Notes sans intérêt de la traductrice. Un chapitre que j'ai pris énormément de plaisir à traduire. A la lecture, j'étais perpétuellement pliée de rire et j'ai le regret - non, je déconne - d'avouer que ça ne s'est pas arrangé à la traduction. Loin s'en faut. J'espère vraiment que la version française est au moins moitié aussi drôle que la version originale. Imaginer Rush, Young et Greer affronter bravement la situation absolument improbable où CleanWhiteRoom et son sadisme notoire les ont fourrés est absolument tordant. Bon. Peut-être aussi qu'il ne m'en faut pas beaucoup... Bref. Vous l'aurez compris, ce chapitre est une parenthèse de légèreté au coeur de FoD, un instant d'égarement où l'auteur s'est permis de joyeusement péter les plombs. Fans de Stargate, réjouissez-vous, car l'humour décapant de la série n'est pas tout à fait mort avec la franchise...

Duval87. Contente de te retrouver, fidèle lectrice, et heureuse de constater que les bugs à répétition de ffnet n'étaient qu'une mauvaise passe. Prions le dieu du web de ne pas nous expédier de nouvelles perturbations avant longtemps. Oui, le dernier chapitre était mignon. On sens que la relation entre Young et Rush commence à évoluer, ils ne sont plus aussi prompts à se sauter à la gorge qu'avant. La lassitude y est pour beaucoup ceci dit. Il leur reste beaucoup de chemin à parcourir et, comme Mitterand le disait si bien, la route est droite mais qu'est-ce que la pente est rude ! Un jour, ces deux-là s'apercevront qu'ils sont effectivement complémentaires. Les deux faces d'une même pièce si on peut dire. Rush, appuyer là où ça fait mal ? Jamais de la vie. *S'étouffe.* Bien évidemment qu'il est et qu'il reste à claquer, sinon, on serait sûrement déçus. Nicholas Rush est insupportable par nature. Quant au petit jeu auquel s'adonne Young... Pour ma part, je lui donne raison. Si je partageait l'esprit de quelqu'un, j'aimerais aussi savoir ce qui risque de me tomber sur le coin du nez. Disons que son sens de l'initiative fait partie de son charme. Il a joué et, pour le coup, il a gagné. On n'est plus très loin d'avoir le fin mot de cette histoire d'ailleurs. L'énigme Telford/Rush sera levée dans le prochain chapitre. Et oui, que les fangirls se réjouissent, Young et Rush dorment dans le même lit ! Qu'elles en profitent car le smut n'est pas pour tout de suite. Quant à celles qui attendent un lemon, qu'elles brident leur fantasmes : CleanWhiteRoom verse dans le yaoi mais pas dans l'explicite. Donc... Pas de sexe ! Ce qui ne signifie pas pour autant que la suite ne sera pas intense... Bref. Bonne lecture à toi et à la revoyure !

pf59. Et oui, Rush fume ! C'est canoniquement avéré, CleanWhiteRoom n'invente rien. Il est explicitement dit dans SGU que Rush est un grand fumeur et un grand buveur de café. Ce qui explique en partie pourquoi il a quasiment pété les plombs au début de la série puis est tombé dans les pommes au beau milieu de la salle d'embarquement : il était... en manque ! Et accessoirement, il subissait aussi une pression titanesque de la part du reste de l'équipage. Aussi. Mais passons. Hm. Je comprends que les chapitres puissent te paraitre courts- c'est toujours le cas avec les bonnes histoires - mais traduire un morceau comme FoD m'a au moins prouvé une chose : en fait, les chapitres sont LONGS. Garanti sur facture. En traduire un seul représente des heures de travail et ce n'est pas comme si je ne maîtrisais pas l'anglais... Que quelqu'un surprenne Rush et Young au lit ? *Ricane.* Prend ton pied, mon ami, car ça va effectivement arriver. Inutile de préciser que le malheureux témoin de cette improbable scène va nous faire un léger bug système... Quant à savoir qui sera le soumis, j'ai le regret de t'apprendre que le mystère restera entier. L'auteur n'a pas eu la clémence de nous éclairer sur ce point. Comme je viens de le dire à Duval87, FoD... ne contient pas de sexe explicite ! J'espère que ce spoil ne te dissuadera pas pour autant de suivre cette fic jusqu'au bout. En attendant, profite bien de ce chapitre 11 parce que, personnellement, c'est sans doute l'un de mes préférés !

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Notes d'auteur. Cette histoire reprend les évènements de Stargate Universe jusqu'à l'épisode 19 de la saison 2. De là, elle diverge du canon. Ce projet risque d'être long, vous êtes prévenus. L'histoire est racontée du point de vue de Young mais le personnage principal reste incontestablement Rush. Stargate appartient à la MGM, je ne fais que l'emprunter. Je ne gagne absolument rien à écrire cette histoire.

Avertissements. Cette fic versera dans le Young/Rush. Le pairing se construira très lentement. Et quand je dis Young/Rush, j'entends Young SLASH Rush, c'est à dire une relation entre hommes. Si ce genre de choses vous déplaît, ne lisez pas. Le ton et les thèmes risquent aussi d'être assez glauques.

Annexes. Loin de moi l'idée de vous spoiler mais je tiens à vous prévenir : ce chapitre est légèrement différent des précédents. Je me suis beaucoup amusée à l'écrire et j'espère sincèrement que vous allez l'aimer. Vu que j'écris pour le fandom Stargate et que ce genre de situation est récurrent dans la série, je me suis permis de me réapproprier le concept. Si vous n'aimez pas, ne vous inquiétez pas, je retournerai à mes classiques dès le chapitre suivant.

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Force over Distance

Chapitre 11

Quand Young se réveilla le lendemain matin, Rush était déjà réveillé. Assis au bord du lit, le dos voûté et les lunettes bien en place sur le nez, il se massait distraitement la nuque en regardant fixement le mur. Ses pensées se résumaient à un tourbillon d'images mais, pour une fois, Young put en saisir certaines – un paysage gris en bord de mer où la silhouette de Gloria se découpait sur fond de ciel terne, une pièce intégralement envahie de chiffres avec des symboles mathématiques gribouillés sur les papiers, les tableaux blancs et les fenêtres. Les images avaient beau être nettes, Young échouait à trouver ce qui les liaient. Leur signification restait aussi obscure qu'elle l'avait toujours été.

Rush ressentit la soudaine intrusion dans ses pensées et se tourna vers Young en hochant légèrement la tête. « Le... » Le scientifique s'interrompit, aussi surpris que Young des difficultés qu'il éprouvait à passer de l'Ancien à l'anglais. Il fronça les sourcils et fit un rapide geste de la main qui évoquait un cercle traversé par une ligne. « Rayon d'action. Le rayon d'action du lien a augmenté. »

« Vous l'avez testé » constata sèchement Young. « Vous n'avez pas pu vous en empêcher, pas vrai ? »

« Évidemment que non. » Rush esquissa un sourire en coin. « J'ai le plaisir de vous informer que nous disposons désormais de cinq mètres d'espace vital. »

Young haussa un sourcil.

