Et voilà, dernier chapitre avant l'épilogue, tout plein d'action ! merci pour les reviews :)

Chapitre 10

Sous le choc, Jane écarquilla les yeux, incapable de réagir ou d'analyser ce qui était en train de se passer. Rigsby s'était effondré et il n'avait pas la moindre idée de ce qui s'était passé. Les jambes du grand brun l'avaient tout simplement lâché et il était tombé comme une masse sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrivait. La seule chose qui rassurait légèrement Jane était qu'il n'avait pas vu d'éclaboussure de sang. Mais il était un peu loin pour en être sûr. Son cerveau se remit en marche à cet instant et il plongea la main dans sa poche pour y attraper son téléphone. Tout en appuyant sur la touche d'appel du numéro préenregistré, il se dirigea vers la porte de sa chambre. Nouveau choc. Impossible d'ouvrir. L'angoisse s'insinua en lui et il massacra la poignée, espérant parvenir à la faire céder.

_Merde ! Répondez, Lisbon !

La serrure était électronique, inutile d'espérer la forcer avec quoi que ce soit, le lecteur de carte se situait de l'autre côté. Et la porte s'ouvrait vers l'intérieur, l'enfoncer d'où il se trouvait était hors de question.

L'angoisse se mua en panique et il se dirigea vers la fenêtre. Elle était sécurisée, il ne pourrait pas l'ouvrir assez pour sortir. A travers les stores, il vit une lumière s'allumer au premier étage chez Lisbon et il comprit qu'elle avait fini par se réveiller. Elle décrocha quelques secondes plus tard.

_Allô ? Jane ?

Il ne répondit pas tout de suite. L'avertissement mourut dans sa gorge quand il découvrit une silhouette sombre qui traversait la rue en direction de l'immeuble qu'il surveillait de loin. Cette carrure, cette façon féline de se déplacer, cette menace latente dans l'attitude… Son sang se glaça dans ses veines et il retrouva la parole. D'une voix urgente, il annonça :

_Lisbon, écoutez-moi et pas de questions. John Le Rouge arrive chez vous. Rigsby est hors jeu. Prenez votre flingue et barricadez-vous.

_Merde !

Il fut soulagé qu'elle ne perde pas de temps en questions, et plus encore quand il l'entendit sauter de son lit, ouvrir le tiroir de sa table de nuit et armer son revolver. Voyant la silhouette atteindre le bâtiment et ouvrir la porte sans rencontrer la moindre résistance, Jane élabora une stratégie à toute vitesse et il ordonna :

_Allumez tout. Le noir est son allié. De toute façon, la discrétion ne vous servira à rien, il sait que vous êtes là.

Il vit aussitôt l'étage s'éclairer davantage et il repéra la forme de Lisbon à une fenêtre, celle de la salle de bains. Il aurait voulu qu'elle ait le temps de partir, peut-être pour se réfugier chez des voisins ou carrément quitter l'immeuble, mais c'était trop tard. Il faudrait une ou deux minutes à John Le Rouge pour s'assurer qu'il n'y avait personne au rez-de-chaussée qui risquait de le menacer et pour se décider à monter. Alors Jane continua, s'efforçant d'ignorer la respiration accélérée de Lisbon dans son oreille :

_Je vais raccrocher. Mais je vous entendrai encore. Quand il vous aura trouvée, hurlez.

_Quoi ? Comment vous…

_Des micros, chez vous. Vous me tuerez plus tard.

Il raccrocha aussitôt en priant pour que Lisbon ait la présence d'esprit de ne pas essayer de le rappeler. Elle avait besoin de focaliser toute son attention sur le tueur qui approchait. Jane arracha les rideaux qui l'empêchaient de bien accéder à la fenêtre et se débarrassa aussi des stores, qui tombèrent à ses pieds dans un bruissement métallique. Alors il s'empara de la lourde chaise de bureau, la souleva et la balança contre la vitre, qui explosa avec un vacarme assourdissant. Se penchant en avant pour éviter les éclats de verre, il lâcha la chaise, enjamba le rebord de la fenêtre et se précipita dehors tout en composant un numéro sur son téléphone. Le temps qu'il arrive en courant à la porte d'entrée, il avait pu signaler l'agression à la police qui devait envoyer des renforts dans les minutes à venir.

