Bonjour,

Je ne sais pas quoi dire après cette absence prolongée de 3 ans... Je suis vraiment désolé de l'attente interminable. Je m'excuse vraiment auprès des lectrices qui avaient laissé une review et qui n'ont jamais reçu de réponse, c'est impardonnable. Je comprendrais que personne ne vienne voir cette update parce que franchement, ça fait beaucoup trop longtemps. Mais si vous êtes là... merci du fond du coeur. Je tiens à remercier toutes celles qui m'ont laissé des reviews et je suis désolé de ne pas répondre individuellement mais je suis perdue dans le décompte. Sachez surtout que je les ai toutes lues. De plus, je reviens avec le plus long chapitre jamais écrit pour cette histoire, avec des tonnes d'action et d'avancement pour essayer de compenser cette attente ignoble. J'espère qu'il vous conviendra.

Précédemment dans Traqués :

Himuro s'est de suite réfugié chez Kagami après la rencontre avec son ex et se fait réconforter par son frère de cœur et Alex. Tous les trois en tire la même conclusion : Lexy est bel et bien venu pour l'un d'entre eux et sait où habite Himuro étant donné qu'elle se trouvait à Akita au lieu de Tokyo. Cependant, sait-elle où habite le grand rouge ? De plus, une question reste en suspens ; pour qui vient-elle, Himuro ou Kagami ? Pendant que le brun essaye de résoudre ses problèmes de cœur, Akashi sent peu à peu le contrôle qu'il a acquis durant toutes ces années disparaître tandis qu'un flot de souvenir concernant son passé remonte peu à peu à la surface durant ses rêves. Il décide donc d'arrêter de dormir -mention spéciale à ses pensées souvent hantées par la couleur turquoise- et s'endort en cours, surprenant absolument tout le monde. Mais tiendra-t-il longtemps, sachant que son double maléfique cherche à l'effacer et à reprendre le contrôle ? Midorima n'est pas venu en cours et cela inquiète Takao, d'autant qu'il y a une similitude entre l'apparition de son père et sa disparition le lendemain. Takao décide d'en avoir le cœur net, se rappelant l'attitude beaucoup trop soumise et terrifiée du plus grand, et passe chez son ami le soir après les cours. Cependant, il tombe sur le regard froid du père de Shintarou, qui le fait fuir rapidement. Il est sûr d'une chose ; quelque chose ne tourne pas rond chez les Midorima. Pendant ce temps, Kise finit par sortir du lit sous l'insistance de Kuroko qui veut à tout prix un milk-shake à la vanille. Une fois rendu au Maji Burger, le blond se rend compte qu'il a été piégé par son ami aux cheveux bleus lorsqu'il voit Kasamatsu s'avancer vers lui -rappelons que le capitaine l'avait surpris avec ses oreilles et sa queue de loup et qu'il avait pris peur, rejetant sans le vouloir Kise-. Le plus petit finit par partir, avec la ferme intention de les laisser s'expliquer. Kasamatsu ne semblant pas vouloir le rejeter plus longtemps, Kise finit par parler. Aomine, de son côté, se sent de plus en plus fatigué. Il manque perdre connaissance lors d'un entraînement à cause d'une absence d'alimentation et Momoi se rend compte qu'elle ne peut rien faire pour son meilleur ami. Kuroko, une fois sortit du Maji Burger, se dirige chez lui. Mais en cours de route, l'impression d'être suivi refait surface et il décide de prendre ses jambes à son cou en sentant une présence se rapprocher. Manque de pot, il se fait rattraper et coincer dans un cul de sac. Il finit par se rendre compte que son suiveur n'était autre que Naoki qui en profite pour essayer de le soumettre. Mais Kuroko refuse de se laisser dominer, énervant Naoki qui finit par montrer sa véritable apparence. Kuroko passe en mode badass et finit par forcer le passage après avoir mordu son adversaire qui le laissa s'enfuir, sonné et surpris.


Chapitre IX

Effondrement

Le vent s'engouffrait dans ses cheveux, amenant une caresse glaciale sur ses oreilles en pointes couleur encre de chine. Il ne fit pas attention à la morsure du froid sur son épiderme, ni même à ses deux attributs qui étaient de sorti alors qu'il se trouvait dehors, à la vue de tous. Tout ce qui lui importait était de courir et fuir le plus loin possible d'ici. Il ne cherchait même pas à savoir où est-ce qu'il allait, laissant son instinct le guider.

Le souffle court, il s'obligea à accélérer, la peur laissant un sillon dans son chemin. L'adrénaline l'empêchait de sombrer et l'obligeait à tenir cette cadence. Il sentait des perles de sueurs froides couler dans son dos. Il y était presque. Il le savait. Il le sentait.

Entrant dans l'immeuble, il emprunta les escaliers, les montants comme au jour où il avait découvert sa véritable nature, ne s'arrêtant pas pour reprendre une respiration correcte. Une fois devant la porte voulue, il ne s'étonna même pas que son instinct l'ait conduit ici et frappa frénétiquement à la porte, se fichant du bruit qu'il provoquait à cette heure-là. Des pas précipités se firent entendre de l'autre côté et le battant s'ouvrit à la volée, découvrant le visage alarmé de Kagami.

« Kuroko ?! s'écria-t-il. »

Ce dernier ne répondit pas, basculant en avant, le souffle erratique. Kagami le réceptionna maladroitement, se débrouillant pour fermer dans un claquement sonore la porte derrière lui, le nez de son ombre plongé dans son épaule, le bout de ses oreilles chatouillant le menton du tigre. Le petit bleu savait que le grand rouge était aux aguets, complètement sur ses gardes et inquiet par rapport à la peur qu'il dégageait. Néanmoins, le fait d'être ici, de respirer l'odeur de son ami à plein poumon, le calmait déjà et le rassurait.

Le plus grand l'entraîna dans le canapé où il le fit asseoir, puis il alla chercher une bouteille d'eau qu'il donna à Kuroko dans des gestes précipités, lequel prit le temps de reprendre sa respiration avant d'enfin avaler une goulée du liquide salvateur. Impatient, Taïga débita :

« Qu'est-ce qu'il se passe Kuroko ? Pourquoi t'es aussi paniqué ? Il s'est passé quoi ?

- Naoki... parvint à lâcher le turquoise, encore essoufflé de sa course et étourdit par les multiples questions qui lui parvenaient. »

Attentif, Kagami attendit patiemment que son ombre reprenne complètement son calme. Il bloqua la rage qui menaçait de faire irruption à la simple mention de ce nom et s'obligea à envoyer des ondes positives et tranquillisantes au renard. Ce dernier le remercia d'un regard, se sentant nettement plus rassuré et serein. Il lâcha de but en blanc, sachant d'avance la réaction qu'aurait l'adolescent assis à côté de lui :

« Naoki-kun m'a attaqué il y a peine quelques minutes. Il voulait me soumettre à lui mais j'ai résisté et j'ai réussi à lui échapper.

- Que...! Le fils de pute, siffla Kagami entre ses dents, les yeux flamboyants de rage. »

Ce fût au tour de Kuroko d'envoyer des ondes d'apaisement à son camarade qui, il le sentait, était à deux doigts de retrouver Naoki pour lui flanquer la raclée de sa vie. Il souffla, tachant de se calmer, sachant parfaitement qu'il serait stupide de se précipiter à sa rencontre et lui montrer par la même occasion qu'il faisait parti des Homanis. Malgré lui, ses ongles s'allongèrent, devenant des griffes tranchantes qui allèrent se planter dans un oreiller installé sur un canapé. Kuroko, le remarquant, décida d'accentuer l'apaisement en se rapprochant de lui, diffusant sa chaleur rassurante par son aura et sa main qu'il avait posé sur le bras de Taïga. Cela eut l'effet escompté puisque Kagami se sentait nettement plus adouci. Rétractant ses griffes et soufflant pour contenir sa fureur, Kagami demanda, focalisant son attention sur la main de Kuroko toujours présente sur son bras, la colère toujours omniprésente, rendant son ton agressif :

« Il te voulait quoi ?

- Je l'ignore, je sais juste qu'il voulait me soumettre.

- Ce mec est un … un … dominant, non ? rappela difficilement Kagami, se remémorant l'agression de Kise, alors comment t'as fait pour te soustraire à son bon vouloir ?

- Je ne voulais pas, c'est tout, répondit Kuroko, le regard devenu farouche. »

Kagami en oublia un instant sa fureur, trop occupé à dévisager son ombre avec admiration. C'était bien la première fois qu'il voyait un hybride dit « inférieur » -parce que Kuroko était tout sauf inférieur- résister aussi bien et même surpasser un dominant. Il esquissa un sourire fier, se disant que c'était une victoire contre l'autre bâtard.

« Et aussi Kagami-kun, ajouta Kuroko, j'ai pu le voir sous sa véritable forme.

- Donc tu sais quel est son animal ?

- Je n'en suis pas sûr, il faut que je vérifie. »

Par vérifier, il entendait regarder sur internet. Kagami l'avait bien compris, c'est pourquoi il alluma de suite son ordinateur, curieux de savoir quel était l'animal totem de Naoki et, par extension, les caractéristiques qui en découlaient. Il sentait toujours la fureur pulser sous ses veines, mais il décida de ronger son frein, il savait que Kuroko le sentait, ses poils redressés et la crispation de sa main toujours présente sur son bras en signe de soutien le prouvaient.

« Kagami-kun, dit soudainement Kuroko, les yeux rivés sur l'écran d'ordinateur, j'ai trouvé ce qu'il est. »


Le ballon effleura à peine l'arceau, telle une caresse, avant de finir sur le sol, rebondissant plus loin. La sueur perlant sur son front, il essuya une goutte qui faisait son chemin sur sa joue, atteignant son menton. Cela faisait bien trois heures d'affilées qu'il s'entraînait avec son équipe. Les membres étaient d'ailleurs venus lui demander, dans leur boucan habituel, pourquoi il avait été absent tout ce temps et si son problème avait été résolu. Il avait répondu vaguement à ses coéquipiers avec un sourire crispé, dégainant à tout va l'argument de la maladie.

Pendant ses explications, il n'avait pas pu empêcher son regard d'aller trouver la silhouette de son capitaine. Tous l'avaient remarqué, Kise semblait meilleur dans sa tête qu'il y avait quelques jours, même avant sa soudaine disparition. Même si son humeur n'était toujours pas à son apogée.

La raison n'était connue que par lui et son capitaine. Kise esquissa un sourire apaisé en repensant à leur conversation. Il se remémora toutes les mimiques que Kasamatsu avait produites malgré lui. Le blond comprenait qu'il avait paru désabusé, et même un peu effrayé d'apprendre que Kise n'était pas totalement humain. Néanmoins, on pouvait dire que Yukio avait plutôt bien digéré la chose. Tout du moins, il apprenait à comprendre son ami et à faire avec sa véritable nature. Ryouta n'avait pas oublié les mots qu'il lui avait dits :

« Tu sais Kise, je me suis toujours douté que tu n'étais pas normal. Mais de là à être une sorte … d'hybride... il n'y a vraiment que toi pour me sortir des trucs pareils ! Néanmoins, j'ai compris la leçon. J'ai décidé d'apprendre à te voir sous cette forme et surtout, de m'y accommoder. Cependant, je vais te demander de me laisser tranquille avec ça pendant un petit moment. Mais ne te méprends pas, ce n'est pas un rejet, je veux simplement pouvoir digérer cette affaire. Alors ne t'occupe plus de moi pendant ce temps-là, je serai celui qui fera le premier pas envers toi, ça voudra dire que j'aurai accepté cette idée. Garde à l'esprit que je suis toujours ton capitaine et ton ami, compris ? Et arrête de chialer imbécile, j'ai pas dit que j'allais déménager en Alaska ! »

Un petit rire s'échappa de ses lèvres en repensant à sa tirade. Il est vrai qu'il avait eu peur sur le moment, mais maintenant qu'il avait les idées claires, il se disait que Kasamatsu avait fait le bon choix. Il comprenait totalement qu'il ait besoin d'espace et il restait persuadé qu'il reviendra vers lui bientôt, ne serait-ce que pour assouvir sa curiosité. Il lui avait peut-être expliqué ce qu'il était, mais il n'était pas rentré dans les détails. Sans quoi, son capitaine aurait finit par tourner de l'œil.

