Encore un chapitre que j'ai adoré écrire, en espérant qu'il vous plaise tout autant. Bonne lecture!
Chapitre 11 : Trahison et coup d'éclat
- Alors qu'est-ce que tu en penses ?
- Hein ? Ah oui c'est parfait comme ça.
- Harry est-ce que tu m'as écoutée au moins?
- Bien sûr ma chérie, le bouquet, plus de lys donc des pivoines accompagneront les roses, les nappes pas écrues mais blanc cassé, ta cousine Mafalda surtout pas à côté de Fleur, elles ne se supportent pas, résuma-t-il platement en griffonnant deux trois mots sur le nouveau dossier qu'il était en train d'étudier. Tu vois, je t'écoute.
- On dirait que tu t'en fiches, s'agaça Ginny, contrariée.
- Mais non, pas du tout, c'est juste que tout ça, ce ne sont que des détails, soupira le brun.
- Ce ne sont peut-être que des détails mais en attendant, ils ne vont pas se régler tout seul ! Cingla la jeune femme. Tu ne fais aucun effort, je dois tout gérer toute seule !
- Ne sois pas injuste, je me suis occupé des alliances ! S'emporta Harry.
- Bravo mon chéri ! Tu veux une médaille pour ça ? Tu ne me donnes jamais ton avis sur rien ! On dirait que tu n'en as rien à faire de ce mariage !
- Mais qu'est-ce qui te prend de piquer une crise tout d'un coup ? On dirait une gamine qui fait un caprice !
- Excuse-moi, je n'avais pas compris que tu considérais notre mariage comme un caprice, répondit-elle amèrement, piquée au vif, avant de se diriger vers la chambre.
- Attends, soupira Harry, réalisant qu'il avait été un peu loin. Excuse-moi, ajouta-t-il. Tout ce que je veux c'est me marier avec toi, peu importe la couleur de la nappe ou l'humeur de ta cousine. Je me fiche de ces détails parce que la seule chose qui m'intéresse c'est d'être avec toi.
Ces quelques mots suffirent à attendrir la jeune femme qui soupira et embrassa doucement son fiancé avant de répondre :
- Tu as raison, excuse-moi. La cérémonie est dans quelques jours seulement et je ne peux pas m'empêcher de stresser pour tout.
- Ne t'inquiète pas, ce sera parfait.
- C'est vrai, l'important c'est que nous soyons ensemble. Je vais donner carte blanche à Elliot pour la suite des opérations, après tout, c'est son métier.
- Exactement, je suis sûr qu'il saura choisir la couleur parfaite pour la nappe. La seule chose que tu doives faire avant le mariage, c'est t'occuper de toi... Et de moi aussi, plaisanta-t-il.
Ginny sourit et Harry l'embrassa à son tour, content de lui avoir rendu son sourire. Il avait eu tellement peur qu'elle le quitte, qu'elle ne le croie pas et qu'elle raconte tout aux Aurors. Qu'elle leur dise qu'il avait volontairement aidé Draco Malfoy à s'échapper. Il aurait été obligé d'avouer qu'il avait fait ça parce qu'il était ridiculement tombé amoureux de son ennemi d'enfance. Ça aurait fait la une pendant des semaines et le monde entier se serait rendu compte à quel point leur héros n'était en réalité qu'un sombre idiot.
Mais puisqu'il était revenu d'Azkaban sain et sauf, Harry avait décidé que sa parenthèse avec Draco serait un secret qu'il emporterait dans sa tombe. Jamais personne ne devait savoir ce qu'ils avaient vécu sinon il perdrait tout... Sa femme, ses meilleurs amis et sa dignité auprès du monde sorcier...
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- Putain Drake bouge-toi merde ! Ça fait des jours que tu n'es pas sorti de cette chambre bordel ! Prends une douche au moins, tu schlingues !
- Je t'emmerde Pablo ! Répondit-il en rabattant la couette sur sa tête.
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Ça y est, tout ça est vraiment réel, se dit Harry alors qu'une strip-teaseuse passait ses seins à 5 cm de son visage sous les rires approbateurs de ses traitres d'amis qui l'avaient trainé ici en prétextant une soi-disant tradition incontournable appelé « enterrement de vie de garçon ».
Peu importe ce qu'en dirait Ginny après tout. Tous ses meilleurs potes étaient là et ils passaient une bonne soirée. Bières, pizzas et jolies filles au rendez-vous, que demander de plus ?
Il réussit même à ignorer avec succès la petite voix qui lui disait qu'il aurait préféré que la jeune femme ait moins de poitrine et plus de mèches blondes.
- Alors mon pote ! T'as bien profité du spectacle ? Demanda Ron hilare.
- Tu parles ! Il n'en a pas manqué une miette ! Renchérit Seamus le sourire aux lèvres.
- En même temps, il était aux premières loges, intervint Neville goguenard.
- Attendez votre mariage, contre attaqua Harry, je me vengerai vous verrez !
- Avec grand plaisir ! Approuva Ron.
- Si Hermione t'entendait...
- Mais justement Neville, tout l'intérêt, c'est qu'elle ne m'entend pas !
Tous éclatèrent de rire avant de commander une nouvelle tournée de bière.
Un peu plus tard dans la soirée, Dean eut quelques mots qui sans le vouloir mirent Harry mal à l'aise.
- Tu sais mon pote, commença-t-il, parfois je t'envie...
Devant le regard interrogateur d'Harry, il poursuivit :
- T'as un super job, le monde entier t'adore et t'as la chance de te marier avec une fille géniale.
- Ouais je sais, Ginny est... Exceptionnelle.
