Chapitre 11 :
« Respire Aya, ils ont gagné ! la taquina Junko. »
Ayako était appuyé contre un mur, les mains sur les genoux, les jambes tremblantes.
« On a pas idée de tenter un truc aussi dingue ! gémit la jeune fille. Ils m'ont vraiment fait peur, ces idiots !
- T'es pas la seule, soupira Misaki en s'éventant. J'ai cru que mon cœur ne tiendrait jamais. »
Le stade se vidait lentement. Les supporters de Shinryûji arboraient un visage entre égarement et incompréhension. Ceux de Deimon criaient et chantaient. Certains se remettaient à peine de la surprise, d'autres, surtout des filles, laissaient échapper des larmes de joie et de soulagement.
Il fallait dire que les dernières secondes du match avaient été plus que tendues. Et au terme d'un match complètement fou, avec tous les retournements de situation possible et imaginables, les Deimon Devil Bats avaient battu les Shinryûji Nagas, les dieux du Kantô !
Et pourtant, tout le monde, public, entraineurs, joueurs, journalistes, commentateurs, avaient cru l'espace d'un instant que les vainqueurs étaient les joueurs de Shinryûji. Lorsque le chronomètre était arrivé à son terme, les Nagas étaient toujours devant et avaient gagné le match. Mais grâce à l'ingéniosité de Monta et à un arbitre vigilant, ils avaient pu faire remonter le chronomètre et gagner le match.
« Ce qu'a fait le receveur, c'était juste du génie ! s'extasia Ren. Arracher un bout d'herbe pour sortir du terrain… Même Agon n'a rien remarqué ! »
Oui, même le génie Kongô Agon s'était laissé avoir. Et pourtant, c'était bien à cause de lui et à son retour surprise que les Devil Bats avaient frôlé la défaite.
Alors que Monta fonçait vers la ligne d'en-but, le joueur des Nagas avait surgi de nulle part et avait ceinturé avec force le receveur avant de le propulser à terre à deux yards de l'en-but, malgré les efforts de Monta pour se dégager et continuer à courir. Agon avait deviné tous les plans d'Hiruma et avait attendu le moment propice pour les réduire à néant et faire en sorte qu'ils ne puissent pas revenir.
Ayako n'oublierait jamais le hurlement d'Hiruma au moment où il s'était aperçu qu'Agon avait deviné ses plans.
Elle n'oublierait jamais non plus le visage décomposé de son frère, de Mamori, de Doburoku, de Suzuna au moment où Monta s'était fait plaquer, ou bien avec quelle force Hiruma avait crié « spike » et le désespoir de Kurita qui courait pour se remettre en position et finalement trébucher une seconde avant que la sirène ne retentisse.
Elle avait bien cru qu'elle allait faire une crise cardiaque !
« Prendre autant de risque… marmonna Ayako. Faut vraiment être taré, fou furieux !
- C'est une des caractéristiques d'Hiruma-san, non ? risqua Junko. Prendre des risques de dingue.
- Ouais mais quand même !
- Ayako, ils ont gagné ! »
Le soulagement fit place à un agacement profond. Oui, Hiruma aimait prendre toute sorte de risques débiles mais à ce point-là… En plus, lui aussi avait cru que c'était foutu pour eux !
Le groupe salua Kotarô et Juri qui rentraient de leur côté, d'un signe de main. Keiji avait proposé de manger quelque part avant de filer au magasin de musique prendre la guitare de Ren. Durant le trajet, les commentaires allaient bon train sur le match et les conséquences de la victoire de Deimon.
« Je crois que Shinryûji a quand même sous-estimé Deimon, dit Ren. Ils étaient trop sûrs d'eux.
- Ils se sont trop reposés sur leurs acquis et n'ont pas pris le moindre risque, répondit Akaba. Ils n'ont jamais été mis en danger avant, même au tournoi de printemps contre Ôjô.
- Mais du coup Deimon est aussi en danger, non ? Maintenant qu'ils ont battu Shinryûji, ils vont être attendus au tournant. En plus, ils se sont beaucoup dévoilés. Par exemple, Yukimitsu-san ou bien Eyeshield 21 et ses jambes.
- Hiruma va trouver une solution. Il sait que le match contre Ôjô va se jouer sur ce genre de détails.
