Le cri, cette fois-ci, ne fut pas retenu.
Alice et Marlène ne dormaient pas avec elles, cette nuit. Comme tous les mois, elles avaient rejoint d'autres filles de Gryffondor pour fêter par simple plaisir de fêter, et Lily et April faisaient partie de celles qui ne s'y rendaient plus. Le sujet du sommeil était cher à Lily et celui de la sobriété l'était à April.
Alors elles étaient seules, dans leur chambre de quatre, et qu'April ait crié ou soit restée discrète ne faisait pas de différence. Peut-être seulement celle d'avoir réveillé Lily en sursaut et en cris à son tour. En allumant sa baguette, cette dernière s'apprêtait à lâcher un « j'ai failli faire une crise cardiaque ! » mais s'en empêcha quand elle vit l'état de sa meilleure amie.
Les larmes scindaient encore ses joues en deux. C'était la cinquième nuit d'affilée qu'elle faisait un cauchemar et l'épuisement commençait sérieusement à avoir raison d'elles deux, et surtout des barrières qu'April tentait d'ériger, des constructions qu'elle tentait de bâtir. Tous les réconforts qu'elle pensait trouver en journée s'évaporaient chaque nuit. Tous les efforts qu'elle voulait mettre pour bien dormir, pour cesser d'inquiéter Aba, et Lily, et Peter, et Akihito s'effondraient sans arrêt. Les cauchemars empiraient. Dans leur intensité, dans leur fréquence, dans leur furtivité. Ils prenaient toutes ses nuits, chaque parcelle d'entre elles.
« Je ne sais pas quoi faire, avoua Lily en venant, de nouveau, s'asseoir sur son matelas.
– Je n'en peux plus. »
L'Africaine allongea sa tête sur les cuisses de la rousse, passant les mains sur ses longs cernes pour essuyer les larmes qui s'en échappaient.
« Ça ne me ressemble pas. Je ne veux pas que ça me ressemble, se reprit-t-elle en appliquant les exercices de respiration que Peter l'avait entraînée à faire. Je ne pleure pas sans arrêt, je n'ai pas peur tout le temps, je ne suis pas traumatisée, j'ai fait mon deuil, moi ! »
Elle essuya rageusement ses yeux pleins de terreur, pestant intérieurement contre ses sourcils qu'elle ne parvenait pas à défroncer, contre son cœur qu'elle ne pouvait pas ralentir, contre ses yeux qui continuaient à voir ce qui n'était qu'un rêve.
« Ce n'est pas juste, protesta-t-elle. J'ai déjà passé cette phase. Je m'en suis remise, Merlin ! Ce n'est pas parce qu'Essi est morte que tout est obligé de revenir, c'est soulageant même !
Et elle tint sa tête entre ses paumes froides, comme pour lui dire d'arrêter de faire des cauchemars. Lily ne sut pas quoi répondre. Elle était d'accord avec elle. Rien, du moins rien de crédible, ne justifiait ses cauchemars à répétition. Elle était bien placée pour savoir qu'April n'en faisait plus depuis longtemps, bien placée pour savoir que la mort de sa mère ne la tracassait plus, plus vraiment, plus autant que son frère. Ce n'était pas à elle de cauchemarder. Si ce n'était pas le cas d'Aba, April n'avait aucune raison de mal rêver. Aucune.
« Ça te rassurerait, qu'on fasse apparaître nos Patronus ? proposa l'Anglaise en passant ses propres mains sur le front de son amie, pour apaiser ses rides douloureuses.
– Je ne sais pas. Peut-être. »
Alors elles se redressèrent, saisirent leurs baguettes et prononcèrent les sorts. Bientôt, une biche et un Jobarbille illuminés en sortirent, attendant que leurs maîtresses leur donnent des directives.
Elles n'en firent rien. Elles ne les avaient pas créés pour transporter de messages, ni pour se garder de quelconques Détraqueurs ; ce n'était qu'une idée, un moyen de garder la pièce illuminée pour cesser de craindre le noir, un moyen de sentir deux présences protectrices – faites pour protéger – à leurs côtés, qui puissent veiller sur leur nuit. Elles discutèrent un peu l'une avec l'autre, pas longtemps, dans l'unique but de changer les idées d'April, et retournèrent se coucher.
L'Ombre glissa sous la porte, attirée par la lumière qu'émettaient les animaux. Mais elle eut beau attendre, April, de nouveau endormie et bordée par Lily, ne marcha pas sur elle.
« April ! »
L'adolescente se tourna vers Akihito, qui sortait à peine de leur salle de potions. Quelques élèves, surpris du rapprochement qui s'opérait entre eux, et curieux de savoir ce qu'il voulait lui dire, se tournèrent vers eux. Le garçon n'y fit pas attention et tendit à sa nouvelle amie un petit écrin en pierre précieuse.
« Ma mère en a fait son fond de commerce, quand elle ne travaillait pas au Ministère. Ce sont de minuscules poupées en tissu, parmi les rares qui restent. Les moldus ont l'habitude de leur parler pour soulager leurs peines, mais les sorciers peuvent utiliser le même sort que dans les Pensines. Si tu ne veux pas rêver de quelque chose qui te tracasse, tu peux retirer le souvenir de ta tête, le placer dans l'une des poupées et le récupérer le lendemain matin. Les poupées sont censées garder tes nuits. »
La Ghanéenne saisit la boîte avec une extrême précaution, consciente de l'importance qu'il y attachait. C'était l'un des derniers objets qui restaient de sa mère.
« Pourquoi tu… ? commença-t-elle sans avoir une idée précise de la manière dont elle souhaitait finir sa phrase.
– Parce que moi aussi, je cauchemarde. Enfin, je suppose que c'est normal… Mais tu m'as dit que tu avais fait ton deuil, que les rêves comme ceux que tu fais ne t'arrivaient plus, et j'ai l'impression qu'en lançant l'araignée l'autre jour, ou en te parlant après, j'ai réactivé tout ça. Je suis désolé.
– Je ne pense pas que tu sois responsable de mes cauchemars, Akihito. Ne t'en veux pas. Mais c'est gentil, pour les poupées. J'en prendrai soin. »
Elle lui adressa un léger sourire auquel il répondit, plaçant délicatement l'écrin dans la poche de sa robe. Elle rendit alors sa paume à celle de Peter, et le Serdaigle se sépara des Gryffondor.
Lily venait d'entrer dans son dortoir quand elle s'aperçut qu'un petit livre était posé sur sa table de nuit. En fronçant un sourcil, elle s'avança et lut la couverture :
« Le petit oiseau, par J.P. pour L.E. »
Un moineau plutôt simple, digne d'un dessin d'enfant – à la différence que celui-ci battait des ailes –, était représenté en-dessous du titre. Lily inspira longuement, soupira fatalement, et l'ouvrit. Par curiosité plus que par plaisir. N'allait-il vraiment jamais la lâcher ?
« Il était une fois une fille qui était emprisonnée dans le corps d'un petit oiseau. »
Oh, Merlin. Un conte ? Vraiment ?
Sous cette phrase était dessinée, dans le même style enfantin que sur la couverture, une jeune fille aux cheveux oranges plus qu'ils n'étaient auburn. Elle faisait face à une silhouette noire, plutôt semblable à un Détraqueur, dont les mots, dans une bulle, apparaissaient les uns après les autres au fur et à mesure que Lily déplaçait ses yeux.
« Tu retrouveras ton corps d'humaine quand tu auras trouvé ta place dans ce monde. »
Alors un oiseau roux remplaça la jeune fille.
Lily tourna la page.
« Le petit oiseau, pensant cela facile, trouva refuge dans une maison. Il y resta onze ans mais, horreur ! Il ne retrouvait pas sa forme humaine ! »
Les coins de ses lèvres voulurent se dresser, mus par ses muscles attendris. Elle ne les laissa pas faire pour autant, et se concentra sur l'animal qui souriait vraiment, lui. Il se trouvait dans une maison dont le mobilier n'était constitué que d'un genre de licorne à bascule. Seul l'oisillon était doué de mouvement le reste du dessin semblait figé dans le temps, comme l'étaient les photographies moldues.
Une nouvelle page.
« On annonça au petit oiseau qu'il venait finalement d'un nid magique, qui n'était pas la maison dans laquelle il était. Alors petit oiseau fut chassé par ses résidents et s'envola, blessé. »
Cette partie comportait une double page, pour laisser le volatile progresser à l'horizontale. Elle le vit s'envoler de plus en plus haut, quittant sa maison d'origine ; elle le vit voleter au-dessus des arbres, se perdre quelquefois, éviter des rapaces qui lui voulaient du mal. L'oiseau parvint finalement devant ce qui ressemblait à Poudlard, y entra pour trouver plein d'humains dans la Grande Salle, fut complètement recouvert par le Choixpeau Magique qui cria « Gryffondor ! » et il se remit à sourire.
« Il pensa qu'il pourrait reprendre forme humaine, cette fois ; mais ce nid magique était envahi de serpents mangeurs d'oiseaux. Ils voulaient faire comprendre au petit oiseau que sa place n'était pas ici non plus. »
L'oiseau dut éviter des cobras, des vipères, des couleuvres et des boas constrictors qui lui barraient la route à chaque fois qu'il voulait se rendre quelque part. Elle tourna la page.
« Le petit oiseau fut encore chassé. »
Pas d'arrière-plan sur ce dessin. Seul l'oisillon, les ailes baissées, les yeux contrits.
« Il dut traverser des tempêtes et des orages, malgré les plumes qu'il perdait, la fatigue qu'il ressentait et l'immense tristesse qui le submergeait. »
Ce deuxième départ fut plus dur encore que le précédent. Les rapaces étaient plus nombreux, encore plus malveillants. Les éclairs des nuages gris manquaient de le percuter à plusieurs reprises, un arbre faillit lui tomber dessus. Il en perdait ses plumes par groupe de cinq.
« Mais finalement le petit oiseau vit une lueur dans une maison isolée. Il entra et trouva un homme qui lui permit de dormir tranquillement, et qui recolla ses plumes. »
Lily ne put pas voir ce à quoi ressemblait cet homme, bien qu'elle l'imaginât sans problème – l'histoire était trop peu subtile et son auteur trop prévisible pour qu'elle en doutât. James n'avait pourtant dessiné que ses mains qui pansaient les ailes de l'oiseau, lequel était avachi sur un tout petit coussin.
Elle tourna une nouvelle page.
« Et un jour, dans cette maison, le petit oiseau retrouva forme humaine. »
Lily eut le droit d'admirer la transformation inverse à celle qui avait débuté le livre.
Dubitative, perturbée, étonnée et surprise, elle attendit un peu le temps de réfléchir. Elle ne savait pas ce qu'elle pouvait penser. Ce vers quoi s'orientaient ses pensées. L'exaspération qu'elle aurait ressentie ne fût-ce qu'un an plus tôt était moins motivée, moins virulente cette fois.
Elle tourna la dernière page, qu'elle pensait entièrement blanche avant d'apercevoir quelques mots écrits dans une typographie différente.
« Avant de lui faire mal, Evans, dis-toi qu'il a passé une nuit entière là-dessus. Ça te paraît peut-être simple, mais contrairement à toi, James n'a pas pour habitude de pratiquer la « belle magie ». Sa magie est utile, c'est la première fois qu'elle n'a que la beauté pour objectif, alors penses-y avant de minimiser ses efforts.
S.B.
P.S. : James n'a pas lu ce message. Un sort l'en empêche. Je crois qu'il n'a même pas compris qu'il nous a plus ou moins tous empêchés de dormir en faisant ça. »
Lily fronça les sourcils, pas plus avancée sur ce qu'elle voulait penser de ce cadeau – mais certaine, en tout cas, qu'elle n'aimait toujours pas Sirius Black. Quelles étaient ces manières, de l'agresser ainsi ? Elle avait l'impression – elle était convaincue – qu'il lui reprochait de les avoir empêchés de dormir, et qu'il était prêt à lui sauter à la gorge s'il venait à l'esprit de Lily de mal recevoir ce conte. Se sentir prendre le rôle d'une personne méchante, en tout cas insensible, ne lui plut pas du tout. Elle n'était pas comme ça. Si ?
Alors qu'elle refermait l'ouvrage, elle se rendit compte qu'une enveloppe était glissée à l'intérieur. Elle grimaça, peu certaine d'avoir vraiment envie de la lire ; l'imagination et l'implication qu'il avait mises dans ce conte devait en annoncer le contenu, et Lily n'était pas certaine d'en être ravie.
Elle l'ouvrit pourtant. On est à Gryffondor, ou bien on ne l'est pas.
« J'ai l'impression que la voix de Remus qu'il y a dans ma tête me dit que le message du conte n'était pas très subtil, alors me revoilà. »
Là encore, Lily s'empêcha de sourire. En-dehors d'un James Potter, elle croyait lire les mots d'un garçon qui tenait tant à ses amis – dont l'un qui lui était très proche – qu'il avait intégré leurs voix dans un coin de sa tête, et cette complicité l'attendrit légèrement. Elle aussi, quelquefois, pensait entendre April quand elle n'était pas là.
« En-dehors de mes techniques de drague, Lily (je me permets de t'appeler Lily par écrit), je fais ça parce que je m'inquiète pour toi. Je ne sais pas pourquoi tu n'es pas comme d'habitude, si les mauvaises nuits que tu passes sont uniquement dues aux cauchemars d'April pour lesquels s'inquiète Peter, ou quelque chose de plus personnel. Et puis, pendant les vacances, j'ai lu un roman (ce qui ne m'arrive pas souvent, pour être honnête. Enfin, je suppose que ça ne t'étonne pas) »
Elle esquissa une légère grimace, l'air de dire « en effet, pas du tout »,
« dans lequel on suivait l'histoire d'un personnage né-moldu et je me suis rendu compte de ce que tu pouvais vivre et ressentir en tant que telle, et ça m'a perturbé. »
La jeune fille déglutit. Il avait bien cerné le problème dans le conte déjà, et se savoir comprise la mettait mal à l'aise. Elle avait l'impression d'être percée à jour, mise à nu, et n'était pas certaine d'en être soulagée.
« Je veux juste te dire que même si même si tu as l'impression que des gens du monde moldu et du monde sorcier tentent de te faire tomber « de l'autre côté du portail », même si tu as l'impression qu'aucune de ces communautés ne veut de toi et que chacune cherche à te chasser, sache que tu as ta place dans la partie sorcière, dans la partie moldue et dans le monde en tant qu'il est un tout. »
Sa respiration se bloqua quelques instants. L'oxygène commença à manquer à ses poumons, son cœur à battre un peu plus vite. Elle ne regrettait pas de lire cette lettre. Elle regrettait plutôt qu'elle ne soit pas longue ; peu importait son interlocuteur, les mots qu'elle lisait étaient justes, tombaient juste. Au bon endroit. Celui qui faisait mal ; et le pansaient, tranquilles, étalaient la pommade qu'aspirait la peine. Si elle était cernée, elle n'en souffrait pas.
« (j'ai un peu l'impression de parler de la même manière que dans les parchemins qu'on rend à McGonnagall, c'est assez perturbant) »
Lily ne s'empêcha même pas de sourire, cette fois.
« Je ne crois pas qu'il soit légitime que les sorciers et les moldus se battent en tant que deux « peuples » distincts alors qu'on vit tous sur la même planète. Preuve en est qu'il y a des Sangs-Mêlés et des Nés-Moldus. Il fallait bien qu'il y ait les premiers pour montrer que sorciers et moldus n'étaient pas voués à se battre, qu'ils pouvaient s'aimer et créer la vie ensemble, aussi ; et il fallait bien qu'il y ait les deuxièmes pour montrer qu'ils restaient tous humains et qu'il n'y avait pas lieu de se taper dessus. A toi toute seule, tu es le symbole d'une paix que certains membres des deux « côtés » redoutent, c'est pour ça qu'ils veulent te placer dans la « case adverse ». J'imagine bien que ce n'est pas facile à vivre mais incarner un symbole de paix, ce n'est pas quelque chose dont beaucoup pourraient se vanter.
J.P. »
Elle resta figée quelques instants. « mais incarner un symbole de paix, ce n'est pas quelque chose dont beaucoup pourraient se vanter. ». « mais incarner un symbole de paix, ce n'est pas quelque chose dont beaucoup pourraient se vanter. ». « mais incarner un symbole de paix, ce n'est pas quelque chose dont beaucoup pourraient se vanter. ».
Elle sentit les larmes monter à ses yeux, sans glisser cependant. Lily était émue. Quasiment soulagée. Soulagée d'avoir lu ces mots, soulagée d'avoir lu ces phrases qu'elle aurait aimé entendre plus tôt. Celles qu'elle aurait aimé qu'on lui dise ; que ses parents lui disent, que Pétunia lui dise, que Severus lui dise ; les mots qu'elle aurait aimé qu'April trouve, ou bien n'importe qui, même un professeur, même un inconnu, quelqu'un croisé dans la rue. Jamais elle n'avait vu le fait d'être née-moldue comme un élément positif, comme une qualité. On lui avait fait savoir très tôt qu'elle n'était que sorcière ; quand Severus l'avait découvert il l'avait exclusivement placée dans la case des sorciers, quand Pétunia avait commencé à lui en vouloir elle l'avait projetée dans ce monde qu'elle ne considérait pas comme le sien. Plus tard encore, Severus l'avait expulsée de cette case dans laquelle il l'avait ancrée à onze ans, les mots, l'insulte avaient fait mal parce qu'il avait vu comme un défaut, une tare, d'être de sang moldu ; et d'autres Serpentards, futurs mages noirs sans doute, n'avaient pas hésité à faire de même. Elle était sorcière chez les moldus, moldue chez les sorciers et née-moldue chez James Potter. Entière, alors, en quelque sorte. Légitime.
Elle sourit.
James et Sirius étaient prétendument en train d'aider Remus à réussir son devoir de potions. Ils y passaient en fait bien plus de temps que d'habitude, et sûrement était-ce dû aux très fréquents coups d'yeux que le premier lançait à la Carte du Maraudeur, ouverte devant eux.
A l'en croire, Lily était seule dans sa chambre. April avait rendez-vous avec Peter peu loin des serres de botanique, et la jeune fille était immobile depuis un certain temps maintenant. Tout portait à croire qu'elle était concentrée, et puisqu'il était peu probable qu'elle soit sous la douche – personne de sensé n'irait laver son corps dans les salles de bain des dortoirs tout en ayant la possibilité d'aller dans celle des Préfets –, il était fort possible qu'elle soit en train de lire. Et James angoissait d'imaginer la scène.
« Cornedrue, l'appela Sirius – James eut un sursaut. Elle ne le prendra pas mal.
– Tu crois ?
James se passa la main dans les cheveux et Sirius manqua de lui faire remarquer qu'il n'était pas Evans et que ce petit geste séducteur n'était pas nécessaire avec lui – il aurait même pu ajouter « après tout, tu m'as déjà tout à toi » en papillonnant des cils. Il se retint pourtant, convaincu que l'était d'esprit de son frère de cœur n'était pas encore entièrement propice à l'humour, et que ce geste était plus un tic nerveux qu'une tentative de drague.
– Evans est humaine, non ? Alors elle ne s'énervera pas. D'abord parce qu'elle est trop fatiguée pour le faire, ensuite parce que tu cherches à la réconforter. Même un cœur de pierre comme celui d'Evans peut être touché par cette attention. »
James hocha la tête, pas particulièrement convaincu pour autant. Il jeta encore un œil à la Carte du Maraudeur ; Lily n'avait pas bougé. Le silence autour d'eux s'installa, attristé, puis pesant.
« Elle ne le prendra pas mal parce qu'elle avait besoin d'entendre ce que tu as dit, intervint Remus d'une voix posée.
– Vraiment ?
Dans les yeux de James brillait une lueur d'espoir que Remus regretta que Lily ne voie pas. Il hocha la tête.
– Ça fait six ans qu'elle en a besoin.
Sirius hocha la tête, remerciant intérieurement Remus d'avoir trouvé l'un des meilleurs arguments possibles dans une situation comme celle de James et d'Evans.
– Elle a eu beau avoir une dent contre toi pendant trois ans, reprit Sirius, balayer six ans de doutes et de douleur a une valeur qu'elle ne peut pas nier. Si elle s'énerve, ça va au-delà de la mauvaise foi et de l'orgueil qu'elle a sur plein de sujets différents. Ce serait de la bêtise et autant de défauts puisse-t-elle avoir, je ne crois pas qu'Evans soit bête.
– Elle ne l'est pas. »
Cette phrase que James s'était empressé de dire fit sourire ses amis.
April et Peter étaient allongés sur l'herbe, tous deux penchés sur le côté, se faisant face. Un léger sourire résidait sur leurs lèvres, ce genre de sourire qu'on tente de réfréner pour ne pas paraître stupide, mais qu'on n'efface pas parce qu'on est stupidement amoureux.
« Je me sens bien, fit savoir la jeune fille d'une voix à moitié endormie.
– Vraiment ? »
Le sourire d'April s'agrandit tendrement. Peter avait toujours du mal à s'habituer à l'idée qu'il puisse faire du bien. Elle essuya ses yeux pleins de fatigue pour poursuivre :
« Je n'ai pas peur, là. Tu me rassures.
– Mais je…
Elle sut qu'il allait dire « ne fais rien » – c'était souvent l'argument qu'il opposait aux siens –, alors elle le coupa :
– … me fais du bien. Je me sens dans un cocon de douceur et c'est toi qui le crées. C'est reposant.
Il sourit timidement.
– C'est toi qui crées le mien. »
Son sourire s'agrandit et elle se décala légèrement vers lui, pour approcher leurs corps. Il passa le bras autour de ses côtes, tint son dos tandis qu'elle fermait les yeux, la respiration plus calme qu'elle ne l'était ces derniers temps.
« Dors, murmura-t-il. Je te réveillerai plus tard.
– Je t'aime. »
Et elle se laissa aller complètement au sommeil. Peter resta près d'elle, encadrant sa taille, laissant vagabonder ses yeux sur son visage tranquille et sa poitrine qui s'abaissait et se soulevait lentement. La voir plus apaisée ce soir, et surtout grâce à lui, fit s'envoler son cœur au point de torturer son ventre.
