Salut à toutes et à tous! Je pensais avoir déjà publié la suite de ma fic mais apparemment pas. Je crois que l'histoire de l'autre auteur m'a un peu échaudée et l'absence totale de réaction de à mon mail n'a pas aidé. Enfin bon...
Sandrine: Je dois avouer que j'aime assez l'idée que tes ongles prennent un coup à chaque chapitre! Je t'en prie, ne te retiens pas et continuer de les malmener comme je malmène nos persos! ^^
Magy: Merci beaucoup pour cette review! Oui, c'est pas très cool de la part de Rogue mais je trouvais sympa l'idée de le faire dégoupiller en public! Je suis contente que le retour en arrière ne t'ait pas trop perturbée et surtout qu'il t'ait plu. S'agissant de Liam, je pense qu'il a du coup, lâché l'idée. Enfin, je dis ça mais... Enfin, tu auras le loisir de constater l'avancée des choses par toi-même! Donne m'en des nouvelles! ^^
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- Féroce en négoce ! souligna pour la vingtième fois de la soirée le petit homme replet dont le visage s'était adouci au fur et à mesure que la carafe de vin de table s'était vidée.
Pour la vingtième fois, elle s'efforça de rire poliment à la remarque. Si le Ministre de la magie s'était montré parfaitement intransigeant et consciencieux dans son travail dès son arrivée, il s'était hâté de mettre au placard son costume d'homme d'Etat sitôt la réunion terminée. Elle n'avait compris qu'à ce moment-là pourquoi Chris l'avait choisie elle. Il ne lui avait pas accordé le moindre répit de la soirée, la questionnant à la moindre occasion sur sa vie de « moldue », débordant souvent le cadre de sa vie professionnelle.
Le choix de Chris… ou du vieux sorcier qui les accompagnait. Elle n'avait pas réussi à se sortir de la tête que ce vieil homme avait d'après les dires du fugitif en noir, orchestré sa venue avant même de la connaître. Depuis l'instant de cette révélation, elle n'avait eu de cesse de se torturer en questions sans réponses.
- Je vous raccompagne jusqu'à votre chambre ? proposa le Ministre.
Elle bredouilla une excuse gênée, ne sachant comment décliner sans paraitre incorrecte. Elle ne pouvait pas se permettre de froisser la susceptibilité du sorcier alors que les négociations devaient se poursuivre dès le lendemain.
- Ça ne sera pas la peine, intervint Dumbledore. Les chambres que nous leur avons réservées sont parfaitement adaptées aux sorciers comme aux personnes dépourvues de talents magiques Optimus. Elle ne devrait pas avoir besoin d'être guidée dans ses appartements. Vous savez, nous utilisons souvent cet établissement comme point de chute lorsque les affaires du Ministère nécessitent que des rencontres diplomatiques soient organisées entre moldus et sorciers.
Elle le remercia d'un sourire discret empli de gratitude. Elle avait passé la soirée à répondre le plus patiemment qu'elle avait pu et avec toute la courtoisie qui lui était possible d'afficher, aux moindres attentes du petit homme et elle n'en pouvait plus de se forcer en amabilités. Les courbettes ne faisaient pas partie de ses talents cachés et si Chris avait su lui faire remarquer lorsqu'elle avait intégré son service, qu'il lui faudrait apprendre à mettre de l'eau dans son vin pour ménager la susceptibilité de certains de ses interlocuteurs, ces simagrées ridicules relevaient toujours pour elle, de la plus pure des hypocrisies.
Et puis, tout s'était déroulé tellement vite : la réunion, le repas… qu'elle n'avait pas encore eu le moindre instant pour elle, pour faire le point sur toutes ces informations aussi nombreuses qu'incroyables qu'avait dû intégrer son cerveau en un temps absurdement court. Elle n'avait qu'une envie : s'enfermer dans sa chambre et réfléchir aux évènements de la journée à tête reposée. Des sorciers, des « moldus », la découverte d'un autre monde dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence… tout ça était trop difficile à avaler pour qu'elle ait l'impression d'être encore éveillée.
