Merci encore une fois pour vos review si encourageantes !
Anon : Merci pour ta review, je suis trop contente que ça te plaise :D Voilà la suite !
Message important : Ce chapitre reste en M pour cause de violences extrêmes, essentiellement en fin de chapitre. Le ton sera un peu plus sombre que dans les chapitres précédents (ça va ressembler à une vraie expédition en gros). J'espère que ça vous plaira quand même, bonne lecture !
Chapitre 11 : Monstre (Partie 1)
La première chose que remarqua Rivaille lorsqu'il se réveilla fut la lumière timide, semi-clarté bleuâtre et irréelle, lui signifiant que le matin approchait. Il mit un moment avant de réaliser la situation dans laquelle il se trouvait. Il avait dormi. Un vrai sommeil. Pas seulement une somnolence d'une heure ou deux installé sur une chaise bancale et inconfortable, ni une nuit horrible entrecoupée de cauchemars atroces. Cela pouvait a priori paraître anodin, mais il n'y avait pas besoins de beaucoup le connaître pour savoir à quel point la sensation de repos qui l'habitait était exceptionnelle.
Il laissa son regard dériver vers la jeune fille assoupie à ses côtés. Sa tête était toujours calée contre son torse et ses bras l'enlaçait fermement comme si elle ne voulait pas le lâcher. La lumière bleue du ciel endormi tombait sur son visage. Ses traits n'étaient ni fins ni parfaitement dessinés mais ils formaient un bel assemblage, insolite et pourtant harmonieux. Elle dégageait un charme et une énergie particulière qui la rendait tout simplement très belle. Certes, elle avait les cheveux en bataille et elle bavait sur lui comme la gamine qu'elle était, le brun était cependant bien trop atteint pour prêter attention à ce genre de détails.
Les lèvres entrouvertes de Mikasa laissaient passer un souffle léger, régulier, paisible. Elle semblait si apaisée que Rivaille songea un instant qu'il était presque criminel de la tirer du sommeil. Mais il n'avait pas le choix. Les Titans se lèveraient avec le Soleil et ils avaient intérêt à être équipés à ce moment là. Le Capitaine savait que c'était inconscient de ne pas avoir pris de tour de garde alors qu'une menace rôdait tapie dans l'ombre - presque aussi inconscient que d'avoir couché avec Mikasa la veille - mais il ne regrettait pas. Parce que se réveiller aux côtés de Mikasa était un risque qu'il était prêt à prendre. Qu'il souhaitait même prendre à nouveau. Il regarda encore un peu le profil de la jeune femme qui se découpait dans la clarté singulière de ce moment suspendu entre le jour et la nuit avant de se résoudre à la réveiller. Il se redressa sur un coude et lui caressa doucement la joue du bout de ses doigts en lui murmurant :
- « Eh Mikasa, il faut vite se réveiller… sinon on va se faire salement bouffer. Ce serait con de finir en vomi de Titans à cause d'une grasse matinée. »
La jeune fille ne semblait cependant pas vouloir bouger. Merde, elle ne lui simplifiait pas la tâche. Il commença alors à la secouer plus vigoureusement en l'appelant par son nom. Il comprit qu'il était sur la bonne voie lorsqu'elle se mit à grogner en se renfrognant un peu, il décida donc d'intensifier ses secousses. Il fut arrêté net par le direct du droit qui vint le cueillir en plein menton. Sa mère, ça faisait mal ! Rivaille n'avait pas pensé à esquiver, car il avait pendant un instant oublié que si Mikasa avait un joli minois, elle se distinguait avant tout par son sale caractère. Il ne put que se masser la mâchoire tandis que la brune grognait des injures inaudibles, où il parvint tout de même à percevoir un « veux dormir » et même un « casse-couilles stressé » qui lui était très certainement destiné.
- « Ça te va très mal de grommeler des injures aussi peu créatives dès le réveil. »
Pour toute réponse, Mikasa ouvrit des petits yeux encore embués par le sommeil. Elle détailla l'homme à ses côtés, se remémorant peu à peu les évènements de la veille. Ils s'observèrent en silence, le temps comme figé, et au bout d'un moment la brune déclara à contre cœur :
- « Il faut vraiment qu'on se lève, n'est-ce pas ?
- Et qu'on se lave aussi. – appuya Rivaille en hochant la tête. – On pue la mort, c'est insoutenable.
- Je suppose qu'avec un maniaque comme toi intraitable sur les questions d'hygiène, je n'ai pas le choix. »
Elle devinait également que Rivaille voudrait replier parfaitement le camp. Cela pouvait paraître exaspérant de prime abord, Mikasa ne s'en plaignait néanmoins pas. Il s'agissait après tout d'une des premières choses qui l'avait amusé chez cet homme. Elle en avait même ri.
- « Tu sais que tu es putain de flippante quand tu te mets à sourire sans raison comme une abrutie. – lui lança Rivaille même s'il ne semblait pas penser ce qu'il disait.
- Toi aussi tu es en train de sourire, tu sais ?
- Tch. N'importe quoi. Allez, on va se laver. »
Il se mit debout à ses derniers mots et tira la couverture thermique sans ménagement. Le froid matinal vint mordre la peau nue de la jeune fille, ce qui acheva de la réveiller complètement. Elle suivit Rivaille qui se dirigeait vers le ruisseau en contre-bas. Mikasa saisit un récipient et une plaque chauffante songeant qu'ils iraient faire tiédir un peu d'eau pour leurs toilettes. Elle constata avec stupéfaction et effroi que Rivaille avait simplement plongé dans l'onde claire et glacée de la source. Elle ne put s'empêcher de s'exclamer :
- « L'hiver vient juste de se terminer, il est hors de question que je rentre dans ça ! »
Le sourire de Rivaille s'élargit simplement et elle ne comprit que trop tard qu'il avait une très mauvaise idée en tête. Avant qu'elle ne puisse réagir, il l'aspergea d'eau glaciale. La jeune femme poussa un petit cri qu'il jugea plus que satisfaisant, avant de le transpercer de son regard noir de tueuse. Le sourire de l'homme s'élargit encore plus. Ce regard, qui aurait terrifié n'importe qui de normalement constitué, l'amusait et le faisait même frissonner. Il devait vraiment être tordu.
Prenant son courage à deux mains, la jeune femme plongea à son tour dans l'eau pour mener à bien sa vengeance. Elle fut prise un instant par l'étau glacé qui semblait couper sa peau telle une lame acérée. Elle se reprit néanmoins rapidement et éclaboussa Rivaille qui lui rendit la pareille. Elle grogna de mécontentement lorsqu'elle reçut de l'eau dans la bouche, et amusé le brun l'aspergea de plus belle. Ils continuèrent pendant un moment à se battre gentiment mais avec énergie dans l'eau, jouant comme des gosses tenaces et fiers. Mikasa retrouvait l'enfance qu'elle avait perdu trop tôt et Rivaille prenait quant à lui le temps de devenir l'enfant qu'il n'avait jamais pu être. Ils s'arrêtèrent finalement car ils étaient essoufflés mais la légèreté caractéristique des moments inconséquents qu'ils aimaient passer ensemble demeurait. Leurs poitrines reprenaient une allure régulière et Rivaille capta les yeux brillants de vie de Mikasa. Il songea que la même lueur dansante brûlait dans les siens.
Alors que tout était redevenu calme, il sentit quelque chose de chaud venir le chatouiller sous l'eau. Il fronça des sourcils incrédules et marqué par le dégoût, devinant avec horreur ce que Mikasa était en train de faire alors qu'ils étaient censés se laver. Perturbé et scandalisé, il ne put s'empêcher de s'exclamer :
- « Attends Mikasa, ne me dis pas que tu viens de pisser ?
- C'est un bon moyen pour réchauffer l'eau. – argua la brune avec un pragmatisme imperturbable.
- Je vais te pisser dessus gamine tu vas voir si ça va te réchauffer ! »
Alors que les deux soldats se préparaient à mener un second round déchaîné, ils se retrouvèrent sans trop savoir comment en train de s'embrasser. C'était une autre façon de se réchauffer, bien plus agréable et définitivement moins sale pour le plus grand soulagement de Rivaille. L'homme pouvait sentir la délicieuse complémentarité du corps nu de Mikasa pressé contre le sien, ses tétons tendus par le froid, ses longues jambes athlétiques enroulées autour de sa taille, l'odeur de ses cheveux soyeux qui venaient négligemment caresser son visage, et il songea qu'il avait bien envie de lui refaire l'amour sur le champ. Ils n'avaient malheureusement pas assez de temps devant eux. Ils restèrent simplement enlacés à sentir les battements du cœur de l'autre se répercuter contre leurs cages thoraciques, un appel à l'abandon ténu auquel ils ne pouvaient pas céder avec le jour qui approchait. Ils s'embrassèrent profondément, et si leurs gestes restaient sages l'esprit embrumés des deux soldats s'étaient cependant envolés loin au dessus des simples caresses.
Un bruissement léger sur le rivage capta leur attention. Un groupe de biches longeait la rivière sans précipitation, jetant un regard intrigué aux soldats car cela faisait longtemps qu'elles n'avaient plus eu l'occasion de voir d'humains. Ils se détachèrent des lèvres de l'autre pour observer le spectacle en silence, interlude révélant un monde frémissant autour d'eux. Mikasa prit alors pleinement conscience du fait qu'ils étaient totalement perdu dans la nature, certes toujours cerné par le Mur Maria, mais loin de toute civilisation. Si elle avait ressenti de l'ennui hier face aux paysages monotones, c'était ce matin l'impression de liberté qui la saisissait. Le monde était beau et mystérieux, regorgeant de merveilles qui ne demandaient qu'à être découvertes. Et si elle se savait perdue dans cette immensité, elle se sentait néanmoins invincible prête à tout connaître et à tout explorer. Rivaille profitait également de l'instant, car si le monde extérieur pouvait certes être un enfer, il savait qu'il y régnait une liberté qui donnait le courage de se battre. Il se trouvait enfin loin de la puanteur insoutenable qui empestait entre les Murs. Loin du pourrissement putréfié des hommes.
