Bonsoir bonsoir ! Merci à Sheego (je penserai à toi PROMIS PROMIS !). Hum, très, très dure semaine pour moi, en espérant que ce chapitre, bien qu'il soit chaste, vous divertira ! Bonne lecture.

Résumons : Début décembre. Quatrième séance d'érotisme : gros délire psychédélique. Harry est en calbute sur l'estrade, Draco tourne autour de lui en s'extasiant devant ce superbe produit de la Nature (ololz). Harry s'imagine en dieu-cerf, forniquant avec un renard polaire. A la fin de la séance, Draco se masturbe dans la salle de classe vide pour se libérer de toute sa frustration.


LES ENCHAINES

Chapitre 11 : Ce soir, toi, mon pote et moi ?


– Vas-y ! gloussa l'une, excitée comme une puce.

– Tu es sûre ? demanda l'autre, en se rongeant machinalement les ongles.

– Mais oui, de quoi as-tu peur ? dit la première, en la poussant en avant comme pour se débarrasser d'elle.

– De me foutre la honte, bien sûr ! Qu'il refuse ! Et toi, tu le ferais à ma place ?

Mais Lavande ne répondit pas. Elle était déjà en train de courir après le blond, son sac valdinguant dangereusement au bout de son bras. Avec appréhension, Parvati observa son amie attraper le Serpentard par la manche. Il se retourna lentement vers elle, son fidèle sourcil gauche au rendez-vous.

– Bonjour, Draco ! souffla Lavande.

Elle respirait bruyamment, comme si elle voulait aspirer tout l'oxygène contenu dans ce couloir du troisième étage. Par réflexe, Draco fit un pas en arrière. Il ne voulait pas être aspiré par mégarde.

Il garda le silence. Même s'il savait déjà ce que cette Gryffondor voulait, il n'allait pas lui faciliter la tâche.

Constatant qu'il ne répondrait pas, Lavande continua.

– Je... j'ai entendu dire que tu étais « ouvert » en ce moment, alors est-ce que tu accepterais de nous voir, ma copine ou moi ?

Le rouge lui monta violemment aux joues, mais elle continua de dévorer Draco des yeux. Draco Malfoy était trop sexy pour son propre bien.

Blaise ricana. Certaines filles étaient décidément très audacieuses – pour ne pas dire grossières. Sincèrement, même lui n'aurait pas le culot d'aller voir une fille en plein jour, devant tout le monde, et de lui demander « Ce soir, toi, mon pote et moi ? ».

Au loin, Parvati se mangeait littéralement les doigts. Elle aurait dû y aller elle-même. Contrairement à Lavande, elle aurait su être suggestive.

– Ce soir, 9 heures, devant la salle de bain des préfets. Ramène ton amie, sourit aimablement Draco, qui n'en avait rien à curer de l'affinité limitée que Lavande Brown avait avec la subtilité.

Après tout, il subissait les assauts de Parkinson depuis ses onze ans. Il était habitué.

xXx

Cinq jours étaient passés depuis la quatrième séance d'érotisme, cinq jours que Draco Malfoy avait passés à coucher avec toutes celles et ceux qui le lui proposaient. Et ils étaient nombreux.

Même s'il trouvait le comportement de son meilleur ami curieux, Blaise n'osait pas fouiller de nouveau dans le « carnet de recettes de grand-mère ». Avoir trompé une fois la vigilance de Draco relevait déjà du miracle. Réitérer l'expérience si vite serait la même chose que de se planter devant un dragon et attendre, immobile, que le dragon crache du feu.

La seule chose dont Blaise était certain, c'était que Potter n'était pas étranger à tout ça. Mais qu'avait-il bien pu se passer entre Draco et lui pour que Draco cherche à renforcer sa réputation de tombeur avec autant de zèle ?

xXx

Harry Potter considérait qu'il avait subi de nombreuses épreuves durant sa courte vie et qu'il avait été bien trop de fois confronté à la mort pour être qualifié d'adolescent lambda.

Pourtant, en cette deuxième semaine de décembre, il regrettait presque de n'être chargé d'aucune mission périlleuse et d'extrême urgence qui l'obligerait à s'exiler loin, très loin de l'Angleterre, tant l'attitude de Blaise Zabini l'exaspérait.

