Salut !
Ça fait un bail. J'ai du mal à me concentrer sur cette fic, du coup j'écris des petits bouts par-ci par-là et ça avance, mais très lentement. J'essaie de ne plus trop me mettre la pression pour publier vite, comme je l'ai expliqué au chapitre précédent.
Note : Bon, bon, bon, KHIII est sorti. J'avais peur que le scénario me force à revoir mon plan, d'une manière ou d'une autre, mais... Ce n'est pas le cas. J'ai décidé de ne pas modifier mes plans pour coller au canon du jeu. À la limite, je pourrais m'appuyer dessus pour certains détails, mais c'est tout. Il y aura donc peut-être des changements au niveau des motivations des personnages, ect, par rapport au jeu. Donc... voyez cette fic comme un univers parallèle à KH, avec quelques menus changements ! (j'aime bien les théories d'univers parallèles d'ailleurs, uh...)
Bêta-lecture : Barron P'tit Pois
Bonne lecture !
Les escaliers de la Tour Mystérieuse resteraient... eh bien, un mystère, pour plus larges que ce que la silhouette du bâtiment laissait penser de l'extérieur, ils s'étiraient en hauteur, interminables, sans qu'il ne se sente jamais épuisé de les gravir. Il commençait à soupçonner que l'odeur sucrée dans l'air était celle de la magie, tellement forte en ce lieu qu'elle en devenait presque palpable. Cependant, ce qui le perturbait le plus restait les marches, qui savaient à tout instant où il avait l'intention de se rendre. Lorsqu'il revenait dormir à la Tour, il trouvait bien vite le calme simple de sa chambre, et lorsqu'il souhaitait dîner, les cuisines finissaient par se présenter à lui. Une seule porte à chaque fois, mais plusieurs destinations.
Cette fois, Riku se retrouva devant la porte en bois un peu usée du bureau de Maître Yen Sid. Il espérait que celui-ci pourrait le renseigner, faute de pouvoir demander directement au concerné. L'absence des vaisseaux de Sora et Kairi dans le jardin était prévisible, mais toujours aussi décevante.
« Ah, bienvenue... l'accueillit le vieux sorcier sans la moindre étincelle de surprise sous ses sourcils broussailleux. Tu sembles inquiet. »
Le jeune homme hocha la tête. Yen Sid ne prenait pas directement part à leurs quêtes,contrairement à ce que Riku soupçonnait au départ. Il s'était contenté de les aiguiller au début, puis de leur fournir des conseils lorsqu'ils se sentaient perdus, sans jamais donner de véritables ordres. Rien qu'un mentor sage, mais pas leur chef, loin de là. Il acceptait que sa Tour leur serve de quartier général car il se souciait tout autant qu'eux de l'avenir des Mondes, il leur fournissait des ressources, et voilà tout.
« Maître, j'aurais besoin de parler à Sora et au Roi Mickey. Savez-vous où je peux les trouver ?
-Eh bien, je peux les appeler pour toi. Je te sens troublé, Riku. Qu'est-il arrivé ?
-Est-ce que le nom de Ventus vous évoque quelque chose ? »
Difficile de déchiffrer les traits impassibles et sévères du magicien, mais les quelques secondes de silence parlèrent pour lui.
« Tu as raison. Il est grand temps que l'on vous raconte le restant de l'histoire.
-C'est-à-dire ?
-Le destin de la précédente génération des Porteurs de la Keyblade. »
Yen Sid avait opéré sa magie, une espèce de sort d'appel, dont Riku ignorait le fonctionnement. Impossible de dire quand Sora et le Roi le recevraient, et le temps qu'ils mettraient à arriver.
Tout en prenant son mal en patience, Riku se demandait si Kairi et Lea ne devraient pas assister à la discussion é sentait que tout le monde devrait posséder les mêmes informations, dans une équipe. D'un autre côté... Il avait l'impression que ça ne les concernaient pas. Que ça ne le concernait pas lui non plus d'ailleurs, pas vraiment, mais il fallait qu'il sache...
Un vaisseau Gummi apparut dans le ciel sans préavis, à une vitesse frisant le faisaient-ils donc pour rester discrets avec un moyen de transport si flamboyant ?
À l'ouverture du cockpit, il eut à peine le temps d'en reconnaître les occupants que déjà la voix enjouée de Sora se faisait entendre.
« Riku ! » s'exclama-t-il en descendant, tout sourire, suivi de Donald et de Dingo.
Et Riku devait admettre qu'il était content de le voir, lui aussi. Sa présence lui semblait familière et chaleureuse, comme de rentrer à la maison. Au début, il le mettait mal à l'aise, mais depuis qu'il en connaissait la cause, ce sentiment avait disparu. Sora ressemblait à Vanitas, et son inconscient l'avait cherché dans ses traits, en vain.À présent qu'il se souvenait – plus ou moins – eh bien, il était juste Sora, à ses yeux.
« Salut, So' ! »
Surnom sorti de nulle part, mais pourquoi pas ?
« Hé, tu sais pourquoi Maître Yen Sid nous appelle ?
-Oui, c'est moi qui le lui ai demandé... lui apprit Riku. C'est un peu compliqué, je préfère attendre que le Roi arrive avant d'en parler. »
Ce serait bien de ne pas avoir à répéter les choses plusieurs fois, et puis, il ne savait toujours pas comment justifier les vagues informations qu'il avait obtenu de Vanitas. L'idée de leur raconter toute l'histoire de la caverne le mettait mal à l'aise. Même s'il se contentait des faits, le récit lui semblait trop personnel. Il ne s'était pourtant pas passé grand-chose, mais s'il pouvait garder ces instants pour lui... Cependant, l'idée de mentir le dérangeait également. Peut-être, pour couper la poire en deux, une omission de vérité ferait-elle l'affaire ?
