Notes : Pauvre petit chapitre sans grand intérêt, on en apprend juste davantage sur Astrée ; Cerena se fait plus présente et le petit garçon des rêves est là... Ce n'est jamais qu'un chapitre de transition, pas palpitant pour un sous, mais il est là quand même ! Et en tous cas, merci tout spécialement à Jouzetsuka, Vani-Chan, Kaomisha et EtoileDeNeige !
AMITIE ET MOI
Par un fort cruel manque de chance, il se trouva que le matin d'Halloween, une maladresse de Cerena m'envoya directement à l'infirmerie. Nous avions déjà été placées côte à côte en Potion, lors d'un devoir, puisque les noms McGonagall et McGregor se suivaient sur la liste alphabétique ; et nous décidâmes communément de rester l'une à côté de l'autre même durant les cours de Potion normaux. Mais hélas, Cerena, aussi mignonne soit-elle, est également dotée d'un certain don pour les maladresses, aussi me retrouvai-je le visage et les mains couvertes d'une mixture écoeurante venue tout droit de notre chaudron. Je serai bien en mal d'expliquer comment Diable elle s'y est prise…
Madame Pearl, la vieille infirmière acariâtre, m'expliqua :
― La potion de « passe-partout » n'est pas un réel danger, seulement elle est destinée à être ingurgitée, et non être en contact avec la peau. Il va vous falloir garder le lit jusqu'à demain midi.
― Très bien, je resterai couchée…
― A l'infirmerie, souligna-t-elle, grondante.
Une immense déception m'inonda, je tentai néanmoins :
― Mais, ce soir c'est Halloween…
― Et alors ?
Toute l'injustice de ma situation me fit la détester en cet instant, et en reporter toute la culpabilité sur sa pauvre personne. Pourtant, je le jure, je ne lui fis pas de geste grossier dans le dos lorsqu'elle tourna les talons ; mais j'en mourais d'envie.
Pearl m'apporta à midi un maigre repas, mais je fus consolée quand je vis qu'elle avait également autorisé Astrée et Artémis à me rendre visite. Les deux filles s'installèrent chacune d'un côté de moi, sous l'œil suspicieux de l'infirmière qui finit par sortir, et me gratifièrent d'un sourire. La rousse piqua un bâtonnet de carotte dans mon assiette, et le croqua.
― Alors, Min', tu sors quand d'ici ? Va pas falloir rater la fête de ce soir, hein, s'exclama-t-elle en rigolant.
Artémis ou « comment mettre les pieds dans le plat ». J'aurais dû lui dire, au moins une fois, qu'un dicton conseillait de tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de parler. Je n'ai pourtant jamais jugé utile de le lui faire remarquer.
― Justement, je sors demain midi…
― Hors de question ! C'est ton premier Halloween au château, on vient te chercher en douce dans la soirée.
Je fus flattée par sa sollicitude ; après tout Artémis avait beaucoup d'amis, je n'étais pas spécialement indispensable à sa soirée, et pourtant elle semblait réellement ennuyée que je rate la première fête de ma scolarité. Toutefois, je répondis, raisonnable :
― Non, laisse tomber, c'est pas grave. Il y aura toujours Noël d'ici peu.
Astrée hocha la tête avec véhémence, foudroyant notre amie de son regard ambré.
― Minerva a raison, Artémis, c'est toi qui es stupidement insouciante. Des fêtes d'Halloween, il nous en reste encore six, je pense que c'est suffisant.
― Hého la révolutionnaire, on t'a pas sonnée, lâcha la rousse, acerbe.
En les regardant se toiser, défiantes, je me demandai subitement quelle conversation antérieure avait pu les amener à se parler ainsi ; j'eu même peur qu'elles s'énervent pour de bon, mais à la vue du léger sourire d'Astrée je compris qu'elles n'en étaient certainement pas à leur première prise de bec. Artémis chipa un dernier bâtonnet orange dans mon assiette, puis s'allongea sans vergogne sur le lit d'à côté, me jetant un drôle de regard :
― Tu es bien sûre que tu ne veux pas… Je suis convaincue que ça pourrait être rigolo de venir te sortir d'ici sous le nez de la vieille Pearl.
