux mains, Sherlock a déjà calculé la sortie la plus stratégique.

Mais il ne pense pas que ça se déroulera ainsi.

Victor, sous ses produits capillaires et ses vêtements de designer, n'a rien d'un guerrier. Il est soigné et propre. Veut tout garder en ordre. Pas besoin d'attaque physique. Il est un acteur, pas un cogneur. Il n'utilise pas ses poings pour obtenir ce qu'il désire. Il n'aurait pas planifié toute cette soirée s'il pensait qu'un corps à corps avec Sherlock serait efficace.

Et si Sherlock a raison, ça prouve que Victor le veut simplement désorienté et incapable de se tenir sur ses jambes. Il veut embrumer ses facultés et lui faire accepter ce qu'il refuserait en temps normal.

Comme boire un verre de vodka, par exemple.

« Non, » réplique encore Sherlock, s'asseyant plus confortablement dans le sofa. Sa curiosité a raison de lui, menton en l'air, trop confiant pour son propre bien. Il se demande combien de temps il devra patienter avant que la preuve formelle lui soit livrée.

Pas bien longtemps.

Un autre mouvement attrape son regard et Sherlock suit la trajectoire du verre que Victor amène presque jusqu'à sa bouche, aperçoit les restes d'une minuscule capsule blanche qui se dissout en micro bulles de carbones avant de totalement disparaître dans le liquide clair. Une substance inconnue dans un verre qu'il lui offrait nonchalamment comme un verre d'eau.

D'un coup, plus rien de tout ça ne l'intrigue.

Déglutissant difficilement, Sherlock ignore la brûlure intenable de sa gorge tandis que des frissons de terreur incontrôlés se répandent sur son corps, de son cuir chevelu à ses empreintes digitales. La menace d'être drogué de force est imminente, la menace de perdre son contrôle. Il craint la descente d'organes, tellement sa transpiration est glacée, retournant ses tripes et drainant toute couleur de ses joues.

Dieu Tout-Puissant.

C'est si flagrant, maintenant, sous l'apparence parfaite et propre de Victor. Malgré tout, la réalisation vient comme un boulet de canon dans son esprit, désaxant Sherlock et le laissant désorienté, flottant dans une vérité qu'il refusait de voir. Sa bouche est brusquement sèche et cotonneuse alors qu'il fixe le liquide qui l'attend, à quelques centimètres de ses lèvres.

Victor a prévu de le droguer.

« T'es plus coincé que je le pensais. » Le ton calme de Victor claque dans l'air. Son partenaire de chimie recule légèrement, éloignant finalement le verre saboté du visage de Sherlock. La voix de Victor est plus basse que d'habitude, son corps adopte une tenue moins guindée, ses traits s'assombrissent, imperturbable tel un prédateur, rigide et détaché comme si Sherlock n'était rien.

Et bien qu'il le voit désormais clairement, qu'il le voit au grand jour, qu'il voit finalement son partenaire de chimie pour ce qu'il est vraiment, ça n'empêche pas la cruauté des mots de Victor de se planter en lui, semblables à un couteau, le découpant sans merci. Les regards méprisants, les surnoms infâmes, la fureur ambiante du lycée lui reviennent.

« Ouais, tu m'en vois désolé, » grince Sherlock sans jamais quitter Victor des yeux, il ne parvient plus à retenir ses répliques automatiques.

Les lèvres s'étirant en un rictus écœurant, révélant une rangée de dents sublimement blanches, comme si la tentative de Sherlock de contrer n'était qu'une blague, les pupilles de Victor luisent. « Tu te crois malin, hein ? T'as été un sacré allumeur, tout le semestre. Comme si tu étais un prix à remporter. Qui penses-tu être ? »

Et Sherlock, malgré la menace si présente, ne peut pas s'en empêcher.

Il rit.

Fort.

