Pardonnez ce long retard dans les publications. Ma muse m'avait désertée, mes centres d'intérêt s'étaient quelque peu éparpillés et la real life m'avait bien épuisée.
Comme je me doute que les chapitres précédents doivent être particulièrement nébuleux, voici un résumé des épisodes précédents :
Se pliant à la volonté de Dumbledore, Severus a repris les séances avec Remus, l'aidant en potions tandis que ce dernier le fait bénéficier de ses lumières en Défenses contre les Forces du Mal. Mais la tension entre eux demeure certaine. Malgré tout Severus commence à progresser dans la construction d'un Patronus. En effet, recevoir en cadeau d'anniversaire pour sa majorité le journal intime de sa mère lui a permis de trouver le début d'un souvenir heureux. Remus par contre, a quelques difficultés avec ses amis. Sirius se doute de quelque chose et le met au défi de participer activement à une farce punitive après le désastre de la leçon de transplanage : l'amitié des Maraudeurs est à ce prix...
Encore mille mici et plein de zoubis à ma beta d'amour, Louve26 !!!!!
La p'tite citation : L'intuition, c'est l'intelligence qui commet un excès de vitesse. H. Bernstein
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11- Une soirée de printemps.(part1)
« - Fais gaffe, ça c'était mon pied, pas celui de l'armure !
- C'est vrai qu'au Moyen- Age ils avaient des petits pieds, pas des péniches comme toi James, glapit Sirius étouffant difficilement sa crise de fou rire.
- Si ça t'intéresse, mes mains aussi ne sont pas petites et tu vas t'en rendre vite compte en en prenant une dans la gueule si tu continues !
- Vous n'avez pas bientôt fini tous les deux, les gronda Remus. On va finir par se faire repérer à cause de vous. La cape d'invisibilité ne masque que votre corps, pas vos voix. Et avec le raffut que vous faites depuis le début...
- Et toi, tu fais quoi exactement en ce moment ? Tu t'exprimes avec le langage des signes ? Je le trouve particulièrement sonore, s'énerva James.
Entre les pitreries exaspérantes de Sirius et l'excès de sérieux de Remus, James sentait la moutarde lui monter au nez. Le seul qui était aussi discret qu'une souris, et pour cause, c'était Peter. Sous sa forme animagus, il trottait en avant explorant tournants et recoins des méandres des couloirs de Poudlard afin de sécuriser l'avancée du trio bruyant. La cape d'invisibilité de James dissimulait mal un groupe de trois grands adolescents poussés en graine. Souvent chaussures et chevilles apparaissaient comme désincarnées.
Sirius fort occupé entre son hilarité et la lecture de la carte des Maraudeurs, ne pouvait aider à maintenir la cape. Ses deux amis s'en chargeaient du mieux qu'ils pouvaient.
Cahin-caha, le petit groupe avançait se fiant à la vue d'un Peter rat-atiné et au flair et à l'ouïe de Remus développés par l'approche de la pleine Lune. Dans deux jours, ou plutôt dans deux nuits exactement. Sirius indiquait le chemin suivre pour arriver à la salle commune des Serpentards.
L'exubérant Gryffondor avait appris où se situait l'entrée de leur salle commune. Pour obtenir cette information, il avait donné de sa personne, il s'était sacrifié pour ses amis comme il le déclamait sur tous les tons possibles et imaginables. Les trois autres en ricanaient encore. Son grand sacrifice avait été de séduire Eileen Sanders, Poufsouffle de cinquième année. Elle était sortie avec Nervus Nott et venait d'être larguée de la plus rustre des façons. Si elle pouvait se venger de lui, nul doute qu'elle n'hésiterait pas deux secondes. Confier où se trouvait l'entrée de la salle commune des Serpentards à l'un des Maraudeurs , c'était tout simplement parfait.
Atteindre l'objectif séduction de la cible avait pris exactement deux secondes à Sirius : le temps de lui dire bonjour à la fin du petit déjeuner en lui adressant son plus beau sourire et son charme avait déjà agi, la fille accrochée.
Sirius n'avait en fait aucun mérite. Elle lui tournait autour depuis deux ans et Nott n'avait été qu'un dérivatif. Elle... comme plus de la moitié des filles de Poudlard n'attendait qu'un regard, qu'un signe de la part du Maraudeur ! Sa beauté sombre et son charisme en étaient la raison principale. Obtenir le précieux renseignement ne lui avait coûté que quelques rendez-vous, baisers mouillés et séances de pelotage en règle.