Depuis cinq ans qu'ils se connaissaient, le meilleur ami de Malfoy ne lui avait jamais manifesté le moindre intérêt. Pour quel motif énigmatique avait-il commencé à lui tourner autour – à l'emmerder –, Harry l'ignorait et s'en fichait royalement.

Tout ce qu'il voulait, c'était que Zabini lui foute la paix, nom d'une brebis misanthrope.

A chaque fois qu'ils se croisaient, Blaise lui adressait un clin d'œil qu'on ne pouvait pas qualifier d'autre chose que de « coquin ». A chaque fois qu'ils se croisaient, Blaise se débrouillait pour l'effleurer, voire le caresser, alors que ce n'était absolument pas nécessaire. A chaque fois qu'ils se croisaient, Blaise lui susurrait des mots soit doux, soit cru, et il s'en allait en riant.

Franchement, entre le meilleur ami de Malfoy et Malfoy lui-même, Harry, même s'il lui en coûtait de l'admettre, préférait largement le second.

Le pire dans cette histoire était qu'aucun de ses amis ne semblait prendre Harry au sérieux. Quand il disait vouloir écorcher vif ce chacal de Zabini et décorer la Grande Salle avec ses viscères, ils se contentaient d'éclater de rire et de lui dire d'arrêter de dramatiser.

« Tu exagères, mon vieux, tu sais bien qu'il fait ça pour te charrier. Tout le monde sait que les Serpentards ont un sens de l'humour douteux. Ça lui passera. Ce n'est pas si terrible que ça, non ? » disait Ron.

« Harry, Blaise continue à t'embêter simplement parce que tu réagis. Si tu restes serein et que tu ne te laisses pas atteindre par de telles futilités, il finita par arrêter, » disait Hermione.

« Hey, tu ne crois pas que Zabini agit sur ordre de Malfoy ? Ces salauds de Serpentards ! Si un jour tu fais une virée-massacre dans leur dortoir, je veux être de la partie ! » disait Neville.

Cependant, s'il y avait une chose dont Harry était sûr, c'était que Blaise n'agissait pas sur ordre de Malfoy. De un, parce que le blond avait eu l'air surpris d'entendre parler de son meilleur ami lors de la dernière séance. Et de deux, parce que, ces derniers jours, il était bien trop occupé à baiser avec tout ce qui bougeait.

Non pas que Harry s'intéressait particulièrement aux mœurs légères de son rival et, accessoirement, partenaire d'érotisme. En dehors de leurs séances, Malfoy faisait ce qu'il voulait de son corps. S'il le désirait, il pourrait coucher avec le Saule Cogneur – Harry s'en foutrait autant que de l'épaisseur des fonds de chaudron qui préoccupait tant Percy.

Toutefois, Malfoy s'affichait partout avec une bande de gonzesses et de bonhommes dégénérés qui léchaient littéralement toutes les parties accessibles de sa personne. Il s'absentait souvent de cours, lui qui était pourtant un élève sérieux, et tout le monde savait qu'il n'était pas malade... Au contraire, il n'avait jamais eu l'air aussi resplendissant de santé lubrique.

Entre un Blaise au comportement douteux et un Malfoy dur comme l'acier, Harry ne savait plus que faire. Les Serpentards étaient décidément des créatures bien étranges.

xXx

Le lendemain de la séance, c'est-à-dire mardi matin, Harry s'était réveillé dans de très bonnes dispositions. Il avait passé une nuit paisible. Il avait fait un joli rêve, mais il était incapable de s'en rappeler. Seules quelques bribes, des couleurs pastels et translucides, lui revenaient en mémoire. Mais c'était un rêve tendre, à l'image de la séance de la veille.

Car malgré le côté effrayant de son délire – un cerf et un renard polaire qui copulent allègrement dans la forêt, pardon ? – Harry avait trouvé la séance apaisante. Il avait été exhibé comme une statue sur un socle de fortune, mais il n'avait pas été gêné très longtemps. Et ça, ça lui avait plu.

Du fait de son statut d'icône, Harry avait toujours eu du mal à être pleinement lui-même. Tout comme Malfoy, il était souvent dans la représentation. Pour ne pas exciter les mauvaises langues, il lui fallait cadrer au mieux avec les valeurs qu'il incarnait depuis sa naissance, même s'il ne les avait jamais choisies.