« Bon, d'accord » admit Rush. « Cinq mètres, grand maximum. Sachant que la distance entre votre lit et votre salle de bain n'excède pas les quatre mètres, je pouvais raisonnablement me permettre d'aller me brosser les dents tout seul. »

« Je suppose que c'est bon signe. »

Rush haussa les épaules et détourna les yeux.

Young le scruta attentivement. Le scientifique réessaya de se masser la nuque, sans grand succès étant donné que son poignet était encore prisonnier de l'attelle que lui avait posée TJ. Il avait l'air mal à l'aise. Young avait l'impression qu'il essayait désespérément d'éviter son regard.

« Écoutez » débuta prudemment Young. « Je suis désolé pour hier soir. Je me doute que vous auriez préféré vous réveiller dans vos quartiers mais vous vous êtes pratiquement effondré. Je n'allais quand même pas vous laisser dormir par terre. »

« Non, vous avez bien fait » murmura Rush. « Merci. »

Young haussa bien haut les sourcils.

« Quoi ? » grogna Rush en le regardant enfin. « La politesse est un concept qu'il m'arrive de mettre en pratique. »

« Est-ce que... » Young s'interrompit, ne sachant pas comment formuler sa question. Il se redressa en position assise. « Comment vous vivez tout ça ? Ça va ? »

« C'est sans importance. »

« Rush. »

Rush posa un regard amusé sur Young, un sourire en coin glissant rapidement sur ses lèvres. « Le pire, c'est que vous en avez vraiment quelque chose à faire. » Il détourna les yeux. « Je peux le sentir. »

« Je me fais du soucis pour vous » admit doucement Young.

« Vous ne devriez pas » trancha Rush d'une voix étonnamment calme.

« Et pourquoi pas ? » demanda Young.

« Écoutez, colonel, je comprends que vous soyez inquiet » répondit Rush et Young tressaillit légèrement en l'entendant utiliser son grade. Le scientifique ne pouvait pas se montrer plus formel. Young eut l'impression d'être revenu sur Icarus auprès du très froid et très professionnel Dr Nicholas Rush. Toutes ses interactions avec Rush s'étaient alors limitées à ce type d'échanges – distants, impersonnels, avec en prime cette désagréable impression que le mathématicien savait plus de choses qu'il voulait bien le dire. « Mais franchement » reprit Rush. « Je ne vais pas gentiment discuter de mes états d'âme avec un type qui n'a jamais raté une occasion de me nuire. »

Young essaya de ne pas laisser son irritation dicter son comportement. « Je pourrais en dire autant de vous. »

« Exact » concéda Rush. « J'ai essayé de saper votre autorité en vous faisant accuser de meurtre. J'ai orchestré une mutinerie pour me débarrasser de vous en espérant secrètement que votre destitution pourrait empêcher ce vaisseau d'être détruit par les aliens qui ont enlevé Chloé. J'ai craqué le code maître et j'ai gardé le contrôle exclusif de tous les systèmes pendant des mois sans en parler à personne, sans que personne ne s'en doute. » Rush eut un rictus amer. « Mon comportement n'a pas été des plus exemplaires non plus, je vous l'accorde. »

« Où est-ce que vous voulez en venir ? » le coupa brutalement Young en espérant éviter une énumération par le menu de ses propres fautes.

« Ce que je veux dire, c'est qu'on peut éventuellement cohabiter » fit tranquillement Rush. « Mais que je ne vous ferai jamais confiance. Et que vous ne me ferez jamais confiance non plus. Donc ne venez pas me demander de vous raconter ce que je ressens. Si je découvre des informations pertinentes sur le plan tactique, je vous les transmettrais. Pour le reste... » Il s'interrompit en secouant négligemment une main. Il ne pouvait pas se montrer plus clair.

« Je comprends. Vraiment. » Young marqua une pause. « Mais, que ça vous plaise ou non, on est tous les deux dans le même bateau. Littéralement. »

Rush haussa évasivement les épaules.

« Écoutez. Je sais que le Destiny vampirise votre énergie. Il vous épuise et son IA n'y peut rien, même si elle essaye de vous protéger. Et lutter contre l'attraction du vaisseau ne fait pas que vous fatiguer. Je le sais. Je sais que vous en souffrez. Ça vous fait mal, peut-être même que ça vous tue. Et le pire, c'est que j'ai l'impression que vous n'en avez rien à faire. On dirait que vous pensez que ça n'a absolument aucune importance. Vous savez, je me demande sérieusement ce qui va encore nous tomber sur le coin du nez quand on atteindra cette fameuse structure énergétique. »

Rush resta silencieux un moment. « Je ne sais pas ce que vous essayez d'insinuer » dit-il enfin. Sa voix était à peine audible et ses pensées s'agitaient dans tous les sens, privées de cohérence. « Mais si vous croyez que je... » Il s'interrompit en fronçant les sourcils, l'air incrédule et blessé. « Que je compte abandonner l'équipage, que je me fiche de ce qui peut arriver à tous ces gens, alors... » Rush détourna les yeux. Son esprit s'éloigna soudain de celui de Young, attiré par le Destiny dont la présence n'était plus ténébreuse mais d'une luminosité aveuglante.

Elle était fascinante. Fascinante et terrifiante.

« Rush » s'alarma Young. Il empoigna le scientifique par les épaules et le secoua, une énorme boule d'angoisse se formant dans son ventre alors qu'il combattait l'attraction du vaisseau de toutes ses forces. « Je ne suis pas en train de vous accuser de quoi que ce soit. Je veux seulement que vous me parliez. J'essaye de vous aider. »

Les yeux de Rush restèrent obstinément clos.

« Laissez-moi vous aider » implora Young. « Je vous en prie. »

La radio de Young grésilla et la voix de Scott s'éleva dans le silence. « Colonel, ici le lieutenant Scott. Répondez s'il vous plait. »

« Bordel » marmonna Young en lâchant Rush.

« J'écoute » dit-il en essayant d'éliminer toute trace d'irritation de sa voix. Rush était toujours assis sur le bord du lit, la tête enfouie entre les mains, comme si enfoncer impitoyablement ses doigts dans ses tempes pouvait suffire à l'empêcher de céder aux sirènes du Destiny.

« On a une urgence dans un des laboratoires. Apparemment, ils ont activé une machine qui pourrait bien être dangereuse. Aucune idée de ce à quoi elle sert, j'attends de plus amples informations. »

Young soupira, ses yeux toujours fixés sur Rush. « Une idée de ce qui se passe ? » lui demanda-t-il sans brusquerie. Il n'était pas certain d'obtenir une réponse.