Remus avait rougi un peu aux descriptifs très détaillés que Sirius n'avait pas manqué de relater et s'était tu beaucoup. Il savait déjà où était cette entrée. Mais il ne pouvait pas expliquer à ses amis comment il en avait eu connaissance. Et puis, Eileen l'avait débarrassé quelques temps de la présence de plus en plus collante de son ami.
Cahin-caha, pestant, bougonnant ou rigolant, ils parvinrent à l'entrée de la salle commune des Serpentards sans avoir fait de mauvaises rencontres. Toujours groupés sous la cape d'invisibilité, rejoints par Peter conservant sa forme animagus, ils se tournèrent vers Remus :
- A toi de jouer ma poule, lança Sirius en appuyant son propos d'un clin d'oeil.
- C'est quand même bizarre que tu connaisses leur mot de passe... ronchonna James qui n'avait rien perdu de son air bougon.
- C'est pas bizarre, Cornedrue, c'est génial ! Et puis, pour une fois que son rôle de préfet nous sert à quelque chose, on ne va pas s'en priver ! Sans lui, notre plan tombait à l'eau, ou plutôt ne sortait pas des douves. Je ne vois vraiment pas pourquoi tu tournes du museau comme ça.
- Mouaif, bien sûr, mais je ne comprends pas comment...
- Eh bin, l'interrompit Patmol, il te donnera des cours particuliers pour te faire comprendre. N'est-ce pas Mumus ? Et il ponctua sa question d'une vigoureuse claque entre les omoplates de ce dernier qui faillit se ramasser le museau dans la porte sous le choc et la surprise. Et il n'a pas eu à se sacrifier comme moi ! Pas de baiser mouillé, pas d'étreinte sauvage... Remarque, tu ne sais pas ce que tu loupes, finit-il appuyant ses paroles d'un autre clin d'oeil.
- Putain ! Sirius ! Tu n'en loupes vraiment pas une toi ! s'énerva encore plus James. Pendant que tu y es, tu veux pas envoyer un carton d'invitation par hibou express à Piccot et à son chien ?
Remus se félicitait pour la première fois de la soirée de l'humeur du binoclard. Il avait fait diversion. Aucun de ses amis n'avaient remarqué cette foutue rougeur qui avait pris possession de son visage, de la base du cou jusqu'à la pointe de ses oreilles. Il se demandait même s'il n'avait pas de la fumée qui lui sortait par les oreilles à la façon des signaux indiens. Ou bien ils pensaient qu'elle était due à sa rencontre brutale avec la porte serpentarde. Si près de l'ouverture, murmurer « Dignus est entrare » suffit à ouvrir l'antre des Serpentards.
Peter, qui avait repris sa forme humaine, couina :
- Fais gaffe ! Ils sont peut-être dans leur salle commune !
- A cette heure de la nuit ? Tu rêves Peter ; qu'est que tu veux qu'ils y fassent ? Se moqua James.
- Bin pardi, la même chose que ce que tu rêves de faire à Lily, glapit Sirius.
- Putain ! Vous n'avez pas bientôt fini ! siffla rageusement Remus entre ses dents. Une chose est sûre, s'il y avait eu quelqu'un dans la salle, l'alerte serait déjà donnée avec tout le raffut que vous faites ! Bonjour la discrétion ! Dépêchons-nous et barrons-nous d'ici avant qu'il y en ait un qui descende du dortoir.
- Attends deux secondes ma poule. Je profite d'être dans le repaire de l'ennemi pour compléter la carte, marmonna Sirius une gomme dans la bouche, le crayon en main, la carte des Maraudeurs étalée devant lui sur la table où son frère et ses pairs finissaient leurs devoirs quelques heures avant. On n'aura sans doute pas de si tôt une aussi belle occasion. J'ai comme l'impression qu'ils vont changer leur mot de passe après notre petite expédition punitive. T'as pas rencard tout de même pour être aussi pressé. Elle dort depuis longtemps ta dulcinée. Si t'en as une...
- Non, c'est juste un bon instinct de survie. James, ça y est ? Tu es parvenu à le fixer ?
