Un chapitre plus long, et du point de vue de Drago !


Chapitre 11 : Tu as fait ça

Je levai la tête vers Hermione qui me regardait d'un air interrogateur. Je pris une profonde inspiration. C'était ma chance de lui prouver que je n'étais plus celui dont elle se souvenait. Il lui était arrivé tant de choses aujourd'hui, et c'était de ma faute. Je sentis presque les larmes me monter aux yeux, mais je ne voulais pas pleurer. Toutes les choses stupides que j'avais fait par le passé remontaient à présent à la surface et c'était elle qui en payait le prix. Je voulais retourner dans le temps et coller un coup de poing bien senti à mon ancien moi pour ce que j'avais fait.

Je la regardai dans ses yeux caramels. Ils abritaient une lueur de colère mais je ne lui en voulais pas pour ça. Elle avait vraiment le droit de l'être. En fait, elle réagissait plutôt mieux que ce je n'avais pensé. Lorsque je l'avais retrouvé il y a quelques jours, je m'étais imaginé qu'elle me donnerai au moins une gifle, mais elle ne l'avait pas fait. Il restait encore du temps pour ça j'imagine.

- Qu'as-tu fait ? avait-elle demandé.

Qu'est ce que j'avais fait ? J'avais tué mon père, voilà ce que j'avais fait. Je m'en rappelais comme si c'était hier. Je le haïssais, mais jamais je n'aurais pu le tuer de mon propre chef. Mais en même temps, je l'appréciais suffisamment pour me détester chaque jour depuis ce qu'il s'était passé.

Je me suis frotté les tempes. Je devais tout raconter à Hermione. Je devais le dire bien, pour qu'elle comprenne que ce n'était qu'un accident. Mais je ne savais pas comment formuler cette histoire, les seuls mots qui me venaient à l'esprit étaient ceux que j'avais prononcés devant ma mère et devant le jury à mon procès.

Regardant mes chaussures, je commençai à raconter.


C'était il y a environ un an. Ma mère était dans le salon du rez-de-chaussée de notre manoir. Mes parents avaient l'habitude de se disputer. J'essayais habituellement d'éviter ces disputes, en m'isolant dans ma chambre, dans la bibliothèque ou la cuisine, n'importe où, dès que je sentais la tension monter, mais cette fois là, c'était arrivé d'un seul coup.

J'étais assis dans le salon également, installé dans un large fauteuil, en train de lire près de la cheminée. Ma mère était dans son habituelle chaise en cuir, celle enveloppée d'un voile. Elle devait être en train d'écrire, de lire ou juste être assise là. La pièce était calme. La seule chose que j'entendais était le craquement du feu, et le tic tac régulier de l'horloge de mon grand-père, dans le coin. Il faisait sombre, la salon n'avait pas de fenêtre. Les flammes de la cheminée projetaient d'étranges ombres sur les murs.

Et puis mon père entra, et soudainement, ils commencèrent à élever la voix. Je ne me rappelais pas pourquoi, mais ils étaient réellement en colère. Je voulais me fondre dans le fauteuil et ne rien entendre. Mon père m'effrayait. Il effrayait aussi ma mère, mais elle était suffisamment forte pour crier à son tour.

Je me rappelais que ma mère s'était mise à pleurer au bout d'un moment. C'était au moment où je me suis mis à faire attention à ce qui se passait, cessant de me cacher derrière mon livre. Entre ses sanglots, ma mère cracha une insulte à mon père, dans le but de terminer cette dispute sur une victoire de sa part. Je vis le visage de mon père se déformer, ses yeux se plisser, et il eut une terrible expression. Il serra les poings et puis, PAF. Il avait frappé ma mère. Il l'avait frappé pile sur le visage.

Elle arrêta de pleurer, et plaqua sa main sur sa joue. Elle avait les yeux grands ouverts, juste choquée, sans expression de douleur. Je fronçai les sourcils et une vive colère envahit tout mon corps. Ma mère se leva, baissa les bras et se tint droite, essayant de paraître courageuse. Une grosse contusion se formait sur sa joue, là où il l'avait frappé, et je voyais ses yeux se remplir de larmes qu'elle essayait difficilement de retenir.

Je sentis mes propres poings se serrer. Je ne lâchais pas ma mère des yeux qui elle ne cessait pas de fixer mon père. J'attendais qu'elle fasse quelque chose. Le frapper à son tour, crier, partir en courant, pleurer, mais elle ne faisait rien de tout ça. Elle restait juste debout, lui faisant face.

Je me levai d'un bond et marchai droit vers mon père. Je m'aperçus que ma mère m'avait vu et qu'elle esquissait un geste vers moi.

- Drago... murmura t-elle en prenant mon bras.

Je la repoussai violemment et me mit en face de mon père. Je bouillais de rage. J'étais hors de moi, je ne pouvais plus me contrôler.

- Ne la touche pas, salaud, grinçai-je entre mes dents serrés, puis je le frappai le plus fort que je pus, juste en dessous de l'œil.