- ça c'est sûr ! Et t'as plutôt intérêt à t'occuper d'elle comme il faut hein ! Elle mérite d'être heureuse.
- Ouais...
- Hé les mecs qu'est-ce-que vous foutez ? Les interrompit Seamus. Allez bougez-vous, la soirée n'est pas finie !
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Aujourd'hui était un grand jour ! Draco avait décidé de se bouger ! De se sortir les doigts du cul comme le disait si poétiquement Pablo. Il était donc en route pour Lyon, il ne savait pas ce qu'il allait y trouver mais il avait bien l'intention de chercher et de voir ce qui restait des affaires du Patron. Après tout, il avait un peu d'expérience maintenant et quelques contactes... Il pourrait peut-être monter son propre business...
À peine arrivé, il alla faire un tour au garage de Jim, là où il avait laissé sa précieuse voiture. Jim n'avait jamais bossé pour le Patron, sa boutique était clean, il n'y avait aucune raison qu'il ait quitté le secteur. Il ne fut donc pas surpris de le trouver les mains dans le cambouis.
- Drake ?! Fit le mécano en levant la tête du moteur sur lequel il était en train de suer.
- Eh Jimmy Jim ! Comment ça va vieux ? Demanda-t-il alors qu'ils se saluaient d'une accolade.
- Comment je vais ? Mais bordel, comment tu vas toi ?
- Drake ? C'est bien toi ?
Le jeune homme se retourna au son de cette voix qu'il connaissait bien.
- Comme tu le vois ! Sourit-il.
- Putain de merde ! S'exclama la jeune femme.
- Ravi de te revoir également Nelly.
- Te fous pas de moi putain ! Mais d'où tu sors ? Comment t'as fait ? T'étais... Et pis ils ont dit... Mais alors t'es qui finalement ? Parce que... Merde putain !
- Ouais, je crois que je vous dois quelques explications...
Jim ferma exceptionnellement le garage pour le reste de la journée et Drake confirma ce qu'ils avaient pu lire dans les journaux. Il était en réalité Draco Malfoy, il avait été Mangemort et s'était fait avoir par Harry Potter en personne qui l'avait piégé pour faire tomber le patron et démanteler le réseau. Il les éclaira sur un point que les journaux n'avaient pas pu expliquer : c'était Pablo qui avait fait chanter Potter pour lui permettre de s'évader.
Il préféra passer sous silence son... dérapage sentimentale qui l'avait conduit à être le complice de Potter.
- Ben ça alors... Déclara Jim une fois que Draco eut achevé son récit.
- Putain, j'arrive pas à le croire... renchérit Nelly... Tu t'es évadé Drake... Tu t'es évadé de la prison la mieux gardée au monde... T'es vraiment le mec le plus... Putain t'es complètement barré !
Draco ne put s'empêcher de sourire tant son expression était comique.
- Ouais surement, répondit-il simplement.
- Et dire que ce connard va se marier après-demain, ajouta-t-elle dédaigneusement.
- Quoi ?
- Ouais ça fait la une de Sorcière Hebdo, regarde.
Nelly se leva pour aller récupérer un exemplaire du magazine dans son sac à main.
En couverture on pouvait voir une photo du jeune couple tout sourire avec en gros titre : « BIENTÔT Mariés ! »
Simple mais efficace, pensa Draco. Évidemment il savait que ça arriverait. Il s'y attendait... Pourtant...
Lorsqu'il se retrouva seul ce soir-là, affalé dans le canapé de son petit appartement, il ne pensait qu'à une seule chose... Se faire un shoot.
Nelly lui avait dit que depuis la chute du réseau, des Aurors avait débarqué à l'improviste dans tous les endroits qui servaient de plaque tournante aux différents trafics du Patron. La majeure partie des stocks avaient été mis sous scellés. Quant aux courses, la sécurité ayant été renforcées, des sortilèges d'alarme avaient été posés par les Aurors sur les docks. En d'autres termes, la ville était tellement quadrillée par les forces de l'ordre qu'il était absolument impossible de poser un orteil dans l'illégalité sans être repéré. Autant dire que lorsqu'on s'appelait Draco Malfoy, le simple fait de sortir de chez soi constituait un risque.
Potter allait bientôt pouvoir vivre heureux jusqu'à la fin de ses jours pendant qu'à cause de lui, Draco allait être obligé de fuir à nouveau. Il allait encore devoir recommencer sa vie... Mais cette fois il n'était pas sûr d'en avoir la force... Quel avenir avait-il au fond ? Il avait tellement envie d'un shoot.
Mais peut-être qu'il lui en restait se dit-il soudain... Draco commença à fouiller ses anciennes planques. Lorsqu'il trafiquait la poudre d'Alihotsy, ça lui arrivait régulièrement de planquer des sachets dans son appart' même s'il ne consommait pas. Ça lui permettait d'avoir une petite réserve pour dépanner les habitués à la dernière minute.
Au bout d'une bonne demi-heure, il trouva enfin ce qu'il cherchait. Il alla se réinstaller dans son canapé et fixa le petit paquet de poudre verte pendant de longues minutes... Il allait craquer... Au point où il en était, quelle importance ça pouvait bien avoir ?
Il sortit son portable et composa le numéro de Pablo. Une sonnerie... Deux... Trois... Quatre... Cinq...
« Hey je suis pas d'humeur à te répondre pour le moment alors laisse un message et si t'as d'la chance, je te rappellerai ».
Draco n'attendit pas le biiip caractéristique de la messagerie. Il raccrocha. Il prit le sachet entre ses doigts, l'ouvrit et étala la poudre sur sa table basse... Quelle importance ?
