Il est tard, et j'en ai un peu beaucoup trop ras-les-gants. J'ai encore une quinzaine de dossiers à finir. Hawkeye n'en finit pas de passer et de repasser devant moi, transportant des rapports d'un bout à l'autre de la pièce. Je sais pas comment elle fait pour avoir une telle énergie. Elle doit bouffer des piles, c'est pas possible.
" Colonel, mettez-vous au travail." dit-elle.
" Grrrmmblm."
" Pas de grrrmmblm qui tienne. Dépêchez-vous ou je me fâche." reprit Riza en déposant une pile dans un coin.
Je poussais un énorme soupir, puis me décidais à m'y mettre. Six dossiers plus tard, le téléphone me permit de faire une pause. Enfin si on veut. J'entendis la voix claironnante de mon meilleur ami à l'autre bout du fil. Evidemment, il me bourra le crâne avec le dernier exploit de sa fille-si-belle-et-si-intelligente-et-si-adorable, et moi je me demande ce qui est le pire : la paperasse ou écouter un vieux gaga. Maes baragouina pendant un quart d'heure, puis lâcha en plein milieu de la conversation.
" Au fait, les frangins sont sortis de l'hosto. Sinon, tu sais que Elysia veut faire de la gym ?"
" Attends, t'as dit quoi là ?" dis-je.
" Qu'Elysia veut faire de la gyme. Je suis sûr qu'elle sera ..."
" Non, avant ça ! A propos des Elric."
" Oh oui ! Ils sont sortis de l'hôpital hier. Ils s'en vont à Dublith."
Je marquais une pause le temps d'assimiler ce qu'il vient de m'apprendre. Ils ont été assez gravement blessés pour aller à l'hôpital ...
" POURQUOI TU NE M'A PAS DIT QUE LES FRERES ELRIC ETAIENT A L'HOSTO ?!" explosais-je.
" Ah je l'ai pas dit ?" répondit Maes d'un ton innocent.
" Comment t'as pu me cacher un truc aussi important ?! Qu'est-ce qui s'est passé, je croyais qu'ils étaient sous protection rapprochée ?" continuais-je sans décolérer.
" C'était le cas, mais tu les connais ils n'en font qu'à leur tête."
" Putain Maes, je te les avais confiés ! "
" Je sais bien oui. Je suis désolé. Bon écoute, je dois encore bosser sur mon enquête liée à ce qui est arrivé aux frangins. A plus !" conclut-il.
" T'as pas intérêt à raccrocher t'entends ? Maes !"
La tonalité remplaça la voix de mon soldat de l'ombre. J'étais furieux. Je raccrochais avec violence, et demanda à Riza de me réserver un billet de train. Ensuite, je me passais les mains sur le visage. Une enquête il avait dit. Hughes m'en avait parlé il y a quelques jours. Un gros truc selon lui, des expériences menées dans un labo en rapport avec l'armée je crois. Quoi que ce soit, je devais aller voir, et lui sonner les cloches par la même occasion. Quand je pense qu'il m'a caché que mes protégés avaient été à l'hôpital, mais je vais le tuer !
Mon lieutenant revint vingt minutes plus tard, et me donna un billet de train.
" Merci, enfin quelqu'un sur qui je peux compter !" dis-je en prenant le billet en me sauvant.
Je me mit à courir, et j'entendis la voix de Riza peu après :
" Attendez je vais vous conduire à la gare !" s'exclama-t-elle.
Je ralentis l'allure pour lui permettre de me rejoindre. Puis on fonça vers une voiture. Riza roulait assez vite vers la gare. Elle me retint avant que je ne bondisse hors du véhicule :
" Colonel, gardez votre sang-froid. Les deux frères vont bien à présent, et je suis sûre que le lieutenant-colonel avait une bonne raison de ne rien vous dire. Il agit toujours au mieux pour vos intérêts." dit-elle.
