Chapitre 11 : Je veux pas que ça change
POV David
La sonnerie de mon portable me tire de mon sommeil. Je tends la main vers la table de nuit en baillant pour l'attraper et je décroche.
-Allo?
-David, c'est moi, ça va? j'entends Miranda me demander. Je devais aller dormir chez elle hier soir et avec tout ce qu'il s'est passé, j'ai oublié.
-Je suis désolé pour hier soir...j'étais à l'hôpital pour y accompagner ma mère, je m'excuse
-Oh! Et comment va-t-elle? s'inquiète-t-elle.
-Ils ne nous ont pas encore donné les résultats, nous devons y retourner aujourd'hui.
-D'accord, souffle-t-elle.
-Tu ne m'en veux pas pour hier, hein? je lui demande anxieux.
-Non, ne t'en fais pas, je comprends. Est-ce que tu as besoin de moi ? Je souris à moi-même en entendant son ton doux. Une véritable perle.
-Je vais la voir ce matin et ensuite, si tu veux, je pourrais venir te chercher pour que tu passes tu temps avec moi…avec nous. Il y aura mon fils certainement, je lui propose.
-D'accord, je veux bien. Appelles moi quand tu sors de l'hôpital, que j'ai le temps de me préparer, me répond-elle, tout à coup beaucoup plus joyeuse. Depuis que je lui ai dit que mon fils était de retour et que nos relations s'étaient améliorées, elle a très envie de le rencontrer.
Je raccroche et après m'être étiré en baillant à m'en décrocher la mâchoire, je m'extirpe de mon lit avec peu de motivation. Je me dirige en titubant jusqu'à l'escalier et le descends pour me rendre à la cuisine, dans le but de me servir un café noir bien fort.
Dans la cuisine, je croise Hans, qui comme tous les matins depuis qu'il travaille ici, nettoie la cuisine. Quand il me voie, il me fait un faible sourire avant de me demander si je veux un café.
Il me le prépare rapidement, tout en me demandant des nouvelles de ma mère. Je vois à sa mine qu'il est tout autant touché que moi ou mon fils de ce qu'il lui arrive.
-Hans, si vous voulez, vous pourriez prendre quelques jours de congés. Je pense que ça vous ferez du bien, je lui propose.
-C'est gentil, ça me fera du bien je pense. Il me tend mon café et sort de la cuisine, mais avant qu'il ne s'en aille je lui demande si mon fils est levé.
-Il regarde la télé dans le salon.
Je sors de la cuisine à mon tour et vais rejoindre Bill dans le salon. J'entends le bruit étouffé de la télé à travers la porte fermée. J'ouvre la porte et suis immédiatement envahi par une douce chaleur. La cheminée est allumée et un beau feu jaune-orangé crépite dans l'âtre. C'est un spectacle que j'ai toujours aimé regardé. La vue et l'odeur d'un feu de cheminée allumé sont fabuleuses.
Je me tourne vers la télé, qui joue un vieux cartoon, et vois sur le canapé quelques mèches de cheveux noirs reposer sur l'accoudoir. Bill s'est endormi là, un plaid jeté sur le corps. Une de ses mains tient fermement le plaid tandis que l'autre soutient sa joue droite. Je m'assoie sur le fauteuil le plus proche, puis change de chaîne en attendant qu'il se réveille.
***
Une petite vingtaine de minutes plus tard, je l'entends remuer dans son sommeil et vois le plaid tomber à terre quand il s'étire avec un grand baillement sonore. Il se frotte les yeux furieusement et les tourne vers la télé. Il papillonne une ou deux fois, surement un peu perdu, puis se redresse. Il fixe alors son regard vers moi et me fait un petit sourire endormi.
-Bien dormi ? je lui demande en chuchotant, pour ne pas le brusquer au réveil.
-Ouais, pas mal, me répondit-il d'un ton rocailleux. Un peu petit le canapé, j'ai dû me plier un peu mais ça va. On va à l'hôpital aujourd'hui ?
-Oui bien sûr. J'ai dis aux garçons que mamie était là-bas et ils aimeraient allé la voir, ça ne te dérange pas ?
Il hausse les épaules et me dit que ça lui est égal, puis se lève pour aller se préparer son petit déjeuner.
Je me saisis du téléphone posé derrière le canapé et appelle les jeunes.
***
Nous nous dirigeons en silence dans les couloirs de l'hôpital jusqu'à la chambre de ma mère. Devant sa porte, assis sur les chaises, il y a Georg, Tom, Gus et Frank. Je souris en les voyant là, attendant que j'arrive pour pouvoir aller voir ma mère. Bill les voit aussi mais son visage ne traduit pas la même expression que le mien. Il à l'air agacé, froid. Je ne comprends pas pourquoi.