Je lui assurai que je préférais rester sagement couchée, et elles finirent par partir, l'heure de la reprise des cours approchant. Je les regardai s'en aller en caracolant entre les lits blancs, main dans la main comme deux sœurs, alors qu'elles étaient l'exacte antithèse l'une de l'autre. Souvent, ce curieux contraste me frappa, voire même me fascina ; tout comme la complexité de leur amitié, qui ne semblait exister que par l'opposition qui les dissociait. Il m'arrive de me demander si chacune d'elle, dans la bonne entente qu'elles feignaient, ne cherchait pas en vérité à faire adhérer l'autre à ses convictions personnelles.
Le temps me parut interminable, et bien après que le soleil se fut couché, je perçus un grattement timide à la porte. Un instant plus tard, la mine penaude de Cerena apparut dans l'embrasure de la porte.
― Viens, approches-toi, l'invitai-je de ma voix la plus chaleureuse.
Sans un mot, elle s'assit sur le lit d'à côté. Nous échangeâmes un regard, quand enfin :
― Je t'ennuie ? Tu veux peut-être que je m'en aille, Minerva…
― Non ! Au contraire, ça fait du bien de la compagnie ! Mais il doit être l'heure de la fête d'Halloween, que viens-tu faire ici, au lieu de t'amuser ?
Elle baissa les yeux.
― C'est pas amusant d'être seule, tu dois comprendre, puisque toi aussi tu es isolée. Enfin, je veux dire : ce soir. Et puis, c'est de ma faute si tu es ici, je peux bien te tenir compagnie pour me racheter…
Je me redressai légèrement, me creusant la tête pour trouver un moyen de la mettre à l'aise.
― Si ça peut te rassurer, je n'ai pas songé un seul instant à t'en vouloir, Cerena.
Elle me sourit maladroitement, avant de fouiller dans son sac les joues rouges. Elle finit par me tendre quelque chose enveloppé de serviettes en papier, qui se révéla être deux cuisses de poulet, des beignets de courgettes, une tranche de pain et une pomme.
― Je sais à quoi ressemblent les repas de l'infirmerie. J'ai pensé que tu aurais faim, se justifia-t-elle, manifestement désolée.
A ses paroles, je me sentis terriblement gênée de la ferveur qu'elle exprimait à mon égard ; encore, eut-elle été réciproque, mais non, j'avais plutôt tendance à négliger Cerena. Je me promis de lui prêter davantage attention, par la suite.
Cette nuit là, je fis un rêve étrange. Peut-être était-ce parce que je me sentais seule, dans mon lit de cette infirmerie trop blanche, tandis que d'autres faisaient la fête, toujours est-il que au cœur de mes songes, un adorable petit garçon vint me tenir compagnie silencieusement. Je l'aurais reconnu entre mille, pourtant, ce n'était pas grâce à son visage que je ne parvenais à apercevoir, mais plutôt du fait de l'étrange aura de bien-être qu'il diffusait. Dans mon rêve, il m'offrit même un petit bouquet de violettes ; au matin, j'eus la stupéfaction de trouver les violettes sur ma table de chevet.
