Chapitre 11.
Vendredi ? HA ! Mais Vendredi, c'est le chapitre de la petite vie précieuse de Harry Potter !
Au programme aujourd'hui, un bain trop chaud, des parties d'échec et un docteur. C'est-y pas beau ?
A ceux qui suivaient aussi la republication du Garçon de Draco, elle n'est pas sur ce site, c'est définitivement trop le bordel. Visitez mon profil pour savoir où aller, la republication continue ! Merci à tout ceux qui se sont manifesté pour soutenir un tel projet, mais malheureusement ça n'ira pas plus loin. Merci également à ceux qui laissent des reviews sur cette histoire, ça me fait toujours autant plaisir !
Merci à Mandala7338 qui a corrigé ce chapitre. Vous le saviez déjà ? C'est dingue, ça.
Bonne lecture !
Chapitre 11
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Harry Potter au pied du mur
― Harry ! Harry, merde ! Oh putain, merde, merde, Harry, qu'est-ce que… C'est quoi ce bordel ?
Théo avait senti la panique l'envahir dès qu'il avait vu la forme du corps inanimé de son ami effondré dans la rue. Il avait accouru à ses côtés et s'était laissé tomber sur les genoux, au milieu de la rue trempée et déserte. Son premier réflexe fut de constater avec un brin de soulagement la légère vapeur qui se formait juste devant les lèvres du jeune homme évanoui, signe de vie. Il lui prit la main – elle était froide. Il lui toucha le bras, puis glissa sa paume sous son t-shirt : son corps était glacé. Ses vêtements trempés par la pluie battante étaient collés contre sa peau en une véritable armure de glace, barrage redoutable contre toute chaleur.
Théo dégaina son téléphone portable avant de se souvenir que la batterie était décédée à peine quelques minutes plus tôt. Il n'avait aucun moyen de contacter les secours et le peu de maisons encore habitées en cette période de fin d'année refuserait de lui ouvrir la porte avec son allure de voyou déguenillé, sale et trempé. Il regardait autour de lui, désemparé. Personne. Pas un bruit. Seul le battement incessant des gouttes d'eau perçait le silence de la nuit.
Théo s'essuya les yeux d'un revers de manche rageur. Pleurer ne servirait à rien. Harry, son Harry, avait besoin de lui, il l'aiderait, peu importe comment. Il fit alors un rapide calcul mental. Il se trouvait à presque vingt minutes du Local. Il n'avait aucune idée de combien de temps il disposait – pas grand-chose, à en juger par la peau si froide du garçon. Il devait prendre une décision, et vite.
Il jura, puis sauta sur ses pieds. Décision prise. Il attrapa le corps si inhumainement glacial de son ami, et parvint à le hisser sur ses épaules avec un râle sauvage. Puis il se mit à courir vers leur appartement nouvellement inauguré. Ils l'avaient baptisé le Local. Un nom plus qu'à-propos.
Théo ne s'attendait pas spécialement à voir du monde. À cette heure, par ce temps, les rues étaient désertes. N'importe qui aurait fait l'affaire pourtant mais il ne vit personne, comme il s'y attendait. Il savait parfaitement que, comme chaque fois dans ce genre de situation d'urgence, on ne pouvait absolument pas compter sur le destin pour faciliter les choses. C'était comme si toutes les forces de la nature s'appliquaient à ne surtout pas l'aider. Théo courait comme si sa propre vie en dépendait. Il ne lui fallut pas plus de dix minutes malgré le corps lourd et inanimé sur ses épaules qui entravait sa course pour rejoindre le Local.
Toutes les questions qui lui tournaient dans l'esprit restaient sans réponse. Pourquoi Harry n'était plus à son concert ? Il était censé passer la soirée avec sa petite amie Lily, ou Lavande, il ne savait plus vraiment. Au lieu de cela, il le trouvait dans ce piteux état au milieu de la route sur le chemin du retour.
Sitôt qu'ils furent arrivés, Théo déposa le corps toujours évanoui de Harry sur leur lit, fouilla dans un placard pour en sortir leur plus chaude couverture et entreprit de lui retirer ses vêtements trempés.
― Vieux, tu me pardonneras.
Il eut un mal de chien à le manipuler ainsi, seul, pour lui retirer son t-shirt. Le reste de ses habits vint assez facilement en revanche de sorte que bien vite, Harry ne portait plus rien.
― Eh ben, dans mes rêves les circonstances étaient toutes autres.