Ah, il commençait déjà à trouver des chemins détournés, alors que, quelques minutes plus tôt, il songeait à l'importance de la franchise dans leur petite équipe ! La phrase de Vanitas sur les Ténèbres toujours présentes en lui se rappela à sa mémoire. Ces notions d'affiliation restaient encore un peu floues à ses yeux, mais en cet instant précis, il pouvait entrevoir ce à quoi il faisait allusion.
La moue vexée de Sora le ramena à la réalité.
« Oh, allez ! Dis-moi au moins de quoi ça parle !
-Non ! C'est trop compliqué.
-Rikuuuuu ! »
Le rire qui poussa dans sa gorge le surprit. Devant la nonchalance de son ami, tout paraissait léger et tellement simple. Pas une sensation qu'il aurait éprouvé seul, pas avec toutes ces pensées qui se battaient en duel dans son esprit, pas avec tous ces soucis qui encombraient son coeur. Sora et Kairi parvenaient à déblayer tout cela, au moins un temps. Il n'avait appris leur existence que quelques jours plus tôt, mais il les connaissait depuis toujours. Le constat apparaissait comme une évidence, un fait difficilement réfutable.
Il sentait le besoin, instinctif, de les protéger, alors même qu'il ne savait pas se protéger lui-même.
Ils retournèrent dans le bureau du vieux Yen Sid à l'arrivée de Mickey. Donald et Dingo faisaient office de témoins silencieux, d'ombres de Sora. Ils affichaient l'un et l'autre un air très légèrement inquiet.
« Tout d'abord, fit le magicien à l'intention de Mickey et Sora, j'aimerais que Riku nous explique pourquoi il a tenu à vous appeler ici, tous les deux. »
Ce dernier crut bon de se tourner en premier vers le rongeur, puis souffla doucement :
« Majesté, est-ce que vous savez qui est Ventus ? »
Le concerné ne réagit pas tout de suite. Du coin de l'oeil, Riku crut voir Sora lever la main en direction de son coeur, avant de se stopper à mi-chemin. Sans un mot, Mickey traversa la pièce pour s'asseoir sur l'une des rares chaises de la pièce, inoccupée. Il se laissa tomber dessus avec un long soupir et se pinça l'arête du museau. Son expression épuisée produisit un drôle d'étonnement chez Riku. Il l'avait déjà vu ainsi, lors de l'affrontement contre Aqua. Pourtant, cette expression lui semblait toujours hors de propos chez lui.
Finalement, le Roi se décida à parler.
« Je suis... désolé. Je n'ai pas cru bon de vous en parler, puisqu'il nous est impossible de le secourir sans l'aide d'Aqua. J'ai eu tort de vous le cacher, ce n'est pas une bonne façon de faire. Cependant... Eh bien, je suppose que je me sens coupable, tout simplement. Affreusement coupable et honteux.
-Majesté... Que s'est-il passé ? l'interrogea Sora.
-Tout d'abord, Riku, peux-tu nous dire où tu as entendu ce nom ? »
Pas de cachotteries, hein ?
Le concerné hocha la tête, tentant de se soustraire au noeud de nervosité qui obstruait sa gorge.
« J'ai de nouveau croisé Vanitas. Le garçon qui ressemble à Sora, précisa-t-il au cas où. Il est... Disons, plutôt doué pour semer la confusion dans les esprits. »
Il détestait devoir se retenir de sourire en prononçant ces mots.
« Enfin, toujours est-il qu'il a révélé trop et peu de choses à la fois. Il prétend avoir un coeur composé uniquement de Ténèbres, sans aucune trace de Lumière. Lorsque je l'ai interrogé à ce propos, il a eu l'air surpris que je ne sois pas au courant, et a demandé si le nom de Ventus m'évoquait quelque chose... Il a dit que tu saurais nous en dire davantage, Mickey, et il a également impliqué que sa ressemblance avec Sora venait de là.
-Je vois.
-Euh, ça me fait un peu mal au crâne, fit Sora nerveusement. Et j'aime pas ça du tout. En quoi je suis concerné ?
-C'est ce que j'aimerais savoir aussi, avoua Mickey. Ceci dit, je m'en doutais un peu...
-Quoi ? De quoi ? Pourquoi ? »
La souris releva les yeux vers lui, l'air grave. Riku ne put s'empêcher de se sentir de trop au milieu de toutes ces révélations. Tout ceci ne le concernait pas, il ne faisait que transmettre le message... Et malgré sa curiosité dévorante – cela avait un rapport avec Vanitas, après tout, mais également Sora – il éprouvait une culpabilité incontrôlable à l'idée d'assister à cet échange.
« Sora... Je ne souhaitais pas te perturber avec ces histoires, surtout au vu des événements qui se succédaient sans cesse; d'abord le retour d'Ansem, puis l'Organisation XIII et maintenant Xehanort... De plus, je ne voyais pas quel bien cela aurait fait, étant donné que je ne possède pas tous les éléments de réponse et-
-Ça suffit ! Assez, avec les excuses, venez-en au fait !
-Sora ! s'offusqua alors Donald en sortant de son silence. Tu ne peux pas t'adresser au Roi de cette façon ! »
Mais le Roi en question lui fit signe de laisser passer l'affront, avant de reprendre, l'air plus chagriné que jamais :
« Je m'en suis douté à partir du moment où j'ai vu Roxas.
-Vous... Vous n'allez pas mêler Roxas à tout ça, quand même ? fit le garçon avec un sourire d'incrédulité.
-Il a exactement la même apparence que Ventus. »
Un silence. Lourd. Plombant.
« P-Pardon ?
