Ce chapitre est dédié à Dieu-Renard qui a l'extrême gentillesse de me laisser régulièrement quelques encouragements et autres impressions. Un grand merci donc, en espérant que ce chapitre te plaise autant que les autres.
Chapitre 11 : Dispute au souper
Le souper dans la grande salle me met mal à l'aise. Depuis la table des Poufsouffle, Gaby Emptyhead et ses amies n'ont de cesse de glousser en me regardant. Je suppose que, maintenant, il n'y a plus un seul élève à Poudlard qui ne soit pas au courant que Lucrèce et moi nous sommes embrassés dans les escaliers.
Mais ce ne sont pas les Poufsouffle qui m'inquiètent, ni même James et Sirius qui doivent être déçus d'avoir loupé le spectacle et qui ont donc décidé de se rattraper en sarcasmes. Non, ce qui m'inquiète, c'est Timothée La Hire. Je n'ai pas très envie d'engager un autre duel contre lui dans la mesure où il est bien plus doué en sortilèges que moi. Pourquoi faut-il que dans une école de magie comme Poudlard, les élèves n'apprennent pas à se battre ? Le jour où nous nous retrouvons en situation de crise, nous sommes complètement perdus.
Sirius abat sa main sur la table, faisant trembler cruches de jus de citrouille et gobelets. Je sursaute.
« Holà ! s'écrie-t-il. Il y a encore quelqu'un là-dedans ? »
Il agite la main devant mes yeux.
« C'est bon. Je suis toujours là.
_ Tu n'en donnais pas l'impression. »
Je laisse tomber ma fourchette dans mon assiette. Je n'ai pas faim. Le plus discrètement possible, je jette un coup d'œil par-dessus mon épaule et observe la table des Serpentard. Je vois bien Severus dont les cheveux ont presque l'air propres, mais je ne vois pas du tout Timothée.
« Il n'est pas là, dit James en enfournant une bonne fourchetée de purée. En tout cas, je l'ai pas encore vu. »
Je soupire, regarde avec dépit mon assiette quasiment pleine.
« Il va me tuer.
_ Non, répond Sirius. Il va te réduire en poussière. Tu veux que j'aille te réserver une place à l'infirmerie ? »
Ça ne me fait pas rire du tout, contrairement à James qui manque de s'étouffer dans son assiette. Peter, lui, n'écoute pas la conversation. Son propre tas de purée diminue à vue d'œil.
« Avoue, reprend James, que ce n'était pas très discret. Toute l'école est au courant.
_ Je n'ai rien demandé, moi.
_ Tu ne t'es pas trop défendu non plus apparemment. »
Je me sens idiot. En tant que préfet, je suis censé, justement, punir ce genre de comportement. Lorsque j'ai reçu mon badge, McGonagall a été très claire : Poudlard est une école, non pas une agence matrimoniale. Nous avons ordre de séparer les couples trop voyants.
Et d'ailleurs les ennuis viennent d'entrer dans la grande salle sous les traits de Lily Evans. Elle ne sourit pas du tout et fouille la pièce des yeux avant de s'arrêter juste sur moi.
« Son pas déterminé ne me dit rien qui vaille, déclare James. Pour une fois que ce n'est pas pour moi. »
Elle s'assit sur le banc, juste à côté de moi. Pas acquis de conscience, je me décale légèrement vers Peter pour lui faire une petite place.
« Est-ce que tu écoutes quand je te parle ? demande-t-elle.
_ Euh… oui.
_ Est-ce que tu écoutes aussi quand McGonagall parle ou est-ce qu'en fait il n'y a qu'un grand vide dans ta tête ? »
Comme je l'ai déjà dit, lorsqu'elle a quelque chose à dire, Lily Evans ne passe pas par quatre chemins. L'avantage, c'est que tout est toujours très clair avec elle. Le désavantage, c'est que du coup, on s'en prend plein la figure.
« Où est ton badge ? »
Je hausse les épaules et écarte les bras.
« Où veux-tu qu'il soit ? (je remarque que le sien est affiché sur son t-shirt.)
_ Tu es censé toujours le porter.