Il raccrocha sans écouter l'ordre de l'agent de garde qui lui intimait de ne pas essayer d'intervenir. Il prit le temps de vérifier le pouls de Rigsby. Endormi. Une fléchette tranquillisante était plantée dans son cou. Jane poussa un soupir de soulagement et ne s'occupa pas davantage de son collègue. Il ouvrait à peine la porte de l'appartement quand il entendit la voix de Lisbon qui chuchotait dans son oreillette :

_Jane, il approche. Je suis dans la salle de bains, en haut. J'ai appelé le CBI, ils ne devraient pas tarder. Ne faîtes rien de stupide.

Comme se précipiter à la rencontre d'un tueur sans aucune arme à portée de main ? Non, ce n'était pas son genre, songea-t-il ironiquement avant qu'une autre voix ne s'élève soudain, amusée.

_Agent Lisbon, je vais enfoncer la porte.

Avant même que Jane ait le temps de commencer à monter les escaliers, il entendit des coups de feu et il s'interrompit. John Le Rouge avait-il décidé d'en finir au plus vite avec Lisbon au lieu de la poignarder ? Improbable. Il s'agissait plutôt de l'agent qui avait décidé de tirer à l'aveuglette avant qu'il ne passe la porte. Un coup à tenter : si elle parvenait à le blesser, elle prenait l'avantage. Mais apparemment, cela n'avait servi à rien, et Jane entendit bientôt la porte céder sous un violent coup d'épaule. Un cri échappa à Lisbon, et deux nouveaux coups de feu se firent entendre, suivis de trop de bruit pour qu'il identifie tout. Jane gravit les escaliers aussi vite que possible et se dirigea sans une hésitation vers la salle de bains.

La scène qu'il y découvrit le figea sur place pendant une seconde. Un revolver dans une main, un poignard dans l'autre, la silhouette sombre était agenouillée près d'une Lisbon allongée à terre, visiblement sonnée mais pas tout à fait inconsciente. La lame était rougie par du sang et Jane crut vomir en comprenant qu'il l'avait déjà poignardée, mais il se reprit en réalisant que la blessure n'était peut-être pas mortelle et que chaque seconde comptait. Il se précipita sur la silhouette, n'eut pas le temps de se jeter comme prévu sur l'homme. John Le Rouge, l'ayant entendu arriver, s'écarta une seconde avant l'impact et Jane, déséquilibré, s'effondra sur Lisbon, lui arrachant un grognement de douleur. Il se releva aussitôt, tenta de foncer sur le tueur masqué, s'immobilisa en découvrant le canon d'une arme pointé sur sa supérieure.

_Encore un pas, et elle meurt.

Il s'efforça de garder son calme malgré la terreur qui le dévorait. Dans son esprit, cette confrontation avait toujours été inévitable… Mais dans son esprit, la vie de Lisbon n'était pas en jeu. Dans son esprit, il était seul quand il affrontait enfin John Le Rouge. Dans son esprit, il était le seul à se mettre en danger, et cela changeait considérablement la donne. Son regard se posa sur l'arme de Lisbon qui gisait hors de portée de main avant de revenir à son adversaire.

_Elle va mourir quoi que je fasse.

Le tueur fit mine de réfléchir, inclinant la tête sur le côté, et Jane devina le sourire derrière le masque. Finalement, il lâcha :

_Exact. Autant se débarrasser d'elle tout de suite.

Tout se joua en une demi-seconde. Jane vit le doigt commencer à compresser la détente et il se lança en avant. La balle lui déchira l'épaule. Emporté par son élan, il tomba sur John Le Rouge, les envoyant tous les deux rencontrer le sol. Une grimace de douleur déforma ses traits, mais quand il réalisa que son ennemi avait lâché le revolver dans sa chute et qu'il n'était plus armé que de son poignard, il retrouva des forces. D'instinct, il immobilisa la main qui tenait l'arme blanche, mais avant qu'il puisse s'en emparer, le tueur lui balança un coup dans la mâchoire, l'envoyant rouler sur le côté, et il se redressa, son couteau toujours à la main. Jane essaya à son tour de se lever, dérapa sur le carrelage trempé de sang, retomba. Il regarda, impuissant, John Le Rouge qui s'approchait de Lisbon toujours à moitié assommée. Il eut le réflexe de balancer sa jambe dans les pieds de son ennemi, qui bascula en avant, franchissant la porte malgré lui en essayant de retrouver son équilibre. Jane parvint enfin à se relever et la claqua derrière lui. Il entendit des coups furieux prouvant que John Le Rouge tentait de la rouvrir, mais il appuyait de toutes ses forces contre le battant, empêchant le tueur de parvenir à ses fins. Comprenant qu'il ne comptait pas renoncer, Jane lança à travers le bois endommagé par les balles :

_Les flics arrivent. Tu ne nous auras pas avant qu'ils débarquent. Qu'est-ce que tu choisis ?