Souvent, il se demandait comment il aurait évolué si Voldemort ne l'avait pas marqué comme son égal. Il aurait sûrement été une personne très différente. Il n'aurait jamais pu être un sale type, cela dit. Ses parents l'en auraient empêché. Mais il aurait été meilleur. Il aurait grandi dans une famille bienveillante, et il ne se serait pas traîné un lourd passé. Il aurait été un peu plus sain dans sa tête.

Mais à sa place, il y aurait eu Neville.

Harry ne voudrait jamais déléguer sa charge à un autre. Malfoy appelait ça « son foutu complexe du héros ». Pour le coup, il n'avait pas entièrement tort.

xXx

Bref, la quatrième séance avait été une réussite selon Harry, mais Malfoy n'avait pas l'air d'être du même avis. En tout cas, c'était la seule explication que Harry trouvait à l'étalage de débauche qu'était devenu Draco Malfoy, cette semaine-là.

Si le Serpentard avait été un chat, Harry aurait pensé qu'il était en rut. Mais Malfoy n'était pas un chat. Cette absurde période de chaleur cachait donc quelque chose.

1) Malfoy avait eu une crise de conscience aiguë. Il s'était plongé dans le sexe afin d'oublier qu'il avait un jour eu la folle et grotesque idée de proposer à son pire ennemi de faire des séances d'érotisme.

C'était un peu tard, mais en soi, très plausible. Souvent, Harry lui-même se demandait « Mais pourquoi, mais qu'est-ce que, mais sous quel sort de confusion étais-je lorsque j'ai accepté de participer à ça ? »

2) Malfoy venait de rompre avec l'être-de-sa-vie-forever-love. Il s'était plongé dans le sexe afin d'oublier qu'il avait un jour eu la folle et grotesque idée de croire en l'amour pur et beau et bucolique, coquillages et crustacés.

C'était très peu probable. Malfoy n'avait jamais eu l'air amoureux de sa vie, et il ne le serait certainement jamais. Il était bien trop joueur et manipulateur pour laisser son petit cœur battre pour quelqu'un d'autre que pour lui-même.

3) Malfoy se sentait trahi par Blaise, son meilleur ami, qui draguait Harry, leur ennemi. Il s'était plongé dans le sexe afin d'oublier qu'il avait un jour eu la folle et grotesque idée de penser que Blaise et lui étaient liés par une amitié virile et sincère.

Cette hypothèse-là était elle aussi très peu probable. Malfoy n'était pas du genre à avoir confiance en ses amis. Et il ne prenait pas des selfies avec Blaise en hurlant « Dray et Blaisy sont dans la place ! ». Si l'attitude de Blaise l'avait ennuyé, il l'aurait tout simplement castré pendant son sommeil.

Au fond, Harry ne cherchait pas vraiment à savoir pourquoi Malfoy jouait au chaud-lapin. Ce n'était pas son problème. Toutefois, il se demandait si sa sexualité très active aurait une répercussion sur le bon déroulement de leurs séances.

Dans cette atmosphère de débauche sexuelle, il lui paraissait très difficile d'aborder le Serpentard pour lui demander quand est-ce qu'ils se reverraient. Harry tenait à ses fesses : il ne voulait pas que ses propos soient mal interprétés. Surtout pas.

Alors Harry se contentait d'éviter Blaise Zabini, et, par la même occasion, Malfoy et sa cour.

xXxxXxxXx

Un samedi à minuit, Harry, Ron et Hermione discutaient au coin du feu, enfoncés dans les vieux fauteuils en cuir rouge de leur Salle Commune. Tandis que Ron et Hermione se jetaient des œillades peu discrètes, Harry essayait de faire comme s'il ne voyait rien.

Il était sur le point de se lever pour les laisser tranquille, quand Parvati et Lavande passèrent le trou du Portrait, gloussant comme deux perruches euphoriques.

Harry les regarda distraitement s'installer pas loin d'eux. Elles qui étaient si soignées d'habitude avaient les cheveux emmêlés, les vêtements froissés et le maquillage approximatif, comme si elles revenaient du terrain de Quidditch.

Mais si Harry savait quelque chose à propos des deux sorcières, c'était qu'elles avaient le même niveau en vol que lui en Arithmancie, soit un niveau en-dessous de zéro.

Les deux filles étaient affalées dans un canapé, les jambes un peu écartées, comme si elles n'en avaient plus rien à faire de leurs images. Elles avaient l'air d'avoir vécu le plus bel événement de leurs vies et semblaient pouvoir mourir sur le champ sans regret.