Un éclat de pure condescendance qui résonne dans toute la pièce, les surprenant tous deux. Mais Sherlock ne peut plus se contenir. « Un allumeur ? » Sherlock observe l'autre, surpris et déstabilisé. « Tu pensais sérieusement que j'étais intéressé par toi ? » Un nouveau gloussement fleurit sur ses lèvres quand Victor rougit de manière parlante. « Qu'est-ce qui a bien pu te mettre ça en tête ? »

Un tiraillement vicieux déforme sévèrement le visage de Victor, ses yeux émeraudes irradient presque d'un brasier interne. « T'es qu'un putain de taré, » assène Victor entre ses dents. Les mots ont clairement l'intention de blesser autant qu'il le font réellement. « Je t'ai proposé d'être ton ami, Sherlock. Ton ami. Combien de personnes s'en sont donné la peine, hein ? Ouais. Personne. Tu n'es qu'un loser qui se pavane sur le campus comme s'il était plus intelligent que qui que ce soit alors que je suis sûr que tu ne t'es jamais pris de bite dans le cul. T'es qu'un pathétique petit puceau qui ne fait pas illusion. Et finalement, quelqu'un te témoigne de l'intérêt, je te témoigne de l'intérêt. Et c'est comme ça que tu me remercies ? »

« Je suis désolé de refuser d'être drogué, » gronde Sherlock, rassemblant ses affaires au sol et les fourrant dans son sac pour cacher le tremblement de ses mains. La rage et la peur luttent pour le dominer. Les paroles acerbes de Victor se répercutent en lui plus qu'elles ne devraient. Il ne s'était pas rendu compte que ne pas être victime d'un tel discours pendant si longtemps pouvait s'avérer aussi dangereux quand ça se reproduit finalement. On ne lui a pas parlé ainsi depuis qu'il est entré à la fac. « Je suppose que c'est à ce moment que le 'taré' s'effondre et cède. Mes excuses, je n'ai pas reçu le memo. »

« Oh, allez, » s'emporte brutalement Victor. « Tu crois vraiment pouvoir endurer ça sans un coup de main chimique pour détendre ton petit cul serré ? » Il secoue la tête comme si Sherlock n'était qu'un con dont il devait prendre soin. « J'essayais simplement d'aider, Sherlock. Je savais que tu adorerais te faire baiser une fois qu'on aurait commencé. »

« Génial. » Sherlock bourre ses livres dans son sac, retenant désespéramment les larmes qui s'accumulent. Il ne veut pas les laisser couler avant d'être sorti de cette maison. Son pouls est si effréné dans sa gorge qu'il songe vaguement qu'elle pourrait exploser. Le cru des mots de Victor le rend malade. « Bonne chance avec la chimie. Tu en auras plus que besoin, sans mon aide. »

« Oh pitié, je n'ai pas besoin de toi, » pouffe Victor alors que Sherlock le contourne, remerciant sa bonne étoile que Victor n'ait pas profité de leur brève proximité pour le saisir. Il ne sait honnêtement pas s'il aurait été capable de se battre, tremblant comme il est. « Où tu crois aller? »

« Loin de toi, » marmonne Sherlock, enfilant son sac sur son épaule et s'avançant vers la porte. Il entend un nouveau caquètement derrière lui.

« Tu es sérieux, le taré ? Tu fuis, maintenant ? T'es sûr de pas vouloir rester et profiter ? »

« Va te faire foutre, » jappe Sherlock, main sur la poignée.

« Ouais, c'est ça. Cours, gamin, » ronronne Victor. « Rentre à la maison retrouver ce bon vieux Johnny Boy. »

Ça a le mérite de le faire s'arrêter net, cette manière dégoûtante dont Victor a prononcé le surnom du joueur de rugby. Le fait que Victor dise le nom de John tout court, d'ailleurs. Et il se hait d'avoir dévoilé ce point de faiblesse, même le temps d'une demie-seconde, parce que Victor l'a vu. Il prend l'avantage tandis que Sherlock tente d'ordonner à ses pieds de se mouvoir. Son souffle l'abandonne lorsqu'il entend les bruits de pas de Victor se rapprocher.

« Oh, Seigneur, » chuchote Victor, accompagné du gloussement le plus malsain que Sherlock ait jamais entendu. « Oh, c'est si pitoyable. C'est pour ça ? C'est à cause de John que tu ne te donnes pas à moi ? Crois-tu sincèrement que John te veut ? »

C'est comme si une épaisse couche de glace recouvrait ses chevilles, le statufiant sur place, ne l'autorisant pas à bouger d'un centimètre, même en sentant l'haleine moite dans son cou, même alors que ce serpent se faufile toujours plus près et enroule ses mots autour de ses poumons.

