Pardon pardon pour le délai.

Les fins approchent, peut-être pouvez-vous commencer à deviner chaque perspective... ?

Playlist : Tracy Chapman - Baby can I hold you ; Talkin' bout a revolution

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Mardi 3 novembre, 10h21, appartement de Peggy Carter

L'odeur des croissants au four la tira du sommeil. Courbaturée, elle se redressa avec une grimace, et décida de ne plus s'endormir sur le canapé à ressorts de sa grand-mère.

Puis elle apperçut Steve, assis près d'elle, un filet de bave sur le menton, sa nuque en arrière appuyée sur le dossier, et se dit qu'elle avait actuellement moins mal que lui ne l'aurait à son réveil.

Elle se leva avec difficultés, s'étira un instant, puis se dirigea vers la cuisine.

Son premier regard fut pour le four qui ronronnait doucement, réchauffant les viennoiseries de ses résistances comme une poule couve ses oeufs.

Le deuxième fut pour le journal, ouvert tout seul à la page des faits divers, qui s'abaissa en la remarquant.

"Bucky, je retire ce que j'ai dit : je t'aime très fort.

Le journal trembla un peu du rire du fantôme qui le tenait. Puis il se posa tout à fait, tandis que l'ardoise qui traînait se mit à léviter, ainsi que le velleda associé qui traça seul une courte phrase.

Bien dormi ?

-Très bien, répondit-elle en se penchant pour observer son petit-déjeuner après un regard sur le message, malgré l'inconfort de mon canapé. Tu ne dors pas, toi ?

Ni besoin ni capacité

-Ca doit te manquer, non ?

Des mois que je n'ai pas rêvé. C'est horrible.

Elle hocha la tête en signe de compassion et alla chercher sa bûche de chèvre dans le frigo. Puis quand elle sortit son miel du placard, elle fronça les sourcils.

-Comment as-tu fait pour que personne ne te voie prendre le journal et des croissants ?

Le velleda virevolta un long moment sur l'ardoise.

A la boulangerie j'ai cassé un bocal à bonbon pour pouvoir discrètement prendre ce que je voulais puis déposer l'argent.

-Ingénieux, commenta-t-elle en ouvrant la porte du four pour y prendre une viennoiserie. Mais dans la rue, ce que tu tiens lévite au dessus du sol, non ?

Sauf quand je le mets sous mes vêtements

-Mon dieu, tu fous en l'air toutes les lois de la physique, dit-elle dans un soupir en ouvrant en deux le croissant chaud. J'ai envie de sautiller sur place et de m'arracher les cheveux en même temps, je suis épuisée par tant d'émotions, fit-elle d'un ton dramatique.

Elle tourna les yeux vers lui mais ne vit que le velleda.

-Je suis tellement frustrée de devoir utiliser un objectif pour te voir. Et on doit trouver un autre système que l'ardoise, ça doit être fastidieux.

Bucky dessina rapidement un pouce bleu qui la fit rire.

-Bucky c'est ton vrai nom ?

Un surnom donné par Steve. Le vrai c'est James.

-Je préfère James, moi, dit-elle spontanément, recouvrant les tranches de chèvre de cuillères de miel.

Elle referma le croissant, savoura l'odeur et l'instant, puis mordit la viennoiserie garnie, gémissant de plaisir.

Quel étrange petit-déjeuner, commenta l'ardoise.

-C'est excellent, et ça décomplexait Steve de me dire bonjour sans s'être lavé les dents. Tu as toujours l'odorat ? s'enquit-elle en attrapant le bloc de post-il qui traînait.

Non, ni le goût. La chaleur et le froid de plus en plus.

Elle prit en note en grimaçant de compassion, puis se tourna à nouveau vers là où elle pensait être son visage mais peut-être était-elle à coté de la plaque.

-J'aimerais vraiment essayer de te tartiner de quelque chose pour te rendre visible. Attends, Steve a dû laisser un pot de nutella quelque part."

Alors que Bucky dessinait deux ronds et un guillement sur l'ardoise pour signaler son inquiétude, elle fouilla les placards et trouva la pâte à tartiner, qui selon elle contenait plus d'huile de palme que l'huile de palme elle-même.

Un Steve ensommeillé entra dans la pièce au mauvais moment et n'avoua pas ce qu'il ressentit en voyant son presque petit ami se faire recouvrir la main de Nutella par son ex petite amie, bien que son expression du visage disait vraiment tout et fit se mordre la lèvre Peggy et éclater de rire James.

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12h34, Jardins du Luxembourg

"Bon, tu sais quoi, je t'aime bien et tu m'écoutes parler depuis trois heures, alors je vais te dire le vrai secret.