-Je sais à quel point ça peut te paraître improbable. En règle générale, les Simili ressemblent à leur hôte, à quelques détails près, mais Roxas... Il est ton Simili, pourtant il possède le visage d'un ami que j'ai connu il y a dix ans et que j'ai perdu. Il se nommait Ventus, et je ne sais pas comment une telle chose est possible. Je suis désolé.
-Arrêtez. Ce n'est pas drôle. Ça n'a aucun sens ! »
Riku nota le tremblement des mains de son meilleur ami, sa peau qui venait de perdre toute couleur. Pourquoi réagissait-il si vivement ? Certes, les révélations s'avéraient surprenantes, mais à ce point ?Donald et Dingo échangèrent un regard inquiet, sans toutefois intervenir, alors il décida de s'avancer.
« Sora. Calme-toi. »
L'autre secoua furieusement la tête.
« Nan. Nan, attend, nan, c'est trop, là ! D'abord, on me dit qu'un type qui a le même visage que moi semait déjà pagaille dans les Mondes il y a dix ans, et maintenant ça ? C'est qui, ce Ven, et pourquoi Roxas lui ressemblerait ? Puis faut arrêter, au fait, avec Roxas, il a assez souffert comme ça ! C'est quoi cette histoire ? Pourquoi je suis au courant de rien ? »
Sa voix donna l'impression de se briser en mille morceaux. Cette attitude ne lui ressemblait surprenant lui-même, Riku vint poser une main sur l'épaule de son ami et le guida vers une chaise vide pour le faire asseoir. Il resta derrière lui, maintenant le toucher en guise de réconfort discret. En règle général, il ne se sentait pas à l'aise avec le contact physique, même avec ses amis – cela dit, Irvine et Grenat ne lui avaient jamais donné l'impression de devoir être protégés, eux.
Durant la scène, Mickey avait observé un silence religieux. Une fois que Sora parut un tant soi peu calmé, il lâcha :
« Ven.
-Quoi ?
-Tu l'as appelé Ven.
-J'me suis trompé, expliqua rapidement Sora en se passant une main dans les cheveux. Je voulais dire Ventus.
-Non, Sora, ce n'est pas...
-Désolé, j'sais pas pourquoi je réagis comme ça. J'ai mal à la tête... Et au coeur, aussi. Y a aucune raison, pourtant. »
Pressentant que la conversation serait longue et difficile, Yen Sid fit apparaître du chocolat chaud pour tout le monde – la magie la plus concrète que Riku l'ait jamais vu accomplir. Ensuite, lui et Mickey entreprirent de leur conter le récit des précédents Porteurs, dix ans avant leur premier périple.
Aqua, Terra, Ventus, leur Maître Eraqus, l'apparition des Nescients dans les Mondes, à l'époque où les Sans-Coeur ne semaient pas encore la zizanie, les plans alambiqués de Xehanort, la X-Blade, et enfin, la chute précipitée qu'ils rencontrèrent. Mickey passa très brièvement sur le rôle de Vanitas dans toute cette histoire. À peine un personnage secondaire, dont les motivations ne s'avéraient pas claires. Néanmoins, il manquait certains pans de l'histoire, puisque la plupart des protagonistes ne se trouvaient plus là pour apporter leur témoignage...
« Je ne vois pas ce que ça a à voir avec moi ! »
Sora paraissait plus calme, à présent, sans doute épuisé de sa récente panique. Il avait tout écouté, sans jamais interroger personne, sans broncher, le regard ancré sur un point invisible au sol. Trop fixe.
« C'est que nous devons découvrir, répondit Mickey. D'une manière ou d'une autre, ton coeur et celui de Ven sont entrés en résonance, semblerait-il.
-Et Vanitas ?
-C'est compliqué de connaître son rôle exact dans tout ceci. Ce qui est sûr, c'est que vous êtes liés. Toi, Ventus, Vanitas et Roxas. Malheureusement, la seule personne qui pourrait nous éclairer à ce sujet appartient à l'Organisation.
-Ventus est en vie, non ?
-Il dort, comme je te l'ai expliqué. Seule Aqua connaît sa localisation et elle a pris grand soin de la dissimuler afin de le protéger. Je l'ai cherché, après sa disparition, pendant un temps. Puis de nouvelles menaces se sont mises à planer sur les Mondes, et au fil des années, le sentiment d'urgence s'est estompé...
-Et Aqua ne compte pas nous aider, n'est-ce pas ? ricana Sora avec une amertume surprenante venant de lui.
-Ventus compte énormément pour elle. Maintenant que tu en parles, cela m'étonnerait qu'elle ne vienne pas le chercher.
-Il faut qu'on le trouve avant elle ! décréta Sora avec une nouvelle étincelle de résolution dans la voix.
-Ou en même temps, intervint doucement Riku. En la suivant, par exemple. »
Proposer une solution pertinente le soulageait. Il s'était senti plus qu'invisible durant le débat. Inutile. Encore une fois, la voix de Vanitas résonna dans son esprit, au moment où il lui disait Tu n'es pas le héros de cette histoire. Eh bien, en l'occurrence, il se sentait prêt à le croire.
Sora se leva brusquement, rompant l'immobilisme de la scène. Les pieds de sa chaise claquèrent contre le sol, faisant sursauter Donald, qui poussa un cri étranglé.
« On y va. »
Sans attendre personne, il se dirigea d'un pas résolu vers la porte. Ses acolytes commencèrent à le suivre, sans doute de peur qu'il ait l'idée de partir sans eux étant donné son agitation. Riku le retint par le bras.
« Je viens avec toi. »
Il s'inquiétait pour Sora, et puis l'affaire concernait également Vanitas. Deux bonnes raisons de ne pas rester à l'écart. Ce serait trop... En le regardant, le visage de son meilleur ami s'adoucit.
