Blabla de début de chapitre : Hello tout le monde ! Ce chapitre aurait dû arriver plus vite, mais j'ai participé au NaNoWriMo pendant le mois de Novembre, c'est un défi d'écriture qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois ! J'y ai participé avec un tout nouveau FrUk, alors je n'ai pas vraiment eu le temps de me consacrer à d'autres écrits, désolée !
Mais voici le nouveau chapitre, tout beau, tout chaud, et surtout, plutôt long ! La taille de mes chapitres a drôlement évolué, c'est pas plus mal je pense ! :p
Bref, j'espère que ça vous plaira, et je vous souhaite une bonne lecture ! La fin (pas celle que vous verrez avec Cymru, l'autre d'avant) n'était pas prévue mais… mais je crois que mes personnages font souvent ce qu'ils veulent de leur vie. u.u
Bonne lecture à tous !
Personnages : Arthur Kirkland/Angleterre | Francis Bonnefoy/France | Gilbert Beilschmidt/Prusse | Cymru Kirkland/Pays de Galles | Elwyn Kirkland/Irlande | Alister Kirkland/Ecosse
Chapitre 10
Ça y était enfin. Les premières vacances de l'année. Le dernier jour de cours venait de se terminer. Arthur allait pouvoir passer deux semaines loin du lycée, loin du harcèlement qu'il subissait. Il allait pouvoir souffler, et, peut-être, chercher des solutions. Le fait qu'ils ne le laissaient guère en paix et que son moral était descendu en flèche ne l'avait pas aidé à avoir les idées claires, mais avec un peu de chance, cette parenthèse salvatrice lui offrirait quelques pistes de réflexion.
En attendant, il fallait fêter Halloween avec ses frères et Francis. Il avait décidé d'inviter Gilbert à se joindre à eux, à la surprise de ses frères. Il lui devait bien ça, pour le coup de la guitare. De plus, après son audition, la veille, ils avaient discuté de musique, à tel point qu'Arthur avait fait le chemin jusqu'à l'internat de Gilbert pour le raccompagner.
Il avait découvert que l'albinos n'était pas si pénible qu'il le pensait : certes il était bruyant, prétentieux, et un peu lourd, mais il n'était pas de mauvaise compagnie, loin de là.
Le blond avait tout d'abord hésité, cependant, à l'inviter, car après tout, Gilbert et Francis étaient toujours avec Antonio, leur meilleur ami. Sauf que ce dernier avait déjà des plans avec son grand frère Marco, donc il ne risquait pas de provoquer d'incident diplomatique.
L'Allemand dormirait donc chez Francis après leur soirée. Cymru n'avait pas protesté non plus, à la surprise de ses frères, mais Elwyn et Alister avaient un peu râlé. Puis, Gilbert avait promis d'apporter des bières, et les protestations s'étaient évanouies.
Les six jeunes hommes avaient décidé de se déguiser puis de faire le tour du village pour quémander des bonbons, histoire de se constituer un stock de friandises avant de passer au reste des activités. Ces activités consistaient à raconter des creepypasta, à faire des jeux dans le noir et à regarder des films d'horreur. Une soirée somme toute classique, mais le classique payait à peu près toujours, après tout.
Arthur n'avait pas besoin de choses très originales de toutes façons. Tant qu'il avait de quoi lui changer les idées. La souffrance morale lui donnait l'impression de... disparaître, en quelque sorte. Parfois, il lui semblait que la peur, la douleur et la haine, qu'elle soit dirigée contre lui ou contre les deux garçons, prenait toute la place et qu'il allait en oublier comment ressentir tout le reste.
Cela l'effrayait, vraiment beaucoup. Comment est-ce que tout avait pu tourner ainsi ? Il savait qu'il existait du harcèlement bien pire et il s'en voulait d'être si faible face à tout cela.
Il savait qu'il aurait du se rebiffer, ou au moins assumer son homosexualité.
Arthur secoua la tête vivement, comme si cela allait éjecter ses pensées hors de sa tête.