Comme Ron et Hermione s'étaient encore rapprochés, Harry continua d'observer Parvati et Lavande, qui chuchotaient rapidement entre elles.

Ça ne doit pas être très important, se dit-il. Elles ont probablement eu l'occasion de discuter avec un beau gosse ténébreux et inaccessible, rien de plus.

Un dernier coup d'œil vers Ron et Hermione le convainquit de se carapater avant qu'ils ne commencent à se rouler des galoches. Il partit se coucher, en se disant qu'un samedi soir dans la peau de l'Elu était somme toute loin d'être aussi palpitant qu'on pouvait se l'imaginer.

Finalement, il aimerait bien avoir quelqu'un qui, comme Ron pour Hermione et Hermione pour Ron, soit plus qu'un simple ami.

xXx

Le lendemain matin, Harry se réveilla d'humeur maussade, car il savait qu'il allait passer une journée fort ennuyeuse. Il avait déjà terminé ses devoirs, il faisait trop froid pour sortir et, il doutait que ses deux meilleurs amis aient du temps à lui consacrer ce jour-là. En effet, Harry s'était réveillé à côté d'un lit vide. Ron avait découché, et il n'était pas sorcier de savoir avec qui il avait passé la nuit.

Le Gryffondor ne prit pas la peine de regarder l'heure ou de se doucher. Il avait la flemme de tout. Il descendit petit-déjeuner seul, n'attendant ni Neville qui ronflait encore, ni Seamus et Dean qui s'ébattaient joyeusement dans la salle de bain.

En poussant les portes de la Grande Salle, Harry se rendit compte qu'il était sûrement très tôt, en fait. Une poignée d'élèves seulement étaient éparpillés aux quatre tables, et il régnait dans la pièce un silence étrange, en comparaison au vacarme habituel. Cela ne fit qu'enfoncer Harry un peu plus dans sa déprime.

Il se laissa tomber à l'extrémité de la table des Gryffondors et mangea, sans enthousiasme, un bout de biscotte trempé dans du café. Il n'avait même pas faim. Et avec ce froid et ce soleil pâle, il n'avait définitivement pas envie de sortir voler.

Pendant le petit-déjeuner, comme par un malheureux concours de circonstances, trois personnes achevèrent de le plonger dans le plus parfait état d'abattement.

xXx

La première était Blaise Zabini.

Blaise avait laissé Draco faire la grasse matinée et était descendu petit-déjeuner seul.

Le blond était rentré un peu après minuit de son rendez-vous avec les deux filles de Gryffondor. Avant de se coucher, il avait fait un récit détaillé de cette rencontre, à grands renforts de détails affriolants et d'imitations sordides.

Tous les garçons du dortoir avaient écouté son compte-rendu avec attention, car il était rare que Draco parle de ses aventures sexuelles. En effet, Draco était du genre réservé, et même s'il avait couché avec une bonne partie du château, il ne racontait jamais ce qu'il avait fait avec celle-ci ou celui-là.

La plupart du temps, c'était son partenaire d'un soir qui le criait sur toutes les tours le lendemain. Coucher avec Malfoy, même s'il portait la Marque des Ténèbres, était une sorte d'honneur. Quiconque l'avait eu dans son lit ou dans son corps réclamait une certaine reconnaissance. Mais Draco lui-même passait ordinairement ses prouesses sous silence.

Bref, il y avait définitivement quelque chose qui n'allait pas.

En jouant la carte de l'insatiable séducteur, il se caricature lui-même, comme pour se prouver quelque chose... oui, Draco veut se prouver qu'il n'a pas changé. Et il n'y arrive pas, son sketch sonne faux.

Blaise voulait bien croire que Draco ait sodomisé une des deux Gryffondors tout en doigtant l'autre. Mais qu'il s'en vante ! Ça ne lui ressemblait pas.

Blaise n'aurait jamais pensé dire une chose pareille, mais il allait le faire : le Draco qu'il connaissait était quelqu'un de bien plus respectueux.

Ainsi, c'est avec l'idée de découvrir quel rôle Harry Potter avait joué dans cette histoire que Blaise se dirigea d'un pas décidé vers la table des Gryffondors.

– Salut, Harry, comment vas-tu ? demanda-t-il poliment, en posant sa main sur l'épaule du brun.

Harry sursauta.

Pitié, pas Zabini, pas de bon matin.

Décidé à l'envoyer promener, Harry se retourna, un air furibond déformant soigneusement ses traits.