Je la regardais un instant, puis sourit doucement :
" Vous avez raison. Je vais me calmer. Merci Riza."
Elle me rendit mon sourire, puis relâcha mon bras. Je sortis normalement de la voiture, et me dirigeais vers ma voie. Mon train était déjà là, et je m'engouffrais dedans. Il était presque vide. Je m'assis près d'une fenêtre, et le départ se fit quelques minutes après. J'étais curieux de savoir ce que Maes avait découvert, et aussi ce qui avait bien pu arriver aux frères pour qu'ils se retrouvent à l'hôpital.
Ensuite, je me perdis dans la contemplation des étoiles jusqu'à l'arrivée en gare.
J'hélais un taxi, et filais vers la base où travaillait Maes.
Le taxi me posa quelques mètres avant. Je me dirigeais d'un bon pas vers le Q.G. Soudain, j'aperçus une forme par terre. C'était quoi ? Je m'approchais, et me rendit compte qu'il s'agissait d'un corps. Et ... un uniforme. Merde un militaire !
Je me précipitais. Mais quand je vis le visage de ce soldat, j'eus l'impression que le ciel me tombait sur la tête. Maes ! C'était lui qui était allongé là, baignant dans une mare de sang. Je poussais soudain un hurlement.
" MAES ! OH MON DIEU NON PAS TOI ! "
Plusieurs lumières s'allumèrent dans les maisons voisines. Des gens accoururent, et poussèrent des cris horrifiés.
" Il faut appeler une ambulance !"
" Appelez la police !"
Je restais là à genoux, complètement désemparé. Il n'y avait plus rien à faire, je le savais. Mon meilleur ami, mon confident et mon soutien venait de mourir. Je levais le visage, et mon regard croisa une cabine téléphonique. Quelqu'un venait de raccrocher. Quand il sortit je me ruais vers la cabine. D'une main tremblante je composais le numéro du Q.G de Central.
" Passez-moi le lieutenant Hawkeye VITE !"
" Oui ?" fit Riza la seconde d'après.
" Riza, Maes vient de se faire tuer, c'est horrible ! Il est mort qu'est-ce que je dois faire !" lâchais-je en panique.
" Comment ça il est mort ?"
" Oui mort ! Il gisait dans une mare de sang quand je suis arrivé ! C'est pas vrai mais c'est pas vrai !"
" Bon écoutez-moi : il faut que vous appelier la police tout de suite." conseilla calmement ma subordonnée.
" Ils sont déjà, l'ambulance vient d'emporter Maes ! Riza c'est horrible, qu'est-ce que je vais faire ? Mais qu'est-ce que je vais faire ?"
" Restez où vous êtes j'arrive tout de suite."
Elle raccrocha. La police m'interrogea, je dis ce que je savais, c'est-à-dire pas grand-chose. Je devais être en plein cauchemar. Vivement que Riza arrive. Les militaires d'à côté furent avertis à leur tour. Je me mis à faire les cents pas, guettant l'arrivée de ma subordonnée avec une impatience non dissimulée. Enfin, je distingua une tête blonde, puis le visage de Riza. Je courus vers elle, et manqua de me jeter dans ses bras.
" Colonel vous n'avez rien ?" demanda-t-elle en posant ses mains sur mon torse.
Si, le coeur en miettes.
" Non. Je comprends pas, qu'est-ce qui a bien pu arriver ? C'est pas possible, hein dites, c'est un cauchemar je vais bientôt me réveiller." répondis-je d'une voix étranglée.
Oui c'était ça, c'était sûrement ça. Ca ne pouvait être que ça. Je m'étais endormi dans le train, et je rêvais.
" Colonel ... je suis désolée." fit Riza.
Je la regardais avec de grands yeux emplis d'incrédulité.
" Non ... non c'est pas vrai ..."