- Ca va aller ? entendit-elle dans son dos alors que les autres s'en étaient allés.
Elle réprima un sursaut et afficha un sourire cordial à Chris Bennet. Alors qu'elle était sur le point d'ouvrir la porte de sa chambre située à l'extrême droite du long palier, elle se ravisa. Elle glissa la clef dans la poche de sa veste et attendit que l'homme à la mine circonspecte reprenne la parole. Elle n'avait pas besoin qu'il commence à parler pour savoir ce qu'il allait lui dire. Elle le vit afficher une moue embarrassée et détourner la tête pour s'accouder à la rampe d'escaliers qui surplombait les vingt-deux étages. Elle était consciente d'avoir cette capacité à mettre les gens mal à l'aise par son silence, mais s'il pensait qu'elle allait lui faciliter la tâche cette fois-ci, c'était mal la connaitre. Elle continua de l'observer sans bouger. Sans doute Chris avait-il compris qu'elle ne ferait rien pour lui venir en aide parce que…
- Tu pourrais arrêter de faire ça ? lança-t-il en prenant soin de ne pas lever les yeux sur elle.
- De faire quoi ?
- Tu le sais très bien, grimaça-t-il en passant une main dans ses cheveux, signe qu'il ne se sentait pas franchement détendu.
Elle consentit à le rejoindre près de la rampe et à son tour laissa son regard se perdre sur la barrière magique qui plafonnait artificiellement l'immeuble au huitième étage pour le commun des mortels. Prise de vertige, elle dût fermer les yeux et s'éloigner un peu pour reprendre son souffle. Son repas avait été à deux doigts de traverser la barrière. Elle déglutit et exhala l'air de ses poumons afin de reprendre ses esprits.
- La phobie du vide ? hasarda son compagnon.
- J'avais oublié qu'il y avait tant d'étages, avoua-t-elle piteuse ce qui eut pour mérite de réchauffer quelque peu l'atmosphère.
En tout cas suffisamment pour que Chris se sente en confiance, songea-t-elle frustrée alors qu'il lui adressait un sourire moqueur. Le regard fauve se durcit.
- Tu m'en veux ? s'enquit-il.
- J'imagine que je n'ai pas de raisons de vous en vouloir, cingla-t-elle froidement. Vous ne pouviez apparemment pas me prévenir mais… j'ai connu des moments plus agréables même en travaillant durant mes jours de repos, reprit-elle en repensant à l'accueil pour le moins glacial du fuyard de la matinée.
- Severus Rogue n'est pas un homme des plus charmants, concéda Chris…
Entendre son nom si aisément prononcé dans la bouche de son supérieur lui arracha un frisson. Dire que l'illustre inconnu qui lui avait sauvé la vie et qu'elle n'avait eu de cesse de rechercher durant tout ce temps était en réalité connu de tous… Mérédith… même son supérieur entretenait des rapports professionnels avec lui. C'était une étrange sensation de songer qu'elle allait travailler en collaboration avec lui alors qu'il y avait peu, elle désespérait de le revoir un jour, sans aucun moyen de remonter jusqu'à lui… C'était une occasion trop belle pour qu'elle la laisse filer. Une occasion qui pouvait bien ne jamais se reproduire.
- … Mais c'est un sorcier compétent, acheva-t-il.
- Vous le connaissez bien ? interrogea-t-elle, la curiosité ayant pris le pas sur la rancœur.
- Bien non, mais j'ai été amené à participer à un certain nombre de meetings dont il faisait partie. J'ai l'habitude de me frotter à l'animal et je sais d'expérience que lorsqu'il s'emporte comme lorsqu'il l'a fait tout à l'heure, il n'y a rien d'autre à faire que de laisser passer l'orage.
- Moi qui pensais que c'était ma présence qui s'insupportait.