- Contre Ôjô ? s'étonna Ren. Pourtant, le match de Deimon était le premier match du premier tour. Alors comment…
- Tu vois Ôjô perdre son premier match ?
- Heu… Non, c'est vrai… Quoique personne ne voyait Shinryûji perdre dès le premier tour. Ce qui me laisse penser que le reste du tournoi va être vraiment surprenant. Hum… »
Ren sortit une feuille de papier sur laquelle était inscrit le tableau du tournoi. Akaba se pencha au-dessus de lui.
« Oh ! Tu as carrément imprimé le tableau !
- C'est plus facile pour s'y retrouver, répondit Ren. Bon alors, Deimon a éliminé Shinryûji et a de fortes chances de retrouver Ôjô en demi… Demain, il y a le match des Sphinx contre Hakushuu Dinosaurs. Le vainqueur rencontrera ou Seibu ou les Misaki Wolves. Eh ! Mais j'y pense !
- Quoi ?
- En fait, la victoire de Deimon a provoqué une vraie révolution ! Puisque c'était Shinryûji qui avait remporté toutes les autres éditions…
- Eh ! les footballeurs ! s'écria Keiji. Ça vous dérangerait de changer de sujet ?
- Heu…
- Humph ! Tu te sens mis à l'écart, Keiji ? fit Akaba.
- Pas du tout ! C'est vous qui vous vous mettez à l'écart ! »
Les autres éclatèrent de rire.
La nuit commençait à tomber sur Tôkyô. C'était l'heure où les salariés rentraient chez eux, où les amis se retrouvaient pour une soirée et où les couples sortaient en amoureux. Les télévisions exposées dans les vitrines diffusaient quelques passages du match de Deimon et Shinryûji. Les gens passaient distraitement devant sans y prêter attention. Le groupe fit halte dans un petit restaurant qui avait la réputation de faire les meilleurs gyozas du quartier. Ils en mangèrent jusqu'à ne plus pouvoir avaler quoi que ce soit.
« On va où maintenant ? demanda Ren, une fois sorti du restaurant.
- Ah ! C'est vrai que tu ne sais pas, fit Ayako. On va à la boutique où je travaille.
- Pourquoi ?
- C'est une surprise. »
Une surprise ? Ren fixa un à un les visages de ses amis. Tous affichaient le même sourire énigmatique. Il déglutit. Qu'est-ce qu'ils avaient bien pu manigancer ? Même s'il les appréciait beaucoup, il les savait suffisamment bizarre pour organiser un truc… bizarre.
« Et voilà ! »
Takeshi, le patron d'Ayako leur ouvrit grand les portes de la réserve d'instrument. Devant eux se trouvait des dizaines et des dizaines de guitares, tambours, batteries, flûte ou autres instruments. Le magasin où la jeune fille travaillait vendait bien sûr des CDs et des DVDs de concerts, mais c'était surtout un des plus importants magasins d'instruments des environs. Rien d'étonnant quand on connaissait la passion et la popularité de Takeshi.
« Bon, vous me faites signe quand vous avez choisi, dit-il. Aya-chan, je compte sur toi !
- Ça marche ! lui assura-t-elle alors qu'il sortait.
- De quoi ? Qu'est-ce qu'il voulait dire ? interrogea Ren. »
Ayako sourit et s'avança dans la réserve, à la manière d'une reine faisant pénétrer dans son palais un important émissaire.
« Ça, Ren, c'est notre surprise, dit-elle en se tournant vers lui. Notre cadeau de bienvenu.
- C'était l'idée de Misaki, au départ, ajouta Junko. Il a proposé que l'on t'offre une guitare électrique. Alors on s'y est tous mis ! »
Ren était bouche bée. Il avait du mal à y croire. Alors qu'ils se connaissaient que depuis quelques jours, ils souhaitaient lui offrir une guitare électrique ? C'était complètement insensé !
« Mais… Mais… Ça va aller ? demanda-t-il, encore sous le coup. Je veux dire… c'est cher, non ? Très cher même !
- T'occupe pas de ça ! lança Misaki. Tout est déjà réglé.
- Mais… Ça vous dérangera pas ?
