Chapitre 11 : Le moment des au-revoirs

Les doux rayons de soleil sur don dos éveillèrent Kaori. Elle reprit doucettement conscience de son environnement. Elle se trouvait dans son lit de la chambre d'hôtel. Jusque là rien d'anormal. Elle éprouvait une douleur au mollet logique, elle s'était faite tirer dessus la veille durant l'épreuve de biathlon amateur. Et son partenaire, dont le bras la tenait par les épaules, ronflait à sa gauche. Cela commençait à devenir une agréable habitude et elle n'allait certainement pas s'en plaindre.

Elle se tourna un peu plus vers lui, souriante, et lui remit une mèche de cheveux en place, caressant son front dans un même mouvement. Ce qui eut pour effet de le réveiller.

— Bien dormi ? questionna-t-elle avec un air angélique.

— Comme un bébé, et toi ? demanda-t-il en s'installant face à elle, sa tête reposant sur sa main gauche et jouant avec la chevelure de sa partenaire.

— Bien. Merci pour ton massage. Dis voir.

— Oui ? dit-il sans la quitter des yeux.

— En te levant, pourrais-tu me passer au moins mon haut de pyjama, s'il te plait ?

En entendant cela, le regard de Ryô se mit à suivre ses courbes tandis que sa main s'arrêta de jouer avec ses cheveux. Effectivement sa partenaire était peu habillée.

— Ryô ? l'appela-t-elle d'une voix qui se voulait menaçante mais qui n'y parvenait pas.

Toutefois, ce dernier remonta son regard rapidement. Son sourire pervers et béat parlait pour lui, il appréciait la vue. Son expression se fit soudain plus sérieuse tandis qu'il se mit à lui caresser le visage.

— Ryô ? interrogea-t-elle surprise par son geste et sentant son cœur bondir dans sa poitrine.

Il posa son index sur ses lèvres pour la faire taire et la fit rougir par la même occasion. Puis, il se pencha vers elle déposa un tendre et bref baisé sur ses lèvres avant de se lever. Très légèrement confuse par ce moment magique, et rougissante, elle porta une main à ses lèvres tremblantes. Ryô venait de l'embrasser.

Elle n'avait rien contre ce genre de tendresse de la part de son partenaire, mais elle n'en avait pas l'habitude. Leur relation semblait finalement bouger et elle en éprouvait une grande joie. Lentement, elle se retourna dans le lit pour s'asseoir et mieux pouvoir l'observer. Elle veilla à ne pas s'appuyer sur sa blessure et remonta le drap un peu plus sur sa poitrine.

— Attention à ta jambe, lui fit remarquer Ryô en lui tendant une chemise.

— Mais, ce n'est pas mon haut de pyjama, fit-elle remarquer.

— Je n'arrive pas à le trouver, et comme le service d'étages ne devrait pas tarder…

— Ce n'est pas grave, ne t'en fais pas et merci, dit-elle en récupérant le vêtement.

Elle enfila la chemise trois fois trop grande de son partenaire tandis que ce dernier s'était tourné pour lui laisser l'intimité dont elle avait besoin.

— Avant, ou après, le petit déjeuner, pourras-tu me changer le pansement ? J'ai de quoi faire dans la trousse à pharmacie rangée dans la salle de bain.

— Bien, Madame. Mais je crois que cela sera pour après, dit-il juste avant que l'on ne toque à la porte.

— Service d'étages !

'Ils sont rapides, je ne les ai pas encore contacté.' songea-t-il.

Ryô alla ouvrir et le valet de chambre fit entrer un plateau roulant recouvert de quoi rester caler une bonne partie de la journée.

— Prenez ce qu'il vous conviendra, c'est la maison qui offre. D'autre part, vous trouverez aussi le journal du jour ainsi qu'un message, expliqua-t-il devant leurs regards éberlués.

