Bonjour à toutes,

Encore une fois, vous avez été géniales avec tous vos messages. Merci beaucoup ! Je vous ai toutes remerciées personnellement, sauf nini54 (Je suis ravie de voir que Mike t'a surprise au moins un peu. Quant à Edward, je te laisse constater sa réaction qui j'espère te plaira. J'ai tout fait pour ne pas vous laisser trop attendre^^. Merci pour ton message).

Un chapitre un peu plus long que les autres. J'ai essayé de publier dimanche, mais le site beuguait, alors je le mets aujourd'hui.

Les personnages ne m'appartiennent pas. Merci à mes mamans virtuelles pour leur aide et leur présence.


Chapitre 10

Pov Bella

Est-ce que c'était ça la mort ? Un gros mal de tête et des cris ? Puis un énorme mal de crâne et le silence ? Je tentai de bouger, mais il ne se passa rien. Mon esprit était-il déconnecté de mon corps ?

Soudain, j'eus l'impression que ma tête fut plongée dans de la glace. Je fus tellement mal à l'aise que je suffoquai, cherchant à aspirer de l'oxygène.

-C'est fini Bella, c'est fini. Calme-toi s'il te plaît.

Ces mots, prononcés doucement, m'apaisèrent légèrement, mais si je réussis à mieux respirer, je n'arrivai toujours pas à reprendre conscience.

-Ne t'agite pas. Le boutonneux est parti, et ses amis aussi. Ils ne reviendront pas t'embêter, promis. Je suis là, je veille sur toi.

Une couche de chaleur enveloppa mon corps, me procurant une sensation de bien-être, comme si j'étais dans un cocon bien chaud. Je me laissai bercer par le bruit de la pluie cognant contre les baies vitrées, rassurée par la présence de mon fantôme.

Pov Edward

Elle dormait. J'avais mis un moment à la calmer.

Je m'étais enfoncé dans les forêts du Mont Olympic, pour me sortir l'odeur entêtante de Bella de l'esprit. Si au départ, je maudissais Bella pour la souffrance qu'elle me faisait endurer, désormais je restais près d'elle, autant que faire se pouvait, en encaissant la douleur. Celle-ci avait beau être plus forte comparée à celle engendrée par d'autres vivants, cela me dérangeait moins. Peut-être parce que c'était Bella, et que derrière une attitude casse-pieds, elle avait une âme noble, une gentillesse sans limite.

J'étais parti la veille, en fin de soirée, et je ne prévoyais pas de m'absenter longtemps. Mais comme cela m'arrivait de temps à autre, j'avais eu un trou de mémoire, et lorsque je repris mes esprits, le soleil commençait à décliner. J'avais perdu la journée, et étrangement j'étais en colère contre moi parce que j'avais laissé Bella seule presque 24 heures. Merde, je n'étais pas son père ! Elle n'allait pas tomber en morceaux si je n'étais pas là ! Qu'est-ce qui m'arrivait ? Il fallait vraiment que je me reprenne… Pourtant, c'est en souriant que je revins vers la villa, prêt à embêter mon humaine préférée.

Je n'étais qu'à deux kilomètres quand je compris que quelque chose n'allait pas. Il faisait nuit noir, et normalement Bella était censée dormir, seule. Or, plus d'un battement de cœur se faisaient entendre, dont un que je reconnaissais : celui de Mike Newton le boutonneux amoureux. Que faisaient ces intrus dans ma maison ? Sans me poser plus de questions, je fonçai. J'entendis Bella supplier pour qu'on la détache, et l'autre idiot donner une réponse minable. Il était sûr d'être le cerveau, et il ne savait pas prendre une décision ? Mais achevez-le !

J'accélérai mon allure, et je ne remercierai jamais assez le voyou qui m'a assassiné. S'il ne m'avait pas tué, si je n'étais pas revenu sous la forme d'un revenant, je ne serai jamais arrivé à temps pour sauver Bella. J'arrivai juste au moment où les malfrats firent tomber l'armoire d'une chambre inoccupée. La jeune fille poussa un cri, tandis que ce froussard de Mike sursautait. Le coup partit tout seul, mais avant que la balle ne puisse toucher Bella, je me jetai entre les deux. Dans mon élan, je poussai Bella qui tomba à la renverse, avant de me jeter sur Newton.

Celui-ci s'était lamentablement pissé dessus, et il ne dut pas comprendre comment il se retrouva projeté à travers le salon, pour se retrouver dans la cuisine, le nez éclaté contre un placard bas. Sans m'attarder, je me précipitai au premier étage, et m'occupai des quatre autres types. J'en assommai un, en balançai un deuxième par la fenêtre (que j'ouvris préalablement), frappai le troisième avec assez de force pour lui refaire le portrait sans le tuer, et terminai en attachant le dernier avec du scotch renforcé que j'avais été cherché dans le garage, non sans le frapper une ou deux fois. Peut-être un peu plus, juste de quoi l'amocher pour qu'il se souvienne de ça en se regardant dans le miroir pendant quelques temps. Je faisais juste attention à ne pas les tuer, ça aurait été trop doux pour eux.