Actuellement, il était censé se concentrer sur la nouvelle policière qu'il tentait d'écrire tant bien que mal. Avec tout ce qui lui arrivait, l'histoire s'était transformée en un véritable exutoire. Le héros n'ayant rien à voir avec lui à la base, un adolescent drogué, avait fini par prendre certains importants traits de l'auteur.
Le petit blond s'en voulait un peu d'avoir fait ça, jugeant cela un peu prétentieux, mais après tout, personne d'autre que lui n'était censé lire ses écrits...
-Arty ? appela Elwyn en entrant dans sa chambre.
L'Anglais reposa simplement son stylo sur son cahier servant à l'écriture. Les Kirkland avaient tous la fâcheuse habitude de ne jamais frapper aux portes.
-Ouais ? répondit-il en se tournant vers son rouquin de frère.
-Y'a Alfred à la porte ! Il veut t'proposer d'aller marcher un peu avec lui !
-Oh. Ok, j'arrive !
D'un geste souple, il se leva, attrapa sa veste en cuir noir, qu'il passa sur son t-shirt rouge. Cela faisait un petit moment qu'il n'avait pas eu l'occasion de parler à son petit frère de coeur. À cause de ses soucis personnels, principalement, et il s'en voulait.
Bien vite, il salua le blond devant la porte, et ils se serrèrent brièvement dans leurs bras.
-Hi ! sourit Arthur. Comment tu vas ?
-Super ! s'exclama l'autre blond. Et toi ?
Arthur lui répondit à l'identique, se disant que ce n'était après tout qu'un demi-mensonge puisqu'il était bien, en vacances, et avec lui.
Alfred habitait dans le village voisin et était venu à pied de là-bas pour voir Arthur. Aimant bien la marche, et toutes sortes de sport, ce n'était pas franchement étonnant de lui, même si peu de personnes l'auraient fait…
Arthur l'entraîna dans les chemins de campagne proches du village tout en parlant simplement avec lui.
-Alors, comment ça se passe, avec Ivan ? demanda Arthur, l'air de rien, les mains dans les poches.
-Oh, ben, euh… bien… je sais toujours pas s'il est attiré par les garçons ou pas… il est Russe, tu sais, c'est pas une situation facile dans son pays.
-Il y va souvent ?
-Non mais je suppose que niveau familial… enfin tu vois quoi. S'il l'est, pas sûr qu'il l'admette facilement.
Le petit Anglais acquiesça en silence. Déjà que les opinions à ce sujet en France étaient ce qui le retenait le plus, alors il ne préférait pas imaginer s'il venait d'un pays où c'était encore plus mal vu.
Si seulement le monde entier avait pu être plus tolérant…
-Tu t'es au moins rapproché de lui ? l'encouragea Arthur.
-Oh ! Oui ! sourit le blond à lunettes. On se parlait déjà avant, mais là on s'entend de mieux en mieux. Il vient chez moi pour Halloween, parce que chez lui ils fêtent pas ça, et que je l'ai convaincu !
Arthur eut un rire léger. Alfred aimait tellement Halloween que l'Anglais ne doutait pas qu'il puisse convaincre n'importe qui de le fêter. Chaque année, il se donnait à fond pour passer une journée dans l'ambiance parfaite de l'horreur… et ce alors qu'il était certainement le pire trouillard qu'Arthur connaissait. Ce dernier lui avait montré des tas de films d'horreur, et à chaque fois, il en ressortait à moitié traumatisé ou se cachait les yeux toutes les secondes. Alors qu'Arthur lui-même ne bronchait pas. Lui et ses frères adoraient l'horreur.
-Et toi ? Comment ça se passe ? Tu as pas l'air d'aller super bien, au lycée, en ce moment… il se passe quelque chose ?
Arthur se mordit les lèvres. Alfred le regardait d'un air inquiet, du genre qui n'en démordra pas tant qu'il n'a pas obtenu une réponse satisfaisante. Il ne pouvait pourtant pas lui en parler… car il ne pouvait parler à personne de ses problèmes. Une réponse classique et universelle devrait peut-être pouvoir convenir.