« Nan. T'en fais pas, on sera assez de trois.
-Je veux venir.
-Ça ira ! Puis, t'as ta propre quête, non ? Retrouve ton clone. Et si tu vois Aqua en chemin, fais-moi signe, d'accord ? »
Tu n'es pas le héros de cette histoire. Il sentit un sourire triste s'étaler sur ses lèvres lorsqu'il le lâcha.
« Tiens-moi au courant. Quoi que tu apprennes, le moindre renseignement. Tu me promets ? »
Est-ce que son ami mesurait combien cela lui importait ? Sans doute que non. Il ne savait pas, après tout, il devait simplement penser qu'il s'inquiétait pour lui, sentiment plutôt normal au demeurant. Au final, Riku n'était pas le seul à qui il manquait des pièces du puzzle.
« T'inquiètes. »
Il fila sans saluer personne.
« Ce gosse... rouspéta Donald en le suivant.
-Je me demande ce qui lui arrive... » marmonna Dingo.
La porte du bureau se referma tranquillement derrière eux. Mickey, recroquevillé, l'air triste, releva la tête en direction de Yen Sid.
« Son attitude... Ce n'est pas seulement dû au choc de la nouvelle, n'est-ce pas ?
-Nous avons eu la même intuition, à ce que je vois. Oui, en effet. Comme s'il percevait... quelque chose.
-Qu'il percevait Ventus ? tenta le souverain.
-Ne tirons pas de conclusions hâtives. Néanmoins, il ne serait pas incohérent de penser que Sora détient la clé de son réveil. »
Riku s'attarda lui aussi, méditant à propos de l'échange. Cela ne le concernait pas. Étrange. Il avait été appelé ici par Naminé... dans quel but ? Chaque personne de ce nouvel entourage lui paraissait bien plus vivante, vibrante, que lui. Il restait un fantôme, peu importe l'univers, n'est-ce pas ? Pour la première fois depuis son arrivée ici, il le sentait, cet ego mal placé, celui qui, tellement blessé par ses échecs, s'était retiré pour ne laisser qu'une coquille vide, mais qui existait encore en lui, tapi.
Ironique. Riku ne s'aimait pas, cela allait sans dire, et pourtant, il prenait absolument tout pour acquis sans le mériter, l'attention des autres, la richesse, le succès... et même le rôle de héros, hum ? Sans qu'il ne le mette en mots réellement, ça lui avait paru tellement logique, étant donné la somme d'événements inconcevables qui s'enchaînaient autour de lui depuis quelques jours...
Pourtant,cela ne devrait pas avoir d'importance. Ça n'en avait pas, se souvint-il. Tant que ses amis restaient en sécurité, quelle importance, le reste ? Tant qu'il éclaircissait les mystères, et en particulier celui que posait Vanitas, rien d'autre ne comptait. Il n'osait même pas imaginer qu'il puisse lui arriver quoi que ce soit.
Et pourtant... Au bout du compte, se pouvait-il que ce soit lui ou eux ? Rien n'était encore joué, même si le garçon appartenait au camp de Xehanort, comme disait Yen Sid...
Il n'aimait vraiment pas ce terme. Appartenir.
« Riku ? Est-ce que tout va bien ? »
Non. Il secoua la tête.
« Je songeais à Vanitas, avoua-t-il. Maître, pensez-vous que c'est réellement possible ? Un coeur où il n'existe que les Ténèbres ? »
Yen Sid ferma les yeux
« Les Princesses de Coeurs sont des êtres exceptionnels. Nous autres, le commun des mortels, avons besoin d'un équilibre plus ou moins stable entre Lumière et Ténèbres. La plupart des habitants des Mondes choisissent de rester majoritairement fidèles à leur part de Lumière, même si des sentiments tout naturels nous assaillent constamment, tels que la jalousie, la colère, l'envie... la haine. Lorsqu'un être cède à cette obscurité de façon trop excessive, il sombre dans les Ténèbres. Mais un coeur entièrement sombre... Ce doit être une bien misérable vie, portée par un instinct de destruction, mais également une souffrance inouïe. Condamné à voir les autres s'épanouir dans une Lumière que l'on ne peut jamais atteindre, consumé par la jalousie... Si je ne me trompe pas dans mes suppositions, c'est une existence que je ne souhaiterais à personne, pas même à un suivant de Xehanort.
-Ah. »
Il lui semblait qu'il le savait déjà. Qu'il avait déjà posé cette même question, et qu'il avait ressenti la même... Quoi, au juste ? Des émotions tellement vives que leur nom lui échappait.
« Riku... murmura Mickey en s'approchant, l'air incrédule. Tu pleures ?
-Non, mentit-il inutilement. Ce n'est rien. Juste... Je vais y aller. Retourner à ma mission, euh... »
De quoi s'agissait-il, déjà ? Il passait tellement de temps à pourchasser une ombre qu'il perdait le fil du reste.
Enquêter sur les membres de l'Organisation. Trouver son clone, ou bien Aqua, ou une quelconque information utile. Voilà sa véritable quête, aux yeux des autres. Celle qu'il lui fallait poursuivre. Plus facile à dire qu'à faire. Plus facile, de prendre la résolution de cesser de poursuivre Vanitas, que de la tenir.
Il n'arrêtait pas d'y penser, et à la fascination du départ s'ajoutait désormais une tristesse diffuse, pas tout à fait de la pitié ou de l'empathie,ou peut-être un mélange des deux, encore renforcé par l'affection qu'il lui portait malgré lui. Ça le prenait à la gorge et ça voulait pas le lâcher, tenace et insupportable.