Une fois qu'ils furent tous hors d'état de nuire, je les entassai dans leur fourgonnette que je poussai sur la nationale, devant le panneau indicateur annonçant l'arrivée dans la ville de Forks. Je fermai à clé et la jetai au loin. C'était juste pour ma satisfaction personnelle, parce que vu comme je les avais laissés, il y avait peu de risques qu'ils se sauvent tous seuls. Je les entendis me menacer, puis crier misérablement à l'aide, ce qui me fit encore plus plaisir. Ensuite je retournai à la villa, et tout en m'agenouillant auprès de Bella, j'appelai la police. La réceptionniste nota tout en vitesse, et me remercia pour l'information. Je balançai le téléphone sur le canapé, et me concentrai sur mon… amie.

Elle était étendue au sol, ligotée les mains dans le dos, inconsciente. Sans geste brusque, je la détachai, veillant à ne pas l'abîmer plus. Et ensuite ? Qu'est-ce qu'on doit faire ? Mes souvenirs humains étaient rares, et je ne tenais pas à me les rappeler maintenant. Est-ce que je devais appeler la chère Gladys ? Cependant, je ne voulais pas prendre le risque d'être découvert. Je décidai de procéder par étapes. D'abord, essayer de la réveiller. Je filai à la cuisine humidifier un torchon que je tamponnai sur le visage de la jeune fille. Celle-ci tourna le visage en grimaçant, puis elle se mit à délirer.

-Ce n'était pas pour… le château… papa va bien… Il ne veut pas… Le moulin a dit oui… j'ai mangé l'avion… Non ! Pas ça !

Elle se débattit contre le vent. Je la transportai rapidement jusqu'à son lit, où elle continua à débiter des paroles sans queue ni tête, criant parfois. J'avais beau lui dire que tout allait bien, elle ne semblait pas m'entendre. Alors je la laissai se débattre, veillant simplement à ce qu'elle ne se fasse pas mal.

Et soudain, alors que je passai mes mains sur son visage bouillant, elle se calma mais eut du mal à respirer, cherchant son oxygène.

-C'est fini Bella, c'est fini. Calme-toi s'il te plaît.

La jeune fille se calma. Elle grimaçait tout en bougeant la tête, comme si elle cherchait à sortir de l'inconscience.

-Ne t'agite pas. Le boutonneux est parti, et ses amis aussi. Ils ne reviendront pas t'embêter, promis. Je suis là, je veille sur toi.

Elle sourit légèrement lorsque j'évoquai cet abruti de Newton, avant de frissonner. J'allai chercher une couverture supplémentaire que je mis par-dessus la couette épaisse et deux autres couvertures. Bella soupira, puis sa respiration redevint régulière. Il pleuvait dehors, et les gouttes sur les fenêtres faisaient un bruit apaisant.

J'avais envie de retourner mettre une raclée aux salauds qui avaient osé venir ici et briser notre sérénité. Pire, ils avaient osé brutaliser Bella, mon humaine. Il n'y avait que moi qui avais ce droit. Mes poings se serrèrent, mais heureusement pour eux, j'entendais les sirènes des flics, qui devaient être en train de se demander ce que faisaient ces idiots enfermés dans leur camionnette. Je n'avais pas peur qu'ils racontent ce qui s'était passé, parce qu'ils avaient peur que je les retrouve. Quand je les avais laissés, ils n'arrivaient toujours pas à comprendre comment j'avais fait pour aller aussi vite, avoir une telle force, et ils ne comprendraient jamais.

Quand je fus certain que Bella ne se réveillerait pas, et qu'elle s'était calmée pour de bon, je sortis marcher aux alentours de la villa, m'assurant que tout allait bien. C'était en faisant cela que je compris d'où venait mon malaise, pourquoi je tendais l'oreille pour entendre le moindre bruit. J'avais eu peur. Mais pourquoi ? Pourquoi avais-je eu peur ? Est-ce que j'avais laissé des traces compromettantes sur moi ? Non, puisque je n'avais rien de matériel, à part mes nombreux faux papiers que j'avais caché dans une bouche d'aération. Est-ce que ça pouvait être en rapport avec ma maison ? Non, puisque je pouvais réparer n'importe quel truc moi-même. Peut-être que c'était la peur de voir arriver la police sur les lieux, peur qu'ils restent longtemps et qu'ils viennent envahir mon espace ? Ce n'était quand même pas… Est-ce que j'aurais eu peur pour Bella ? Le petit resserrement dans mon estomac me répondit. Visiblement, oui, j'avais eu peur pour Bella Swan.

C'était la première fois que j'avais peur pour quelqu'un depuis ma mort. J'avais été triste pour Elisabeth, mais jamais je n'avais eu peur. Bien sûr, je n'étais pas assez vantard pour croire que de mon vivant, la peur avait aussi été un sentiment inconnu. Seulement, j'aurais cru qu'après ma mort, je n'aurais plus à l'expérimenter, puisque rien ne pouvait me détruire, et que je n'avais plus personne pour qui avoir peur, après le décès de mes parents. Il semblerait que je me sois trompé. Bella avait été la deuxième personne à me toucher depuis mon trépas, la première ayant été la petite Bishop.