Les coups s'arrêtèrent, il y eut une hésitation, puis il l'entendit descendre les escaliers en courant et il s'effondra contre la porte, abattu. John Le Rouge s'enfuyait, une fois de plus, et ni le CBI ni la police n'arriverait à temps pour le retenir. Quant à lui, il était en trop mauvais état pour le poursuivre. Et puis il ne pouvait pas laisser Lisbon seule.

_Aidez-moi à me relever.

_Quoi ?

_Maintenant, Jane !

Il sembla redescendre sur terre, s'approcha de Lisbon qui semblait un peu plus réveillée et la maintint contre lui pendant qu'elle tentait de se mettre debout. Elle vacilla mais parvint à se stabiliser et l'horreur le saisit quand il découvrit la blessure au niveau de son ventre.

_Lisbon, vous devez…

_Le flingue, l'interrompit-elle d'une voix résolue.

Il ne savait pas ce qu'elle avait en tête, mais il se pencha, obéissant simplement parce qu'il ne savait pas quoi faire d'autre et que son ton n'admettait aucune contradiction, et il s'empara de l'arme qu'avait laissée tomber John Le Rouge. Lisbon la lui prit de force et se dirigea vers la vitre, l'entraînant à sa suite alors qu'il essayait de continuer à la soutenir. Elle ouvrit la fenêtre, gémissant quand le mouvement tira sur sa blessure, mais elle ne fléchit pas. Elle brandit l'arme à deux mains, et Jane ne comprit qu'à cet instant, en voyant la silhouette qui venait de se précipiter hors de la maison courir dans la rue sombre. Lisbon n'hésita pas une seconde. Elle tira deux fois coup sur coup et le tueur s'écroula, touché à la tête. Alors seulement, elle se laissa aller, devenant molle entre ses bras, et il réalisa qu'elle avait perdu connaissance. Au loin, il entendit les sirènes de police.


_Elle va s'en sortir, furent les premiers mots qu'il prononça en voyant Cho et Van Pelt arriver en courant dans le couloir aseptisé. Rigsby va bien.

_Et toi ? s'inquiéta l'agent d'origine asiatique en désignant l'attèle qui lui maintenait le bras.

_Ca va aller. On a une identification ?

_Rien à 100 %, mais il ressemble énormément à la photo vieillie de Michael Loring. Enfin… Les deux balles ne l'ont pas loupé et il a le visage bien endommagé, souligna Van Pelt. Il portait un gilet pare-balles, si on n'avait pas visé la tête, il s'en serait sûrement sorti.

_Jane, qu'est-ce qui s'est passé ?

Il ne répondit pas. Les policiers avaient voulu l'interroger pendant le trajet en ambulance étant donné que sa vie n'était pas mise en danger par sa blessure, mais il avait refusé de répondre à leurs questions, récoltant quelques menaces de la part de l'un des premiers arrivés sur les lieux qui lui avait rappelé qu'il s'agissait d'obstruction à la justice. Il n'en avait que faire. L'adrénaline courait encore dans ses veines à cet instant et une seule pensée lui occupait l'esprit : tout était fini. Pour de bon. Lisbon allait bien, John Le Rouge était mort, sa femme et sa fille étaient enfin vengées, et ses démons pouvaient s'évaporer. Il savait que tout ne serait pas aussi simple, mais cela lui suffisait pour le moment.

_Qui a tiré ? insista Cho.

Une fois de plus, il garda le silence. Ce n'était pas seulement l'état de choc qui lui avait interdit de répondre aux questions des policiers, sa décision était réfléchie. Lisbon avait tué un homme aujourd'hui et il était à peu près persuadé qu'étant donné les circonstances, la légitime défense serait rejetée. Après tout, elle avait tiré alors que le tueur s'enfuyait et qu'il ne représentait plus aucun danger immédiat, pour elle ou pour quelqu'un d'autre. Le raisonnement était absurde connaissant l'identité et les crimes du mort, mais c'était ainsi que cela fonctionnait. Lisbon risquait gros pour ce qu'elle avait fait, et il ne dirait rien tant qu'il n'en aurait pas d'abord discuté avec elle. Il pouvait lui sauver la mise, mais il faudrait qu'elle le laisse faire.