Je tins ma promesse au sujet de Cerena, enfin, un peu plus qu'à moitié… Au midi, elle était avec moi lorsque je quittai l'infirmerie, et si Astrée ou Artémis furent surprises de notre amitié naissante, elles n'en dirent rien. D'ailleurs la première ne dit rien non plus au sujet de la fête d'Halloween par égard pour moi ; quant à la seconde, elle s'empressa de me raconter :
― Y'a du grabuge chez les fantômes de Poudlard ! Hier soir, ils ont refusé de faire leur numéro habituel pour Halloween, et se sont plaint en public de la disparition de l'un des leurs…
Je ne sais si elle reçut un coup de coude d'Astrée, en guise de mise en garde, ou si elle prit conscience toute seule qu'elle remuait le couteau dans la plaie, néanmoins elle ne poursuivit pas, et le sujet d'Halloween fut définitivement clos. Pour le moment…
De ce jour, et à mon initiative, Astrée et moi nous rapprochâmes de Cerena. C'était comme si nous la prenions sous notre aile, et je crois que Cerena apprécia beaucoup. Il faut quand même reconnaître que ce fut surtout moi qui m'attachai à elle, car Astrée était plutôt solitaire. C'était une fille exceptionnelle, déjà parce qu'elle était noire, la seule à Poudlard à cette époque ; peut-être à cause de sa couleur de peau si singulière, elle avait appris à garder la tête haute en toute circonstance. Elle allait au bout de ses convictions, et souvent je puisais en elle le courage et la volonté de m'affirmer ; mais elle n'était pas non plus à l'image d'une meilleure amie avec qui je pouvais tout partager, car trop indépendante. Je la sentais souvent à des milliers d'années de mes préoccupations de gamine, d'où un jour, cette conversation dans le froid du parc, juste avant les premières neiges :
― Ah oui, j'oublie des fois que tu es issue d'une famille de sorciers, dit-elle parce que je lui parlais du système de poste par hiboux.
― Toi aussi, non ?
A ma grande surprise, elle secoua la tête en signe de dénégation, et me regarda.
― Non, jusqu'à cet été, je ne savais même pas que la magie existait. Ca a changé ma vie d'ailleurs.
― Et tes parents… Ce sont des moldus alors ?
― Oui… Ils n'ont pas eu la chance de pouvoir s'évader dans le monde de la magie, glissa-t-elle avec de la tristesse dans la voix.
― Mais le monde des moldus est agréable, pourtant ?
Je songeai aux automobiles que Hadrien m'avait décrites, aux salles de cinéma, aux bals masqués mondains… Mais Astrée releva la tête brusquement :
― Pas celui duquel je viens. C'est pourquoi je me sens tellement bien à Poudlard, et qui me pousse à travailler au maximum pour y faire mes sept ans.
― C'est si terrible que ça, d'où tu viens ?
Elle me fixa quelques instants avant de répondre avec laconisme :
― Oui.
Le silence s'installa. Je me sentais gênée de lui avoir éventuellement rappelé de mauvais souvenirs, et légèrement frustrée malgré moi qu'elle ne se confie pas davantage. Je dus me rendre à l'évidence, bien plus tard, que Astrée ne se dévoilait pas sans avoir une grande confiance en la personne. Et partager la même chambrée depuis trois mois n'était pas suffisant pour avoir sa confiance.
Bien sûr, j'avais beaucoup de choses, d'interrogations sans réponses, qui tourbillonnaient dans ma tête, et si la condition d'Astrée avait piqué ma curiosité, j'étais consciente aussi que ce serait lui manquer de respect que de chercher à savoir contre son gré. Le bouquet de violettes, qui n'était accompagné d'aucun mot, me plongeait dans les abimes de la perplexité, tandis que le sois-disant fantôme disparu à Pouldard m'interpelait légèrement. Le décompte s'étoffait : Cerena agressée, un fantôme disparu, un fou-furieux qui me recherchait peut-être, et des fleurs tout droit sorties d'un rêve... Il y avait de quoi se poser des questions.
Un avant-goût du suivant ? Eh bien, il va se passer davantage de choses : mois de décembre, l'approche des bilans individuels qui va entraîner fatalement DEUX rencontres ! Un homme et un garçon... PLus de détails ? Mercredi ou jeudi soir... ! Ah ! et n'oubliez pas de me donner un avis sur ce chapitre. Merci !