Tout en veillant à la sécurité de Bella et la villa, je respirai l'air pur, afin d'être prêt à rester près de mon amie pendant plusieurs heures d'affilées. Je ne savais pas comment se passeraient les prochaines heures, et surtout, j'espérais que la chute de Bella n'aurait aucune conséquence. J'avais lu, dans un livre médical, qu'il fallait vérifier des constantes après un coup à la tête. Est-ce que je devais le faire aussi ? Est-ce que son délire était mauvais signe ? Qu'est-ce que j'allais faire si quelque chose allait mal ? Je tirai sur mes cheveux, complètement indécis pour la première fois depuis… ma mort.

J'allumai l'ordinateur de Bella et enregistrai les différentes choses à faire suite à un choc à la tête, puis allai auprès de la jeune fille. Celle-ci dormait profondément, c'est pour cela qu'il me fallut une bonne minute pour la sortir du sommeil.

-Edward, laisse-moi dormir, grogna-t-elle doucement, murmurant si bas que si j'avais été en vie, je ne l'aurais pas entendue. J'ai mal au crâne…

-Alors ouvre les yeux, que je puisse te donner de quoi te soulager.

Elle s'y reprit à plusieurs fois, mais finalement, au bout de seize secondes, Bella battit des paupières avant de les relever partiellement.

-Éteins la lumière, gémit-elle.

-Tu râles, alors tu vas bien, pouffai-je en lui tendant deux comprimés que je venais juste d'aller chercher. Je t'embêterai plus tard, alors profite bien de ton repos.

Elle prit les gélules dans sa main avant de les avaler. Jugeant qu'elle n'avait pas de problème de vision trouble ou double, je la laissai tranquille. C'est avec le sourire que je la regardai se rendormir, avant de retourner à ma lecture. Je décidai que si je trouvais quelque chose de suspect, j'appellerai un médecin ou les urgences. Mais ce n'était qu'une solution de dernier recours, parce que je n'aimais pas laisser des intrus venir ici. Même Gladys n'était pas forcément la bienvenue, de mon point de vue s'entend.

Finalement, le reste de la nuit se déroula bien, si ce n'est que Bella n'était pas très coopérative. Mais c'était digne d'une humaine casse-pieds, n'est-ce pas ?

Au petit matin, alors que je m'amusais avec un jeu vidéo sur l'ordinateur de Bella, confortablement installé dans le couloir en face de sa porte ouverte, je l'entendis grommeler.

-Edward ! Baisse ce foutu son !

Je mis le jeu sur pause avant de la rejoindre. Elle divaguait à nouveau, tout bas. Ses paroles étaient soufflées, tellement doucement que j'avais du mal à les entendre, mais le peu que je comprenais me donnait encore envie de frapper Newton et ses copains.

-Non, pas ça… Ce n'est pas à moi… Pourquoi il n'est pas là ? Il m'a abandonnée…

Je passai ma main sur l'arrière de son crâne, là où une belle bosse avait pris place. Bella grimaça en s'éloignant. Elle battit des paupières avant d'ouvrir les yeux.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? S'enquit-elle en se relevant doucement. J'ai l'impression qu'un tank m'est passé dessus.

-Ton cher copain séducteur a voulu se faire un peu d'argent de poche, résumai-je. Et à première vue, ses collègues ont trouvé que tu étais de trop. Tu étais très belle dans ce déguisement !

La jeune fille me jeta un regard en biais.

-Tu ressemblais à un saucisson, ne pus-je m'empêcher de dire en souriant.

Elle se prit la tête dans les mains en soufflant.

-Est-ce que tout va bien ? Demandai-je, inquiet.

Bella s'effondra en avant, et je la retins avant que sa tête se parte trop en avant. Autant prévenir les torticolis, non ? Je la rallongeai tandis qu'elle se tournait sur le côté.

-Merci Edward. Je crois que je t'en dois une. Je vais te surnommer « le fantôme qui tombe à pic ».

Je ris de sa comparaison avec la série télé. Elle parlait bas, d'un ton las.

-Est-ce que tu vois des éléphants roses ?

Cette fois, ce fut elle qui émit un très léger rire.

-Non, je vois un fantôme qui refuse de me laisser la villa. C'est grave docteur ?

-Je vous recommande du repos, mademoiselle Swan. La prochaine fois, essayez de ne pas foncer tête baissée.

-Eh ! S'outra-t-elle faiblement. Je croyais que c'était un animal qui était entré par la cave. Et puis, qu'est-ce que j'aurais pu faire ? Ils m'auraient bien remarquée, parce que je pense qu'ils ont dû vérifier toutes les pièces. Je n'avais même pas une batte de baseball pour me défendre.

-Même si tu en avais eu une, tu n'aurais pas tenu une seconde, me moquai-je. Tu as pensé à un animal, et pas à moi ? Je suis choqué.

Alors que je ne m'y attendais pas du tout, elle prit ma main. Je regardai nos mains jointes, avant de relever le regard vers son visage : elle avait une nouvelle fois fermé les yeux.

-Toujours pas de nausées ? M'enquis-je avant qu'elle ne se rendorme.

-Non, mais j'ai à nouveau mal au crâne.