Théo récupéra le corps inconscient de Harry à nouveau – il frissonna au contact si froid – et l'installa confortablement sur le matelas avant de l'enrouler dans leur couette, par-dessus laquelle il le borda de la couverture qu'il avait trouvée. Enfin, il retira ses chaussures et chaussettes trempées et alla s'installer sur le matelas dépourvu de couette, à côté de son ami. Assis le dos contre le mur, il fixa des yeux Harry qui respirait faiblement, confortablement emmitouflé au chaud à présent. Là, il prit un moment pour se féliciter d'avoir correctement écouté et suivi sa formation de premier secours. Contrairement à ce qu'on croyait, il ne fallait surtout pas faire remonter la température du corps trop vite. Le bon réflexe était de créer une ambiance chaude qui favoriserait une récupération progressive. Il se remémora le discours de son professeur :
« En hypothermie, le corps se protège en cessant de faire circuler le sang dans les membres pour privilégier les organes vitaux. Dans un environnement trop chaud, un bain par exemple, le corps réagit d'un coup en libérant tout ce sang resté en suspens dans les membres et donc très froid. Tout ça file vers l'intérieur du corps, ce qui ne fait que refroidir le sang qui, conservé à l'intérieur, assure la survie. Et donc l'effet est inverse de celui recherché : on aggrave le cas voire on provoque la mort. On appelle cela l'afterdrop. »
Il se souvenait même encore de son professeur. Un jeune pompier absolument charmant.
Il se releva à peine trois minutes plus tard, le temps de se faire une tasse de café. Il sentait que la nuit allait être longue, il en aurait besoin. Puis il retourna sur son lit. Il aurait bien laissé un peu d'intimité à Harry mais il était trop inquiet que quoi que ce soit lui arrive. S'il se réveillait et venait à paniquer où même si son cas ne s'arrangeait pas… Théo préférait rester à ses côtés.
Harry était devenu en peu de temps quelqu'un de très important dans sa vie. Théo avait une facilité déconcertante à se faire apprécier par tout le monde. Peut-être cela venait-il de son charisme certain et très vite remarqué au sein de n'importe quel groupe ou encore de sa capacité de parler de tout et n'importe quoi avec n'importe qui.
Pourtant, il n'avait pas d'ami. Des connaissances, des copains mais pas d'ami, vrai et franc, confiant et chaleureux. Peut-être devait-il cesser d'être physiquement attiré par tous ses amis potentiels… Mais Harry avait tout changé. Pour la première fois, quelqu'un s'était intéressé à lui pour autre chose que son air séducteur et son sourire charmeur. Harry était un type franchement intéressant, amical et en qui il plaçait toute sa confiance. Harry était son ami, son seul, véritable ami. Une fois que la pure attirance physique eut disparu, ou en tout cas se soit suffisamment effacée pour qu'il puisse l'ignorer, il vit le potentiel que portait ce garçon pour lui.
À présent, il y avait dans sa vie une personne pour laquelle il pouvait s'inquiéter et qui s'inquiéterait de lui en retour. Une confiance mutuelle et une connaissance partagée de l'un et de l'autre. Un soutien, un pilier. Il ne s'y était pas attendu, au départ, mais bon Dieu… Qu'est-ce que c'était bon…
Sauf peut-être dans ces moments, où cette amitié se manifestait à lui sous la forme d'une angoisse sourde et froide à la vue de Harry inconscient et dont l'état n'avait pas changé, par-dessus tout.
Il tendit la main et la plaça sur le front du garçon. Il était toujours aussi froid. Toujours aussi pâle. Pourtant, le contact sembla le faire réagir. Il toussa. Harry revenait à lui. Théo s'agenouilla à côté de lui, au niveau de son visage. Il le vit papillonner des yeux et regarder autour de lui, l'air affolé. Il se redressa d'un coup, un peu gêné par les couvertures serrées autour de lui.
― Chut, chuuuut… Tout va bien, vieux, du calme…
Harry se tourna vers lui et le fixa de deux yeux pénétrants. Théo vit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Son regard habituellement si pétillant, vivant était terne, froid, fermé. Quelque chose s'était passée, quelque chose capable de briser cette joie de vivre inébranlable qu'il lui avait toujours connue.
Les deux yeux vert émeraude s'emplirent soudainement de larmes. Théo se pencha en avant, comme s'il lut à l'avance les intentions de l'autre garçon qui soudainement tendit les bras et les enserra autour de son cou. Puis il laissa les pleurs l'emporter, doucement d'abord et en sanglots après.
― Tout va bien… Calme-toi, mon pote…
Il pleurait, encore et encore et avec un désespoir si flagrant qu'il était douloureux d'y assister. Théo se promit de découvrir qui ou ce qui avait pu briser cette joie insolente qui brûlait en permanence en Harry. Ce qui avait bien pu causer les sanglots déchirants de ce jeune homme qui laminaient son propre cœur. Et quand il l'aurait découvert, il lui péterait la gueule, quoi que ce soit.
Malheureusement, les mois qui suivirent devinrent les plus compliqués de la vie de Théo. Son colocataire sombra dans une dépression si sombre et profonde qu'il venait parfois à se demander s'il s'en sortirait un jour.