Il se rappela avoir appelé Kuroko le lendemain une fois calmé et remit de ses émotions. Il lui avait communiqué son bonheur mais aussi sa peur d'être malgré tout rejeté par son capitaine. L'ombre avait réussi à le tranquilliser en lui disant que si son capitaine lui avait répondu de cette façon, c'était qu'il commençait déjà à se faire à cette idée. Il n'avait eu de cesse de le remercier avant que le bleu ne raccroche, lassé, provoquant les larmes de crocodile du blond.

Il jeta un regard dans la direction de celui qui occupait toutes ses pensées. Ce dernier effectuait son drive sur Hayakawa, essayant d'être encore plus rapide et agile qu'avant. Loin d'être du niveau d'Aomine, Kasamatsu se défendait plutôt bien sur la vitesse, étant même considéré comme un des meilleurs joueurs du pays, hors Génération des Miracles et Kagami.

Croisant le regard gris électrique de son capitaine, Kise se détourna, respectant malgré sa volonté, le choix de son ami. Il s'en est fallu de peu avant que ses oreilles ne sortent et qu'un geignement plaintif ne s'échappe de ses lèvres. Il se mordit la main, mécontent envers lui-même. Yukio lui avait bien spécifié que ce n'était pas un au revoir, alors pas la peine de se mettre dans des états pareils ! Surtout que cela faisait à peine un jour que cette décision avait été prise, il s'était connu plus patient.

Résolu, le blond regarda la cicatrice de ses crocs guérir puis s'empara de nouveau du ballon orange avant de faire des dribbles. Puis il se dirigea vers le panier à toute vitesse, effectuant un dunk puissant qui fit trembler le panier. Ce n'était plus de son ressort désormais, mais de celui de son capitaine. Son seul job à présent, était d'être l'As de son équipe et de la conduire à la victoire. Il était temps qu'il se remette sérieusement au basket.


Des tremblements.

C'était tout ce qu'il percevait. Juste sa peau qui était assaillie par des tremblements. Il tentait de les cacher sous la table, mais il voyait bien les améthystes en face de lui, d'ordinaire nonchalantes et lassées, braquées sur lui, anormalement attentives. Son propre regard se faisait fuyant, refusant d'affronter ses homologues aussi tôt.

Il savait que s'il le faisait, il s'effondrerait dans l'instant.

« Muro-chin, finit par s'impatienter le géant en face de lui. »

Prenant une grande inspiration, Himuro se tortilla sur sa chaise, gêné et mal à l'aise. Une bouffée de chaleur l'assaillit soudainement lorsqu'il se rendit compte qu'absolument toute l'attention de Murasakibara était tournée vers lui. Il n'avait même pas commandé de la nourriture alors qu'il se trouvait dans un bar-restaurant.

Tatsuya ne parvenait pas à se calmer, si bien qu'il fit le tour de la salle avec des yeux perdus et confus. Seules quelques chaises étaient libres, il n'y avait pas grand monde en cette fin d'après-midi. Les lueurs agressives du soleil éclairaient encore suffisamment pour se permettre de se passer de lumière artificielle. Le spectacle était beau, d'autant qu'il n'avait pas fait exprès de s'installer devant la grande baie vitrée qui donnait sur la rue. Totalement perdu, Himuro se demanda un instant comment se faisait-il qu'il y ait du soleil alors qu'ils attaquaient la partie la plus froide de l'année.

« Atsushi, je ... »

Il se stoppa soudainement, comme électrocuté. Il savait bien que c'était son idée, qu'il devait aller au bout de celle-ci mais c'était comme ci les mots étaient coincés dans sa gorge, refusant de sortir quand bien même il était vital qu'il les dise. Alex l'avait même encouragée par téléphone, ne pouvant se permettre de se déplacer jusqu'à Akita. Il savait qu'il lui devait des explications. Lui-même lui en voudrait si c'était le géant qui avait rompu sans se justifier.

Mais il ne savait tout simplement pas comment lui communiquer ses sentiments sans paraître ridicule ou ennuyant.

Himuro avait toujours eu du mal à exprimer ses ressentis, si bien qu'il avait tendance à tout garder pour lui. Cependant, il faisait de gros efforts sur lui-même afin de s'extérioriser pour éviter de se faire du mal inutilement. Mais justement, parfois, cela demandait beaucoup trop d'effort mental, même si l'on pouvait dire qu'il avait accompli le plus dur. Murasakibara continuait de le fixer, attendant patiemment qu'il continu, comme s'il avait compris qu'il ne devait pas le brusquer et le laisser parler à son rythme. Le brun secoua imperceptiblement la tête. Comme si c'était le genre du violet, de se préoccuper de ce genre de détails.

Prenant une grande inspiration, Himuro ferma les yeux, tentant de faire le vide dans son esprit. Il devait lui dire. Il devait lui faire part de toute cette souffrance accumulée. Il le devait, ne serait-ce que pour se sentir mieux. Prenant une résolution, il finit par ouvrir les yeux, dévoilant ses pupilles argentées au reste du monde. Il refusa cependant de les plonger dans les violettes qui lui faisaient face. Il ouvrit la bouche, soudain accablé par la tristesse, et offrit sa justification d'une voix tremblante :

« Atsushi, si j'ai rompu avec toi... c'est simplement parce que... »

Il se mordit la lèvre. Pouvait-il réellement le dire ? Est-ce qu'Atsushi allait le comprendre ou allait-il tout simplement parler dans le vent ? Et puis, est-ce que ça le soulagera vraiment ? Soufflant, d'anxiété, il s'obligea à continuer, la mort dans l'âme :

« … parce que je me sentais complètement délaissé. »

Il l'avait dit. C'était sorti. Le plus gros du travail était fait.

Enfin, c'est ce qu'il croyait.

« Que veux-tu dire, Muro-chin ? demanda le violet, étonnement concentré, allant même jusqu'à se pencher vers le brun. »

Himuro se sentit tout à coup agacé. Ne pouvait-il pas simplement comprendre et le laisser tranquille ? Il releva ses yeux, maintenant devenus furibonds, vers son homologue, près à lui délivrer le fond de sa pensée d'un ton un peu trop agressif. Mais il s'arrêta dans son élan, son souffle coupé.

Comment se faisait-il qu'il soit aussi près de lui, avec des yeux ardents qui le dévoraient du regard ?

Himuro ne pensait même pas Murasakibara capable d'un tel regard. Néanmoins, il se sentit moins sûr de lui, complètement oppressé par la prestance de son camarade et son regard presque incendiaire. Il souhaitait qu'il s'éloigne, il ne savait pas s'il pourrait tenir longtemps sinon. Il n'avait envie que de deux choses devant la détermination du géant.

Soit de pleurer toutes les larmes de son corps, soit de l'embrasser à pleine bouche.

Il mobilisa toute la force mentale qu'il lui restait pour rester concentré et ne pas laisser une de ses deux envies totalement opposées prendre le dessus. S'obligeant à respirer profondément, il s'obstina à fixer la table tandis qu'il reprenait, presque à voix basse, comme s'il lui confiait un secret :

« Je … je trouve que tu ne fais pas assez attention à moi. Je sais que ça peut paraître égoïste, et je sais aussi que c'est dans ta nature de ne pas forcément te préoccuper d'autre chose à part la nourriture bien sûr mais... »

Il lâcha un petit rire amer, se rendant compte qu'il avait l'air totalement ridicule. Ne voulant pas voir l'expression d'Atsushi, ni même que ce dernier ne l'interrompe maintenant qu'il était lancé, il continua précipitamment, voulant en finir au plus vite :

« Je voulais juste que tu m'accordes un peu plus d'attention. Pas jusqu'à changer ton comportement totalement, non, ce n'est pas ce que je veux dire. Juste … juste me demander de temps en temps si ça va ou des choses comme ça. Par exemple, la semaine où je t'évitais, c'était justement pour savoir si tu allais t'inquiéter mais rien, tu n'as pas cherché à savoir ce qui m'arrivait et... »

Il se frotta le visage d'une main, soudain las. Un soupir franchit la barrière de ses lèvres tandis qu'il sentit plus qu'il ne vit son interlocuteur se rassoir correctement sur sa chaise. Il manqua le visage désabusé de ce dernier et poursuivit, penaud :

« Je sais que ça pouvait paraître mesquin mais je n'en pouvais vraiment plus. Avec ça, j'ai eu la preuve qu'on ne partageait rien d'autre qu'une amitié platonique. Et encore, même un simple ami s'inquiéterait plus que ça, donc j'imagine que je ne suis rien pour toi... termina-t-il, sa voix se brisant. »

Il ne voulait toujours pas affronter les améthystes qui lui faisaient face. Il savait que s'il le faisait, ce serait finit. Car il ne pouvait y avoir qu'une seule chose de présente dans ses pupilles de l'indifférence. Seulement de l'indifférence, comme toujours. Himuro attendit. Il attendit que Murasakibara le contredise et lui prouve que tout ce qu'il pensait était faux. Mais son espoir s'amenuisait au fur et à mesure que les secondes passaient. Finalement, il ferma les yeux, résigné.

Il maudit son cœur et ce stupide espoir qui l'avait effleuré, l'espace d'une seconde. Il se leva brusquement, au bord des larmes et lança par-dessus son épaule tandis qu'il prenait la fuite, encore :

« Voilà, c'était tout ce que j'avais à dire ! »

Il quitta le bar, le cœur au bord des lèvres, les larmes prêtes à s'échapper de leur prison. Il croisa la dernière personne qu'il aurait voulu voir à ce moment-là. Ses yeux s'écarquillèrent tandis qu'il plongeait dans les cobalts de son homologue féminin.

Lexy, qu'est-ce qu'elle faisait là ?

Elle ne tentait rien pour l'empêcher de s'enfuir, le regardant simplement de la manière la plus neutre possible. Il ne s'attarda pas sur elle, la dépassant. Il n'avait pas le temps de confronter un autre problème. Il devait se trouver un endroit calme au plus vite. La pensée fugace qu'elle était toujours là lorsqu'il souffrait à cause de Murasakibara traversa son esprit avant qu'elle ne soit balayée par la vue de son immeuble.

Il ne prit pas la peine de s'excuser lorsqu'il bouscula un jeune couple sur son passage en rentrant dans le hall, des gouttes cristallines s'échappant de ses yeux. Le souffle saccadé, le chemin pour arriver à son appartement lui parut plus long que d'habitude. Ses clés lui échappèrent trois fois avant qu'il ne réussisse à les insérer dans la serrure. Une fois derrière la porte, Himuro fut frappé par la froideur de l'endroit.

Ses jambes semblaient s'être transformées en coton, si bien qu'il s'écroula sur le sol après trois pas. Comme si ses sens avaient reçu un signal, il explosa en sanglot, traversé d'une douleur sourde. La main sur le cœur, il avait du mal à respirer. Des pleures pitoyables sortaient de sa bouche tandis qu'il se recroquevillait sur lui-même. Il n'aurait jamais pensé que cela faisait aussi mal.

Son masque se brisait, dévoilant la boule de souffrance qu'il était à un appartement aussi vide et froid que son être intérieur.


La journée avait très mal commencée et il sentait que cela n'allait pas aller en s'arrangeant. Dès le réveil, il avait senti ses sens s'embrouiller. Une sorte de bourdonnement avait envahit ses oreilles avant de s'évanouir aussi soudainement qu'il était apparu quand il avait ouvert les yeux. D'abord floutée, sa vision s'était affinée petit à petit avant de revenir à sa vue initiale qu'il savait excellente dû à sa condition d'Homanis.

Cependant, lorsqu'il se leva dans l'optique de se laver pour effacer la mauvaise odeur qu'il devinait être la sienne -rester enfermer tout un week-end sans se doucher avait ses inconvénients-, son environnement commença à tourner, comme si la Terre avait envie de lui rappeler qu'elle n'était pas immobile mais bien en mouvement. Il dut se rattraper à un meuble et attendre que l'impression de tanguer ne s'arrête avant de pouvoir accomplir son objectif.

Soufflant durement, il avait longuement contemplé son frigidaire. Son ventre se tordait dans tous les sens, espérant le rappeler à l'ordre afin qu'il puisse enfin se sustenter. Mais plus il attendait, plus le bruit entêtant de l'horloge se faisait présent et envahissait entièrement son audition. Un sourire amer vint effleurer ses lèvres. C'est comme si cette nuisance sonore venait lui rappeler à quel point il était seul. Un enfer de solitude dans lequel il s'obstinait à rester, quand bien même ça l'empêchait de vivre pleinement, ses trois heures de sommeil par nuit pouvaient en témoigner.