_ Il est épinglé sur mon uniforme. On est samedi, Lily, et des fois que tu ne l'aurais pas remarqué, je porte des vêtements moldus. »
Certains élèves portent des robes de sorciers. Pour la plupart, il s'agit des sang-purs. Moi, je suis un sang mêlé. Mon père est un moldu et il m'a en partie élevé comme tel. Il s'est toujours montré réticent au fait que je porte des robes de sorcier alors je me suis très vite habitué à porter des vêtements moldus que, au fond, je trouve bien plus pratiques et bien plus confortables.
« Bon, reprend Lily, je vais être directe…
_ Parce que tu ne l'étais pas ? intervient James en haussant les sourcils.
_ Toi, je te conseille de te taire. Avec ce que tu as fait aujourd'hui, tu devrais faire profil bas. »
Evidemment, elle est au courant pour ça aussi. Sous la table, je croise les doigts pour que l'intervention de James détourne Lily mais elle revient rapidement à moi.
Loupé.
« Lucrèce n'est pas une fille pour toi.
_ Tu te la réserves peut-être », réagit immédiatement Sirius.
Nous éclatons de rire. Pas Lily. Ses yeux lancent des éclairs. Si j'étais Sirius, je me méfierai. Elle a l'air capable de foudroyer quelqu'un d'un simple regard.
« Lily, dis-je, j'estime être assez grand pour savoir ce que je fais.
_ Tu es peut-être le plus mature des quatre mais sentimentalement parlant, tu ne vaux pas mieux qu'un gosse. »
C'est le genre de chose qu'on est toujours ravi d'entendre. Décidément, ce n'est pas mon jour. Entre Lucrèce qui m'a fait comprendre que j'embrassais comme une planche de bois et Lily qui me parle presque d'atrophie sentimentale, j'ai l'impression d'être un botruc qui se prend pour un sorcier.
Bien entendu, James et Sirius sont partis dans un grand éclat de rire ponctué de quelques gloussements de la part de Peter. Merci les gars, je me sens soutenu.
« Ok. Alors je suppose que toi, tu es suffisamment qualifiée en la matière pour savoir ce qu'il me faut ? »
Son regard s'assombrit.
« Tu ferais mieux de regarder à ta propre porte avant de t'intéresser à moi, Lily.
_ Qu'est-ce que tu sous-entends ?
_ Je ne sous-entends rien du tout, je te le dis clairement. Tu me dis de ne pas m'approcher de Lucrèce et moi je te dis que tu devrais peut-être reconsidérer James. »
En face de moi, James lève un pouce et m'envoie un clin d'œil.
« Ce n'est pas une question de caser ou non ses copains, Remus. »
Bon, cette fois, j'en ai assez. Je me lève et enjambe le banc.
« Pas la peine de me le répéter, j'avais compris que Lucrèce n'est pas ton amie. Qu'est-ce qui te gêne chez elle ? Le fait que je la trouve bien plus jolie que toi ou celui qu'elle me plaît ? »
Je n'ai rien vu venir, mais j'aurais certainement dû. Lily se lève d'un bond, faisant trembler la table et renversant le verre de jus de citrouille de Sirius sur les genoux de son propriétaire. Elle me gifle.
En une seconde, toutes les têtes se tournent vers nous. Le silence s'abat sur la grande salle. Ma joue commence à me faire mal. Je suis sûr que ma peau affiche nettement la marque de ses cinq doigts.
A la table des professeurs, McGonagall s'est levée et Dumbledore nous fixe avec une telle intensité que j'ai l'impression qu'il fouille mon esprit.
« Tu es un bel imbécile, crache Lily. Tu n'as pas encore compris que c'est pour toi que je fais tout ça ?
_ Si j'ai compris, mais je ne comprends pas pourquoi.
_ Parce que tu es mon ami espèce d'andouille ! »
Elle tourne les talons et quitte la pièce. Peter m'agrippe par la manche de ma chemise et me tire vers le bas pour me forcer à m'asseoir. Je me laisse faire tout en gardant les yeux fixés sur la porte que vient de passer Lily.
Sirius éponge le jus de citrouille qui tâche ses vêtements d'orange.
« McGonagall nous regarde, dit Peter tout bas. Je parie qu'elle regrette les vacances. »
C'est vrai que nous ne sommes rentrés que depuis quatre jours. Cette année, nous avons fait très fort. Quand je pense que Sirius voulait une rentrée fracassante, eh bien le voilà servi.
