Cet OS a été écrit dans le cadre des nuits du FOF, pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un PM ou aller voir sur notre merveilleux forum. Ici le thème était « île ».
Solitude
Parfois, parfois il avait l'impression de marcher dans le vent. Parfois il avait l'impression qu'on l'empêchait de faire ce qu'il voulait faire, qu'il devait lutter, encore, et encore, pour accomplir ce qu'il voulait. Parfois, James avait une furieuse envie de baisser les bras. Mais il n'en avait pas le droit, n'est-ce pas ?
Mais lui, comment faisait-il ? Il ne devait pas être comme ça. Il devait être le fédérateur, le général qui motivait ses troupes, qui partait à l'assaut, la fleur à la baguette, prêt à tous les dangers, l'espoir en bandoulière. Il devait être ce gamin crâneur, un brin séduisant, qui se coiffait toujours de manière à sembler descendre de son balai. Il devait être ca gamin horriblement casse-pieds qui avait toujours réponse à tout, qui était excellent dans toutes les matières et qui le faisait savoir. Il devait coller le plus possible à cette image qu'on avait de lui. Et il estimait qu'il y arrivait relativement bien. Il s'était tant conformé à cette image qu'il finissait par croire qu'elle était réellement lui. Parce que c'était ce qu'on voulait aussi qu'il soit. Même s'il y prenait plaisir et que ça devenait presque naturel. Parce ce que c'était ce qu'il manquait à leur groupe. Une sorte de leader de pacotille, un type qui motiverait tout le monde. Qui souderait tout le monde.
Mais parfois, parfois il avait l'impression de brasser du vent. De parler aux arbres plutôt qu'à ses amis qui étaient assis en dessous. De chuchoter ses idées de bêtises aux pierres du château plutôt qu'à ses amis près de lui. Parfois il avait l'impression de n'arriver à rien, et qu'on ne le prenne que pour ce que mannequin en carton pâte qu'il s'était forgé. Il était même sûr que personne ne voyait que ça n'était qu'une partie du sorcier. Après tout, c'était plus simple.
Mais lui, comment faisait-il ? Comment faisait-il pour tous les motiver ? Comment faisait-il pour tous les souder, les assembler, les faire s'entendre ? Comment faisait-il pour les faire vivre tous en ensemble ? Comment faisait-il quand il avait l'impression que les Maraudeurs volaient en éclat, que l'appellation ne voulait plus dire grand chose ? Comment faisait-il quand il sentait qu'ils allaient tous se perdre ? Comment faisait-il quand Remus allait si mal qu'il ne voulait plus voir personne, s'enfermant dans un mutisme qui ne l'arrangerait pas ? Comment faisait-il quand Sirius avait ces coups de déprime qui le brisaient, pensant – ne rayez aucune mention inutile – à son frère, ses parents, le reste de sa famille, son nom ? Comment faisait-il quand Peter semblait s'éloigner d'eux, quand il semblait souffrir de sa supposé situation d'infériorité ? Comment faisait-il pour lier toutes ces volontés quand elles n'en faisaient qu'à leur tête ?
Parfois, parfois il avait envie de baisser les bras. Parfois il avait envie de leur dire se de se débrouiller avec leur mauvaise humeur, leur air maussade et leurs piques. Il n'était pas un ange. Severus pouvait en témoigner. Il n'était pas tendre, il n'était pas gentil, il n'était pas le prince charmant. Parfois, il savait être insupportable, mesquin, cruel. Là, il avait juste envie d'être égoïste. Qu'ils se débrouillent, tous. Qu'ils ne fassent pas d'efforts, il s'en fichait, ça n'était pas son problème. Il aurait aimé dire ça. Parce qu'il ne le pouvait pas. Parce qu'il n'en avait pas le droit. Parce que ça n'était pas vrai, parce que ça le touchait plus profondément qu'ils semblaient tous le croire. Parce qu'il s'était engagé à tenir ce rôle, inconsciemment, quand ils étaient devenus amis.
Mais lui, comment faisait-il ? Pensaient-ils, tous, que parfois, lui non plus n'allait pas bien ? Que parfois, il aurait aimé avoir quelqu'un à qui se confier ? Que parfois, il aurait aimé ne pas être seul à porter leur amitié ? Croyaient-ils dont vraiment tous que rien ne l'atteignait ? Vraiment ? Alors ils étaient bien ignorants. Lily ne l'aimait pas. Pire, elle se fichait de lui, elle se moquait de son amour, elle le lui renvoyait à la figure comme si c'était une monstruosité. Elle ne l'aimait pas, même pas un peu, non, pas du tout. Et elle le lui faisait bien comprendre. Et pourtant, il continuait à espérer, à continuer, à croire encore. Parce qu'on ne savait jamais. Parce qu'il ne pouvait pas arrêter, comme il ne pouvait pas cesser d'être un Maraudeur. Mais croyaient-ils vraiment tous que ça ne l'affectait pas ?
Parfois, parfois, il avait l'impression que personne ne le comprenait. Qu'il tentait de rendre heureux des gens qui ne voyaient pas ses efforts, qui ne faisaient rien pour l'aider. Parfois, il pensait se battre contre des illusions. Il était seul. Isolé des autres par une mer d'optimisme. Qu'il était le seul à avoir pu traverser. Il était sur une île, entouré par la foule des autres, océan infranchissable. Et il appelait ses amis à le rejoindre, son univers. En vain.