- Eh bien pour être sincère, je l'ai tout de même rarement vu dans un tel état de nerfs, confessa-t-il. Tu n'as pas fait ton entrée dans ce monde dans les meilleures conditions qui soient, mais on peut dire que tu auras eu affaire de prime abord à un échantillon de la pire espèce. Ça forgera tes armes rapidement.
- C'est une façon de voir les choses…
Il esquissa un sourire.
- J'ai une dernière question.
- Vas-y ! Après tout, je te dois certaines réponses.
- Vous me devez plus que ça, le chambra-t-elle.
- Très bien, alors que dirais-tu d'une invitation à dîner ? s'engouffra-t-il dans la brèche.
Depuis le temps, elle s'était habituée à ses remarques de play-boy qu'il servait nonchalamment au personnel féminin du bureau, afin de flatter un tantinet leur égo. Si elle ne goûtait pas les plaisanteries sur le sujet, en particulier de sa part, elle chassa la proposition avec tout autant de légèreté qu'elle avait été prononcée.
- Soyez un peu sérieux Mr Benett.
- Je t'ai déjà dit de…
- Pourquoi moi ? l'interrompit-elle. Pourquoi est-ce que le Professeur Dumbledore a demandé à ce que ce soit moi qui vous assiste lors de cette réunion ? Je ne le connais même pas.
- Peut-être que lui te connait.
Elle le dévisagea intensément.
- Vous êtes en train de me dire que vous avez accepté sans même en connaître la raison ?
- Tu sais, ce vieil olibrius n'a peut-être l'air de rien comme ça, mais c'est le sorcier le plus puissant qui ait jamais vécu parait-il. Il te connait sans doute comme il m'a connu moi…
Elle lui adressa un regard en biais.
- … à ton insu, précisa-t-il.
- Je ne comprends pas.
- Si l'expérience m'a appris quelque chose depuis que je travaille en collaboration avec les départements affiliés au Ministère de la Magie, c'est qu'il n'est pas bon d'être trop curieux. Il y a des choses qui nous dépassent, il faut simplement l'accepter.
- Comment pouvez-vous être aussi docile et accepter sur un plateau de crédulité béate ce qu'on accepte de vous servir ? s'offusqua-t-elle.
- « Un plateau de crédulité béate », répéta-t-il un sourire aux lèvres, tes expressions m'étonneront toujours !
- C'est votre comportement qui m'étonne Chris… ça ne vous ressemble pas de ne pas chercher à savoir.
L'homme en complet gris se rembrunit et son regard acier s'arrima au sien quelques secondes. Quelques secondes qui lui donnèrent la chair de poule. Ses traits n'étaient pas coutumiers d'expressions aussi graves.
- Si tu dois me faire confiance une seule fois dans ta vie Elodie, c'est celle-là, assura-t-il en posant une main sur son épaule. Il est parfois salutaire d'être un idiot docile et se contenter de ce qu'on te donne. Sans poser de questions, acheva-t-il alors qu'elle était sur le point de répliquer.
La jeune femme resta sans voix l'espace d'un instant. Elle ne savait pas ce qui la choquait le plus : la teneur des propos de Chris ou bien la solennité avec laquelle il les prononçait.
- Ne te couche pas trop tard, conseilla-t-il, on commence tôt demain.
Sur ces mots, il tourna les talons et quelques secondes plus tard, elle entendit une porte claquer derrière elle.
Elle resta là durant plusieurs minutes, à réfléchir aux paroles de son chef de service. Que voulait-il dire par là ? Pouvait-elle avoir des ennuis si elle posait les questions qui lui brûlaient la langue depuis le début de la journée ? Quel genre d'ennui au juste ? L'air qu'affichait l'homme laissait présager qu'elle pourrait en être affectée au-delà de la potentielle perte de son emploi. C'était ridicule ! Ce Ministère de la magie… c'était censé être un appendice étatique, pas un organisme mafieux. Pouvaient-ils lui nuire à ce point ? Avec les pouvoirs qui étaient les leurs et dont elle ne pouvait qu'imaginer les limites… assurément !