Ils regardèrent les biches passer puis s'extirpèrent finalement de l'eau car ils avaient trop tardé. Ils replièrent le camp à la hâte, puis les deux soldats commencèrent à se préparer. Mikasa épiait du coin de l'œil Rivaille en train de raser sa nuque et les côtés de son crâne, rafraîchissant son undercunt caractéristique. Il ajustait les sangles de son équipement avec fermeté, des gestes habituels, banals, quotidiens, que Mikasa n'aurait pourtant jamais pensé un jour partager avec lui. Alors qu'elle même se rhabillait, le brun s'était approché et il laissa glisser doucement ses lèvres vers sa nuque, embrassant son épaule dénudée. Elle frissonna parce que ce n'était peut-être pas grand chose mais cela signifiait beaucoup. Il s'agissait de moments simples et intimes, témoins de leur rapprochement naissant, qui provoquaient des bouffées de chaleur dans le bas ventre de la jeune fille. Les deux soldats discutèrent un peu tout en cajolant leurs chevaux respectifs avant de se remettre en selle, Rivaille se haussant sans difficultés sur sa monture de combat qui du haut de ses 1m60 au garrot était pourtant aussi grande que lui.
- « Les ordres ne devraient pas tarder à être donnés. D'ici là rejoignons le chemin principal. » - commenta simplement le Capitaine.
Ils s'engageaient sur un chemin étroit parsemé de hautes herbes lorsque la brune entendit une voix l'appeler avec enthousiasme. Sasha surgit de derrière un arbre, son visage solaire éclairé par un sourire radieux. Elle portait son arc fétiche en bandoulière, et Mikasa pu apprécier ses talents de chasseuse au nombre conséquents de proies suspendu à la selle de son cheval. Elle avait attrapé une tripotée de lapins et tenait deux faisans entre ses mains. Sasha était effectivement redoutable avec des flèches et peu de proies, si ce n'est aucune, ne pouvait lui échapper.
- « Mikasa, regarde-moi ça ! On va pouvoir se faire péter le bide, j'ai tellement hâte ! – s'exclama-t-elle absolument ravie et affamée. – J'avais posé des pièges en forêt cette nuit. Quand on a le coup de main c'est assez simple à réaliser, je pourrai t'apprendre et… »
Elle se stoppa à ce moment là car elle venait juste de remarquer Rivaille qui se tenait en retrait derrière la brune. Il y eut un moment où son cerveau cessa tout bonnement de fonctionner, puis elle se reprit et bafouilla pitoyablement en le saluant à la manière militaire :
- « Ah euh bonjour Capitaine clean freak... Euh non excusez moi, Capitaine Rivaille je voulais dire !
- Ne t'excuse pas gamine. Et ta main est dans le mauvais sens. »
Sasha jeta un regard horrifié sur ses mains qui enserrait toujours les deux faisans par le cou, et compris que son salut ne ressemblait à rien. Elle croisa de nouveau le regard blasé et austère de son Capitaine ce qui la paniqua encore plus qu'elle ne l'était déjà. Elle ajouta de manière précipitée :
- « Excusez-moi, je ne vous avais pas vu vous êtes si petit… Ah euh non pardon, je suis désolée ! Je veux dire… c'est votre cheval qui est si gros ! Voilà, c'est exactement ça. »
Mikasa ne cacha pas son sourire car cela l'amusait toujours bien quand quelqu'un se moquait de Rivaille. Le brun remarqua son allégresse et fit mine de lever les yeux au ciel, avant de reporter son regard terrifiant vers Sasha. Elle gardait une peur mêlée de rancune contre le Capitaine depuis qu'il l'avait puni après le vol dans sa chambre. Rivaille ne lui fit pas remarquer qu'elle avait encore une fois soulevée la question épineuse de sa taille. Il se demandait simplement comment une fille sombre, sérieuse et mature comme Mikasa pouvait être amie avec une imbécile pareille. Il songea avec un réalisme fataliste qu'à seize ans la plupart des connaissances de la jeune femme devait être des adolescents abrutis. Il soupira en réalisant que passer davantage de temps avec Mikasa signifiait également se coltiner la bande de puceaux qui lui servait d'amis. L'homme se rasséréna en songeant que cela marchait dans les deux sens. Il avait hâte d'assister à sa première rencontre avec Hanji. Rivaille pouvait déjà imaginer avec délectation ses regards de détresse lorsque la scientifique lui expliquerait pour la dixième fois d'affilée le détail de ses expériences.
Sasha s'était quant à elle un peu tranquillisée en constatant que Rivaille ne semblait pas décider à lui répondre. Elle put alors évaluer pleinement la situation, et ne mit pas longtemps à comprendre de quoi il en retournait. Quand sa camarade avait embrassé le Capitaine Rivaille hier matin, les recrues avaient bien ri. Avant de rejoindre la formation, elle, Connie et surtout Ymir et Reiner avaient rivalisés en plaisanteries graveleuses voire carrément obscènes sur Mikasa et son goût pour les hommes matures. Christa qui était une déesse de perfection les avait gentiment rappelés à l'ordre et Bertolt - le plus réservé de tous avec sa timidité colossale - n'avait pas souri bien que l'amusement soit visible dans son regard. Les autres avaient en tout cas bien plaisanté, mais leurs esclaffements cachaient toutefois leur étonnement face à cette situation inattendue. Mikasa avait beau être leur camarade, aucun ne savait comment avait pu avoir lieu ce rapprochement avec le Capitaine, alors que cela faisait trois ans qu'ils lançaient tous des paris sur un hypothétique mariage avec Eren. Sasha était réjouie, il y allait avoir des anecdotes croustillantes à raconter.
Ils avaient atteint le chemin principal lorsque des signaux verts barrèrent le ciel selon trois grandes lignes. Le faucon messager d'Erwin vint au même instant se poser sur l'avant bras de Rivaille. Les Bataillons ne disposait malheureusement que d'un seul de ces volatiles rarissimes, le reste des communications devait se faire pas fumigènes ou par coursiers sur chevaux. Il lut rapidement le message attaché à la patte de l'oiseau avant de renvoyer à Erwin son faucon. Le Major lui faisait part de ses ordres pour la journée et de ses craintes quant au succès de la mission, en lui signalant toutefois qu'il aurait préféré s'entretenir avec lui de vive voix. Derrière la formulation courtoise, Rivaille sentait que le grand blond lui disait plus ou moins : « Qu'est ce que tu as foutu alors que tu étais censé me rejoindre ? Où est-ce que tu as passé la nuit, connard ? ». Il soupira, et se tourna finalement vers les deux jeunes femmes pour leur faire part de ses directives :
- « On se replie vers le district de Karanes, on a perdu une caravane de ravitaillement et trop d'hommes pour pouvoir se rendre à Shiganshina. On ne se met pas en formation de détection à distance, les soldats sont trop dispersés dans cette configuration et cela nous a été fatal hier. On va se placer selon trois grandes ailes, ainsi si un grand nombre de Titans se décide à attaquer, nous aurons assez de soldats concentrés au même endroit pour pouvoir leur tenir tête. Mike et Nanaba se trouvent sur l'aile droite et je vais avec Erwin sur l'aile centrale. Parmi les vétérans Hanji s'occupe seule de l'aile gauche. Tu pars la rejoindre Mikasa, je compte sur toi en cas d'attaque. Sasha va avec elle. »
Envoyer Mikasa sur la gauche lui semblait être une bonne idée. Chacune des ailes de la formation comporterait ainsi deux soldats d'élites pour les guider. La brune était un peu jeune pour se voir confier des responsabilités mais elle était si redoutable qu'il s'agissait certainement du meilleur moyen pour équilibrer leurs forces. Il savait également qu'il désirait éloigner les deux filles du centre car il s'agissait de l'aile de la formation la plus à même d'être attaquée. En effet, la menace avait sûrement essayé de viser le commandement la veille. En outre, Eren se trouvait également au centre et il était hautement possible que le traître le recherche également.
Il remarqua que les deux jeunes femmes en face de lui effectuaient le salut militaire (Sasha avait rangé ses faisans), signe qu'elles acceptaient ses directives. La fille à la queue de cheval jeta un coup d'œil à son amie, surprise. Elle n'avait effectivement jamais vu Mikasa accepter sans rechigner un ordre si celui-ci consistait à l'éloigner d'Eren. Quand il s'agissait de la protection de ses proches elle n'en faisait d'ordinaire qu'à sa tête, quitte à effrayer la hiérarchie à cause de son obstination sans faille.
- « Tu vas vraiment rejoindre l'aile gauche sans discuter ? – murmura Sasha à son amie.
- Oui. Je fais confiance aux Bataillons et à mes camarades. » - répondit simplement Mikasa, et son regard accrocha celui de Rivaille.
Le Capitaine hocha la tête et ils tirèrent les brides de leurs montures afin de rejoindre leurs ailes respectives. Mikasa et Rivaille ne s'étaient pas véritablement dit au revoir, mais cela aurait été étrange de s'appesantir plus longtemps avec Sasha à leurs côtés. Alors qu'il commençait à s'éloigner, Rivaille entendit l'amie de Mikasa glisser quelque chose à l'oreille de la brune. Il parvint à saisir ses paroles grâce à son ouïe aiguisée de félin, mais il sentait également que Sasha parlait délibérément assez fort et distinctement pour qu'il puisse l'entendre.