« Tu pensais bien le cacher, pas vrai, chéri ? Tu pensais que personne ne savait ? Tu pensais que le monde ignorait ton ridicule petit crush ? »

Le surnom traditionnellement affectueux révulse l'estomac de Sherlock mais il est toujours incapable de faire le moindre geste, trop assommé par la révélation que son secret le plus précieux est en réalité connu par un être humain aussi vil. La douleur de la vérité lui saute à la gueule, une pensée qu'il pensait bien à l'abri dans sa tête.

« Tu n'es franchement pas discret, » susurre Victor à son oreille. Sherlock peut sentir ses lèvres frôler son lobe et la nausée monter. « Sérieusement, Sherlock, te rends-tu compte de qui est John Watson ? »

Il veut courir. Débouler hors de cette maison et ne plus jamais y mettre les pieds. Effacer le son de la voix de Victor qui se moque de ses sentiments pour son colocataire et l'humilie.

Mais ses jambes ne semblent pas capables de réceptionner les ordres hurlés par son cerveau. Alors il reste là, immobile, piégé entre le monde extérieur et l'enfer qu'est la maison de son partenaire de chimie, sans savoir ce qui le retient, sans savoir ce qui l'empêche de partir. Il a l'impression de mériter chaque mot qui se plante dans son cœur.

Ce n'est pas comme si Victor avait tord.

« C'est un joueur de rugby, Sherlock, » continue Victor, se délectant visiblement du blocage de Sherlock, profitant du silence du génie pour l'enfoncer, le réduire à une poussière insignifiante. « Un mec bien foutu, sexy comme pas permis, » soupire Victor. « Nom d'un chien, j'aurais jeté mon dévolu sur lui, si je l'avais pensé de ce bord-là. Emmener cette magnifique créature dans mon lit, l'y allonger et le baiser bien comme il faut. Ces cheveux blonds et ces yeux bleus ? Merde, je l'aurais même laissé me baiser. »

La possibilité que du vomi s'échappe de sa bouche est trop tangible. Même avant les larmes.

« Mais toi ? » pouffe Victor à son oreille. « Quelle blague. Il ne voudra jamais sauter un taré dans ton genre, Sherlock Holmes. Prend mon offre, si tu veux un jour avoir la chance de perdre ta virginité. »

« Même dans un million d'années, je ne te laisserais jamais poser la main sur moi, » murmure Sherlock, mais la conviction commence à lui manquer.

« Je n'en serais pas si sûr, » chantonne diaboliquement Victor et Sherlock entend son rictus. « Tu reviendras plus tôt que tu ne le penses. Parce que je te promets une chose, Sherlock : John Watson ne voudra jamais de toi. »

Et juste quand ses genoux menacent instamment de céder sous le poids des vérités de Victor, menacent de le faire s'écrouler et de le laisser à la merci de ce monstre, la porte s'ouvre, extrayant Sherlock de sa transe statique. Il s'arrange tout juste pour ne pas rentrer dans Paul, hâtif qu'il est de sortir d'ici, haletant des cascades de larmes sur ses pommettes.

« Oi, fais gaffe-... Sherlock ? »

Il l'entend mais n'y prête pas attention, pas quand il peut finalement respirer de l'air frais, qu'il peut sortir, qu'il peut finalement courir et courir et courir, dévaler les escaliers, traverser la rue, tourner à l'angle, loin de ce bâtard de Victor Trevor et de toutes les douloureuses vérités qu'il lui crache. Ses entrailles sont mises au supplice, nouées et essorées, prête à le faire dégobiller comme jamais à tout instant.

Il ne sait pas pendant combien de temps il court, ne sait pas combien de fois ses pieds ont frappé le sol. Mais quand il finit par s'arrêter, appuyant son dos contre un mur en briques et inspirant comme un marathonien, il réalise la rudesse de sa situation.

Il n'a nulle part où aller.

Il ne peut pas... Il n'est pas... Pas quand... pas quand John...