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La pluie fine qui tombait du ciel ce soir-là était glacée mais Pablo ne s'en rendait même pas compte. Ça faisait déjà un moment qu'il attendait devant l'appartement de Potter et il commençait à s'impatienter lorsqu'il le vit remonter rapidement l'allée qui menait à l'entrée de son immeuble.
La veille, il avait rappelé Draco quelques minutes seulement après avoir vu son appel manqué. Et il avait vite compris qu'il était à nouveau défoncé. Il était allé le rejoindre, l'avait surveillé le temps que les effets de la poudre se dissipent, et l'avait ensuite conduit jusqu'à son lit pour le laisser dormir. Il devait rentrer sur Paris pour affaires mais avant, il avait retourné tout l'appartement pour être sûr qu'il n'y ait plus un gramme de cette merde caché dans un trou de souris.
Et puis, il avait finalement décidé de rendre une petite visite au survivant, il ne savait pas vraiment ce qu'il allait lui dire mais...
- Hey Potter ! L'interpella-t-il.
Harry se retourna et n'eut pas le temps de réagir qu'un coup de poing l'avait déjà projeté à terre.
- Putain ça soulage !
Harry se retourna brusquement, il avait reconnu cette voix.
- Putain mais qu'est-ce que tu fous là ? S'exclama-t-il en se relevant rapidement et en poussant Pablo dans le hall sombre de l'immeuble pour ne pas être vu.
- Ce que je fous là ? Et bien c'est simple. J'avais une foutu envie de te mettre mon poing dans la gueule et on dirait bien que c'est fait, dit-il en regardant la lèvre fendue du brun.
- Je suis censé comprendre ta logique tordue ou t'es juste un grand malade ?
- Fais gaffe Potter, je pourrais faire bien pire que de t'exploser la lèvre, répliqua Pablo en le collant au mur de son avant-bras plaqué contre sa gorge.
- Arrête un peu ton cinéma et dit moi plutôt pourquoi t'es là, s'enquit Harry, pas le moins du monde impressionné. Il est arrivé quelque chose à Draco ?
- Et bien c'est amusant que tu en parles. Je voulais justement que tu saches deux ou trois trucs avant de démarrer la petite vie bien rangée pour laquelle tu t'apprêtes à signer.
Comme Harry ne répondit pas, il poursuivit rageusement :
- Drake a replongé.
- Quoi ? Comment ça ?
- Il a recommencé à se camer et c'est de ta faute connard. Asséna-t-il froidement en le libérant sans ménagement. Il a repris à Azkaban et il voulait arrêter en sortant, mais hier soir, quand il a vu pour ton mariage, il a recommencé.
Harry ne savait pas quoi dire, il restait là, planté devant Pablo, encore appuyé contre le mur, de peur que ses jambes ne le lâchent s'il s'en décollait.
- Je ne sais pas ce que tu lui as fait, je sais encore moins ce qui s'est passé entre vous, mais tu l'as bousillé Potter. Alors j'espère que t'arriveras à vivre avec ça... Ou plutôt non, si je suis venu te dire tout ça, c'était surtout en espérant que tu ne serais plus jamais capable de regarder ta femme dans les yeux en sachant qu'à cause de toi, Drake passera les prochaines années du reste de sa vie à essayer d'oublier ce que t'as fait de lui en se faisait péter la cervelle à coup de Crystal.
- Je... C'était pas ce que je voulais...
Sa voix n'était plus qu'un souffle, prête à se briser.
- Ben fallait y réfléchir avant enfoiré !
Dans l'obscurité, Pablo ne vit pas les larmes contenues tant bien que mal dans les yeux du jeune Auror.
- Tout mes vœux de malheur à toi et à ta pouf, asséna-t-il en guise d'adieu avant de transplaner.
Il fallut quelques longues minutes à Harry pour se reprendre et enfin oser rentrer chez lui. Il avait soigné sa lèvre d'un sortilège dans le hall avant de passer la porte de son appartement. Ginny était là. Elle était allée se faire manucurer et leur avait préparé de quoi dîner. Une salade composée. Elle disait qu'elle ne voulait pas risquer une indigestion avant le jour J. Elle préférait manger léger.
Le mariage était prévu pour le lendemain, en milieu d'après-midi. Tout était prêt. Elliot avait tout organisé en temps et en heure. Dans la matinée, Ginny avait rendez-vous chez le coiffeur puis elle irait se faire maquiller avant d'enfiler sa robe au dernier moment, pour ne pas risquer de l'abimer. Harry aussi devrait se préparer. Tout était prévu, réglé comme du papier à musique.
Ils mangèrent donc en discutant des derniers préparatifs, en essayant d'imaginer qui allait verser une larme et ce qu'allait leur offrir chacun de leurs invités. Harry donna le change. Une fois de plus.
Il aurait tellement voulu être heureux de tout ça. Et une partie de lui l'était vraiment... Mais il savait qu'il se voilait la face. Il ne serait jamais pleinement heureux avec Ginny. Il se demanderait chaque jour où était Draco, ce qu'il faisait, avec qui il était, s'il allait bien, s'il avait refait sa vie avec quelqu'un... Cette question-là lui tordait les entrailles. Il n'avait pas envie que Draco refasse sa vie avec quelqu'un. Il avait envie... Et merde !
Harry était désormais étendu sur son lit. À ses côtés, Ginny s'était endormie depuis un moment déjà. Il la regarda longuement. Elle était belle. Il aurait voulu prendre soins d'elle, la rendre heureuse, comme Dean le lui avait dit. Mais il n'y arriverait pas, il le savait. Pas maintenant qu'il avait connu Draco Malfoy.