- « Alors Mikasa c'était comment avec le Capitaine hier soir ?! Il est bien membré ou c'est proportionnel à sa taille ? »
De quoi elle se mêlait cette petite peste ?! Il avait été trop indulgent avec elle la dernière fois lorsqu'il l'avait forcé à nettoyer ses appartements vingt huit fois d'affilée. Avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit, la voix de Mikasa s'éleva. Rivaille failli tomber de son cheval lorsqu'elle lui répondit avec un sérieux absolu :
- « C'était un petit peu différent de ce à quoi je m'attendais. Vraiment tout petit, en fait. »
Elles se tournèrent toutes deux dans la direction de l'homme pour guetter sa réaction. Rivaille ne manqua pas de remarquer le regard complice qu'elles échangeaient entre elles. La petite peste oublia toute crainte lorsqu'elle éclata d'un rire peu charitable en tirant la langue de manière puérile, avec une expression qui semblait vouloir dire : « Bien fait pour toi vieux nain grincheux ! ». Il ne se mit néanmoins pas en colère lorsqu'il croisa le sourire éclatant de Mikasa. La jeune femme lui fit un clin d'œil et le salua finalement en balançant son bras par dessus sa tête. Il lui rendit son salut tout en se promettant de lui faire chaudement payer un jour. Rivaille se retourna pour talonner sa monture, en direction du centre afin de rejoindre Erwin et son escouade.
A ce moment là il ne pouvait pas se douter qu'il laissait Mikasa en arrière comme il avait laissé Farlan et Isabelle sept ans plus tôt.
Rivaille chevaucha un court moment avant de rejoindre l'aile centrale. Il n'y avait pas encore de signes de son escouade, il remarqua cependant la silhouette d'Erwin illuminée par le Soleil se découper telle une ombre aussi majestueuse qu'imposante. Erwin le chevalier blanc aux aspirations nobles et élevées, qui comportaient pourtant une part sombre, machiavélique et n'étaient pas aussi désintéressées qu'il voulait bien laisser le croire. Erwin et ses yeux aussi bleus que le ciel qu'il lui avait fait découvrir. Erwin et son beau cul. Erwin, merde. Le grand blond l'aperçut également et fit signe à son équipe de les laisser. Il remarqua que le visage de Rivaille était plus expressif et détendu que d'ordinaire, comme s'il avait réussi à trouver un peu de repos.
- « J'ai vu que tu avais reçu mon message. Je ne t'en ai pas parlé à l'écrit mais je pense les Bataillons ont été infiltrés. Tu as également dû envisager cette possibilité, tu as des soupçons sur une personne en particulier ?
- Je n'ai pas trop eu le temps d'y penser. »
Erwin dévisagea le petit brun à ces mots, mais il ne parvint pas à capter son regard. Rivaille ne détournait pourtant jamais les yeux. C'était le genre à ne jamais fléchir, à garder une fierté revêche et une vulgarité impertinente en toutes circonstances. C'était la seule personne qui osait lui dire : « Va te faire enculer, sourcils de merde ! » ou « T'en as pas marre de lécher le cul des trous de balle du Palais ? A force tu vas choper des hémorroïdes sur la langue. », pas une personne qui le fuyait du regard. Parce qu'il ne pouvait pas toujours tout contrôler, les mots franchirent la barrière des lèvres d'Erwin malgré lui, avec un ton d'un calme détaché qui ne parvenait néanmoins pas à dissimuler son état intérieur.
- « Je vois. J'imagine que tu devais être très occupé. C'était bien avec Mikasa cette nuit ? »
Merde. Ça faisait plus mal que Rivaille ne l'avait imaginé. Pourquoi tout était si compliqué ? Le quotidien était déjà assez difficile, cela allait devenait ingérable si ses sentiments se mettaient à lui jouer des tours. Ce n'était pas pour rien qu'il fuyait les relations humaines. Il pouvait sentir qu'il faisait de la peine au Major. Il ne pouvait cependant pas mentir à Erwin. Il ne pouvait mentir à personne, et surtout pas à lui.
- « Oui. J'ai passé une des meilleures nuits de ma vie.
- Tu ne veux pas me laisser respirer un peu Rivaille ? Tu es donc sans pitié ? » - lui répondit Erwin en un souffle exaspéré mais surtout douloureux.
Le grand blond passa une main sur son visage comme pour dissimuler ses émotions et se pinça l'arrête du nez en fermant ses yeux d'un air las. Rivaille ne disait pas cela sur le plan sexuel car après sept années passés ensemble Erwin le connaissait mieux que lui même. Cette nuit Rivaille avait simplement dormi, il s'était envolé loin des problèmes jusqu'aux étoiles pour trouver un repos qu'Erwin n'avait jamais pu lui offrir et qu'il ne lui offrirait jamais. C'était maintenant le grand blond qui détournait son regard, alors que le Major était d'ordinaire un homme noble et digne qui ne baissait jamais les yeux.
- « Je suis sans pitié, mais c'est vrai. - appuya simplement Rivaille, sans plaisir mais sans remords, parce qu'il savait que c'était nécessaire.
- Monstre. – laissa échapper Erwin malgré lui entre ses dents serrées.
- On peut dire que tu as bien déteins sur moi. »
Les yeux des deux hommes se retrouvèrent finalement et ils se confrontèrent un moment. Erwin savait que les réponses de Rivaille étaient toujours sèches voire agressives, pétrie de cette franchise si douloureuse. Le monde cloîtré entre les Murs qu'Erwin détestait tellement se gargarisait de mensonges et d'illusions, et Rivaille était le fléau de ces leurres sans substance et sans courage. De son côté, Rivaille pensait qu'Erwin était quand même un beau connard, ce qui revenait plus ou moins au même mais en moins joliment dit.
Le grand blond avait beau être un connard calculateur qui l'avait certainement manipulé à sa guise, Rivaille avait conscience qu'il était aussi l'une des meilleures choses qui lui soit arrivée. Il était celui qui l'avait guidé vers la lumière et qu'il avait suivi – avec certes une rancœur qui demeurait encore aujourd'hui – mais sans aucun regret. Car il n'y avait jamais de place pour le regret avec Erwin. Le blond avait beaucoup de défauts, Rivaille avait cependant conscience que les torts étaient partagés. Alors pour une fois il décida de ravaler sa fierté et déclara :
- « Ecoute, j'ai merdé. Vraiment. J'aurai dû t'en parler mais je n'y suis pas parvenu parce que… parce que j'ai flippé, voilà. Mikasa ce n'est pas juste question d'aller voir ailleurs ou une crise débile de la quarantaine alors que j'ai trente ans. Je tiens vraiment à elle.
- C'est rare de te voir t'attacher à quelqu'un. J'espère que tu ne le regretteras pas, ta petite protégée se trouve peut-être dans le ventre d'un Titan à l'heure qu'il est.
- Non. Mikasa ne peut pas mourir. » – Il continua avec plus de force face aux regard intrigué et suspicieux d'Erwin. – « S'il y a bien une personne qui restera debout jusqu'à la fin, c'est elle. Elle ne cessera pas de combattre tant qu'il y aura des gens à protéger. Elle est incroyable tu sais, parfois son esprit chevaleresque à la con me fait penser à toi. On a discuté hier et elle a accepté pour nous deux. Et j'aimerai que tu l'acceptes aussi. » – voyant que le blond ne répondait pas il précisa : « Tu as déjà pensé à ce qu'on pourrait faire si cette guerre se termine ? Elle, elle veut vivre près de la mer, c'est un beau rêve tu ne trouves pas ? Elle m'a dit qu'elle nous y emmènerait tous les deux.
- Je ne veux pas aller voir l'océan, Rivaille. La seule chose qui m'intéresse, mon seul rêve, est de voir ce qui se trouve au fond de cette cave, de découvrir la vérité sur ce monde pour confirmer les théories de mon père, de donner enfin un sens à tous les sacrifices que nos soldats ont enduré. Après le reste n'aura plus d'importance. Je ne veux pas vivre, et toi ? »
Rivaille ne répondit pas car il ne savait pas quoi répondre. Il souhaitait mourir avec Erwin, il y avait cependant quelque chose en Mikasa - dans sa jeunesse, dans son talent qui ne semblait pas avoir de limites, dans la lumière qui irradiait d'elle lorsqu'elle faisait tomber son masque sombre - qui lui donnait envie de vivre. Face au mutisme du brun, Erwin poursuivit d'un ton las :
- « Je ne peux pas t'en vouloir n'est-ce pas ? Un homme usé, obnubilé par la guerre en cours et qui t'as en outre bien utilisé quand il en avait besoin, ne doit être que peu de choses face à la fougue d'une jeune femme avec l'avenir grand ouvert devant elle. C'est d'elle dont tu as besoins, pas de moi. Je n'en ai plus pour longtemps de toute manière entre les traîtrises au sein des Bataillons et les complots qui se trament dans les entrailles de la Capitale. Tu sais bien que ce ne serait que justice si après tous les hommes que j'ai conduis à la mort, je succombais à mon tour sans pouvoir découvrir les réponses qui se trouvent dans cette cave, celles que j'ai cherché si ardemment toute ma vie. »
Qu'est ce que Rivaille la détestait, la voix monocorde d'Erwin, un timbre toujours froid, droit et ferme mais pourtant fissuré de toutes parts, qui parvenait à ses oreilles comme des éclats d'acier glacé, douloureux et tranchants. Quand Erwin commençait à glisser sur la pente dangereuse de la haine de soi, le brun cherchait toujours à le faire taire. Presser sa bouche contre la sienne, y enfoncer sa langue jusqu'à qu'il ne puisse plus parler, mordre ses lèvres meurtries pour lui faire autant de mal qu'il lui en faisait. Erwin se laisserait faire, et acculés face à leurs doutes, ils tenteraient vainement de les oublier ensemble. Il était cependant à cet instant bien trop en colère contre Erwin pour avoir envie de l'embrasser. Rivaille se saisit alors du médaillon de commandement du Major et le tira sans ménagement pour pouvoir le ramener à sa hauteur (parce que cet abruti était quand même foutrement grand) et planter ses prunelles d'un froid polaire dans les siennes. Lorsqu'il parla le ton de sa voix était bas mais on aurait pu croire qu'il criait.