L'intérêt de Loki, qui commençait à vaciller depuis quarante-cinq minutes déjà, se raviva subitement : il se redressa pour se pencher vers le trompettiste, toujours adossé à son arbre.

-Maintenant tu n'es plus qu'un esprit sans corps. Et pour ton esprit, c'est extrêmement perturbant. Donc il fait ce qu'il peut pour se conformer à ce qu'il pouvait faire avant, en occluant toute la liberté qui lui est offerte. Ton corps ne pouvait pas traverser les murs donc tu évites à tout prix de le faire, tu essayes de toucher les objets, mais comme tu n'avais pas l'habitude de faire tous ces efforts auparavant tu n'y arrives pas... En gros tu peux maintenant te téléporter et rendre immatériel ou matériel ton corps à ta guise, sauf que ton esprit le refuse, catégoriquement.

-Comment faire, alors ? s'enquit le jeune fantôme.

-Tu dois prendre conscience de ta liberté et essayer de l'accepter. Et crois-moi, ça va te prendre du temps.

-Mon esprit est libre, réfléchit tout haut Loki en regardant l'herbe.

-Eh, ton âme soeur, tu lui as pas dit que tu mangeais avec elle ? Il est plus de midi et demi.

Loki fronça les sourcils à la mention du mot "âme soeur" puis eut une attaque cardiaque à l'annonce de l'heure qu'il était.

-Tibia et péroné ! A la prochaine le vieux, merci pour la parlotte !

Laissant Boris Vian grommeller quelque chose comme "39 ans" et "secrets ectoplasmiques", il se mit à courir.

Il n'était pas quelqu'un de très sportif, pas comme son frère Thor, aussi s'attendait-il à pouvoir courir à peine une minute à cette vitesse, mais à sa surprise, cela faisait sans doute cinq fois ça et il allait toujours aussi vite. Ni ses jambes, ni ses côtes, ni ses poumons ne lui faisaient mal.

Cela lui rappela sa condition de fantôme, mais il ressentit aussi une extraordinaire liberté, à pouvoir ainsi courir à plein régime dans la ville sans jamais s'arrêter, sans même être un peu essouflé.

C'était cela. Il ne pouvait plus se défouler jusqu'à la chute, mais il était libre comme aucun vivant ne l'était. D'autant que personne ne pouvait le voir.

Il faillit en oublier sa destination, voulant déjà courir jusqu'à la Seine et sauter sur un bateau mouche depuis un pont. Un jour, pourrait-il même voler ? C'était extaordinaire, toutes les possibilités qui s'offraient à lui.

Il arriva en bas de la tour montparnasse huit minutes plus tard. Tony l'attendait tranquillement, un léger sourire aux lèvres.

"Pardon, s'excusa-t-il en regrettant de ne pas avoir l'air essouflé, j'ai rencontré un autre fantôme et on a beaucoup parlé.

-Je le connais ? fit Tony avec curiosité.

-Boris Vian, sourit le revenant.

-Ah, bien. Monsieur rencontre de prestigieux trépassés.

-Moque-toi, il m'a raconté des choses incroyables, fit-il en regardant autour de lui. Qu'à priori je ne devrais pas répéter. Tu as déjà été au Montkebab ?

-Un nom aussi pourri, je m'en souviendrais, répliqua le salarié en haussant un sourcil sceptique.

-Ne jamais se fier aux apparences. Amène-toi."

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12h46, Montkebab

"...De ce que j'ai compris, cette organisation contrôle tous les fantômes de la terre.

-Et elle va pouvoir te détecter bientôt, c'est ça ? s'inquiéta Tony en piquant la petite fourchette jaune dans les lambeaux de viande non identifiée.

-Apparemment, fit Loki coudes sur la table et mains sur la nuque. Et là, soit ils m'exorcisent direct, soit ils me recrutent, puisque ça m'étonnerait que ma copie de bac de français soit considérérée comme patrimoine mondial de l'humanité.

Ils s'étaient mis au fond du restaurant, Tony tournant le dos à la porte et aux autres clients. La télévision couvrait le bruit de sa voix, mais il avait mis son écouteur silencieux au cas où.

-Attends, et répète cette histoire d'âmes soeurs ?

-J'ai pas tout compris, grommela Loki, au début je pensais que c'était le romantisme du vieux, mais c'est peut-être plus que ça.

-Tu devrais demander à Mitterrand quand tu le croiseras, blagua Tony pour dédramatiser.

-Il m'a... Il m'a dit que c'était toi, la mienne, mais c'est ridicule, on ne se connaissait pas avant ma mort.