- Tu crois qu'on te le proposerait si ça nous dérangeait ? fit Keiji. C'est notre manière à nous de te souhaiter la bienvenue dans le groupe, alors arrête de réfléchir et choisis ! »
Ren hésitait encore. Ce n'était pas qu'il n'avait pas envie d'accepter leur cadeau, au contraire ! Mais… est-ce qu'il avait le droit ? Lui qui avait déjà tout sacrifié, pouvait-il accepter un tel cadeau ? Sa mère le permettra-t-elle ?
Voyant qu'il hésitait toujours, Akaba le prit par les épaules et l'entraîna vers les guitares.
« Pour le metal, les guitares de la marque Ibanez ou ESP sont conseillées, dit-il. Les Jackson aussi sont pas mal. Les Gibson sont très populaires mais sont plus utilisées pour la pop et le rock.
- Ah ! Jimmy Page utilisait une Gibson ! s'exclama Ren.
- C'est ce que j'ai aussi. L'avantage avec cette marque, c'est que les guitares sont assez polyvalentes. »
L'intervention d'Akaba avait eu le mérite de faire oublier à Ren ses doutes. Les deux garçons étaient en pleine discussion et semblaient avoir oublié qu'ils n'étaient pas seuls. De temps en temps, Ren prenait une guitare et l'essayait. Akaba lui donnait alors son avis et quelques conseils.
« On dirait que ces deux-là se sont bien trouvé, dit Misaki, les bras croisés.
- Comme professeur, Ren n'aurait pas pu trouver mieux ! fit Ayako. De cette manière, la transition sera parfaite. »
Après de nombreux essai, Ren finit par choisir une guitare ESD-LTD KH-202 noir, série Kirk Hammett.
« C'est un vrai petit bijou ! s'exclama Takeshi lorsqu'ils payèrent. J'ai des amis qui l'ont testé et elle sonne bien. C'est le même modèle qu'utilise Kirk Hammett de Metallica ! »
Ils choisirent en plus un ampli et un câble, le tout pour près de 67 000 ¥, soit plus que le salaire d'Ayako sur un mois mais Takeshi leur avait accordé une importante réduction. Akaba, Misaki, Junko et Keiji payaient l'ampli, le câble et une partie de la guitare. Le reste était prélevé sur le salaire d'Ayako.
« Vous êtes sûrs que ça ne gêne pas ? demanda une dernière fois Ren lorsqu'ils sortirent. La guitare est quand même cher…
- T'es pénible à la fin à te poser cette question ! lança Keiji. Puisqu'on te dit que non, ça ne nous dérange pas !
- Et puis pour devenir le groupe n°1 du Japon et passer pro, il faut bien le meilleur des matos, poursuivit Ayako avec un clin d'œil.
- C'est donc ça votre but… fit Ren.
- Bah oui ! Tu t'attendais à quoi ? »
Ren sourit. Lui, être le meilleur ne l'avait jamais intéressé, il avait toujours trouvé cela idiot. Mais pour une raison étrange, le rêve d'Ayako, devenir le groupe n°1 du Japon, devenir pro… Eh bien, ce rêve-là lui plaisait. Peut-être qu'il lui plaisait parce qu'il lui permettait de faire ce qu'il avait toujours aimé ou peut-être parce qu'Ayako, Junko, Keiji, Akaba, Misaki et Keiji, malgré leur différence d'âge, semblaient vraiment avoir de la sympathie pour lui et pas cette espèce de pitié méprisante auquel il avait souvent eu droit.
« Je suis rentré ! »
Il n'était pas loin de vingt-et-une heure lorsque Ren arriva chez lui. Après avoir acheté la guitare, ils s'étaient rendus à l'entrepôt. Ren avait pu essayer sa nouvelle guitare. Si au début, il avait eu un peu de mal à s'y faire, lui qui était plus habitué à l'acoustique, grâce aux conseils d'Akaba, il avait pris de l'assurance et avait pu enchainer les notes. Il avait même réussi à jouer une chanson ! Au final, le groupe passa le reste de la soirée à jouer. Ren était rentré le sourire aux lèvres et l'esprit léger, comme libéré.
Mais cette sensation se dissipa dès qu'il rentra chez lui. Il n'avait même pas eu le temps de fermer la porte que sa mère surgit et le gifla avec une telle force qu'il en tomba à terre.