- « Quelles conneries est-ce que tu es encore en train de me raconter Erwin ? Qu'est ce que c'est que ça ? Bien sûr que oui tu iras la voir cette putain de cave. Guide nos hommes vers leurs morts comme tu l'as si bien fait toutes ces années, et moi je tuerai le traître qui se cache parmi nos rangs, j'abattrai tous les Titans et tous les hommes qui se mettront sur ton chemin. Et quand tout cela sera terminé, on laissera la gamine nous emmener à la mer. J'ouvrirai enfin mon salon de thé sur la plage, je m'occuperai de tes vieux os et je regarderai Mikasa vivre sa vie. On sera tous les deux fatigués et on aura du mal à bander, mais on pourra toujours continuer de se foutre des bites au cul et j'enlèverai enfin cette expression de merde sur ton visage. Ce sera bien. On sera bien. » - Il desserra son emprise sur le médaillon, puis reprit plus calmement : « Je ne peux pas t'offrir mon cœur, tout du moins pas complètement, mais tu es la seule personne à qui j'ai dévoué ma vie. Et tu le sais très bien. Alors si tu m'as fait ton espèce de sketch de dépressif pour que je m'énerve et que je te dise tout cela à voix haute, eh bien ça veut dire que tu es une belle ordure manipulatrice.
- Je suis peut-être une ordure, mais parfois même les ordures ont besoins d'être rassurées. C'est peut-être idiot, ce genre de déclaration me redonne un instant espoir. Je t'aime Rivaille, merci. »
Ils se l'étaient déjà dit auparavant, mais cela restait tout de même assez rare et jamais démonstratif comme maintenant. Erwin lui souriait alors qu'il le remerciait, pas de l'une de ses mimiques factices mais un vrai sourire qui signifiait tout. Peut-être parce qu'il était trop ému ou bien parce qu'il était trop stupide, Rivaille répondit simplement :
- « Eh bien heureusement que moi je ne t'aime pas, sinon ça deviendrait beaucoup trop guimauve ici. Et tu sais bien que j'ai horreur de ça. »
Alors qu'il prononçait ses derniers mots, ses doigts cherchèrent presque malgré eux ceux d'Erwin, les trouvèrent, et ils restèrent entrelacés un instant. Leurs mains des deux hommes se détachèrent finalement lorsque l'escouade du Capitaine apparut au loin, et ils échangèrent un dernier regard alors que Rivaille talonnait sa monture pour rejoindre son équipe.
Les deux filles étaient de leur côté en route pour rejoindre l'aile gauche, sur le chemin encore à découvert. Sasha avait interrogée Mikasa avec malice sur la nuit qu'elle avait passée hier, et elle avait répondu en omettant certains détails, car avec une telle pipelette Mikasa savait que toutes les recrues seraient bientôt mises au courant. Elles avaient néanmoins rapidement changé de sujet, Sasha lui expliquant avec moult détails comment réaliser des bons pièges à lièvres. Puis elle enchaîna directement sur la recette du lapin à la moutarde, en ajoutant qu'elle avait hâte de cuisiner avec leurs amis toutes les proies qu'elle avait attrapée. Et comme Sasha était Sasha, elle s'était finalement lancée dans une ode passionnée et enflammée sur les bienfaits de la chasse et de la bonne nourriture. La brune écoutait attentivement, et se laissant peu à peu prendre au jeu, elle se mit à discuter avec une chaleur que Sasha savait inhabituelle chez son amie et qu'elle appréciait par conséquent d'autant plus. Lorsque Mikasa détailla les étapes de la préparation du lapin au caramel, la jeune fille à la queue de cheval voulut s'arrêter pour cuisiner parce que ça lui donnait faim et qu'il fallait qu'elle teste cette nouvelle recette sur le champ. La brune lui rappela cependant leurs priorités, preuve qu'elle restait sérieuse et pragmatique.
Alors que la forêt s'épaississait autour d'elles, leurs échanges se raréfièrent toutefois pour ne plus laisser place qu'à un silence attentif. Sasha stoppa soudainement sa monture sans que Mikasa n'en comprenne la raison, et leva le nez au vent avant de sortir sa carte avec de grands gestes fébriles.
- « Que se passe-t-il ?
- J'ai senti les relents qui proviennent de la cité industrielle. – expliqua son amie. – Je viens de vérifier sur la carte, le fleuve principal passe juste en contre bas. On pourrait simplement le longer et rentrer au Mur Maria. Personne ne le saura.
- On doit retrouver l'aile gauche. – argua Mikasa, en haussant légèrement un sourcil.
- Je savais que tu allais dire ça. » – répondit l'autre fille avec une sorte de rire nerveux, toute gaieté qui marquait d'ordinaire son visage envolée. – « Le problème c'est que la forêt s'épaissit de plus en plus…
- Nous ne devons pas être très loin des autres. Et puis avec une pisteuse aussi douée que toi je suis sûre qu'on ne peut pas se perdre.
- Ce n'est pas ça le problème ! - glapit Sasha qui ne parvenait plus à contenir son effroi. - Le problème c'est qu'on ne peut pas compter sur la formation pour le moment. Une zone remplie de Titans sans la moindre visibilité, c'est dangereux ! »
Elle regretta ses mots à l'instant où ils sortaient de sa bouche. Même si Mikasa avait eu une enfance de paysanne incapable de comprendre les dangers de la forêt, Sasha l'admirait beaucoup comme tous les soldats qui avaient eu l'occasion de la voir combattre. La brune ne semblait jamais avoir peur et elle ne voulait pas qu'elle la prenne pour une lâche. Ce n'était toutefois pas que de la lâcheté, car après avoir grandi dans les montagnes parmi une tribu de chasseur, Sasha possédait un sixième sens qui s'était toujours révélé être son meilleur conseiller. Et son instinct animal lui soufflait que cette forêt était dangereuse. Qu'il fallait absolument l'éviter.
- « Ce n'est peut-être pas si terrible que cela. » – tempéra Mikasa aussi gentiment qu'elle le pouvait.
Sasha ne répondit rien, son regard scannait avec acuité la forêt sombre et si peu engageante. Elle mit pied à terre pour continuer son examen et n'eut pas besoins de retourner le terrain longtemps pour découvrir des traces de pas gigantesques. Elle colla alors son oreille contre le sol, et lorsqu'elle releva la tête son visage était blême.
- « Il y a des Titans. Je les ai entendus. »
Il y eu un moment de flottement où Sasha tritura nerveusement ses vêtements avec une expression qui signifiait clairement : « Je veux rentrer au plus vite. » Alors qu'elle se remettait en selle, elle reprit la parole d'une petite voix :
- « J'imagine que tu veux quand même rejoindre l'aile gauche.
- Oui. Je ne veux pas laisser les autres en arrière. » - Si Mikasa savait que l'instinct de Sasha se révélait souvent de bon conseil, il lui était impensable d'abandonner leurs camarades qui nécessiteraient certainement sa protection. La brune ajouta néanmoins : « Mais nous sommes deux ici, alors on décide ensemble. Je comprends que tu veuilles couper par le chemin le plus sûr. Si vraiment tu souhaites déserter, je resterai avec toi. »
Sasha sentait que son amie comprendrait mais qu'elle ne pourrait pas s'empêcher d'être déçue. Tout comme elle avait déçue son père. « Va-t'en si tu veux ! Tu pourras revenir dans notre village lorsque tu seras devenue moins égoïste, fille stupide. » Elle avait encore une fois pillé les réserves de nourriture alors que le gibier se faisait de plus en plus rare. Elle se souviendrait toujours de la dispute qui s'en était suivi, lorsque son père lui avait annoncé qu'ils abandonnaient la chasse et leur mode de vie traditionnel pour devenir des agriculteurs afin de supporter l'afflux de réfugiés en provenance de la zone Maria et par conséquent la demande croissante en terre et en vivres. Mais elle n'en avait rien à faire de ces réfugiés qui se moquaient de leur accent, de leurs coutumes ancestrales, qui prenaient leur nourriture et les obligeaient à changer de vie ! Elle avait alors treize ans, elle avait fui son village sans personne pour la retenir, et comme elle n'avait nulle part où aller elle s'était engagée dans l'armée. C'était cela l'histoire de sa vie.
Pas une histoire comme celle d'Eren, Mikasa et Armin qui étaient chacun incroyables à leur manière, ni comme celle de Reiner, Bertolt et Annie qui étaient si forts tous les trois. C'était une histoire qui ressemblait plutôt à celle de Connie qui s'était engagé afin de faire ses preuves car tout le monde le traitait d'idiot incapable dans son village, à celle de Jean qui avait essayé par tous les moyens de quitter son « bled de bouseux » pour profiter d'une vie confortable à l'intérieur du Mur Sina, à celle de Christa qui était dans l'armée sans que l'on sache trop pourquoi, enfin une histoire comme celle de toutes les recrues qui étaient mortes lors du massacre de Trost sans que l'on sache trop comment. C'était l'histoire insignifiante d'adolescents un peu paumés, sans gloire, et pleines de petites lâchetés.
