-PDV Rosalya-
Les examens du milieu du deuxième semestre m'ont semblé injuste quant à la situation des classes: tandis que la 3-E avait été restreinte de cours pendant deux semaines, la 3-A révisait comme jamais. Bien que les résultats n'avaient pas encore étés annoncés, je voyais la différence de par les expressions des visages: celles de la 3-E reflétaient une déception immense, au contraire de leurs rivaux.
Bien que les résultats des examens n'avaient pas encore étés annoncés, les professeurs préparaient déjà ma classe aux prochains. Je repensais à tout cela, m'accordant une petite pause, la joue collée contre la table, ignorant toutes les germes que je pouvais récolter par ce simple contact si peu hygiénique. Mon cerveau surchauffait si vite ces derniers temps, surtout par le fait que je ne suis pas beaucoup sortie récemment. Je n'ai même pas eu le temps d'aller assassiner Koro-sensei, c'est pour vous dire. Je n'ai pas non plus pu particulièrement discuter avec la 3-E depuis les examens. Faut croire qu'une activité d'un tout autre genre occupe mes pensées, et ce n'est pas pour me déplaire…
« Allez tout le monde, reprenez vos esprits ! Rosalya, Asano, en piste ! La pause a assez duré ! »
Pour une fois, j'obéissais sans réchigner. Je m'étais inscrite au club théâtre de l'établissement, et je ne le regrettais absolument pas. À la différence de pas mal de personnes, je ne trouvais pas du tout barbant le fait d'apprendre un texte de trente deux pages, et je n'avais pas vraiment le trac. De plus, nous jouions des pièces classiques, chose qui me tient particulièrement à coeur.
« Prenez la fin de la page 79 de votre pièce Antigone. Asano, on va la refaire. Rosalya, tu enchaineras. »
Asano et moi nous étions mis face à face. Je jouais Antigone, et Asano Créon, mon oncle qui voulait procéder à mon exécution pour avoir tenté d'enterrer mon frère. Il débutait alors:
« Créon: Eh bien, oui, j'ai peur d'être obligé de te faire tuer si tu t'obstines. Et je ne le voudrais pas.
Antigone: Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas ! Vous n'auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l'auriez pas voulu ?
Créon: Je te l'ai dit.
Antigone: Et vous l'avez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c'est cela, être roi !
Créon: Oui, c'est cela !
Antigone: Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.
Créon: Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c'est assez payé pour que l'ordre règne dans Thèbes. Mon fils t'aime. Ne m'oblige pas à payer avec toi encore. J'ai assez payé.
Antigone: Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !
Créon: Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J'ai bien essayé de te comprendre… »
« Hep hep hep, Asano. Tu ne penses pas avoir oublié quelque chose ? »
Nous nous retournâmes avec surprise vers notre professeure de théâtre, Madame Elisa, fine comme une brindille, se tenant gracieusement même étant simplement debout, mais qui nous regardait d'un air sévère. Asano la jugea d'un regard dubitatif, jusqu'à ce qu'elle pointe de son menton le livre entre ses mains.
« Lis-moi les didascalies, je te prie. »
Asano dut alors s'y référer, et lut à voix haute:
« « Créon, la secoue soudain, hors de lui ». Ah, c'est vrai, j'ai oublié les didascalies. Pardonnez-moi Madame »
« Que cela ne se reproduise plus »
Au même moment, nous entendîmes la sonnerie, marquant la fin de notre pseudo-cours. Chacun rangeait son livre et ramassait ses affaires et Madame Elisa tentait tant bien que mal de nous donner les dernières directives pour la prochaine répétition. J'étais enfin libre et pouvais rentrer chez moi.