Elle en était là de ses réflexions quand…
- Vous avez apparemment fait sensation.
La voix de velours sur l'acier hérissa le duvet sur sa nuque. Elle eut un nouveau haut le cœur quand elle l'identifia. Toute surprise et désorientée qu'elle fut, elle se retint de lui accorder l'honneur de lui faire face.
- Vous n'étiez pas censé crouler sous les occupations que vous imposait votre emploi du temps de Ministre ? interrogea-t-elle un peu trop abruptement.
- Ma présence vous incommode ? hasarda-t-il avec un rictus moqueur qu'elle devinait aisément.
Prise au dépourvu, elle se contenta de serrer la mâchoire. Sans aller jusqu'à dire qu'il l'incommodait, elle ne comprenait pas pourquoi la présence de cette homme lui portait soudainement à ce point sur les nerfs. Peut-être la façon dont il l'avait publiquement humiliée plus tôt dans la journée…
- Vous étiez le seul à douter de mes compétences, répondit-elle lapidaire.
De la fatigue ou bien de l'angoisse qu'avait provoquée l'arrivée inopinée de cet individu, elle ne savait pas comment elle parvenait à garder un timbre si naturel alors que son corps tout entier était secoué de frissons incontrôlables qu'elle parvenait tant bien que mal à dissimuler.
Que faisait-il ici ? Pourquoi à une heure aussi tardive alors qu'il avait dit qu'il ne reviendrait pas avant le lendemain ?
- Hmm… entendit-elle dans son dos, il ne faut pas croire tout ce qu'on vous raconte.
Ses doigts se crispèrent sur la rampe.
- Ah vraiment ? marmonna-t-elle ne sachant si elle était plus importunée par les paroles acides ou par la proximité de l'homme dont elle sentait la présence à moins d'un mètre.
- N'avez-vous jamais senti que les jolis contes qu'on vous servait n'avaient d'autres buts que de vous endormir ?
Elle se retint de répondre et serra les dents. Cet homme… faisait-il volontairement remonter à la surface ce sentiment de trahison vis-à-vis de ses amis ?
- … Si vous me répondez que non, particulièrement aujourd'hui, je vous prendrais pour une imbécile.
- Parce que ce n'est pas déjà chose faite ? feignit-elle l'étonnement.
Où voulait-il en venir ? Et puis pourquoi apparaitre tout à coup devant elle ? N'avait-il pas vociféré qu'il avait mieux à faire plus tôt dans la journée après s'être élégamment payé sa tête ? Venait-il après la bataille dans le simple but de la rendre folle ? Et cette façon de parler à demis mots… comment aurait-elle pu ne pas comprendre l'allusion à Liam, à Mérédith ? D'ailleurs, ils n'étaient pas les seuls. Même s'il s'en moquait éperdument, à lui aussi elle tenait rancune. C'était irrationnel, elle le savait bien, mais pour une obscure raison, la manœuvre visant à lui faire oublier leur rencontre aux abords du O'Leary à laquelle il s'était apparemment livré, résonnait dans ses tripes comme une trahison. Et puis pourquoi ne répondait-il pas ? Une sourde colère l'envahit quand elle réalisa qu'il était sûrement parti comme il était venu. Dans un élan de fureur, elle fit volte-face…
… et esquissa un mouvement de recul. Nez à nez avec le sombre individu, elle réprima de justesse un cri et porta une main à sa poitrine pour calmer les battements affolés de son cœur. C'est à ce moment-là qu'elle réalisa que son départ bien qu'il l'aurait frustrée, l'aurait, en l'état, sans doute soulagée. Elle ne se sentait pas l'énergie de se livrer au combat qui, elle le savait, l'attendait si elle était déterminée à connaître le fin mot de l'histoire. Elle fit un pas en arrière et son dos percuta abruptement la rampe en bois. L'homme ne recula pas pour autant. L'expression de son visage était indéchiffrable, son regard insondable. Elle détourna les yeux en sentant ses pommettes s'embraser et grimaça en apercevant le carrelage en damier du rez-de-chaussée. Elle ferma les yeux quelques secondes et inspira profondément. De nouveau, elle entendit le pouffement moqueur. Incapable de lever son regard sur lui, elle fixa le bas de sa cape avec une telle intensité qu'il ne lui serait pas apparu étrange qu'elle prenne feu à tout moment.