À reculons, il s'approcha de la porte d'entrée, se courbant en deux afin de calmer les demandes explicites de son estomac. Il savait qu'il était affamé, mais il ne trouvait pas la force de se faire un petit-déjeuner avec pour seule compagnie le bruit incessant de l'horloge. Il n'arrivait décidément pas à se résoudre à vivre dans une maison aussi grande, sans autre âme qui vive. Rien que l'idée de la nourriture étalée devant lui, sans personne pour être avec lui, lui donnait envie de vomir. Il ne pouvait pas.

Alors il se détourna finalement et prit enfin le chemin de l'école. Toute la journée, il la passa à faire taire les grognements monstrueux de son ventre, à essayer de rester concentré en cours, bien qu'il avait une irrésistible envie de dormir, lui-même ne comprenait pas pourquoi il s'acharnait à vouloir écouter et à ignorer la douleur que la solitude provoquait à chaque moment de sa vie dorénavant. Même Satsuki ne parvenait pas à lui faire abandonner sa morosité et dieu seul savait à quel point elle s'acharnait.

À midi, n'ayant pas de bento de préparer, ni d'argent pour s'alimenter à la cafétéria, Aomine passa son temps à piquer de la nourriture à Sakurai, refusant de s'approcher de la nourriture de Satsuki. Il était affamé, pas suicidaire. Néanmoins, il trouvait qu'il se débrouillait plutôt bien pour cacher la vérité à ses proches. Après tout, ce n'était pas nouveau de ne voir chez lui aucun sourire animer ses traits. Bien qu'il savait qu'il brisait les espoirs de sa meilleure amie, en ne redevenant pas comme il était avant... ce changement.

L'après-midi se déroula comme le matin et tous les autres jours ; péniblement. Il se demandait encore pourquoi il insistait sur cette voie alors qu'il serait si facile de simplement abandonner et de se laisser couler. Mais lorsqu'il croisait le regard remplit d'inquiétude de sa meilleure amie, il effaçait ces pensées de sa mémoire, refusant de causer plus de tord à son entourage.

Lorsque vint l'heure de l'entrainement, Aomine fut tenté de se dérober, mais ce fut sans compter sur la surveillance de Wakamatsu et Imayoshi qui étaient en plus soutenu par Momoi, bien qu'elle y mette moins d'entrain que d'habitude. Peut-être que faire un effort physique l'aiderait à se débarrasser du froid qu'il ressentait tous les jours, aussi bien dans son cœur que dans son corps. Dans un soupir, le métis consentit à aller se changer, ses pas se faisant bien plus lourds que lorsqu'il était au sommet de sa forme. Il ravala un ricanement. Cela faisait bien longtemps qu'il ne savait plus comment il était « au sommet de sa forme ». Kagami le trouverait pathétique, il en était à penser que même cet idiot serait capable de le battre, et avec facilité.

« AOMINE attention ! »

Trop tard, il ne sentit que trop bien la balle s'éclater contre son crâne. Une douleur sourde le traversa de part en part, restant principalement située au niveau de son occipital. Sa vue se flouta de nouveau et il tituba un instant, clignant des yeux à une vitesse ahurissante. Il retint une envie de vomir avec peine, son ventre se tordant dans tous les sens, voyant beaucoup de ses coéquipiers accourir vers lui, dont Satsuki. Le sifflement dans ses oreilles qui ne le lâchait pas depuis qu'il avait commencé à faire des efforts physiques s'accentua, embrouillant tous ses sens et réduisant ses capacités.

« ...mine-kun ! Aomine-kun ! Ça va ? s'affola sa manager.

- C'est bon Satsuki, marmonna-t-il, pas la peine d'en faire une montagne, j'ai juste pas fait gaffe. »

Et justement, cela valait la peine d'en faire une montagne. Cela faisait déjà bien deux semaines qu'il semblait diminué mais il ne s'était jamais pris de ballon dans la figure ou n'avait jamais raté un panier. Or cela faisait au moins cinq fois qu'il loupait l'arceau et maintenant il ne faisait même plus attention où se situait la balle ? Cela avait de quoi affoler l'équipe.

Le grand Aomine Daiki semblait sur le point de s'effondrer.

Et cela se confirma rapidement. Malgré ses dires, Daiki eut à peine le temps de faire trois pas que sa vision noircit instantanément et que plus aucun bruit ne lui parvint, si ce n'est une douleur sourde à son estomac couplée avec celle de tous ses membres tandis qu'il heurtait le sol avec brutalité.

Puis plus rien. Seul un cri déchira le silence qui s'était installé.


Il luttait contre le sommeil, de toutes ses forces. Il embrouillait ses sens, l'empêchant de se concentrer pleinement et essayant de l'attirer dans ses bras chauds et réconfortants. Il était tenté de se laisser aller, de le laisser l'étreindre doucement et propager sa chaleur dans tout son corps froid qui manquait cruellement d'attention. Cependant...

Il pouvait presque l'entendre. Son ricanement. Sentir ses yeux le regarder avec mépris, une lueur moqueuse au fond de ses prunelles bicolores. Se mordant la lèvre, il s'efforça de l'ignorer et regarda droit devant lui, tentant de se concentrer sur ce qu'il se passait plutôt que sur son double maléfique.

Assis dans sa salle de classe, il assistait à un cours de mathématique. Il ne devrait pas avoir de problème dans cette matière étant donné qu'il réussissait tout ce qu'il entreprenait. Cependant, ces derniers temps, ses professeurs le scrutaient de plus en plus, inquiet quant à son avenir. Car voir Seijuro Akashi lutter pour rester concentré était anormal. Voir même choquant. Heureusement pour lui, ses notes ne baissaient pas étant donné que même s'il n'avait plus la force de travailler correctement, son intelligence au-dessus de la moyenne restait la même. Mais pour combien de temps encore avant qu'il n'ait plus assez de conscience pour réussir ?

« Regarde comme tu es pathétique. »

Bon sang. Il venait lui parler en public maintenant. Ce n'était jamais bon signe. Il devait tout faire pour l'ignorer et surtout, ne pas craquer devant autant de témoins. Son image se reflétant dans le miroir brisé s'imposa un instant à son esprit avant qu'il ne décide de chasser toute pensée parasite et de se rasseoir correctement. Mais c'était sans compter sur son jumeau au dessein plus que vil.

« Néanmoins, tu m'impressionnes. Tenir une semaine sans blesser quelqu'un, ni commettre d'impair. Tu me ferais presque de l'ombre, ricana son semblable, sarcastique. »

Akashi avait bien conscience que tous ces compliments étaient des faux et ne servaient qu'à se moquer de lui. Il pensa bien fort qu'il était puéril, ce à quoi l'autre répondit par un autre rire des plus horripilants. Lâchant un soupir d'énervement, Seijuro s'autorisa un bref moment de répit en fermant les yeux et massant l'arrête de son nez. Il pouvait presque sentir le poids de l'autre choir sur ses épaules, ainsi que son souffle se répercuter sur sa joue. Il se demanda un instant comment il pouvait à ce point sentir sa présence avant de chasser cette question, décidant de se concentrer définitivement sur le cours.

« Tu ne pourras pas m'ignorer indéfiniment Sei-ju-ro, ronronna son double, faisant exprès de séparer chaque syllabe de son prénom, comme pour l'irriter d'avantage. D'ailleurs, pour répondre à ta question, le fait que tu puisses me sentir autant n'a rien à voir avec le hasard. Allons, tu ne devines pas pourquoi ? Je sais que c'est moi qui suis absolu, mais tu devrais en avoir une petite idée ... »

Un effleurement glacial sur sa joue le fit frissonner violemment. Il écarquilla les yeux. Comment se faisait-il qu'une hallucination de sa propre faiblesse arrivait à lui provoquer autant de sensation ? Au fond, il se doutait de la réponse, mais il refusait de l'envisager. Cela faisait longtemps qu'il ne se posait plus de question à propos de son dédoublement de personnalité mais il se dit qu'il était vraiment diminué pour en arriver à vouloir ignorer la solution à un problème. Il faillit rire de lui-même tant il se trouvait minable mais se retint, n'oubliant pas les regards fixés sur lui à intervalles réguliers.

« Je suis déjà en train de prendre le contrôle. Lentement, mais sûrement, j'y arrive et lorsque je t'aurais pleinement évincé, je peux t'assurer que je reprendrais ma place d'empereur absolu auprès de tous mes subordonnés que tu qualifies d'amis, répondit-il finalement, désignant avec dédain ses amis. »

Une violente rage le submergea soudainement et le prit au dépourvu, ainsi qu'un sentiment de peur qui grossissait à chaque seconde. Il se retint de hurler et préféra lui répondre mentalement, essayant de rester le plus impassible possible extérieurement :

« Essaye un peu et je te dévorerais tout entier. Nous n'échangerons plus jamais de place et je t'interdis formellement de leur faire du mal ou d'essayer de les soumettre une nouvelle fois. Tu n'es pas absolu, je pensais que tu l'avais compris lors de la Winter Cup mais il semblerait que tu sois plus idiot que je ne le pensais. »

Un rire glacial retentit dans son crâne et il sentit très clairement les mains de l'autre lui entourer le torse, comprimant sa cage thoracique, comme s'il voulait lui briser les côtes. Il savait qu'il l'avait mis en colère mais il ne reviendra jamais sur sa parole, sentant sa propre fureur augmenter au fur et à mesure qu'il sentait les griffes de son double descendre le long de son corps. Sa queue remplaça ses mains, se chargeant de serrer son torse à l'en étouffer. Il serra les dents et malgré lui, ses canines s'enfoncèrent dans sa lèvre inférieure. Il se dépêcha de récolter tout le sang qui s'en écoulait tandis qu'une voix pleine de fureur explosait dans son crâne :

« Tu oses me défier Seijuro, moi, l'empereur absolu ?

- Tu n'es pas un empereur, encore moins absolu, tu es juste ma faiblesse, répondit Seijuro sans se démonter alors qu'il sentait la progression des griffes de l'autre arriver à son ventre.

- Tu vas le regretter amèrement, susurra l'autre à son oreille. Oh oui, quand tu te seras enfin abandonné à moi, je m'en prendrais en premier à Tetsuya. Ce sera lui qui payera chèrement pour ton affront.

- Ose ne serait-ce que songer à lui faire du mal et je t'arrache les yeux. »

Un rire froid retentit dans son oreille. Cela l'énerva profondément et il oublia un instant où il était. Il posa violemment ses mains sur celles de son double qui étaient maintenant rendus sur ses cuisses, ses griffes s'enfonçant dans celles-ci. Il pouvait presque sentir les yeux hétérochromes le mitrailler. Un nouveau chuchotement parvint à son oreille, le souffle du rouge maléfique s'échouant dans son cou :

« Ne crois pas pouvoir me dominer. Je peux t'affaiblir à chaque instant, ne l'oubli pas. »

Il sentit ses crocs mordre son oreille pendant qu'une série d'images défilait dans son esprit. Des cheveux écarlates. Un visage effrayé mais déterminé. De la fureur. Un rugissement. Des crocs luisants. Des griffes levées, prêtent à frapper. De la peur. Un cri déchirant. La chair s'arrachant. Du sang.

Du sang.

Rouge. C'était rouge.

Rouge comme son sang.

Le regard voilé, il sursauta lorsqu'un bruit strident parvint à ses oreilles. Il se rendit compte qu'il était dans sa salle de classe et que la fin du cours venait d'être annoncée. Haletant, il prit connaissance de son environnement. Son jumeau maléfique s'était volatilisé dans un dernier rire glacial, promettant de revenir prochainement le hanter. La salle se vidait rapidement et il sentait le regard sévère de son professeur sur lui. Néanmoins, il savait qu'il ne viendrait pas le déranger étant donné que ses notes étaient toujours parfaites. Il ne fallait pas qu'il vienne de toute façon.

Car il se rendit compte qu'il n'avait pas enfoncé ses griffes dans les mains de son double, mais dans ses propres cuisses. La douleur le frappa tout un coup et il les retira, comme brûlé. Les plaies cicatrisaient déjà mais cela n'effaçait pas le sang présent sur son pantalon et ses doigts, ainsi que les trous causés par ses appendices. Il respira profondément, essayant de se calmer, en vain.