« Où étais-tu ? hurla-t-elle. Où est-ce que tu as passé la journée ? »
Le jeune garçon, encore sous le choc, mit un certain temps à comprendre sa colère. Il lui était déjà arrivé de rentrer tard, mais jamais elle ne s'était mise dans un tel état. Et c'est alors qu'il comprit.
« Ton père a appelé ! continua-t-elle. Tu n'es pas venu au déjeuner ! Son majordome t'a attendu pendant plus d'une heure mais tu n'es jamais arrivé ! Où étais-tu ? »
Avec le match de football américain et le cadeau du groupe, Ren avait complètement oublié qu'à la base, il devait déjeuner avec son père. Il blêmit.
« Attends… commença-t-il en se relevant. Je vais t'expliquer… En fait…
- Pourquoi tu as fait ça, Ren ? s'écria sa mère en le prenant par les épaules. Pourquoi ? Tu sais que c'est important alors pourquoi ?
- Je sais… mais je… j'avais autre chose de prévu...
- Est-ce que c'était plus important que de voir ton père ? »
Il ne répondit pas. Pour lui, oui, assister à ce match et voir ses amis, c'était beaucoup plus important qu'un déjeuner avec son père. Mais il savait que sa mère ne l'entendrait jamais de cette oreille…
« Tu as besoin de le voir, continua la pauvre femme dont la voix se faisait plus aiguë et plus tremblante au fur et à mesure qu'elle parlait. Tu as besoin de lui et tu le sais très bien… Alors s'il te plait… Ne refais plus jamais ça…
- Moi, je ne veux pas… faire ce qu'il veut, dit alors Ren. Je m'en sortais très bien avant… »
Une seconde gifle lui donna le tournis.
« Ne dis pas des choses comme ça ! hurla sa mère. Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as ! Cesses de te comporter en gamin !
- Maman, tu me fais mal ! »
Elle lui serrait les épaules si fort qu'il sentait ses ongles s'enfoncer dans sa peau. Mais sa mère ne semblait pas s'en rendre compte et continuait de crier.
« Je ne permettrai pas… que tu finisses comme moi, disait-elle. Non, je ne veux pas ! Ren !
- Maman, calme-toi !
- Non ! C'est impossible ! Tu mérites mieux que ça… »
Elle éclata en sanglot et s'effondra sur les genoux de son fils. Son corps était parcouru de tremblement et elle avait la respiration sifflante. Ren, complètement paniqué, tentait désespérément de la calmer mais c'était comme si elle ne l'entendait pas.
« Je t'en prie, maman, calme-toi ! suppliait-il. D'accord, je te le promets, j'irai le voir, je lui présenterai mes excuses… mais je t'en supplie, calme-toi ! Maman ! »
« Je lui ai donné des calmants, fit Chie en fermant la porte de la chambre. Mais il faudra quand même la surveiller.
- Très bien, dit Ren en se massant la joue. »
Ne sachant que faire pour calmer sa mère, Ren était monté chez ses voisins du dessus, la famille Atsukishi, dont la mère Chie, était médecin et qui s'était beaucoup occupée de lui quand il était plus jeune. Chie était descendu en catastrophe et avait réussi avec beaucoup de mal à calmer la pauvre femme qui ne savait plus trop où elle en était. Ren avait assisté à cette scène, rongé par la culpabilité et l'inquiétude.
« Et toi, ça va ? lui demanda Chie en lui caressant la joue. Tu veux que j'aille chercher de la glace pour ta joue ?
- Non, ça ira. »
Pour le moment, la seule chose qu'il souhaitait, c'était être seul. Mais Chie ne le lâcha pas.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle. Je croyais que ta mère était stable. Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas eu de crise…
- On s'est disputé… reconnut Ren.
- Pourquoi ? »
Ren n'avait aucune envie de parler de ce qui s'était passé mais il avait l'impression que s'il ne le faisait pas, il allait exploser.
« Je… Je lui ai désobéi. »
En retenant à grand peine ses larmes, l'adolescent raconta tout ce qui s'était passé, qu'il devait déjeuner avec son père à la base mais qu'il avait préféré voir un match de foot américain en prétendant qu'il était tout de même avec son père.