Des larmes tièdes se mirent à couler le long de ses joues lorsqu'il sortit du lit. Il embrassa une dernière fois Ginny sur le front en faisant attention à ne pas la réveiller.
- Pardon, murmura-t-il dans un souffle. Je suis tellement désolé.
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Draco s'était réveillé en fin d'après-midi. Il se souvenait de tout, il venait encore une fois de se laisser glisser du mauvais côté. Il avait à nouveau infligé ça à Pablo. Il se sentait encore un peu vaseux, comme si les effets de l'Alihotsy ne s'étaient pas encore complètement dissipés. Il songea à manger mais se rendit compte qu'il n'avait pas faim. Il tournait en rond, comme un lion en cage. Les idées s'entrechoquaient dans sa tête sans qu'il n'arrive à en saisir le sens. Alors ne sachant que faire de ce trop plein d'émotions qu'il sentait bouillir en lui, il prit un morceau de papier et un crayon pour tenter de les ordonner. Il écrivit ce qui lui venait à l'esprit, sans chercher à faire de belles phrases, c'était juste... Ce qu'il aurait envie de dire mais qui ne sortirait jamais de vive voix.
Il est parti.
Il est retourné avec elle.
Et je suis là.
Cherchant la défonce, je ne suis plus que l'ombre de moi-même.
Seul dans le froid glacial de mon cœur, je tremble.
Ma vie n'a plus de sens.
Sans trop savoir pourquoi, ses mots commencèrent à s'adresser directement à Harry.
Tu as tout bouleversé, toi et tes putains de baisés.
Sans toi je ne suis plus rien, tout ce en quoi je croyais, tout ce que je pensais être important dans mon existence me semble insipide maintenant que tu es parti.
La douleur est comme la lame d'un couteau traçant de profonds sillons vermeils sur ma peau.
Puisque tu l'aimes, je ne peux que lui laisser la place.
Je savais dès le début que toi et moi c'était perdu d'avance,
Et pourtant, je me suis laissé entrainer trop loin dans ce jeu dangereux.
Je te souhaite du bonheur.
Moi je n'ai plus la force.
Désormais, mon âme n'est plus, battue à mort au fer rouge de la cruauté de tes actes.
Mon corps est vide de tout...
Draco s'arrêta là. Il relut ses quelques lignes et se sentant stupide de tant de niaiseries, il froissa la feuille et la balança à l'autre bout de la pièce avant de se lever pour prendre son manteau. Il avait besoin d'air.
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Harry tambourinait à la porte depuis maintenant plusieurs minutes mais personne ne venait lui ouvrir. Une drôle d'angoisse l'avait saisi lorsqu'il était parti de chez lui, comme un mauvais pressentiment.
Il décida de forcer la serrure d'un Alohomora et entra précipitamment dans l'appartement... Personne, tout était vide. Un morceau de papier froissé attira son attention. Ce qu'il y lu fut loin de le rassurer. La boule au ventre, il lança un sort de localisation et constata que Draco n'était pas loin. Il courut alors en direction de la passerelle du collège, c'était un petit pont enjambant le Rhône non loin de l'appartement de Draco. Au loin, il distingua une silhouette et constata avec effroi qu'elle n'était pas du bon côté de la barrière.
- Draco ! Hurla-t-il de toutes ses forces. Mais il était trop tard.
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Draco regardait les tourbillons se former sous ses pieds. L'eau était sombre. Un vent glacial lui mordait le visage, tentant de le faire vaciller.
« Combien de temps mes mains vont-elles encore restées accrochées à la rambarde ? » Se demanda-t-il vaguement.
« Ça doit être glacé en bas. Tu crois que ça fait mal de mourir ? Pensa-t-il comme s'il s'adressait à Harry. Sûrement moins que le souvenir de ton corps sur le miens... »
« Draco ! »
C'était sa voix... Il tourna la tête, sans comprendre. Une silhouette familière se découpait au loin. C'était lui... Sa vue se brouilla. C'était impossible. Des gouttes se mirent à ruisseler le long de ses joues, il les sentait s'accrocher à son menton avant de plonger dans la masse d'eau sombre quelques mètres plus bas.
« Trop lâche pour t'affronter, je fuis à nouveau cette réalité qui me blesse. Cette fois, la fuite sera sans retour. Je suis revenu dans ta vie. Mais ça ne se reproduira plus. Adieu. »
Et Draco lâcha prise, il bascula en avant, lentement, comme dans un rêve. Puis brusquement, il sentit la claque qui lui cingla tout le corps lorsqu'il passa la surface de l'eau puis le froid le poignarda brutalement, semblable à un milliard d'aiguilles s'enfonçant de concert dans chaque pore de sa peau, trouant sa chaire tout autant que son cœur l'était déjà.
Harry avait transplané directement sur le pont, il aurait voulu jeter un sort pour arrêter la chute de Draco mais aucun ne lui venait à l'esprit, il était paniqué et c'était déjà trop tard, le blond avait disparu sous la surface de l'eau.
« Draco ! » hurla-t-il à nouveau en direction de l'étendue miroitante sous ses pieds.
Soudain, il aperçut le corps du blond affleurer à la surface et sans réfléchir, il sauta. Le froid le glaça jusqu'aux os mais c'était comme si son corps s'en fichait tant son esprit était déterminer à sauver l'homme pour qui il avait tout quitté ce soir. Il le rejoignit aussi vite qu'il le put, ignorant la douloureuse pression que le froid faisait peser sur sa cage thoracique et l'attrapa alors qu'il s'enfonçait à nouveau, comme happé par le fond.