Un coeur sans Lumière. Riku pouvait comprendre, un tout petit peu, ce que ça devait faire. Lui aussi, à un moment donné, ne voyait que l'obscurité, sans aucune solution, presque sans envie d'en trouver une. L'impression de se noyer, sans possibilité de remonter à la surface ou de tout à fait mourir. En vouloir à la terre entière et culpabiliser de le faire. Et pourtant, Riku avait aussi connu la joie et l'amour, l'affection... Il ne pouvait pas se plaindre, comparé à Vanitas. Il ne pouvait pas imaginer la même douleur éprouvée au centuple. Comment se faisait-il qu'il soit toujours en vie, malgré ça ?
Enfin, il partait dans des élucubrations, mais elles n'étaient pas forcément avérées. Pour autant qu'il en savait, il projetait trop, et il se pouvait que le point de vue de Vanitas soit totalement différent de ce qu'il s'imagine.
Le premier réflexe de Riku fut de retourner à la Nécropole des Keyblades, plus particulièrement dans les ruines de la ville. Peu de chance qu'il le retrouve là, mais il ne connaissait aucune autre piste. Il se sentait démuni, indécis, et son seul point d'ancrage restait cette ancienne cité. Que faisait Vanitas dans ces tunnels, au juste, l'autre jour ? Cherchait-il des informations pour le compte de Xehanort ? Sur ces fameux Prophètes, peut-être ? En tout cas, le quartier général de l'Organisation ne se trouvait probablement pas ici, contrairement à l'hypothèse qu'avançait Yen Sid.
En atterrissant, Riku s'aperçut que le soleil se levait à peine. Avait-il passé tant de temps dans l'atmosphère figée de la Tour Mystérieuse ? Ou bien chaque Monde possédait-il son propre cycle de nuit et de jour ?
Le vent ne soufflait pas sur les bâtisses de pierres délabrées, ce jour-là. Dans la lumière safran du petit matin, il trouva deux lueurs rouges, qui décidément possédaient le don d'apparaître là où on ne les attendait pas. Kairi l'accueillit avec le même enthousiasme chaleureux que Sora, l'étreinte amicale en supplément. Surpris, il en eut un minuscule raté ridicule dans les battements de son coeur. Ses cheveux sentaient le citron.
Une remarque acide lui effleura l'esprit. Son périple aurait été bien plus simple, s'il avait pu tomber amoureux d'elle, au lieu de pourchasser un songe téné malgré lui, il ne semblait jamais choisir la facilité.Le cas échéant, est-ce que Kairi aurait voulu de lui ? Enfin, à quoi bon spéculer ainsi ? L'éventualité ne le tentait malheureusement pas.
« Yo, Riku ! le salua Lea en s'avançant à son tour, nonchalant comme toujours.
-Salut. Qu'est-ce que vous faites ici, tous les deux ? Je vous avais dit que je menais l'enquête, non ? »
Kairi se détacha de lui, la mine préoccupée.
« On pensait justement voir si tu étais encore là. On a de nouvelles informations. Le Livre des Prophéties, ça te dit quelque chose ? »
C'était stupide.
Irvine ne savait pas ce qu'il fichait ici, au juste. Grenat lui avait fait promettre de venir voir Riku en son absence, mais depuis quand tenait-il ses promesses, hein ? Ce n'aurait pas été très difficile de lui mentir : «oui, il va bien, il dort, quoi, normal» et basta.
Normal... Pas vraiment, en fait, mais enfin, un peu quand même. Ça faisait quoi, un mois ? Il avait pas compté. Elle si, sans doute. Toujours un peu trop tatillonne, Grenat. La faute à sa grognasse de mère. Qu'est-ce que ça pouvait bien faire, que quelqu'un rende visite ou non à Riku ? Pas comme s'il pouvait leur faire la conversation dans son état, ou même les entendre.
Quoique d'aucuns prétendaient que si, qu'il était conscient, du moins une partie de lui, même s'il ne réagissait à rien. Irvine n'espérait pas que ce soit le cas. Piégé dans une prison de chair qui ne daignait pas bouger, durant tout ce temps, tout entendre, les pleurs de sa mère et les avis pessimistes des médecins, sans aucun moyen de s'exprimer ? Un truc à devenir dingue. Mieux valait encore qu'il dorme.
Mais justement, quel intérêt de venir, du coup ? Aucun. Presque autant que de veiller un cadavre, mais encore, à la rigueur, les enterrements étaient davantage pour les vivants que pour les morts... Là, Riku n'était pas mort, et tout le monde attendait. Soit qu'il ne réveille, soit qu'il meurt. Est-ce que ses parents se résoudraient à le débrancher ? Un peu tôt, sans doute, pour songer à l'éventualité... Cela dit, Irvine savait que l'idée effleurait la totalité des personnes franchissant le seuil de cette chambre d'hôpital,ils n'en parlaient simplement pas.
Irvine était en colère. Contre lui-même, infoutu de gérer sa peine, infoutu de cesser d'y penser ne serait-ce qu'une journée, de juste se détendre. Contre ce con aussi, surtout. Est-ce qu'il avait tenté de se suicider, en sa gavant de médicaments et en sautant des escaliers ? Très hasardeux, mais Riku avait toujours été un peu... lunatique. Sous ses couverts de discrétion, il ne pouvait rien faire comme les autres, celui-là. Il ne pouvait pas simplement venir leur parler de ses problèmes, non, fallait qu'il sorte le grand jeu ! Putain. Personne n'osait le traiter d'égoïste, mais...
« Tu mérites même pas que je vienne » maugréa-t-il, et il se sentit idiot de parler ainsi dans le vide.