-Peut-être, fit le salarié après un instant de réflexion, mais ça expliquerait que je te vois toi et pas les autres.

Loki resta la bouche un peu ouverte, effaré par l'existence de quelque chose d'aussi guimauve. Bon, il adorait Tony parce qu'il lui avait empêché de perdre la boule et qu'il trouvait souvent les mots pour l'apaiser (il avait également des fossettes adorables mais c'était hors sujet). Pour autant, que ce concept ridicule s'applique à eux était presque offusquant.

-Attends attends, tu n'as pas dit, fit Tony en levant ses mains de son plateau pour les agiter en parlant, témoins de sa nervosité, que le Shield ne recrutait que ces âmes-là ?

-C'est ce que Boris m'a dit.

-Oh. Alors il faut qu'on s'assure que je sois là quand le big boss débarque pour qu'on puisse négocier avec lui.

-Ou alors tu les laisses m'emmener et tu arrêtes de passer ta vie aux cotés d'un mort, asséna Loki dans un sursaut d'abnégation.

La lueur brisée qui s'alluma dans les yeux de l'autre lui fit mal aussi.

-Mais je- on passe du bon temps tous les deux, non ? Tu sais tu es la chose la plus fun qui me sois arrivée depuis-

-Justement, je ne suis pas une "chose fun", s'énerva Loki. Je suis un putain de fantôme. Tu n'as rien à faire avec moi. Surtout si je suis juste là pour le divertissement.

-Je n'ai pas dit ça, balbutia Tony. Je suis seul, j'ai un travail abrutissant...

-Donc je te distrais, hein ? Casper l'ex-étudiant dépressif qui met du surnaturel dans ta vie ?

Loki se leva et se pencha sur lui, le toisant avec des yeux furieux.

-Ca t'éclate, d'être le seul à me voir ? C'est mieux que ta petite vie de merde, pas vrai, vivre une histoire de fantômes ?

-Mais arrête, je n'ai pas dit ça ! protesta Tony sans se laisser atteindre. J'aime juste être avec toi, et ça n'a rien à voir avec ta condition !

-Ce n'est pas une condition comme une jambe cassée ou un manque d'argent, s'offusqua Loki, je suis mort Tony ! Ca n'ira jamais mieux, jusqu'à ce que tu sois aussi crevé que moi ! Ca ne va jamais s'arranger, tu m'entends ?

L'expression triste et impuissante de Tony ne l'apaisa pas, bien au contraire. Loki voyait du coin de l'oeil les clients se retourner à intervalle régulier sur son compagnon, qui regardait dans la direction du panini saumon sur l'affichage en hauteur avec des yeux bouleversés. Alors qu'il s'apprêtait à dire quelque chose, Loki le stoppa :

-Et ne me sors pas des trucs vides style "ça ne fait rien, on est ensemble" parce que c'est faux, Tony. Je ne peux plus rien toucher, personne ne me voit à part toi. Je n'existe plus, et peut-être même que c'est toi qui m'hallucine.

Il aurait dû pleurer depuis longtemps, mais rien ne venait. Il avait ce noeud dans la gorge et l'estomac, mais aucune larme ne coulait sur ses joues.

-Loki, calme-toi, tenta de l'apaiser Tony. Tu te laisses dépasser par la douleur, comme Boris t'a dit. Si tu continues, ils vont te repérer plus tôt que prévu.

Tony n'avait rien à faire avec lui. Loki pouvait presque voir le sang pulser dans son cou, en se rapprochant il entendrait son coeur battre contre ses côtes, alors qu'entre les siennes régnait le silence. Suffoqué de désespoir, il leva ses mains plus pâles qu'elles ne l'étaient de son vivant, puis contempla son âme jumelle.

-Adieu, Tony, murmura-t-il alors qu'une larme s'était finalement frayé un chemin jusqu'à ses yeux.

Il se mit à courir alors que le trentenaire se levait précipitamment.

-Loki, non ! s'écria-t-il en lui courant après dans le restaurant. Attends !

-Eh là !

-Monsieur, l'addition !

Sourd aux vivants, il se lança à la poursuite de la silhouette noire à travers la place piétonne.

-Loki ! Stop ! Je suis un tas de merde sans toi ! Pardon madame, s'excusa-t-il après avoir bousculé une femme d'affaire. Attends ! cria-t-il en accélérant.

Le fantôme allait trop vite. Il allait le perdre, et s'il avait décidé de se cacher dans Paris en attendant les gens du Shield, il serait impossible de le retrouver.

-LOKI TU ME MAINTIENS EN VIE !"