Réalisant que la jeune femme n'était que peu vêtue, il se dépêcha d'abandonner le plateau roulant à proximité de la table.

— Un message ? percuta Kaori.

— Oui, répondit-il simplement sans la regarder avant de se diriger au plus vite vers la sortie.

— Attendez ! s'exclama Kaori le stoppant net.

— Vous oubliez votre pourboire, rajouta Ryô.

— Aujourd'hui le service est offert, c'est la moindre chose que je puisse faire, dit-il sans pour autant se retourner avant de fermer la porte derrière lui.

Ryô se tourna vers sa partenaire et remarqua que la chemise offrait un décolleté généreux.

— Tu fais de l'effet avec ce vêtement, partenaire, glissa-t-il en souriant.

— Pourquoi avoir laissé le journal ? demanda-t-elle en rougissant.

— Il m'est avis que ta victoire doit faire la une à moins que ce ne soit la déchéance d'Ikaku et la chute de la Salamandre venimeuse, dit-il en allant le récupérer. Et le vainqueur est … Vainqueur et vaincu se partagent la vedette. Ceci dit l'encart qui t'es réservée est bien plus grand.

— Fais voir.

Ryô reposa le journal sur le plateau roulant et lui amena le tout.

— Pour le moment tu ne te lèves pas, donc tu prendras ton petit déjeuner au lit. Tiens.

Elle attrapa le journal et grimaça en s'apercevant. Elle prenait certes la première page, mais la photo choisit ne lui plaisait guère. En bas de la page se trouvait un encart très petit réservé à l'arrestation d'Ikaku et à la supercherie de Takeshi. La photo avait été prise sur le pas de tir, lors du dernier tir. Son visage montrait certes sa détermination à ce moment précis, mais dévoilait aussi une grimace de douleur. Quant à sa jambe droite sur laquelle elle était plus en appui, elle donnait l'impression de partir vers l'avant comme sous le coup d'un impact.

— Ils auraient peut-être pu choisir une autre photo, râla-t-elle.

— Ben quoi ? Tu es bien sur cette photo. On peut y lire ta détermination.

— Sans doute, mais regardes la bien et tu comprendras.

Observant mieux la photographie, il comprit pourquoi sa partenaire avait râlé.

— Elle a été prise au moment où tu as été touché par l'impact du tir d'Ikaku, c'est cela ?

— Oui.

—D'ailleurs, comment as-tu fait pour rester debout ?

— Avec beaucoup de difficultés je l'admets. Ma jambe n'arrêtait pas de trembler. Je pense que c'est grâce à l'adrénaline. J'ai eu très mal, après, au point de vue sensation, c'est comme si j'avais reçu un caillou lancé par Umibozû… Quoiqu'à bien y réfléchir, avec lui je n'aurai pas pu rester debout.

— Il va apprécier la comparaison, ricana Ryô.

— J'ai reprit la course, je ne voulais pas que l'homme de main de ce vil type gagne. Mais la douleur devenait de plus en plus vive et mes mouvements de plus en plus difficiles, sans parler de mon souffle qui s'amenuisait tout aussi rapidement. C'est à ce moment là que je me suis fait doubler par une première concurrente puis aider par Megumi, sans savoir que c'était elle. Je ne pourrais pas l'expliquer, mais je sais que je connais l'autre jeune femme à m'avoir supporté dans cette difficulté.

— Tu sais quoi, sa silhouette m'est aussi familière et mon radar à … Je ne dis plus rien, fit soudain Ryô devant la forme de la massue qu'il devinait alors apparaître. Tiens, voici le message, il t'est adressé, fit-il pour changer de sujet et lui tendant une enveloppe. Alors que dit-il ?

— C'est un message d'excuse.

— Un message d'excuse ? s'étonna Ryô.

— Oui. Il est écrit par le père d'Ikaku. Il s'excuse de ne pas avoir su élever correctement son fils et me dit qu'il prendra en charge tous les frais afférant à mes soins. De plus, il te remercie pour ta clémence envers son fils.