- Ouais, impec mec ! Mais ce truc, qu'est que ça schl...
- Chuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut ! intima Remus.
Un claquement venait de retentir à l'un des étages supérieurs où se situaient les dortoirs. Garçons ou filles ? Pas moyen de le savoir, les escaliers en colimaçon y menant amplifiaient et déformaient le son. Les quatre amis retinrent leur souffle. Avant que le teint de Peter ne passe du gris au terreux cadavérique pour manque d'oxygénation, le bruit d'une chasse d'eau retentit : ce n'était qu'un pipi nocturne.
- Peter, commanda James, va voir si personne descend.
- Ca va pas la tête ? Pour me retrouver nez à nez avec l'un d'entre eux !
- Va du côté des mecs et moi je couvre les dortoirs filles, précisa Sirius qui décidément, ne perdait jamais le nord pensa un préfet.
- Mais le toboggan ? Et l'alarme qui va avec ? s'inquiéta encore le peureux de service.
- Mais non mon petit ratounet ! Ils ne se déclenchent que si un mec monte, pas un chien, précisa-t-il avant de prendre sa forme animagus.
- Ah mais non, mais oui... n'empêche que, ça serait drôlement plus pratique si la carte indiquait si quelqu'un arrive, ronchonna Peter avant de se transformer à son tour.
- Magnez-vous ! Sirius, j'ai besoin de toi pour lancer le sort de dissimulation et le lien magique. Les tiens sont plus puissants. Ils tiendront sans problème plusieurs heures.
Seul un jappement joyeux lui répondit.
Remus était resté coi. Deux pas dans la salle commune des verts et argent. Pas un de plus. Il s'appuyait contre le mur, près de la tenture recouvrant la porte d'entrée. Sirius ne pourrait plus lui reprocher de ne pas vouloir participer activement à l'une de ses blagues de mauvais goût. Mais il en était malade par avance. Certes, il était parvenu à limiter les dégâts. Jamais Severus ne connaîtrait sa participation. Il aurait certainement des doutes mais il n'y avait aucune chance qu'il ne les découvre là, maintenant. La pleine lune était dans deux jours et il était accaparé par la préparation de la potion Tue-Loup. Toute cette nuit il tiendrait compagnie à son chaudron.
Par un heureux hasard, ses amis avaient insisté pour mettre en place cette nouvelle blague avant sa prochaine transformation, pour lui changer les idées...
Changer les idées ? C'était réussi. Mais tout dépend de quel point de vue se placer ! Pour le plaisir de participer à cette merveille que devenait la carte des Maraudeurs certes. Pour la satisfaction d'avoir convaincu ses amis de changer le contenu de leur « blague » pour la rendre plus inoffensive sans perdre pour autant son potentiel comique, d'accord. Pour son « amitié », ou quel que soit le nom de ce sentiment, envers un certain ténébreux taciturne, c'était une autre paire de crocs...
Mais il n'avait pas eu le choix.
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- Jeunes gens ! Je vous prierais de vous calmer avant de pénétrer en classe. Vous n'êtes plus dans la Grande Salle et bien que nous soyons en fin de semaine, ceci est votre première heure de cours de la journée alors, par Merlin, du calme ! gronda Slughorn au troupeau d'élèves.
Les sixièmes années de Gryffondor et Serpentard attendaient le cours commun de potions. Les quatre Maraudeurs ne semblaient pas, pour une fois, les plus turbulents. Tout au moins, ils n'étaient pas les seuls. Tous les rouges et or étaient agités. Certains ricanaient, se poussaient du coude, chuchotaient entre eux, désignant le groupe des verts et argent. Lily quant à elle, râlait, jouant la préfète avec zèle. Les quatre amis étaient manifestement le centre d'intérêt de leurs pairs. Leur mine tirée, leurs yeux bouffis par le manque de sommeil, les cheveux en pétard indiquaient clairement leur manque de sommeil. Et qui disait manque de sommeil disait sortie nocturne et par conséquence, expédition interdite... La lueur moqueuse nichée au fond de leur regard à moitié éteint indiquait qu'une nouvelle blague était en cours.