-J'ai juste beaucoup de boulot… des dissertations, tout ça. Je suis un peu fatigué, c'est tout.
Il coupla cette explication avec un petit sourire rassurant, qui ne convainquirent pas Alfred. Ce dernier plissa les yeux d'un air dubitatif.
-J'ai quand même quelques doutes…
Il tendit le bras pour frotter la tignasse emmêlée de son ami, qui se mit aussitôt à râler, convaincu que les personnes qui faisaient ça le décoiffaient réellement. Tandis que lesdites personnes se demandaient si le jeune homme connaissait réellement la notion de « peigne ».
-C'est un peu facile, l'excuse du « j'ai beaucoup de travail » ! protesta Alfred. C'est pas très convaincant, aussi ! Try again ! Allez, Arty, tu sais bien que tu peux me faire confiance…
-Bien sûr que je le sais ! protesta-t-il.
Il resta silencieux quelques instants, puis choisit la première excuse qui lui vint à l'esprit.
-B-bon, euh… je… j'essaye d'arrêter de fumer. Voilà. Je l'ai dit à personne parce que je veux faire la surprise, mais… ça me fout pas bien, je suis en manque, et tout… le sevrage, et tout le reste…
Puis, il fit sa moue la plus sérieuse en stock à Alfred. Ce dernier ouvrit la bouche, surpris.
-Oooooh ! Sérieux ? Mais c'est génial ! J'espère que tu vas y arriver, ça serait trop cool !
-Tu le répètes pas, hein ? Si jamais je réussis pas, je veux pas décevoir tout le monde… rajouta le plus vieux.
-Promis ! Mais je suis sûr que tu vas y arriver !
Le sourire ravi de son ami fit quelque peu culpabiliser Arthur. Mais bon… d'un côté… il ne comptait pas fumer toute sa vie. Il finirait bien par arrêter, il n'aurait qu'à dire à Alfred que cela lui avait pris plus de temps que prévu, voilà tout. Et puis il ne voulait pas l'impliquer dans ses problèmes, de toutes façons. Il en était hors de question. L'Américain voudrait jouer les héros et le défendre, et ça il n'en était pas question. Déjà parce que les types étaient plus grands et musclés que lui, et ensuite parce qu'Arthur avait trop de fierté pour se faire défendre par un garçon plus jeune que lui alors que lui-même n'y parvenait pas.
Les deux garçons marchèrent un peu, puis finirent par se poursuivre dans les chemins de campagne et dans les petits bois, en riant comme des enfants. Ils finirent par arriver, essoufflés, au village, où ils s'effondrèrent, sur la fontaine au centre de la bourgade.
Les deux blonds eurent du mal à reprendre leur souffle, surtout Arthur qui ne cessait de tousser.
-T'as bien raison… d'arrêter… la clope… haleta Alfred. On dirait… que… tu agonises…
Il se prit une bourrade tandis que le plus vieux tentait de maîtriser sa toux, qui ne se calma qu'au bout de quelques instants.
-Bon… je suis désolé Al, mais je vais devoir rentrer. Faut que mes frères et moi on prépare nos déguisements, lâcha l'Anglais après une rapide consultation de sa montre.
-Pas de problèmes ! C'était super de passer du temps avec toi, là ! sourit le plus jeune, tout sourire. Tu vas te déguiser en quoiiiiiiii ?
-Pirate ! répondit Arthur avec un petit sourire.
-La classe !
Les deux adolescents finirent par se séparer, après une brève embrassade. Alfred prit la direction de son propre village, tout en se retournant pour agiter la main en souriant. Arthur lui rendit son salut, avant de retourner chez lui. Il avait passé deux heures et demi avec son ami, et il avait faim. Il était certain que sa mère ou son père auraient fait du gâteau, aussi il pressa le pas. C'était bientôt l'heure du thé en plus.
-I'm home ! s'exclama-t-il à la cantonade.
-Salut mon bonhomme ! lui répondit son père, en passant la tête par la porte de la cuisine. Ça va ? Alfred allait bien ?
-Oui, et oui !