Comprenant qu'il n'obtiendrait rien en posant des questions directes, Cho réorienta ses remarques et en comprenant sa stratégie, Jane ne put s'empêcher d'esquisser un sourire à travers le brouillard des antidouleurs.

_Je croyais que John Le Rouge ne devait frapper que jeudi.

_C'est ce qu'il a fait. On s'est tous planté. On pensait qu'il chercherait à l'avoir dans la nuit de jeudi à vendredi, mais en s'en prenant à elle dans la nuit de mercredi à jeudi après minuit, il tombait tout de même sur le jour anniversaire du massacre de ma famille.

_Et toi, est-ce que tu…

_Ecoutez… Je suis shooté à la morphine et Lisbon est encore sur la table d'opération.

Il n'eut pas besoin d'en dire plus pour que les deux agents acceptent de garder leurs questions pour plus tard et il en fut reconnaissant. Il avait déjà dû se battre avec la police et le personnel de l'hôpital pour pouvoir quitter sa chambre dans l'état où il se trouvait, et rien que cela, cette petite manipulation qu'il aurait effectuée sans y penser en temps normal, l'avait épuisé. Il était hors de question qu'il reste allongé dans un lit inconfortable tant qu'il n'avait pas vu de ses yeux Teresa Lisbon bien vivante et en sécurité.

Van Pelt s'installa sur la chaise en plastique à côté de lui pendant que Cho annonçait :

_Je vais chercher des cafés.

_Pas pour moi.

_Sucre et lait, s'il te plaît, demanda Van Pelt.

Une fois qu'il fut parti, il la vit rassembler son courage et se tourner vers lui.

_Jane, on sait tous qui l'a tué. L'angle de tir, la distance, l'obscurité, le fait qu'il devait être en train de courir, les deux balles en pleine tête… Tu es incapable de réussir un coup pareil. Une cible en mouvement, c'est un cauchemar même pour un tireur chevronné. Je sais ce que tu es en train de faire. Lisbon ne te laissera pas faire. Elle va raconter sa version dès qu'elle en sera capable.

Ce petit discours l'étonna. Pas le fait qu'elle ait deviné que c'était bien leur supérieure qui avait abattu John Le Rouge, mais le fait qu'elle ose lui faire face ainsi. Il haussa nonchalamment les épaules et laissa sa tête reposer contre le mur derrière lui, affichant une décontraction à toute épreuve alors qu'il répondait :

_Ca sera sa parole contre la mienne.

_Ecoute-moi, Jane. Tu n'as pas tout pris en compte. Pour la légitime défense, ce n'est même pas la peine d'y penser. Mais tu risques beaucoup plus gros qu'elle. Tout le monde sait que tu avais l'intention de faire la peau à John Le Rouge. Ce que tu risques, ce n'est pas quelques années de prison pour un coup de folie, mais l'injection létale pour meurtre avec préméditation. Elle peut s'en sortir mieux que ça.

_Tu préfères la voir en prison que me voir mort ? Je suis touché, Van Pelt. Mais je doute qu'elle apprécie.

_Tu ne veux pas rester sérieux une minute ?

Un sourire lui étira les lèvres. Elle ne comprenait pas. Il préférait éviter la peine capitale, oui, mais cela n'avait pas vraiment d'importance. Il était en paix. Peut-être était-ce la morphine qui lui faisait cet effet, mais à présent que son but était atteint, il ne voyait aucune raison d'accorder trop d'importance à quoi que ce soit, à part peut-être à l'avenir de Lisbon.

_Il y a une autre solution.

Surpris, il se redressa. Il n'avait pas entendu Cho approcher. L'agent tendit son café à Van Pelt et avala une gorgée du sien avant de reprendre la parole.

_On peut peut-être arranger un peu la vérité.

_C'est à dire ?

_Est-ce que tu as vu quelqu'un d'autre dehors au moment où John Le Rouge s'enfuyait ?

_Non, il n'y avait…

Il s'interrompit en repérant le demi-sourire entendu de Cho et en comprenant où il voulait en venir. Alors il se reprit :

_A bien y réfléchir, je crois bien avoir aperçu quelqu'un au coin de la rue. C'est bête, je serais incapable de décrire cette personne et on ne la retrouvera sûrement jamais.

Le sourire de Cho s'élargit.

A suivre…