Et pourtant si. Riza me conduisit dans le Q.G, hagard. On nous logea sur place. Je ne fermais pas l'oeil de la nuit. Je revoyais sans cesse le corps de mon ami, se vidant de son sang. Et dire qu'on s'était quittés alors que j'étais en colère. L'enterrement eut lieu deux jours plus tard. J'avais l'impression d'être à une centaine de kilomètres d'ici. Le cercueil transportant le corps de Maes approcha. Je ne put retenir un sursaut d'horreur. J'avais du mal à croire qu'il était vraiment là-dedans. Le cerceuil fut descendu dans la fosse. Gracia et sa fille étaient là bien sûr, et Elysia demandait à sa mère pourquoi on enterrait son papa.
Je serrais les dents à me les briser, et regarda la terre recouvrir le cerceuil de mon ami. La pierre tombale fut ensuite posée dessus. Je restais là la regarder, Riza à mes côtés.
" Tu devais toujours être là pour moi. Et maintenant que tu es mort, je fais quoi moi hein ? Tu n'es qu'un imbécile Pourquoi tu ne m'a rien dit pour les frères ?" dis-je.
" Parce qu'il savait que quand il est question d'eux, vous n'êtes plus capable de réfléchir calmement. Son travail c'était d'éliminer ce qui vous gênerait, pour que vous ayez les coudées franches." dit Riza.
En effet. Seulement maintenant qu'il n'était plus là, je me retrouvais tout seul. Je remis ma casquette, et sentit quelque chose d'humide sur ma joue.
" Tiens il commence à pleuvoir." dis-je.
" Oui. On devrait rentrer." dit Riza.
Je fis volte-face et m'empressa de sortir du cimetière. Je restais cloîtré dans ma chambre du Q.G d'East City. Riza essaya bien d'entrer, mais je la chassais assez rudement.
" Laissez-moi tranquille !" rugis-je depuis ma chambre.
Je regrettais mes mots aussitôt, mais n'eut pas la force de la rattraper pour m'excuser. Le soir venu, je sortis enfin de mon antre. Direction le bar le plus proche. Je commandais un alcool fort, et demanda qu'on laisse la bouteille. Je bus un verre, puis deux, puis trois, quatre, cinq ...
" Je crois que vous avez assez bu comme ça." dit une voix.
Je tournais un regard trouble vers la personne qui me disait ça.
" Ah, c'est vous. Qu'est-ce que vous me voulez encore ?" dis-je.
" Vous ramener. Allez venez." dit-elle en approchant.
" Nan !" dis-je en la poussant fortement.
Ce faisant je faillis tomber de mon tabouret. Riza me rattrapa, et m'entraîna vers la sortie, après avoir payé.
" J'vous zait dit que j'n'avais pas b'soin de votre aide !" dis-je en tanguant.
" Mais oui c'est ça !" fit Riza.
" Si j'vous le dis ! Hic !"
Je me dégageais du'n mouvement ample, et ce faisant allait dire bonjour au bitume de la route. Riza se précipita pour me relever.
" Aaaaah mais vous êtes gluante vous !" la remerciais-je.
" Ben ça fait plaisir." marmonna-t-elle.
Elle me ramena tant que bien que mal à la base. Là, elle me laissa choir sur mon lit.
" Non mais franchhhement, qui vous za dit d'venir me chercher hein ?" demandais-je en levant un doigt incertain.
" Je me doutais bien que vous iriez vous saoûler. Alors je vous ai cherché." répondit-elle.
" Mais de quoi je m'emmêle ! Faut touzours que vous êtes sur mon dos. Fiiichez-moi la paix un peu !"
" Colonel, vous n'êtes pas dans votre état normal, aussi je ferais comme si je n'avais rien entendu. Couchez-vous maintenant."
" Si ze veux d'abord ! Z'ai pas d'ordre à recevoir de vous !"
Je balançais une botte contre le mur à côté d'elle.
" Mon meilleur zami il est mort, alors qu'on me foute la tranquillité !" repris-je en enlevant l'autre.