« Il faut d'abord que j'aille voir. Je ne suis pas omniscient. » répondit sèchement Rush. Le scientifique semblait avoir opté pour la politique de l'autruche, essayant de se comporter comme si son esprit n'était pas écartelé entre Young et le Destiny.

Young le regarda un moment et, la gorge nouée, le laissa s'enterrer dans sa fragile parodie de normalité. « Quelle modestie » commenta-t-il.

« J'arrive » ajouta-t-il à l'adresse de Scott.

La radio de Rush s'activa. « Dr Rush, ici Brody. Répondez, s'il vous plaît. »

« Oui » cingla Rush. « Une technologie s'est activée dans un des labos, je sais. Qui a fait la connerie cette fois ? »

« Volker et moi » avoua Brody d'un ton d'excuse.

« Ne touchez plus à rien, j'arrive. »

« D'accord, mais vous devriez vous ramener en vitesse. Ce truc est en train de charger. »

« Sans blague » grogna sèchement Rush en se levant. Il semblait avoir retrouvé une partie de son énergie habituelle.

« Vous êtes sûr d'être en état de vous occuper de ça ? » questionna Young. « Je peux demander à Eli d'y aller à votre place si vous voulez. »

Rush lui jeta un regard dégoûté et s'avança vers les portes.

Il leur fallut six minutes pour attendre le laboratoire incriminé. Quand ils franchirent le sas, ils virent Brody, Volker et Eli camper devant un terminal de banque de données, à quelques mètres d'un appareil encastré dans la surface plane d'une table à quatre pieds. Greer et Scott étaient postés à gauche des portes, surveillant attentivement des yeux les glyphes qui luisaient d'une lueur bleuâtre sur le dessus de l'appareil.

« Salut » fit Eli en les voyant arriver. « Je préfère le dire, des fois que. Je n'ai rien fait. »

Rush lui adressa un regard sceptique de derrière ses lunettes.

« D'accord, peut-être que si je n'avais pas essayé d'interrompre le chargement en coupant la connexion entre ce machin et le réseau interne du Destiny, on aurait encore accès aux commandes, et peut-être que si on avait encore accès aux commandes, vous auriez pu désactiver le susdit machin, mais... »

« Mais ? » insista Rush.

« Mais ce n'est pas moi qui l'ai activé en premier lieu. »

« Oui, oui, bien sûr » fit distraitement Rush. « Comment ça vous n'avez plus accès aux commandes ? »

« La malédiction du champ de force a encore frappé » grommela sombrement Eli.

Rush se dirigea vers l'appareil, Young sur les talons. Le scientifique s'arrêta devant le panneau de commande et avança prudemment la main vers les glyphes scintillants. Quand l'attelle improvisée de son poignet s'approcha du champ de force, il s'illumina sur une surface d'une dizaine de centimètres carrés. La portion visible ondoya furieusement sous sa main.

/?/ projeta Young sans prendre la peine de formuler sa question.

/Dommage / soupira Rush. /J'espérais que ce champ de force ne me repousserait pas./

/Ne vous repousserait pas ? C'est un champ de force, bordel./

Rush l'ignora. Il se pencha par-dessus l'appareil pour examiner la face arrière, cherchant un point d'accès aux dispositifs internes. Il passa adroitement ses doigts sur la surface lisse et trouva presque immédiatement le panneau amovible. Le cache lui tomba dans les mains sans qu'il ait cherché à le retirer manuellement, exposant des circuits scintillant de la même lueur bleuâtre que les glyphes. Rush posa la pièce à côté de l'appareil et s'assit maladroitement sur le sol, essayant de ne pas rouvrir les plaies de ses pieds. Young l'imita et se laissa tomber à genoux pour inspecter l'intérieur.

/Rendez-moi service et allez surveiller les moniteurs pendant que je m'occupe de ça./

/C'est loin / fit remarquer Young. /Il y a au moins cinq mètres entre vos écrans et ce machin. Peut-être même plus./

/Écoutez, colonel, ce n'est pas le moment de tergiverser. Cette chose est en train de charger et, croyez-moi, ni vous ni moi n'avons envie de découvrir à quoi elle sert. »

« Très bien » murmura Young en prenant appui sur l'épaule de Rush pour se relever.

/Qu'est-ce que je suis censé surveiller au fait ?/

/Vous n'avez pas besoin de surveiller quoi que ce soit. Je vais surveiller les moniteurs à travers vous. Pendant que je règle le problème.. »

Quand Young atteignit le terminal de la banque de donnée, le sang lui battait aux oreilles. Il remarqua que Greer s'était spontanément déplacé pour venir se poster à côté de Rush. Young lui adressa un subtil hochement de tête avant de se pencher sur les données qui intéressaient Rush.

/L'image est bonne ?/ projeta-t-il aussi fort qu'il put.

/Correcte / répondit Rush. Sa projection mentale était faible mais nette.

« Vous vous en sortez ? » cria Eli en direction de Rush. « L'appareil est toujours en train de charger. »

« J'ai commencé i peine trois minutes » cingla Rush. « Je suis mathématicien, pas magicien. »

« Non, je demande parce que le niveau de charge a l'air de se stabiliser. »

« Ce qui veut dire que ? » questionna sèchement Young en clignant des yeux pour garder les idées claires.

« Que ce machin va probablement se déclencher. »

« Rush » s'exclama Young. « Ramenez vos fesses. »

/Une minute./

« Greer » ordonna Young. « Éloignez-le de cette chose. Maintenant. »

Au moment où Greer s'avançait pour empoigner le dos de la veste de Rush, l'appareil s'illumina brutalement, projetant un flash de lumière bleue aveuglant.

-oOo-

Boucle : 1, minute : 0

Young ouvrit les yeux et constata que Rush était déjà réveillé et habillé de pied en cap. Assis au bord du lit, le scientifique agrippait furieusement les draps, la tête relevée. Ses yeux étaient grands ouverts et s'agitaient frénétiquement dans leurs orbites, passant d'un point imaginaire à un autre sur le mur d'en face. On l'aurait cru sous amphétamines. Ses pensées était décousues, son esprit déconnecté et son humeur instable.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda prudemment Young.

Rush se retourna pour le regarder, ses cheveux retombant devant ses lunettes. Le scientifique scrutait son visage, y cherchant il ne savait quoi.

« Vous avez l'heure ? » questionna Rush comme si la réponse revêtait une importance capitale.

Young consulta sa montre en fronçant les sourcils. « Huit heure quarante-sept, pourquoi ? »

Rush le regarda fixement, attendant visiblement une réaction de sa part.

« Vous vous sentez bien ? » s'inquiéta Young en se redressant en position assise. Il passa une main dans ses cheveux. « Vous n'avez pas l'air... »

« La dernière chose dont vous vous souvenez ? » l'interrompit brutalement Rush.

« M'être endormi ? » tenta Young. Son froncement de sourcils s'accentua.