Arthur rejoignit son père dans la cuisine, où il s'installa sur une chaise. Herbert était en train de faire cuire le fameux gâteau pour lequel il était rentré. C'était un brownie, manifestement, et était découpé en forme de fantôme. Le benjamin de la famille supputa qu'un glaçage blanc viendrait le recouvrir une fois la pâtisserie sortie du four. En attendant, le père de famille était en train de nettoyer la table et de ranger le lave-vaisselle. Vu qu'il avait presque fini, Arthur ne proposa pas son aide. Sa course l'avait un peu épuisé…
-Ils sont où les autres ? demanda le petit blond en croisant les bras sur la table et en posant son menton dedans.
-Ils ont accompagné ta mère pour aller acheter des chips. Il n'y en avait plus ! Alister avait mangé en douce les derniers paquets…
Arthur pouffa de rire. Ça ne l'étonnait pas vraiment de la part de son aîné… Lorsqu'il eut fini de ranger, l'immense Irlandais vint prendre place à côté de son fils. Celui-ci sentit une grosse main se poser sur sa tête et lui ébouriffer gentiment les cheveux. Contrairement à d'habitude, il ne s'en formalisa pas. Quand c'était son Papa qui faisait ça, c'était différent. Ils se sourirent, et le petit blond rapprocha sa chaise de lui. Il se sentait bien, tout proche de son père. En même temps, comment ne pas se sentir bien contre un Papa Ours câlin ? Qui sentait le chocolat, qui plus est ? Arthur jugea cela impossible.
Décidément, oui, il sentait que ces vacances allaient lui faire un bien fou.
Lorsque les aînés d'Arthur et leur mère rentrèrent de leurs petites courses, ils trouvèrent le cadet et le père, ensemble devant la série britannique Doctor Who, à manger du brownie à glaçage blanc en forme de fantôme. Les aînés râlèrent un peu, disant que c'était à eux d'avoir les premières parts, puis se posèrent devant la fin de l'épisode avec leurs bouts de gâteau à eux. Elizabeth prépara du thé à tout le monde et vint également s'installer sur le large canapé familial.
Les six Kirkland restèrent ainsi le temps d'un autre épisode, puis les quatre garçons allèrent enfiler leurs déguisements. Cymru avait un déguisement de sorcier assez simple mais qui lui allait très bien, Arthur avait donc choisi son déguisement de capitaine pirate, Elwyn en Jack'O'Lantern… et Alister avait revêtu un kigurumi en forme de monstre du Loch Ness.
Ses cadets avaient beau eu lui dire que c'était tout sauf effrayant, et que c'était même un peu ridicule, le grand roux n'en démordit pas.
C'est donc ainsi qu'ils allèrent, tous les quatre, frapper à la porte de leur voisin. Celui-ci ouvrit, et fut prit d'un fou rire incontrôlable en voyant Alister. Celui-ci, loin de se vexer, sourit d'un air fier.
Le blond était déguisé en fantôme, ses vêtements étaient blancs et en lambeaux, et sa peau passée au maquillage blanc. Gilbert les rejoignit quelques secondes plus tard, dans son déguisement de démon.
C'est ainsi grimés que les six jeunes hommes allèrent déambuler dans les rues du village afin d'obtenir des bonbons.
Tout le monde les connaissait, et s'attendait à leur visite. Même Alister eut des compliments amusés sur son déguisement.
-La récolte est bonne, cette année, jugea Cymru en soupesant le sac qui leur permettait de récolter les friandises.
Ils croisèrent à ce moment-là un groupe d'enfants qui les regardèrent avec surprise, et leur butin avec envie. Le brun commença par leur jeter un regard peu avenant, tel un dragon gardant jalousement son trésor, mais Francis, en riant, piocha dans les réserves pour donner quelques friandises aux gamins. Ceux-ci le remercièrent, avec un sourire qui leur mangeait le visage, puis repartir en riant.
-Il ne faut pas regarder les enfants comme ça ! sermonna Francis.
Cymru leva les yeux au ciel.
-Je n'aime pas les enfants, ils sont bruyants et pénibles.
-Tu ne devais pas beaucoup t'aimer quand tu étais petit, alors, ironisa l'aîné de la famille.