Le fantôme lui jeta un regard sans s'arrêter de courir, le distançant de plus en plus. A bout de souffle, Tony dut s'arrêter, tomba à genoux, et le regarda disparaître dans la foule.

Merde, il aurait vraiment dû aller au cours de pilates.

Il fixa la foule, impuissant et perdu, puis retourna haletant vers le kebab, alors que le patron courrait vers lui. Autant payer son repas, et ne pas se mettre la police à dos pour pouvoir librement chercher Loki. Même s'il pensait savoir où le trouver une fois que sa colère se serait apaisée, et qu'il lui serait une chance de le retrouver.

S'il ne le retrouvait pas... Qu'allait-il faire ?

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14h01, palais de l'Elysée, cabinet présidentiel

François Hollande regardait le JT de 13h en soupirant.

Sa côte de popularité était en chute libre, les étudiants foutaient le bordel dans la rue, et il essuyait des critiques des nationalistes, des écolos, et des racistes et socialistes. Pour ne rien aranger, ses prédecesseurs décédés, comme tous les jours, lui reprochaient ses actions via des pc portable sur six demi-colonnes en arc de cercle. Les déclarations des présidents étaint tapés par ceux-ci et retransmises avec une reproduction de leurs voix, de jour comme de nuit. Les vingt-et-un se passaient les claviers par tranche de six heures, mais il y avait toujours un doyen pour se tromper de jour et protester avec véhémence, gâchant toute la séance.

On ne l'avait informé de ce "détail" qu'à son investiture, et sans doute qu'en connaissance de cause il ne se serait même pas présenté. Surtout que leurs propos n'étaient pas toujours pertinents.

"Quel âge ça lui fait, Jean-Pierre Pernaut ? s'enquit tout à coup Pompidou.

-Pas tant que ça je pense. En tout cas il a mal vieilli, commenta Mitterrand.

-C'est Giscard d'Estaing qui a toujours une belle gueule. Etre encore vivant ne lui a pas suffi.

-Il a bientôt 90 lui, non ? demanda De Gaulle.

-Et oui ! répliqua Mitterrand avec un ton amer.

-Messieurs, intervint soudain Hollande, pouvons-nous reprendre la discussion sur l'inversion de la courbe du chômage ?

-Rétablissons la monarchie, se réveilla soudain Thiers, et mettons ces petits feignants à travailler aux champs !

-Adolphe, voyons, le réprimanda Félix Faure.

-Nous devrions encourager la formation puisque les chômeurs sont plutôt non diplômés, et réduire le temps de travail pour proposer plus d'emploi, présenta Napoléon.

-Cela me semble juste, mais où allons-nous trouver l'argent pour réduire le temps de travail ? s'enquit l'actuel président. Nos mesures économiques sont de plus en plus inégalitaires, et non seulement les Français nous détestent mais la dette ne résorbe pas.

-Il s'agit plutôt d'attirer les entreprises étrangères. Et ce qui les rebute, c'est l'impossibilité de licencier tant que leur situation mondiale est stable. Donc facilitons le licenciement et l'argent rentrera, proposa naturellement Mitterrand

-Vous n'étiez pas de gauche, vous ? Tout comme est censé l'être ce gouvernement ? ironisa Pompidou.

-Il faut s'adapter. Et nos politiques sont meilleures que celles de Marine ou son père. J'espère qu'ils vont vivre vieux ceux-là, je ne suis pas pressé de les avoir dans le secteur.

-Monsieur le président, lança Manuel Valls en entrouvrant la porte du bureau, on recquiert une déclaration sur le crash en Egypte. Et le directeur Fury souhaite un entretien privé.

-Encore ce nègre de pirate qui veut nous garder en laisse ! s'exclama encore Thiers.

-Aldolphe ! Racisme notoire ! On est plus au 18ème sicèle grands dieux !

-J'arrive, soupira de soulagement le président."

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17h14, quais de Seine

Tony avait compris que Loki avait besoin de solitude, alors il retourna travailler. Sa productivité fut peut-être encore plus désastreuse que lorsqu'il était sous l'emprise de la drogue, mais il fit acte de présence, d'autant que Pepper était encore perturbée par son entretien de la matinée et très susceptible, alors elle ne le défendrait pas auprès du boss s'il s'éclipsait sans raison.

Il boucla tous ses rapports pour sortir plus tôt et partir à la recherche de son fantôme. Sa première hypothèse était le quai de Seine au niveau de la place saint-germain, là où ils étaient allés lors de leur rencontre, puis le pont Mirabeau, l'arc de triomphe, et enfin le quai de la Motte-Picquet Grenelle, mais s'il espérait ne pas le trouver là.