Il chancela en arrière et se tint le visage là où je l'avais frappé. On voyait déjà l'hématome se former. Il avait l'air aussi surpris que ma mère, un mélange d'étonnement et de colère.

Cela m'avait fait du bien de le frapper. J'avais déjà frappé des gens auparavant mais jamais en le désirant aussi ardemment. Toutes les fois où j'avais rêvé de lui mettre un coup de poing étaient sorties avec ce coup. Ma main tremblait, et je la secouai car elle commençait à me brûler.

Puis mon père me regarda avec un brasier ardent au fond de ses pupilles. J'arrêtai de faire attention à la douleur de mon poing et me détournai comme je le voyais avancer vers moi. Mais je sentis quelque chose frapper ma tête avec force, me faisant stopper net. Ma mère se remit à pleurer.

Tout devint noir pendant une seconde. Ma tête m'élançait et je ne pouvais savoir pourquoi. Je commençais à pencher dangereusement en arrière, puis en avant, je perdais l'équilibre.

Je me retournai, sonné, et quelque chose frappa mon menton. J'entendis un craquement et je hoquetai, surpris. Mes yeux retrouvèrent la vue et je vis mon père qui ramenait son bras en arrière pour me donner un autre coup. J'essayai de me redresser correctement mais je me sentais nauséeux et étourdi.

J'aperçu vaguement ma mère attraper le bras de mon père pour l'empêcher de me frapper. Le goût du sang envahit ma bouche, je le sentais couler de ma lèvre et dévaler mon menton. Je vis mon père jeter ma mère sur le sol. Puis il me regarda fixement, comme s'il débattait intérieurement sur le fait de me cogner encore une fois ou non. Finalement, il se détourna et sortit de la pièce.

Je me sentais de nouveau en colère, une colère froide, aiguisée par le goût métallique du sang sur ma langue. Le martèlement à l'intérieur de mon crâne me rendait fou. Les pleurnicheries de ma mère sur le sol me dégoutaient. Je contractai mes muscles avec rage.

Aveuglé par la haine, je suivis mon père avec la force d'un ouragan. Ma mère me cria d'arrêter, mais je ne lui prêtai pas attention.

Je marchai sur les pas de mon père hors du salon, à travers les couloirs sombres jusqu'au portail du manoir. Je ne savais pas ce que j'allais lui faire, mais je voulais le faire payer pour ce qu'il avait fait à ma mère et à moi : la frapper, me frapper, et en général contrôler nos vies entières. Il ouvrit la porte et sortit à l'extérieur. Il faisait noir et j'avais du mal à distinguer ce qui m'entourait. Je suivis l'ombre sombre à travers le jardin et après avoir dépassé les hautes haies qui bordaient la maison.

Soudainement je remarquai que sa silhouette grandissait, et je réalisai qu'il avait arrêté de marcher. Je me sentis effrayé sur le moment alors je m'arrêtai à mon tour. Il ne bougeait pas et me tournait encore le dos. Sa tête était baissé comme s'il fixait le sol.

Je me rapprochai en essayant de voir ce qu'il faisait, et il se retourna tout à coup et me regarda. Il me regardait, avec ma bosse sur la tête, mon sang sur le menton et la rage dans mes yeux, et il n'avait même pas l'air désolé. Je pouvais cependant apercevoir une faible lueur de confusion au fond de ses yeux. Le coup que je lui avais donné avait dû le sonner.

Nous nous affrontèrent du regard un moment et il parla.

- Tu as fait ça, dit-il d'une voix neutre et exempte de toute émotion.

Sa voix résonna dans mon esprit comme une sonnerie stridente. Tu as fait ça, tu as fait ça, tu as fait ça... Puis il recula de quelques pas, s'éloignant de moi, et soudain, disparut.

Je courus à l'endroit où il se tenait quelques secondes auparavant et arrivai au bord de la falaise qui se trouvait derrière le manoir. Mon cœur se mit à battre la chamade, et mes mains tremblantes fouillèrent mes poches pour en sortir ma baguette. Je l'agrippai fermement et jetai un sort qui lança une boule lumineuse jusqu'au fond du gouffre. Elle flotta jusqu'en bas gracieusement, éclairant le bord de la falaise, les rochers, et dissipant un instant les ombres mystérieuses dans les recoins du mur rocheux. Je la suivis des yeux attentivement et retenant mon souffle en attendant de voir ce qu'il y avait en bas.

La lumière atteint finalement le fond du précipice et je pus clairement voir l'ombre mutilée du corps de mon père gisant sur les roches. Même à une telle distance je pouvais voir ces yeux perdus dans le vague et dirigés vers moi. Tu as fait ça. Ses cheveux étaient tombés en auréoles autour de sa tête et ses membres étaient dans une position grotesque.

- Non ! criai-je.