Il se prit une bourrade de son cadet, et éclata d'un rire tonitruant. Cymru afficha alors une moue boudeuse, les joues un peu gonflées, mais se calma lorsqu'Alister frotta gentiment sa tignasse avec sa grande main. Gilbert ne disait pas grand-chose, peu habitué à rester avec les frères Kirkland, mais Arthur se rapprocha de lui pour lui parler un peu.
-Tu as eu une information sur quand les résultats des auditions seront diffusés ? questionna le blond.
-Nan ! répondit l'albinos. Mais le prof a dit que ce serait annoncé un peu avant, et que ça serait affiché à la Vie Scolaire ! Mais t'en fais pas, je pense que tu seras pris, hein ! T'as de la technique, et tu chantes mieux que les clampins qui ont dû passer avant toi !
Arthur rougit et balbutia quelques paroles embarrassées. Francis, un peu à côté, les regardait en souriant. Il était très heureux que deux de ses meilleurs amis commencent à s'entendre. Gilbert et Arthur comptaient énormément pour lui, après tout. Soucieux de les laisser construire leur toute nouvelle relation amicale en paix, il n'intervint pas. Il avait peur que, s'il le faisait, l'un des deux se sente mis à l'écart.
-Je pense que tu seras choisi aussi… répondit sincèrement Arthur, une fois que sa gêne se fut un peu dissipée. Tu joues plus vite que moi, mais la qualité est pas moins bien pour autant, au contraire !
-Eh eh, sourit Gilbert, je pense bien être choisi, ouais !
Son interlocuteur sourit. Gilbert était quelque peu narcissique et prétentieux, on ne pouvait le nier, mais il n'en oubliait pas les autres pour autant, alors c'était agréable de parler à quelqu'un qui ne doutait pas de ses capacités. L'albinos continua à parler de guitare, puis s'interrompit soudain, alors qu'Arthur le regardait, concentré sur ses paroles. Il fronça ses sourcils blancs comme neige.
-T'as les yeux rouges, dis-donc… commenta-t-il.
Arthur rougit, de nouveau embarrassé. Son manque de sommeil ne lui avait pas causé de cernes, mais il savait qu'il commençait à avoir les yeux rouges. C'était assez gênant : ils l'irritaient et c'était très désagréable.
-Ouais… je dors pas super bien, répondit le blond, un peu gêné. Et puis tu peux parler, toi !
La blague tira un petit sourire à Gilbert, mais Arthur remarqua, mal à l'aise, que Cymru le fixait soigneusement dans les yeux.
-Q-quoi ? Je vais rattraper mon sommeil ! protesta-t-il.
Son aîné le fixa encore quelques instants, silencieux, avant de lui répondre, une lueur bizarre dans ses yeux verts.
-Ce n'est pas ça… répondit-il. Peu importe…
-Eh, vous venez ou quoi ? lança Elwyn.
Les deux roux étaient désormais quelques mètres devant eux, en compagnie de Francis qui bavardait gaiement avec Alister. Les trois adolescents sursautèrent, ne s'étant pas rendus compte qu'ils s'étaient arrêtés en pleine rue, puis rejoignirent les trois autres sans attendre.
-On a presque fini ! annonça Elwyn. On fait encore ce pâté de maison, puis on sera revenus chez Franny ! Montre ce qu'on a, Cym ?
Son jeune frère s'exécuta, et le roux piqua un bonbon en lui faisait un clin d'oeil. Cymru leva les yeux au ciel en souriant, puis prit un bonbon aussi.
-Vous pourriez attendre, bande de goinfres ~ se moqua gentiment Francis.
Il eut droit à la technique secrète d'Al, à savoir le frottement de cheveux, et s'écarta en poussant un cri de protestation, sous les rires des cinq autres. Tout le monde savait que le Français tenait à ses cheveux comme à la prunelle de ses yeux.