Il n'eut pas besoin de chercher si loin. Il se pencha par dessus le quai des Grands Augustins, et aperçut des cheveux noirs sur le bord de l'eau verte.

Il dévala les escaliers, et se retrouva au niveau du fleuve. Loki, beaucoup plus calme, fixait la rive d'en face et les mouettes criardes.

-Merci de ne pas t'être caché, dit doucement Tony en s'asseyant près de lui.

-Je m'excuse pour ce que j'ai dit. Tu n'as pas une petite vie de merde.

-Avant que je te rencontre : bien sûr que si.

Le silence qui s'installa était doux et agréable comme la dernière belle soirée avant l'hiver.

-J'ai dit des choses horribles, continua Loki en regardant ses genoux, mais c'est tellement douloureux comme situation, tu ne peux pas savoir... murmura-t-il en levant la tête vers les nuages se teintaient en couleurs pastel.

-Plus douloureux... Qu'avant ta chute ?

-Oh que oui, chuchota-t-il. Comme si on me faisait miroiter constamment ce que je n'aurai plus jamais.

Ils regardèrent un instant les mouettes tiraniser les canards, leur piquant les mégots que balançaient les punks d'en face.

-Tu me maintiens en vie, tu sais.

-Je sais. Tu l'as crié dans la foule, tout à l'heure.

-Tu le sais mais tu ne le comprends pas. Peut-être que les "âmes jumelles" ça sert à ça.

-J'ai juste pas eu la chance de te rencontrer avant de sauter, quoi, murmura Loki en croisant ses jambes en tailleur.

-Tu sais, finalement plusieurs solutions s'offrent à nous.

Loki releva la tête, et Tony contempla les sourcils froncés sans expliciter tout de suite.

-Si je te maintiens en vie comme tu le dis, commença à le contredire Loki, y'a pas plus no future que nous, tu le sais ça ? Même les types en face ils ont plus d'avenir que nous.

-Soit on se fait recruter par ton organisation, là, et on revêt l'uniforme GhostBuster... soit je te rejoins.

-Je T'INTERDIS de faire ça, protesta Loki en se levant soudainement. Pourquoi crois-tu que je t'étale ma souffrance sous le nez ? Pour faire ma drama-queen ? Non, c'est pour pas que tu fasses la même erreur que moi !

-Au final ça ne changerait rien pour moi ! Le seul truc qui m'intéresse, c'est être avec toi ! protesta Tony.

-Pourquoi ? murmura aussitôt Loki.

-... On est des âmes soeurs, non ?

-Ne te réfugie pas derrière une appellation cucul et infondée.

-Je tombe amoureux de toi, voilà, répliqua Tony en détournant les yeux. C'était le truc à pas faire numéro un, mais c'est comme ça. Avant toi je n'avais rien, je m'en foutais de vivre ou de mourir. Mais maintenant, je veux rester. Pour aller au cinéma, déconner dans la foule, découvrir tous les points de vue de Paris, regarder couler la Seine. Reste, demanda-t-il en osant enfin tourner la tête à nouveau. Reste, on est bien.

Le regard vert torturé mais vivant qu'on lui renvoya lui arracha un sourire.

-On est pas bien, ensemble ?

-... Si, avoua Loki en se rasseyant, je suis bien, avec toi. Ce serait dix mille fois mieux si on pouvait baiser, mais bon, on peut pas tout avoir.

Tony éclata de rire et lui lança d'un ton offusqué :

-Ca peut aller au cinéma et à l'opéra gratos, mais ça râle encore !

-A quoi ça sert d'aller mater Ghostbuster si on peut sortir aller taper la discute à Claude François ? répliqua Loki, des fossettes au coin des lèvres. La nécrophilie ce serait mieux."

Après avoir approuvé et jeté un regard malicieux, Tony savoura le dernier rayon de soleil avant que celui-ci ne disparaisse derrière les toits.

La nuit fut paisible.

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Mercredi 4 novembre, 07h59, ascenseur B de la tour Montparnasse.

Natasha prenait quelques courtes inspirations. Tout allait bien se passer. Elle n'avait pas vu Clint depuis son départ la veille au soir pour son travail, et ne le verrait pas avant le soir-même, mais ça allait bien se passer. Oui. Elle n'avait qu'à se former, répondre au téléphone, remplir des papiers, éviter Virginia, ne pas regarder le fessier que lui faisait son tailleur. Tout irait bien.

Parfaitement bien.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Elle marcha, droite, en se répétant qu'il était ridicule de voir des gens morts depuis toute petite et d'avoir peur à 24 ans d'un premier jour de travail. Ri-di-cule.