« Et merde » cracha Rush en bondissant sur ses pieds. « Bordel. Je vais les tuer. Je vais les tuer. »

« Houla » fit Young. « Du calme. »

Rush empoigna sa radio. « Eli » aboya-t-il. « Eli, réponds. » Il n'attendit même pas une seconde avant de réitérer. « Eli, réponds-moi immédiatement. »

« Ouais, ouais, à moi aussi vous m'avez manqué » répondit enfin la voix d'Eli. « J'adorerais vous entendre me gueuler dessus, croyez-moi, mais vous allez devoir attendre un peu. On est comme qui dirait occupés par ici. Volker et Brody viennent juste de trouver un appareil non-référencé et j'ai l'impression qu'il est activé. C'est en train de faire quelque chose. Je ne sais pas trop quoi. Charger, peut-être ? »

« Dis-moi que tu te rappelles des quinze dernières minutes » cingla Rush. « Dis-moi que tu te souviens du flash de lumière bleue. »

« Euh » bredouilla Eli. « Vous vous souvenez de mon échelle des trucs flippants ? J'en ai aussi une pour les gens cinglés. Vous venez de décrocher un bon huit sur dix, je préfère vous le dire franchement. »

/Je confirme / renchérit Young en essayant de projeter un peu de calme dans les pensées agitées de Rush. /Qu'est-ce qui vous prend ?/

Rush regardait sa radio d'un air déprimé.

« Cinglé ou pas, on aurait bien besoin d'un coup de main » reprit Eli. « Si vous pouviez descendre jeter un œil, ça nous arrangerait. »

« Rush » insista doucement Young. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Rush lui envoya une série d'images. Young vit un appareil encastré dans une table à quatre pieds, des glyphes luisant faiblement à sa surface. Puis, il y eut une explosion aveuglante de lumière bleue et Rush se retrouva à nouveau dans les quartiers de Young, assis à côté de sa silhouette encore endormie.

/On peut savoir ce que je suis censé comprendre ?/

/Actuellement, vous et moi évoluons sur deux référentiels différents./ Le scientifique était clairement hors de lui et Young réceptionna avec difficulté la projection suivante. Rush l'avait expédiée violemment, hargneusement. Il s'agissait d'un graphique en trois dimensions sur lequel plusieurs corps ponctuels se déplaçaient selon des trajectoires qui le laissaient perplexe. /Regardez. T(b)-T(a) ne peut PAS être égal T(b)'-T(a)'./

La prise en défaut de cette inéquation semblait exagérément enrager le scientifique et l'absence de réaction de Young n'arrangeait rien. Rush sentait que le colonel ne saisissait pas l'importance cruciale de ce qu'il lui expliquait. /Nos axes temporels ne sont pas SYNCHRONES / simplifia Rush. Il était à deux doigts de l'hyperventilation et essayait désespérément de se calmer pour exposer clairement le problème. /Le temps est une variable réversible, au même titre que l'espace, et cet abruti de Volker vient de provoquer un rétro-saut temporel d'environ quinze minutes qui affecte tout le monde sauf moi./

Rush faisait douloureusement les cents pas à côté du lit et Young sentit sa gorge se nouer.

/Ce que vous dites n'a aucun sens / projeta-t-il doucement. /Soyez raisonnable. Asseyez-vous, qu'on puisse discuter de tout ça calmement./

/Ce que je dis n'a aucun sens ? Je parle encore correctement ANGLAIS, non ? Vraiment, colonel, partager un lien mental avec vous m'est d'une grande utilité./

/Ce n'est pas le sujet./

/Non, en effet. Pour faire simple, vous êtes actuellement coincé dans une sorte de boucle temporelle. Vous revivez un intervalle de quinze à vingt minutes qui s'est déjà produit. Ce qui, pour une raison encore inconnue, n'est PAS mon cas./

Young fixa Rush incrédulité. /Écoutez, vous avez subi pas mal de pression ces derniers temps, il est probable que ce ne soit qu'une impression et que vous.../

/Passez-moi votre montre./

/Vous devez d'abord vous calmer / répliqua Young en essayant de projeter autant de calme que possible dans l'esprit du scientifique.

« Passez-moi votre montre, bordel » aboya Rush. Sa mâchoire était crispée et il attendait impatiemment que Young s'exécute, la main tendue. « Vous me faites perdre mon temps. »

Young déboucla lentement sa montre en surveillant Rush d'un œil méfiant.

« Allez, dépêchez-vous, je n'ai pas que ça à faire » reprit sèchement Rush. Le scientifique essaya d'écarter les doigts de Young pour retirer lui même la montre mais ses attelles l'en empêchèrent.

Quand Young termina d'enfiler ses rangers et sa veste, Rush cavalait déjà dans la coursive, mettant à mal la limite de cinq mètres que leur imposait leur lien. Young le rattrapa aisément et ils atteignirent le laboratoire en cinq minutes. Brody, Volker et Eli campaient devant un terminal de banque de données, à quelques mètres de l'appareil que Young avait vu dans la projection mentale de Rush. Scott était posté à gauche des portes, surveillant attentivement des yeux les glyphes qui luisaient d'un lueur bleuâtre sur le dessus de l'appareil.

Rush passa à côté des trois scientifiques sans même les regarder, se dirigeant vers la face arrière de la machine.

« Salut » lança Eli au dos de Rush. « Content de vous voir aussi, merci d'avoir daigné vous déplacer. »

« Peut-être que c'est lui qui l'a activé » suggéra Brody en regardant Young du coin de l'œil. « Quand on est arrivés, l'appareil était déjà en train de fonctionner. Quelqu'un l'a forcément démarré. »

/Donc c'est de votre faute ?/ projeta Young en s'approchant de Rush. /Vous avez activé ce machin pendant la dernière boucle et maintenant vous ne savez pas comment l'arrêter, c'est ça ?/

/Cette question est si incroyablement stupide que je serais tenté de ne pas y répondre mais, comme ce genre de choses vous passe à vingt milles au-dessus de la tête, je vais faire un effort. La réponse est non, je n'ai pas activé ce foutu appareil. J'étais assis inutilement dans vos quartiers, je refusais de vous déballer mes états d'âmes et vous m'accusiez encore de comploter je ne sais quel plan machiavélique qui mettrait en danger tout l'équipage. Pour changer. Bordel. Parfois, je me demande comment vous faites pour ne pas en avoir assez de débiter les mêmes conneries à longueur de temps. Qu'est-ce qui ne vous revient pas chez moi ? Qu'est-ce qui vous fait croire que je passe ma vie à préparer des coups foireux ?/

/Vous exagérez / lui renvoya Young. Il n'était pas sûr de comprendre la moitié de ce à quoi Rush faisait référence mais, en revanche, il était certain à quatre-vingt dix pourcents que le scientifique était suffisamment enragé pour ne plus penser clairement.