Harry refusait catégoriquement d'aller voir un psychologue. Il ne mangeait presque pas, restait silencieux, la plupart du temps. Il jouait aux jeux-vidéos presque toute la journée. À l'université, ses notes avaient chuté drastiquement, entraînant avec elles celles de Théo qui passait trop de temps à s'inquiéter et pas assez à réviser. Et il ne dormait quasiment plus.
Parfois, Théo s'éveillait au milieu de la nuit et voyait Harry, soit dans le lit, sur le dos, la couverture tirée à lui et les yeux grands ouverts, soit carrément debout, face à la télévision en train de jouer à la console. La lumière terne et blafarde de l'écran de télévision dans le noir se reflétait alors dans ses yeux cernés et lui donnait un aspect cadavérique inquiétant.
Théo se sentait impuissant. Foutrement impuissant. Il se faisait un sang d'encre pour son ami et il était en colère aussi contre celle qui, il l'apprit un jour, avait causé cela. Mais ce qui dominait par-dessus tout, c'était la frustration. Celle de ne pouvoir rien faire, de n'être qu'un inutile de plus dans l'entourage d'un malade. Il essayait de garder sa bonne humeur, de pousser Harry à sortir, s'habiller convenablement, prendre une douche… Aller faire une partie d'échec dans un parc ensoleillé… Rien ne fonctionnait.
Il avait la terrible impression que Harry ne voyait plus tout ce qui rendait la vie supportable. Tous les petits bonheurs du quotidien, les moments où l'on se sent connectés à la Terre et aux autres. Les instants de vie, ceux que les vivants attendent si impatiemment, tous ceux-là disparaissaient. L'oiseau qui chante lorsque, dans le soleil du matin, la promenade est la plus belle. La lumière mordorée du soleil couchant qui illumine la Tamise de milles reflets orangés le soir, entre les luminaires. Comment Harry, celui qui lui avait appris à reconnaître cet art de la nature avait-il pu l'oublier ?
Le plus difficile pour lui était que Harry ne parlait presque plus. Lui qui était autrefois si féru de conversation, qui avait un avis sur tout et le débattait avec passion et bon sens, lui qui écoutait attentivement chaque histoire qu'on lui racontait, qui aimait simplement parler pour ne rien dire… Lui, qui était désormais si silencieux… Quand Théo rentrait de l'université pour trouver ce légume amorphe et sans vie dans son Local, avec lequel ses conversations se limitaient à « salut », et « à table », cela lui faisait vraiment mal au cœur.
Au fil des mois, Théo se sentait presque aussi affecté par cette ambiance terrible que l'autre par sa dépression. Les journées devenaient chaque fois un peu plus dures à supporter. Parfois il s'énervait, hurlait sur Harry en lui ordonnant de cesser de faire la gueule et de sourire un peu, bordel !
Cela ne servait évidemment à rien. Pire, le peu de fois où Théo craqua ainsi, Harry semblait s'enfoncer plus loin encore dans son état catatonique. Une fois, il disparut même pendant toute la journée, si bien que Théo s'était mis à faire les cent pas dans le Local à se ronger les sangs. Il se promettait d'appeler la police sous peu, mais repoussait chaque fois un peu plus l'échéance. Aussi, quand son ami entra enfin, trempé par la neige et l'air morose comme à son habitude, Théo l'avait serré dans ses bras pendant de longues minutes sans le lâcher.
Une étreinte à laquelle Harry avait répondu par un maladroit soupir.
Dans les couloirs de l'université, Théo menait Harry d'une salle à l'autre avec une minutie forcée. En fait, il choisissait toujours les passages les plus éloignés possibles de Lavande Brown et de ses amis punks dégoûtants, quitte à faire de longs détours pour cela. Ron et Hermione étaient toujours avec lui, évidemment, mais ils semblaient aussi désarmés qu'il l'était pour aider Harry dans ce temps.
Ils décidèrent cependant de refonder un groupe. Ne serait-ce que pour se venger de Lavande et montrer qu'ils n'avaient pas besoin d'elle. Comme dans la première formation des Sonic & Knuckles, au temps du lycée, Ron s'attela au chant et à la guitare, Hermione à la batterie et Harry reprendrait la basse.
Lors de la première répétition, Harry n'avait pas pu jouer. Il avait amené sa vieille Rickenbacker soigneusement gardée dans son étui depuis son éviction de son ancien groupe, comme si de rien n'était. Il avait sur le visage le même air morose et profondément triste qu'il gardait en permanence. Mais lorsqu'il avait sorti pour la première fois depuis sa rupture sa magnifique guitare basse rouge, il avait immédiatement fondu en larme. Il fut incapable de rester chez Ron et Théo dut le raccompagner au Local.