Des larmes jaillirent de mes yeux sans que je ne puisse les contrôler. Mais je n'y faisais pas attention, je les laissais couler et dévaler mes joues, nettoyant le sang au passage et rejoignant mon père tout en bas.

- Non ! criai-je encore plus fort.

L'écho de ma voix retentit depuis les profondeurs du gouffre, revenant vers moi et me frappant. C'était de ma faute. Tu as fait ça. Je m'assis sur le sol et entourai mes genoux de mes bras.

- Qu'est ce que j'ai fait, dis-je dans un gémissement. Je suis tellement désolé...

Soudain ma mère fut derrière moi et elle poussa un cri strident.

- Qu'as tu fait ? hurla t-elle.

Je ne pouvais même pas lui répondre. Je ne pouvais rien faire d'autre que rester assis sur le sol, pleurant en silence. J'aurais presque aimé sauter à mon tour pour rejoindre mon père. Ma mère pleurait derrière moi, le corps de mon père gisait devant moi, et tout cela était de ma faute.


Je regardai Hermione, qui me fixait avec incrédulité. La lueur dans ses yeux me montrait bien qu'elle ne croyait pas un mot de ce que je disais. Son front était plissé et ses lèvres légèrement entrouvertes. Une des blessures qui ornait encore son front offrait un contraste saisissant entre le rouge du sang séché et sa peau pâle, et elle avait l'air affreusement douloureuse. Encore une chose qui était de ma faute. Les cheveux bruns d'Hermione s'étaient un peu apprivoisés depuis Poudlard mais ils tombaient encore en boucles folles sur ses épaules. Mais c'était peut-être à cause de tout ce qu'elle avait traversé aujourd'hui.

- Drago, dit-elle enfin.

Je replongeai mes yeux dans les siens. Je ne l'avais jamais entendu prononcer mon prénom sans haine ou dégoût dans la voix.

- La mort de ton père n'était pas de ta faute.

Je ressentis un grand choc. Je ne pouvais croire qu'elle me croyait. Hermione Granger, unique entre tous, me croyait. Comment avais-je pu être aussi méchant avec quelqu'un de gentil à ce point ? Je secouai la tête.

- Non Hermione, dis-je. La mort de mon père était un accident, mais c'était tout de même ma faute.

- Non, s'écria t-elle, un sourire apparaissant sur ses lèvres. C'était sa faute ! Tu n'as rien fait.

Peut-être avait-elle raison, mais les mots de mon père me hantaient encore aujourd'hui. Tu as fait ça.

Je passai ma main à travers mes cheveux pour repousser une mèche qui était tombée devant mes yeux. Je détestai que cela m'arrive. J'eus envie de prendre une paire de ciseaux et de la couper.

- Merci Hermione.

Je me levai, et elle me regarda avec une pointe de tristesse, et je devinai qu'elle savait que je pensai encore que c'était de ma faute. Je marchai jusqu'à l'endroit où j'avais abandonné mon magazine moldu un peu plus tôt, le ramassai et le posai sur une des tables de chevet.

- Je vais prendre une douche, annonçai-je en me dirigeant vers la salle de bain.


J'émergeai dans un nuage de vapeur d'eau une heure plus tard de la douche la plus longue que je n'avais jamais pris. La chambre était noire et silencieuse. Je sortis de la salle de bain silencieusement et refermai la porte derrière moi. Regardant en direction du lit, je vis Hermione endormie. J'entendais sa respiration paisible.

Je fis le tour du lit en veillant à ne pas faire de bruit et je m'approchai du meuble où se trouvait l'engin qu'elle avait dit être une télévision. J'ouvris un des tiroirs et j'en sortis ce que je cherchais, des couvertures supplémentaires. Je les pris et les disposai sur le sol de façon à me constituer un lit confortable. Je savais que malgré le nombre de couches que je pourrais mettre, cela serait quand même inconfortable. Je ne me rappelai pas avoir dormi une seule fois sur le sol. J'avais toujours eu un lit où dormir et je m'en sentis très heureux lorsque je regardai la misérable pile de couverture sur le sol.

Mes yeux dévièrent à nouveau en direction d'hermione. Elle était en position fœtale, recroquevillée sous les couvertures. On pouvait à peine distinguer son visage derrière le drap remonté jusqu'à son nez et sous sa touffe de cheveux. Je réalisai tout à coup qu'elle était magnifique. Malgré ce que je lui avais dit et fait croire durant les années de Poudlard, elle était magnifique. Pas uniquement du point de vue physique, toute sa personne était magnifique.

Je m'allongeai sur le lit précaire que je m'étais fait. C'était inconfortable, mais j'essayai de trouver une position acceptable. Je fermai enfin mes yeux et tombai endormi immédiatement, aidé par le fait que la chambre était tranquille, sombre et que je pouvais m'y sentir à l'abri. Je n'avais à me soucier de rien.

Cela allait changer.


J'espère que ce chapitre vous a plu. Laissez une review pour dire ce que vous avez pensé de ce chapitre du point de vue de Drago !

Green-serpentine