Il commençait à maigrir, Riku, malgré les perfusions pour lui apporter les nutriments nécessaires à sa survie. Bientôt, il serait transparent, à force de pâlir. Et qui lui coupait les ongles, au juste ? Irvine ne voulait même pas savoir comment il faisait pour chier.
Ça allait bien, au bout d'un moment ! Il allait dire à Grenat qu'il pouvait pas. Elle avait qu'à prendre des nouvelles auprès d'Ignis, il chopperait son numéro pour elle, en attendant, lui ne refoutrait plus les pieds ici ! Il avait besoin d'oublier ça. Si son pote revenait, tant mieux, sinon il ferait son deuil le moment venu, mais cette attente-là, non, franchement, non... Ça lui foutait la rage et il avait autre chose à faire de sa vie !Puis il n'en pouvait plus de se sentir coupable sans savoir pourquoi. Ça le rendait encore plus furieux.
Quelle merde...
Il commençait à tendre les jambes pour se lever, lorsque le bruit de la poignée le figea. À deux heures du matin, parfois, il restait encore Ignis ou un autre des oncles de Riku, mais pas cette nuit-là, alors...
« Coucou ! »
Une tête bien trop joviale passa le nez par l'entrebâillement. Avec une surprise teintée de consternation, Irvine reconnut Damien Dincht, un espèce d'héritier à la noix qu'il croisait parfois aux soirées et qui insistait, pour une raison ou une autre, à ce qu'on l'appelle Demyx. Ni lui ni son frère n'avaient réellement de neurone fonctionnel, et il n'était pas vraiment un ami proche de Riku. Pas du tout en fait.
« Ah la vache, on m'a dit que ça impressionnait, mais ouais, sacré bordel » commenta l'autre en s'approchant du lit de Riku comme s'il s'agissait d'un animal un peu chelou au zoo.
Irvine sentit son sang bouillir. Noctis avait pourtant donné des consignes très claires aux infirmiers, afin de ne pas laisser entrer les sales richous qui flairaient l'occasion de faire du lèche-botte à la famille Caelum en se prétendant affligés, et gnagnagna... Évidemment, la rumeur avait fait son petit bout de chemin dans le milieu. Ça arrivait que certains passent entre les mailles du filet, mais ils se faisaient souvent renvoyer manu-militari par la personne qui veillait sur Riku à ce moment-là.
Mais, au beau milieu de la nuit ? Qu'est-ce que cet abruti avait crû pouvoir en tirer ? Il ne risquait pas de croiser ses parents ou quoi à cet heure-ci ! Enfin, ce n'était pas une flèche, sans doute ne fallait-il pas chercher très loin.
« Casse-toi, Demyx, ordonna Irvine en se levant de la chaise. C'est pas un spectacle, t'es pas un proche, tu te tires. »
Oh, ça allait être mauvais pour lui, ça. Mieux valait ne pas se faire d'ennemis, les relations étant toujours utiles à un moment ou un autre dans ce milieu... Sauf qu'il ne pouvait pas laisser passer ç vu l'état de nerfs dans lequel ce crétin avait réussi à le mettre en seulement dix secondes avec sa gueule d'ahuri, ce ne serait pas évident de s'empêcher de lui foutre son poing dans la tronche.
L'enfoiré papillota des paupières avec l'air d'imbécile heureux de celui qui ne voyait pas le problème.
« Oh, allez, sois sympa, Kinnéas ! Je voulais juste prendre des nouvelles.
-Des nouvelles de quoi ? Tu l'connais pas ! »
Puis, Riku n'avait pas énormément de potins à raconter, en l'état... songea Irvine avec amertume.
« Qu'est-ce que t'en sais ? Il te raconte peut-être pas tout. »
Bah bien sûr. Qu'est-ce qu'il allait pas inventer, avec sa tête de chien battu, là ? On lui donnerait le bon dieu sans confession, à ce débile, alors qu'il passait son temps à jouer de la gratte en se droguant, si on en croyait les rumeurs – et elles n'étaient pas très dures à avaler. Dire que ça allait se retrouver à la tête d'un empire commercial, ça...
« T'as de la chance qu'on soit dans un hôpital, sale branleur. Fiche le camp avant de te recevoir mon poing dans la gueule. »
La menace eut au moins le mérite de le faire reculer. Demyx exhala un rire nerveux ridicule, paumes dressées devant lui en une tentative d'apaisement.
« Wow, ok, pardon, c'était p't'être pas le moment... J'repasserai plus tard !
-Si tu refous les pieds ici, j'te défonce. »
Après avoir bredouillé une parodie d'excuses, Demyx s'éclipsa lâchement sans demander son reste.
Après son départ, Irvine se laissa retomber sur la chaise en soupirant, fatigué. Il détestait s'emporter à ce point, ça ne lui ressemblait guère, mais voilà, il était déjà en pétard avant que cet enfoiré ne juge bon de venir au chevet d'un gars qu'il connaissait même pas, alors là, constater que l'hypocrisie des gens ne s'arrêtait même pas aux portes des hôpitaux...
Pfff, ça allait jaser sur son compte, maintenant.
« C'est ta faute, ça, tu sais mec ? »
Vu le caractère de lavette de Riku, il s'attendait presque à le voir se redresser sur son lit pour s'excuser, embêté à l'idée d'être la cause d'un tel conflit, et fut évidemment déçu lorsque son meilleur ami resta immobile.
« Qui vous a donné ces infos, déjà ? » s'enquit Riku.
Il détestait ce Monde, son paysage sinistre et son air sec. Cependant, demander à Lea et Kairi de faire un trajet en vaisseau pour aller discuter ailleurs lui paraissait une option laborieuse. Il ne souhaitait pas trop les déranger, et puis ses amis semblaient bien moins sensibles à l'atmosphère... même pas triste, ni glauque, juste trop pleine d'un rien stérile.