Slughorn avait toutes les raisons de les rappeler à l'ordre. Les élèves de sa maison ne l'étaient pas moins. Ils avaient rapidement compris la raison de l'agitation ambiante ; des bribes d'explications leur parvenaient et ils n'étaient pas quoiqu'en pense l'un d'entre eux, tous idiots. Nul doute que la cible était l'un d'entre eux. Mais qui exactement ? Encore Snape ? Et où ? Et quand ? Des paris s'ouvraient, des commentaires fusaient de part et d'autre.
Ils s'installèrent malgré tout, respectant une fois de plus les groupes inter-maisons fixés par Slughorn. Remus tentait de garder un air dégagé en s'installant à côté de Severus. Entre l'irritation manifeste de son « ami » et sa mauvaise conscience, il ne se sentait pas particulièrement détendu. Et son habileté dans sa matière était beaucoup trop récente pour qu'il puisse avoir confiance en lui.
- Un petit changement s'avère indispensable aujourd'hui. Vous me semblez bien inattentifs. Pour vous permettre de retrouver l'attitude qui sied à cette discipline délicate, nous allons bousculer un peu les vieilles habitudes. Nous allons modifier, pour ce cours seulement, les groupes. Associez-vous je vous prie, avec un élève de votre maison.
Un joyeux brouhaha s'ensuivit. Sans vouloir tenir compte un seul instant de son regard revêche, James se précipita littéralement sur Lily. Remus s'installait avec Sirius et Peter, bien décidés à rester tout trois ensemble. De toute façon, le nombre d'élèves de Gryffondor était impair. Il en était de même pour les Serpentards. Severus, une fois de plus, était seul. Il était mis à l'index par « les siens ». Mais il en avait l'habitude et préférait mille fois sa situation solitaire à la compagnie d'un, ou pire d'une, de ces dégénérés de sang-pur. Il installait d'ailleurs tranquillement ses affaires.
- Pour pimenter un peu le cours et stimuler votre réflexion, je vous propose ce matin un challenge. L'équipe qui réalisera la meilleure potion permettra à sa maison de gagner cinquante points, pas un de moins. Mesdemoiselles, messieurs, vous avez une heure et dix minutes, déclara-t-il pompeusement tout en faisant apparaître la recette au tableau. Vous trouverez les ingrédients nécessaires sur les paillasses ou étagères comme d'habitude.
Les Serpentards réagirent immédiatement et Lestrange prit la parole, poussé par ses camarades :
- Professeur, avec tout le respect que je vous dois, les équipes ne sont pas équitables. Nous sommes désavantagés.
- Expliquez-vous Mr Lestrange.
- Les Gryffondors ont regroupé dans une même équipe leurs deux meilleurs éléments, commença-t-il en désignant du doigt Lily et James, alors que lui, il est tout seul.
Il aurait fallu le torturer pour qu'il accepte de nommer Snape comme le meilleur d'entre eux devant toute la classe.
- Vous n'avez pas tort, concéda Slughorn. Nous allons y remédier. Miss Demidoff, laissez donc votre amie pour vous joindre à Mr Snape.
- Professeur !
Dans un parfait accord le cri avait échappé à trois gorges pour des raisons fort différentes. Anastasia Demidoff refusait de délaisser son amie Emma Montague pour supporter les sarcasmes de la chauve-souris graisseuse de leur classe. Rabastens Lestrange trouvait l'arrangement inéquitable car Anastasia était loin d'être brillante en potions ; même lui en savait plus ! Quant à Snape, il ne voyait vraiment pas pourquoi il devrait la supporter ; elle n'était pas une aide mais un boulet ! Il préférait encore Lupin, et pourtant... Rabastens sut choisir les mots pour exprimer ses pensées sans trop insulter qui que ce soit. Ce n'était pourtant pas l'envie qui lui manquait.
Slughorn réfléchit, fronça ses sourcils broussailleux de vieux phoque, souffla dans sa moustache et se rangea à leur opinion déclenchant des sourires sarcastiques d'un côté et un brouhaha rageur de l'autre.
- Pour équilibrer davantage les maisons et les équipes, Mr Snape vous conservez Miss Demidoff comme co-équipière et Miss Evans, je vous adjoins Mr Lupin. Mr Potter et Miss Montague, vous compléterez une autre équipe.