- Peur du vide, persifla-t-il avec condescendance… et peur du noir aussi ?
Elle vrilla les prunelles sombres.
- Tout dépend de qui le porte.
Le rictus s'intensifia et il avança d'un pas.
- Curieuse remarque de la part de celle qui recherche ma présence sans relâche.
Cette fois-ci, c'était bon : il aurait fallu qu'il soit aveugle pour ne pas noter la rougeur de ses joues.
- Comme ça, je vous fais peur ?
- Non, déclara-t-elle d'une voix calme et néanmoins ferme.
Il s'approcha encore et quand il ne fut plus qu'à quelques millimètres, sa joue frôla la sienne, lui arrachant un tressaillement.
- Vous mentez, murmura-t-il au creux de son oreille.
- Je ne mens pas, fit-elle catégorique en s'efforçant de ne pas bouger. Je n'ai pas peur de vous.
De nouveau, les onyx luisants s'arrimèrent aux yeux bruns. Le silence s'éternisa. Le changement dans l'expression du faciès émacié lui renversa l'estomac. Toute trace de rouerie avait disparu et chacun de ses traits était figé dans ce qui aurait pu passer pour une tentative de cacher au regard du monde une souffrance aussi atroce que soudaine.
- Vous devriez, lâcha-t-il d'une voix rauque en tournant les talons, pour votre propre bien.
Un instant pétrifiée par l'image inattendue imprimée sur ses rétines, elle mit quelques secondes à réagir au départ de son interlocuteur.
- Vous me dites de me méfier de vous ? s'entendit-elle crier alors qu'il avait déjà commencé à descendre les escaliers. Alors que c'est vous qui m'avez conseillé de ne pas croire tout ce qu'on me raconte ?
Il s'arrêta et leva la tête en sa direction.
- Que ce soit la même personne qui me conseille de la craindre et de réserver ma confiance me dépasse. Surtout lorsque l'individu en question, a jusqu'à présent mis un point d'honneur à se montrer aussi désagréable que vous le faites.
- Qu'il y ait tout un tas de choses qui vous dépassent ne m'étonne guère. Il faut croire que Dashwood choisit ses fréquentations sur le même modèle.
Elle s'abstint de relever l'insulte. Tout ceci n'était peut-être qu'un jeu pour lui, mais elle, elle était désespérée de connaître les réponses aux questions qui l'empêchaient de dormir depuis plusieurs semaines. D'autant plus désespérée qu'elles se trouvaient là, à proximité, elle n'avait qu'à tendre la main pour les effleurer. Il les lui fallait. Elle sentait au fond d'elle qu'elle ne se pardonnerait jamais d'avoir raté pareille occasion de les obtenir simplement parce qu'elle n'avait pas su faire taire son mauvais esprit.
- Dans ce cas, dites-moi ! Dites-moi qui je dois croire !
Il s'immobilisa plusieurs secondes, puis remonta les quelques marches qui les séparaient. De nouveau face à elle, il planta résolument son regard dans les yeux bruns, sans dire un mot, comme s'il cherchait en les sondant à connaître la raison d'un tel acharnement.
- Vous la connaissez la vérité, n'est-ce pas ?
Encouragée par son silence, elle continua.
- Sur ma présence ici…
Merde ! Pourquoi sa voix se cassait-elle maintenant ?