Oh Seigneur.

John.

C'est insoutenable de juste penser son nom, de juste entendre les quatre lettres carillonner dans son crâne. Avant de pouvoir s'en dissuader, avant de pouvoir y réfléchir, avant qu'il ne se rende compte de l'inutilité de son action, la main de Sherlock s'enfouit dans sa poche et en sort son portable, le déverrouillant et tapant le nom du contact dont il a besoin. Il épingle le bouton d'appel d'un pouce porté par la force du désespoir et lève le téléphone à son oreille. Il n'a pas à patienter longtemps avec que la personne au bout du fil ne décroche et une voix familière s'échappe de l'écouteur.

Et Sherlock relâche avec soulagement le souffle qu'il bloquait. Entendre la voix de quelqu'un d'autre que Victor Trevor ôte une corde de sa gorge.

Il ferme les yeux et exhale son nom, remerciant Dieu qu'il ait encore une amie en ce monde. Une amitié qu'il n'a pas encore royalement foutue en l'air.

« Irene? »


Paul Dimmock

Merde, désolé. J'étais parti faire un footing.

John Watson

Où est Sherlock ?

Greg Lestrade

Sherlock est là ?

Irene Adler

Tu as vu Sherlock ?

Paul Dimmock

Oi, vous êtes trois à me poser la même question, je n'avais besoin que d'un message.

Paul Dimmock

Il est parti pile au moment où je suis arrivé. Il m'est presque rentré dedans, d'ailleurs.

John Watson

Il va bien ? Il a dit où il allait ?

Paul Dimmock

Non, il n'a rien dit du tout. Mais il n'avait pas l'air très joyeux.

John Watson

Ça veut dire quoi ?

Greg Lestrade

On aimerait bien avoir plus de détails, Paul.

Paul Dimmock

Il n'avait pas l'air d'avoir peur comme je pensais qu'il le serait. Juste... triste ? Sans doute un peu en colère ?

John Watson

Merde. Dis-lui de revenir au dortoir.

Paul Dimmock

Il est parti, mec. J'ai essayé de le rattraper mais je n'ai pas vu quelle direction il a prise. Il est parti.

John Watson

PUTAIN

Greg Lestrade

J'appelle Mycroft. Il devrait avoir les ressources nécessaires pour le traquer.

Irene Adler

Sherlock m'appelle.

Greg Lestrade

QUOI ?

John Watson

Il T'appelle ?

Irene Adler

Oui. Nous sommes AMIS, tu sais.

John Watson

Je sais, j'espérais juste qu'il aurait choisi quelqu'un d'autre.

John Watson

Peu importe. Il est en sécurité, maintenant.

Irene Adler

Je lui parle, en ce moment. Je reviens vers vous dès que j'en sais plus.

John Watson

S'il te plaît, dis-lui de revenir à la maison. S'il te plaît.

Irene Adler

J'y travaille.


« Tu vas bien ? »

La voix d'Irene est assez exigeante et Sherlock tente de calmer ses halètements. Il est soulagé par la familiarité que représente Irene Adler. « Oui, » murmure-t-il dans le microphone.

« Que s'est-il passé ? »

« Rien. »

« Non, » jappe immédiatement Irene. « Ne me dis pas qu'il ne s'est rien passé, Sherlock. Tu ne m'appelles jamais. Je ne sais même pas si tu m'as déjà envoyé un texto. Dis-moi ce qu'il s'est passé. »

Soupirant de résignation, Sherlock passe une main tremblante dans ses cheveux et remercie silencieusement son interlocutrice du temps de répit qu'elle lui accorde. « Rien, » réitère-t-il, puis ajoute : « Pas grand chose. » Il inspire une nouvelle goulée d'air pour apaiser les battements de son cœur, pour reprendre le contrôle avant d'admettre : « J'ai simplement... Tu avais raison. Sur Victor. »

Il y a une pause puis la voix à l'autre bout du fil grogne, sombre et féroce comme Sherlock ne l'a jamais entendue. « Qu'est-ce qu'il a fait, bordel ? »