Le demi-sourire de Snape s'éteignit aussitôt et furieux, il se mit au travail sans même tenir compte de sa partenaire. Si elle pouvait rester assise sans rien dire ni faire, voilà qui lui conviendrait parfaitement. Remus lui, s'était approché de Lily une moue timide pour elle et un hochement d'épaules d'excuse pour James qui lui cédait la place en pestant. Lily l'accueillit d'un sourire réconfortant et prit le temps de lui expliquer comment elle pensait partager les tâches. Les bavardages cessèrent bientôt. Le professeur rédigeait une lettre qui semblait le combler d'aise et de suffisance. Les deux binômes respectaient scrupuleusement la préparation de cette potion délicate. Le reste des élèves touillaient vaguement le contenu de leur chaudron tout en épiant attentivement leurs champions et leur mélange. Peu importait la qualité du leur ; ils savaient que jamais ils ne parviendraient à égaler celui d'Evans ou de Snape. La note qu'ils pourraient obtenir passait au second plan. Plus que les points encore, le titre de champion en potions était à remporter. De plus les Serpentards devinaient qu'ils risquaient d'être encore les dindons d'une farce de l'ennemi héréditaire, même s'ils en ignoraient tout. Les Gryffondors souhaitaient que la défaite des Serpentards soit complète, aussi bien en classe qu'en dehors, au détour d'un couloir .
Tous savaient également que chaque champion avait un handicap pour pimenter le défi : cette gourde de Demidoff pour Snape bien qu'il ne lui laissât guère approcher son chaudron, et pour Evans le recordman d'explosions de chaudrons pour l'année, le préfet Lupin.
Les murmures remplacèrent rapidement le silence pesant sans que leur professeur n'intervienne. Les vapeurs s'échappant des chaudrons et la tension émanant des esprits surchauffaient l'atmosphère. A tel point que Slughorn sortit enfin de sa torpeur pour s'intéresser d'un peu plus près au combat qui était en train de se livrer. Il contourna Snape sans manifester la moindre émotion. Arrivé devant Lily Evans, un sourire apparut sous sa moustache. On grogna du côté des verts et argent au favoritisme manifeste. Severus toisa du regard pour la première fois de la séance l'adversaire et en profita pour jeter un coup d'oeil sarcastique à Lupin... Chacun avait le boulet qu'il pouvait. Ce dernier n'ignorait pas le rôle qui lui était dévolu et faisait tout son possible pour aider ou tout au moins, gêner le moins possible sa partenaire, encouragé par ses amis : clins d'oeil de James au point qu'il se demandait s'ils n'étaient pas plutôt destinés à la jeune fille, propos rigolards de Sirius qui, au lieu de l'aider, le déconcentraient. Peter, par contre, avait la bonne idée de suivre leur progression dans la confection de la potion et les aidait notablement en apportant discrètement une partie des ingrédients nécessaires. Les pitreries de Sirius détournaient l'attention.
Il ne restait plus que dix minutes avant la fin de la séance et la tension était à son comble. Seuls quatre élèves continuaient assidûment ; en fait, trois seulement car Anastasia Demidoff avait renoncé depuis un certain temps à essuyer rebuffades sur dénigrements et avait réalisé le souhait de Snape : elle attendait boudeuse, assise sur l'un des hauts tabourets. Slughorn, à mi-distance entre les deux groupes, observait alternativement l'un et l'autre avec la même attention. Le moment était crucial. La réduction était une phase délicate car la potion y était particulièrement instable. Un écart de température, un mouvement de spatule inconsidéré, l'ajout intempestif d'ingrédients et tout échouait avec parfois, des conséquences dangereuses. Le poison et son remède ont souvent une frontière bien mince. Les deux potions avaient la bonne couleur, la bonne consistance, le bon nombre de bulles crevant délicatement la surface, les mêmes vapeurs doucereuses s'en échappant en longues traînées entêtantes. Remus se mit à rêver que chaque équipe allait réussir, que Slughorn ne parviendrait pas à les départager. Réconforté par cette pensée généreuse bien que non complètement désintéressée, il se détendit pour la première fois de la séance. Mal lui en prit. Son bras vint se placer au dessus du rebord du chaudron. Hélas, sa manche au poignet déboutonné trempa dans le mélange. Le coton ne provoque habituellement aucun effet particulier, sauf si le tissu en question ne s'était imprégné au préalable de diverses substances découpées ou broyées sur le plan de travail.