« Luxord, expliqua Kairi. Un des réceptacles de Xehanort. Tu t'en souviens ? Sora l'a affronté, quand on a... Quand vous avez démantelé la première Organisation XIII. »
Riku hocha la tête, bien que l'anecdote ne lui rappelle pas grand-chose en vérité. Ainsi, Xehanort recyclait certains des acolytes de l'ancienne Organisation ? Il ne comprenait pas tellement ces histoires d'ancien et de nouveau, de personnes revenues à la vie, de Simili, mais il faisait avec, tentait du mieux possible de les assimiler comme des faits, sans se poser de questions – hormis la nuit durant les longues heures d'inactivités propices à recoller les morceaux, faute de réussir à dormir.
« C'est peut-être un piège ? » supposa-t-il, dubitatif.
Après tout, pourquoi un de leurs adversaires leur délivrerait-il une information si capitale ? Un livre qui contiendrait l'entièreté de la destinée des Mondes, qui permettrait de connaître les événements passés et à venir ? Une telle chose, si elle existait, paraissait éminemment dangereuse. S'il s'agissait d'une fausse piste, ce serait également une mauvaise nouvelle pour eux, puisqu'ils perdraient du temps à enquêter à ce propos.
« M'étonnerait, contra Lea. Il nous demandait si on l'avait pas vu, ce fameux bouquin. Xehanort cherche le Livre, alors si on l'a, ça l'intéresse...
-Et si un tel ouvrage tombait entre ses mains...» spécula Kairi.
La menace contenue dans le non-dit était 'un qui connaîtrait à l'avance les événements du futur parviendrait-il à les modifier ?Ou s'échinerait-il à le faire sans rien pouvoir y changer, jusqu'à devenir fou ?
« C'est pour ça qu'on est là ! La Prophétie, les Prophètes... Il y a un lien, et cet endroit est le meilleur point de départ pour mener l'enquête. Seulement... »
Lea marqua un temps de suspense et désigna les ruines dans son dos.
« Rien ici. Rien dans les maisons non plus. Kairi a essayé de lire un livre, mais il est parti en poussières sous ses doigts, j'exagère même pas. L'instant d'avant il était tangible, et puis après...
-Un tas de sable, conclut la jeune fille. Ces ruines doivent exister depuis tellement longtemps... Les mites ont rongé ce qu'il y avait à ronger, puis les tempêtes ont achevé le travail.
-Et les parchemins dans les souterrains ? Ils sont certainement mieux conservés.
-Quels souterrains ? »
Riku leur montra la trappe et descendit avec eux dans les ténèbres, hélas pas très loin. Les attaques des Nescients avaient provoqué davantage d'éboulements que Riku ne le pensait. Une seule salle emplie de parchemins demeurait accessible.
« Des registres de compte, je crois, soupira Lea en inspectant quelques papiers à la lumière d'une flammèche. Passionnant pour un historien, sans doute...
-Il y a peut-être autre chose.
-Ça va prendre des jours, de parcourir tout ça... J'suis presque content que le reste soit hors d'atteinte.
-Lea !
-Quoi ? Je suis pas devenu Porteur de Keyblade pour mettre le nez dans la paperasse, n'en déplaise à mademoiselle ! »
Tellement de savoir perdu. Tout ça à cause de Riku et de sa quête insensée ? La pensée le démoralisa.
Et, bien entendu, il ne subsistait guère traces de Vanitas en ces lieux...
Il poussa un lourd soupir. Retour à la case départ, hum ? Parcourir les Mondes au petit bonheur la chance ? Cette stratégie avait bel et bien payé ses fruits la première fois, mais cela ne signifiait pas qu'elle fonctionnerait à nouveau.
Il se sentait épuisé, à vrai dire. Las. Décidément, il oscillait sans cesse entre l'espoir et le découragement... Mieux, sans doute, que de nager dans le pessimisme le plus total, après tout ?
Pas sûr.
Riku détestait ce Monde, aussi détestait-il devoir y passer la nuit.
Depuis le début de son aventure, il avait souvent « dormi » à la belle étoile – ou plutôt, il s'était allongé dans un endroit qu'il jugeait – somme toute très arbitrairement – à l'abri du danger, pour y passer les longues heures de l'obscurité à contempler les étoiles. Même celle-ci semblaient moins nombreuses, plus pâles, vues de cette terre.
Avec Kairi et Lea, ils avaient décidé de trouver une ruine qui tenait encore debout, avec un semblant de toit, afin de s'abriter durant la nuit. Les deux autres iraient, dès le petit matin, demander à Maître Yen Sid s'il pouvait faire venir quelqu'un capable d'étudier cette ville et ses documents historiques précieux. Quant à lui, il reprendrait la route.
Mauvaise idée, le toit pour se protéger du vent... Riku gardait les yeux fixés sur la pierre délabrée, persuadé que leur abri de fortune pouvait s'écrouler à tout moment. De plus, le vent les atteignait tout de même, étant donné l'isolation toute relative de l'endroit. Par un miracle qu'il ne saisissait pas, cet état de fait ne perturbait pas le sommeil de ses amis.
D'ordinaire, Riku se contentait de rester allongé en attendant les premières lueurs de l'aube. Cependant, la présence, bien que familière désormais, de Kairi et de Lea, le perturbait. Il n'avait pour ainsi dire jamais dormi dans la même pièce que quelqu'un d'autre, depuis que ses parents ne l'acceptaient plus dans la leur. Il devait avoir six ou sept ans, la dernière fois qu'il les avait réveillés au beau milieu de la nuit suite à un cauchemar. Depuis, il faisait encore de mauvais songes, mais il affrontait les ténèbres seul.