Irene sonne furieuse et Sherlock est presque tenté de sourire. Sa gorge se resserre et des larmes de reconnaissance piquent ses yeux. « Il... Techniquement rien, mais il... il a essayé. Je, uh- je m'en suis rendu compte avant que ça ne se produise et je suis parti. »

« Est-ce qu'il t'a touché ? »

« Non. »

« Sherlock. »

« Il ne m'a pas touché, » affirme Sherlock avec plus de conviction, déglutissant pour humidifier sa gorge cartonnée. C'est la vérité et il ne préfère pas donner de détails. Pas maintenant. Pas quand c'est encore si frais. « Vraiment. Il n'en a pas eu le temps. »

Le silence l'accueille puis Irene souffle. « Tu devrais rentrer chez toi. »

Légèrement décontenancé, Sherlock fronce les sourcils. Ses tripes s'agitent rien qu'à l'idée. « Quoi ? »

« Rentre chez toi. Retourne à ton dortoir. »

« Oh. » Le cœur de Sherlock tombe dans son ventre. La douleur de ce qu'il y trouvera est trop. « Je... je ne peux pas. »

« Sherlock, s'il te plaît, » déclare Irene d'un timbre affecté. « Je... je ne veux pas que tu traînes dans les rues. Pas quand... pas après tout ça. Et si Victor te suivait ? »

« Je ne pense pas- »

« Juste, s'il te plaît. S'il te plaît, mets-toi à l'abri. Pour ma tranquillité d'esprit, retourne à ton dortoir, s'il te plaît. »

« Irene, tu ne comprends pas, je- »

« Sherlock, » le coupe-t-elle à nouveau et son ton est sans appel. « Ça ira. Peu importe ce qui te fait croire que tu ne peux pas y retourner, ça ira. Mais s'il te plaît, rentre à la maison. »

Il cherche une excuse qui ne nécessiterait pas qu'il explique le problème, une raison à donner sans exposer l'idiotie de ce qu'il a fait, de ce qu'il a dit. « Je... tu ne sais pas, Irene, je... j'ai... j'ai dit des choses- »

« Ça n'a aucune importance. Rentre chez toi. Sérieusement, crois-moi, okay ? J'avais raison à propos de Victor et j'ai raison là-dessus aussi. Rentre à la maison. »


Irene Adler

Il retourne au dortoir. Je n'ai pas été très gentille avec lui, alors tu ferais mieux de te dépêcher à t'y rendre aussi.

John Watson

Il va bien ?

Irene Adler

Physiquement, oui. Mais il est sacrément chamboulé. Victor est un connard.

John Watson

Irene. Est-ce qu'il va bien.

Irene Adler

Pour autant que je sache, avec ce qu'il a accepté de me dire, il ne s'est rien passé. Mais je pense que Victor lui a dit des choses pas jolies-jolies. Mais je ne pense pas qu'il l'ait touché.

John Watson

Merci Seigneur.

Irene Adler

Il va bien. Il est juste... triste. Rentre et va le voir, okay ? Il a besoin de toi.

John Watson

Je suis sur la route. Merci, Irene.

Irene Adler

De rien.


Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi seul au monde.

Après tant d'années passées dans la solitude, tant d'années à bâtir des murs pour instaurer une distance entre les autres et lui, tant d'années pour apprendre à être totalement indépendant. Il avait déduit, si jeune, que c'était la meilleure solution, la plus pratique. Être seul était sûr. Aujourd'hui, Sherlock ne peut plus s'imaginer cette vie qu'il a pourtant vécue si longtemps. Il ne peut plus la voir, ne peut plus se figurer le gamin de lycée, tabassé et humilié chaque jour, ne peut pas se souvenir de ce qu'il ressentait lorsqu'il gardait la tête haute et ignorait tout et tout le monde, ne s'inquiétait que pour lui, ses envies, ses besoins, s'arrangeait pour ne jamais se reposer sur qui que ce soit. Il ne peut plus se souvenir du gosse qu'il était.

Parce que ce gamin est entré à l'université, a déménagé dans une chambre de dortoir et a posé les yeux sur John Watson. Et depuis ce jour, ce tout premier jour où le blond est entré dans sa chambre, le monde entier de Sherlock a changé.

Tout.