– Tu vois pas que je suis occupé, Zabini ? Laisse-moi tranquille, okay ? marmonna-t-il entre ses dents, comme s'il se retenait de mordre.

Le Serpentard leva les mains, en signe de non-agression.

– Oh, tout doux, Harry. Je voulais juste voir si tout allait bien ! Tu avais l'air un peu trop triste pour un dimanche matin.

Devant une telle courtoisie, Harry sourit, même s'il se méfiait toujours de Zabini. Il n'était pas prêt d'oublier que le Serpentard avait passé la semaine à lui faire du rentre-dedans.

– De quoi tu te mêles ? D'ailleurs, tu ne voudrais pas rejoindre ta bande de Serpentards, histoire de me laisser bouffer tranquille ?

Félicitations, Harry, tu mets toi-même le sujet Draco sur la table, songea Blaise avec satisfaction.

– Oh, tu sais... Vincent et Gregory ne se lèveraient pour rien au monde un jour où il n'y a pas cours – le dimanche, c'est sacré (1). Théo s'en fout de manger avec nous ou pas – ce type est vraiment chelou, en fait. Quant à Draco... Et bien, tu sais comment il est, dit le Serpentard.

Harry tilta.

– C'est-à-dire ? demanda-t-il malgré lui.

– Il est rentré tard hier soir... fit Blaise avec un clin d'œil idiot, mais qu'il jugea nécessaire pour paraître crédible. Il était avec deux nanas... de Gryffondor, il me semble.

Le visage de Harry devint tout blanc. Blaise se félicita pour ses propres talents de comédien.

– Parvati et Lavande... murmura le brun, sous le choc.

Il ne savait pas pourquoi ça le perturbait autant. Peut-être parce qu'il n'arrivait pas à associer Malfoy, qui appartenait aux méchants débiles, avec Parvati et Lavande, qui appartenaient aux gentils débiles. C'était deux sphères de sa vie qu'il pensait incompatibles.

– Hey, tu te sens bien ? demanda Blaise, l'air soucieux. Tu es tout pâle... Enfin, Draco m'a raconté de ces trucs ! Mais on ne parle pas de ça au petit-déjeuner, hein ?

Harry acquiesça, comme un automate.

– Tu es sûr que ça va, Harry ? redemanda le Serpentard pour lui mettre la pression.

C'est encore mieux que ce que j'imaginais, jubilait-il. Les activités extrascolaires de Draco ne laissent pas Potter indifférent, loin de là.

– Il me semble qu'il s'est fait un garçon de ton année aussi... mentit-il. Bouse ! Je n'arrive plus à me rappeler de son nom.

– Neville Londubat, Seamus Finnigan, Dean Thomas, dit Harry, d'une voix monocorde.

– Dean ! Voilà, c'était Dean ! s'écria Blaise, en se tapant le front.

Dean, coucher avec Malfoy ? Malfoy, coucher avec Dean ? Harry eut beau retourner l'idée dans tous les sens, elle lui paraissait terriblement absurde.

– Tu es sûr de toi, Zabini ?

– Oui... enfin, je crois, répondit Blaise.

Bien. Il avait semé le doute dans l'esprit du brun avec brio. Il allait quitter Harry, quand ce dernier l'interpella.

– Attends, Blaise !

– Hum ? dit le Serpentard en se retournant.

– Pourquoi tu t'intéresses à moi, en ce moment ? C'est très... inattendu.

Blaise haussa un sourcil malfoyen, amusé.

– Je ne fais pas que m'intéresser à toi. Je te séduis, c'est différent. A bientôt, Harry, roucoula-t-il.

Sur ces belles paroles, Blaise disparut. Il venait d'apercevoir Pansy et c'était un merveilleux prétexte pour laisser Potter en plan.

A la table de Gryffondor, Harry était sidéré. Pardon ? Blaise Zabini, le meilleur ami de Malfoy – son ennemi et maître d'érotisme – cherchait à le séduire ? Mais pourquoi ?

Harry n'eut pas le temps de se poser d'autres questions existentielles comme « A quoi servent les sourcils ? », « Pourquoi n'existe-t-il pas de paupières pour le nez et les oreilles ? » ou « Pourquoi est-ce que les cheveux poussent continuellement mais pas le reste des poils ? » car la deuxième personne qui allait perturber son petit-déjeuner se présenta sans tarder.

xXx

Il s'agissait de Colin fucking Crivey, venu lui faire part de ses théories à propos de sa fiancée imaginaire, Pansy Parkinson.