Puis, le temps passant, il reprit la maîtrise de son instrument. Théo se souvenait d'une nuit où il s'était éveillé à la vue de Harry, éclairé par la lumière blafarde du téléviseur, lequel affichait l'écran de pause de Final Fantasy X. Son ami lui tournait le dos, mais il pouvait le voir pincer et gratter les cordes de l'instrument, sans amplificateur, tout en fredonnant l'un des thèmes favori des anciens Sonic & Knuckles. Il n'avait rien dit mais été resté là à observer, jusqu'à ce qu'il repose sa guitare dans son étui et se retourne.
Lorsqu'il le vit éveillé, Harry sursauta. Puis, il avait simplement haussé les épaules et était revenu se coucher après avoir coupé la console et la télé. Théo, avec un petit rire, lui avait simplement serré l'épaule, comme pour le remercier. C'était stupide.
Puis un jour, deux mois avant qu'il ne rencontre Ginny, il y avait eu ce que Théo considérait comme le début de la fin. C'était un vendredi de printemps, Théo dormait encore. Il fut bien vite extirpé de sa torpeur par quelqu'un qui lui secouait l'épaule.
― Hé. Hé, Théo ? Théo ?
Il avait fini par ouvrir les yeux pour voir Harry penché sur lui, l'air pleinement éveillé.
― Que… Tu veux ? grogna Théo, encore endormi.
Il n'était pas spécialement quelqu'un du matin. Pourquoi devait-on le réveiller en pleine nuit ? Il sentait bien que son sommeil avait été trop court et qu'il avait encore au moins deux heures devant lui avant de devoir se lever.
― Tu viens ? On va se balader ?
― Harry, tu déconnes ? grogna encore Théo qui parvenait à articuler mais ne bougeait pas pour autant. Il est quelle heure d'abord ?
― Six heures. Tu viens ?
Théo s'apprêta à lui dire d'aller bien se faire enculer, mais quelque chose le retint. « Secoue-toi, bordel, quelque chose a changé… » pensa-t-il encore à moitié dans son sommeil. Et alors cela le frappa. Il se redressa d'un coup, les yeux grands ouverts.
Harry, qui s'était écarté lorsqu'il s'était assis, semblait différent. Son visage était moins cerné et surtout, il paraissait à nouveau capable de sourire. Adieu morosité, adieu tristesse constante, cet Harry-là était celui qu'il connaissait et qu'il aimait le plus ! Certes, comparé au Harry d'avant la rupture, c'était un bien maigre et pâle garçon qu'il avait là, mais il semblait que tellement de choses s'étaient améliorées d'un seul coup !
En vérité, ces changements avaient été progressifs et avaient commencé avec le retour de la musique et d'un groupe dans sa vie. Un groupe sans Lavande Brown. Il parlait de plus en plus. Mais le fait qu'il avait envie de sortir, avec lui pour compagnie en prime et aussi…
― Harry, tu as pris une douche ?
― Ben oui, pourquoi ?
― Mais ta dernière date d'avant-hier ! D'habitude, il faut te forcer pour que tu en prennes une par semaine, alors là…
― Oui, bon, ben, ça va, hein ! Je n'arrivais pas à dormir. Le soleil se lève et il est beau. Tu viens te balader ou merde ?
Théo était estomaqué. Comment n'avait-il pas remarqué toutes ces améliorations plus tôt ?
― Oui, oui. Évidemment, je viens. Tant pis, je dormirai pendant les cours.
Et ils s'étaient baladés pendant une bonne heure dans la fraîcheur matinale et sa lumière d'une douce chaleur. Arrivés dans le parc où ils allaient habituellement jouer aux échecs, ils s'assirent face à face à l'une de ces tables au damier noir et blanc. Là, Harry l'avait surpris en sortant leur ensemble de pièces. Ils avaient joué comme cela, au milieu de la ville et dans la lumière chaude et douce du matin pendant des heures et des heures.
Plus que tout, ils avaient parlé. Bon sang, qu'est-ce qu'ils avaient parlé ! Pendant des heures, pendant tout le temps où ils avaient joué, ils avaient parlé. Comme pour rattraper quatre mois d'un silence horrible.
Ils avaient parlé et joué à en oublier le temps qui passait. Seule la faim se rappela à eux après de multiples parties, à tel point que le soleil avait déjà passé le zénith lorsqu'ils se mirent en quête d'un sandwich à manger. Sécher l'université ne leur faisait ni chaud ni froid, ce moment était bien plus important que leurs cours. Et de toute façon, vu le semestre catastrophique qui s'était écoulé, tous deux finiraient sans doute aux rattrapages.
Bien sûr, beaucoup de chemin restait à parcourir. Car si Harry parlait et souriait maigrement à nouveau, il devait toujours faire face à tout ce qui avait pêché et causé cette dépression. L'ascenseur remontait, lentement mais sûrement.