Réalisant avec effroi que Draco était inconscient, il fit son possible pour garder sa tête hors de l'eau tout en nageant jusqu'à l'escalier de pierre qui remontait sur le quai. Il le hissa sur la pierre froide et tout en essayant tant bien que mal de reprendre son souffle, extirpa sa baguette de la poche de sa veste trempée.
- Aller, Drake, réveille-toi, je t'en prie, grelotta-t-il tandis qu'il lançait quelques sortilèges de premier secours au-dessus du corps inanimé du blond.
Brusquement, celui-ci se mit à tousser. Il recracha l'eau qui avait envahi ses poumons puis se redressa en position assise et fixa Harry tout en essayant de reprendre son souffle. Il ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Harry ne pouvait pas être là, c'était impossible...
- Drake, souffla-t-il, soulagé. Ça va ? Tu as mal quelque part ? S'inquiéta-t-il. Tu m'entends ? Draco ? Draco répond. Draco ?
Le jeune Auror tentait tant bien que mal de le faire réagir mais les yeux de Draco restaient dans le vague. Ce dernier sentait pourtant des mains - ses mains - se poser sur son corps, comme pour le réconforter, il entendait même sa voix lui poser des questions auxquelles il ne parvenait pas à répondre... Impossible.
Harry ne savait pas quoi faire, Draco semblait en état de choc et tous les deux grelottaient à s'en casser les dents. Leurs habits trempés collaient désagréablement à leur peau et chaque coup de vent les glaçait un peu plus.
- Aller viens, lève-toi, rentrons avant de mourir de froid, finit-il par dire.
Il le prit par le bras et Draco se leva. Il tremblait tellement qu'Harry préféra les faire transplaner directement dans l'appartement. C'était comme si le froid avait pénétré les deux jeunes hommes jusqu'aux os tant ils se sentaient engourdis et ce malgré la douce chaleur qui les enveloppa une fois à l'intérieur. Il fallait absolument qu'ils se réchauffent.
- Viens, souffla le brun, l'entrainant à sa suite.
Draco se laissa attirer dans la salle de bain, ses dents continuaient de claquer et il serrait ses bras autour de lui-même tandis qu'Harry ouvrait les robinets. Comme il ne réagissait toujours pas, ce dernier l'aida à retirer ses vêtements. Ses mains glacées effleuraient son corps mais c'est à peine s'il le remarqua. Il était comme... absent, déconnecté de cette réalité qui lui semblait si impensable.
Lorsque la baignoire fut suffisamment remplie, ils se glissèrent avec soulagement dans l'eau tiède. Comme Harry s'était installé derrière lui, Draco se laissa aller et s'appuya contre son torse. Il ne comprenait pas vraiment ce qui se passait, tout ça lui paraissait tellement irréel. Il sentit des bras se refermer autour de lui en un geste protecteur. Harry ne voulait plus jamais le lâcher, il avait besoin de le sentir contre lui, de respirer son odeur, il avait eu tellement peur. Il ne put résister bien longtemps à l'appel de sa peau alors il posa ses lèvres contre son cou, puis il déposa de petits baisers partout où il pouvait accéder. Draco tourna la tête et le regarda. Harry embrassa sa mâchoire, son menton, ses lèvres... Il était tellement doux... L'ancien Mangemort resta interdit devant tant de... tendresse. Il vint nicher son nez au creux du cou de Harry qui lui caressa lentement les cheveux.
De longues minutes s'écoulèrent sans qu'aucun d'eux ne prononce un seul mot. Apaisé par l'eau chaude et par la présence rassurante du corps contre le sien, Draco prenait peu à peu conscience de ce qui venait de se passer. Il avait failli mourir. Il avait sauté. C'était un suicide. Il avait tenté de se suicider, réalisa-t-il gravement. Visiblement, il avait raté son coup... À moins qu'il ne soit au paradis, songea-t-il les yeux clos en se laissant aller à la caresse dans ses cheveux.
Lorsque l'eau commença à se rafraîchir, Harry incita Draco à sortir de la baignoire. Ils se séchèrent puis s'habillèrent. Toujours sans prononcer un mot, le jeune Auror l'attrapa par la main et l'entraîna dans la chambre. Ils se glissèrent dans le lit, s'installant face à face. Les deux orbes grises qui s'accrochaient au regard d'Harry semblaient tout aussi perdues que lorsqu'il l'avait sorti du Rhône quelques instants plus tôt. Tentant de le rassurer, il replaça une mèche de cheveux blonds derrière son oreille puis déposa un baiser sur son front puis sur son nez avant de s'attarder enfin sur ses lèvres. Draco se demandait quand est-ce qu'ils en arriveraient là. Apparemment, c'était le moment... Harry se rapprocha, collant son corps tiède contre le sien en l'encerclant de ses bras.
- Dors maintenant, je suis là, murmura-t-il.
Draco ne s'attendait pas à ça. Ces quelques mots semblèrent le sortir de la torpeur dans laquelle il était plongé depuis le début de cette étrange soirée. Cela faisait tellement longtemps que personne n'avait pris soin de lui de cette façon-là, avec douceur et sans arrières pensées tellement longtemps qu'il était seul... Il enserra à son tour le torse du brun, enfouit sa tête contre son T-shirt et ne put retenir ses sanglots. Harry en eut le cœur brisé. Il referma ses bras autour de lui et des larmes se mirent à rouler sur ses propres joues.
- Pardon, souffla-t-il en embrassant les cheveux pâles, pardon, pardon...
Aucun des deux ne sut combien de fois Harry prononça ce mot mais ils restèrent ainsi enlacés un long moment, jusqu'à ce que Draco s'endorme enfin, épuisé.