Voilà exactement comment cela se passa.

Harry grignotait vaguement un bout de brioche, en repensant à ce que Blaise venait de lui dire, quand Colin Crivey s'assit à sa droite.

Le petit Gryffondor avait toujours été plein d'entrain, ce qui avait tendance à énerver Harry, et d'autant plus quand lui-même était de très sale humeur, comme c'était le cas ce dimanche-là.

– Salut, Harry ! Comment tu vas, Harry ?

Harry grommela, ce qu'on pouvait interpréter comme « Bien merci » ou « Va te faire foutre ».

– Tu sais ce que j'ai fait hier soir, Harry ?

J'espère que tu n'as pas couché avec Malfoy, toi aussi... grimaça intérieurement le Survivant.

– Tu donnes ta langue au chat ? Hier soir, j'ai découvert de qui tu étais amoureux !

Harry tourna lentement la tête vers Colin.

– Tu as quoi ?

– Le garçon que tu aimes ! Je sais que c'est un secret, chuchota précipitamment le petit blond, une main devant la bouche, comme s'il conspirait.

– Ah, et qui est-ce, je te prie ?

Colin sourit de toutes ses dents. Harry remarqua qu'un petit truc vert – souvenir du dîner de la veille – était resté collé sur sa gencive, mais il ne dit rien.

– Malfoy, bien sûr.

Harry dut faire une grimace atrocement dégueulasse pour que Colin tape des mains et s'esclaffe comme un chiot.

– Je plaisante, Harry ! On sait tous que vous vous détestez. Et puis, Malfoy se tape toute l'école, ces derniers temps. Non, toi, tu es amoureux de Zabini. Blaise Zabini.

Harry refit exactement la même grimace, en mille fois pire.

– Blaise Zabini ? répéta-t-il, comme s'il avait mal entendu.

– Tu veux savoir comment j'ai découvert son identité ? Très bien. Tu es fiancée avec une fille qui ne t'aime pas et dont la famille ne t'aime pas. J'ai donc tout de suite pensé aux Serpentards. Mais tu ne connais pas beaucoup de filles à Serpentard, et moi non plus : il y avait Millicent Bulstrode et Pansy Parkinson. J'ai penché pour la dernière, étant donné qu'elle traîne avec Malfoy, ton ennemi juré.

Colin reprit son souffle avant de continuer :

– J'ignore si Parkinson a réellement un meilleur ami, mais j'ai pensé que si c'était le cas, il s'agirait de Blaise Zabini. Il a l'air plus ouvert que Malfoy, moins obtus que Crabbe et Goyle et plus bavard que Nott. Et cette théorie fonctionnait bien, car tu m'as dit que le meilleur ami de ta fiancée pensait que c'était lui qui était fiancé à toi... Et en ce moment, j'ai noté que Blaise te regardait souvent, hein ? Il tâte le terrain, il essaye de voir si quelque chose peut se passer entre vous ! J'ai l'œil ! Mais comme vous ne vous connaissez pas bien et qu'il est ami avec Malfoy, il n'est pas encore sûr de son coup... Par contre, toi, Harry, tu as déjà cédé à son charme.

Colin acheva sa démonstration les yeux plein de paillettes et d'étincelles.

Harry fit la moue. La seule manière de se sortir de ce merdier était d'y plonger.

– D'accord, j'avoue. J'aime bien Blaise Zabini, ça te va ? Mais surtout, n'en parle à personne, s'il-te-plaît. A personne, Colin, répéta-t-il, espérant que ça s'imprime bien dans le cerveau étriqué de son camarade. C'est un secret.

xXx

– Un secret ? Quel est ton secret, Harry ? dit alors une voix féminine, derrière le brun.

Cette voix appartenait à la troisième personne qui allait plonger Harry dans l'état d'abattement le plus total.

Sérieusement, pourquoi est-ce que les pires gens du monde me tombent dessus ce matin ? Il faut que je fasse réviser mon karma, ou même que je consulte Trelawney. Là, ce n'est plus possible.

Ginny Weasley, l'air curieux, attendait une réponse.

– Le principe d'un secret, c'est d'être gardé ! affirma Colin Crivey, en bombant le torse. Moi qui suis le détenteur du secret de Harry, je ne le trahirais !