Et puis... Le visage endormi de Kairi, paisible et tourné dans sa direction, lui rappela les paroles de Naminé.
Il devait lui parler. N'importe quelle bribe d'information serait bonne à prendre.
Il se leva lentement, se faisant discret pour éviter de les ré ne fut pas aussi ardu que ce à quoi il s'attendait et, bientôt, il fut dehors – quoique, dehors, ce n'était pas une notion si différente de dedans, lorsque la moitié des murs manquait à l'appel.
La ville paraissait encore plus sinistre, à la lueur de la nuit, les amas de pierres informes gisant comme des cadavres de géants tombés au combat. Riku frissonna, pas de froid, puis amorça quelques pas au hasard, errant. Saurait-il seulement retrouver le chemin de leur piètre abri ?
À peine fut-il assis sur un monticule de gravats, suffisamment loin du campement pour ne plus le distinguer, que la phosphorescence de Naminé apparut à ses côtés. Sa lumière ne blessait pas les yeux,à peine émettait-elle suffisamment pour qu'elle apparaisse nettement, contrastant avec le reste de l'univers.
Riku ne put s'empêcher de sourire. Aussi simplet celui puisse paraître, il aimait bien Naminé. La voir le réconforta maigrement. Cela dit, il ne se trouvait pas ici pour une conversation amicale, loin de là.
« Qui est Kairi, pour toi ?
-Je suis sa Simili.
-Ah.
-Lorsqu'une personne perd son coeur...
-Oui, l'interrompit-il doucement. Je crois que je sais. »
Elle hocha la tête, sans le regarder. Ses cheveux ne se levaient pas en dépit dela forte brise qui agitait l'air.
« Roxas peut apparaître ainsi, comme toi ?
-Non...
-Parce que Kairi est une Princesse de Coeur ?
-Oui. Et non. Est-ce de cela que tu voulais me parler ?
-Non » admit Riku.
Il tournait autour du pot. Il ne souhaitait pas se voir entendre une répondre difficile à encaisser. La pierre sous lui était froide, trop froide,lui rappelant une énième fois qu'il ne supportait pas cette atmosphère.
« Je voulais te parler de lui. De Vanitas. »
Il coula un regard vers Naminé, se tournant à demi dans sa direction sans oser la regarder en face. Celle-ci, halo de lumière dans la quasi-obscurité, garda le silence, les yeux fixé au sol et les lèvres serrées l'une contre l'autre.
« Je ne sais pas ce qui se passe, poursuivit Riku devant son mutisme. Je le connais, pas vrai ? Je rêvais de lui, avant, quand j'étais... »
Quand il était. Cela ne devait pas faire si longtemps, à dire vrai. Sa chute dans les escaliers lui paraissait tellement lointaine et floue, parfois, moins tangible que les étoiles au-dessus de sa tête...
« Riku...
-Je sais que c'est pour lui que je suis ici. Pour le retrouver. Mais je ne sais pas comment... Il ne se souvient pas de moi comme je me souviens de lui. »
Naminé se recroquevilla comme s'il venait de la frapper, les genoux repliés contre elle, et toujours cette expression de souffrance, les yeux écarquillés.
« Quoi ? se précipita Riku. Qu'est-ce que tu me caches, encore ? Pourquoi tu ne veux pas m'aider à le trouver ?
-Riku. Arrête. Je t'en prie. Je suis désolée.
-Quoi ? C'est contradictoire, tu ne peux pas m'envoyer ici et refuser de m'aider à accomplir ce pour quoi je suis là !
-Je ne savais pas, lorsque je t'ai envoyé ici. Je ne me doutais pas que tes sentiments... que ça t'affecterait autant... »
Riku la dévisagea sans comprendre. Il avait eut l'impression de savoir ce qu'était la confusion absolue, depuis qu'il se trouvait ici, mais celle-ci atteignait des sommets en cet instant.
Il ne voulait pas comprendre.
« Je ne te suis pas. Arrête de faire comme si tu souffrais davantage que moi ! »
Loin dans son esprit, sa conscience lui conseillait de cesser de se comporter comme un enfant. Cependant, la conscience ne se trouvait pas aux commandes en ce moment.
Finalement, Naminé secoua la tête.
« Riku, non. Je n'ai pas mesuré l'ampleur du lien qui vous liait, mais je ne t'ai pas envoyé ici pour Vanitas.
-Tu plaisantes.
-Ce n'est pas sur lui que tu dois te concentrer. Je ne pensais pas qu'il poserait problème à ce point.
-Arrête ça. »
Il secoua la tête, incrédule. Naminé semblait tellement, sincèrement désolée...
« Arrête. Non. C'est tellement... J'ai crû... »
La certitude. La certitude avait été tellement forte ! Quel autre but pourrait surpasser celui-ci ? Le reste, à côté, paraissait fade. Dépourvu de sens.
« Riku. »
Naminé tourna ses yeux bleus vers lui.
« Je suis navrée. Il y a plus important en jeu que cela. Promet-moi que tu ne te laisseras pas distraire. Que tu sauras te concentrer sur le reste, sur le destin des Mondes, et apprendre ici ce qu'il te faut apprendre. Je t'en prie. »
Distraire. Il eut envie de rire autant que de pleurer.
« Promet.
-Non. »
Il n'y avait ni colère ni immaturité dans son refus. Simple constat.
Après, tout, comment pourrait-il prononcer une promesse qu'il se savait incapable de tenir ?
Je souris un peu en imaginant votre réaction à certains trucs, ahah.
N'hésitez pas à commenter et me dire ce que vous en pensez !
Merci d'avoir lu, et à très vite !