A cet instant, un Greer visiblement perturbé fit irruption dans le laboratoire, ses mains serrant fermement son P90.

« Sergent ? » s'étonna Young.

« Colonel, ça va vous paraître dingue, mais je crois... » Greer pinça les lèvres. « Je crois que ce machin s'est déjà déclenché une fois » reprit-il en pointant deux doigts en direction de la table.

Avant que Young puisse répondre, Rush releva brusquement la tête et une vague de soulagement fit vibrer le lien. « Sergent » appela Rush en faisant le tour de l'appareil. « Vous vous rappelez de ce qui s'est passé ? »

« Ouais » confirma sombrement Greer. « Je commençais à croire que j'étais le seul. »

« Attrapez ça » fit Rush en jetant à Greer la montre qu'il avait empruntée à Young. « On doit savoir deux choses : combien de temps dure la boucle et si les changements durables n'affectent que cette machine. Vous avez un couteau ? »

Greer jeta un regard hésitant à Young.

« Pourquoi vous auriez besoin d'un couteau ? » demanda Young.

« Pour m'ouvrir les veines et abréger mes souffrances. D'autres questions ? »

« Calmez-vous, bordel. »

« Je vous emmerde colonel. Je vous emmerde tous. Greer, passez-moi ce couteau. »

Greer dégaina son couteau et franchit les quelques mètres qui le séparaient de Rush. Le scientifique était assis à même le sol, les bras enfoncés jusqu'aux coudes dans les entrailles de l'appareil. « Vous avez oublié de dire s'il vous plait » commenta Greer. Il s'accroupit souplement au niveau de Rush et lui tendit le couteau, manche en avant.

Rush saisit l'arme sans un mot et s'en servit pour trancher le ruban adhésif qui maintenait ses attelles en place.

/Je ne pense pas que ce soit une bonne idée / projeta Young d'un ton désapprobateur. /Elles sont là pour une bonne raison./

Rush l'ignora. Avec précaution, il s'entailla légèrement la paume de la main puis tendit le couteau à Young. « Faites la même chose » ordonna-t-il.

« Pour quoi faire exactement ? »

« Pour déterminer s'il y a réinitialisation physique quand l'appareil se déclenche. Si j'ai raison et que nos référentiels sont discontinus mais colocalisés, votre coupure disparaitra et pas la mienne. »

« Le niveau de charge se stabilise » s'affola Eli.

« Le chrono » aboya Rush à l'adresse de Greer.

« Seize minutes et quarante-huit... »

Young ferma les yeux, aveuglé par le brutal flash de lumière bleue qui lui agressa soudain les rétines.

-oOo-

Boucle : 2, minute : 0

« Bordel de merde » hurla Rush. Le cri et le fracas des béquilles heurtant le mur réveillèrent Young en sursaut. « Dix-sept minutes, c'est beaucoup trop court. » Il se retourna pour regarder le lit et, accessoirement, son deuxième occupant. « Faites-moi voir votre main » exigea-t-il.

« Vous êtes devenu cinglé ? » lui demanda Young.

« Taisez-vous et faites-moi voir ça » répondit sombrement Rush en empoignant le poignet gauche de Young et retournant sa main, paume vers le haut. Il plaça sa propre paume à côté de celle de Young et les examina d'un œil critique. Young remarqua que Rush avait une petite coupure à la base du poignet et que, d'une manière ou d'une autre, il avait réussit à se débarrasser de ses attelles.

« Je le savais » marmonna Rush en ignorant complètement la mine ahurie de Young.

-oOo-

Boucle : 3, minute : 11

« Rush » s'exclama Greer alors qu'ils atteignaient le laboratoire. « Onze minutes ? Vous allez devoir faire mieux que ça si vous voulez avoir le temps de désactiver ce machin. »

« Comme si je ne le savais pas » cingla Rush. « Vous savez quoi ? La prochaine fois, c'est vous qui lui expliquerez. On verra si vous faites mieux. »

Young croisa les bras et regarda Rush avec insistance. « Vous ne m'aviez pas dit que Greer avait aussi échappé à votre boucle temporelle. »

« Merci pour cette remarque constructive, colonel. Je ne manquerai pas de le mentionner quand je vous expliquerai encore la situation dans six foutues minutes. »

« Les gars, désolé d'interrompre votre concours de vannes » intervint Eli. « Mais je viens de m'apercevoir que le Destiny n'est pas là où il devrait être. On est en avance de huit cent millions de kilomètres sur la trajectoire prévue. »

« Oh, regardez » ironisa Rush. « Une preuve objective que je ne suis pas en train de disjoncter. Formidable. »

« Rush » gronda Young en perdant rapidement patience.

« Contentez-vous de désactiver ce fichu machin avant qu'on sorte de VSL » coupa Greer.

« Bonne idée, sergent, merci beaucoup. Heureusement que vous êtes là pour me seconder. Je ne sais pas ce que je deviendrais sans vos brillants conseils. »

« Quels trucs tordus vous a fait subir votre mère pour faire de vous un si parfait connard ? » fit Greer avec incrédulité.

« Parce que vous êtes un paradigme de vertu, peut-être ? »

Greer franchit l'espace qui les séparaient en trois grandes enjambées et s'accroupit à côté de Rush, l'empoignant par le devant de sa veste pour le regarder droit dans les yeux. Young s'avança, à deux doigts d'intervenir.

« Non » siffla Greer. « Je ne suis pas un paradigme de vertu et je le sais. J'ai de sacrées casseroles au cul, Doc, okay ? Et je parie ma ration de fruits que vous aussi. Alors si vous n'êtes pas foutu de me respecter, respectez le fait que je continue à me lever chaque putain de matin pour protéger votre petit cul et celui de tous les autres de l'Alliance Luxienne, des insectes bouffeurs de viande et de toutes les autres saloperies qui traînent dans ce coin d'univers, pigé ? C'est bien la seule chose qu'on a en commun. »

Rush regarda longuement Greer.

Le sergent le relâcha et recula. « Désactivez cet engin. S'il vous plait. »

« J'y travaille. »

-oOo-

Boucle : 4, minute : 2

« Écoutez, si ce que vous me racontez est vrai, alors pourquoi vous êtes encore assis là avec moi au lieu d'essayer de désactiver cet appareil ? » demanda Young en essayant de raisonner logiquement. « Ce n'est pas que je ne vous croie pas mais... »

Il fut interrompu par un coup frappé à la porte. « C'est Greer » entendit-il à travers l'interphone.

« Entrez » dit-il sans réfléchir. Rush se tendit.

« Colonel, écoutez, ce que je vais dire va vous paraître dingue mais... » Greer fit irruption dans les appartements de Young avec son expression des mauvais jours. Il remarqua distraitement Rush, revint à Young puis s'interrompit brusquement en réalisant avec un temps de retard que le scientifique n'avait rien à faire assis sur le lit du colonel. Rush les regarda tous les deux par-dessus ses lunettes, ses cheveux lui retombant dans les yeux.