En moins de trois secondes, la couleur de la potion vira au carmin foncé, les bouillonnements cessèrent, les fumerolles s'épaissirent. Remus eut le temps d'adresser à Lily un regard empli de regrets avant que Slughorn ne se mette à vociférer :
- Reculez-vous immédiatement !
Pratiquement tous reculèrent en désordre vers la porte de sortie. Snape préféra protéger son précieux chaudron de son propre corps. Remus, les sens aiguisés par la pleine lune proche, se jeta au sol le plus loin possible. Lily resta tout simplement plantée devant sa potion, ahurie par l'enchaînement trop rapide des évènements. Durant une seconde, le mélange sembla se rétracter dans le fond avant de jaillir comme un geyser venimeux, urticant et corrosif.
Remus se releva pour aider Lily mais il avait été devancé par leur professeur ainsi que par James qui s'était empressé de faire demi-tour pour voler au secours de sa dulcinée. Elle était touchée à divers endroits mais ses vêtements l'avaient en partie protégée. Malgré la douleur, elle ne laissait échapper aucune plainte. Son visage était simplement plus pâle et ses lèvres davantage pincées. Severus avait été atteint dans le dos et la potion acide avait par endroit rongé les couches de tissu et irritait sa peau mis à nue.
- Mr Lupin, vous allez accompagner Miss Evans et Mr Snape à l'infirmerie le plus rapidement possible je vous prie. Mme Pomfresh a en réserve l'antidote apaisante et cicatrisante. Et surtout...
- J'y vais aussi, se précipita James, interrompant leur professeur ; sa chère Lily était blessée.
- Je ne crois pas Mr Potter. Je pense qu'il n'est pas très raisonnable de vous confier Miss Evans, mais complètement inconscient de vous laisser avec Mr Snape. Mr Lupin, malgré quelques incartades, est un préfet. Allez-y et ne traînez pas en route.
- N'oublie pas mon sac Lupin, commanda Severus en passant devant eux tête haute.
Il se pavanait, prenant Remus pour son boy. Après tout, sa potion, à lui, était parfaitement réussie. Il était le vainqueur, le champion des potions ! Et cerise sur le gâteau, il avait assisté en direct à la déconfiture de Potter et Evans. Ce ne sont pas les quelques points douloureux dans son dos qui gâcheraient cet excellent moment. Pas d'avantage cette vague rumeur sur une énième connerie des Maraudeurs. Pour ce qu'il en avait à faire ! Il sortit en se rengorgeant et malgré l'absence de sourire, l'éclat de ses yeux annonçait à tous sa victoire.
Remus, chargé comme un bourricot de son sac, de celui de Severus et de Lily, le suivait tenant la jeune fille par le coude, un des rares endroits épargnés par les projections. Elle grimaçait maintenant de douleur et repoussa le jeune préfet tandis que ce trio avançait dans les couloirs d'un pas vif, poursuivit par le brouhaha décroissant des élèves de leur maison.
- Je suis vraiment désolé Lily. Je ne voulais pas que...
- Je m'en doute Remus. Même si tu as pour meilleurs amis les pires crétins de cette école, tu ne l'es pas trop toi même. Mais bon sang ! Tu ne pouvais pas te tenir loin du chaudron et me laisser tout simplement faire ! commença à s'énerver la jeune fille.
Ni l'air dépité de Lupin ni le ricanement railleur de Snape ne la calmèrent. Bien au contraire !
- Oh toi ! Ça va ! hurla-t-elle à Snape en faisant volte face pour tendre un doigt rageur sous son grand nez. Je sais bien que tu as toutes les raisons de pavoiser ! Mais aie le triomphe immérité modeste au moins !
- Immérité ? Ma potion était parfaite.
- Parfaite car tu n'as pas respecté les règles. Espèce de sale tricheur.
- Tricheur ? Slughorn m'épiait au moins autant que toi sans compter la classe complète de tes crétins de Gryffondors. Ils auraient été bien trop contents de brailler si j'avais commis le moindre début de commencement de tricherie ! Comme si j'en avais besoin en plus !
- Je ne parle pas de ça. Nous avions tous les deux un handicap à gérer et toi tu l'as simplement évincé ! C'est pas du jeu !
- Un handicap ! s'étrangla presque Snape dans un coassement qui devait être un rire.