Sasha avait cependant décidé de rejoindre les Bataillons d'exploration, elle combattait les Titans aujourd'hui, on pouvait difficilement faire plus courageux. Et elle avait à cet instant l'occasion de remplir les obligations qu'elle avait si longtemps fuit, de dépasser son côté animal qui la poussait à privilégier sa propre survie au détriment de celle des autres. La jeune femme déclara alors :
- « On rejoint l'aile gauche. Après tout, c'est notre devoir de soldats de venir en aide à nos camarades. On va l'honorer sans faillir. Je t'avoue que j'ai bien envie d'aller voir Connie aussi, mais tu gardes ça pour toi, hein ? Enfin ce n'est pas comme si tu allais le raconter à tout le monde. » - en voyant le léger sourire que lui offrait Mikasa, elle ajouta finalement : « Et puis de toute façon je n'ai rien à craindre si tu es avec moi. »
C'était effectivement grâce à Mikasa qu'elle était encore en vie, lorsqu'elle l'avait sauvé d'un Titan à Trost. Les deux jeunes filles talonnèrent leurs montures tandis que Mikasa hochait la tête en lui assurant que oui, elle n'avait rien à craindre.
Rivaille avait quant à lui été chaleureusement accueilli par son escouade. S'ils s'étaient inquiété de son absence la nuit dernière, ils ne lui avaient néanmoins pas posé plus de questions que cela. Eren lui demanda simplement, avec cette politesse teintée de respect qu'il n'employait que lorsqu'il s'adressait à lui, s'il n'avait pas eu de problèmes face aux Titans et s'il avait passé une bonne nuit. Comme je me suis bien fait défoncer par ta sœur était tout de même un peu trop trivial, il préféra éluder par un vague : « J'ai passé une très bonne soirée. » Le jeune homme se contenta de sa réponse et ne pu s'empêcher de lui faire un sourire d'une naïveté touchante. Rivaille avait conscience de l'admiration idéalisée et enfantine que l'adolescent éprouvait pour lui, et pour sa part il aimait bien Eren. Il partageait son désir de liberté, et surtout il pouvait comprendre les troubles de ce garçon - qui se trouvait être l'un des monstres qu'il souhaitait exterminer - pour vivre lui-même avec une haine de soi diffuse mais omniprésente. Il savait en outre que le mois passé avait été éreintant pour le jeune homme, sa motivation n'avait cependant jamais faibli, une colère immense qui pouvait également lui rappeler l'adolescent qu'il avait été. Sa propre colère n'avait néanmoins pas été dirigée contre les Titans mais contre les hommes. Il avait maudit le monde puant qui lui avait donné naissance et l'insignifiance des êtres vils qui le peuplaient, eux aussi voué à la pourriture. Puis Erwin lui avait fait découvrir des conneries comme l'idée d'une victoire définitive contre les Titans pour enfin renverser le gouvernement car le statu quo ne tenait que grâce à la menace extérieure, et également d'autres choses plus niaises comme le bonheur du devoir accompli. Il avait commencé, derrière sa façade d'impassibilité, à s'attacher malgré lui à ses soldats alors qu'objectivement ce n'était pas une chose à faire vu qu'ils mourraient tous dans d'atroces souffrances.
- « Tenez mon Capitaine. Votre thé préféré, noir comme vous l'aimez. »
Petra lui souriait en lui tendant une bombonne qu'il saisit avec ravissement car la jeune femme savait effectivement préparer le thé à la perfection. Elle continuait de le vouvoyer sans qu'il n'en comprenne la raison, Rivaille comptait néanmoins la promouvoir en tant que Lieutenant alors il espérait qu'elle laisserait cette putain de courtoisie de côté. Elle méritait largement sa montée en grade, du haut de ses cinquante-huit Titans abattus elle avait effectivement les meilleures statistiques de son escouade. Il devinait également que cette décision serait populaire car Petra était appréciée de tous. C'était en effet difficile de ne pas être sensible à sa gentillesse attentionnée, son sourire lumineux, et son beau visage. Tout le monde aimait Petra, et en particulier Auruo qui venait d'ailleurs de s'approcher d'elle. En essayant tant bien que mal d'imiter Rivaille en plissant ses traits pour vieillir son visage d'au moins dix ans, le jeune homme lui dit d'une voix qu'il tentait vainement de rendre grave et envoûtante :
- « Je veux bien du thé aussi Petra, ce putain d'arôme il n'y a qu'ça de vrai, n'est-ce pas le gamin ? - ajouta-t-il finalement tourné vers Eren.
- Si tu essaies d'imiter le Capitaine Rivaille, c'est raté. Tu ferais mieux d'arrêter tout de suite.
- Petra, je sais bien que tu en meurs d'envie, mais tu n'es pas obligée de te comporter comme ma femme… »
Il fut coupé net par le coude de Petra qui lui écrasa les côtes, et se mordit la langue surpris par l'impact. « Meurs, espèce d'idiot. » commenta la jolie jeune femme face au triste spectacle, car Petra était douce et gentille avec tout le monde sauf avec Auruo, ce qui était certainement la preuve qu'elle était amoureuse de lui. Alors que du sang dégoulinait le long du menton du soldat, Erd – qui était le le plus réfléchi de l'escouade – s'approcha d'eux :
- « Petra tu vois bien que ce n'est pas le moment de blesser Auruo.
- Ce n'est pas de ma faute, il se mords tout le temps la langue tout seul. »
Erd acquiesça, se rappelant qu'effectivement Auruo était un imbécile qui se mordait la langue au moins trois fois par jour. Il lui asséna un coup de poing sur le crâne en guise de rappel à l'ordre et le jeune homme sonné broya sa langue une nouvelle fois. Gunther les avait également rejoints, et si du haut de ses dix-huit ans il était un peu plus jeune et réservé que le reste de ses camarades, il ne résista pas à l'occasion de taquiner un peu Auruo et Petra :
- « Vous en avez pas marre de vous chamailler tous les deux ? Quand est-ce que vous avez fixé la date du mariage ?
- Le Capitaine serait ravi d'être votre témoin. – appuya Erd avec un sourire caustique.
- Tch. Ce n'est pas parce que Petra me courre tout le temps après que j'ai envie de me marier avec elle. – argua Auruo avec un ton qu'il espérait rendre détaché, mais il ne parvint pas à masquer les trémolos de sa voix ainsi que la sueur qui perlait le long de ses tempes.
- Les « tch » du Capitaine ne ressemble pas du tout à ça. – gronda la jeune femme, menaçante.
- Et c'est reparti ! – les coupa Erd. – Ne fais pas attention à eux Eren, ils viennent de la même brigade d'entraînement et ils ont intégré les Bataillons ensemble. Je me souviendrai toujours de leur première expédition, ils se sont retrouvés acculés face à un Titan et c'est le Capitaine Rivaille qui les a sauvés. Ces deux boulets ont eu tellement peur qu'ils se sont pissés dessus serrés l'un contre l'autre. »
Le grand blond ne put toutefois achever son récit face à l'indignation des deux soldats:
- « On n'avait dit qu'on parlait plus jamais de ça ! C'est trop honteux, arrête !
- Et puis d'ailleurs on n'était même pas serrés l'un contre l'autre ! C'était nos équipements qui s'étaient emmêlés. – tenta finalement Petra dans le déni.
- Et quand vous vous êtes avoués vos sentiments alors que vous pensiez votre dernière heure arrivée, c'était aussi la faute de vos équipements, hein ? Vous en pensez quoi Capitaine ? »
Rivaille hocha simplement la tête sans parvenir à dissimuler la lueur amusée de son regard, signifiant à Auruo et Petra qu'ils ne trompaient personne. Déconfite la jeune femme préféra ne rien ajouter, et Auruo décida quant à lui de se venger sur Eren qui ne cherchait pas à retenir ses esclaffements. Après avoir côtoyé Mikasa toutes ces années, apprendre que des soldats aussi talentueux aient pu se chier dessus quand ils avaient son âge avait quelque chose de rassurant, presque réjouissant. Le jeune Titan commença alors à se faire gentiment bizuter par le reste de l'escouade qui avait fini par réellement l'apprécier après le mois passé ensemble.
- « Eren est bien plus mignon que toi – lança Gunther à Auruo qui maugréait toujours contre l'adolescent. – Tu dois être un peu jaloux pour t'énerver comme ça.
- Il m'a raconté une histoire avec une fille, d'ailleurs. – leur confia Petra avec un sourire complice.
- Eh Petra ça ne se fait pas, tu m'avais promis de garder ça pour toi ! » – balbutia Eren qui était à son tour déconfit face aux rires goguenards de ses amis plus âgés. – « On s'est peut-être embrassé une fois, mais ensuite elle m'a mis à terre avec une de ses techniques. Elle m'a juste traité d'idiot et m'a dit d'oublier ça sans plus d'explications. »
Alors qu'Annie enseignait à Eren ses techniques de combat, les deux jeunes gens avaient développés une sorte d'attraction mutuelle. Eren avait appris à découvrir Annie derrière ses airs inapprochables de loup solitaire, il avait été impressionné par la force de sa camarade et lui était reconnaissant de l'avoir aidé à progresser en tant que soldat. La guerrière avait pour sa part été fascinée malgré elle par la fougue idéaliste du jeune homme et par sa volonté inébranlable, alors qu'elle savait qu'il serait si difficile de remplir sa mission sans sourciller. Une mission qu'un idiot manichéen comme lui ne pourrait jamais comprendre.