« Hm. Je crois que je ne veux pas savoir » fit Greer, l'air à la fois gêné et amusé.

« Heureux de voir qu'il y en a au moins un qui s'amuse, sergent » cingla Rush. « Petite précision. On ne couche pas ensemble. »

« Vraiment ? Parce qu'on dirait. »

« D'accord, techniquement, oui, on couche dans le même lit, mais ce n'est pas la même chose. »

« Il n'y a pas de mal à prendre du bon temps » se défendit Greer.

« Est-ce que j'ai la tête de quelqu'un qui prend du bon temps ? »

« Pas vraiment, non. »

Young les fixa avec ahurissement. Durant plusieurs secondes, personne ne dit rien. Finalement, Young se racla la gorge. « Donc, euh, une boucle temporelle, c'est ça ? »

-oOo-

Boucle : 6, minute : 16

Young se tenait à quelques mètres de Rush, les bras croisés. A travers leur lien, il pouvait sentir la frustration et l'anxiété vriller l'esprit du scientifique. Rush était penché en avant, Greer au-dessus de lui pour éclairer les entrailles de l'appareil avec une torche. Young massa distraitement ses poignets douloureux, sachant pertinemment que les élancements ne se calmeraient pas pour autant.

Ils n'allaient pas s'en sortir. Il y avait trop d'explications à donner, trop de temps de perdu inutilement et pas assez de marge de manœuvre pour que Rush puisse désactiver l'appareil. Cette boucle-ci, il avait réussi à se ménager sept minutes de travail, ce qui représentait un score respectable mais restait largement insuffisant pour comprendre le fonctionnement d'une technologie Ancienne encore non-référencée. Le problème était simple. Rush et Greer n'étaient pas plus doués l'un que l'autre pour formuler des explications à la fois concises et crédibles sans passer pour des cinglés.

« Eh » fit Young. « Je sais que vous n'avez pas de temps à perdre mais j'aurais une suggestion pour la prochaine fois que... Vous savez, pour votre prochain essai. »

« Dites toujours » rétorqua sombrement Rush.

« Je pense que la gravité de la situation justifie une approche un peu moins diplomatique » lâcha Young en se demandant s'il ne faisait pas une bêtise monumentale.

« Vingt secondes » annonça Greer.

Young dégaina son Beretta et le tendit à un Rush passablement surpris. « Ne me faites pas regretter de vous avoir suggéré ce genre de méthode. C'est valable pour vous aussi, sergent. »

-oOo-

Boucle : 7, minute : 0

Young ouvrit les yeux pour se retrouver nez-à-nez avec le canon de son propre Beretta.

« Désolé pour ça, colonel » fit Rush en ayant tout sauf l'air désolé et en semblant, en vérité, plutôt satisfait de lui-même. « Mais il faut qu'on y aille. »

-oOo-

Boucle : 8, minute : 6

« Messieurs » cria Greer en engageant un chargeur dans son P90. « Ceci est une boucle temporelle. On essaye d'arranger ça mais il ne nous reste plus que onze minutes avant la réinitialisation. Pour plus d'efficacité, je vous demanderais de suivre à la lettre les règles suivantes. Numéro 1 : personne ne bouge. Numéro deux : personne ne déconcentre Rush. » Greer fit signe à Young de rejoindre l'équipe scientifique et le lieutenant Scott puis prit position devant Rush.

« Une boucle temporelle ? » répéta Eli. « C'est un canular ? »

« Rush et moi n'évoluons pas sur le même référentiel que vous, ou un truc comme ça, pigé ? » riposta Greer. Il se détourna d'Eli et regarda Rush s'assoir maladroitement.

« Ouais, bien sûr, c'est tout de suite plus crédible » grinça Eli.

/C'est vous qui avez monté ce plan foireux, pas vrai ?/ projeta Young d'un ton venimeux en essayant d'ignorer les élancements douloureux qui lui transperçaient les pieds. /J'aimerais quand même savoir par quel miracle vous avez réussi à convaincre Greer de vous suivre sur ce coup-là./

/La ferme / cingla Rush.

-oOo-

Boucle : 14, minute : 14

« Désolé, Doc » marmonna Greer en levant les mains en l'air, les yeux fixés sur le lieutenant Scott qui braquait son Beretta directement sur son front.

« Vous prenez des civils en otage, vous manigancez je-ne-sais-quoi avec un appareil Ancien et, ensuite, c'est à lui que vous venez présenter des excuses ? » s'exclama Young, atterré. Tout en parlant, il luttait pour immobiliser Rush sans le blesser, une tâche qui s'avérait être tout sauf simple. Rush s'obstinait à forcer et à se tortiller, déterminé à échapper à la sévère clé de bras de Young.

/Arrêtez / ordonna-t-il à Rush, pratiquement assis sur les reins du scientifique, une main maintenant la clé et l'autre pesant lourdement sur sa nuque.

« Rush » intervint Greer d'une voix insistante. « Rush, ça n'en vaut pas la peine. Vous allez vous déboîter l'épaule et pour gagner quoi ? Trois malheureuses minutes ? Laissez-tomber. »

Sous les mains de Young, Rush se détendit lentement, un frisson courant le long de son dos.

-oOo-

Boucle : 15, minute 0

Young se réveilla pour trouver Rush allongé à côté de lui sur le lit, le regard vide.

« Eh » appela-t-il doucement. « Vous vous sentez bien ? » L'épaule et les poignets du scientifique étaient horriblement douloureux et on aurait dit que ses pieds avaient été impitoyablement tordus.

Rush ne répondit pas et Young s'assit en posant gentiment une main sur son épaule. Il se demanda vaguement où étaient passées ses attelles, pourquoi il portait ses rangers au lit et pourquoi il tenait... Minute. Est-ce que c'était son arme de service ?

« Plus j'y pense, plus je me dis que si nous n'étions pas liés » débuta incompréhensiblement Rush. « Ma position ne serait pas réinitialisée à chaque fois. Mais elle l'est. Parce que la vôtre l'est aussi. »

« Je vais appeler TJ » décréta Young.

« Ne vous donnez pas cette peine » fit Rush d'un ton las. « Attendez simplement Greer. »

« D'accord. C'est définitif. Je vais appeler... »

Young fut interrompu par un coup frappé à la porte. Il se leva pour aller l'ouvrir. Greer attendait dans la coursive, l'air profondément agacé. Il parut surpris de voir Young dans l'encadrement du sas.

« Sergent ? Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? »

« Je peux entrer ? »

« Ce n'est pas vraiment le moment. »

« Il ne se sent pas bien ? » demanda Greer, soudain inquiet. Il s'avança, se retint de justesse de pousser Young hors du passage et se contenta de le contourner pour entrer dans la pièce. Rush n'avait pas bougé. Il était encore allongé sur le dos, la main qui tenait le Beretta de Young trainant sans considération sur le sol.