Voilà à quoi allaient sans doute ressembler mes prochaines semaines, rythmées par mes cours et mes répétitions de théâtre. Mais ce qui m'inquiétait pas dessus tout était la date fatidique de l'annonce des résultats des examens. Demain. J'entendis alors une voix m'appeler au loin alors que je sortais de l'enceinte de l'établissement:
« Rosalya, attends-moi ! Laisse-moi te raccompagner ! »
Je montais mes yeux au ciel, ne pouvant m'empêcher de claquer de la langue, puisque je reconnus tout de suite à qui appartenait cette voix. Je me retournais alors, affichant pour la énième fois un sourire hypocrite, ressemblant trait pour trait à celui de ma professeure de théâtre:
« Asanoo… C'est pas la peine tout de même… Tu perds tant de temps à me raccompagner tous les soirs… Ça va aller, je te promets… »
« Mais quel genre de petit ami serais-je si je ne le faisais pas ?~ »
Il dit cela en se pressant un peu plus à moi. Cela me faisait toujours bizarre, moi qui n'affectionne pas particulièrement les contacts physiques. Je me reculais alors un peu, jusqu'à finalement sentir le mur de l'établissement contre mon dos. Lui, au contraire, se rapprochait de telle sorte à entièrement coller son corps contre le mien:
« Eh bien, alors Rosalya, on essaye de fuit son copain ?~ »
L'intonation de sa voix était enjôleuse, mais tellement fausse et surfaite… J'en avais la gerbe rien que d'y penser…
« Ehh b-bien Asano, tu es le premier à savoir que je n'apprécie pas vraiment le contact physique… Si tu pouvais un peu te reculer pour que nous puissions discuter… »
« Ohh, tu es teellement innocente… Qu'est-ce qu'il te dit que j'ai envie de « discuter » avec toi ? »
Il allia ses paroles aux gestes, en bloquant mes deux bras au dessus de ma tête à l'aide de sa main droite, tandis que l'autre osait dénouer ma cravate avant de commencer à déboutonner mon chemisier.
« A-Asano, a-arrête, ce n'est pas marrant du tout… » lui dis-je d'un ton pas convaincant sous le coup des tremblements qui m'ont soudainement pris. Oh non, c'est exactement comme lors de cette fois là…
Je tremblais de tout mon être, alors qu'Asano s'amusait à me mordre l'oreille en ricanant, tandis que je poussais des couinement de douleur et de surprise. Arrête ça, arrête ça, arrête ça, arrête ça, arrête ça, arrête ça, arrête ça, arrête ça…
Soudain, je sentis quelqu'un fortement frapper Asano, de telle sorte à ce que je me retrouve dans les bras de cette personne. Je fus soulagée de sentir de nouveau cette odeur, en m'accrochant autant que je pouvais à son uniforme. C'est donc sans surprise que je remontais mes yeux larmoyants pour voir une crinière carmin et des yeux ambre, noirs de haine.
Après plusieurs secondes d'affrontement du regard avec Asano, Karma décida enfin à regarder de mon état. Je devais tellement avoir l'air pathétique, au vue du changement de lueur dans son regard. Il est passé de la haine à la compassion, puis à des pulsations meurtrières lorsqu'il jugea de nouveau Asano du regard. Je rassemblais alors le peu de courage qu'il me restait pour prononcer avec une voix à peine audible:
« Allons-nous-en, Karma, je t'en supplie, allons-nous-en… »
« Eh bien alors, tu n'as rien à dire à ton petit ami ? Pourquoi te retrouves-tu dans les bras de quelqu'un, autre que moi, sans réchigner ? » prononça alors enfin Asano, se relevant et essuyant un trait de sang de ses lèvres, qui affichaient un sourire narquois, sadique même.
« Alors… Toi… Je vais te… »
« Non, je t'en prie Karma, ne fais rien. S'il te plait, allons-nous-en… »
Mais Asano, quant à lui, ne lâchait pas l'affaire:
« Tu ne t'adresses toujours pas à moi ? J'ai du mal t'éduquer alors… »
Je sentis tout le corps de Karma se raidir, comme prêt à bondir pour enfoncer ses dents dans la chair d'Asano, mais avant qu'il puisse faire quoi que ce soit, j'ai fait volte-face face à mon agresseur pour lui asséner une gifle. Tremblante certes, mais j'y ai mis tout mon coeur.