Une fois arrivés à leur hauteur, il les salue à peine et rentre dans la chambre de sa grand-mère. Les garçons me demandent ce qu'il a mais je suis tout aussi perplexe qu'eux. Je leur dis de patienter un peu, le temps que j'aille prendre des nouvelles de ma mère et qu'ils pourront aller la voir.
Elle allongée sur son lit comme hier soir, je ne sais pas à quoi je m'attendais mais cela ne devrait pas me surprendre. Elle est toujours aussi pâle mais semble moins fatiguée. Bill est assis sur son lit, lui tient la main et lui parle doucement. Je fais savoir ma présence avec un raclement de gorge et tout deux tournent la tête vers moi.
-Comment tu te sens ? Un peu mieux ?
-Toujours un peu fatiguée, ils m'ont bourrée de médicaments…
-Ils t'ont dit ce qu'ils ont trouvé ? je lui demande en la coupant un peu précipitamment.
-Je…elle jette un coup d'œil à Bill…Ils ont trouvé des métastases…son regard se voile, le mien aussi probablement. Bill nous regarde à tour de rôle, sans trop comprendre ce que cela veut dire. Je baisse la tête pour échapper à son regard inquisiteur. Je la relève seulement pour voir ma mère lui attraper la tête et l'attirer à elle, tout contre sa poitrine. Elle pause son menton sur le haut de sa tête en fermant les yeux et lui caresse les cheveux.
-Papa t'expliquera mieux plus tard mon chéri, ne t'en fais pas, lui explique-t-elle. Merci maman ! Elle lui redresse la tête et le regarde droit dans les yeux. Peu importe ce que tu vas comprendre de ce que ton père va te dire, je veux que tu sois fort et que tu ne passes pas ton temps à être triste, d'accord ? lui demande-t-elle. Moi ce que j'aime, c'est te voir sourire, ton si beau sourire. Je vais en avoir besoin de ce sourire alors j'espère que tu pourras me l'offrir, finit-elle d'une voix très douce et il hoche la tête entre ses mains.
***
Nous venons de sortir de la chambre et je dis aux garçons qu'ils peuvent aller la voir mais qu'ils fassent vite pour ne pas trop la fatiguer. Je me tourne vers Bill pour lui demander de m'éclairer un peu concernant son comportement avec eux.
-Bill ? Pourquoi est-ce que tu es comme ça avec eux ?
-Pourquoi est-ce qu'ils sont là ? me demande-t-il agressivement en s'asseyant sr une chaise toute proche et en croisant les bras sur son torse.
-Je t'ai demandé si ça ne te dérangeait pas et tu m'as dit que non ! je me défends.
-J'ai mentit ! C'est ma grand-mère pas la leur, ils n'ont rien à faire ici ! Il s'est levé et a haussé le ton en pointant son doigt vers la porte.
-Eux aussi s'inquiètent pour elle, je lui réponds le plus calmement possible pour ne pas exciter la bête plus qu'il ne l'est déjà.
-Oui, mais…pff. C'est une affaire de famille ! je vais pour lui répondre mais il continue, de nombreuses larmes perlant sur ses joues. Quand elle ne sera plus là, ça ne changera rien pour eux, car eux ils auront toujours leur grand-mère, moi pas. Ca changera tout pour moi…et je veux pas que ça change, m'avoue-t-il sa voix se brisant dans un sanglot. Je me rapproche de lui pour le prendre dans mes bras et le bercer lentement.
-C'est pour ça que tu leur en veux d'être là ? Tu crois qu'ils n'ont pas le droit d'être là puisque ce n'est pas leur grand-mère, dis-je en essayant de comprendre son résonnement.
-Non, je leur en veux pas en fait. Je suis juste triste et je ne sais pas comment réagir…m'explique-t-il dans un soupir.
-Moi aussi je suis triste tu sais…on va se serrer les coudes pour mamie, ok ? Il acquiesce en passant ses mains sur son visage pour effacer ses larmes. Heureusement qu'il ne s'est pas maquillé aujourd'hui parce que sinon ça aurait été propre.
Nous nous asseyons, lui toujours dans mes bras. C'est une sensation agréable, que de pouvoir tenir mon fils dans mes bras pour le réconforter, j'avais oublié à quel point. Encore plus quand je me dis que c'est lui qui vient réclamer mes bras. Nous restons comme cela encore environ une dizaine de minutes, jusqu'à ce que les garçons sortent de la chambre, nos informant qu'elle s'est endormie.