Ginny eut un sourire moqueur mais elle n'insista pas et s'installa pour petit-déjeuner.

Ron et Hermione arrivèrent vingt minutes plus tard, main dans la main, un peu gênés, et tous les Gryffondors se chargèrent de les charrier. C'était la coutume pour les nouveaux couples. Harry et Ginny y avaient aussi eu droit, à l'époque...

Comment réagirait-elle si Colin lui parlait de mon secret ? Elle s'exclamerait sûrement « Harry, amoureux de Zabini ? Im-pos-sible ! »... Et ce serait encore pire si Colin lui parlait de Malfoy. Ginny dirait « Malfoy, comme dans Draco Malfoy ? Non, je ne crois pas, non ! ».

Mais malgré ses pensées incongrues, Harry était toujours aussi déprimé. Quelle journée de merde.

xXx

Dans son lit aux cachots, Draco s'étira comme un chat, se réveillant doucement.

Il avait passé une soirée agréable avec les deux petites Gryffondors mais... il y avait un mais. Elles s'étaient montrées très conciliantes et avides de nouvelles sensations. Il s'était bien amusé, il avait apprécié le fait d'avoir deux jolis corps et minois (2) à disposition et il avait joui avec plaisir. Pourtant, en rentrant au dortoir, il n'était pas du tout fatigué.

Il avait donc tout raconté à Blaise et aux autres, ce qui n'était pas dans ses habitudes. De toute façon, au point où il en était... Au cours de ces cinq derniers jours, il s'était fait sucer, toucher, embrasser, pénétrer par il ne savait combien de personnes différentes. Pourquoi ne pas partager, pour une fois, ses périples avec ses amis ?

Par ailleurs, faire le récit de sa soirée lui avait permis de réaliser tout ce que les deux filles et lui avait fait ensemble dans la salle de bain des préfets. Mais même après avoir fait le tour de toutes les positions et de toutes les folies qu'ils avaient entreprises, Draco n'était toujours pas satisfait de cette séance de baise crue.

Il manquait quelque chose.

Depuis la quatrième séance d'érotisme, le lundi soir, il n'avait pas arrêté de baiser.

Pourquoi ? Parce qu'il s'en voulait de s'être masturbé après coup, comme une pauvre épave qui ne saurait contrôler son corps. Il avait été énervé d'avoir pensé à Potter et à son petit cul, à cet idiot de Survivant sur lequel fantasmaient des milliers de gamins dans le monde.

Il n'aurait pas dû se branler en pensant à Potter, il n'aurait pas dû, car Potter ne représentait rien pour lui. Les séances d'érotisme n'avaient rien changé. Draco était toujours le même.

Alors, Draco avait couché à en perdre la tête. Il ne pensait pas qu'il y avait tant de personnes baisables dans ce château. En fait, il n'avait pas trié. Ce qu'il voulait, c'était atteindre un état de blanc total, de vide, de plein, de foultitude de sensations et de fourmillements. Il voulait que son esprit explose.

Mais même avec les deux filles de Gryffondors, il n'avait pas atteint ce Nirvana. Et il n'avait pas rencontré non plus le sommeil réparateur qui suivait chaque séance avec Potter.

xXx

Quand Draco se leva enfin, l'heure de petit-déjeuner était largement passée. Il se prépara lentement, et décida que la période de baise était terminée – ou du moins, qu'il allait se calmer. Le sexe ne lui apportait pas le repos spirituel qu'il recherchait et son corps allait finir par se casser en deux, à force d'être malmené et sollicité en permanence de toutes parts.

Ainsi, quand un cinquième année l'aborda sur son chemin vers la bibliothèque, Draco déclina l'offre sans explication.

Il fallait se rendre à l'évidence, le sexe pour le sexe ne l'amusait plus comme avant. Il n'y avait désormais qu'une seule personne qui puisse apaiser son esprit : c'était cette bouse de chevreuil anémique et asthmatique qu'était Potter.

xXx

– Drakko ! chantonna Blaise, en s'installant à la table de Draco, dans la bibliothèque.

– Hum ? Qu'est-ce que tu veux ? Toi, à la bibliothèque un dimanche ? demanda Draco, en levant les yeux de son livre.

– Devine à qui j'ai parlé au petit-déjeuner ?

– Je n'en sais rien, Zabini, rétorqua le blond, en tournant une page. Je donne ma langue à l'hippogriffe.