Pour sa part, Harry ne parvint pas à trouver le sommeil. Il ne le cherchait pas à vrai dire. Il repensait au mal qu'il avait fait à Draco et à celui qu'il s'apprêtait à faire à Ginny. Il n'avait pas le droit de lui faire ça. Pas comme ça. Elle avait au moins droit à des explications.
Il hésita longuement puis à contre cœur, il s'éloigna de l'homme qu'il aimait. Il griffonna un mot qu'il posa sur l'oreiller :
« Je reviens vite, attends-moi.
Harry. »
Il devait faire vite, il ne voulait pas laisser Draco seul trop longtemps. Et puis il était encore très tôt, avec un peu de chance, Ginny ne s'était pas encore aperçue de son absence. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait bien pouvoir lui dire, il était mort de trouille à l'idée de l'affronter mais il lui devait au moins ça.
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Ginny était assise dans le canapé du salon, seule, un verre de Whisky Pur Feu à la main lorsqu'elle entendit enfin la porte d'entrée s'ouvrir.
Elle s'était réveillée quelques heures plus tôt pour constater qu'Harry n'était plus dans le lit et elle avait eu cette drôle d'impression.
- T'étais où ? Asséna-t-elle froidement alors que son supposé futur mari avançait silencieusement dans la pièce.
Harry sursauta et alluma la lumière.
- Ginny... Souffla-t-il. Tu m'as fait peur.
- Regarde-moi Harry, t'étais où ? Lança-t-elle à nouveau, toujours aussi glaciale.
- Je... hem... Écoute, je... Bafouilla-t-il, ne s'attendant pas à une telle entrée en matière.
- T'étais avec lui, c'est ça ?
- Quoi ? De qui tu parles ? Demanda-t-il, le cœur battant soudain à tout rompre.
- Arrête Harry, regarde-moi bien en face et dis-moi que tu m'aimes, que tu veux te marier avec moi, faire ta vie avec moi, me faire des enfants...
Harry leva enfin les yeux pour accrocher son regard.
- Je...
- Tu vois ! Dis-le Harry. Aller vas-y. Qu'est-ce que tu attends ?
- Je suis désolé Ginny...
- Attends je vais t'aider. Ginny je ne t'aime plus. Tu vois, c'est pas compliqué ? Dit-elle en se levant pour s'approcher de lui. Je ne t'aime plus et je ne vais pas me marier avec toi aujourd'hui, poursuivit-elle, venimeuse.
- Ginny je suis vraiment désolé, dit-il en posant sa main sur son épaule.
- ça tu l'as déjà dit, répondit-elle en se dégageant d'un geste sec et en lui tournant le dos. T'étais avec lui ? Demanda-t-elle encore une fois.
Harry ne savait pas comment lui dire.
- Réponds-moi putain ! S'emporta-t-elle en se retournant, les yeux remplis de larmes.
Il hocha simplement la tête.
- Putain c'est pas vrai, souffla-t-elle en plaquant les mains contre son visage.
- Si tu savais comme j'aurais préféré que ça se passe autrement...
- T'as couché avec lui ?
- Arrête, souffla-t-il, suppliant.
- C'est pas vrai, répéta-elle à nouveau. Tu me dégoûtes...
- Dis pas ça, je t'en prie. Je ne voulais pas te faire de mal.
- Mais arrête bon sang ! Rugit-elle. Dis-moi la vérité putain ! Ça fait des semaines qu'il t'obsède ! Pourquoi t'as attendu aujourd'hui pour te réveiller hein ! Pourquoi tu m'as laissé espérer jusqu'au bout !
- Je pensais... Je pensais que j'y arriverais, avoua-t-il, tristement.
- Que tu y arriverais ? Mais à quoi ? À m'épouser ? Tu p...
- Je pensais que j'arriverais à l'oublier ! La coupa-t-il soudain. Je pensais que mes sentiments pour toi seraient plus forts ! Qu'en te retrouvant je l'oublierais mais c'est pas suffisant putain ! J'aurais vraiment, vraiment voulu que ça le soit mais ça ne l'est pas !
Ginny resta interdite devant cette brusque révélation.
- Ça ne l'est pas... reprit-il plus calmement.
- J'arrive pas à le croire... finit-elle par dire. Non seulement tu m'as trompé avec un mec, avec Malfoy, mais en plus t'es tombé amoureux de cette ordure !
- Il n'est pas...
- Ta gueule ! Cria-t-elle la voix brisée par le chagrin. Casse-toi !
- Gin'...
- Casse-toi putain ! Dégage !
Harry aurait préféré faire les choses plus en douceur... En même temps, étant donné la situation, il aurait dû se douter que ça serait impossible. Il la regarda une dernière fois puis sortit sans un mot de plus.
Une fois au pied de son immeuble, il prit une grande inspiration, observa cet endroit qui ne serait plus jamais chez lui et réalisa qu'il était désormais un fuyard.
Ginny allait probablement raconter à tout le monde qu'il avait aidé Malfoy à s'évader, il deviendrait alors le deuxième homme le plus recherché du Royaume-Uni, juste derrière l'ex-Mangemort. Sans compter que d'ici quelques heures, Ron, Hermione, tous les Weasley, bref tous ceux qui comptaient à ses yeux le prendraient pour le pire des salauds. Et ils n'auraient pas complètement tort à vrai dire...
Harry venait à l'instant de tourner le dos à tout ce qui faisait sa vie jusqu'à aujourd'hui. Il ne savait pas si c'était le bon choix et il devait bien reconnaître qu'il était mort de trouille à l'idée de tout quitter comme ça. Mais il y a une chose dont il était certain : il aimait Draco comme il n'avait jamais aimé personne et il n'aurait pas pu vivre loin de lui en sachant ça.