Elle arriva dans le bureau de Darcy, la salua, prit place en face d'elle, connaissance des fiches salariales et d'en quoi consistait son travail, puis rapidement le rythme et la nervosité retomba. Elle retrouva son assurance habituelle, jusqu'au moment où Virginia entra à l'improviste. Du regard rapide qu'elles échangèrent avant que son ex ne se reporte sur Darcy, Natasha retint que son maquillage était beaucoup plus soigné qu'hier. Elle avait également mis son étole préférée, une pashmina verte que Natasha adorait et avait failli lui voler en désertant l'appartement. En souvenir.

Tout cela était bien loin, et si proche à la fois.

Elle maudit son coeur qui battait un peu plus vite. Serait-elle un jour fidèle, un jour stable ? Si ça ne marchait pas avec Clint, le doux, anxieux, courageux Clint, alors ça ne marcherait avec personne, et elle serait toujours la fille bizarre errant de lit en lit. Le pire, c'est qu'elle désirait ardemment un point d'ancrage, mais n'aurait jamais le courage d'en avoir un.

Pour autant ça pouvait marcher avec Clint. Elle avait juste à ne pas regarder son ex. Et économiser assez pour deux billets d'avions vers la Nouvelle Zélande. Et sinon, le convaincre de quitter Paris pour l'Alsace ou le Centre. Partir, en tout cas.

Loin de ces yeux bleus.

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4 novembre, 9h26, bureau du Dr Banner

Bruce s'autorisa deux minutes de repos après sa consultation. Il avait encore reçu quelqu'un qui voyait des fantômes. 'Fin, "encore", il ne devait avoir entendu que trois récits du même genre dans sa carrière, mais tout ceci restait étrange.

Il ouvrit son carnet de notes et nota rapidement ce qu'il avait entendu.

La première fois qu'il en avait entendu parler, c'était à une soirée avec Natasha. Il devait y avoir Steve avec eux, et donc Bucky, même Thor peut-être : bref tout leur petit groupe. Alors que tout le monde s'éclatait, lui et elle étaient restés tous les deux à se passer un joint. Natasha en était alors au moins à son quatrième, et elle avait commencé à lui avouer son don, qu'elle appelait plutôt une malédiction.

L'esprit ouvert grâce à la marijuana, Bruce l'avait écoutée et lui avait posé beaucoup de questions. Le lendemain matin il avait été chamboulé par ce qu'elle avait dit, mais ils n'en avaient pas reparlé, le jeune Bruce mettant la conversation surnaturelle sur le compte de la drogue.

Mais à présent... Il en entendait tellement parler dans son cabinet...

Etait-ce possible ?

Il faudrait qu'il recontacte Natasha... Peut-être Steve avait-il toujours son numéro ?

Il jeta un oeil à son agenda. La prochaine personne arrivait dans cinq minutes et il pourrait la faire patienter un peu plus longtemps.

Bien, autant l'appeler.

Il sélectionna la contact et appuya sur le téléphone vert.

Il attendit un instant et Steve décrocha au troisième bip.

-Allô Bruce ? Désolé vieux, je t'ai pas rappelé, ça a été un peu agité ces derniers temps.

Mais sa voix était chaleureuse, donc ça devait aller quand même.

-Oh non ne t'en fais pas, le rassura le psychologue, c'est pour autre chose. Est-ce que tu es toujours en contact avec Natasha ?

-Oui, assura Steve, on est restés proches, je l'ai vue... vendredi.

-Ah, très bien. Et Bucky ?

-C'est compliqué, avoua Steve, mais oui, toujours proches.

Il y eut un rire sarcastique féminin dans le téléphone et Bruce piqua un léger fard.

-Je te dérange, non, tu veux que je raccroche ?

-Non non, tu ne me déranges pas, je t'assure. Donc oui, Natasha ?

-Oui, tu aurais son numéro ? Je voudrais lui parler de quelque chose.

-Ah, de quoi ? lui répondit Steve d'un ton distrait.

-Non rien, un patient, et je me suis rappelé d'une vieille conversation... Bref, c'est pas très important, c'est pour renouer les liens.

Il n'allait tout de même pas dire à Steve qu'il commençait à croire aux fantômes, il le prendrait pour un fou.

-Très bien, je te l'envoie par sms. Ca va toi sinon ?

-Oui oui, ça va.

Steve hésita mais ne dit rien. Il aurait eu des questions à lui poser, sur son étange colocation et sur leur deuil, mais il ne se voyait pas dire au téléphone est-ce que c'est sain, un ménage à trois avec mon meilleur ami mort ?

Comme Bruce, il décida qu'il fallait mieux ne rien dire.