« Pourquoi ne lui as-tu pas dit la vérité ? demanda la vieille femme.
- Parce qu'elle n'aurait jamais voulu que j'y aille, répondit Ren.
- Et tu crois que lui mentir était mieux ? »
Il secoua vigoureusement la tête.
« Je sais que tu veux la préserver, poursuivit-elle, mais ce n'est pas en lui cachant la vérité que tu l'aideras. Bien au contraire, tu la conforteras dans ses idées et elle continuera à agir de la même façon. »
Ren baissa les yeux. Il savait qu'il n'aidait pas sa mère cependant, il avait toujours agit ainsi. Depuis tout petit.
Sa mère, Utagoe Natsumi, jeune femme célibataire, avait toujours été très instable psychologiquement. Elle avait fait de nombreuses dépressions lorsque Ren était plus jeune. Le petit garçon qu'il était avait vite appris à ne pas la brusquer. Lorsqu'il avait su, par la bouche de son grand-père, la raison de l'état de sa mère, il avait encore plus pris soin d'elle. C'était ses grands-parents qui avaient assuré son éducation. Passionnés par la musique, ils l'avaient inscrit à une chorale dès l'âge de quatre ans. Ren s'était tout de suite senti à l'aise, au milieu des notes, de la musique, des instruments et rien ne semblait rendre plus heureuse Natsumi que de voir son fils chanter. Il avait alors décidé de faire de la musique son métier, de rendre sa mère heureuse grâce à son chant et à sa musique.
Tout en continuant le chant, il avait commencé à apprendre la guitare et le piano. Il avait même décidé de rentrer à la Toho Gakuen dès le collège. Ses grands-parents le soutenaient, sa mère aussi, tout semblait aller pour le mieux. Malheureusement, ce rêve avait pris fin, cinq ans auparavant. Pour sa mère, il avait abandonné la musique et avait renoncé à entrer à la Toho. La faute à un élément qui avait brusquement fait son apparition. Pour autant, Ren n'avait pas dit adieu à la musique. En cachette, il continuait à suivre des cours de guitare et si cette situation le mettait mal à l'aise vis-à-vis de sa mère, il pouvait compter sur le soutien de ses grands-parents et des Atsukishi.
Son regard dériva vers sa guitare, resté dans l'entrée. Ayako, Misaki, Akaba, Junko et Keiji… ils s'étaient donné du mal pour le lui offrir. Rien que pour ça, il n'avait pas le droit de les laisser tomber. Et puis, il avait tellement envie de jouer avec eux ! Mais d'un autre côté, il avait peur pour sa mère…
En fait, il ne savait plus du tout où il en était.
Le soleil venait à peine de se lever lorsque le réveil d'Ayako sonna. Rapidement, la jeune fille s'habilla, prépara son sac et ses partitions et descendit rejoindre son frère, déjà en train de prendre son petit déjeuner.
« Bonjour, grand frère ! lança-t-elle lorsqu'elle arriva. Bravo pour ta victoire hier !
- Oh ! fit Musashi. Je me demandais si tu n'avais pas oublié. »
Ayako rit et prit place à la table.
« Non, je n'ai pas oublié mais comme on s'est pas vu hier soir après le match, je n'ai pas pu te le dire.
- D'ailleurs, pourquoi t'es pas venue nous voir après le match ?
- J'ai préféré vous laisser entre vous. Et puis j'avais des choses à régler avec le groupe. »
La bouilloire siffla. Ayako se leva, prit un sachet de thé et se versa de l'eau bouillante dans la tasse.
« En parlant de ton groupe, commença Musashi, ça fait un moment que je voulais te le demander, pourquoi Akaba est parti ?
- Décision commune. En fait, il pouvait plus participer à la fois au groupe et à l'équipe de foot. Donc il devait faire un choix.
- Vous êtes radicales dans votre groupe.
- Ça ne pouvait plus durer comme ça, ni pour l'un ni pour l'autre. C'était la meilleure décision à prendre. »
Musashi but une gorgée de thé et attaqua son bol de riz.
« Comment il a réagi ? demanda-t-il.
- Pas trop mal. Du moins en apparence. »
Ayako ne s'était pas vraiment préoccupée de ce que pouvait ressentir Akaba après le dernier concert qu'il avait fait avec Dark Heaven. Le lead blocker n'était pas du genre à se laisser abattre et elle s'était laissée dire qu'il gérerait parfaitement la situation. En tout cas, elle l'espérait.