-Et c'est pas la seule, nous murmure Frank amusé en pointant mon fils du doigt. Et effectivement, Bill s'est à nouveau endormi sur mon épaule. De combien d'heure de sommeil par nuit a-t-il donc besoin ? Je le réveille avec douceur et lui dit que nous devrions y aller. Nous allons tous nous retrouver chez elle, pour manger en toute convivialité, je pense que cela nous fera du bien. Ca sera l'occasion de présenter Miranda à tout le monde…les garçons ont rencontré toutes mes précédentes conquêtes et ne les ont jamais apprécié, j'espère vraiment que cette fois ça se passera bien.
***
-Bon, les garçons, nous connaissons tous nos talents culinaires limités, dis-je en tapant dans mes mains et en tournant sur moi-même pour tous les dévisager, nous allons donc combiner nos efforts pour essayer de faire quelque chose de convenable.
-On peut pas juste attendre que ta copine arrive pour que ce soit elle qui fasse ? me demande Georg en s'affalant sur une chaise.
-Georg, les femmes ne sont pas des boniches…soupire Gustav en s'asseyant à son tour non loin de là et j'approuve d'un mouvement de tête.
-Non, mais elles sont meilleures cuisinières et je pense qu'on a plus de chances de survivre à un repas cuisiné par une femme que par nous tous réuni, explique-t-il. Et dans un sens il n'a peut-être pas tord. Mais je ne veux pas que Miranda arrive et est à préparer à manger. Quelle impression je vais lui donner sinon ?
-Aller tout le monde au travail, on n'a pas le temps de traîner, elle va arriver bientôt. J'entends tout le monde faire un petit commentaire sur ma façon d'être, sauf Bill. Il nous observe depuis l'évier, un petit sourire en coin collé au visage.
-Bon moi je mets la table, nous dis Frank. Ca va pas trop compliqué. Tom, tu vas mettre l'eau des pâtes à chauffer, Gus, tu n'as qu'à préparer les légumes et Georg…
-Tu restes où tu es et tu supervises les opérations ! conclu Georg lui-même. Quelle feignasse celui-là alors.
Je m'installe sur le plan de travail et commence à préparer la viande. Bill s'approche de moi et à ma grande surprise, m'aide.
-Alors ? Miranda ? Elle est comment ? me demande-t-il curieux.
-Elle est…mieux que les autres, je lui réponds rêveusement.
-Mais encore ? Elle fait quoi dans la vie, elle a quel âge, elle a des enfants ?
-Elle est secrétaire, je l'ai rencontré quand on avait rendez-vous avec un grand Monsieur important, elle quarante ans et elle n'a pas d'enfants. Nous continuons de préparer le repas en silence et écoutons d'une oreille distraite Gus, Frank et Tom se chamailler pour savoir lequel à le plus de travail.
J'entends alors la sonnette retentir et passe les mains sous l'eau, me les essuie rapidement et me dirige nerveusement vers la porte d'entrée. Les garçons ont retrouvé leur calme et leur sérieux. Je les en remercie intérieurement.
-Hey salut, je l'accueille en la serrant dans mes bras. Elle me répond en me rendant mon étreinte. Pas trop nerveuse ? Il y a aussi les garçons, donc, voilà, je sais pas si ça te dérange mais j'avais pensé que c'éta…je m'interromps en la voyant me regarder avec un petit air moqueur. Pardon ! Tu sais comment je suis quand je suis nerveux.
-Ne t'en fais pas, ça va bien se passer, me rassure-t-elle. Nous rentrons dans le hall et je lui retire son manteau puis la dirige vers la cuisine où un comité d'accueil nous attend.
Ils sont tous les cinq assis à table, très calme et silencieux. Quand ils nous entendent arriver, ils tournent la tête vers nous en parfaite synchronisation et nous font un grand sourire. Je secoue la tête d'exaspération et rigole. Ils sont complètements dingues. Ce moment mériterait d'être pris en photo.
-Tout le monde, je vous présente Miranda. Miranda, je te présente tout le monde.
Frank est le premier à se lever pour venir la saluer correctement. C'est toujours comme ça, c'est un garçon qui aime les gens et va vers eux très facilement. Les autres le suivent de près et se présente à leur tour, Bill étant le dernier.
-Bonjour, je suis Bill…le fils de David, lui dit-il en lui tendant la main. Elle ignore sa main et le prend dans ses bras et l'embrasse sur les joues.
-Je suis très heureuse de te rencontrer enfin, lui répond-elle avec un grand sourire. Il paraît surpris mais lui rend son sourire en lui disant que lui aussi est heureux de faire sa connaissance.
Rien ne pouvait me faire plus plaisir que de les voir démarrer sur le bon pied.
J'aime bien ce chapitre.
Et puis j'aime voir l'histoire du POV de David, je l'aime beaucoup...
Dites moi ce que vous en pensez!
Et merci à ceux qui me laisse des reviews
