Ce sera sans doute le seul OS centré sur Arthas, juste parce que c'est un de mes premiers personnages préférés de Warcraft III et que j'ai adoré la campagne des humains avec lui – d'ailleurs la « purge de Stratholme » est, à mon avis, sans doute l'évènement le plus marquant de la campagne des humains dans le jeu, du moins en terme de scénario.

Ah et comme d'habitude, il y a quelques extraits – dont pratiquement toutes les lignes de dialogues que vous verrez dans cet OS – tirés de Warcraft III.


Personnages secondaires : Jaina, Uther.

Chronologie : Warcraft III.

Genre : Tragédie.

Résumé : Ils ne comprenaient pas. Son mentor se retournait brusquement contre lui et son autorité pendant que l'amour de sa vie l'abandonnait également. Il était seul et c'est tout à fait normal : seul quelqu'un digne d'être roi pouvait prendre une telle décision. Même s'il finissait par mourir, les mains tachées du sang d'innocents, il ne reculerait pas. Il ferait tout pour protéger son peuple.

Arthas

Le devoir d'un prince

— Toute la ville doit être nettoyée !

La purge. C'était la seule solution, Arthas le savait bien. On ne pouvait risquer de voir l'épidémie prendre plus d'ampleur et se répandre dans tout le royaume. Il n'avait pas eu beaucoup de temps pour réfléchir à une solution et c'était justement là le problème : le temps lui était compté. Ses ennemis qui distribuaient ce grain maudit s'attendaient sans doute à ce qu'il hésite, ce qui permettrait au fléau de transformer tous ces pauvres gens en mort-vivants et de tuer les derniers survivants restants.

Arthas ne rentrerait pas dans leur jeu.

Il savait qu'Uther et Jaina ne partageraient pas son avis. Il le voyait dans leurs regards. La pluie ne pouvait cacher l'indignation que leurs yeux lui lançaient.

— Comment osez-vous dire une chose pareille ? s'écria Uther, outré. Il y a sûrement une autre méthode.

Arthas serra des poings. Que pensait son supérieur ? Qu'ils avaient le temps de trouver cette fameuse « autre méthode » ? À ce rythme, c'était tout le royaume qui serait condamné ! Il était hors de question qu'Arthas laisse cela arriver. Uther était peut-être son supérieur en tant que Paladin, mais ce n'était pas son royaume.

— Bon sang, Uther ! En tant que futur roi, je vous ordonne de nettoyer cette ville !

— Vous n'êtes pas encore mon roi, mon garçon, rétorqua le paladin avec mépris. Et je ne vous obéirais pas, même si vous l'étiez.

Arthas savait qu'il dirait cela. Maudit soit Uther et sa dévotion envers la Lumière qui l'aveuglait au point d'en oublier l'essentiel. Il voulait préserver sa conscience ? Qu'il en soit ainsi. Arthas aurait préféré éviter d'en arriver mais il n'avait pas d'autres choix.

Les mots qu'il prononça sonnèrent comme une sentence irrévocable :

— Je dois donc vous considérer comme un traître.

— Un traitre ? répéta Uther. Vous avez perdu l'esprit, Arthas ?

Arthas ne l'écouta pas et, d'une voix forte et impérieuse, releva le seigneur Uther de son commandement et lui retira ses troupes. Il entendit Jaina tenter d'intervenir mais la coupa sévèrement, donnant aux troupes d'Uther le choix de partir pendant qu'il était encore temps ou de suivre celui qui voulait véritablement protéger le royaume de Lordaeron, le prince Arthas Menethil lui-même.

— Vous venez de franchir un cap dangereux, Arthas... l'avertit Uther d'une voix grave.

Comme si Arthas se préoccupait de ses menaces.

Il observa, sans le moindre regret ou remord, son ancien mentor s'en aller. Le Paladin avait choisi d'abandonner les innocents en les laissant se transformer en mort-vivants et aller saccager le reste du royaume de Lordaeron. Arthas ne pouvait plus compter sur lui. Il ne lui restait plus qu'une seule personne fidèle envers lui.

Du moins, c'était ce qu'il croyait jusqu'à la voir s'en aller également.

Arthas n'en crut pas ses yeux. Non, ce n'était pas possible...

— Jaina ? l'appela-t-il, d'une voix fébrile.