« T'es au courant qu'il y a un match cet après-midi ? lui demanda son frère pour la tirer de ses pensées.
- Hein ? Ah oui ! Hakushû contre Taiyô, c'est ça ?
- Ouais. Je ne pourrais pas y aller à cause du travail. T'iras le voir ?
- Moi aussi, je travaille. Mais Akaba, Jun, Ren et Misaki ont prévu d'y aller. Et puis le reste de l'équipe s'y rendra sûrement.
- Hum. Qui est Ren ?
- Le nouveau guitariste du groupe.
- Déjà ? »
Sa sœur le regarda tout sourire. Musashi lâcha un léger rire. Elle avait au moins le mérite de ne pas perdre de temps avec les tâches fastidieuses !
Après une matinée animée où les clients avaient afflué, Ayako profitait de l'après-midi beaucoup plus calme pour refaire l'inventaire. Takeshi était parti régler les affaires de son association et Eri et Koseki, les deux autres vendeurs, étaient en congés, ce qui faisait qu'Ayako se retrouvait seule à garder la boutique.
Elle était en train de réapprovisionner les rayons lorsque la porte de la boutique s'ouvrit et Junko, Akaba et un Misaki enthousiaste entrèrent.
« Salut ! s'écria Misaki. Comment tu vas ?
- Bien, bien, répondit la jeune fille. Alors ce match ? C'était comment ?
- C'était… commença Junko d'une voix hésitante.
- Violent, acheva Akaba. De la puissance pure. Les Sphynx ont perdu par forfait. »
- QUOI ? »
Sur le coup de la surprise, Ayako lâcha les CDs qu'elle avait en main qui tombèrent au sol dans un grand fracas.
« Par forfait ? s'exclama-t-elle. Mais qu'est-ce qui s'est passé pour qu'ils perdent par forfait ?
- Leur ligne entière a été décimée. »
Cette fois-ci, la surprise lui coupa la parole.
« Un truc effrayant, soupira Misaki soudain beaucoup plus calme. Hakushû a fait rentrer un joueur qui a littéralement écrasé la ligne des Sphinx.
- Même Banba-san qui est pourtant reconnu comme l'un des meilleurs lineman du Japon n'a rien pu faire contre lui, poursuivit Junko. Au final, c'est toute la ligne de l'équipe qui a fini à l'hôpital.
- Pas possible… murmura Ayako. Il existe un type suffisamment fort pour mettre à terre la ligne des Sphinx ? La plus lourde du Japon ?
- Il s'appelle Gaô Rikiya et est en première année, expliqua Akaba.
- Après le match, intervint Junko, quelqu'un dans le public s'est moqué de Banba-san et ça a énervé ce Gaô. Il a littéralement arraché la barrière des gradins et a commencé à chercher le responsable parmi la foule. Quelqu'un s'est alors dénoncé… Je crois qu'il joue chez Seibu…
- Kaitani Riku, fit Akaba. Gaô a tout de suite vu que ce n'était pas lui.
- Ah ?
- Enfin peu importe, continua le lead blocker. Tout ça pour dire ce joueur n'est pas juste une grosse brute sans cervelle. »
Encore sous le choc de la nouvelle, Ayako ramassa les CDs qu'elle avait fait tomber et commença à les ranger. Derrière elle, Akaba, Misaki et Junko continuaient à parler du match.
« L'équipe qui va les affronter en demi devra être solide, dit Misaki, parce qu'avec la force de ce type, ça m'étonnerait qu'il y ait pas de blessé.
- Les Hakushû affronteront bien le vainqueur du match Misaki Wolves – Seibu Wild Gunmans ? interrogea la claviériste.
- Humph ! J'espère pour eux qu'ils sont parés. »
Un client entra et Ayako partit le servir. Misaki se rappela alors, la raison pour laquelle il était si enthousiaste en arrivant. Il attendit que le client soit parti et rejoignit Ayako derrière le comptoir.
« Tu sais que c'est réservé aux vendeurs ? lui reprocha-t-elle en le voyant arriver.