Bien vite, ils eurent fini leur expédition. Leur sac était plein à ras bord, et ils rentrèrent chez Francis, tous joyeux. Marianne avait préparé un bon repas, qu'ils emportèrent sur des plateaux dans la grande chambre de leur hôte. Ce dernier alluma la télé, ferma les lumières et lança un film, tandis que tout le monde s'installait.
Ne pouvant résister, Arthur se positionna confortablement à côté de lui, sur le lit. Gilbert se mit de l'autre côté de Francis, et les trois autres Kirkland se collèrent les uns aux autres, confortablement, sur le deuxième lit.
Le film était L'Exorciste. Les Kirkland le connaissaient bien, et adorant les films d'horreur tout en étant peu peureux face à ce genre de choses, commencèrent à le regarder tranquillement. Gilbert, lui, choisit la technique de tout tourner en dérision pour éviter la peur.
Mais Francis, lui, en plus de ne l'avoir jamais vu, était très trouillard vis-à-vis des films d'horreur.
Instinctivement, il se cacha contre Gilbert quand les premières scènes vraiment effrayantes commencèrent. Arthur le regarda faire, un peu déçu. Bien entendu, il n'aurait pas détesté que ce soit contre lui que son meilleur ami vienne se coller.
Bon, d'accord, il cachait soigneusement ses sentiments depuis un bout de temps et essayait de ne rien espérer, mais tout de même, il pouvait bien profiter, parfois, non ?
Fort heureusement, son souhait fut exaucé quand Gilbert se rendit aux toilettes après avoir vidé une bouteille entière de jus de fruit. Sans l'Allemand, Francis se tourna vers Arthur pour se cacher des scènes terrifiantes, et se blottit contre lui en quête de réconfort.
En profitant honteusement, le plus jeune lui frotta gentiment le dos, puis les cheveux, afin de le rassurer, sans le repousser d'un millimètre. Son cœur battait fort, et ses hormones bouillaient, mais il choisit de les ignorer.
-Eh, ça va aller… lui chuchota-t-il. C'est qu'un film, essaye de garder ça en tête…
Il soupira lorsqu'il sentit, deux secondes après, le visage de son ami contre son épaule. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de sourire. Il était mignon, comme ça ! C'était rare de le voir se détacher de son apparente élégance et son assurance à toute épreuve. Finalement, il savait baisser sa garde, son cher Francis ! Ce n'était pas pour lui déplaire. Et puis il n'aimait pas être le seul à toujours se dévoiler en position de faiblesse, même si c'était moins le cas que ce qu'il pensait.
La douce chaleur qui avait élu domicile dans son ventre ne disparaissait pas, et envahissait lentement tout son corps. Avoir Francis contre lui ne lui faisait -heureusement !- pas perdre le contrôle, mais lui faisait du bien.
Beaucoup de bien.
Vraiment.
Il ne croyait plus possible de se sentir si apaisé, si tranquille, si… heureux.
Si seulement tout pouvait toujours être comme ça…
oOoOoOo
-Tu restes dormir ? demanda innocemment Francis à Arthur.
Le blond, en train de se saisir de son manteau, tout comme ses aînés, le regarda avec surprise.
La soirée s'était très bien déroulée. Après le film d'horreur, les malédictions de Francis qui les avait soi-disant détestés pour l'avoir fait regarder un truc pareil, les creepypasta qu'ils s'étaient racontés, et le cache-cache de nuit, dans le jardin les Kirkland s'apprêtaient enfin à rentrer chez eux.
-Q-quoi ? E-euh, eh bien, je… hésita Arthur.
-S'il-te-plaît… insista son voisin avec une petite moue. Ça fait longtemps que tu l'as pas fait ! On se reparle depuis quelques temps, je me suis dit qu'on pouvait commencer à reprendre les bonnes habitudes, tu ne penses pas ? Et tu as juste à aller récupérer quelques affaires chez toi !
-Mais… où est-ce que je vais dormir ? protesta son interlocuteur. Il n'y a pas de place pour un autre lit ou matelas !
Francis lui sourit amicalement, bien que ses pensées étaient actuellement tout autres. La soirée lui avait énormément plu, mais il se savait incapable de dormir cette nuit-là. Sauf si, par le plus grand des hasards, il pouvait avoir son lapin favori pour la nuit, pour le rassurer… Il s'en voulait d'avoir des idées plus qu'amicales, en cet instant, mais il savait également qu'il ne comptait rien tenter.