- Elle n'est pas de mon fait. Vous ne vous adressez pas à la bonne personne.
- Je sais, ou plutôt, j'ai la conviction, que le Professeur Dumbledore ne sera pas honnête avec moi.
- Parce que moi oui ?
Il paraissait surpris par la réponse de la jeune femme. Cette réponse qui semblait accorder plus de crédit à la parole de celui qui avait piétiné son égo qu'à celle de l'homme qui avait su l'accueillir dans un monde inconnu et hostile avec chaleur. D'ailleurs, quand elle y réfléchissait, c'était peut-être précisément la raison pour laquelle elle lui faisait davantage confiance… jusqu'à présent, il n'avait jamais cherché à la préserver.
Elle pressentait qu'il n'était pas homme à se laisser abuser par la flatterie, aussi elle se contenta de répondre sobrement.
- Je le crois.
Le silence retomba. Pesant. Mais si plus tôt elle craignait de croiser les pupilles sombres, c'était à présent la fin de ce – pourtant insoutenable – contact visuel qu'elle redoutait. Elle savait que si elle perdait son attention ne fût-ce qu'une seconde, la conversation serait définitivement close. Elle reprit.
- Je ne pense pas que vous soyez un menteur.
- Vous faites de moi un bon samaritain, marmonna-t-il mi moqueur, mi agacé.
- Vous vous méprenez, objecta-t-elle fermement en essayant de maîtriser les tremblements de sa voix. Je me trompe peut-être, mais je crois que blesser quelqu'un vous importe peu si c'est le résultat inéluctable de la révélation d'une information… Vous ne mentiriez pas pour m'épargner la vérité.
Elle aurait cru qu'il la raillerait de nouveau, pourtant, il se mura dans le silence. Son regard noir se durcit.
- C'est pourquoi je ne peux pas.
Elle l'entendit à peine, la voix rauque aussi faible qu'un murmure… Elle s'était attendue au sarcasme, à la violence… à tout sauf à ça. Quel sens donner à une telle réponse ?
- Vous me le devez, se rembrunit-elle délibérément pour se donner une contenance.
S'il était clair dès le début que l'apitoiement n'était pas la bonne méthode, elle savait aussi bien que l'intimidation ne fonctionnerait pas davantage.
- Je vous le dois ? répéta-t-il d'une voix polaire.
Il arqua un sourcil, circonspect.
- Je vous ai sauvé la vie, petite ingrate !
Merci d'y venir tout seul.
- Précisément, confirma-t-elle.
Les sourcils noirs se froncèrent, ses yeux se plissèrent. Il ne comprenait à l'évidence pas où elle voulait en venir.
- Vous étiez là ce soir-là et vous étiez là dans le train. Vous étiez également là l'autre soir à Londres, devant le O'Leary… et que je vous coure après n'a pas eu l'air de vous surprendre. Pourquoi cet air contrarié Mr Rogue?
Elle le toisa de bas en haut à son tour.
- Pardon, je devrais dire : Professeur… Même si à l'évidence vous avez raison on me ment de toute part, vous êtes tout de même enseignant bien que votre domaine ne soit pas la chimie comme je l'ai d'abord cru…
Aucune réaction et elle… elle s'emportait de plus en plus à chaque phrase.
- Qu'est-ce que vous espériez ? Que j'oublie ? Parlons-en ! Comment aurais-je pu oublier ? C'est insensé ! Vous n'avez de cesse de prendre la fuite ! Vous voudriez que je ne me pose pas de questions alors que je n'arrive plus à avoir confiance en personne ? Alors que je vous retrouve absolument partout où je vais ? Alors que mes propres amis me cachent volontairement la vérité à votre sujet ?
- Pourquoi est-ce si important pour vous de savoir ?
- Parce que je vais devenir folle si je ne sais pas.
Le regard de jais brilla d'une lueur qu'elle ne lui avait jamais vue.