Enfin, après tous ces longs mois, Théo avait l'impression de retrouver son ami. Qu'est-ce que c'était bon…
Harry se réveilla avec l'impression désagréable de ne pas savoir où il était. Le souvenir des événements de la veille l'assaillit soudain et avec eux, il se sentit nauséeux. Ron et Hermione qu'il avait dû forcer à reprendre le concert, le Jeune Colin qui lui avait ouvertement affirmé sa haine… Draco l'avait laissé tomber… Et Théo n'était même pas venu au concert. Il n'avait plus rien. Il n'avait plus personne.
Même lorsqu'il s'était retrouvé en dépression il y avait de ça dix mois, il n'avait pas été si seul. Théo, à ses côtés chaque jour, avait été la seule ancre à le rattacher à ce monde. Puis il était devenu un véritable compagnon de cordée, le seul à le tirer vers le haut d'abord, puis un simple assureur pendant qu'il rattrapait son retard. À présent, il était seul. Seul et terrifié.
Il essaya de penser à autre chose et oublier l'angoisse qui le rongeait. D'abord, où était-il ? Il se rappelait s'être effondré de douleur après sa rencontre avec Lavande et puis plus rien. Un coup sourd à l'arrière du crâne qui l'avait assommé. Seulement, au lieu de se réveiller dans la rue et en pleine nuit, il était dans une vaste chambre où quatre lits trônaient, dont seul le sien était occupé. Les murs et les draps se confondaient de blanc, tout semblait disposé là temporairement, comme si cette chambre pouvait devenir un garage à tout moment. Les lits, les tables et l'unique fauteuil étaient tous montés sur de petites roulettes. Au mur, un écran de télévision paraissait être le seul objet destiné à rester à sa place.
Par quel maléfice s'était-il retrouvé dans un hôpital ? Quelles pouvaient être les raisons de sa présence ici ? Franchement, il allait bien. En plus, il doutait que le seul coup de genou de Lavande, bien que très douloureux, n'ait suffi à l'envoyer ici.
Il essaya de s'asseoir, ce qui cause une explosion de douleur dans son poignet droit. Il jura puis ramena sa main au niveau de ses yeux. Toute sa paume et l'articulation étaient bandées. Ce triste spectacle lui rafraîchit la mémoire, il se souvint alors du coup de pied dans le bras ainsi que du craquement inquiétant qui l'avait accompagné.
Redoublant de prudence, il se redressa en position assise puis jeta un coup d'œil par la fenêtre. Le soleil brillait haut dans le ciel, midi était passé. Il avait dormi pendant longtemps. Au loin, sa lumière se reflétait dans l'eau d'une petite fontaine qui ornait un parc dans le voisinage du bâtiment. Trois enfants jouaient avec un ballon à une sorte de football visiblement adapté aux équipes individuelles.
Harry soupira. Ces gosses avaient l'air heureux. Le soleil brillait au début de l'été et réchauffait les cœurs de tous les londoniens. Sauf pour lui. Exclu du partage et seul.
« C'est de ta faute, mon ami. Il ne faut t'en prendre qu'à toi-même, tu es le seul responsable. Si tu avais écouté le bon sens et la simple naïveté, tu aurais connu une vie de joie et d'amour. Mais c'est moi que tu as écouté ! Le résultat est sous tes yeux, tu as ouvert les portes des ténèbres ! »
Cette voix sinistre et acide parlait plus fort que toute autre dans sa tête à présent. Elle était la seule qu'il entendait encore dans son esprit. Elle était si forte qu'il lui répondait à voix haute sans même s'en rendre compte.
— Ce n'est pas fini, disait-il faiblement. Ce n'est pas trop tard…
« Bien sûr qu'il est trop tard ! Tu n'as plus personne. Tu as déjà perdu ta famille et voilà qu'amis et amour te désertent ! Tu es si pauvre que tu en deviens inhumain. »
— Je n'ai pas mérité ça…
« Par ta négligence, par ta vanité… Rejeter la faute ne te fera aucun bien, Harry Potter. »
— Non…
Sa tête tournait dans un affolant vertige et il avait la nausée. Il avait envie de hurler, de frapper, que tout s'arrête d'une manière ou d'une autre. Pourquoi le forçait-on à ne plus rien aimer ? À ne plus rien ressentir ?
— Ah, vous êtes éveillé. Bien, bien…
Une petite infirmière replète habillée d'une longue blouse blanche venait de pénétrer dans la chambre. Elle avait l'air douce, amicale et le visage maternel. Elle portait une petite enveloppe blanche dans la main et l'observait avec un mélange de compassion et de compréhension que Harry ne pouvait supporter. Il détourna les yeux vers l'unique fenêtre de la pièce.
— Vous avez l'air en forme.
« Connasse » pensa-t-il. Comment pouvait-on ne pas remarquer qu'il était tout sauf bien ?