Juste profiter de la présence d'Arthur, et s'accorder un temps plus long en sa compagnie.
Ce n'était pas tant demander, après tout… si ?
-Tu pourrais dormir dans mon lit, on l'a souvent fait après tout.
Le visage d'Arthur commença à devenir progressivement écarlate, mais le petit blond se maîtrisa juste à temps. Ne pas penser à n'importe quoi, ne pas penser à n'importe quoi. C'était quoi ce plan ?!
Plan qui, à ses yeux, était une très mauvaise idée. Il ouvrit la bouche tout en réfléchissant à toute vitesse à l'excuse qu'il allait sortir, mais fut devancé.
-C'est une excellente idée ! répliqua joyeusement Alister. Vu qu'Arty dort pas bien, peut-être que dormir avec quelqu'un lui fera du bien !
-Puis vu que la soirée t'a fait peur, si vous arrivez pas à dormir tous les deux, vous pourrez au moins parler ensemble… rajouta Elwyn avec un petit sourire.
-Ouais, enfin pas parler trop fort, hein… maugréa Gilbert. Y'en a qui voudront dormir, hein !
Arthur resta figé quelques secondes, la bouche ouverte, cherchant quelque chose à dire, mais n'en trouva pas.
Comprenant qu'il serait bien plus étrange qu'autre chose qu'il refuse, il abandonna et accepta son sort, en priant pour que la nuit se soit pas trop « difficile » à vivre. Quelle plaie, ces sentiments mélangés aux hormones… le cocktail était vraiment très très pénible à supporter. Arthur avait bien hâte de vieillir pour ne plus avoir à subir tout ça.
-B-bon… répondit-il d'une voix plus faible qu'il ne l'aurait voulu. J-je vais chercher des trucs alors…
Ce fut vite fait, et les trois adolescents se mirent vite au lit, Arthur et Francis dans celui de ce dernier, et Gilbert dans celui qui lui avait été préparé.
Fatigués, puisqu'il se faisait tard, ils décidèrent de dormir. Ainsi, ils pourraient se lever tôt et profiter au maximum de leur première matinée de vacances.
Gilbert se mit bien vite à ronfler, et Francis et Arthur discutèrent d'une voix endormie, avant que le plus vieux ne s'endorme.
Leur proximité réchauffait un peu trop Arthur. Aucune réaction physique gênante n'était à déclarer, mais il n'arrivait décidément pas à dormir. D'autant plus que Francis, de toute évidence en quête de réconfort pour éviter toutes peurs, s'était considérablement approché de lui.
Arthur l'observa donc un long, très long moment ainsi, distinguant assez nettement son visage malgré l'obscurité.
Le Français respirait doucement, sans bruit, son corps se soulevant à peine au rythme de son sommeil. Sa main était proche de son visage, et l'Anglais se surprit à admirer son contour. Tout était vraiment trop beau chez ce garçon, c'en était presque injuste.
Ainsi, grisé par le sommeil, le manque de ce dernier, tout ce qui lui pesait même s'il avait relégué tout ça en arrière-plan, Arthur craqua.
Tout ce temps à se cacher, à se contenir… sa frustration… ses peurs… ses problèmes… il aurait pu sortir n'importe laquelle de ces excuses pour justifier le baiser qu'il vola doucement à un Francis endormi, dans l'obscurité de la chambre silencieuse.
oOoOoOo
Cymru reposa les feuilles, les mains tremblantes, le souffle court.
Une nouvelle sur un jeune drogué…
Tout concordait beaucoup trop…
Il ferma brièvement les yeux.
Devait-il en parler à ses aînés, à ses parents ? Assurément. Mais il lui fallait avant tout mettre de l'ordre dans ses idées. Reconstituer un peu les choses.
Mais dorénavant, dans son esprit, il ne faisait aucun doute que son petit frère se droguait… et celui lui faisait mal. Très très mal.