- « Les filles sont vraiment trop compliquées. » – grogna-t-il en triturant son écharpe (geste que Rivaille ne manqua pas de remarquer) alors que l'escouade riait de bon cœur. - « De toute façon ça ne m'intéresse pas plus que ça. » - conclut Eren qui était avant tout obnubilé par sa vengeance et son désir effréné d'extermination.
- « Alors comme ça les filles ne t'intéressent pas…
- On se doutait bien que tu en pinçais un peu pour le Capitaine. »
Eren rougit instantanément et mal à l'aise se mit à bafouiller de manière peu convaincante.
- « Ce n'est pas grave, tu sais. On est tous passés par là, c'est vrai que le Capitaine possède un charme inexplicable. » – le réconforta Petra en posant une main apaisante sur son épaule.
Alors qu'Auruo essayait avec des gestes désespérés de lisser tant bien que mal son foulard blanc, le jeune garçon se mit à rougir davantage. Il croisa finalement le regard de Rivaille et lorsque le brun s'approcha, il eut du mal à formuler une pensée cohérente de plus, souhaitant simplement s'enfuir le plus loin possible pour disparaître.
- « Tiens gamin. – lui dit-il en lui tendant un mouchoir blanc. – Pour ton nez. Tu saignes. Et brûle le quand tu auras fini. »
Alors qu'Auruo se faisait réconcilier par Erd qui lui assurait que oui, il avait lui aussi du charme, mais qu'un jour ce serait bien qu'il arrête d'imiter le Capitaine, sous l'œil attentif de Petra qui songeait qu'elle devrait enfin inviter cet imbécile à sortir lors de leur prochaine permission, et que Gunther aidait Eren à éponger le flot d'hémoglobine qui s'écoulait de ses narines ; Rivaille songeait que les membres de son escouade étaient vraiment trop cons mais qu'il les aimait beaucoup.
C'est à peu près à ce moment là que les silhouettes, grotesques mais toujours aussi terrifiantes, des premiers Titans se découpèrent dans l'horizon.
Cela faisait un moment que Mikasa et Sasha s'était engagées dans l'épaisse forêt. Le réseau labyrinthique de branchages noueux assemblés d'une manière improbable n'entravait heureusement pas trop la progression des deux jeunes filles, mais réduisait sans conteste la visibilité. Le couvert de feuillages sombres ne laissait effectivement percer çà et là que de rares trouées d'une lumière blafarde, éclairant faiblement le chemin. Tous leurs sens à à l'affût, les deux jeunes femmes cheminaient dans un silence alerte et vigilant, ne s'arrêtant que lorsqu'elle devait cisailler une ou deux branches à l'aide de leurs épées pour pouvoir dégager la route. Elles laissaient ainsi une piste distinctive derrière elles, aucun Titan ne disposait cependant des capacités intellectuelles suffisantes pour faire le lien entre les traces de sabots et la présence d'humains.
Alors qu'elle pouvait sentir la tension de Sasha devant elle, Mikasa avec son sang froid extraordinaire essayait de chercher des points positifs à leur situation. Déjà le traître ne devait sûrement pas être en train de vagabonder par ici, elles n'avaient que peu de chances de le croiser. La faible lumière et l'enchevêtrement d'arbres limitaient certes considérablement leur visibilité, toutefois en absence de Soleil les Titans se régénéraient plus lentement et si elles devaient mener un combat les troncs leur permettraient de manœuvrer plus facilement que sur un terrain plat.
C'était sur ces pensées, qui sans être réjouissantes n'étaient pas non plus totalement pessimiste, qu'un Titan surgit brusquement de derrière un arbre. Il était là juste à côté d'elles, un visage goguenard les dominant du haut de ses six mètres. Il saisit Sasha par les épaules et l'amena jusqu'au niveau de sa bouche béante. Mikasa se leva par réflexe sur ses étriers et découpa les phalanges de la seconde main titanesque. Alors que les doigts cisaillés du monstre tombaient au sol, Mikasa s'apprêta à passer en tridimensionnel pour découper la main qui emprisonnait son amie quelques mètres juste au dessus d'elle. Sasha, les larmes aux yeux, avait quant à elle poussé un cri horrible, mélange de douleur et de panique, tout en enfonçant une lame dans le poignet du géant. Elle lui cisaillait les tendons, et Mikasa remarqua qu'elle avait également réussi à planter un de ses grappins dans le tronc d'un arbre à proximité. Elle songea alors un bref instant qu'elle n'aurait peut-être même pas besoins d'intervenir. Puis tout se passa très vite. Un deuxième Titan surgit, attrapa les jambes de Sasha qui pendaient dans le vide, et il tira. Ce fut trop rapide, trop rapide pour que Mikasa puisse agir ou penser, trop rapide pour que Sasha ne puisse ressentir autre chose qu'une terreur sans nom alors qu'elle devinait ce qui allait lui arriver. La terreur cessa cependant très vite tandis qu'elle se faisait écarteler plusieurs mètres au dessus du sol.
Alors que le sang, les entrailles et tout l'intérieur de Sasha se déversaient sur le visage, dans les yeux, et dans la bouche de Mikasa, elle se souvint de la chose si essentielle qu'elle avait pourtant oublié dans les bras de Rivaille la veille. Elle se souvint à quel point ce monde pouvait être cruel.
Les Titans étaient là. Si nombreux que Rivaille ne parvint pas à les dénombrer, en quantités presque industrielles, plus d'une cinquantaine, à peu près un Titan par humain. Quoi qu'il en soit c'était beaucoup trop. Ils ressemblaient à une meute informe et dépourvu de conscience, cependant leur façon trop uniforme de courir vers eux signifiait qu'ils avaient été ameutés par l'intelligence d'un homme. Il s'agissait d'une armée qui serait bientôt sur eux.
- « C'est quoi ça ?
- Comment ils peuvent être aussi nombreux ? … »
Les murmures de son escouade étaient paniqués, mais pire que tout désabusés. Rivaille croisa le regard d'Erwin au loin, qui hocha la tête, puis il se tourna vers Eren. Cette situation était inédite et par conséquent imprévisible, il ne pouvait pas se permettre de perdre le plus grand espoir de l'Humanité.
- « La priorité est de protéger Eren. – déclara-t-il à son équipe de sa voix calme, ce qui tranquillisa ses hommes instantanément. – Petra, Auruo vous évacuez le gamin jusqu'au Mur Rose, et le reste d'entre nous va combattre les titans pour vous donner un peu d'avance.
- Capitaine vous ne pouvez pas me faire ça ! Si je me transforme on pourrait peut-être gagner… J'ai certes du mal à me contrôler mais je ne veux pas restez en arrière alors que les autres combattent ! S'il vous plaît laissez-moi être utile… »
Rivaille soupira. Eren était un adolescent stupide aux pulsions meurtrières et vengeresses, le convaincre de s'éloigner du champ de bataille n'allait pas être une mince affaire. Le brun aurait pu lui rappeler qu'effectivement il ne contrôlait pas sa force, lui dire qu'il avait fait une promesse à Mikasa et qu'il n'avait pas spécialement envie de voir son expression lorsqu'il lui ramènerait sa princesse en plusieurs pièces détachées. Ni de se faire arracher les couilles au passage, parce que cette furie pouvait faire sacrément mal. Il n'avait néanmoins aucun intérêt à convaincre Eren ou qui que ce soit qu'il avait raison. Il n'avait de toute façon pas raison car tout choix est questionnable, et il y avait aussi du vrai dans ce que disait l'adolescent. Il lui répondit alors :
- « Entre croire entre ma propre force ou en mes camarades dignes de confiance je n'ai jamais su choisir. Je suis désolé que cela te retombe dessus Eren, mais sache qu'il n'y a jamais de bonnes décisions car on ne peut jamais prévoir comment cela va finir. Alors choisis sans avoir de regrets. Et surtout, choisis vite. »
Eren qui avait porté la chair tendre de sa main vers ses canines aiguisées suspendit son geste. Le doute s'était insinué en lui, son cerveau lui semblait beaucoup trop lent pour pouvoir trouver une réponse claire et satisfaisante, il se mit alors à paniquer. Le hurlement de Rivaille, qui avait perdu son calme d'apparence, lui fit l'effet d'une décharge électrique et le sortit de sa torpeur :
- « Putain de merde Eren, qu'est ce que tu ne comprends pas dans « vite » ?! Arrête de faire le con et décide-toi maintenant.
- « Il n'y a pas à raisonner, mais à obéir ! Nous tuerons ou mourrons s'il le faut pour ouvrir un chemin vers l'avenir. » - s'écria à son tour Auruo avec une véhémence qu'il n'avait encore jamais vu chez lui.
- « Nous sommes un groupe, Eren. Fais-nous confiance. » – ajouta Petra plus doucement, de sa voix naturellement réconfortante.
Le regard du jeune homme se déporta vers les traces de morsures qui couvraient la main de la rousse. « Je pars avec Petra et Auruo. » - déclara-t-il sans réfléchir plus longtemps. Les trois soldats lancèrent leurs montures aux galops alors que les Titans avaient fini de dévaler la colline et se trouvaient désormais dans la plaine faiblement boisée.