- J'imagine aisément que ma vie n'est pas bien intéressante pour quelqu'un doté de capacités magiques telles que les vôtres, mais si vous la connaissiez… elle comporte suffisamment de zones d'ombre pour ajouter à ce brouillard déjà trop épais pour que je puisse faire deux pas sans trébucher.
Pourquoi sa voix chevrotait-elle ?
- Vous le saviez. Mes proches m'ont menti et me mentent depuis certainement plusieurs années parce qu'ils me pensent trop faible pour affronter la réalité ! s'écria-t-elle. Je ne sais plus qui croire, je ne sais plus où je vais. Toutes les choses auxquelles je suis habituée ont perdu leur sens. Mon travail était le dernier ilot épargné par ce trouble et voilà qu'il vient d'être submergé à son tour.
Si ses cordes vocales la trahissaient, son regard était en revanche solidement arrimé aux prunelles noires qui ne la quittaient pas.
- Vous ne réalisez sûrement pas le choc que représente la découverte d'un monde comme le vôtre pour une personne aussi banale que moi. De découvrir que tous ceux qui m'entourent le savaient et m'ont délibérément tenue écartée de la vérité !
Elle reprit une longue inspiration et garda les paupières closes quelques secondes pour tenter de retrouver son calme et un timbre plus serein.
- Vous demandez pourquoi, je vous répondrai simplement que j'en ai besoin.
- Ce que vous ignorez ne saurait vous nuire.
- Ah vous croyez ?
Elle vrilla le regard de glace avec toute l'ardeur que son désespoir lui permettait.
- Je deviens paranoïaque, dit-elle d'une voix caverneuse qui contrastait étrangement avec le sourire détaché qui ourlait ses lèvres. Je suis terrorisée à la simple idée de m'endormir la nuit ! Et ce n'est pas parce que j'ai peur du noir… Depuis quelques temps je redoute plus que tout le moment où Morphée m'emportera… parce que je connais trop bien l'état dans lequel il me laissera à mon réveil et ce soir plus que jamais, je sais que je ne le supporterai pas.
Malgré le calme apparent de sa voix, son cœur battait à tout rompre derrière ses côtes. Il fallait qu'elle sache. Il n'avait pas le droit de la laisser dans cet état. Pas après avoir tenté de fuir comme un voleur. Pourquoi tenait-il tant à ce qu'elle oublie cette rencontre ? Plus elle y pensait, moins elle parvenait à y voir clair. Sans parler de cette étrange sensation de brûlure dans la poitrine. Pourquoi se sentait-elle si mal, si triste, alors qu'elle aurait simplement dû se consumer de rage d'avoir été trompée par tout ce beau monde ?
- Votre chambre a-t-elle une cheminée ? demanda-t-il après un long silence.
- Pardon ?
- J'imagine que oui, après tout, elles sont souvent habitées par des sorciers.
Quoi ? Qu'est-ce que cet engouement soudain pour l'agencement de sa chambre et les cheminées signifiait-il ?
- J'ai du mal à vous suivre vous savez.
- A cette heure-ci, le Ministère a très certainement dû sécuriser les accès et poser une barrière anti-transplanage, expliqua-t-il davantage pour lui-même. Je devrai emprunter le réseau de cheminées.
- Je ne comprends rien de ce que vous marmonnez, confia-t-elle, défaite.
Quand son regard croisa celui d'Elodie, elle eut de nouveau la sensation qu'il creusait si profond en elle qu'il était sûrement à même de connaître chacune de ses pensées. Cette idée lui arracha un frisson.
- Je ne peux rien faire pour atténuer votre détresse, l'informa-t-il après avoir résolument détourné la tête.
- Mais…
- En revanche, l'interrompit-il, je peux peut-être faire quelque chose pour apaiser votre sommeil. Où se trouvent les appartements qui vous ont été attribués ?
Vous pensez qu'il va la bercer ou lui raconter une histoire?