Il avait hâte de le rejoindre mais une dernière chose devait être faite avant cela.
Sans attendre, il se rendit au ministère de la Magie, dans le département de la justice magique. Il n'y avait encore personne à cette heure matinale et il alla directement aux archives du bureau des Aurors. Il y dénicha son dossier. À l'intérieur était consigné un document autorisant les autorités à rétablir sur lui la Trace en cas de besoin. Cette autorisation avait été scellée à l'aide d'un sortilège qu'Harry avait lui-même prononcé à son entrée dans le service. S'il ne détruisait pas ce document, il ne pourrait plus faire de magie sans que les Aurors ne lui tombent immédiatement dessus.
Il chercha ensuite parmi les dossiers des détenus d'Azkaban et ne tarda pas à trouver celui de Malfoy. Tous les détenus de la prison devaient sceller magiquement un document similaire à celui des Aurors. Ainsi, même une fois libres, le ministère était toujours en capacité de savoir où ils étaient.
Harry prit ces papiers avec lui et une fois sortit des locaux, transplana immédiatement dans l'appartement de Draco. Ce n'était pas très poli d'entrer comme ça chez les gens mais il n'était pas vraiment tard et après la nuit qu'ils avaient passée, Harry doutait que le blond ne soit déjà réveillé. Aussi fut-il rassuré lorsqu'il le vit toujours paisiblement étendu dans son lit.
Il s'approcha et remarqua que le mot qu'il avait laissé n'était plus là. Draco ouvrit des yeux ensommeillés et regarda Harry qui s'installait à ses côtés. Il tendit la main pour le toucher, il voulait s'assurer que ce n'était pas un rêve, qu'il était vraiment revenu. Il s'avança jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent puis se blottit contre lui.
- T'es allé où ? Demanda-t-il dans un murmure.
- Rendors-toi, on aura tout le temps de parler demain.
Draco avait envie de lui poser milles questions mais il n'en avait pas la force pour le moment.
- Reste avec moi cette fois.
- T'inquiète pas, je n'irai plus nulle part, le rassura Harry.
Cette fois, il réussit enfin à trouver, lui aussi, le sommeil. Il se sentait comme apaisé. Cela pouvait paraître étrange étant donné qu'il venait de renoncer à la vie qu'il avait toujours connue mais c'était comme si après des mois à essayer d'être quelqu'un d'autre, il avait enfin trouvé sa place, juste ici, dans ce lit…
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Draco n'osait pas bouger. Il n'avait pas quitté Harry des yeux depuis son réveil. Il avait envie de le toucher, juste pour s'assurer qu'il était bien réel mais il craignait de passer au travers d'un mirage alors il restait là, se contentant de l'observer. Il écoutait sa respiration rompre le silence, ressentait la chaleur de son corps irradier jusqu'à lui et inspirait profondément dans l'espoir de capter son odeur. Après de longues minutes, le brun commença à se réveiller à son tour. Il s'étira, se tourna dans sa direction et ouvrit un œil ensommeillé.
- Salut, marmonna-t-il la voix encore endormie, un sourire naissant au coin de ses lèvres.
- Salut, souffla Draco en réponse.
Il ne lui accorda que quelques secondes de silence avant de poursuivre toujours dans un murmure :
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Il n'avait pas pu retenir sa question et l'avait posée sans aucune animosité. Il avait simplement besoin de comprendre car tout ça n'était pas logique.
Harry prit une grande inspiration et soupira, résigné face aux deux orbes gris qui le scrutaient dans l'attente d'une réponse. Il se redressa pour s'assoir en tailleur, ne sachant trop comment s'y prendre pour faire sa déclaration, car c'est bien de cela dont il s'agissait à présent.
- J'ai quitté Ginny, annonça-t-il dans un souffle.
La nouvelle tomba comme un couperet et Draco en fut abasourdi.
- Tu… Quoi ? Demanda-t-il, se redressant à son tour.
- J'aurais dû me marier dans quelques heures, mais je n'ai pas pu… continua-t-il avec un sourire triste.
Voyant que Draco le regardait les yeux écarquillés sans répondre, il poursuivit.
- Pablo est passé me voir hier soir… Il m'a mis son poing dans la gueule.
- Il a fait quoi ? S'exclama-t-il, ne parvenant pas à assimiler ce qu'il entendait.
- En même temps, il avait de quoi être en colère.
- Mais je ne lui ai pas demandé de…
- Ne lui en veux pas, il a eu raison, le coupa-t-il. Il avait l'air de s'inquiéter pour toi alors… Je sais pas, j'ai eu besoin de venir te voir… Et je crois que j'ai bien fait…
Draco détourna le regard en repensant à ce qu'il avait fait la veille. Harry n'aurait jamais dû le voir dans cet état. Il aurait dû rester tranquillement chez lui et le laisser sauter de ce pont…
- Pourquoi t'as fait ça ? Demanda-il à voix basse, craignant la réaction du blond.
- Je… J'ai dû un peu forcer la dose sur la poudre d'Alihotsy… éluda-t-il vainement.
- Draco…
- Arrête. Ne me regarde pas comme si j'étais une pauvre petite chose fragile. Regarde ce qu'est devenue ma vie, tu sais pourquoi j'ai fait ça, affirma-t-il tristement.
- C'est pas ce que je voulais…
- C'est bon, je sais, tu te sens coupable mais je n'ai pas besoin de ta pitié.
- Je n'ai pas pitié de toi, je...
- Tu quoi ?
Devant le silence de son vis-à-vis, il réitéra sa première question.