Rivaille prit rapidement ses ordres auprès d'Erwin. Les soldats se divisait en deux unités, l'une commandée par le Major l'autre par le Capitaine, afin d'encercler le groupe de Titans. Ils se replieraient vers le district de Karanes lorsqu'ils auraient gagné assez de temps pour qu'Eren puisse évacuer dans une sécurité relative. Alors que Rivaille venait de rassembler les hommes sous son commandement, les géants les atteignaient déjà. L'armée de Titans se déployait également en deux groupes, suscitant un effroi sourd dans le cœur des humains. La présence du plus puissant soldat de l'humanité permettait toutefois de revigorer le reste des soldats. Rivaille à leurs côtés, ils entretenaient l'espoir de pouvoir vaincre l'ennemi monstrueux face à eux sans avoir à souffrir de trop de pertes. Ils étaient tous beaucoup trop jeunes, pas assez expérimentés, et inconscients (car il fallait tout de même une bonne dose d'inconscience pour intégrer les Bataillons) pour pouvoir saisir l'ampleur de la menace qui se dressait face à eux.
Rivaille sauta de cheval, et grâce à l'un de ses mouvements circulaires habituels, cisailla la nuque de trois Titans de tailles relativement faibles. Alors que les morceaux de chair roses volaient au loin, il trancha l'arrière des genoux d'un imposant quinze mètres. Privé de tendons, le monstre s'écrasa lamentablement au sol et le brun laissa ses soldats l'achever. Le Capitaine s'accrocha alors à l'un des rares arbres de la plaine pour jauger d'un bref regard la situation. Il remarqua à cet instant Mylius coincé dans la mâchoire d'un Titan qui luttait désespérément avec ses épées pour que les dents tranchantes ne se referment pas sur lui. Il vint le rejoindre au plus vite et dégagea son soldat du piège mortel en le tirant sans ménagement par le col. Alors que lui même se tournait pour sortir à son tour de l'horrible bouche grande ouverte, il aperçut du coin de l'œil Gunther au prise avec un Titan particulièrement vindicatif. Le géant l'avait fermement attrapé, et avant que Rivaille ne puisse réagir, la tête de son soldat d'élite se fit écraser par la mâchoire monstrueuse, puis le reste du corps se fit engloutir, gobé d'un coup sans autre forme de procès.
Rivaille, imperturbable et impitoyable, ne s'attarda pas plus longtemps. Il sortit de la gueule du Titan et découpa sa nuque, le visage toujours impassible. Le Capitaine tournoya à travers la plaine se raccrochant au corps difformes et hétéroclites, abattant le plus de Titan possible, aidant comme il le pouvait les soldats qui se trouvaient en difficulté. Cependant peu importe ses efforts, et bien que cela ne fasse que quelques minutes qu'ils combattaient, le champ de bataille se changeait déjà en massacre.
- « Capitaine nous n'allons pas y arriver ! »
C'était Erd qui criait dans un élan de désespoir, libérant de sa manette une lame brisée. Il s'était tourné vers l'arrière, sa tête balançait de la droite vers la gauche et de la gauche vers la droite alors qu'il cherchait son Capitaine du regard. Rivaille tentait habituellement d'ignorer la détresse de ses congénères, tant que leurs membres n'étaient pas paralysés et que la terreur ne les empêchait pas d'avancer. Mais c'était Erd qui criait, et ce hurlement de l'un des soldats les plus expérimentés de son unité n'était pas anodin. Le brun perdit un peu de son calme tandis qu'il jurait. Il évita l'assaut d'un déviant qui avait bondit dans sa direction engloutissant un autre soldat au passage. Il l'abattit de justesse et se repositionna de nouveau sur un arbre pour jeter un rapide coup d'œil aux alentours. Plus de Erd.
Le brun avait conscience qu'ils n'avaient pas encore gagné assez de temps. Erwin ne les laisserait pas se replier avant qu'ils aient donné suffisamment de lest à Eren, car le Major était certes un homme plein de remords mais il n'hésitait jamais à aller jusqu'au bout lorsqu'il s'agissait de poursuivre des objectifs à long terme. Des buts plus élevés que des vies humaines. Rivaille avait toutefois conscience que les soldats feraient mieux de fuir tout de suite. Les Titans face à eux n'étaient pas une armée. On peut mener une guerre contre une armée, et le concept même de guerre sous entend qu'une victoire est possible pour chacune des parties. Or pour un monstre abattu c'était au moins trois soldats qui se faisaient déchiqueter dans un mélange de cris et de sang. Non, ce qui se déroulait sous les yeux de Rivaille n'était pas une guerre. C'était une extermination.
Mikasa ne put retenir le mélange de cri horrifié et de couinement qui se formait au fond de sa gorge tandis que tout s'infiltrait dans sa bouche et qu'une pluie horriblement chaude ruisselait le long de son échine. L'intérieur de Sasha coulait sur elle, obstruant sa vision, et elle lacéra au hasard l'air de son épée alors que sa jument partait au grand galop. La monture de combat, bien que dressée pour conserver son calme en situation de crise, s'était cabrée à cause du sang qui l'avait aspergée, et sous le coup du stress elle effectua un demi tour en atteignant une pointe de vitesse de 80km/h. Mikasa, secouée en tous sens, s'accrocha tant bien que mal à la crinière de son cheval pour ne pas être désarçonnée. Elle vomit ce qui lui restait dans la bouche tandis que son visage se faisait griffer par les branchages. Pantelante, la brune mit un moment avant de rassembler plus ou moins ses pensées. Elle essuya ses yeux avec son avant bras puis se retourna pour constater qu'aucun des deux Titans ne la prenait en chasse. Il ne la poursuivait pas car ils étaient en train de manger Sasha, l'un dégustant avec délice la partie antérieure de son corps tandis que l'autre se régalait avec ses jambes. Cette constatation horrifia Mikasa et elle perdit de nouveau son calme alors que son corps tremblotait.
Le Soleil aveuglant la surprit, et sa monture tout aussi étonnée se cabra brutalement alors qu'elle sortait du couvert de la forêt, revenue à leur point de départ. Mikasa avait encore assez de force pour rester sur sa selle, sa tête la faisait néanmoins atrocement souffrir, elle la prit alors entre ses mains en sentant avec horreur sous ses doigts tremblant le sang poisseux qui maculait ses cheveux. La jeune fille recouvra avec difficultés sa respiration et souffla un grand coup pour contenir ses émotions. Il fallait qu'elle ferme son cœur et qu'elle balaie Sasha de ses pensées - tout du moins pour le moment - ou elle devinait pertinemment qu'elle serait incapable d'avancer. Elle devait réfléchir le plus rapidement et le plus pragmatiquement possible, prendre ses responsabilités sans trembler. Il lui était néanmoins impossible de conserver toute sa lucidité malgré ses efforts. La brune savait qu'elle ne pouvait pas rester isolée et à découvert en territoire ennemi. Elle savait également qu'elle qu'elle ne pourrait plus jamais traverser cette forêt. L'aile centrale ne se trouvait pas très loin de sa position actuelle. Elle voulait voir Eren et Rivaille. Elle voulait les voir désespérément. Se raccrochant à cette pensée, Mikasa tira la bride de sa jument et d'un coup de talon lui enjoignit de partir au galop aussi vite qu'elle le pouvait afin de se diriger vers le centre de la formation.
Une extermination, ce n'était pas la première fois que Rivaille en vivait une. Des escouades il en avait eu, et les membres se succédaient immanquablement au fil des pertes subies. La mort avait fait partie de son quotidien dès son plus jeune âge, mais il n'avait jamais pu s'y habituer. Et aujourd'hui il ne s'y habituait toujours pas. Le brun avait ainsi été témoin de nombreuses scènes malheureuses, il sentait cependant que ce moment était particulier. Une atmosphère de fin du monde semblable à celle qu'il avait vécu cinq ans plus tôt lorsque les Titans avaient déferlés sur les Murs. Sur trois-cents soldats, il n'était que six à en être revenus, six êtres brisés, les seuls soldats des Bataillons à avoir plus de vingt-cinq ans aujourd'hui, et Shadis avait cédé sa place de Major à Erwin suite à ce massacre sans précédent. Rivaille s'était quant à lui juré qu'il ne laisserait plus jamais une telle catastrophe se reproduire. Une promesse vaine qui ne lui faisait que du mal, mais une promesse tout de même.
Ils avaient gagné assez de temps, Erwin tira un fumigène orange signal du repli. Il enjoignit à tous ses soldats encore debout de rejoindre les troupes du Major au plus vite. Même s'il savait que cette pensée était égoïste, il était heureux d'avoir envoyé Mikasa au loin. Ses compétences auraient été certes grandement utile sur le champ de bataille, mais cela le soulageait de savoir qu'elle se trouvait en ce moment dans une position meilleure que la sienne.
Les Titans n'allaient cependant pas les laisser fuir sans opposer de résistance. Il remarqua ainsi un soldat se faire dévorer tandis qu'il regagnait sa monture, et balaya du regard le reste du champ de bataille. La plupart de ses subordonnés parvenaient à rejoindre les troupes d'Erwin, cernées par les géants décidés à ne pas laisser s'enfuir leurs repas si facilement. Il remarqua toutefois près de lui Peter et Emma s'acharner sur la nuque d'un Titan. Le monstre se trémoussait de toutes ses forces mais ses bras difformes étaient heureusement trop petits pour les atteindre.
- « Qu'est ce que vous foutez merde ? Vous faites chier, on est en train de se replier là ! – leur asséna brutalement Rivaille alors qu'il les rejoignait.
- Capitaine ! La plaie s'est refermée sur nous alors qu'on essayait de viser son point vital ! On est coincé ! » – cria l'un des soldats hagards, l'œil luisant de panique.