De ses habitudes alimentaires à son programme de la journée en passant par sa routine de travail. Chaque petite facette de la vie de Sherlock s'est fragmentée peu à peu, si subtilement, si imperceptiblement qu'il l'a à peine remarqué. Les petites pièces se sont écartelées puis se sont rassemblées, se polissant, se recréant pour changer le centre de l'univers de Sherlock, le désaxer de lui-même au profit d'un autre, quelqu'un d'inexplicablement important, quelqu'un autour duquel Sherlock gravite désormais, en orbite, se mouvant en même temps, dirigeant chaque pièce de sa vie dans la direction de cette unique entité, ce seul être, ce magnifique garçon.

John Watson.

Et si naturellement, selon le schéma habituel de sa chance, la compréhension du chamboulement de sa vie arrive alors qu'il l'a déjà perdu. Quand il s'est déjà impardonnablement comporté comme un connard. Quand il a déjà perdu John Watson à tout jamais.

Déverrouillant la porte de la chambre qu'ils partagent, le souffle bloqué dans la gorge, Sherlock est à la fois soulagé et déçu de trouver la pièce vide. Le silence le frappe de plein fouet. L'idée que John est tout simplement parti sans faire de scène permet au lâche en lui de mieux respirer.

Ces deux pensées s'entrechoquent dans sa poitrine, provoquant le plus hideux sanglot qu'il ne s'est jamais autorisé à émettre. Mais à cet instant précis, il lui semble que son ego peut bien aller au diable, car la porte se referme et il est seul, il est seul et, Seigneur, que ça fait mal.

Pourquoi est-il même ici, putain ? Pourquoi a-t-il écouté Irene ? Pourquoi ne fait-il que des conneries ? Il jurerait avoir entendu quelque chose de tacite dans la voix de son amie, quelque chose qu'elle ne pouvait pas dire, quelque chose. Mais il est plus que probable qu'il ait fabulé, comme tout ce qui est bien dans sa vie, il a dû le faire mûrir dans sa tête, a désiré si fort que son esprit a fait le reste. Et maintenant, il est ici. Seul. Si putain de seul.

Rampant à l'intérieur alors que sa vision est floutée de larmes honteuses, les genoux menaçant de lâcher et de l'étaler par terre, Sherlock pose une main sur son lit pour se maintenir debout, la poitrine lourde et un feu ravageur dans la gorge, accompagné de pleurs d'agonie silencieux, réminiscence de son amitié perdue. L'amitié qu'il a intégrée à sa vie, qu'il a laissée le consumer, qu'il a laissée l'aveugler des immondes créatures telles que Victor putain de Trevor à qui il a ouvert un passage, parce que le joueur de rugby blond vivant dans sa chambre lui a ouvert les yeux sur un monde débordant de possibilités, de connexions qui auraient pu le rendre meilleur, rendre la vie de solitude meilleure. Mais qui, finalement, l'ont rendu avide de nouveaux amis, lui ont fait croire que d'autres personnes semblables à John Watson existaient.

Quelle stupidité.

Il n'y a qu'un John Watson.

Et Sherlock l'avait. Sherlock était devenu quelqu'un aux yeux de John, un facteur d'importance, une sorte de lien. Ils étaient connectés.

Ils étaient devenus amis.

Meilleurs amis.

Et aujourd'hui, c'est trop tard.

Aujourd'hui, il a laissé sortir sa fierté et son égoïsme et il a tout gâché à cause d'un bâtard qui ne désirait rien de plus que son corps. Pas son cerveau, comme John, pas ses expériences, comme John, pas son acidité, sa condescendance, son insolence, comme John.

Et autant que Sherlock veuille blâmer Victor de l'avoir trompé, le blâmer pour la perte de la chose la plus importante qu'il ait jamais eue dans sa vie, il ne peut pas. Car il sait que c'est faux.

Sherlock sait que c'est de sa faute.

Et ça se serait peut-être produit sans ce déclenchement. Peut-être que John et lui n'étaient pas faits pour être plus qu'une petite amitié de quelques mois. Peut-être est-ce le sort que leur réservait le destin. Peut-être que leur situation était faite pour prendre soudainement fin, et tragiquement pour Sherlock Holmes.