– A Potter !

Pardon ? s'étrangla mentalement Draco.

– Tu as dû remarquer qu'il m'intéressait, non ? dit son meilleur ami, l'air de rien.

Ces derniers jours, Draco avait tout fait pour oublier l'existence du brun gringalet, en sixième année dans la même école que lui. Il s'était appliqué à ne jamais le voir.

Mais maintenant que Blaise le disait, Draco les avait peut-être surpris en train de se mater...

Se mater ?

– Ça se peut, oui, répondit prudemment Draco.

– Et bien, Potter n'a pas l'air insensible à mon charme...

Pour seul commentaire, Draco leva le sourcil. Dans sa tête cependant, ça turbinait dur. Depuis quand est-ce que Potter se laissait avoir par la drague à deux noises de Blaise ?

– Grand bien lui fasse, grommela Draco. Tu m'excuseras, Blaise, mais je viens de me rappeler que j'ai oublié ma plume préférée aux cachots.

Et il quitta la bibliothèque au pas de course, avec la ferme résolution de trouver Potter et de lui administrer une cinquième séance d'érotisme le plus tôt possible. Il fallait le soigner d'urgence ! Blaise, par Salazar !

Resté à la bibliothèque, Blaise avait beaucoup de mal à contenir un fou rire.

Au vu de leurs réactions respectives, Potter et Draco se kiffaient. Ils étaient jaloux, nom d'un Scrout. Cette histoire était décidément de plus en plus drôle !

xXx

– Potter !

Pour la quatrième fois de la matinée, Harry fut interpellé par une personne qu'il ne voulait absolument pas voir. Qu'avait-il fait à Merlin pour que la malchance s'acharne ainsi sur lui ?

– Qu'est-ce tu veux, Malfoy, tu veux te battre ? répondit-il au type qui s'était tapé deux filles de sa promo la veille.

– Je te cherchais, Potter. Alors comme ça tu cèdes aux avances de Blaise ?

Harry dévisagea le blond, comme s'il venait de lui proposer de passer Noël au manoir Malfoy.

Dans le couloir, les autres élèves avaient arrêté de discuter et de marcher. Ils étaient trop surpris par ce qu'ils venaient d'entendre. Harry Potter était gay ? Et il flirtait avec un Serpentard ? Avec un ami de Malfoy, son ennemi juré, qui plus est ?

– Toi, viens là ! grogna Harry, en empoignant Draco par le bras et en le traînant dans le Parc, malgré le froid et la neige.

Dès qu'ils furent éloignés de toute forme de vie, Harry attaqua.

– Mais qu'est-ce que tu racontes encore, Malfoy ?

– Tu peux nier autant que tu le voudras, ta vie sentimentale ne m'intéresse pas. Je voulais simplement discuter avec toi de la date de la prochaine séance. Quelle après-midi as-tu de libre la semaine prochaine ?

Harry réfléchit, mais la question lui sembla totalement hors contexte.

– Mardi et jeudi, mais je comptais voler...

– Annule tout. Ça sera mardi après-midi alors. Et s'il ne fait pas beau mardi, ce sera jeudi. Bien, je te laisse. Un autre Serpentard t'attend, apparemment, dit Malfoy d'un air narquois.

Harry ne resta pas longtemps planté au milieu du Parc. Il faisait bien trop froid. Mais de nombreuses questions, comme à chaque fois qu'il rencontrait Malfoy, se précipitaient dans sa tête.

Pourquoi une après-midi ? Pourquoi devrait-il faire beau ? Et pourquoi Malfoy pensait-il que Zabini et lui... ? Et d'ailleurs, pourquoi fouinait-il dans ses affaires de cœur ? Et comment osait-il lui reprocher de flirter avec quelqu'un, alors que, au rythme où il les enchaînait, Malfoy aurait bientôt couché avec la totalité des élèves de Poudlard ?


Voilà voilà. L'histoire parallèle aux séances avance, enfin, il me semble. J'espère que Blaise ne vous dérange pas. En tout cas, un mot est toujours le bienvenu. A la semaine prochaine pour la cinquième séance... en après-midi mais seulement s'il fait beau (a)

(1) Pour une fois, je dis OUI à Crabbe et Goyle ! Le dimanche matin, c'est sacré !

(2) le fait d'avoir deux jolis corps et minois : Avez–vous, comme moi quand je me suis relue, lu "minou" ?