Car même si son esprit avait lutté, il se rendait compte qu'il y était tout de même parvenu. À prendre le contrôle. Puisque lui-même l'avait perdu, ne serait-ce qu'une microseconde. Cela lui fit peur. Il devait se montrer cent fois plus intelligent s'il ne voulait pas qu'un incident du même genre ne se reproduise. Mais il savait que la bataille n'en serait que plus difficile, car il l'avait énervé en le provoquant. Avec une pointe de douleur, il repensa à la menace qui pesait sur Kuroko. Il devait tout faire pour le protéger de lui-même et ne pas céder.

Avec des gestes lents, il se releva de sa chaise après avoir ramassé ses affaires. Il se servit de sa veste d'uniforme pour cacher le sang présent sur son pantalon et sortit le plus normalement possible. Une fois dans le couloir désert, il s'efforça de marcher lentement, le regard voilé et la tête baissée.

Ce ne fut que lorsqu'il fut hors du bâtiment qu'il craqua et partit en courant, l'affolement menaçant de prendre possession de son être à chaque instant. Il voyait toujours ses doigts couverts de sang tenir la bandoulière de son sac jusqu'à presque l'arracher, comme s'ils le narguaient. Il sentait encore le souffle fugace de son double sur son cou. Et même s'il savait que cela n'était pas réel, une peur insidieuse commençait à enserrer lentement son cœur. Et il savait que l'autre en était parfaitement conscient et s'en régalait.

Et tandis qu'il courrait afin d'essayer d'échapper aux images rouges et à l'emprise de son double, il sentait encore la morsure de ce dernier sur son oreille, comme marquée au fer rouge.


Midorima avait fini par revenir en cours. Takao l'avait remarqué dès lundi, lorsqu'il avait vu une touffe de cheveux verte déambuler dans les couloirs. Un soulagement débordant l'envahissant, il allait le rejoindre lorsque son ami s'était retourné pour le toiser. Le connaissant, il avait dû reconnaître sa démarche à l'oreille. Cependant, il fit une chose à laquelle son ami ne s'attendait pas.

Croisant son regard, le plus grand se raidit et Takao put le remarquer bien qu'ils soient séparés par plusieurs élèves. Rapidement, le vert se détourna, au plus grand étonnement du faucon et s'éloigna dans une direction opposée. Comme s'il cherchait à le fuir. Takao voulut le suivre pour demander des explications mais la sonnerie retentie, l'obligeant à aller en classe. Il pesta, sachant que dans ce cours ils étaient le plus éloignés possibles et ne pourront donc pas communiquer. Même si ce n'était pas vraiment en public qu'ils pouvaient discuter de toutes ces choses-là.

Cependant, quelque chose l'avait fait tiquer. Son camarade semblait affaibli et beaucoup plus pâle qu'à l'ordinaire.

Mais Shin-chan le surprit une fois encore. Ce dernier arriva en retard en cours, prenant la peine de s'excuser avec toute la froideur qui le caractérisait avant d'être autorisé à aller s'installer. Il ne jeta pas un seul regard au brun lorsqu'il passa devant lui pour se réfugier tout au fond, ignorant les regards des autres élèves braqués sur sa personne. Le regard aiguisé du faucon lui permit de remarquer que ses épaules s'étaient raidies un millième de seconde.

Cela suffit à le convaincre. Le Tsundere l'ignorait et voulait même l'éviter le plus possible.

Fronçant les sourcils, Takao s'affala sur sa table, jetant un regard insistant au plus grand. Mais ce dernier l'ignora ostensiblement, ses émeraudes braqués sur le tableau. Mordillant sa lèvre d'agacement, Takao se demanda ce qu'il avait encore fait pour provoquer une réaction pareille. Cependant, c'était bien le problème.

Il eut beau chercher dans les recoins les plus sombres de sa mémoire, pour une fois, il n'avait rien fait qui puisse lui attirer la foudre de son camarade. Il parlait en connaissance de cause, il retenait absolument tout ce qui concernait de près ou de loin le vert. C'était incroyable comme sa mémoire pouvait être efficace lorsque ça touchait son camarade mais quasiment inexistante lorsqu'il s'agissait de retenir les fonctions de x.

Mais à force de l'observer, il remarqua encore une fois à quel point son camarade paraissait faible. Lorsqu'il remit ses lunettes en place, sa main tremblait légèrement. De même que part moment, sa respiration semblait faiblir avant qu'il ne se reprenne. Et son visage était toujours aussi blanc que de la craie. Ces constatations renforcèrent son inquiétude et son envie de découvrir ce qu'il cachait.

« Takao Kazunari ! rugit une voix juste à côté de lui. »

Son sursaut fit rire la moitié de la classe tandis qu'il dévisageait, hébété, l'enseignant qui l'avait dérangé en pleine fixation. Ce dernier le rouspéta, soulignant ses piètres résultats dans sa matière et Takao se confondit en excuses, toujours sous les rires de la classe. Mais un seul ne riait pas.

Midorima. Et il osait enfin le regarder. Mais seul du mépris traversait ses émeraudes avant qu'il ne les détourne, l'air agacé. Comme si la simple vu d'un Takao qui se faisait enguirlander par le professeur l'exaspérait et le confortait dans son idée que son camarade au basket n'était qu'un idiot. Cela fit enrager Takao.

Alors comme ça le vert daignait lui adresser un regard pour lui faire comprendre qu'il n'était pas assez intelligent pour rester à côté de lui ? Une fureur inexplicable se déversa dans ses veines et il se rendit compte que c'était bien la première fois qu'il était en colère contre l'énergumène qui lui servait d'ami. Il n'avait pas osé trop le bombarder de messages car il savait qu'il allait se faire rembarrer et avait même confronté le regard menthe glacé de son père dans l'unique but de savoir ce qui n'allait pas car il s'inquiétait pour lui et c'était comme ça qu'il était reçu lorsque monsieur revenait dans la vie active et s'évertuait à l'éviter alors qu'il n'avait rien fait au préalable pour mériter un tel traitement de faveur ?!

Lors de l'interclasse, Takao se leva en trombe de sa place, son esprit en ébullition après avoir ruminé tout au long des deux heures et se dirigea rapidement vers lui. Mais encore une fois, Midorima réussit habilement à l'éviter, à croire qu'être mi-panda, mi-humain lui permettait de lire l'avenir et de savoir dans combien de secondes exactement Takao allait venir lui chercher des noises, et sortit de la classe à la vitesse lumière. Alors qu'il allait le suivre, bien décidé à lui demander des comptes, une tête qu'il reconnaissait comme étant quelqu'un de sa classe se plaça juste devant lui et se mit à lui déblatérer des propos sans intérêts d'une voix surexcité, attirant d'autres élèves, lui coupant définitivement la route.

Takao commençait à croire qu'il était maudit lorsque leur professeur suivant arriva en classe, ne lui laissant pas le loisir de pouvoir enfin parler avec Shin-chan. Serrant les dents, il passa les deux heures suivantes à scruter l'horloge en la menaçant du regard que l'aiguille progresse plus vite et à jeter des regards furibonds, plus ou moins long, vers son camarade qui s'évertuait à l'ignorer. Il était pourtant sûr qu'il sentait le bleu de ses yeux lui brûler la peau.

Lorsqu'enfin la pause de midi arriva, Takao sursauta sur sa chaise, comme monté sur ressort et sortit de la classe, bien décidé à l'attraper à la sortie. Malheureusement pour lui, Midorima avait acquis des réflexes surhumains grâce à sa condition d'Homanis, si bien qu'il l'évita une fois encore et courut presque se réfugier à l'autre bout du lycée. Non, en fait, il courra carrément, ne permettant pas à Takao de le suivre puisqu'il était moins rapide et plus petit que lui. Il sentit sa fureur décupler.

Toute la pause déjeuné, il la passa à déambuler dans Shutoku, sans jamais rencontrer son ami aux cheveux verts. À croire que Shin-chan mangeait tout en courant. Il pensa même à vérifier sur le toit, mais évidemment, il n'y était pas et en plus il faillit se faire attraper par un surveillant. Il se rendait vraiment compte qu'il avait de la chance d'avoir des yeux de faucon qui lui permettait un large champ de vision.

Il dut donc se résigner à pouvoir parler à Midorima le soir, lors de l'entrainement. Mais même là, il ne pouvait pas l'approcher à moins de deux mètres, Ostubo ayant préalablement décidé de leur faire faire une série de dribble avant d'enchaîner sur des paniers standard, sans lui laisser la chance de le prendre à part, étant donné que s'ils se relâchaient ne serait-ce qu'un instant, ils étaient de suite rabrouer. Et évidemment, il fut choisit pour ranger le matériel, laissant tout le loisir à Midorima de s'enfuir chez lui sans qu'il n'ait pu lui parlé. Ce dernier lui aurait d'ailleurs annoncé d'un air dédaigneux qu'il aurait mieux fait d'écouter Oha-asa et d'apporter son objet chanceux du jour.

Il commençait à croire que cette journée avait été un véritable sketch, et que tout le monde s'était décidé en même temps à lui mettre des bâtons dans les roues pour qu'il ne puisse pas accomplir son objectif. Cela ne fit qu'accroître la colère qu'il ressentait à l'égard de Midorima, mais aussi un autre sentiment, beaucoup plus obscur et profond.

Pourquoi se sentait-il presque abandonné et rejeté ?


« Tu peux me répéter ça, Murasakibaracchi ? s'étonna Kise. »

Midorima n'en menait pas large non plus, remettant d'un geste indécis ses lunettes sur son nez. Il se demandait si son audition ne lui jouait pas des tours. Ironique lorsque l'on sait qu'il possédait l'ouïe la plus perçante parmi leur groupe étrange. Le violet leur faisant face soupira, comme s'ils étaient idiots. Le vert sentait l'agacement poindre, ayant tout sauf envie que le plus imbécile d'entre eux ne le prenne de haut. Murasakibara finit par répéter, lassé :

« J'ai dit que je voulais en savoir plus sur l'amour. »

Encore une fois, il les laissa comme deux ronds de flans, incapables de réagir. Un ricanement nerveux secoua Kise, puis il se mit à rire aux éclats, des perles s'incrustant au coin de ses yeux. Définitivement agacé, Midorima se rassit correctement sur sa chaise, croisant les bras, et déclara :

« Et je peux savoir pourquoi tu viens me demander des précisions sur ce sujet ?

- C'est vrai ça ! hoqueta Kise, Midorimacchi est le moins bien placé pour te conseiller. »

Bien qu'il ait parfaitement raison, le plus grand des deux ne put s'empêcher d'être irrité de cette précision. Il s'en étonna. D'habitude, il perdait rarement son calme, encore moins sur un sujet aussi futile. Un éclair noir passa devant ses yeux avant d'être chassé de son esprit. Ce n'était ni l'endroit, ni le bon moment pour penser à lui.

« Vous êtes les seuls à m'avoir répondu, même Aka-chin m'a ignoré, bouda le plus grand. »

Midorima sentit ses yeux s'écarquillés. Akashi avait ignoré Murasakibara ? Même si c'était une réponse négative, le rouge avait toujours fait l'effort de leur répondre, que ce soit oralement ou par téléphone. Là-dessus, il devait avouer qu'ils n'avaient pas à se plaindre de l'attention que leur accordait leur ancien capitaine. Le fait qu'Aomine n'ait pas répondu à l'appel ne l'étonnait pas, de même que Kise se soit précipité pour lui venir en aide non plus. Kuroko ne répondait pas toujours, alors cela ne le déroutait pas vraiment. Ce qui le surprenait vraiment était sa propre réaction. Pourquoi s'était-il rendu à ce rendez-vous ? Cela n'avait aucun sens, il n'avait aucune supposition à émettre. A moins peut-être le fait de vouloir fuir le plus possible la maison familiale…

« Alors, vous pouvez me répondre ? s'impatienta le géant.

- C'est que… commença Kise, il faudrait que tu sois plus précis. »

Le violet perdit son regard dans la table, l'air de réfléchir. Décidément, il allait de surprise en surprise, pensa Midorima. C'était bien la première fois qu'il le voyait si concentré, il n'avait presque pas touché à ses mochis. Enfin, il ouvrit la bouche, le bond pendu à ses lèvres :

« Muro-chin a dit qu'on avait rompu. Il m'a dit que je lui donnais pas assez d'attention. Mais je comprends pas vraiment ce qu'il a voulu dire par là. »

Les yeux de Kise s'écarquillèrent. Ah, il ne s'y attendait pas à celle-là. De plus, ce n'était pas comme s'ils parlaient de leur vie amoureuse comme des gossip en manque de potins dans leur groupe. Il déglutit, sachant Midorima pétrifié à côté de lui. Il ne pouvait lui en vouloir, il avait toujours été un peu coincé sur ces sujets-là, d'autant que ce n'était pas n'importe qui, qui demandait des précisions.