Je lui apportai immédiatement des cachets, qu'elle prit sans rechigner.

-Ne pars pas Edward. Pas tout de suite.

Sa demande me toucha. Je l'observai se reposer, parce que je savais qu'elle ne dormait pas. Son rythme cardiaque me le prouvait. J'allai juste récupérer l'ordinateur et recommençai à jouer en sourdine. Le silence était roi, seuls les battements du cœur et la respiration de Bella résonnaient dans ma tête.

Pov Bella

J'entendais les doigts d'Edward taper sur les touches du clavier de mon ordinateur, mais ce simple son remplissait mon esprit, à la manière du carillon d'une cloche. Pourtant sentir la présence glacée d'Edward était réconfortant, alors même si j'avais un bon mal de crâne qui m'empêchait de me lever ou même de parler, je ne dormais pas, me contentant de ne penser à rien, ou presque.

Je me souvenais de mon appréhension en voyant l'arme dans la main de Mike braquée sur moi. Lorsque j'avais fait mine de partir, il avait paru si déterminé, que j'étais certaine qu'il n'hésiterait pas à tirer, même non intentionnellement. Ensuite, il y avait eu le bruit assourdissant, puis la détonation. C'est en basculant en arrière que je compris que Mike avait tiré, et que j'allais mourir. Étrangement, je n'avais pas peur, parce que j'allais pouvoir rejoindre mon père. Je croyais Edward quand il avait dit que mon père n'était pas un fantôme. Alors, si Charlie n'était pas un revenant, c'est qu'il était dans l'au-delà. Je n'y avais jamais cru jusqu'à présent, mais depuis ma rencontre avec Edward, j'avais envie d'y croire. Je fus donc reconnaissante de sentir une écrasante douleur, bien qu'un peu triste de quitter Edward.

Je ne pouvais pas dire que j'avais revu Charlie. J'avais vu des tas de films et lu des livres où le personnage voyait un ami ou un parent décédé. Mais moi, je n'avais vu personne, et surtout pas mon père. Alors soit je n'étais pas morte, soit ce qu'on racontait aux enfants sur les anges, le paradis et l'enfer était bidon. A bien y réfléchir, je ne devais pas être bien morte, puisque j'avais mal à la tête, plus précisément à l'arrière. J'avais juste mal, mais pas moyen de bouger pour tenter de me soulager.

Je m'endormis et me réveillai plusieurs fois, mais Edward fut là à chaque fois, veillant sur moi et ma santé.

Je ne sus pas combien de temps je passai à délirer, divaguer, ou je ne sais quoi, mais finalement, je réussis à sortir de la chape de plomb. Des bruits étranges me parvenaient, et il me fallut un bon moment avant de comprendre de quoi il s'agissait.

-Edward ! Baisse ce foutu son !

Je dus me rendormir, puisque ce fut une sensation de glace sur mon crâne qui me fit ouvrir les yeux. Certes, j'eus besoin de m'y reprendre à plusieurs fois, mais j'y arrivai assez bien puisque le visage de mon fantôme apparut dans mon champ de vision.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? Demandai-je en m'asseyant doucement, reprenant lentement mes esprits. J'ai l'impression qu'un tank m'est passé dessus.

Edward fit un sourire moqueur, avant de me répondre.

-Ton cher copain séducteur a voulu se faire un peu d'argent de poche. Et à première vue, ses collègues ont trouvé que tu étais de trop. Tu étais très belle dans ce déguisement !

Je le regardai de travers, sachant que je n'allais pas forcément apprécier la suite. Je revoyais les images du frère de Mike, de la brutalité qu'avait utilisé le cambrioleur lorsqu'il m'avait attrapée pour m'empêcher de fuir, puis lorsque l'on m'attacha.

-Tu ressemblais à un saucisson, précisa-t-il en souriant niaisement, très amusé visiblement.

Je voulais m'énerver, et je pense que j'y réussis trop bien. Une douleur fulgurante traversa mon crâne. Je tentai de la juguler en tenant ma tête, mais je n'y réussis pas. Je me sentis nauséeuse avant d'être sans force. Je dus basculer puisque je repris mes esprits allongée, les mains d'Edward soutenant mon cou de ses mains glacées. C'est à cet instant que je pris conscience que c'était lui qui m'avait sauvé la vie. La balle n'avait pas dû me toucher, puisque seul l'arrière de mon crâne était douloureux, endroit où j'avais dû toucher le sol en tombant.

Et à présent, il s'occupait de moi, ce qui m'étonnait encore.

-Merci Edward, dis-je avec gratitude. Je crois que je t'en dois une. Je vais te surnommer « le fantôme qui tombe à pic ».

Un rire bas me répondit, mais il n'était pas moqueur ou ironique. Il me demanda si je voyais des éléphants roses, et je ne pus que rire, autant que me le permettait la douleur.

-Non, je vois un fantôme qui refuse de me laisser la villa. C'est grave docteur ?

Il secoua la tête négativement.

-Je vous recommande du repos, mademoiselle Swan. La prochaine fois, essayez de ne pas foncer tête baissée.