— C'est un phénomène ce monsieur. Entre sa lettre et les démarches administratives qu'il a faites pour l'orphelinat… Bon, que veux-tu déjeuner ? demanda-t-il en ôtant son tee-shirt.

Kaori, encore sous l'effet du baisé, le dévora du regard avant de répondre.

En fin de matinée, ils gagnèrent l'orphelinat où les enfants se pressèrent auprès de Kaori.

— Faites attention, leur glissa la directrice d'un ton de remontrance.

— Bonjour, Sayaka, dirent-ils.

— Bonjour à vous. Comment vous portez-vous ?

— Bien, merci, rétorqua Kaori. Ryôichi n'est pas ici ?

— Il s'est trouvé un nouveau foyer, répondit-elle en souriant.

— Laissez-moi deviner. Megumi ! commenta Ryô.

— En effet, répondit Toshio.

— Il n'y a rien d'officiel car la procédure est en cours. Ils m'ont dit qu'ils passeraient pour le déjeuner. Restez avec nous et vous pourrez les voir. Cela fera plaisir à Ryôichi.

— C'est que nous ne voudrions pas abuser, dit Ryô.

— Mais vous n'abuseriez pas, loin de là. Et puis les petits seront ravis que vous puissiez rester un peu plus longtemps avant votre départ.

— Grâce à vous tout va enfin s'améliorer. Votre victoire, mais surtout l'élimination de la Salamandre venimeuse nous a retiré à tous une grosse épine du pied. Je suis navré de ne pas avoir été capable de faire bouger les villageois, soupira Toshio.

— Vous avez essayé, c'est le principal, insista Ryô. De plus, vous avez indirectement contribué à cette victoire. Votre acte de bravoure a touché plus de gens que vous ne le pensez.

— Votre sœur m'a beaucoup aidé, souligna Kaori.

— Ma sœur ? Mitsuko ?

— Oui, sourit-elle. À propos, sait-elle que vous êtes de retour ?

— Je … Je n'ai pas encore été la voir pour la même raison que je repoussai mes retrouvailles avec Sayaka. Je ne veux pas lui faire peur.

— Vous ne lui ferai pas peur car là, elle vous reconnaitra, expliqua Kaori en posant sa main sur son propre cœur pour accompagner ses paroles.

— Vous avez sans doute raison, soupira-t-il.

— Ma fiancé a toujours raison en ce qui concerne les émotions humaines, souligna Ryô en attrapant Kaori par l'épaule et la serrant contre lui.

Bien que rouge écarlate devant un tel aveu, Kaori affichait un sourire radieux. Elle avait bien compris le message caché de son partenaire.

— Monsieur Sae… Ryô, se reprit Sayaka, il n'y a pourtant pas de raison de… Elle s'interrompit subitement devant son visage plus que sérieux. Cette fois, l'emploi du terme était devenu légitime.

Ils restèrent finalement pour le déjeuner et purent ainsi saluer Megumi et Ryôichi avant de partir. Ryô occupa tant les enfants avec ses pitreries que le moment des au-revoir arriva bien vite.

Bon gré, mal gré et parmi les pleurs, ce fut l'heure de la séparation. Kaori promis aux enfants de les revoir d'une manière quelconque et dans de meilleures conditions. La jeune Yoko, fut la seule à refuser de les voir partir et resta dans sa chambre. Cependant, c'était sans compter sur le cœur d'ange de Kaori qui, malgré ses béquilles, monta la trouver pour mieux la serrer dans ses bras. Bien que réticente, l'adolescente finit par lui ouvrir sa porte et s'écroula en larmes dans ses bras.

Ce n'était certes pas comme si ils étaient restés ensemble toute une année, mais durant ce court laps de temps où ils s'étaient croisés, Yoko s'était pris d'affection pour ces deux adultes.