Je la jetais de la même manière.
" Il est mort vous zentendez, mort mort mort ! Il m'a laissé tout seul !" m'exclamais-je en jetant ma veste par terre.
" Oui je sais je ..." tenta Riza.
" NON vous savez rien ! Il m'a abandonné, il avait pas le droit de mourir ! Il a laissé sa famille, il devait pas partir !"
" Je crois que vous devriez pleurer, ça vous ferait du bien." dit-elle.
" Pleurer ha ! C'est pour les faibles ça ! " répondis-je amer.
Je manquais de déchirer ma chemise en voulant la défaire. Je tombais sur mon lit avec un hoquet.
" Vous êtes en colère, vous lui en voulez d'être parti. Exprimez votre chagrin, ça vous fera du bien." reprit Riza.
" Je pleure pas j'vous dis ! Je ... snif ... pourquoi il ... snif ..."
Les sanglots me coupèrent, et les larmes jaillirent en cascade. Riza s'approcha et me prit dans ses bras. Je la serrais très fort, et pleura sur son épaule. Ca faisait des années que je n'avais pas pleuré comme ça. Depuis la guerre d'Ihsbal en fait. Pourquoi Maes avait-il dû mourir, alors que tant de gens avaient besoin de lui ? Il avait une famille, il était heureux pourquoi l'avait-on privé de tout ? Pourquoi lui, alors qu'il y avait des pourritures qui méritaient dix fois plus de mourir ?
A force de pleurer, et aussi à cause de l'heure tardive et de l'alcool qui embrumait mon cerveau, je m'endormis sur l'épaule de Riza. Elle me poussa en arrière, et me fit m'allonger. Je me réveillais aussitôt.
" Non Riza, pas partir. Faut pas me laisser." marmonnais-je en lui attrapant le bras.
" D'accord."
Elle ôta ses bottes, et vint s'allonger à côté de moi. Je me tournais vers elle et la prit dans mes bras. Le matin nous trouva dans les bras l'un de l'autre. Riza avait la tête sur mon épaule, et la main sur ma peau, sur le côté. On se réveilla en même temps. Mais je referma les yeux.
" Colonel, réveillez-vous." dit- Riza.
" Gnnn, trop tôt." grommelais-je en resserrant ma prise sur elle.
Riza se retrouva ainsi le visage contre mon torse.
" Euh ... monsieur, il faut se lever maintenant."
Elle voulut se dégager, mais je n'étais absolument pas d'accord.
" Maaah !" m'exclamais-je en la serrant encore plus.
Riza ne parvint plus à se dégager. Elle tenta de faire appel à ma raison. Mais essayez de raisonner quelqu'un qui vient de se prendre une cuite, et qui est dans le gaz.
" Roy : lâchez-moi." dit-elle.
Elle m'avait appelé par mon prénom, m'en serais rendu compte si j'étais pas complètement au Sud. Elle essaya une nouvelle fois de se dégager, en vain. Elle était mieux emprisonnée qu'un poisson dans un filet. Vaincue, Riza soupira et finit par se rendormir. Au final, ce fut moi qui la réveilla. Je prit deux cachets d'aspirine pendant qu'elle enfilait ses bottes.
" Merci d'être restée." dis-je entre deux gorgées.
" De rien. Mais vous avez une sacrée poigne."
" Quoi ?"
" Je me suis réveillée la première ce matin. Et vous ne vouliez pas que je m'en aille." révéla-t-elle.
Je rosis, et finit mon verre. Riza s'en alla sans que je puisse me justifier.On se retrouva ensuite sur le quai de la gare, pour rentrer à Central. Riza se posa en face de moi, comme d'habitude. Je vins alors me poser à côté d'elle, et appuya ma tête contre la vitre. Puis machinalement, je tâtonnais et attrapa sa main. Elle referma la sienne sur la mienne, et on resta comme ça jusqu'à l'arrivée.