-Eh ! Me vexai-je. Je croyais que c'était un animal qui était entré par la cave. Et puis, qu'est-ce que j'aurais pu faire ? Ils m'auraient bien remarquée, parce que je pense qu'ils ont dû vérifier toutes les pièces. Je n'avais même pas une batte de baseball pour me défendre.

-Même si tu en avais eu une, tu n'aurais pas tenu une seconde, railla-t-il. Tu as pensé à un animal, et pas à moi ? Je suis choqué.

Ne voulant pas continuer à me disputailler, je pris sa main. J'espérais ne pas le faire fuir, pourtant ça avait été plus fort que moi, parce que j'avais eu besoin de m'assurer qu'il restait là, même si j'avais les yeux fermés.

-Toujours pas de nausées ? Se renseigna-t-il.

-Non, mais j'ai à nouveau mal au crâne.

Il dégagea sa main doucement, avant de m'apporter de nouveaux antalgiques. Je ne voulais pas le voir repartir. Depuis mon arrivée ici, après les premières frayeurs qu'il m'avait causées (un jour où il faisait les carreaux tandis que je nettoyais l'argenterie, immobilisée par mon plâtre, il m'avait raconté - très amusé - tout ce qu'il avait inventé pour me faire partir), j'avais appris à le connaître, et surtout à l'apprécier. La preuve : avant que Mike et ses « copains » ne viennent dévaliser la villa, je songeais presque à le laisser gagner !

-Ne pars pas Edward, soufflai-je, lasse. Pas tout de suite.

Je n'entendis plus rien, si ce n'est le son des touches de mon ordinateur tandis qu'Edward jouait, si j'en jugeais par ses jurons étouffés. Je restai ainsi, les yeux fermés, sans trop réfléchir. Je ne voulais pas penser à ce qui allait suivre. Qu'allaient dire les propriétaires ? L'employée de l'agence commerciale ? Et Gladys ? A coups sûrs, elle allait vouloir rester ici, m'obliger à vivre avec elle, ou même accepter que je reste ici avec une surveillance vidéo 24 heures sur 24.

Derrière mes paupières closes, je vis le jour grandir, la chambre s'illuminant au fur et à mesure. Mon ventre gronda, mais je n'étais pas sûre de pouvoir avaler quelque chose.

-Il faudrait songer à te lever Bella, me fit remarquer Edward. Tu fais autant de bruit que le tonnerre roulant dans une vallée encaissée.

Je soupirai avant de me redresser. Mon revenant préféré avait posé l'ordinateur au sol, et ouvrait la fenêtre. L'air frais entra, me faisant frissonner.

-Tu tiens à me faire attraper une pneumonie ? Grinçai-je.

-Tu es bien trop résistante, dit-il presque désinvolte en haussant les épaules. Va te chercher à manger.

J'obéis à moitié : munie d'une tasse de thé chaud et d'un sandwich au beurre de cacahuètes, je m'installai sur le canapé, un plaid sur les genoux. Edward arriva peu après, s'asseyant loin de moi. Je regardai les informations locales à la télévision. Une journaliste au brushing impeccable parlait à la caméra, devant une camionnette taguée.

-La police a été appelée dans la nuit, et cinq jeunes gens ont été retrouvés. Ils ont avoué le cambriolage de trois villas en dehors de Forks, et plusieurs objets ont été trouvés dans le véhicule.

Je trouvai étrange le fait que je n'ai pas été contactée, et demandai des explications à Edward. Celui-ci haussa les épaules avant de regarder ses ongles.

-Il est possible qu'ils mettent un moment avant de trouver quelles villas ont été visitées. C'est fou comme la peur fait perdre la mémoire !

Il ricana. Je n'eus pas la force de m'énerver.

-J'espère juste que tu ne leur as pas fait de mal, soupirai-je.

-Tu te moques de moi ? C'était drôle, tu aurais dû voir leur tête ! Cette villa n'est pas la seule qu'ils ont cambriolée, et j'ai récupéré tous les objets qui m'appartiennent.

-Ce n'est pas à toi, rétorquai-je. Tu t'incrustes ici, tu te souviens ?

-Façon de parler, balaya-t-il d'un geste de la main. Je te disais juste qu'à moins que tu le dises à ta chère amie la policière, personne ne saura que ces crétins sont venus ici.

-Pourquoi avoir fait ça ?

-Je n'aime pas les visiteurs, ronchonna mon ami.

-Je m'en étais rendue compte. Je suppose que tu t'attends à ce que je garde le silence moi aussi ?

Il ne répondit pas, alors j'eus ma réponse.

-Edward, je peux te poser une question ?

-Dis toujours ! Je ne répondrai peut-être pas, mais essaye toujours.

-Quand je t'ai offert les journaux, tu t'es mis en colère en en lisant un. Pourquoi ?

Edward pinça les lèvres, en me regardant fixement. Allait-il me donner une réponse ?

-C'était le journal du lendemain de ma mort, dit-il finalement en baissant les yeux. Je n'aurais pas dû me mettre en colère, mais je n'arrive pas à garder mon calme. Je déteste ce jour, et chaque année, c'est juste… insupportable, parce que j'aurais dû vraiment mourir, pas revenir sous cette forme. Je suis désolé si je t'ai surprise, mais c'est une réaction quasi-involontaire.