— On devrait vous relâcher dans la journée. Vous n'avez pas grand-chose. Est-ce que… Hum… Vous vous souvenez de la nuit précédente ?
Harry secoua la tête négativement. L'infirmière soupira.
— Oh, rien de grave en vérité. Un simple passant vous a vu effondré et inconscient sur un parking, il a appelé les secours. Vous n'étiez pas en hypothermie lorsqu'on vous a récupéré, mais passer une nuit dehors ainsi n'est jamais une bonne idée. Vous avez un os fêlé, dans le poignet droit. Donc vous devrez le garder bandé quelques semaines, il n'y a pas vraiment autre chose que l'on puisse faire. Faites attention à l'avenir, vous pourriez avoir moins de chance.
Harry hocha la tête. Il réalisait à peine que cela signifiait qu'il n'allait pas pouvoir participer à la finale du concours avec les Awaken Zombies. Cette compétition lui semblait si loin à cet instant... L'infirmière paraissait avoir terminé, mais elle ne faisait pas le moindre mouvement pour s'en aller. Il la fixa à nouveau, elle hésitait.
— Hum, il y a tout de même autre chose. Vous saigniez quand on vous a retrouvé.
— Ah ? questionna-t-il simplement, surpris.
— Oui. Mais on ne s'en est pas rendu compte tout de suite. Il a fallu que l'on vous passe ce pyjama tandis que vous étiez inconscient pour le voir.
Harry rougit. Il avait parfaitement compris et était à présent pris d'une véritable panique.
— Que… Il… C'est grave ? demanda-t-il précipitamment, craignant pour son avenir.
— Non, non. Tout ira bien. Ce sera peut-être un peu douloureux pendant un temps… Surtout si… Enfin, si vous vous excitez. Vous voyez ce que je veux dire ? Bref, voilà tout…
Harry se sentit soulagé. Il n'aurait vraiment pas pu supporter autre chose encore. Il se demandait d'ailleurs comment cette infirmière se débrouillait avec son métier, elle qui semblait si gênée de parler de cela avec lui…
Elle reprit sur un tout autre sujet.
— Une de vos connaissances est passée tandis que vous dormiez encore. Elle a laissé cette lettre pour vous. Vous pourrez sortir dès que le docteur vous aura ausculté et donné son autorisation. Je vous laisse le formulaire vide, il devra le remplir, puis vous le signerez. Vous n'aurez qu'à le remettre à l'accueil en partant. Vos vêtements et possessions se trouvent sur cette chaise. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous me sonnez ! Bonne journée, monsieur.
Elle tourna les talons et rejoignit la porte. Lorsqu'elle fut sur le point de sortir, elle ajouta :
— Et, un conseil tout de même. Prenez soin de vous. C'est fragile ces choses-là, ce n'est jamais bon signe quand cela se met à saigner.
Harry avait envie de l'insulter, mais il était bien trop intrigué par cette lettre. L'enveloppe était très sobrement marquée du seul « Harry », d'une écriture fine qu'il reconnut tout de suite. Théo.
Il arracha l'enveloppe et attrapa la lettre qu'elle contenait, bout de papier déchiré couvert de la même écriture. Il lit.
« Harry,
Qu'est ce qu'il s'est passé, bon sang ? Tu t'en vas pour te réconcilier avec Draco et j'apprends deux jours plus tard que tu es à l'hôpital, qu'on t'a trouvé inconscient et blessé dans la rue suite à ton concert que tu as gagné ? Je ne comprenais rien, alors j'ai essayé d'appeler Draco.
Et là, devine quoi ? Non seulement Draco me dit, passablement énervé, que tu n'étais qu'un abruti et que j'aille me faire foutre, (J'adore ramasser pour toi, c'est dingue ça.) mais il ajoute que tu ne seras plus jamais emmerdé par la Ligue sauf peut-être pour recevoir ton carton d'invitation... Harry, merde, il se passe quoi là ?
Je crois deviner que Draco t'a laissé tomber, chapeau pour la réconciliation, mec. Bravo. Et moi, je fais quoi au milieu de ce bordel ? J'aimerais que tu prennes le temps de réfléchir pour une fois, que tu ne laisses pas juste tes putains d'émotions guider tous tes choix !
Je suis obligé de filer, car je te rappelle que c'est aujourd'hui que mon petit frère arrive. Je dois aller le récupérer à la gare. Lui qui était impatient de te revoir, ça va l'amuser tiens, de savoir que t'es à l'hosto... Si tu sors pendant que je ne suis pas là, tu sais où me rejoindre.
Il faut vraiment qu'on parle, Harry. Je ne comprends pas un broc de ce qui s'est passé en deux jours, mais j'ai l'impression que tout est en train de voler de éclat. Alors prouve-moi que tu es un grand garçon et pas un putain d'handicapé social et viens me parler.