Mais ça n'a plus d'importance, désormais.

Contemplant les larmes qui dévalent ses joues et atterrissent sur le matelas, Sherlock laisse sa vulnérabilité l'avaler encore quelques minutes. Juste quelques minutes, tant que personne n'est là pour le voir. Sherlock pleure la perte de son premier, et meilleur, ami John Watson. Il pleure les magnifiques mois qu'ils ont passé ensemble, le lien parfait qu'ils avaient tissé. Il pleure les sourires francs et aveuglants, les yeux cobalts, ronds et scintillants, les rires tonitruants. Il pleure les dîners tardifs, les gloussements taquins, les oscillations affectueuses du crâne. Bon sang, ça fait encore plus mal qu'il ne l'avait cru, le vide de son cœur qui se creuse sans cesse, ses bordures prêtes à l'aspirer tout entier, sans faire montre de la moindre merci, non pas qu'il le mérite. Il ressent la douleur jusqu'au bout de ses orteils, elle écrase son corps de la mort de son amitié.

Essuyant son nez et ses pommettes d'un revers de manche, la lèvres inférieure tremblant toujours délicatement, Sherlock tente de redresser sa silhouette envahie de frissons, luttant contre le besoin de se rouler en boule pour l'éternité, et il pivote, les paupières closes, se préparant à regarder le côté de la chambre de John. Il se donne une dernière impulsion, espérant que John ait au moins laissé un petit quelque chose derrière lui, quelque chose que Sherlock pourrait serrer et enlacer, pour se souvenir de lui.

Une inspiration presque stable plus tard, il ouvre ses yeux gonflés, la vue brouillée un instant avant que la surface de sa cornée ne se renouvelle et qu'il puisse voir.

Et il s'aperçoit que tout du côté parfaitement rangé de John est encore en place.

Tout.

L'ordinateur de John repose sur son bureau, fermé et parfaitement centré, le chargeur replié à proximité. La chaise de John est toujours imbriquée sous le meuble, dans l'exacte position qu'elle occupait quand Sherlock est parti. Les vêtements parfaitement pliés de John obstruent encore son lit, triés en piles, les chaussettes, puis les boxers, les t-shirts à gauche, les jeans à droite, les chemises au milieu, à plat, prêtes à être pendues dans le placard.

Peut-être que John s'est enfui.

A laissé toutes ses affaires, tous ses biens contaminés par son odieux colocataire, et est parti pour de bon. Peut-être qu'il était si furieux qu'il n'a rien pris d'autre que son téléphone et a foutu le camp. Peut-être qu'il ne reviendra jamais.

Peut-être est-ce mieux ainsi.

Et c'est sûrement le cas, mais les pupilles de Sherlock poursuivent leur inspection, bloquant sur l'uniforme de John, sur l'oreiller, également plié à la perfection, le maillot sur le short, de sorte à montrer fièrement le numéro 3 qui en décore le dos et les six lettres quelque peu mangé par la pliure.

WATSON.

Plantant ses dents dans sa lèvre qui frémit en voyant le fameux uniforme, celui qui a éveillé en Sherlock une sensation qu'il ne soupçonnait pas, celui qui accentue si bien la physionomie parfaitement musclée de John, celui qui provoque des rêves inavouables pendant les nuits de Sherlock. Il s'autorise, rien que pour cette fois, à tendre le bras et à frôle du bout des doigts le tissu blanc, en retrace les lignes.

Et avant d'être conscient de ce qu'il fait, avant de pouvoir s'en retenir, Sherlock referme sa main sur le coton et le tire à lui, ajoutant son deuxième poing. Il y enfouit son visage de nouveau baigné de larmes et inhale. Son organisme est pris d'un afflux de phéromones. La douce odeur de lessive et de quelque chose qui ne peut appartenir qu'à John l'inonde et perce une brèche. Un autre sanglot s'échappe de sa bouche et il appuie davantage le maillot sur sa face. Comme il étreindrait John.

Fort. Si fort.

Sans son consentement, ses doigts laissent retomber le t-shirt sur le lit et s'empressent de déboutonner sa chemise, la passant par dessus sa tête quand l'opération se révèle trop lente, puis ressaisit le vêtement blanc et noir dans sa poigne.