Je me posai une question très déplacée : y avait-il un article sur lui ? Sur sa disparition ? Y avait-il eu des recherches ? Cependant, je savais que demander ça le mettrait à nouveau en colère, et ça aurait été méchant de ma part. Je décidai de changer de sujet, puisqu'il semblait enclin à me donner des réponses pour une fois.

-Et comment ça se fait que tu puisses toucher les objets sans passer à travers ? Que je puisse moi aussi te toucher ? Je croyais que les fantômes n'avaient pas de substance.

Edward haussa les épaules avant de répondre.

-Je le croyais aussi. Pour moi, un fantôme, ça passe à travers les murs, ça agite ses chaînes en faisant « bouhouhouhouh ! », mais les histoires racontées aux enfants ne sont sans doute pas très vraies. J'ai été étonné quand j'ai pu toucher un arbre, puis quand j'ai dû ouvrir une fenêtre pour entrer dans une maison. Cependant, je suis content de pouvoir attraper des objets, ou même te toucher et le sentir, parce que ça me permet de vivre, au moins un peu, comme vous, les vivants. C'est un ersatz de vie, mais ça m'a aidé à ne pas sombrer dans une profonde dépression ou la folie.

Le silence s'installa, sans que je ne trouve à commenter ses paroles. J'avais aussi des préjugés sur les fantômes, mais lorsque j'avais commencé à croire aux affirmations du revenant, les premiers jours de notre rencontre, j'avais tout renié. Si Edward pouvait tout toucher sans passer à travers, alors c'est que les fantômes (s'il y avait d'autres revenants) avaient cette caractéristique. Finalement, je m'endormis rapidement devant le film qui commença après le bulletin d'informations.


A mon réveil, c'était le crépuscule. Edward n'était plus là, mais il avait placé sur la table basse, bien en évidence, deux sacs de Mc Donald d'où s'échappait l'odeur si typique des sandwichs. Comment avait-il fait ? Le fast-food le plus proche était à Port Angeles ! Je m'assis pour ouvrir le premier sachet : deux boissons, un carton de nuggets, un royal cheese, un Big Mac, un filet-O-fish, et un CBO Chiken. Dans l'autre : des frites, une salade Caesar, une salade au bacon, une salade Southwest au poulet grillé, une tarte aux s'moores et un Fruit & walnuts. En somme, il avait pris de tout, même pour le dessert. Je secouai la tête.

-Qu'est-ce que tu as encore fait Edward ? Tu ne connais pas le non-démesuré ?

Qu'est-ce que j'allais faire de toute cette nourriture ? Je pouvais toujours demander à cet idiot de fantôme d'aller porter ça à un foyer de SDF ? Je pris néanmoins le royal Cheese, et commençai à manger tout en zappant. Pourquoi payer autant de chaînes alors qu'il n'y avait rien de bien intéressant durant de longues heures dans la journée ? J'arrêtai ce ballet de programmes sur Les Simpson, n'ayant pas trop envie de réfléchir. Je grignotai mes frites, croustillantes à souhait, et pas trop salées, admirant les bêtises de Bart, souvent étranglé par son père. Alors, forcément, je repensai à Charlie. J'avais vraiment cru que j'allais pouvoir le revoir lorsque Mike avait tiré, mais à présent, je doutais que je pourrais réellement le retrouver. Après tout, Edward avait dit qu'il n'avait jamais vu un autre fantôme, alors il était peut-être l'unique revenant de l'histoire ?

Après mangé, je me levai et regardai autour de moi : cela faisait deux jours que je n'avais pas fait le ménage, et pourtant, pour une fois, je ne trouvais pas la pièce sale. C'était une première depuis mon arrivée ici. Est-ce que ça signifiait quelque chose ? Cependant, je ne poussai pas plus mon investigation mentale puisque je me levai, rangeai les sacs du fast-food dans un placard et nettoyai la table basse qui, elle, était pleine du gras des sachets. Je passai plusieurs fois, pour être sûre que ça soit propre, puis je cherchai le journal qu'Edward avait froissé. Après cinq minutes de recherches dans la corbeille à papier, je ne trouvai rien, aussi compris-je que le fantôme l'avait détruit ou emporté. Déçue de ne pas avoir la réponse, je montai me doucher.

Cette douche m'aida à recouvrer mes forces. Une fois propre, je m'habillai, me préparant à sortir en ville. J'avais besoin de chocolat et de shampoing. N'ayant pas envie de me lancer dans une tâche ménagère à dix-sept heures, je préférais voir du monde. Je commençai ma tournée par une visite au poste de police. Un flic me salua en sortant, me tenant la porte pour que j'entre. Gladys était au téléphone, aussi m'assis-je sur le comptoir, juste à côté d'elle, le dos tourné à la porte d'entrée.

-Oui, calmez-vous Anna, disait-elle calmement. Une patrouille est en route, ils vont vous aider. Une ambulance les suit. Non Anna, restez au téléphone. Respirer doucement. Vous entendez les sirènes ? Bien, alors ne raccrochez pas, mais sortez faire signe aux agents.