Ne fais pas l'abruti, s'il te plaît.
Théo.
PS : je te joins la boite d'allumette de l'autre espion débile.
PPS : on a retrouvé ta guitare près de là où tu étais assommé. Je te préviens, tu vas avoir un choc. »
Harry sentit une peur soudaine emplir son ventre. Il leva les yeux vers la petite chaise en métal qui occupait le coin de la chambre. Dessus se trouvait ses vêtements, à ses pieds la housse de sa guitare basse mais il les vit à peine. Son regard était fixé sur l'instrument qu'elle contenait en partie.
Brisée. Sa fidèle Rickenbacker, le plus bel instrument qu'il n'eut jamais possédé était brisé. Le manche en bois d'érable verni et sa décoration en noisetier rouge étaient arrachés, ils avaient cédé suite au coup violent que Lavande lui avait donné sur le crâne. A présent, seules quelques fibres de bois ainsi que les cordes dont la plus fine était rompue retenaient liées ensemble les deux parties de l'ancien cadeau de son parrain.
Son parrain qui était mort.
Le dernier cadeau du dernier membre de sa famille reposait là, sous ses yeux qu'il n'arrivait pas à détourner, brisé.
Harry sentit une colère mêlée d'une infinie tristesse réchauffer ses entrailles. Il serra les poings, ce qui chiffonna la lettre. Dans l'enveloppe, la boite d'allumette était celle qu'ils avaient retrouvée après la bataille contre Zabini. Il avait pu l'examiner depuis. C'était un gadget d'espion, elle contenait trois allumettes qui étaient en fait de véritables lance-flammes. Utiles pour ses prochains combats… Sauf qu'il n'y aurait pas de prochain !
La Ligue allait désormais le laisser tranquille. Et c'était bien dommage. Vu l'état de colère en lui, il aurait bien eu besoin d'un punching-ball.
Le docteur arriva finalement dix minutes plus tard. C'était un type jeune, à peine plus vieux que lui. Sans doute un étudiant interne, en stage ou quoi, qui s'était laissé refiler la permanence du dimanche. Il avait un visage allongé squelettique et de grands cernes sous les paupières. Ses yeux étaient enfoncés dans ses orbites et ses cheveux commençaient déjà à déserter son front. Cet homme lui inspira une sorte de crainte qui vint s'ajouter au bouillon de sentiments négatifs qui roulait en lui. S'il avait pu choisir, il n'aurait jamais été son docteur.
Le médecin entra sans le regarder, grogna un « bonjour » à peine audible. Immédiatement, il récupéra le petit formulaire et se mit à l'ausculter de manière laconique.
— Vous avez bien dormi ? Vous avez bien mangé ? Respirez profondément. Pas d'antécédent cardiaques ? Inspirez. Expirez.
À chaque question, Harry se contentait d'un signe de tête pour répondre. Cela semblait parfaitement convenir au docteur. Il y avait dans son ton un timbre malsain qu'il interpréta comme un simple manque d'enthousiasme à devoir s'occuper de gens comme lui un dimanche…
— Bien, bien, bien, chantonna-t-il en griffonnant sur le formulaire. Tout cela m'a l'air en ordre. Vous êtes en pleine forme… Physiquement en tout cas, ajouta-t-il après un coup d'œil à son visage qu'il doutait cerné et morne.
— Je vais pouvoir partir ?
— Non.
Harry releva la tête avec un air inquiet.
— Quelque chose ne va pas ?
— Tout va très bien.
— Alors pourquoi je ne pourrais pas sortir ?
— Parce que je ne signerais pas.
Harry le fixa d'un air confus. Qu'est-ce que c'était encore que ce guignol…
— Pardon ?
— Voyez-vous, reprit le docteur en commençant à parcourir la pièce d'un mur à l'autre, tel un méchant diabolique qui exposerait son plan démoniaque. Voyez-vous, je crois savoir que vous avez des ambitions sur un garçon du nom de Draco Malfoy… Vous ! Vous, le type informe et sa bande d'amis dégénérés. Je ne peux autoriser cela. Vous êtes un être ignoble et vos amis, pires encore. D'ailleurs, le septième doit être en train de s'occuper du pire d'entre eux en ce moment même. Il est à la gare, n'est-ce pas ? Vous devriez être plus prudent, dans vos conversations, Mr Potter.
Harry se prit le visage dans les mains. Il n'en croyait pas ses oreilles, bordel, ces types-là ne le lâcheraient donc jamais ? Il n'était pas d'humeur, bon sang, qu'on le laisse tranquille ! Il avait l'impression que sa tête allait exploser.
— C'est une putain de BLAGUE ?! cria-t-il soudain avec rage.
— Je ne peux autoriser cela, répéta le médecin.