« Et bien, quand on rompe avec quelqu'un, c'est que généralement on ne s'entend plus, ou qu'il y a trop de problèmes.

- Mais je ne voyais pas de problème avec Muro-chin, on s'entendait bien, protesta le géant.

- Ce n'est pas ce qu'il t'a dit apparemment, le contredit gentiment Kise.

- Pourquoi de l'attention ? Qu'est-ce que ça peut vouloir dire demander de l'attention ?

- Déjà, il y a plusieurs façon de donner de l'attention… commença Ryota.

- Murasakibara, de quoi parliez-vous avec Himuro ? »

Ebahit, Kise se tourna vers Midorima. Il ne s'attendait pas à ce qu'il prenne part à la conversation. Ce dernier se tenait bien droit, toujours les bras croisés, le regard indifférent. Murasakibara riva ses améthystes sur lui, avant de répondre d'une étrange voix :

« Le plus souvent je lui demandais s'il avait pensé à prendre des Maiubo ou des chips, ou encore je lui demandais si je pouvais sécher les entrainements…

- C'est tout ? demanda Kise. »

Il devait avouer qu'il avait toujours eu du mal à imaginer le géant en couple. Il se demandait bien quel genre de comportement il devait avoir. Il commençait à se dire qu'il n'avait pas l'air différent du Murasakibara qu'il connaissait.

« Oui, répondit nonchalamment le grand.

- Et c'est bien ça le problème, soupira Midorima. Murasakibara, on ne t'a jamais appris à tenir une conversation ? A t'intéresser aux autres ? Que ce soit avec des amis, des connaissances ou, en l'occurrence, avec ton conjoint, tu te dois d'alimenter un minimum les discussions, ne serait-ce que pour éviter l'ennui. De plus, de ce que tu me raconte, tu n'as l'air de parler avec lui que de sujets dont tu te sens concernés, or, lui demande un peu plus de considération. C'est plutôt égoïste de ne jamais t'intéresser à lui, mais venant de toi, j'imagine que ce n'est pas surprenant. »

Murasakibara prit un air vexé, ayant percuté ce que lui communiquait Midorima. Kise, lui, était de plus en plus sidéré. Le pire était que le vert avait entièrement raison. Et lui qui croyait qu'il n'y connaissait rien !

« Mais lui non plus ne me parlait jamais de lui !

- Justement, ce que je peux en déduire, c'est qu'il pensait avant tout à toi, plutôt qu'à lui, sinon, il se serait manifesté bien avant. De plus, ne va pas croire qu'être un couple ne se limite qu'à parler. Même si tu es le plus grand taciturne du monde, des petits gestes d'affections sont les bienvenus, ainsi que les marques d'attachement que tu peux lui manifester au travers de gestes quotidiens. Il y a bien sûr d'autres choses, mais ne compte pas sur moi pour te les expliquer, il faudrait être idiot pour les ignorer, grimaça Midorima. »

Alors là, Kise avait la bouche grande ouverte. Il avait l'impression que Midorima avait déjà donnée de sa personne plusieurs fois, or, il savait très bien que ce n'était pas le cas. Il se fit la réflexion de ne plus jamais sous-estimé Midorima. Le violet ne s'en rendait pas compte, trop occupé à assimiler ce qu'il venait d'entendre. D'un coup, ses épaules s'affaissèrent, surprenant le blond et le vert, et il déclara, la voix un peu tremblante :

« Je ne sais pas quoi faire… Comment est-ce que je pourrais lui parler d'autres choses ? Je ne connais rien d'autre. Et puis quels gestes d'affection ? Qu'est-ce que tu veux dire par lui montrer au quotidien ? »

Midorima soupira, se retenant de lui lancer une remarque acerbe. Il n'avait jamais vu quelqu'un se comporter autant comme un enfant. Néanmoins, il sentit son cœur se serrer en croisant les yeux envahit par la tristesse de l'ours. Même avec son odorat peu développé, il arrivait à sentir l'abattement du géant. Kise, dont l'empathie dépassait le Mont Everest, ne put s'empêcher d'essayer de le réconforter en lui envoyant des ondes positives. Midorima jeta un œil autour d'eux, prudent.

« Murasakibaracchi, ce que tu peux faire c'est déjà amorcer la conversation en lui demandant ce qu'il aime faire durant ses temps libres, ce qu'il aime, ce qu'il a vu dernièrement au cinéma ou ce qu'il a lu. S'il aime la lecture d'ailleurs. Il y a beaucoup de sujets que tu peux lancer afin d'apprendre à mieux le connaitre ! Rien que de connaitre sa couleur préférée serait un grand pas en avant.

- Donc, je devrai plus focaliser mon attention sur lui ? devina Murasakibara.

- C'est ça, voit ça comme un apprentissage. Faire plus attention à lui c'est aussi savoir ses envies et ses peurs, ainsi qu'apprendre à le connaître sur le bout des doigts. Bien sûr, il est impossible de connaître quelqu'un plus que lui-même en une seule vie, c'est pourquoi c'est toujours amusant d'être avec la même personne, car chaque jour est une découverte. En ce qui concerne les gestes d'affection, tu pourrais commencer par lui prendre la main, le prendre dans tes bras… Le reste viendra sûrement naturellement, sourit Kise, un peu gêné par ce qu'il venait de dire.

- Savoir vivre en harmonie avec l'autre est presque la définition d'un couple, intervint Midorima. Pouvoir le comprendre, comprendre comment il réfléchit et deviner la manière dont il aborderait certaine situation fait partie de cet apprentissage. Deviner quand il va mal ou est heureux ou encore être la personne qui peut lui procurer de l'apaisement. Le plus important est de se sentir bien. Si tu es gêné avec lui, alors ce n'est pas la bonne personne. Si tu arrive à te projeter sur la durée avec lui, alors tu es sur la bonne voie. Le naturel est ce qui doit prôner sur tout le reste. Etre heureux ne se limite pas à simplement être joyeux. Si tu contribue à son bonheur simplement en restant dans sa vie, c'est que vous êtes bien ensemble. Or il n'est pas heureux avec toi, je me trompe ? finit Midorima, un sourcil levé.

- … non, avoua Murasakibara, les yeux baissés. »

Il sentit le même pincement au cœur que précédemment en sentant à quel point il semblait triste. Mais il s'en réjouissait aussi. Au moins, il prenait conscience que la vie n'était pas gagnée sans rien faire.

« Mais Murasakibaracchi ! Si déjà tu lui montre que tu fais des efforts, il sera beaucoup mieux ! Tu l'as sans doute compris en écoutant Midorimacchi, mais aimer quelqu'un ne signifie pas simplement être avec lui.

- Oui, si tu aimes quelqu'un, c'est que tu mets son bonheur avant le tien. S'il est plus heureux sans toi, alors tu le laisse partir. Seul son bonheur compte, c'est comme ça que tu sais si tu aimes quelqu'un ou non. Aimer, c'est ne rien attendre en retour. C'est faire des compromis. Si tu n'es pas en mesure de le laisser partir par pur égoïsme, alors tu ne l'aime pas. Si au contraire, il n'est heureux qu'avec toi, alors tu fais tout pour qu'il le reste, c'est comme ça que ça marche. »

Kise sentait une chaleur monter en lui. Il se sentait heureux. Heureux que leur Midorima soit bel et bien un Tsundere, heureux qu'il ose enfin dévoiler ses pensées sur un sujet aussi épineux, et surtout, qu'il leur fasse autant confiance. Il se dépêcha d'enchainer, ne voulant pas que Midorima se sente gêné suite au blanc qui planait après sa déclaration :

« Oui, on peut dire que l'autre est la chose la plus primordial dans un couple, et c'est valable dans les deux sens. On ne peut pas aimer pleinement, si nous ne somme pas aimer en retour. Les deux forment la partie d'un tout, c'est ce qu'on appelle un couple.

- De plus, poursuivit Midorima, il n'y a pas qu'une seule manière d'aimer. Chacun à sa propre façon. Pour revenir par lui prouver par des gestes quotidien, lui préparer à manger par exemple, lui donner son manteau lorsqu'il l'oublie ou encore prendre soin de lui lorsqu'il est malade fait parti de ces différentes façons.

- … exactement ! renchérit Kise, alors surtout, ne te bride pas en essayant de te conformer aux méthodes clichés et ringardes des couples. Si tu dois aimer, fais-le pleinement et sans restriction et si l'autre t'aime, ce sera dans ton intégralité, en prenant en compte tes qualités et tes défauts. Et comme l'a dit Midorimacchi, faire des compromis est très important, ça contribue au fait que chacun y trouve son compte.

- … Muro-chin m'avait dit qu'il ne voulait pas que je change, juste que je lui apporte plus d'attention, murmura Atsushi, le regard caché par ses cheveux.

- Si même lui t'apporte la réponse aussi clairement, je ne vois pas ce qu'on peut faire d'autre, s'agaça faussement Midorima. »

Le géant, semblant absorbé dans ses pensées, s'empara d'un mochi, le mâchouillant sans faire attention. Midorima se sentait satisfait. Ils avaient réussi à faire fonctionner cette petite tête violette, finalement. Le voir réfléchir était rare mais apportait un grand sentiment d'accomplissement. Le vert se leva, déclarant :

« Bon, maintenant qu'on a pu t'aider, je m'en vais.

- Attend Midorimacchi, je pars avec toi ! »

Comme convenu, Kise se leva, enfilant son manteau. Midorima ne l'attendit pas, ayant presque atteint la porte. Ce ne fut qu'un murmure, mais Shintarou sentit ses lèvres s'étirer en un mince sourire :

« Merci. »

Kise se sentit sourire aussi, mais décida de ne pas se retourner afin de le laisser réfléchir et surtout, ne pas le gêner. Il rattrapa facilement Midorima, mettant ses mains dans ses poches sous la froideur de la température ambiante. Quelques minutes s'écoulèrent sans que ni l'un, ni l'autre ne décoche un mot. Kise choisit de rompre cet instant de plénitude en annonçant :

« Je ne savais pas que tu t'y connaissais autant Midorimacchi. Je pense que tu l'as bien aidé. Juste par curiosité, tu as déjà été en couple ?

- Bien sûr que non, crétin, s'irrita ce dernier. »

Il remit ses lunettes d'un geste nerveux. Il est vrai qu'il avait parlé de manière si naturelle et spontanée qu'il n'avait pas eue le temps de se demander si cela ne menaçait pas les règles de bienséance. Avant de pouvoir les retenir, les mots se mirent à pleuvoir :

« J'ai tout simplement décrit ma vision du couple. »

Il se mordit la lèvre, tentant de garder un air digne en marchant avec la stature bien droite. Il se maudit de ne pas avoir sa langue dans sa poche. A coup sûr, Kise allait l'embêter avec ça. Pourtant, à sa grande surprise, le mannequin se contenta de sourire sincèrement, le regard illuminé d'affection, la chaleur qu'il dégageait atteignant Midorima de plein fouet. Les ondes qu'il renvoyait débordaient de sentiments, ébranlant le vert et réchauffant son cœur glacé.

« Et bien je la trouve magnifique, cette vision. »


Un grognement sourd lui échappa, aussitôt couvert par Kuroko qui posa discrètement sa main sur son bras. Ses iris rouges se détachèrent tant bien que mal de l'ennemi avant de se poser sur son ombre. Le turquoise lui fit comprendre d'un regard qu'il devait absolument rester neutre en sa présence, il en valait de sa sécurité.

Kagami soupira, serrant simplement sa main dans la sienne, signifiant par là qu'il avait bien compris le message bien qu'il mourrait d'envie de montrer sa vraie nature à ce petit teigneux pour lui faire comprendre de ne pas toucher à un seul cheveux de son ombre. Résistant à l'envie d'envoyer un regard chargé de menace à Naoki, il décida de se détourner, reprenant son activité initiale.