Elle me fit un petit signe de salut de la main, avant de reprendre.

-Bien, alors à plus tard Greg ! Terminé.

Elle enleva son casque et se leva pour me prendre dans ses bras.

-Hey ma belle ! Comment vas-tu ?

-Bien Gladys, et toi ?

-Comme tu le vois, toujours occupée ! » Elle se rassit, héla un de ses collègues pour lui demander deux canettes de soda. « Alors, la villa tient toujours debout ?

Mon amie se moquait de moi souvent, avançant que je la nettoyais trop souvent, et que j'allais user les murs, les fragilisant jusqu'à les faire tomber.

-Tout est toujours aussi solide qu'avant. Et je n'ai touché à aucun produit ménager aujourd'hui !

Elle mit sa main sur mon front avant de la retirer vivement et la secouer, comme si je l'avais brûlée.

-J'ai entendu parler d'un cambriolage, lançai-je l'air de rien. Près d'ici, c'est ça ?

-Saleté de journalistes, grommela la réceptionniste. Ils sont toujours là quand on voudrait taire quelque chose. On a retrouvé les deux fils Newton et trois autres petits voyous dans une camionnette, en piteux état. Ils refusaient qu'on s'occupe d'eux, mais l'un d'entre eux était couvert de coupures, dont certaines plutôt profondes, et une fracture du bras droit.

-Où sont-ils maintenant ?

-En bas, dans des cellules séparées. Ils ont avoué le cambriolage de trois propriétés, et ils attendent leur avocat. Tu aurais dû voir Madame Newton », rit-elle. « Elle était toute rouge, et elle a carrément frappé Mike avec son parapluie !

Je ris, ayant l'image mentale de la scène. Cependant, j'étais soulagée parce qu'aucun n'avait visiblement prononcé mon nom, ou même mentionnée la villa ni Edward. Ça aurait fait drôle si Mike et ses copains parlaient d'un fantôme, n'est-ce pas ?

-Ils risquent quoi ? M'enquis-je.

-Quelques mois à quelques années de prison, et une amende. L'enquête permettra de savoir qui est, ou qui sont, à l'origine de l'idée et la part de responsabilité de chacun. Mais d'après ce que j'ai pu comprendre, Mike a juste suivi les autres. Je pense que le juge va le laisser sortir avec juste une caution. Mais pourquoi tu t'y intéresses ?

-Comme ça, dis-je en haussant les épaules. Ça aurait pu être chez moi.

-Il ne faut pas avoir peur Bella. Dany Newton et ses copains de Port Angeles vont avoir d'autres chats à fouetter dans les semaines à venir. Une chose m'étonne, et je ne suis pas la seule à être intriguée : quand ils ont été sortis du véhicule, et même deux heures après, ils bégayaient, et ils regardaient partout autour d'eux. Et ils refusent de dire comment ils se sont retrouvés amochés et enfermés, ni comment ça se fait que la clé du camion a été retrouvée à plusieurs centaines de mètres d'eux.

-Peut-être un des propriétaires, furieux, qui ne veut pas être accusé et qui leur a fait peur, suggérai-je aussi naïvement que possible.

-Ce serait bizarre, mais possible. On verra bien si leur avocat va réussir à les faire parler.

-Ils ont peut-être abusé de l'héroïne ! Pouffai-je.

Gladys me regarda bizarrement, avant de sourire.

-Qui sait ! Que fais-tu pour Noël ?

Je n'eus pas le temps de répondre que le téléphone sonna, et Gladys remit son casque avant d'appuyer sur la touche pour décrocher. Rassurée par notre conversation, je lui fis un petit signe de la main puis sortis du poste de police. Je me rendis au petit magasin, et pus faire mes achats en toute tranquillité. En ressortant, je vis la mère de Mike et Dany qui sortait de sa voiture, un parapluie cassé à la main. Je dus retenir mon sourire, observant la scène : madame Newton claqua la porte de son magasin, mit la pancarte « Fermé », et toute la ville put entendre le couple se disputer, et même des objets se briser. Plusieurs habitants, des hommes comme des femmes, sortirent de chez eux, tendant l'oreille pour entendre. Preuve que plus la ville est petite, plus les gens adorent les commérages et se mêler de la vie de leurs voisins.

Après avoir mis mes emplettes dans le coffre, je fis un détour par le fleuriste, achetai sept lys blancs avant de me rendre au cimetière. Je marchai lentement, remontant les allées d'herbes et de pierres blanches, signalant les emplacements des tombes, jusqu'à celle de mon père. Une plaque de marbre blanc était posée au sol, et quelques mots y étaient gravés :

A Charlie Swan,

Shérif dévoué à sa ville et son travail,

Père aimé trop tôt disparu,

Pour toujours dans nos cœurs.

De nombreuses gerbes de fleurs étaient déposées autour de la plaque, ainsi que de multiples bouquets. Charlie était très apprécié des habitants de Forks, et je pouvais le voir à chaque fois que je sortais. Dès que je croisais quelqu'un, j'étais soit saluée avec respect, soit accostée. Parfois, la personne me racontait une anecdote. C'était souvent les personnes âgées, et des gens du même âge que mon père qui me confiaient ces histoires. J'attendais d'être à la villa pour pleurer, parce que chaque récit, chaque parole le concernant me rappelait que j'étais arrivée trop tard. Quand je venais me recueillir, je ne pouvais pas me retenir de verser mes larmes, et j'étais toute retournée. Ces visites ne m'apaisaient toujours pas, tant j'étais bourrée de remords.