Il verrouilla alors le loquet de la chambre, retira sa blouse blanche et annonça comme on annoncerait un lutteur renommé au début d'un match de catch :
— Au nom de la Ligue des Ex Maléfiques, je suis le sixième ! Je suis Marcus Flint ! Et tu vas grave morfler, je vais te meuler la face, vieux fou !
Il n'eut pas le temps toutefois de parler plus avant. Lorsqu'il avait entendu le nom de la Ligue, Harry franchit un point de non-retour. Alors, le vaste barrage derrière lequel il essayait de contenir ses émotions, déjà fragilisé par la lettre de Théo et la vue de son bien le plus précieux brisé, céda tout-à-coup. La colère, sa nouvelle connaissance, cette ruine avilissante, parcourut l'ensemble de ses nerfs à une vitesse folle. Tout en lui se mit à enfler, gronder, crépiter. Son cœur martelait sa poitrine et tous ses muscles tendus menaçaient d'imploser. Son visage encore inexpressif et morne quelques secondes avant devint écarlate et se tordit dans une grimace grotesque.
Il avait besoin de frapper quelque chose. De gueuler, péter un truc, une fenêtre ou le lit. En tout cas, il devait bouger ! Il ne resterait pas simplement assis dans ce lit à attendre sa rouste alors que ce type insultait tous ses amis et allait même jusqu'à menacer Théo. Il sauta sur ses pieds, s'empara de la chaise en éparpillant tout ce qu'elle soutenait au sol et la jeta des deux mains sur cet arrogant connard.
Pris par surprise, Marcus Flint était paralysé dans une expression de surprise bête, les mains pendues inutilement le long de son corps et la bouche ouverte. Il reçut un pied de chaise en métal en travers du visage et fut immédiatement projeté à terre.
— Alors de une, je ne suis plus avec Draco Malfoy !
Harry sentit son estomac se tordre à cette phrase, mais il l'ignora. Ses tempes battaient toujours à ses oreilles. Son adversaire remuait au sol, sonné, en poussant de petits râles rauques.
— De deux, continua-t-il en récupérant la boite d'allumette de Zabini. Tu diras à tes petits copains de la Ligue que si un seul d'entre eux s'en prend à mes amis, il y laissera autre chose que de la petite monnaie. Et enfin…
Il craqua l'une des trois allumettes, qui se mit à émettre un curieux sifflement.
— C'N'EST PAS LE JOUR POUR ME FAIRE CHIER, BORDEL DE MERDE !
Une gigantesque bourrasque de flammes jaillit soudainement de la petite allumette sur le docteur toujours ployé au sol. Harry ne put qu'entendre un cri de terreur, puis la silhouette de son adversaire disparue, remplacée par une flopée de petites pièces en métal qui tintèrent sur le sol.
Harry jeta l'allumette consumée, prit un stylo et imita grossièrement une signature au bas du formulaire de sortie en priant pour que ce soi-disant docteur signe, comme ses collègues, d'un gros pâté dégoûtant et illisible. Enfin, il se rhabilla, fourra les morceaux de sa guitare basse dans la housse avec un pincement au cœur et sortit précipitamment de la chambre.
Ce qu'il ressentait en cet instant était… étrange. Comme si cette bataille inattendue avait pu transformer toute sa tristesse en une colère sans nom qu'il pouvait enfin diriger contre ses seuls ennemis. Car il voyait à présent clair dans le jeu de la Ligue. Ces horribles gens qui le harcelaient sans cesse depuis bientôt un mois étaient la cause de tout. De son humeur détestable avant tout, qui avait causé la rancœur à l'égard de ses amis. Mais surtout de sa rupture avec Draco, ce qu'ils avaient toujours voulu. Pire encore, ils avaient presque réussi à faire de lui l'un des leurs et ça, il était désormais persuadé que c'était leur but ultime. Recruter de nouveaux membres en détruisant quiconque un peu faible s'approcherait de Draco Malfoy.
Peut-être Draco n'était-il pas sorti qu'avec des connards. Cela dit, ils l'étaient tous devenus après cette expérience.
Il était hors de question qu'il se laissât faire. Car aujourd'hui et pour la première fois depuis longtemps, ce n'était pas Draco sa priorité. Il n'avait pas oublié la menace de Flint à l'égard de son ami : « le septième doit être en train de s'occuper du pire d'entre eux en ce moment même ».
Il tapota sa poche et sentit la boite d'allumette. Il y allait avoir du cramé au programme. Harry ouvrit la porte de sa chambre et se mit à courir vers la gare.
Merci de m'avoir lu ! J'espère que cela vous plait toujours !
On remonte peu à peu, mais le chemin est encore long ! J'en veux pour preuve, il me reste sept chapitres en stock !
N'hésitez pas à laisser une review, et à dans une semaine !
Cheers,
Vince.