Le tissu adipeux avait cicatrisé anormalement vite autour des soldats, et il était également bien trop épais, formant une carapace presque impénétrable. Un putain d'anormal qui aurait mis cette folle de Hanji en joie. Grâce à sa force extraordinaire, Rivaille parvint tant bien que mal à dégager les deux compères d'infortune. Un Titan de douze mètres attiré par les cris désespérés s'étaient cependant approché d'eux à grands pas. Rivaille n'eut que le temps de prendre un de ses subordonnés sous chaque bras et de lancer son grappin avant que le deuxième monstre ne soit sur eux. Les deux jeunes gens hurlèrent simultanément à s'en déchirer la gorge alors que la mâchoire hideuse à l'haleine putride claquait près d'eux, les dents tranchantes se refermant sur la nuque de l'anormal dans un bruit de chair écrasée. Rivaille jeta à la hâte ses soldats sur deux braves chevaux de combat puis dégaina une de ses dernières lames pour achever le géant de douze mètres. Il regagna son propre cheval afin de rejoindre les troupes du Major qui semblaient toujours en difficultés. Il voulait retrouver Erwin au plus vite. Tous ses soldats importaient mais il savait malheureusement qu'il ne pouvait pas surveiller les arrières tout le monde. Et il savait également qu'elle était la seule personne qu'il voulait absolument sauver quel qu'en soit le prix, le seul homme. Il devait vraiment rejoindre Erwin.
C'est alors qu'un éclair déchira le ciel de sa lumière éblouissante.
Mikasa vit le ciel s'illuminer au dessus d'elle et enjoignit sa monture à accélérer encore la cadence. Un éclair sans équivoque qui ne pouvait signifier qu'une seule chose. Un humain venait de se transformer en Titan. Il pouvait s'agir d'Eren, du traître ou des peut-être même des deux en même temps. Quoi qu'il en soit, on devait avoir besoins d'elle. Son cheval sortit à ce moment du chemin et elle put contempler la plaine faiblement boisée qui s'étendait sous elle. Le champ de bataille devenu massacre où les corps des hommes, des Titans et des chevaux jonchaient le sol tel des débris. L'assaut n'avait cependant pas pris fin, la jeune femme était même assez proche pour entendre que la voix charismatique d'Erwin, le meneur de l'humanité contre l'attaque des Titans, parvenait à maintenir la cohésion des soldats grâce un discours exaltant.
« Ce n'est pas l'enfer ici, l'enfer est devant nous ! En avant ! » - criait-il pour conclure en prenant la tête des troupes, son épée tendue devant l'Enfer en question. Une silhouette massive, quinze mètres de hauteur, et plus de deux tonnes de muscles aussi dense et résistant que la pierre qui composait les Murs. Une silhouette que Mikasa avait déjà rencontré durant l'un des pires jours de sa vie, il y a cinq ans. Une silhouette qui avait plongé le monde dans le chaos. Le Titan cuirassé.
Son ombre gigantesque dominait la plaine couvrant les hommes d'un voile noir semblable à un linceul. Des soldats avaient bien essayé de l'assaillir mais face à la robustesse de sa cuirasse toutes leurs épées s'étaient brisées nettes sous le choc. Mikasa lança sa monture sans hésiter plus longtemps et évita un Titan tout en dévalant la pente qui la menait au champ de bataille. Elle ne savait pas où étaient Eren et Rivaille mais il y avait plus important pour le moment. L'humain dans ce Titan avait causé la veille la mort de ses camarades des Bataillons qu'elle s'était fièrement jurée de protéger, et il était celui qui avait réduit Shiganshina – le foyer qu'elle pensait avoir retrouvé – en cendres. En outre, la voix du Major la galvanisait encore plus qu'elle ne l'était déjà. Elle était maintenant toute proche lorsque le Titan cuirassé fit une chose qu'elle ne pensait pas qu'il soit capable de faire.
Il avait patiemment attendu que les Titans déciment la majorité des lignes humaines, et maintenant que le nombre de soldats était suffisamment réduit, il pouvait entrer en scène. Le Cuirassé se saisit alors d'un Titan et le projeta vers les humains. Un mouvement de panique s'amorça parmi les troupes lorsque le géant s'écrasa contre terre, réduisant les corps des soldats en une flaque de chair et de sang informe. Alors que le Major s'apprêtait à donner ses ordres pour contrer l'assaut aérien, un Titan qui avait profité de la cohue se saisit de lui. Il y eut un instant de flottement où les soldats restant regardèrent leur Commandant se faire entraîner, leurs yeux écarquillés face à une horreur sans nom, épouvanté face à ce qui semblait impossible tandis qu'un bras du Major se faisait arracher, suivi d'une jambe alors qu'un deuxième Titan venait rejoindre son comparse pour le festin. Puis, bien au dessus des râles et des gargouillis des monstres, la voix puissante d'Erwin s'éleva une dernière fois tandis qu'il se faisait déchiqueter. Une unique sommation qui leur ordonnait d'avancer. Se battre jusqu'au bout pour l'Humanité. Passé l'instant d'horreur, une vague de courage traversa les troupes et Mikasa se ressaisit. Elle allait se battre. Elle se leva sur sa jument, et accroupie sur la selle de sa monture elle se prépara à passer en manœuvre tridimensionnelle. Mauvais timing.
Le Cuirassé s'était saisi d'un second Titan qui trouva le même chemin que le premier. Lorsque le monstre retomba tout près de la jeune femme, l'onde de choc qui s'ensuivit fut terrible, le sol se soulevant et se retournant sous le poids du géant telle une vague de terre meurtrière. Mikasa en équilibre instable sur son cheval essaya tant bien que mal de remettre ses pieds dans les étriers pour maîtriser sa monture. Sa jument glissa cependant sur les restes sanglants d'un cadavre et perdit l'équilibre alors que la terre se soulevait sous ses sabots. Pendant une seconde interminable, la jeune fille sentit son corps basculer vers l'arrière sans qu'elle ne puisse réagir et elle passa sous sa monture qui tombait également à terre. C'était un peu comme cette fois où elle avait dansé avec Rivaille, il n'y avait cependant à cet instant aucune poigne salvatrice pour assurer sa chute. Elle n'eut que le temps de voir la pierre avant que son crâne ne rencontre le sol. Puis tout devint noir.
Rivaille était encore loin du Titan cuirassé qui venait d'apparaître sans aucun préambule, mais rien ne l'empêcherait de tenir la promesse qu'il avait faite à Erwin en tuant le connard qui se cachait bien au chaud dans la nuque du monstre. Il talonnait sa monture tandis que le vent lui ramenait au loin les échos de la voix charismatique du Major qui menait ses troupes au combat comme il savait si bien le faire. Il allait le rejoindre enfin et prendre le commandement à ses côtés car à cet instant il voulait juste…
- « ERWIN ! »
Un hurlement qui déchira l'air alors que le Cuirassé lançait le premier Titan sur le champ de bataille, écrasant les hommes comme des insectes insignifiants sous son corps gigantesque. Un hurlement qui faisait écho à celui d'Erwin qui guidait pour la dernière fois ses camarades vers leurs morts. Un hurlement horrible à s'en déchirer la gorge alors qu'impuissant, le cours indubitable des évènements se déroulait devant Rivaille sans qu'il ne puisse intervenir, sans qu'il ne parvienne à accepter la vérité effroyable. Une rage pure, incandescente et teinté de désespoir, traversa le corps de Rivaille de part en part, des sentiments qui ne firent que s'accentuer lorsqu'après avoir lancé un second Titan, la silhouette du Cuirassé disparut. Le géant avait rempli un de ses objectifs, Eren était malheureusement déjà loin, il choisit alors de se replier comme il s'était éclipsé cinq ans plus tôt après la destruction du premier Mur. Rivaille voulut crier à nouveau, mais c'est alors qu'il la vit.
Mikasa se trouvait là juste à côté de lui. Mikasa qui aurait dû rejoindre l'aile gauche, occupé à se moquer gentiment de lui avec son amie si agaçante. Mikasa, un soldat si professionnel qui aurait dû se retrouver en plein combat à trancher les nuques des Titans, inspirant la crainte chez les monstres sans conscience. Mikasa qui lui avait promis de ne pas mourir, qui aurait dû continuer de briller tout simplement. Mais Mikasa se trouvait là juste à côté de lui. La moitié inférieure de son corps était écrasée sous sa jument tandis que celle supérieure était couverte de tellement de sang et d'autres choses immondes que ce n'en était même plus humain. Ses yeux vides étaient fixés grands ouverts vers le ciel sans pouvoir le voir, tandis qu'une flaque rouge sombre s'élargissait à l'arrière de son crâne.
Mikasa se trouvait là juste à côté de lui. Mikasa qui ne pouvait pas mourir. Mikasa morte.
Cette fois-ci Rivaille ne parvint pas à crier. Il n'y avait plus de respiration, plus de bruits, plus rien, juste un gémissement sourd qui sortait de sa bouche, qui n'était pas un sanglot ou une plainte mais juste le bruit de quelque chose qui meurt. Erwin mort. Mikasa morte. Et lui qui regarde, impuissant comme à chaque fois, impuissant comme toujours. Toutes les émotions que Rivaille avait tant bien que mal essayé d'enfermer se disputaient la première place si vite et si fort que c'était comme s'il était anesthésié, sourd et aveugle au monde autour de lui. Il n'y a plus qu'une pile immense de cadavres accumulés au fil des années, et Erwin et Mikasa morts trônant sur le dessus. Et c'est insoutenable. Alors toutes les émotions prennent le dessus, ou plutôt rien ne prend le dessus.
Il explosa.
Voilà, c'est la fin de cette fanfic, merci beaucoup pour vos soutiens !
Non je plaisante la deuxième partie de ce chapitre arrive bientôt. Je ne voulais pas le couper là, mais il devenait beaucoup beaucoup trop long. Le début était mignon puis c'est sévèrement parti en couilles, j'espère que ça vous aura tout de même plu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.