« Je pense que je vais prendre une boucle de congé » soupira Rush alors que Greer s'asseyait par terre à côté du lit.

« Ouais » acquiesça Greer. « Je crois que vous en avez bien besoin. Il faut qu'on mange de toutes façons. Il est quoi ? Presque treize heures ? Je meurs de faim. »

« Bordel, mais qu'est-ce qui se passe ici ? » leur demanda Young.

-oOo-

Boucle : 16, minute : 0

Young se réveilla pour trouver Rush en train de l'observer, le canon d'un Beretta négligemment appuyé contre son épaule gauche. Young se redressa à moitié et Rush resserra sa prise sur l'arme pour la braquer sur lui d'un geste las et peu convaincu.

« Il faut qu'on y aille » soupira-t-il.

Young ne répondit pas, préférant passer en revue les différentes façons de désarmer le scientifique. Toutes lui parurent inutilement violentes. Finalement, il se décida. Il se pencha lentement en avant et referma sa main sur celle de Rush, lui retirant l'arme sans rencontrer de résistance.

Rush soupira. « Il n'était pas chargé de toutes façons. Il ne l'a jamais été. »

-oOo-

Boucle : 20, minute : 10

Greer aida Rush à s'assoir, une main le retenant par le devant de sa veste et l'autre pas le coude.

« Vous m'avez promis des explications » rappela Young en se penchant sur Rush.

« Et vous les aurez » répondit Greer en s'avançant vers Young pour le forcer à s'éloigner un peu du scientifique. « Mais pas maintenant. Maintenant, il faut le laisser faire son boulot. Faites-moi confiance. »

Young recula légèrement et chercha à atteindre l'esprit de Rush, lui envoyant son incompréhension en se passant de mots.

Pour toute réponse, il se fit sèchement congédier par Rush qui n'utilisa pas plus de mots que lui-même l'avait fait. Les pensées du scientifique tournoyaient sombrement. Il ne perçut qu'un obscur mélange de diagrammes et de syntagmes Anciens.

« Messieurs » fit Greer avec lassitude, les bras croisés et le ton monotone. On aurait dit qu'il récitait un discours mille fois répété. « Ceci est une boucle temporelle. Rush et moi évoluons sur un référentiel différent du vôtre, qui recommence indéfiniment toutes les dix-sept minutes au moment précis où cet appareil se déclenche. Rush, moi et le Destiny continuons notre course à travers l'espace-temps de façon normale. Vous tous. » Greer s'interrompit, ses doigts se crispant sur la sangle de son P90. « Êtes coincés. Vous revivez les mêmes dix-sept minutes depuis ce matin. Si vous ne me croyez pas, vérifiez la position actuelle du Destiny. »

« On a presque six heures d'avance sur la trajectoire prévue » constata Eli en levant les yeux des moniteurs pour regarder Young. « Qu'est-ce qui se passe si on sort de VSL maintenant ? »

« D'où vient cette anomalie ? » questionna Young en sentant sa patience vacillante voler en éclat.

Greer soupira et jeta un regard lourd de signification à Rush.

« Bienvenu dans mon monde, sergent » grogna Rush en lui accordant un coup d'œil compatissant.

« Je crois » débuta Greer en regardant sentencieusement le plafond d'un air contrarié. « Que je commence à comprendre comment on devient un parfait connard. »

-oOo-

Boucle : 21, minute : 10

« Messieurs, ceci est une... » Greer s'interrompit au milieu de sa phrase. « Vous savez quoi ? Allez vous faire foutre. » Il arma son fusil d'assaut et le pointa en direction de Young et de l'équipe scientifique. « Bouclez-la, c'est tout » dit-il.

« Quoi ? » s'exclama Eli.

« J'ai dit : bouclez-la. »

« Je croyais qu'on avait décidé que les flingues n'étaient pas la meilleure méthode ? Vous avez déjà manqué de vous faire tirer une balle dans le crâne, vous vous souvenez ? » intervint Rush sans le regarder. « Il n'y a pas de retour en arrière pour vous. »

« Peut-être » répliqua Greer. « Mais toute cette histoire commence à me les briser. »

« Soyez gentil » grinça Rush. « Ne vous faites pas tuer. »

-oOo-

Boucle : 24, minute : 5

« On vous l'a déjà expliqué » grogna Greer en portant à moitié Rush, le bras droit du scientifique passé autour de ses épaules et sa main le retenant fermement par la taille. « Au moins une vingtaine de fois. Vous devez nous croire sur parole. Faites-nous confiance. »

« Vous en demandez trop, sergent » commenta Rush d'une voix essoufflée.

« Quant à vous » reprit Greer. « J'apprécierais que vous arrêtiez de faire chier le monde. »

« Impossible. C'est une seconde nature. »

Young les regarda marcher en tandem sans la moindre gêne, comme si porter ou se faire porter par l'autre était normal. Comme si c'était réellement arrivé d'innombrables fois. En les observant, il eut la désagréable impression que ce n'étaient pas eux qui étaient à côté de la plaque mais lui. Au fond de son esprit, il pouvait sentir Rush lutter contre l'attraction du Destiny et il essaya de l'aider, de le retenir autant qu'il le pouvait.

« Je vous fais confiance » dit-il. « A tous les deux. »

Greer et Rush lui adressèrent le même regard circonspect.

-oOo-

Boucle : 25, minute : 0

Young ouvrit les yeux et vit Rush assis au bord du lit, les épaules voûtées. Il semblait épuisé. Le semi-pénombre, inhabituelle pour un début de matinée, accentuait les énormes cernes sous ses yeux.

« Rush ? » appela Young en se redressant.

« Il faut qu'on y aille » murmura Rush, les yeux mi-clos. « Ne posez pas de questions. Faites-moi confiance. Juste pour cette fois. »

Dans l'esprit du scientifique, Young ne percevait pratiquement que de la douleur et de la fatigue.

« Rush, vous n'êtes pas en état de... »

/S'il vous plait / l'interrompit Rush. /Vous devez m'aider./

Les yeux du scientifique étaient fermés à présent. Son port de tête était bas. Il ne regardait pas Young, il attendait simplement sa réponse. Young se pencha par dessus le bord du lit et attrapa ses rangers en notant distraitement que Rush avait déjà enfilé les siennes.

/D'accord. Où est-ce qu'on va ?/

Rush ne répondit pas avec des mots. A la place, il envoya à Young une brève image représentant un appareil Ancien. Young put voir des circuits exposés briller d'une lueur bleuâtre et entendre un léger bourdonnement électrique dont l'intensité augmentait progressivement.

« Greer arrive » fit Rush à peine quelques secondes avant que Young entende quelqu'un frapper à sa porte.

Un frisson courut le long de son dos et il scruta Rush d'un œil incrédule.