- Pourquoi t'es là Harry ?
- Je… commença-t-il.
Mais les mots ne sortaient pas.
- Merde Draco, tu sais pourquoi, dit-il à la place.
Oui. Il savait. Et le regarde vert face à lui semblait le supplier de comprendre sans l'obliger à poser des mots. Mais Draco ne voulait pas comprendre, car comprendre, c'était admettre que quelque chose était possible entre eux. Et admettre ça, c'était s'exposer à la souffrance d'une rupture lorsqu'Harry se rendrait compte de son erreur.
- Non. C'est pas possible, affirma-t-il, tentant de se convaincre lui-même. Tu devais te marier. On ne devait plus se revoir tu te rappelles ? Nous deux c'était juste…
- De la baise, termina Harry.
Draco acquiesça.
- Tu sais que c'est faux, affirma le brun. J'arrêtais pas de penser à toi, reprit-il. Je croyais que c'était parce que je me sentais coupable et qu'une fois que je t'aurais sorti de prison ça passerait… Mais ce n'est pas passé. Pas une heure ne s'écoulait sans que je ne me demande ce que tu faisais ou comment tu allais…
- Tais-toi, souffla-t-il, de peur d'entendre la suite.
- À chaque fois que je la tenais dans mes bras ou que je lui faisais l'amour, lorsque je fermais les yeux, c'est toi que je voyais.
- Tais-toi ! S'emporta Draco en se levant du lit. Tu réalises ce que tu dis ? Je suis un criminel en fuite et tu es un Auror ! Je… Putain, je suis Draco Malfoy et tu es Harry Potter ! Comment peux-tu débarquer ici et me dire tout ça comme si… Comme si c'était possible !
- Je me fiche complètement de ce qui est possible ou pas. La seule chose dont je suis sûre c'est que pour la première fois depuis des semaines je suis exactement là où j'ai envie d'être.
- Mais arrête de dire des trucs comme ça putain ! Tu te sens coupable à cause de ce que j'ai fait hier soir mais bientôt tu vas devoir retourner travailler et expliquer à tes amis pourquoi tu n'étais pas à ton mariage. Qu'est ce qui se passera alors quand tu réaliseras que tu as fait la plus grosse erreur de ta vie ?
- Ce n'est pas une erreur et je n'y retournerai pas.
- Ne dit pas n'importe quoi.
- Ginny sait pour nous deux. Elle a compris aussi pour l'évasion. À l'heure qu'il est, je suis tout autant que toi un criminel et je n'ai pas la moindre intention de retourner à Azkaban.
Draco se laissa tomber lourdement sur la chaise qui trônait non loin de son lit tandis qu'Harry se contorsionnait pour attraper les documents qu'il avait laissé sur la table basse.
- Je suis passé prendre ça au ministère avant de partir, dit-il en les tendant à Draco.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Notre billet pour la liberté. Lorsqu'on aura détruit ça, on pourra utiliser notre magie sans crainte d'être repéré.
Draco en eut le souffle coupé.
- C'est ça que tu es allé faire ce matin ?
- Juste après m'être expliqué avec Ginny, acquiesça-t-il.
Tout cela paraissait complètement surréaliste à Draco qui tenta de résumer les choses, incrédule.
- Arrête-moi si je me trompe, dit-il en appuyant chaque mot, mais si j'ai bien compris, tu as quitté ton boulot, planté ta future femme le jour de votre mariage, laissé tomber tous tes amis sans leur donner aucune explication et volé des documents classés secret défense au passage…
- C'est à peu près ça…
- Tu allais enfin avoir la vie dont tu as toujours rêvé et tu as tout foutu en l'air comme ça, pour…
Draco ne parvint pas à terminer sa phrase tant tout cela lui paraissait improbable, alors Harry termina pour lui.
- Pour toi, souffla-t-il.
Après quelques secondes de silence qui parurent une éternité à Harry, Draco reprit :
- T'es complètement malade… Qu'est-ce que tu feras si je refuse ?
Devant le silence du brun il ajouta :
- Ou si tu te rends compte que tu t'es trompé et qu'on se sépare dans trois semaines, trois mois ou même trois jours ?
Harry tendit le bras pour attirer Draco dans le lit plus près de lui. Il déposa un baisé sur ses lèves et réalisa à nouveau à quel point il aimait ça et à quel point il souhaitait pouvoir refaire ce geste aussi souvent que possible.
- Je ne pense pas que tu aies envie de refuser d'être avec moi, souffla-t-il tout contre lui, et je peux t'assurer que je ne me suis pas trompé. Quoi qu'il se passe dans les semaines à venir, si nous nous séparons, ce sera parce que tu ne voudras plus de moi et pas l'inverse.
Draco tremblait légèrement entre ses bras. Il était mort de trouille à la simple idée d'y croire et pourtant tous ses gestes, tous ses mots commençaient à avoir raison de sa carapace.
- C'est ta seule et unique chance Potter, articula-t-il faiblement après un long moment de silence.
- C'est tout ce que je te demandais, répondit Harry dans un souffle de soulagement avant de reprendre doucement ses lèvres.
BOUM ! BOUM ! BOUM !
Les deux jeunes hommes sursautèrent à ces coups sourds frappés contre la porte d'entrée…
à suivre
Mais qui ose les interrompre dans un moment aussi intense de leur histoire ?!
Si vous avez toujours envie de connaitre la suite, veuillez vous rendre au prochain chapitre dès que possible... Sachez également que pour patienter, vous pouvez me laisser une review afin de me donner vos impressions, bonnes ou mauvaises, sur tout ou partie de l'histoire. ;)