Sans plus y penser, il l'enfile.

Il glisse sur sa peau comme de la soie.

C'est trop large, bien sûr. Mais ça n'a pas d'importance, parce que c'est chaud et si doux et tellement John, comme si John enroulait ses bras autour de lui, le touchant avec tendresse et révérence. Seigneur, comme il aimerait que John l'enlace. Le câline et le garde.

Mon Dieu, comme Sherlock aimerait que John le garde.

Tête pendante, laissant ses larmes percuter le sol carrelé tout en s'assurant qu'elles ne salissent pas le t-shirt qui drape ses épaules, le corps de Sherlock se sent comme apaisé, bercé par le vêtement de ce garçon auquel il tient tant, roulant entre ses doigts l'ourlet avant. Il ne savait pas qu'un bout de tissu pouvait être doté d'une telle capacité, pouvait le déchirer en deux. La première moitié est celle de son cœur battant dans sa cage thoracique, galvanisé par le sensation du tissu fantasmé sur son épiderme caressant tout ce qu'il peut effleurer avec tendresse. Qui se rappelle que John le porte, que John en est le propriétaire. Sherlock aimerait devenir ce maillot. Alors, il pourrait rester avec John. Pour toujours.

Et puis, il y a cette autre moitié. Cette moitié qui menace de l'écarteler car il ne pourra plus jamais avoir cela. Il ne portera plus jamais ce t-shirt, après cette fois exceptionnelle. Il ne le reverra probablement même plus jamais, ni le garçon auquel il appartient. Il n'en sera plus enveloppé ainsi, ne sera plus jamais enveloppé par John.

C'est le plus proche qu'il n'a jamais été de toucher John.

C'est presque comique, pleurer pour quelqu'un qui n'a en réalité jamais été sien. Il en rirait, si ce n'était pas si tragique. Mais peut-être peut-il avancer, maintenant. Peut-être peut-il tourner la page sur sa bête obsession pour un joueur de rugby qui n'aurait pas voulu de lui, de toute façon. Peut-être peut-il arrêter de penser à son ridicule petit crush, comme l'a adorablement souligné Victor.

Cette pensée sonne creuse. Il sait que c'est faux. Il sait que ce qu'il éprouve pour John Watson est au-delà du crush ou du coup de foudre.

Mais ce n'est plus important maintenant, n'est-ce pas ? C'est fini.

Le trou de sa poitrine lui extorque une dernière paire de larmes jumelles qui cascadent et s'écrasent par terre. Sherlock ferme les paupières, ses empreintes digitales survolent la couture de l'ourlet, le chiffre géant et les six lettres capitales s'impriment dans son dos comme une marque au fer blanc, acceptant d'être possédé et malgré tout, de ne plus faire l'objet de l'affection de John Watson.

Et peut-être que si Sherlock n'avait pas été aussi absorbé par son chagrin, s'il n'était pas dévoué corps et esprit à cette étreinte de John Watson par procuration, eh bien...

Il aurait entendu le loquet de la porte retentir.

Et il l'aurait entendue s'ouvrir derrière lui.

Et peut-être, juste peut-être, aurait-il entendu les deux pas qui suivirent, le halètement surpris, et la porte que se referme avec un claquement de tous les diables.

Et puis peut-être qu'il aurait été prêt pour les cinq mots qui résonnèrent ensuite, le tirant de sa transe obscure de désespoir, et qui fit exploser la panique en lui. Car John Watson parle.

« Qu-qu'est-ce que tu fais ? »


La note de fin de Mssmithlove :

Meilleur que le dernier retournement de situation, n'est-ce pas ? Ou... pas ?

MERCI D'AVOIR LU ! Nous partageons beaucoup d'amour sur ma page Tumblr ! Rejoignez-nous ! XO !

Chapitre 12 le dimanche 21 janvier !

Siuan, sanguine et fan de Midna qui plaide coupable, merci de ton écoute face à mes doutes, ta compréhension et ton soutien.

Votre Altesse, je pense que tu sais déjà tout, mais merci infiniment pour tous ces merveilleux rajouts qui font de ce warning quelque chose de complet et d'utile.