- Un handicap ? s'étouffa presque Lupin de dépit et d'orgueil blessé. Il savait qu'il avait encore des difficultés dans cette matière mais depuis les progrès réalisés grâce à Severus, il pensait ne plus mériter cette insulte. Et puis, c'était juste la faute à pas de chance cette fois-ci...
- Oh, ne joue pas à l'orgueil blessé avec moi Remus. Tu es doué en Défense contre les Forces du Mal mais en potions, tu es particulièrement minable. Tu viens de le prouver encore aujourd'hui. Dès que tu n'es plus en équipe avec Snape qui est obligé de rattraper tes erreurs pour ne pas voir ses propres résultats baisser, tu vois ce que ça donne.
- J'ai pourtant réussi seul la dernière fois, tenta de se défendre le lycanthrope qui se sentait pâlir sous le ton condescendant de Lily et le regard narquois et les bras croisés de Severus.
- Arrête ton char Remus ! J'en rirais si je n'avais pas aussi mal. Ecoute, c'est pas compliqué, après les prochaines vacances je sais que j'aurai quelques heures de libres dans mon emploi du temps. Si tu veux, je peux t'en consacrer une ou deux par semaine pour te donner quelques leçons de rattrapage en potions. Qu'en dis-tu ?
Dire ? Il en était bien incapable ! Il restait bêtement planté là, la bouche entrouverte, regardant alternativement, la rouquine et Severus. Quand Severus éclata d'un rire moqueur, sa pâleur fit place à son fard habituel, fard qui ne diminua en rien lorsque, telle une furie, McGonagall sortit de la salle de classe devant laquelle ils étaient.
- Ce raffut pendant les heures de cours est inadmissible ! J'attends que vous m'expliquiez les raisons de votre présence ici. Et j'espère pour vous que vous avez une bonne excuse.
Son air revêche n'avait rien d'engageant. Snape avait baissé la tête, non par honte mais pour dissimuler son expression derrière le rideau de ses longs cheveux noirs ; prudence est mère de sûreté. Ainsi, il pouvait d'autant mieux observer le professeur sans paraître insolent. Lily et Remus quant à eux, faisaient un concours de rougeur, que Lily gagna d'une courte longueur. Remus se jeta à l'eau :
- Le professeur Slughorn m'a demandé de conduire Evans et Snape à l'infirmerie, Madame.
- Par Rowena, que vous est-il donc arrivé, s'inquiéta-t-elle immédiatement en s'approchant de la préfète.
- Simplement une potion qui a mal tourné, expliqua sobrement Remus.
- Ou plutôt qui a été mal tournée, précisa Severus.
- Est-ce grave ? Souffrez-vous mon enfant ? s'inquiéta encore le professeur en observant les dégâts causés aux vêtements de la jeune fille, oubliant totalement de prendre en considération le deuxième blessé.
- Non, enfin, pas trop, répondit-elle gênée et émue par tant de sollicitude.
- Mais on n'est jamais trop prudent. Attendez-moi deux minutes, ordonna-t-elle avant de s'engouffrer dans sa classe d'où s'échappait un joyeux brouhaha.
Elle en ressortit en moins de temps encore.
- Mr Lupin, vous restez avec ces deuxièmes années, reprit-elle en désignant les élèves de sa classe, et vous les surveillerez pendant le devoir écrit que je viens de leur donner. J'accompagnerai moi-même Miss Evans voir Mme Pomfresh... et Mr Snape aussi bien sûr.
Ce dernier nota le semi oubli. Et tandis qu'ils se dirigeaient vers l'infirmerie, le professeur McGonagall soutenant Lily qui n'en demandait pas tant, Severus s'interrogea... Minerva McGonagall ne lui semblait pas une femme, encore moins un professeur prêt à s'émouvoir facilement pour une élève blessée, pas même pour la préfète de sa maison. On ne lui connaissait aucun chouchou ; elle méprisait le favoritisme dont étaient coupables d'autres professeurs. Déjà elle avait montré une émotivité inappropriée dans le bureau du directeur, lorsqu'il avait reçu son cadeau pour ses dix-sept ans, le journal de sa mère. Là, à nouveau, elle était prise en flagrant délit d'émotivité. Décidément, la scène qu'il était en train de vivre demandait quelques explications. Sans réponses dans l'immédiat, Severus se promit de ne pas l'oublier...