Il n'avait pu s'empêcher de vouloir défendre Kuroko en sentant Mayakusumo s'approcher un peu trop près de lui lors du match d'entrainement. Il avait tellement envie d'enfoncer ses griffes dans sa chair tendre qu'il sentait ces dernières racler le ballon orange. Il n'eut pas le temps de s'en inquiéter que déjà la balle lui échappait des mains, envoyée vers les autres ballons de basket entassés dans un coin, la perdant dans la masse.

Soufflant un bon coup pour se calmer et rétracter ses griffes, Kagami envoya un regard de reconnaissance envers Tetsuya qui s'était chargé de l'envoyer se perdre parmi ses semblables afin que Naoki ne puisse pas le retrouver et faire le lien entre Kagami et les Homanis en constatant les traces de griffures sur le ballon.

« KUROKO ! Je peux savoir ce qui t'as pris de l'envoyer à l' opposer des joueurs ? hurla Hyuga, agacé.

- Désolé, je me suis trompé de côté, s'excusa platement celui-ci.

- Tu te fiches de moi ? »

Et la discussion continua dans ce sens, interrompant le match. Kagami en profita pour observer Naoki, décryptant tous ses faits et gestes en essayant de se faire discret. Cela faisait déjà une semaine que l'incident s'était produit et on pouvait dire qu'il ne se passait pas un jour sans que Kuroko ne soit contraint de calmer Kagami par des gestes doux ou des regards insistants pour qu'il ne se jette pas sur Naoki. De plus, il tentait par tous les moyens de couvrir l'aura extrêmement dominante de Taiga en l'entrainant toujours plus loin de leur ennemi. Néanmoins cela commençait à devenir difficile pour tous les deux, ils devaient rapidement en faire part aux autres afin de décider quoi faire. Taiga se sentait d'ailleurs coupables de faire subir à son ombre ses frasques, le contraignant à le surveiller alors qu'il ne devrait s'occuper que de sa sécurité.

Kagami avait aussi pris l'habitude de raccompagner son ombre tous les soirs afin d'être sûr qu'il ne lui arriverait rien. Il se demandait parfois si cela ne les rendait pas encore plus suspects mais pour être franc, il s'en fichait. Il savait que sa santé mentale n'y survivrait pas s'il arrivait quelque chose à Kuroko, surtout s'il pouvait l'en empêcher. Il avait rapidement acquis l'obligation de savoir sans arrêt où se trouvait Naoki. Grâce à cela, son flair s'était amélioré, ainsi que son ouïe. Il réagissait beaucoup plus qu'avant à sa présence, son instinct le mettant souvent en garde bien avant que ses sens ne le détectent. C'était particulièrement vrai lorsqu'il tournait autour de Kuroko.

L'entrainement fini, ils se trouvaient tous au vestiaire. Là encore, Kagami faisait exprès de faire barrière de son corps, protégeant Kuroko derrière celui-ci et le dissimulant au regard de Naoki. Ils faisaient en sorte de se placer le plus loin possible de lui. Taiga se demandait franchement comment il faisait pour supporter sa présence et résister aussi bien à l'envie de le déchiqueter. Néanmoins, il sentait sa résistance s'effriter de jour en jour.

Ayant enfin fini de se changer, les deux compères se dirigèrent à l'extérieur. Kagami devant, Kuroko se raidit en sentant un picotement désagréable au niveau de son bras. Il tourna légèrement la tête et se tendit définitivement en croisant le regard moqueur glacial de Naoki. Ses yeux captèrent les ongles anormalement longs de son homologue et il décida de l'ignorer en constatant qu'il avait eu l'audace de l'effleurer de ses griffes en public. Il avait parfaitement saisit le message derrière le geste. Son instinct lui hurlait d'être sur ses gardes, que dès l'instant où il sera seul, Naoki saisira l'occasion pour lui faire du mal. Il le ressentait au plus profond de ses tripes.

Il accéléra le pas, se collant presque à Kagami. Ce dernier le sentit, puisque, sans même le regarder, il le saisit par le bras avant de le ramener contre lui, comme une mère protégeant son petit. La chaleur que diffusait le rouge se propagea dans son corps et son cœur, le réchauffant et le rassurant. Il était vraiment heureux d'avoir Kagami dans sa vie. Il lui devait tellement que parfois il en avait le souffle coupé en voyant qu'il continuait de veiller sur lui sans rien attendre en retour. Il voudrait faire tellement pour lui mais il avait l'impression que même une vie entière ne suffirait pas.

Comme tous les soirs, les deux compagnons se rendirent jusqu'à la maison du turquoise. Ils ne s'arrêtaient même plus pour jouer au streetbasket, ayant peur que Naoki en profite pour l'attaquer. Une fois arrivé au portillon, Kuroko se tourna vers son ami, le regard tendre. Il déclara :

« Kagami-kun, tu veux rester pour ce soir ?

- Tiens, ça te prend d'un coup ? s'étonna ce dernier.

- Nous sommes vendredi soir, et puis si ça peut t'éviter de rentrer seul de nuit, je préfère.

- Et tes parents ?

- Ma grand-mère t'aime bien, donc ils ne seront pas contre.

- Mais je n'ai pas mes affaires pour dormir, contra Kagami.

- Je te prêterai un pyjama.

- Te fous pas de moi !

- Je demanderai à mon père alors.

- Mais…

- D'après l'odeur, ils ont fait des crêpes, coupa Kuroko.

- … c'est d'accord. »

Content, il lui adressa un mince sourire, sachant que l'argument de la nourriture n'était jamais négligeable pour son glouton d'ami. Il ne mentait pas sur sa famille, ses parents accueillirent Kagami avec un sourire chaleureux, sa grand-mère le serrant affectueusement dans ses bras. Cette dernière était vraiment ravie que son petit Tetsuya ait trouvé un ami aussi précieux qui prenait de son temps pour le raccompagner.

En montant dans la chambre du plus petit, un détail revint au plus grand. Il se tourna vers son ombre qui allait déjà se saisir d'un futon sagement plié dans son armoire, et demanda :

« Kuroko, tes parents et ta grand-mère savent pour…

- Oui, j'ai choisi de leur en parler après être venu chez toi. Ils l'ont plutôt bien pris étant donné que grand-mère est celle qui m'a légué ce gêne, dévoila tranquillement Kuroko.

- Donc ta grand-mère est aussi une renarde argentée ?

- Oui. J'ai aussi pris la liberté de les mettre au courant pour toi lorsque grand-mère m'a demandé des informations sur toi.

- Oh, donc ils savent que…

- Oui, que tu es un tigre pur race, coupa une nouvelle fois Kuroko.

- Oï, t'es pas obligé de finir mes phrases, maugréa Kagami. »

Cependant, il s'interrompit lorsqu'il avisa le petit sourire de Kuroko tandis que ce dernier installait son lit de fortune près du chauffage. Il le contempla un instant, se perdant dans ses pensées, avant de lui demander :

« A quoi tu penses ?

- Je repensais à la réaction de ma grand-mère lorsqu'elle a appris ce que tu étais. Elle était ravie.

- Ah ? Pourquoi ça ? »

Il fronça les sourcils. Il se disait qu'elle était sans doute contente que Tetsuya ait pu trouver quelqu'un qui lui ressemblait et qui le comprenait. Cependant, il fut surpris de la réponse :

« Elle m'a dit que les pures races avaient tendance à surprotéger leur entourage et a toujours être là en cas de besoin, surtout les dominants. »

Il poursuivit, se tournant complètement vers lui et rivant ses aigues-marines dans ses rubis :

« Je suis d'accord avec elle, tu es un ami formidable qui a été le premier à m'aider et tu m'épaules toujours aujourd'hui, et je ne parle pas seulement de mon statut d'Homanis, mais de tout le reste. Tu as été là bien avant que ma vie ne change définitivement et pour cela je t'en serai toujours reconnaissant. Alors merci Kagami-kun. »

Ce dernier le regardait avec de grands yeux, sentant ses joues rougirent progressivement. Maintenant cramoisi, il se détourna, gêné au plus au point. Une intense joie monta en lui, si explosive qu'il savait que Kuroko la sentait.

« Tu dis des choses tellement gênantes tout le temps… ne put-il que répliquer. »

Un discret rire échappa à Kuroko. Il ne se retenait jamais de dire ces choses-là, car il savait bien que la vie était trop courte et qu'il fallait partager ses sentiments afin de ne rien regretter.

« Allons manger, dit-il simplement. »

Il partit en effleurant le bras de Kagami avec son épaule, un sourire dissimulé sur les lèvres. Ce dernier le suivit au bout de quelques secondes, toujours le cœur battant. Il ne s'habituerait jamais à ce que quelqu'un l'estime à ce point. Cependant, il oublia bien vite sa gêne et s'indigna en entendant le commentaire de Kuroko :

« Je me demande si nous aurons assez de crêpes pour tout le monde avec un ventre sur patte comme Kagami-kun ? »


« Bien, Tetsuya, pourquoi m'as-tu fait venir ici ? »

Ce dernier ne répondit pas tout de suite, préférant détailler son ancien capitaine des yeux. Il remarqua avec son habileté naturelle que le lion avait l'air fatigué. Autant physiquement, que mentalement. Son instinct lui soufflait qu'il menait une grande bataille en continue. Cependant, il ignorait contre quoi. Bien entendu, Akashi conservait une enveloppe extérieure parfaite, gardant continuellement un air tranquille et apaisant, de celui qu'il avait regagné après avoir retrouvé ses esprits suite à la finale de la Winter Cup. Il fallait être aussi observateur que Kuroko pour remarquer ce changement, de même qu'il était l'un de ceux qui le connaissait le mieux. C'est pourquoi, au lieu de débuter la conversation en lui parlant de la dernière attaque de Naoki, Tetsuya choisit de l'orienter sur l'état semblant préoccupant de son ancien capitaine. Laissant transparaitre quelque peu son inquiétude, Kuroko demanda :

« Comment vas-tu, Akashi-kun ? »

Ce dernier parut surpris, délaissant un cours instant son masque de tranquillité. Puis, il fronça légèrement les sourcils, croisant les bras. Kuroko nota la posture défensive qu'il adoptait d'instinct. Cela ne fit que renforcer ses doutes. Akashi semblait bien mal en point, pour laisser son corps montrer autant de signes.

« Bien, pourquoi cette question ? répondit-il, clairement sur la défensive.

- Parce que je sais qu'Akashi-kun me ment, répliqua Kuroko sans se démonter. »

Akashi ne riposta rien sur le moment, semblant l'étudier du regard. Kuroko ne s'était absolument pas attendu à ce qu'il riposte violemment, là-dessus, Kagami et lui était diamétralement opposé. Là où Kagami aurait démenti de manière brutale, Akashi, lui, pesait d'abord le pour et le contre, avant d'ensuite détourner subtilement la conversation pour éviter de dévoiler ses problèmes. Cependant, Kuroko ne se rappelait pas à quel moment cela avait marché sur lui étant donné que si son ancien capitaine gagnait une bataille, le renard argenté revenait à la charge un autre moment, de préférence lorsqu'il le sentait vulnérable. Ce qui était plutôt rare, avouons-le.

Le rouge promena son regard dans le gymnase vide dans lequel ils s'étaient abrités de la pluie. Le plus petit s'était débrouillé pour savoir quand est-ce qu'il aurait un match amical près de chez lui et lui avait expressément demandé de venir le rencontrer au gymnase de Seirin, après l'entrainement. L'heure était donc déjà avancée, les nuances sombres de l'hiver s'étant déjà installées dehors.

Il ne s'était absolument pas attendu à ce que Tetsuya lui demande de but en blanc comment il se portait. Néanmoins, il se doutait qu'il ne parviendrait pas à cacher au passeur ses tourments, d'autant qu'il avait l'air vraiment misérable et pathétique en ce moment. Il huma discrètement l'air et se sentit tout drôle en sentant l'inquiétude qui émanait de Kuroko. Il tenta de se concentrer mais n'y parvint pas vraiment, une chaleur étrange et inconnue rôdant dans son ventre. Il fronça les sourcils, souhaitant reprendre le contrôle, et déclara :

« Ce n'est rien de grave.

- Je pense le contraire. Sinon, Akashi-kun ne se forcerait pas à afficher un air serein. »

Akashi retint un sourire. Il ne pouvait rien cacher au passeur, c'était indéniable. Cependant, s'il avait décidé de ne pas parler, il ne le ferait pas. Et ça, même Kuroko ne parviendrait pas à le faire changer d'avis.