Quand il ouvrit le sas, il constata qu'il s'agissait effectivement de Greer.

« Je peux entrer ? » Greer était appuyé contre l'encadrement de porte, une main posée sur son P90 d'une manière à la fois lasse et agressive.

« Je vous en prie » répondit Young en reculant pour le laisser passer. « J'ai cru comprendre qu'on allait quelque part ? »

« En effet » fit Greer avec soulagement en dépassant Young pour s'approcher de Rush. « Félicitations, Doc » dit-il en relevant le scientifique avec un demi-sourire. « Vous avez été rapide. Pas de flingue, pas de cris, rien. Il ne vous a fallut que vingt-cinq essais pour réussir à faire ça proprement. »

« Oh, la ferme » cingla Rush.

-oOo-

Boucle : 27, minute : 12

« Messieurs » s'exclama Greer en ajustant la sangle de son P90. « Ceci est une boucle temporelle. Nous essayons d'arranger ça mais nous sommes complètement vannés donc, soyez gentils, gardez vos questions pour vous et fermez vos putains de gueules, pigé ? »

Bien qu'aucune menace n'ait été formulée, la posture de Greer et sa façon de tenir son arme suggéraient qu'il n'hésiterait pas à s'en servir si la situation l'exigeait. Young fronça les sourcils et se massa le menton. Au fond de son esprit, il pouvait sentir Rush lutter pour rester concentré malgré l'épuisement. Résister à l'attraction du vaisseau drainait son énergie bien au-delà des limites du raisonnable.

Young osa un pas dans la direction de Greer. Le sergent le toisa, l'air menaçant.

« Je crois que je peux l'aider » offrit Young à voix basse pour que personne d'autre que Greer ne puisse comprendre.

« Vous devez le laisser se concentrer » riposta Greer sur le même ton, avenant comme une porte de prison.

« Il ne va pas pouvoir continuer comme ça indéfiniment » fit remarquer Young.

« Je sais » marmonna Greer. « Je le sais mieux que personne. Je ne l'ai pas lâché d'une semelle depuis que ce truc s'est activé. »

« Alors laissez-moi l'aider » souffla Young.

Greer le scruta intensément, pesant le pour et le contre.

« Pour l'amour du ciel, colonel » s'exclama Rush. « Arrêtez de tergiverser et venez vous rendre utile. »

-oOo-

Boucle : 28, minute : 14

Young se laissa tomber à genoux à côté de Rush, la paume de la main pressée contre le dos du scientifique, juste entre les deux omoplates. Il regarda le mathématicien finir de dénuder un câble d'allumage qu'il avait déniché il ne savait où dans les entrailles de l'appareil.

« Greer » haleta Rush. « J'ai l'impression que je touche au but. »

« C'est aussi ce que vous avez dit il y a douze boucles, Doc. »

« C'est exact mais... » Rush détroussa les manches de sa veste et tira sur le tissu jusqu'à ce qu'il recouvre entièrement ses mains.

« Si ça ne marche pas, on prend une boucle de congé » badina Greer en regardant Rush glisser ses doigts entre les câbles sous tension d'un œil inquiet.

« Ça va marcher » assura Rush. Il connecta adroitement l'une des extrémités du câble d'allumage à un circuit exposé et marqua un temps d'arrêt.

/Poussez-vous de là / projeta-t-il à Young avant de ramener son pied gauche vers lui pour examiner attentivement la semelle de sa ranger.

« Doc, qu'est-ce que vous branlez encore ? » s'impatienta Greer. « Il ne vous reste que trois minutes. »

« Je vérifie que je ne vais pas me tuer en faisant ce que j'ai prévu de faire, voilà ce que je branle » cingla Rush. « Je compte court-circuiter cette chose, et ce n'est pas exactement sans risque pour ma personne, alors pardonnez-moi si je prends quelques précautions. D'autres questions stupides ? »

« Oh putain... » commenta Greer en grimaçant.

Rush s'aida de ses mains pour se redresser en position accroupie, les dents serrées. Il ne put retenir un sifflement de douleur quand il pesa à nouveau de tout son poids sur ses pieds blessés. Avec toutes ses barrières mentales baissées, Young reçut de plein fouet la vague de nausée alors que les muscles à peine reconstitués, les os brisées et les nerfs à vif protestaient atrocement.

« Rush » grinça-t-il. Le ton était celui de la réprimande mais le nom du scientifique sortit dans un gémissement douloureux.

« Ne me touchez pas » lui rappela presque gentiment Rush en haussant la voix.

En équilibre précaire, les semelles en caoutchouc de ses rangers pour tout isolant, le scientifique se pencha en avant et, du bout de ses doigts protégés par les manches de sa veste, il connecta prudemment le câble d'allumage.

Un arc de plasma jaillit aussitôt, bref et bleu, gravant une arche flamboyante sur les rétines de Young. Rush fut projeté en arrière, son équilibre précaire rompu, et il se retrouva sur les fesses alors que tous les circuits internes de l'appareil s'embrasaient d'une lumière bleue aveuglante. D'un même mouvement, Young et Greer saisirent Rush chacun par une épaule et le remorquèrent le plus loin possible de la machine. L'éclairage de la salle vacilla, des symboles Anciens furent projetés sur les murs et le plafond en suites incompréhensibles de symboles fantomatiques et la coque de l'appareil elle-même se mit à luire d'un furieux éclat bleuté.

« Vous avez provoqué une surcharge ! » s'affola Eli.

« J'avais remarqué, Eli, merci » lui cria Rush en retour.

Le grésillement électrique atteignit une intensité insupportable.

Rush se tenait entre Young et l'appareil, silhouette sombre sur fond de lumière bleue. Ses cheveux lui retombaient devant les yeux. D'un coup sec, il retroussa les manches de sa veste, exposant ses mains pour les poser immédiatement sur le métal du pont. L'appareil atteignit son point critique dans une éruption de lumière aveuglante. L'explosion fut assourdissante et Young sentit chacun de ses muscles se tendre, anticipant la pluie de débris qui ne manquerait pas de s'abattre.

Rien ne vint.

Quand il rouvrit les yeux, il n'y avait qu'un cratère de métal noirci à l'endroit où se trouvait l'appareil quelques secondes plus tôt et une zone dévastée jonchée de débris qui dessinait un cercle parfait d'environ cinq mètres de diamètre tout autour. Un champ de force vacillant se dressait devant eux, tantôt visible, tantôt impossible à distinguer à l'œil nu, couvrant l'espace du sol au plafond. Rush était agenouillé au pied de la barrière énergétique providentielle, la main droite posée à plat sur le sol et le bout des doigts en contact direct avec la base du champ de force.

« Bordel de merde, Doc » souffla Greer dans leur dos.

« Vous l'avez dit » haleta Rush en se redressant pour se tourner vers eux. « Pendant une seconde, j'ai cru que nous avions un problème. »