- T'aurais quand même dû venir au match, fit Misaki sans prêter attention à ce qu'elle venait de lui dire.
- Pourquoi ? Pour voir un taré exploser des joueurs ?
- Non. Junko s'est fait draguer.
- Hein ? En quoi c'est si… »
Elle s'interrompit, venant de comprendre où son ami voulait en venir. Elle éclata de rire.
« C'est pas vrai ! s'exclama-t-elle. Comment Akaba a réagi ?
- Qu'est-ce qui vous fait rire, vous deux ? intervint l'intéressé.
- Il s'est approché du type et l'a regardé d'une manière qui signifiait « touche à ma copine et tu es morts ! »
- J'y crois pas ! Akaba, si calme et si posé, menacer quequ'un ! J'aurais bien aimé voir ça !
- Ça n'a rien de drôle, Aya ! se plaignit Junko. C'était très gênant !
- Humph ! Je pense que maintenant il est prévenu, fit Akaba.
- Hayato ! »
Ayako s'arrêta un moment pour suivre la conversation. C'était étrange… Elle avait l'impression qu'il manquait quelque chose ou quelqu'un…
« Où est Ren ? demanda-t-elle tout à coup.
- Ren ? fit Junko. Il a téléphoné tout à l'heure. Il a dit qu'il ne pourrait pas venir.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas. Il a dit qu'il avait des choses à faire. Mais j'espère qu'il va bien…
- Pourquoi il n'irait pas bien ? dit Misaki.
- Il avait une drôle de voix quand je l'ai eu. Un peu comme s'il essayait de se cacher.
- Se cacher de quoi ? demanda Ayako.
- Bah justement, j'en sais rien. »
La jeune fille soupira. Si son guitariste commençait à faire des cachotteries, cela allait être très compliqué.
Hiruma rentrait tranquillement du match Hakushû – Taiyô. Sa tête était encore remplie des images de la puissance monstrueuse de Gaô. Il sourit. Le fait que ce fuckin' néendertale ne soit pas juste une brute épaisse était bien plus un problème que sa force. Il était parfaitement conscient de ses capacités et ne souhaitait en aucun cas retenir sa force. Les équipes qui allaient le rencontrer allaient devoir prévoir un véritable plan anti-Gaô.
Bien sûr, il était un peu tôt pour penser au match contre Hakushû. Avant ça, ils allaient affronter Ôjô, comme une revanche des deux humiliations passées. Mais cette fois-ci, le prix allait être bien plus élevé qu'un ego ébranlé ou quelques fractures. Le vainqueur gardera ses chances pour le Christmas Bowl. Et maintenant que Shinryûji était hors-course, Ôjô était plus que favori pour y accéder.
Il s'arrêta à une supérette pour acheter ses chewing-gums à la menthe et refaire son stock de café. Alors qu'il sortait, un gamin portant une guitare le bouscula.
« Pardon ! s'excusa le gamin en s'inclinant. Vraiment désolé, je ne vous avais pas vu !
- Tch ! »
Sans lui prêter plus attention, Hiruma continua sa route en mâchant son chewing-gum et en réfléchissant aux différentes stratégies qu'il pourrait utiliser contre Ôjô. Ce n'est que lorsqu'il arriva chez lui qu'une curieuse impression l'envahit.
Ce gamin… il lui rappelait vaguement quelqu'un…
Perturbé par cette impression, il ouvrit la porte de son appartement d'un coup de pied, posa son sac sur son lit et alluma son ordinateur. Où est-ce qu'il avait bien pu voir ce gamin ?
Il le retrouva sur la vidéo du concert de la fuckin'musicienne. Voilà donc où il l'avait vu. Ses recherches lui apprirent également qu'il avait rejoint son groupe. C'était toujours bon à savoir, seulement cela n'expliquait pas son impression. Il continua ses recherches et apprit son nom : Utagoe Ren. Bien, cela allait grandement lui simplifier la tâche.
Il ne croyait pas si bien dire. Il avait à peine lancé sa recherche qu'il tomba sur une vingtaine de résultats. Mais qui pouvait bien être ce gamin ?
Ce qu'il découvrit le laissa sans voix. Ça, c'était une information. Il sourit.
La fuckin'musicienne ne savait sûrement pas qui elle avait engagé.