Mais aujourd'hui, je venais ici en paix. J'avais cru que mon temps parmi les vivants était arrivé à son terme, j'avais cru rejoindre Charlie. Et pourtant, j'étais étrangement sereine. Peut-être parce que j'avais cru voir la mort, et que ça me faisait relativiser. Il était temps de faire mon deuil, de le commencer correctement. C'est pourquoi je m'agenouillai et déposai mes fleurs devant la plaque. Jusqu'à présent, je trouvais idiots ceux qui parlaient à voix haute à leurs défunts dans les films, mais j'avais compris que dire tout haut ce qu'on pensait aidait à évacuer le chagrin.

-Bonjour papa, dis-je doucement. Je sais que je ne suis pas venue ici souvent… Je me sens idiote à parler toute seule, mais… Si tu savais comme je m'en veux ! J'en veux à maman, mais surtout à moi. J'aurais dû insister plus, ou même fuguer…

-Je ne suis pas sûr qu'une fugue aurait plu à ton père, chantonna une voix horripilante.

Je tournai la tête vers un groupe de buissons, pour voir Edward allongé dans l'herbe, sa main droite soutenant sa tête.

-Edward ! Fulminai-je tout bas. Qu'est-ce que tu fais là ?

-Je m'assure que tu vas bien, dit-il en haussant les épaules. Et puis, ça m'amuse tellement de te voir devenir toute rouge !

Je vérifiai que le cimetière était désert avant de m'approcher des buissons.

-Fiche le camp ! Et d'abord, est-ce que quelqu'un peut te voir, en dehors de moi ?

-Bien sûr que oui, Bella. Je n'apparais pas qu'aux filles désespérées qui vont bientôt mourir !

-Espèce de… Commençai-je en m'avançant la main levée, prête à le frapper. Je ne suis pas désespérée !

-Tu es frustrée, c'est pareil ! Je suis certain que ton petit Mike t'aurait sauté dessus, s'il n'avait pas fanfaronné sur sa visite à la villa.

-Qu'est-ce que tu racontes ?

Edward décala sa tête de quelques millimètres.

-Tu devrais finir ce que tu es venue faire, sinon la vieille dame au chien va finir par appeler un médecin.

Je me dévissai la tête pour voir au milieu d'une allée une dame, courbée par l'âge, agrippée à une canne d'une main tandis que l'autre tenait un petit chien en laisse. La vieille femme me regardait étonnée, les yeux légèrement écarquillés, la tête penchée sur le côté. A coup sûr, elle devait me prendre pour une folle.

-Tu crois que… commençai-je en me retournant vers Edward, pour m'apercevoir qu'il n'était plus là.

Ne voulant pas passer pour plus démente que je l'étais, je retournai sur la tombe de Charlie. Je restai ce que je supposai de longues secondes, à penser à tout et à rien. Mais surtout à mon père. A son sourire sur les photos, à ses éclats de rire au téléphone, à ses moues boudeuses lors de nos conversations par caméra, à ses anecdotes du travail, à ses rapports de pêche, et à son ironie lorsqu'il évoquait son réfrigérateur rempli de restes de plats tout prêt, de bières et de yaourts. A sa bonne humeur. A ses grimaces quand il s'apercevait qu'il pleuvait. Bref, à nos longues conversations au téléphone, par Skype, ou même à nos mails.

Au fur et à mesure de nos échanges, il m'avait fait découvrir sa maison grâce à quelques photographies (Charlie ne possédait qu'un appareil argentique, avec lesquels il fallait développer une pellicule). Tout d'abord, la visite avait commencé par la cuisine. Il m'avait dit qu'il avait tout rangé et nettoyé exceptionnellement pour prendre la photo, me faisant sourire. Ensuite, ça avait été le salon, mais là, pas de ménage : la pièce était en désordre, avec un carton de pizza au sol, et deux canettes de bière sur la table basse. Un plaid était roulé en boule dans un coin du canapé, et un coussin gisait au sol, devant le sofa, signe que mon père devait poser ses pieds dessus. Il n'avait pas jugé la salle de bain intéressante, mais il m'avait fait des clichés de sa chambre, du jardin, et de sa voiture (qui semblait lui tenir lieu de femme à certains moments. Il m'avait avoué qu'il lui parlait à voix haute, et lui avait donné un petit nom : Lily).

Une fois, il m'avait expliqué que ma chambre d'enfant était restée telle quelle, et je lui avais dit qu'il pouvait s'en servir comme bureau ou chambre d'amis. Plusieurs jours plus tard, il m'avait annoncé tout fier qu'il avait refait la pièce. Il avait fait des photos, et il me les montra pendant notre échange vidéo.

-J'ai peins les murs en taupe clair, ça te plait ?

-Oui, c'est bien, ça éclaire la pièce. