Épisode 11 :

Justin était là, entouré d'un essaim de courtisans au regard mielleux. Il ne voyait de lui, que le halo pâle de sa blondeur diaphane et sa main, légèrement recroquevillée dans sa paume ( signe d'énervement certain ). Brian saisit par derrière cette main qu'il déplia sur le torse du jeune homme, embrassa le creux de son cou en murmurant « L'artiste est à vendre ? J'achète »

Justin se retourna brusquement, entoura de ses bras le visage de Brian et l'embrassa longuement...

« Tu es venu... Je le savais. »

« Hum... Talentueux ET présomptueux... Bravo jeune homme. » Le petit attroupement qui entourait l'artiste, restait muet.

« Je vous présente Brian Kinney » Dit-il dans un sourire.

« Le mari ! » Précisa Brian avec un regard de défi vers l'homme qu'il avait immédiatement identifié comme étant le « Fameux » Marcus Weller... Une espèce de vieux libidineux, la cinquantaine, affable, vicelard. Certes pas dangereux, mais... Énervant !

« Oh... Monsieur Kinney, c'est donc vous. » Ajouta Marcus dans un rictus qui se voulait ''Amical''.

Brian tenait toujours Justin fermement emprisonné dans ses bras, ce qui commençait à gêner celui-ci.

« Excusez-nous un instant » Il entraîna son homme dans un coin plus tranquille de la galerie.

« Heyy qu'est-ce qui te prend brusquement... Mon « Mari » ? » Interrogeait le jeune homme.

« C'est pas ce que je suis sensé être ? Tu te souviens, un mec en noir qui t'as posé la question, fallait répondre oui ou non, tout ça... Signer en bas d'une page et se goinfrer de petits fours ? Ça te dit rien, ou ça te reviens ? » Répondit Brian dans une mimique comique.

« Ça me revient. » Répondit Justin en l'embrassant de nouveau.

« Je suis trop content que tu sois là... Tu restes combien de temps ? »

« 2 jours et 3 nuits. Tu en as encore pour longtemps à te faire pincer les fesses par les vieux messieurs ? »

« Brian, c'est du relationnel, du business, si tu préfères. » Sourit Justin.

« Mmm... Va vendre ton art mon ange... Pas ton cul... » Répondit celui-ci sur un ton menaçant.

« Encore une petite heure, et on s'éclipse, promis... » Encore un baiser, puis un autre. Justin laissa Brian devant le buffet.

Absorbé par la contemplation du fameux triptyque dont il avait vu la naissance à l'atelier, Brian ne vit pas approcher l'homme…

« Vous êtes Brian Kinney ? »

« Oui. On se connaît ? » Répondit celui-ci en jetant un rapide coup d'œil sur son interlocuteur.

« Oui et non... J'étais à l'agence de Pub dans laquelle vous avez postulé il y a quelques temps. Je suis Peter Norton. »

Brian lui serra la main.

« Nous recrutons des créatifs en ce moment, passez nous voir, votre profil nous intéresse. »

« Dommage ! Trop tard j'ai monté ma boite, il y a 2 ans. Passez me voir un jour, votre profil m'intéresse aussi » Déclara Brian d'un ton moqueur.

« On ne sait jamais, gardez ma carte » Répondit l'autre.

« Il te voulait quoi celui là ? » Justin saisit la carte dans la main de Brian.

« Baiser dans les chiottes. J'ai dit que j'étais surbooké, mais que je retenais la proposition... »

« Fais le malin. Allez, on y va... »

« Allez, montre-moi les nuits New-yorkaises » Lança Brian.

« Je les connais pas. »

« Menteur ! »

« Si, je t'assure, je bosse comme un dingue ici, pas le temps de m'amuser. »

« Et bien... On va arranger ça tout de suite, Honey... » Répondit Brian.

« Brian, où sont les jumeaux ? »

« Chez ta mère. Lundi matin, Emmet les récupère. »

« Ils me manquent trop. »

« Et pas moi ? » Rétorqua Brian.

« Toi ? Tu peux pas me manquer... Tu es tout le temps avec moi... » Répondit le jeune homme.

« Ohhhhhhh, comme c'est romantique » Brian feignait le sarcasme, mais une petite lueur brillait dans ses yeux. Cette lumière qui voulait dire que oui, il contrôlait toujours la situation, qu'il était toujours le seul et unique maître de ce cœur, de ce corps. Le mariage, la paternité, les responsabilités n'y changeaient rien. Il touchait du doigt la réussite dont il était le plus fier. Il était resté Brian Kinney, le mec le plus bandant de Pittsburgh, animal sauvage et imprévisible, roi des nuits chaudes de Liberty avenue. Il n'avait pas renié ce qu'il était, ni ses principes, ni sa vie. Il y avait simplement ajouté l'état de grâce permanent dans lequel le plongeait son ange. Brian avait 34 ans, il était à couper le souffle, fort de son pouvoir de séduction, il savait qu'il n'avait qu'à claquer des doigts, pour avoir qui il voulait, quand il voulait, et cette certitude à elle seule, le comblait !

Ce club de greenwich village était bondé, le phisio fit tout de même entrer le couple, un grand brun ténébreux, un petit blond angélique, c'était bon pour l'image de la boite.

« Bonne soirée messieurs »

A l'intérieur, la moyenne d'âge devait être de 30 ans, et il y avait quelques très jeunes garçons aussi... Tout le monde était torse nu et dansait une sorte de Madisson alignés sur plusieurs files.

Brian et Justin rejoignirent la piste, au moment où la musique changeait de rythme, Chiquita, de Abba résonnait. Le torse de Justin, se colla à celui de Brian. Il lui fit passer son T shirt blanc par dessus la tête, celui-ci en fit de même.

« On va pas les retrouver en sortant, on est pas au Babylone ici, personne nous connaît » Déclara le jeune homme en riant alors que les vêtements tombaient sur le sol.

Peu importait, ils dansaient, si serrés qu'un fil n'aurait pas pu se glisser entre eux, les mains de Brian plaquées sur la chûte de reins de Justin, et les bras de celui-ci enroulés autour de son cou. Ils se regardaient dans les yeux intensément. Le couple commençait à intriguer les habitués. Qui étaient ces 2 bombasses ? D'où venaient-ils ? Y avait-il moyen ?

Brian faisait parler de lui. Comme une traînée de poudre, la nouvelle se répandait, comme quoi, il y avait un fauve énigmatique et magnétique qui était entré dans l'arène. Les rois du lieu avait jugé l'homme potentiellement dangereux, capable de leur rafler sous le nez, les meilleurs coups. Les autres, se disaient qu'ils auraient bien donné un rein pour faire partie de sa liste. Quant à Justin, il attirait les regards des amateurs de chair fraîche, fascinés par sa peau de blond, son sourire d'ange et son cul à damner tous les saints. Dieu que ce gosse bougeait bien, s'il faisait le reste aussi bien, c'était prometteur.

« Tu crois qu'ils ont un salon de lecture ici ? » Ironisa Brian.

« Non, mais un fumoir, sûrement, pour les amateurs de gros cigares » Répliqua Justin en lui prenant la main.

La back room n'était jamais l'endroit le plus difficile à trouver dans une boite gay, il suffisait de suivre...

« Brian... On a un problème »

« Lequel ? Tu bandes pas ? » Rétorqua Brian.

« Tu as des capotes ? »

« Non, pourquoi ? Tu as l'intention de te lancer dans le gang bang ? »

« Regarde le panneau »

A l'entrée de la back room, une petite pancarte était affichée « Bareback forbidden »

Et meeeeerde... Distributeur, vite...

Brian avait oublié, le genre de détail qu'il n'aurait jamais oublié 2 ans auparavant.

Appuyé le long d'une colonne de marbre gris, Justin se laissait déboutonner, encourageant son homme par des baisers profonds qui l'excitaient d'avantage. Brian s'activait à présent, sa bouche engouffrant le sexe de sunshine qui gémissait doucement, se mordant la lèvre inférieure.

Quelques mateurs esseulés admiraient le spectacle en se contentant. Un homme plus audacieux que les autres, approcha de Justin, passa sa main sur son épaule et descendit sur son téton gauche. Brian enleva sa main d'un geste sec... L'homme s'éloigna.
Brian se releva.

« Retourne-toi » Dit-il dans un murmure rauque. Puis, il déchira le petit emballage bleu sur lequel était écrit « have a good time » Les mains de Brian maintenaient celles de Justin emprisonnées entre ses doigts. Ils faisait rouler leurs 2 alliances mélangées dans un cliquetis métallique. Leur étreinte fut violente, longue et intense. Pendant que Brian s'activait sur la croupe pâle de son blond, un homme tenta une nouvelle approche, très ''Explicite''... Brian exhiba leurs 2 annulaires ornés de leurs anneaux, qu'il fit suivre d'une message encore plus clair... Un magnifique doigt d'honneur ! Libérés de tout importun, ils conclurent leurs ébats dans un râle commun, un applaudissement accompagnant leurs dernier coup de rein... Ils sourirent...

« Bien le bonjour de Pittsburgh » Lança Brian en entraînant Justin vers le vestiaire pour y récupérer leurs vestes.

Dehors, la légère brise les saisit, « Ferme, tu es en nage, tu vas attraper froid » Dit Brian en zippant le blouson blanc enfilé à même la peau de Justin.

« À la semaine prochaine. Appelle-moi pour me confirmer ton numéro de vol, je viendrai te chercher. » Brian rangeait son sac de voyage à l'arrière du taxi.

« Brian... Je t'aime... »

L'homme sourit en lui faisant un signe de la main, et le taxi s'éloigna.

« Pan cakes party, chez Debbie ! » Un SMS d'Emmet daté de 9h le prévenait qu'il ne trouverait pas les jumeaux au loft.

Un coup de fil au bureau pour traiter des urgences, et prévenir que le brain storming se tiendrait à 14 h, et Brian débarquait au Liberty Dinner.

« Hey ! Debbie, c'est déjà fini les palmiers ? »

« Trésor, je ne suis pas Paris Hilton et Karl est un modeste fonctionnaire de police... Une semaine, c'est déjà le Paradis. » Répliqua la matrone.

«Hey heyyyy, nous sommes là ! » Emmet agitait sa main. Iris et Noah, installés dans des chaises pour bébés ( rapportés d'un dépôt vente par Debbie, le matériel de puériculture n'étant pas franchement dans le style des lieux ! ), goûtaient dans un joyeuse campagne de tests comparatifs, aux joies du barbouillage de bouille : choco, sirop d'érable... Toute approche se serait conclue par un franc carnage sur la chemise immaculée de Brian.

« Emmet, tu veux les rendre obèse ou quoi ? File-moi les lingettes »

Les petits, amusés, regardaient leur père se débattre avec les petits linges, qu'il n'arrivait pas à sortir du gros pot.

« Aie, mais qu'est-ce-que c'est que cette merde ? » Hurla Brian qui avait trouvé moyen de se coincer un doigt dans l'orifice de sortie des lingettes...

« Mon Dieu, mes pauvre chéris, votre père est un cas d'école » Emmet sortit Brian de cette mauvaise passe, ne pouvant s'empêcher de faire la seule réflexion qui lui traversa l'esprit.

« Mon pauvre Brian, je croyais que pour ce qui était de te sortir les doigts d'un trou, tu étais un expert. »

« Très drôle, Emmet... Vraiment. »

Les enfants enfin présentables, Brian pu embrasser leurs petits nez tout propres.

« Dad va bientôt rentrer, et si vous êtes assez sages, il va vous rapporter une surprise »

« Dad » Répéta Iris tandis que Noah essayait d'attraper la cravate de son père...

« Noah, arrête... Papa a besoin de sa cravate... Stoooooooop »

« Tu as raison mon cœur, elle est moche la cravate de papa » S'esclaffait Emmet en regardant se débattre Brian.

Michael fit son entrée à ce moment là, embrassa sa mère, et se dirigea vers les 2 hommes occupés à empêcher les enfants de vider le présentoir de serviettes en papier.

« Bonjour les mecs »

« Tiens ! Voici notre desperate house wife ! Salut Mickey, tu es prêt pour la sortie de la semaine ? T'as découpé tes bons d'achat pour aller au supermarché ? »

« Brian, tout le monde ne peut pas avoir ta vie trépidante, et puis, tu peux toujours faire le fier, tu es père de famille aussi toi, et quoique tu dises, ça change la vie » Répliqua Michael d'un air doctoral.

« Oui, mais moi, ça m'empêche pas de baiser »

Emmet fit mine de boucher les oreilles des enfants.

« Mais qu'est-ce-que tu crois ? Nous non plus, tu n'es pas le seul à t'éclater ! » Lança Michael, vexé.

« Mmm, j'imagine. Le samedi soir, après le Larry King show, ça doit être d'un torride... »

« Tu fais chier, Brian... » Michael repartit avec son sac de Donuts commandés.

« Brian, lâche-le un peu » Se récria Emmet.

« Oh ça va, s'il prenait pas non plus ses airs de ménagère ménopausée. Ça l'arrange pas, le petit Mickey, sa vie de femme honnête, crois-moi... Emmet, ne te marie jamais ! » Répliqua Brian.

« Hé bien jeune demoiselle, on ne veut pas dormir ce soir ? Regarde ton frère, il est tout calme, tranquille. Qu'est ce que tu as ? » Brian tenait contre son torse nu, la petite fille, yeux grands ouverts, qui jouait avec le bracelet en coquillage de son père. « Pa... »

« Essaie pas de m'attendrir, c'est l'heure, mademoiselle... Ce n'est pas négociable ! »

Cependant, après 3 tentatives infructueuses pour la reposer dans son lit, la négociation avait abouti.

Iris, assise dans les bras de son père, feuilletait avec lui, le magasine « Com business », une revue pro de publicitaires.

« Me dis pas que ça te passionne, y a même pas d'images, ah, si tiens, regarde, la photo de l'horrible GW Bush. Si tu ne vas pas te coucher, il va sortir du magasine, te faire les gros yeux et envoyer tes papas en Alaska ! » La petite fille tombait de sommeil à présent, la recoucher, fut plus facile qu'il ne l'aurait cru... Sauf que, Noah debout dans la cage de son lit, tendait les bras vers Brian. « Pa ! »

Et meeeeeerde.

« Dis donc toi, tu vas pas t'y mettre ? Réveille pas ta sœur... Chuuuuut qu'est-ce qu'il y a hein ? Tu veux un bib ? »

« Dad... » Non, Daddy n'était pas encore rentré, bientôt... Oui Brian tenait Noah du bout de son doigt, le petit avançait quelques pas hésitants, concentré, sur sa marche.

« T'as pas du tout envie de dormir, toi. C'est un vrai collectif ce soir... » Soupira Brian.

« Allez, on va s'en jeter un avant de se mettre au paddock, ok ? » Brian sortait le pack de lait du frigo, préparait le biberon et se sortait un coca light.

« À la tienne fiston ! » Le petit avait attrapé son biberon, tétait en fermant les yeux, calé dans le canapé.

« On appelle Daddy ? Allez... »

« Pas encore couchés ? » La voix de Justin semblait fatiguée, elle aussi.

« Non, TON fils me prend pour un open bar, on se fait une petite bière entre mecs... » répondit Brian.

« Iris dort ? »

« Les filles, ça tient pas le coup, après 3 tequilla sunrise, elle a roulé sous la table, elle ronfle, là... Tu l'entends pas ? » Déclara Brian tout en retirant le biberon des mains de Noah qui piquait du nez à présent.

Justin riait. Il imaginait son homme, seul, avec leurs enfants, cette image l'attendrissait... Brian Papa à plein temps. Si le cruel destin ne l'avait pas amené là aujourd'hui, le jeune homme ne l'aurait jamais cru possible. Bien sûr, il avait observé Brian quand il était avec Guss, il avait deviné, sous cet aspect bourru, du mec détaché, un vrai père attentif. Mais depuis la naissance des jumeaux, l'attitude de celui-ci ne cessait de le surprendre.

« Oh, j'ai mon numéro de vol. Je serai là samedi à 10 h, tu viens me chercher ? »

« Ok... Bonne nuit mon ange à demain... »

« Bonne nuit Brian, embrasse les petits pour moi... »

Brian raccrocha, puis embrassa la joue de Noah, et le prit dans ses bras pour le coucher. Il se fit la réflexion qu'il commençait à peser la mort. Ensuite il l'allongea dans son lit puis embrassa Iris à son tour.