« Tetsuya, tu… »

Cependant, il n'eut pas le loisir de finir sa phrase. Une douleur sourde lui traversa l'épaule, puis une brûlure se propagea dans tout son corps. Il n'eut pas le temps de le réaliser qu'il se retrouvait par terre, le corps secoué de spasmes sous les yeux écarquillés d'effroi de Kuroko. Akashi serra les dents, tentant de comprendre la situation. Il vit Tetsuya reculer doucement et sentit plus qu'il ne le vit la peur qui émanait de lui.

Difficilement, il parvint à tourner la tête. Avec stupeur, il vit trois hommes équipés de la tête aux pieds de protection, chacun une arme à la main, rivée sur le petit turquoise. Akashi devina sans mal que c'était une balle spéciale chargée d'électricité qui l'avait touché, comme s'il avait reçu un sacré coup de taser. Il ne doutait pas qu'ils disposaient d'armes hautement plus dangereuses. Cependant, il savait qu'ils voulaient les capturer, et que donc leur but n'était pas de les tuer sinon, ils seraient déjà morts à l'heure qu'il est.

Quel idiot ! Il s'était trop concentré sur Tetsuya et n'avait pas senti les chasseurs arriver. Il avait complètement relâché sa garde du fait d'être en compagnie du passeur, combiné à la fatigue qui l'assaillait depuis plusieurs semaines déjà. Et maintenant, ils allaient le payer très cher. Il tenta de se relever, mû par un instinct de protection envers le renard, mais dès qu'il bougea un muscle, une décharge le cloua sur place, l'obligeant à serrer les dents pour ne pas hurler. Il vit un des chasseurs diriger son arme vers lui, sans doute pour lui tirer de nouveau dessus, mais il se fit arrêter par un de ses collègues qui déclara fermement :

« Idiot ! Ne tire pas sur un humain deux fois, tu risquerais de le tuer. »

Akashi y vit là une opportunité. Par cette phrase, il apprit qu'ils le croyaient humain et que donc, il pourrait les surprendre lors d'un excellent timing, et en plus, ce n'était pas lui qu'il visait, mais bien Tetsuya. Cela signifiait donc qu'ils étaient au courant pour son statut d'Homanis. Mais comment ?

« Allons du calme, on va essayer de faire en sorte que cette capture se passe sans incident, n'est-ce pas ? »

Kuroko sentit ses yeux s'écarquillés plus qu'ils ne l'étaient déjà. Qu'est-ce qu'il faisait avec eux ? Il le savait son ennemi, mais pas de cette façon ! Quant à savoir comment les chasseurs ont su qu'il était un hybride, ils avaient maintenant la réponse.

« Naoki-kun… pourquoi ? murmura Kuroko.

- Pourquoi, hum ? répéta celui-ci d'un air moqueur. Certainement parce que tu es assez intéressant pour ne pas être tué, mais plutôt vendu à un prix intéressant. »

Kuroko resta muet de stupeur, n'osant bouger de peur d'aggraver la situation. Akashi fronça difficilement les sourcils, s'efforçant de rester immobile. Ce type était l'un des leurs, que faisait-il avec les chasseurs ? Et qu'entendait-il par « assez intéressant » ?

« Vois-tu, mon cher Kuroko Tetsuya, débuta-t-il en lui tournant autour lentement, tel un prédateur rôdant autour de sa proie, je pensais que tu n'avais absolument pas d'instinct dominant. Et j'avais raison, tu n'es pas un dominant. Cependant ! Lorsque j'ai voulu te soumettre, je n'ai pas réussi. Comment expliques-tu qu'un simple petit renard tout inoffensif ait pu s'opposer à moi ? »

Il se rapprocha d'un coup de Kuroko, le dominant de toute sa hauteur, ses yeux miel le dévisageant d'un air narquois. Il semblait jubiler. Le turquoise déglutit, tentant de rester bien campé sur ses jambes et de ne pas montrer sa peur. Même s'il savait que c'était peine perdue, puisqu'il suintait littéralement la peur.

Soudainement, il se raidit. Ses oreilles et sa queue sortirent d'eux-mêmes, poussées par l'aura dominante qui l'écrasait. Naoki affichait lui aussi ses attributs animaux, crocs en avant. Kuroko sentit la colère l'envahir tandis qu'il comprenait ce qu'il essayait de faire. Poussant un grognement sourd, il plaqua ses oreilles sur son crâne, s'élevant contre son ennemi qui essayait une nouvelle fois de le soumettre. D'un coup vif, il repoussa Naoki, entaillant sa peau au torse au passage. Menaçant, il lui grogna dessus, surveillant du coin de l'œil les chasseurs qui avaient relevés leurs armes vers lui, prêts à tirer.

Ebahi, Akashi assistait à ce spectacle. C'était la première fois qu'il voyait un hybride à caractère non-dominant repousser un dominant et refuser de se soumettre. Il avait toujours su que Kuroko était différent des autres, rien qu'à son odeur impossible à définir. Un fort sentiment de fierté s'épanouit dans son corps en le voyant se dresser seul contre leurs ennemis, refusant de se laisser marcher dessus. Il devait avouer qu'il ignorait que le passeur pouvait faire ça, étant donné qu'il ne l'avait jamais vu se dresser contre lui, ou encore Aomine ou Kagami lorsqu'ils laissaient leur aura débordée.

Il sentit ses poils se dressés sur sa nuque en voyant les chasseurs prêts à remettre en place Kuroko mais Naoki les arrêta en leur faisant un signe, une main sur son visage. Des gouttes écarlates tombaient sur le sol, s'échappant de sa blessure au torse. Akashi déglutit en voyant le rouge de son sang, sentant un malaise l'étreindre. Ce sentiment s'intensifia lorsqu'il sentit l'autre lui se manifester, son sourire cruel apparaissant dans son esprit. Ce n'était franchement pas le moment pour le tourmenter.

Un rire de dément détourna son attention de son jumeau maléfique. Il posa ses rubis sur Naoki. Ce dernier semblait jubiler, ses yeux rieurs posés sur l'ombre, ignorant totalement le lion.

« Prodigieux ! Tu vois, c'est de ça que je parlais ! Tu n'es pas dominant et pourtant, tu as réussi à me repousser. Et pour moi, l'explication est bien simple ; tu as une volonté de fer. Et oui ! Juste avec ta volonté, tu décides ou non si tu accepte d'être dominé. Comme tu me déteste, j'en déduis qu'il est simple pour toi de te dérober à mon influence. C'est vraiment incroyable. Cette faculté de décider comme bon te semble combiné à ton gêne de renard argenté, qui est un animal très rare, font de toi un hybride très précieux. Tu vaux très cher Kuroko. Et compte sur moi pour ne pas te laisser filer, termina-t-il, un sourire mauvais aux lèvres. »

Sa blessure se refermait déjà, au grand dam de Kuroko. Il déglutit, toutes griffes dehors, prêt à se battre et à s'enfuir avec Akashi à tout moment. Cependant, il se savait dans une très mauvaise situation. Il ne pourra pas gagner contre un hybride et trois chasseurs. Il comptait donc sur sa rapidité et sa faculté à se faire oublier pour vite s'échapper d'ici en emportant le rouge.

« N'intervenez pas pour le moment, ordonna Naoki aux chasseurs, je veux voir jusqu'où sa volonté s'étend. Il faut dire que je n'aime pas trop qu'on me résiste. »

Ça craint, pensa Akashi. Il sentait toujours la morsure de l'électricité le parcourir, bien que plus faible, et ne se sentait pas assez fort pour le moment pour se relever et clouer Naoki au sol. Il devait aussi profiter de l'avantage qu'ils ne savaient pas qui il était pour attaquer au bon moment. Mais pour la première fois de sa vie, il n'arrivait pas à déterminer comment se sortir de ce pétrin.

« Laisse-moi le contrôle. Tu n'as pas le choix, je suis ton unique option. »

Akashi se retint de lever les yeux au ciel, la présence de son double se faisant de plus en plus forte. Il pouvait presque le voir couché à ses côtés, dans une position nonchalante et moqueuse, le menton dans sa main et ses yeux hétérochrome le couvant d'un regard narquois.

« Seijuro, le temps presse. Ton petit Tetsuya va se faire massacrer, puis enlever avant d'être vendu.

- La ferme. Je ne laisserai pas ça arriver. Je peux très bien me débrouiller sans toi.

- Non, tu ne peux pas. »

Il le vit clairement lever les yeux au ciel. Puis, sans crier gare, il lui grimpa dessus, le clouant au sol. Son visage tout près du sien, il vit ses oreilles de lion s'agiter dans une attitude offensive, tandis qu'il sentait sa queue enserrer son torse à l'en faire mal.

« Si tu ne veux pas me laisser le contrôle, alors je t'empêcherai de bouger et t'obligerai à regarder ton petit Tetsuya se faire enlever sous tes yeux, sans défense et apeuré. Et tu ne pourras rien y faire, complètement inutile.

- Tetsuya est plus fort que ça, j'ai l'impression que tu le sous-estime grandement. Et moi aussi, par la même occasion, répliqua Akashi, glacial. »

Cependant, il savait cet effort inutile. Son double aussi. Ils savaient tout les deux que dans l'état de fatigue avancé qu'il était, il ne pourrait pas repousser les attaques de l'autre Akashi indéfiniment. La pression sur ses poignets se fit plus forte et il se mordit la lèvre afin de ne pas gémir de douleur, sentant les griffes de l'autre rentrer dans sa chair. Son jumeau ronronna de contentement.

« L'un dans l'autre, cela me conviendra de toute façon. Soit tu t'abandonnes à moi, soit tu finis brisé, incapable de venir en aide à quelqu'un qui t'es précieux.

- Dé…gage, l'apostropha avec difficulté Akashi, le souffle court. »

Seul un ricanement lui répondit. Du coin de l'œil, il vit Naoki se jeter sur Tetsuya. Ce dernier l'esquiva agilement, se retrouvant derrière lui. Rapidement, il plongea ses griffes vers son adversaire, tentant de lui lacérer le dos. Mais Naoki avait vu le coup venir, si bien qu'il se détourna, forçant Kuroko à reculer. Ce dernier ne fut pas en reste, essayant de lui décocher un coup de pied. Mais Mayakusumo semblait entrainer au combat, ce qui n'était pas le cas de Kuroko. Si bien qu'il lui attrapa son pied au vol et le projeta de l'autre côté du gymnase. Le turquoise heurta durement le sol et glissa sur plusieurs mètres, le souffle coupé.

Il essaya de se relever, le visage ruisselant de sueur, mais Naoki était déjà sur lui. Il le prit par le col avant de le plaquer brutalement au sol, faisant claquer sa tête contre le sol. Un gémissement de douleur échappa à Kuroko. Naoki feula, ses oreilles noires en pointes plaquées sur son crâne. Le plus petit agrippa son bras qui lui tenait toujours le col, tentant de le faire lâcher prise. Il sentait sa vue se flouter petit à petit suite au coup porté à la tête. Il se savait désavantager par rapport à ses facultés de guérison plus lentes qu'un Homanis normal.

« Hum, il semblerait qu'il ait perdu, commenta son jumeau, nonchalamment.

- Dégage je te dis ! l'invectiva Seijuro.

- Alors laisse-moi le contrôle, lui souffla l'autre Akashi, son nez presque collé au sien, son souffle se répercutant contre sa bouche.

- Ja…mais… »

Il tenta de bouger, mais se retrouvait immanquablement coincé sous son jumeau qui prenait un malin plaisir à jouer de tout son poids. Son souffle se fit de plus en plus haletant, tandis qu'une colère sourde grimpait en lui en voyant Tetsuya en position de faiblesse. Il maudissait sa propre faiblesse de ne pas réussir à faire disparaitre son double.

« Trop tard, souffla l'autre Akashi. »

Il se demanda de quoi il parlait. Tournant la tête, il avisa Tetsuya toujours couché au sol, Naoki au-dessus de lui. Ses pupilles se dilatèrent, devenant rondes au lieu de deux fentes reptiliennes. Il sentit son souffle se couper lorsqu'il vit la main de Naoki se relever. Pleine de sang.

Le sang de Tetsuya.

Un hurlement franchit ses lèvres retroussées tandis que ses crocs déchiraient sa chair en se dévoilant. Il entendit à peine le ricanement de son jumeau qu'il sentit sa conscience sombrer, dévorée par son autre lui qui n'attendait que ça.