La mage s'arrêta, mais ne se retourna pas pour lui faire face et le regarder droit dans les yeux. Comme si il lui faisait honte ou qu'il était une abomination du fléau dont la simple vue la répugnait.

— Désolée, Arthas... Je ne puis vous regarder faire cela.

Sur ces mots, elle partit.

Arthas l'observa sans rien dire. Elle l'abandonnait elle aussi, tout comme Uther qui ne le soutenait plus.

Il était véritablement seul à présent.

Uther était un traitre, Arthas le savait. Il était insolent envers lui, remettant en question son autorité alors qu'Arthas était son futur roi. C'était le bon choix que de le défaire de ses fonctions, avant que ses erreurs ne causent la perte du royaume de Lordaeron.

Il ne pensait cependant pas que Jaina aussi le trahirait. Elle le connaissait mieux que quiconque, avait vu les dégâts produits par le fléau. Alors pourquoi fuyait-elle, l'abandonnait-elle ainsi ?

Arthas sentit sa main se refermer fortement contre la poignée de son marteau, la pluie tombant sur lui comme des milliers de flèches transperçant sa peau et surtout son cœur.

Ce n'étaient que des lâches, qui refusaient de faire face à leurs responsabilités. Arthas n'en revenait pas que ce soient ces gens-là qu'il ait admiré et aimé. Ils ne méritaient pas son respect ou son affection. Ils verraient qu'il avait raison de purger Stratholme. Tous ces habitants étaient mieux morts que transformés en mort-vivants.

Arthas regarda ses troupes se préparer à ce qui allait être un horrible massacre orchestré par le fléau avant de porter son regard vers la cité humaine. Il pouvait déjà y voir le sang couler et les flammes tout brûler et s'en désolait. Qu'est-ce que le fléau faisait à son peuple ? Pourquoi était-il le seul apparemment prêt à tout pour protéger son royaume ? Était-ce parce qu'il était prince, que ces citoyens étaient sous sa responsabilité qu'il se sentait si déchiré en les voyant souffrir ainsi ?

Qu'importe la réponse à ces questions, Arthas savait que son choix était le bon. Uther et Jaina pourraient penser ce qu'ils voudraient de lui, il s'en moquait : il connaissait sa valeur et la dure décision que seul un futur roi pouvait prendre.

On pourrait le détester pour ce qu'il allait faire mais l'Histoire se souviendrait de lui comme celui ayant sauvé son peuple et son royaume.

Arthas Menethil allait mettre un terme au fléau, quel qu'en soit le prix.

— Je vous attendais jeune prince.

Arthas écarquilla les yeux alors qu'une voix odieuse résonna dans ses oreilles comme un écho. Au loin, il voyait une lueur verte apparaitre dans l'obscurité de la ville. Qu'était-ce ?

— Je suis Mal'Ganis, poursuivit la voix vicieuse et perfide. Comme vous le voyez, cette population m'appartient désormais. Je vais maintenant transformer cette cité mur par mur jusqu'à ce que la flamme de la vie y soit éteinte pour toujours.

Mal'Ganis ? C'était donc le nom de celui à l'origine du fléau ? Tous ces massacres, ces vies brisées, ces lieux détruits... c'était lui le responsable. C'était lui qu'il lui fallait éliminer pour débarrasser son royaume du fléau qui sévissait.

Arthas prit une grande inspiration, se tournant vers ses troupes :

— Soldats ! Préparez-vous à envahir Stratholme !

En voyant bien des soldats hésitants, il ajouta d'une voix ferme :

— Et n'oubliez pas le plus important... Tout ce que vous faites est pour le bien du royaume. Pour Lordaeron ! Pour le roi !

Il leva son marteau alors que ses soldats s'écrièrent en cœur :

— Pour Lordaeron ! Pour le roi !

Arthas jeta un dernier coup d'œil vers Stratholme, vers la lumière verte où se trouvait Mal'Ganis.

Il ne le laisserait pas faire. Arthas préférerait tuer lui-même tous ces gens que de les laisser devenirs les esclaves de ce démon dans la mort. Même s'il devait finir par avoir les mains teintées de sang, il ne se désisterait pas à son devoir.

Il protégerait son peuple, même s'il devait être le seul à le faire.