« Je ne puis m'adresser à toi car je n'ai pas de mots pour décrire mon écoeurement. Je ne veux plus jamais te revoir. »
Ce, à quoi, il répondit:
« Pff, comme si je voulais te revoir. Tu ne serais qu'un tache à mes côtés… J'imagine que père n'a pas encore eu le temps de te l'annoncer, mais tu es mutée dans la 3-E à partir de demain. Tu pourras donc batifoler tranquillement avec ton preux chevalier. Quelle disgrâce ! Moi qui voulait simplement jouer une dernière fois avec toi… »
Je ne savais quoi ressentir face à cette révélation, mais je devais sans doute être satisfaite puisque j'ai obtenu ce que je voulais de la part du Proviseur. Tu es tellement loin de toute la vérité Asano, mais ce n'est pas plus mal ainsi…
« Allons-nous-en Karma, je n'en peux plus… »
Ce dernier a du entendre la détresse dans ma voix, et me rejoignit, lançant un regard meurtrier à Asano au passage, qui s'en est également allé, sans nous regarder, la tête haute. Je suis sûre que le rouquin aurait été capable de le tuer si je ne l'avais pas supplié d'arrêter. Soudain, je m'écroulais, mais Karma put me rattraper à temps. Il me prit alors dans ses bras à la bride style, chose que je désapprouvais, mais je n'avais juste plus assez de force pour résister. Je me laissais alors aller, ne me rendant même pas compte du fait que je serrais la chemise de Karma comme si ma vie en dépendait, la mouillant de mes silencieuses larmes au passage. Mon porteur ne me posa aucune question, et je ne tardais pas à m'endormir dans ses chaleureux bras, où je trouvais mon réconfort.
Je me réveillais doucement, et sentis d'abord la douceur de la couverture qui m'entourait, puis, inconsciemment, un regard porté sur moi. Je vis alors un visage délavé, orné de cheveux carmins, assis à mes côtés. Je clignais des yeux, essayant de m'habituer à l'éclairage un peu sombre de la pièce et vis les traits de Karma devenir plus nets. Son visage afficha un léger sourire compatissant lorsqu'il m'a vu reprendre mes esprits. Il pressa alors légèrement sa main contre mon front, comme pour voir si j'avais de la fièvre. Il me demanda alors sur un ton assez bas:
« Tu voudrais quelque chose de chaud à boire ? Un thé ? »
Je hochais alors silencieusement la tête, ayant peur que si j'essaie de prononcer quoi que ce soit, je me mettrai à sangloter. Il alla alors le chercher, me laissant seule quelques instants. Je pus regarder un peu plus en détails la pièce dans laquelle je me trouvais. En forçant un peu mes souvenirs, je me rendis compte que je me trouvais allongée sur le canapé du salon de chez Karma. Étrangement, cet endroit m'apaisait.
Je décidais alors de m'asseoir, ne pouvant plus supporter cet état de faiblesse physique et morale. Je sentis alors quelque chose sauter et s'agripper à mes genoux, avant de me rendre compte qu'il s'agissait de Rocket. Je me mis machinalement à lui caresser le menton. Au même moment, Karma revenait avec une tasse fumante entre ses mains, que j'acceptais avec gratitude. Le liquide brulant remplit mon estomac vide et je sentis la chaleur se propager dans tout mon corps. Je remerciais Karma du regard, tandis qu'il s'installait silencieusement sur la chaise qu'il occupait lorsque je m'étais réveillée.
Nous avions passé un long moment dans le silence, et je ne pus comprendre s'il était confortable ou non. Karma me laissait sans doute carte blanche, si je voulais parler de ce qu'il s'est passé ou pas; il ne me bousculait pas. Mais j'avais comme l'impression que je lui devais des explications. Après une énième gorgée de thé, dont la chaleur semblait m'avoir rendu la capacité de parler, je me lançais:
« Bon, écoute, Karma… »
« Si tu n'as pas envie d'en parler, ne te sens pas obligée » m'interrompit-il tout de suite. Je pouvais voir de la sincérité et de la compréhension dans son regard.