-Bon, je vais te laisser alors.

-Oui, d'accord, répondit Bruce.

Il y eut un moment de gêne et ils raccrochèrent.

-Bruce, alors ? s'enquit James, installé sur le lit entre lui et Peggy, qui faisait une synthèse de ses notes des derniers jours. C'est trop mignon, il a l'air toujours aussi timide.

Tout en parlant il écrivait ce qu'il disait sur la tablette de Peggy, comme il en avait pris l'habitude pour ne pas qu'elle soit évincé de la conversation. Sur l'autre moitié de l'écran il gardait la webcam allumée pour qu'elle voit son expression sans devoir constamment lever son téléphone.

-Un ami de fac ? demanda-t-elle, ses lunettes sur le nez et des post-it partout.

-Oui, confirma Steve, il était en psycho, comme moi.

-Tu étais en quoi toi James ? questionna-t-elle.

Amusé, Bucky tapa "Staps. Je voulais faire prof de sport. Puis je me suis engagé dans l'armée et ils m'ont réorineté."

-Je te dis, je te croyais dans le mannequinat moi, lança-t-elle. Lingerie, précisa-t-elle avec sérieux.

Bucky répondit par un rire presque flatté.

Minute, se dit Steve. Cette brûlure dans son estomac, c'était de la jalousie ?

-Bon, vous avez l'air très occupé à vous draguer, alors je vais refaire du café, lança-t-il en se levant, pensant presque ce qu'il disait.

-Steve ! protesta Peggy en riant.

-Tu adorerais ça, pervers, s'amusa Bucky sans l'écrire sur l'éran et sans réponse de Steve

-Si susceptible, marmonna la chercheuse dans un sourire en restant concentrée sur ses recherches.

"Ca te va très bien, tes lunettes" tapa Bucky.

-Merci, dit-elle d'un ton distrait après avoir tourné la tête aux tapottements.

S'ennuyant, Bucky commença à la poker de l'index, retirant la tablette de ses genoux.

-James, l'avertit-elle. James, arrête ça. James ! protesta-t-elle quand il lui vola ses lunettes.

Mais voir ses lunettes flotter en l'air devant elle la fit rire une nouvelle fois. Au moins ça lui permettait de voir où était son visage.

-Rends-les moi, protesta-t-elle en posant ses mains sur son visage, je dois finir ce truc.

Elle restait fascinée par cette invisibilité. De pouvoir sentir sous ses mains quelque chose qu'elle ne voyait pas.

Bucky, quant à lui, était frustré de ne pouvoir rien dire ni par les yeux ni par les mots sans interface. L'intelligence et la curiosité de la jeune femme le fascinait. Il en arrivait à la conclusion que la relation de Steve et elle était idyllique et que c'était mieux ainsi, et de manière plus joyeuse, qu'il était heureux de l'avoir rencontrée et qu'ils se soient réonciliés.

-Expérience n°42, commença-t-elle les yeux pétillants, si les fonctions organiques ne sont plus remplies, y'a-t-il pour autant une production de salive ? Si non quel est le degré d'humidité de la cavité bucale ?

Au lieu de répliquer que c'était la demande de baiser la plus dégueu qu'il ait entendue, il releva les lunettes sur le haut de sa tête et se rapprocha. Ses lèvres étaient plus douces mais aussi fines que celles de Steve, mais embrasser quelqu'un restait tout aussi agréable que de son vivant.

L'esprit scientifique de Peggy eut tout juste le temps de constater que la température était basse et le degré d'humidité faible avant qu'une certaine expertise maîtrise de l'activité de la part de Bucky ne fasse court-circuiter son cerveau.

Elle n'entendit même pas Steve revenir et les trouver en pleine expérience scientifique.

Trop gêné pour tousser, il attendit que Bucky ne daigne s'éloigner, l'air légèrement inquiet de l'avoir blessé.

-A la question : suis-je mort de jalousie ou est-ce mon plus beau fantasme qui se réalise, je crois que c'est plus la deuxème option.

Peggy cligna des yeux et finit par rire.

-Mon dieu, je ne sais pas dans quoi on s'embarque. Mais vraiment pas. Ca va être un désastre émotionnel mais tant pis. Tout le monde a une heure devant soi ? La nécrophilie est illégale mais c'est pour la science."

Steve déglutit quand Bucky fit lentement glisser un regard suggestif sur eux deux. Ce dernier pensa qu'il y avait pire comme façon d'occuper ses dernièrs heures, et qu'il allait pouvoir le faire comme si c'était, pour le coup, vraiment la dernière fois.