Kuroko ressentit une vive douleur au niveau de son abdomen. Il vit les griffes de Naoki profondément plantées dans son ventre. Il tressaillit, un filet de sang s'échappant de ses lèvres tordues dans une grimace de douleur. Il lâcha une plainte lorsque Naoki les retira sans aucune douceur, un sourire victorieux aux lèvres. Il se pencha vers lui, se léchant les lèvres, et déclara :

« Tu es bien faible pour quelqu'un d'aussi téméraire. »

Kuroko essaya de le fusiller du regard mais ne put qu'ouvrir à moitié les yeux sous l'effet de la douleur qui lui déchirait le ventre. Il maudit le fait d'avoir la sensation de douleur décuplée par rapport à un humain. Cela l'empêchait pratiquement de bouger.

« Bien, maintenant que je t'ai mis hors d'état de nuire, tu vas pouvoir… »

Il ne put finir sa phrase, lâchant un hurlement de douleur. Avec stupeur, Kuroko se fit asperger du sang de son ennemi tandis que ce dernier se retrouvait soulevé et projeté plus loin. Il croisa deux yeux hétérochromes ; un rouge, l'autre doré. Un sourire carnassier déformait le visage d'Akashi.

Effrayé, Kuroko se rendit compte que l'autre Akashi était de retour. Il sentit son cœur se serrer en le voyant debout devant lui, ignorant totalement la douleur de la balle électrique toujours plongée dans son corps, ses oreilles dorées et sa queue enroulée autour de sa jambe, un éclat froid qu'il aurait souhaité ne jamais revoir présent dans ses pupilles, balayant leur chaleur habituelle.

« Tetsuya, dit-il simplement. »

Et le susnommé se sentit frissonner à la simple mention de son nom. Il n'eut pas le loisir de répliquer que déjà, des coups de feu se faisaient entendre. Akashi se baissa habilement, faisant face aux chasseurs qui semblaient s'être remis de la surprise de voir que le rouge n'était pas humain, finalement.

« Putain, c'est l'un des leurs ! hurla l'un d'entre eux.

- Essayons de le capturer, il a l'air fort, ajouta un autre.

- Bande d'idiots, déclara tranquillement Akashi.

- Akashi-kun, tenta faiblement Kuroko. »

Mais il fut royalement ignoré. Usant de sa vitesse, Akashi se dirigea vers les hommes armés, esquivant les tirs maladroits de son œil de l'empereur. Il s'empara d'un fusil et l'arracha des mains de l'homme avant de le saisir par la gorge et de simplement l'envoyer contre un mur. Il se tourna ensuite vers le deuxième qui reculait, semblant bien moins sûr de lui qu'avant. Mais, Akashi ne put attaquer à sa guise, son œil capta Naoki qui s'était relevé, et s'élançait vers lui, le visage déformé par la rage. Un sourire narquois aux lèvres, il fit simplement un pas sur le côté, évitant Naoki qui se retrouva dos à lui. Toujours en lisant l'avenir, il saisit son adversaire et le mit devant lui, en guise de bouclier. Les tirs des deux chasseurs allèrent se loger dans sa peau, faisant hurler l'hybride.

Laissant tomber Naoki, Seijuro alla rapidement loger ses griffes dans l'abdomen d'un des chasseurs. Ce dernier tomba au sol, se tordant de douleur. L'autre chasseur réussit néanmoins à lui tirer dans la jambe. Lâchant une plainte, Akashi finit un genou à terre, une douleur cuisante le prenant à la cuisse suite aux assauts de l'électricité. Le chasseur en profita pour essayer de lui porter un coup de couteau qu'il avait dégainé. Cependant, le rouge planta sa main pourvus de griffes dans son torse, le faisant se plier. Ce faisant, il le saisit à la gorge et planta ses crocs dedans, faisant jaillir le sang en grande quantité.

« AKASHI-KUN ! »

Ce fut le cri chargé d'effroi et de peur de Kuroko qui le fit lâcher sa proie. Jetant un œil au turquoise, il s'étonna de le trouver aussi tremblant. Il s'était relever, chancelant, et se tenait le ventre d'où s'écoulait en petite quantité du sang. Il semblait épouvanté en le fixant, tremblant de tous ses membres. Akashi comprit pourquoi en ne sentant plus aucune vie provenir du chasseur qu'il tenait toujours entre ses griffes. Lentement, la réalisation le frappa.

Il venait de tuer quelqu'un.

Juste comme ça, en une seconde, il venait de décider du sort d'un inconnu.

Son cœur se glaçant d'épouvante, il lâcha son étreinte, le corps sans vie de l'homme s'échouant à ses pieds. Sa respiration s'accélérant d'un coup, le dégoût de soi-même et la peur qui le prenait aux tripes chassa son jumeau maléfique, et il reprit pleinement conscience. Akashi contempla ses mains pleines de sang, secoué de tremblements incontrôlables.

« Non non non non, murmura-t-il. »

Il rêvait. Il n'avait pas pu recommencer cet acte abominable. Pas devant Kuroko. Surtout pas devant lui. Commençant à manquer d'air, sa vision se troubla et il agrippa son tee-shirt au niveau de son cœur. Une plainte s'échappa de sa bouche tandis qu'il se recroquevillait sur lui-même, tremblant de toute part. Il n'avait plus aucun contrôle sur lui-même, si bien qu'il sentit des larmes chaudes rouler sur ses joues. Il ne voyait que du rouge autour de lui, son méfait lui collant à la peau. Une soudaine chaleur sur son épaule le fit sursauter.

« Akashi-kun, il faut vite partir, déclara doucement Kuroko, s'efforçant de ne pas regarder le corps inerte à côté d'eux.

- T… Te… Tetsuya, hoqueta Akashi, incapable d'en dire plus. »

Il se sentait faible et minable. Pathétique. Sans un mot, Kuroko passa son bras par-dessus ses épaules, le portant tant bien que mal, choisissant de délaisser son ventre meurtris de griffures. Sanglotant toujours, Akashi s'accrocha au turquoise, peinant à réaliser que l'ombre le conduisait hors du gymnase. Ils sortirent dehors, sous la pluie, leurs attributs animaux toujours de sortis. Les oreilles d'Akashi étaient basses, de même que sa queue qui pendait pitoyablement, inanimée.

« Tu viens de tuer quelqu'un. »

Pour une fois, il ne lui répondit rien, sachant parfaitement qu'il avait raison, bien que son but premier fût de le tourmenter. Ses pleurs redoublèrent tandis qu'il resserrait sa prise sur le tee-shirt de Tetsuya, la pluie glacée s'insinuant jusqu'à ses os. Kuroko les menèrent jusqu'à une ruelle adjacente, en espérant que personne ne les avait vu. Il n'y avait peu de chance, vu l'ondée qu'il y avait.

Ils laissaient des trainées de sang derrière eux, sitôt lavées par la pluie. Kuroko s'appuya contre le mur de la ruelle, éreinté à cause de sa blessure et du poids d'Akashi. Il s'inquiétait énormément pour ce dernier qui ne s'était pas arrêté de pleurer depuis qu'il avait tué cet homme. Son cœur se serra. Akashi avait tué quelqu'un.

« Ne…ne reste pas près de moi, murmura Akashi.

- Quoi ?

- Vas-t-en ! Ne reste pas à côté de moi ou je pourrais te faire du mal à toi aussi ! »

Il le poussa sur le côté, souhaitant s'éloigner de lui. Mais ses jambes tremblantes eurent raison de lui, de même que son souffle erratique. La pluie floutait son champ de vision, de même que ses larmes qui ne faisaient qu'affluer sans jamais s'arrêter. Kuroko s'accroupit en face de lui, tandis qu'il était avachi contre le mur. Jamais il n'avait vu Seijuro aussi mal en point. Son cœur se serra davantage et il ravala durement les larmes qui lui venaient.

« J'ai tué quelqu'un, murmura faiblement Seijuro.

- Akashi-kun…

- Et si je te tuais aussi ? »

Cela étonna grandement Kuroko. Comment pouvait-il croire ça ? Il savait qu'il serait la dernière personne à lui faire du mal. Il fronça les sourcils et contra :

« Akashi-kun n'est ni un monstre, ni un meurtrier.

- Comment peux-tu affirmer ça ? Tu as bien vu…

- Ce que j'ai vu n'était pas toi, affirma Kuroko.

- Tu te trompe.

- Non ! Akashi-kun… »

Kuroko en avait assez de voir son ami dépérir petit à petit. Il le saisit par les épaules, le forçant à plonger son regard dans le sien, ignorant la douleur cuisante dans son abdomen. Il savait que c'était un acte horrible, mais il croyait ce qu'il disait. Il croyait en Akashi Seijuro, pas en son jumeau maléfique.

« Ce n'était pas le vrai toi. Tu n'aurais jamais fait ça. Tu protèges, au lieu de détruire. Ton autre toi fait l'inverse et je ne l'ai jamais considéré comme Akashi-kun. Tu es toi, il est lui. Vous partagez seulement le même corps. »

Têtu, Akashi détourna le regard, secouant la tête, les larmes toujours au coin des yeux, telles des perles de vie s'échappant de son corps. La lèvre tremblante, il refusait de le croire. Il n'était qu'un monstre sans sentiment. Son autre lui faisait parti de lui. Ils étaient la même personne.

Kuroko saisit sa main et la posa sur son cœur. Akashi perçut les battements du sien accélérer sourdement tandis que sous ses doigts, il sentait les pulsations réchauffer lentement ses doigts glacés.

« Ecoute-le, et tu sauras que je ne mens pas. J'ai choisi de ne pas en tenir compte. Bien sûr, ce qu'il s'est passé est grave, mais tu ne dois pas tout prendre sur tes épaules. Ce n'est pas toi qui as agis, c'est l'autre. Tu l'as fait pour me protéger, car j'étais trop faible pour assumer ce rôle. Si j'avais été fort, rien de tout ça ne se serait passé. Et surtout, si tu n'avais pas réagis, ils m'auraient sans doute enlevé et vendu et je ne vous aurais plus jamais revu. »

Ses yeux s'écarquillèrent en sentant Kuroko collé son corps mouillé au sien, ses bras l'enveloppant chaudement, sa tête posée contre son torse, à l'endroit où son cœur battait.

« C'est ton cœur que j'entends battre. Et il doit toujours continuer ainsi parce que c'est toi, et que tu t'es suffisamment battu pour mériter de vivre. Tu es quelqu'un de bien. Akashi-kun, si tu n'avais pas été là… »

Sa voix se brisa, tandis qu'enfin les larmes passaient la barrière de ses yeux. Il serra plus fort le garçon contre lui, souhaitant lui communiquer les sentiments qui l'habitaient. Akashi sembla les capter, puisqu'il trembla plus fortement, tandis qu'il lui rendait son étreinte d'un mouvement saccadé.

« Tu m'as sauvé la vie, murmura Kuroko. »

Il était saisit d'un sentiment puissant, qui le prenait à la gorge. C'était vrai, il lui avait sauvé la vie.

« Merci Akashi-kun, merci. »


Bon bah voilà, ce long chapitre prend fin. Personnellement, j'ai adoré écrire les passages avec Akashi et son double (bien que clairement il y a un truc étrange qui se passe entre eux... non mais sérieux y a pas une tension sexuelle chargée de menace à chaque fois qu'ils se confrontent?)

Le passage entre Mura, Midorima et Kise m'aura fait mourir de rire, de même que j'ai adoré développer la vision de l'amour du pdv de Midorima. Clairement, c'était pas simple car c'est un tsundere, alors surtout, faites-moi la remarque si vous le trouvez OOC.

Aussi, j'ai adoré développer la relation KagaKuro. Je suis une grosse fan des liens amicaux donc forcément, faut que je développe ça à fond. D'ailleurs, je sais pas si ça se voit, mais j'hésite sérieusement à amener un triangle ou plus... Faut que je réfléchisse.

Et bien sûr tout le passage de la fin. Fan d'AkaKuro, j'espère que vous avez été servi. Pur les combats, j'espère que je ne me suis pas loupé, de même que pour la scène de la fin. Le rôle de Naoki se précise de plus en plus et croyez-moi, ça va aller de mal en pis. On ne sait toujours pas quel est son animal à celui-là d'ailleurs, je dois dire que je ne sais pas encore où le caser.

Je ne vous donne pas de date, ni ne vous dis que le prochain arrivera bientôt (je n'ai même pas commencé à l'écrire).

J'espère qu'il vous aura plus et à la prochaine, en espérant que cela soit rapidement !

x Heaven