« Non, j'ai comme l'impression que je dois t'en parler. » Il posa alors sur moi son regard interloqué, prêt à écouter « Ce n'est un secret pour personne, le fait que je sortais avec Asano, mais sache que je n'ai aucun sentiment pour lui. Non… » je mis ma main devant sa bouche alors qu'il s'apprêtait à répliquer « Laisse-moi parler sans m'interrompre. Je disais donc que je n'ai absolument aucun sentiment envers lui, si ce n'est de la haine maintenant, mais je l'ai fait pour une raison bien précise, que je ne peux te dire. Pardon. »
« Je ne t'obligerai à rien si tu ne le souhaites pas. »
« Merci… Et merci de m'avoir porté secours cet après-midi… Je ne sais pas ce qu'il se serait passé si tu n'étais pas intervenu… J'était totalement tétanisée… Ce qu'il m'a fait, ou tout du moins, ce qu'il a essayé de faire, m'a fortement rappelé un cauchemar que j'ai vécu auparavant dans ma vie… Mais je ne sais pas si tu es prêt à l'entendre. »
« Je peux entendre tout, du moment que cela te soulage. Mais je ne te forcerai à rien, sache-le. »
« Eh bien… Durant une période de ma vie, c'est mon oncle qui était chargé de notre garde, à mon frère et moi. Ce que mon frangin ne savait pas, c'est ce que mon oncle me faisait… »
Je déglutis difficilement ma salive, peinant à continuer. Tous ces horrifiques souvenirs que je m'efforçais à oublier refaisaient surface. Je ne l'ai jamais raconté à qui que ce soit, mais je me devais de continuer. Je vis alors de l'appréhension et du dégoût dans les yeux de Karma, comme s'il avait déjà deviné ce que je m'apprêtais à lui révéler.
« Oui, Karma… Mon oncle, il… abusait de moi. De toutes les façons que tu puisses imaginer. Je n'avais que onze ans. »
Je ne souhaitais entrer davantage dans des détails peu agréables, autant à Karma qu'à moi-même, mais j'imagine que j'ai été assez claire. Le garçon aux cheveux carmins a alors attiré ma tête vers lui, afin de la loger dans son cou. Je l'entourais alors de mes bras, calmant mes tremblements. J'avais l'impression que c'est le seul à qui me pouvais faire confiance dans ce monde qui souhaitait ma peau.
Après un long instant, il me tapota légèrement le dos, m'indiquant indirectement le fait que je devrais partir chez moi. Au lieu de cela, je pris son visage entre mes mains et apposais un innocent baiser sur son nez, puis ses lèvres. Il me regarda d'un air plus que surpris et je poussais un léger rire, avant de sérieusement lui dire:
« Je veux veux pas être seule chez moi. Je reste ici, même si je dois dormir par terre. »
« Eh bien, si tel est ton souhait… »
Karma me prêta alors un de ses pyjamas, trop grand pour moi, mais bien plus approprié pour dormir plutôt que mon uniforme. Après m'être changée dans le noir, je le rejoignis par terre, où nous avions balancé plusieurs couvertures en guise de lit. Je m'endormis alors innocemment dans les bras protecteurs de Karma, tandis que sa présence effaçait peu à peu les mauvais souvenirs qui hantaient encore mon esprit.
..
Avant toute chose, je précise que Antigone est une pièce de théâtre écrite par Jean Anouilh et dont je ne dispose pas du contenu. J'ai cité les répliques originelles de son époustouflant écrit pour le bien de ma fanfic. Elles ne sont donc pas à moi.
Une facette de l'histoire de Rosalya a enfin été révélée, croyez-vous que c'est la seule ? Elle se rapproche pas mal de Karma dans ce chapitre, on verra ce que cela va donner plus tard...
J'espère que vous avez apprécié le chapitre ^^