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10h37, tour Montparnasse, bureau des ressources humaines de la BYB

"Il y a quoi, entre toi et la boss, s'enquit soudainement Darcy.

C'était plus fort qu'elle. Elle devait absolument connaître tous les potins de la Tour, à défaut de ceux de Paris.

-Rien, répondit nerveusement la nouvelle recrue.

Qu'est-ce que Darcy était jalouse de ses cheveux bouclés. Elle essaya de les imaginer lissés, mais non, vraiment, ce serait une erreur impardonnable. Ils étaient très beaux comme ça. Son nez, aussi, était joli.

-Peu de gens dans cette Tour savent qu'elle s'appelle Virginia, et personne n'ose l'appeler comme ça. Alors soit tu as la science infuse et un culot monstrueux, soit il y a quelque chose entre vous.

-Avait, laissa échapper Natasha, et le regretta aussitôt.

-Je le savais ! Vous étiez quoi, amantes secrètes ? partenaires du crime ? dans le même couvent de bombes sexuelles ? Dis-moi un truc comme quoi elle était chef d'entreprise et que tu t'es infiltrée auprès d'elle pour la séduire et lui arracher ses secrets professionels.

-Juste un couple, tempéra Natasha, rien de tout ça.

Elle n'avait jamais vu personne capable de se faire des films aussi délirants aussi rapidement que sa nouvelle collègue de travail.

-Comment ça "juste" un couple ? Mais c'est le plus gros scoop que je pouvais obtenir ! Rassure-toi, la tombe. La tombe.

Natasha sut qu'elle venait de se faire avoir en beauté.

Son nouveau téléphone sonna soudain, affichant correspondant inconnu. Elle fronça les sourcils, car seuls Steve et Clint avaient son numéro.

-Prends ta pause chérie, ce potin vaut tous les coups de fil au monde, fit Darcy, un sourire de requin rassasié sur le visage.

Elle décrocha.

-Qui est-ce ?

-Salut Nat', c'est Bruce, Bruce Banner.

-Wow, ça fait un bail, dit-elle d'un ton surpris. Comment as-tu eu ce numéro ?

-Steve me l'a donné, j'espère que ça ne te dérange pas.

-Non, bien sûr que non, je me demandais juste. Comment vas-tu ?

-Bien. Comment se passent les choses pour toi ?

-On fait aller, fit-elle.

Entre Virginia qui rouvrait de vieilles blessures sentimentales, le fait qu'elle se sente mal pour Clint, Darcy qui comptait lui arracher tous ses secrets, l'anxiété remontait.

-Ecoute, je te contacte pour un vieux truc. Je te dérange pas trop ?

-Je dois avoir dix minutes devant moi, dit-elle en se levant, car quoi que c'était ce n'était pas pour les oreilles à rallonge de Darcy Lewis.

-Voilà, je suis maintenant établi psy à mon compte depuis peu...

-Félicitations, fit-elle en prenant les petits couloirs pour rejoindre le balcon.

-Oh j'ai encore pas mal de crédits à rembourser... Mais voilà, ça fait à présent trois patients qui me disent voir les fantômes, et je me suis rappelé de ce que tu m'avais dit à cette soirée chez toi, il y a longtemps.

Elle se figea. Elle n'aimait pas en parler, mais elle sentait le poids sur ses épaules s'alléger à chaque fois que quelqu'un de plus y croyait.

-Tu les vois toujours ? s'enquit-il avec pudeur.

-Oui, répondit-elle du bout des lèvres.

-Et serait-il possible qu'un tel secret soit ignoré de tous ?

-Je ne peux pas trop t'en parler au téléphone, mais donne-moi l'adresse de ton cabinet, j'y passerai ce soir. Je te dirai ce que je sais.

-Je te l'envoie par sms. Merci d'avoir répondu, je ne te dérange pas plus longtemps. A tout à l'heure."

Il raccrocha. Il avait compris les choses en jeu, et que tout ceci était sans doute une merde mondialisée.

Natasha resta un moment accoudée sur la barrière de protection, à contempler Paris s'agitant sous un ciel gris. À l'horizon, les nuages s'assombrissaient.

Tout à coup, elle sut que Clint avait vu juste.

Quelque chose se rapprochait.

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STOP TU ME MAINTIENS EN VIE en vrai c'est surtout que j'ai écrit ça tard sous la pression de "je n'ai pas posté depuis quarante jours" donc je stresse beaucoup, notamment pour le coup du cabinet présidentiel, bref, tu as compris : laisse-moi une review pour me rassurer. N'aie pas peur. Je suis quelqu'un de très gentil. Je me suis pris du gaz lacrimo dans les yeux lors de la manif, sois choupinou.