Bonjour/Bonsoir

Rien ne m'appartient.

TW : Viol


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« Parce que le problème n'était pas qu'elle se trouve bien toute seule, exercice dans lequel elle avait toujours excellé, mais qu'elle se sente indifférente aux autres. Elle savait que c'était à cause de ce qui lui était arrivé, le Désastre, mais elle avait beau faire des efforts, elle ne parvenait pas à percer cette fine paroi invisible qui la séparait du reste de l'humanité. »

Du livre Tu tueras le Père, de Sandrone Dazieri


Par la fenêtre du salon, Draco regarda tristement la voiture de ses parents s'éloigner, une boule dans le ventre. Sa tante, Bellatrix, qui le gardait pendant l'absence des parents Malfoy, posa une main sur son épaule et Draco frémit, malgré lui, alors qu'il s'était interdit toute manifestation de faiblesse.

Il détestait venir chez elle. Il détestait la voir. Il détestait passer du temps avec elle. Il détestait son appartement.

Draco quittait sa chambre seulement en cas de force majeure : aller pisser ou avaler son repas en cinq minutes. Il aurait voulu sortir dehors, à l'extérieur, mais elle lui interdisait.

Il détestait la façon qu'elle avait de le regarder, comme s'il était un bout de viande. Il détestait sa voix mielleuse lorsqu'elle lui caressait les jambes. Il la détestait quand elle s'asseyait si près de lui que leurs corps se touchaient.

Il voulut fermer la porte au moment de se coucher et sut d'avance ce qu'il allait lui arriver quand il découvrit que la clef avait disparut. Il s'était enroulé dans sa couverture en guise de protection, mais celle-ci ne le protégea pas de l'ignominie de Bellatrix.

Il aurait voulu fuir mais son corps ne lui obéissait plus. La situation cauchemardesque qu'il était en train de vivre l'empêchait de penser et bloquait toutes ses réactions. Prisonnier de son propre corps, il pria quelque entité que ce soit de le tuer, sur le champ, d'arracher sa conscience hors de son corps, d'arrêter son cœur, n'importe quoi qui le fasse quitter cette chambre.

Aucun miracle ne se produisit, rien ne vint le sauver et quand Bellatrix se rallongea à côté de lui, son affaire finie, Draco craqua. Il se précipita hors du lit, hors de la chambre, s'acharna sur la porte d'entrée fermée à double tour, courut à la cuisine, l'une des seules pièces de la maison à posséder une porte porte ouverte.

Bellatrix referma la porte derrière elle, il ne pouvait plus fuir.

Elle lui dit qu'elle avait encore envie de lui, et pourquoi ne pas tester ça dans la cuisine. Les mots lui scièrent les jambes, il se laissa glisser au sol et prit sa tête entre ses mains. Alors qu'elle le touchait à nouveau, il lui sembla que son esprit se déchira. Tout ceci était bien trop abominable pour lui. Bellatrix n'avait que faire de ses suppliques, peut-être aurait-il dû hurler, la repousser plus fort cependant il ne sentait plus son corps, il ne lui répondait plus, il n'y avait que la douleur.

Il réprima un haut-le-cœur quand elle l'embrassa. Étrangement, c'est quand elle lui dit qu'elle l'aimait de tout son être qui le fit sortir de son état catatonique. Il bondit, ouvrit le premier tiroir à sa porté et attrapa le premier objet qu'il vit : un rouleau cuisine. Il réussit à la faire battre en retraite et se saisit d'un couteau de cuisine, bien plus utile pour sa défense.

Il recula vers le fond de la pièce, le couteau comme un rempart entre lui et sa tante monstrueuse. La lame ne l'effraya pourtant pas, elle s'avança d'un pas lent vers Draco. Il raffermit sa prise, ses mains tremblaient, tout comme ses jambes, il avait le tournis et un cri qui enflait au fond de sa gorge. Son corps était douloureux, il se sentait sale et vicié, la tête déchiré en deux.

Insensible aux menaces de Draco, elle étendit ses bras, le défia de le poignarder, le traita de lâche, d'allumeur, de pervers, de bon garçon, puis d'amant extraordinaire. Avec un rire sonore, elle hurla qu'il avait aimé ça, que s'il ne voulait pas, il n'aurait qu'à eu se défendre, que tout était de sa faute, qu'il avait qu'à dire non et pas pleurer comme une fillette.

Sa tirade acheva de le faire craquer.

Draco doutait de la tuer avec un seul coup de couteau ; galvanisé par la tache de sang qui s'étendait sur la chemise de nuit de sa tante, il la frappa à la tête, planta la lame dans sa cuisse, son genou, son bassin, son ventre, son bras, son thorax, tout endroit qu'il pouvait atteindre. Ils luttèrent quelques minutes ensemble puis ses bras retombèrent au sol. Elle était toujours en vie. Il enfonça la lame dans son corps encore et encore, jusqu'à en avoir des crampes, en espérant toucher une artère vitale et que tout se termine.

Il rampa jusqu'au mur pour s'appuyer. Il tenta de rassembler ses pensées, son esprit qui se scindait sous le coup du choc et de la terreur. Il se prit la tête entre les mains. Du rouge sur le carrelage. La tache s'étendait sous le ventre de Bellatrix. Son esprit se déchirait. Une part de lui resterai à jamais bloqué à ce moment là, à cette âge là, avec le souvenir de Bellatrix et de toutes les choses qu'elle lui avait faite.

L'autre part de lui, anesthésiée contemplait le carnage, ne ressentant rien. Il ramena ses bras contre sa poitrine et ne put détourner le regard de son œil vide et blanc, de sa bouche tordue.

Il avait la sensation de devenir liquide, de glisser au sol, de se fondre dans le carrelage, de ne plus exister.

Draco résistait tant bien que mal à ses délires, il planta ses ongles dans sa paume afin que la douleur l'aide à rester dans le moment présent.

Viol. En prenant conscience de ce qu'il venait de subir à de multiples reprises, il dérailla. Ses mains se mirent à trembler tandis que sa cage thoracique se comprima sur elle-même l'empêchant de respirer. Viol. Il balança plusieurs fois l'arrière de sa tête contre le mur, pour rester conscient, pour que la douleur physique annule la douleur psychique, pour se punir. Viol. Il finit par se planter le couteau dans la cuisse pour l'aider à se maintenir dans le moment présent et ne pas perdre l'esprit.

Il détestait la manière qu'elle avait de le regarder, il détestait ses caresses trop appuyées. Il détestait aussi ses parents de ne pas lui faire confiance et de l'avoir envoyé chez sa tante, alors qu'il pouvait très bien s'occuper de lui-même tout seul. Il avait quinze ans tout de même.

Viol.

Il allait devenir fou.