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L'avantage d'être à l'infirmerie, pensait Snape douillettement couché entre les draps frais d'un des lits blancs, est que personne hormis l'infirmière elle-même ne vient vous déranger. En toute confiance, il sortit le livre portant le titre Morceaux de littérature moldues pour tout autre que lui même, l'ouvrit et poursuivit avec émotion la lecture du journal de sa mère...
Journal d'Eileen
Le 16 décembre 1942
Cher Journal
Par Merlin ! Elle m'énerve, elle m'énerve, elle m'énerveeeuuuuhhhh !
Pourquoi c'est elle qui a le meilleur directeur de maison et pas moi ?
Pourquoi en plus c'est le meilleur prof de tout Poudlard, je dois bien le reconnaître ? En métamorphoses, il serait capable d'apprendre à un âne à se transformer en génie. Et il a la matière pour s'entraîner parmi les élèves de cette école. Avec son enseignement, on ne peut que progresser.
Et moi, j'ai le gros phoque… Il semble ENFIN reconnaître mes talents. Ce n'est pas parce que je n'ai aucune envie d'être polie avec ce vieux machin que je suis une idiote. Mal polie, certes. Mais il ne m'inspire aucun respect.
Son invitation au "Slughclub" ! J'en rirai bien si j'avais envie de quitter mon masque d'impassibilité…
J'irai. Ne serait-ce que pour leur prouver.
Et je l'écrirai à Père et à Mère.
Journal d'Eileen
Le 18 décembre 1942
Cher Journal
C'était chouette.
D'autant plus qu'elle, elle n'y était pas invitée !
Je n'aurais pas dû goûter au vin des Elfes. Je n'ai pas l'habitude de l'alcool. Mais Tom m'a chuchoté : "Après tout ce n'est qu'une potion comme les autres…"
N'empêche que j'ai gagné ! J'ai deviné tous les ingrédients entrant dans sa composition. Tom en avait oublié un.
Par contre, après, je ne me souviens plus très bien. ..
Qu'est-ce qu'il est drôle ce Tom Marvolo Riddle ! Il ne m'a pas quitté le reste de la soirée et commentait tout ce que nous voyions. Le gros Slugh en a pris pour son grade. Je crois que j'ai pouffé sans arrêt ; comme une bécasse. Il faut dire que voir les professeurs Slughorn et Flitwick coiffé d'un ridicule chapeau emplumé discutant ensemble me faisaient irrésistiblement penser au Moine Gras parlant à un dindonneau.
Plutôt mignon le Riddle. ..
Mais il y a quelque chose que je n'aime pas en lui. Je ne sais pas ce que c'est. Il a pourtant été parfaitement correct avec moi. Même charmant. J'aurais été étonnée qu'il tente quoi que ce soit avec moi. J'ai un miroir en face de moi chaque matin. Je sais à quoi je ressemble…
Pour un élève de cinquième année, c'est formidable tout ce qu'il connaît déjà. Si Père ne s'était pas acharné à me faire travailler les potions dès mes huit ans, je n'aurais pas un tel niveau. Et pourtant, il en connaît presque autant que moi.
Il est décidément très doué. Trop même.
Surprenant.
Hélas, Mme Pomfresh vint trop rapidement retirer ses cataplasmes et après une collation permettant de remplacer le déjeuner qu'il avait manqué, le renvoya. En quittant l'infirmerie, il songeait à ce Riddle dont parlait sa mère. S'il était doué à ce point, y compris en potions, il était étonné de n'avoir entendu parlé de lui dans aucun livre ni dans aucune des revues scientisorcières qu'il lisait assidûment dans la bibliothèque.
Il décida de s'y rendre pour se renseigner sur ce dernier après avoir jeté un dernier coup d'oeil à la préparation de la potion Tue-Loup.
SSlr.o.rlSSlr.o.rlSSlr.o.rlSSlr.o.rlSSlr.o.rlSS
Et je coupe sadiquement le chapitre en deux… et voui, encore un chapitre long ! Mais la suite est déjà bien entamée alors pas de panique, pas question de vous faire attendre aussi longtemps…
Et vous savez ce qui a toutes les chances de me stimuler… alors pas d'hésitation… un p'tit clic en bas à gauche……
Mici beaucoup de m'avoir lue.
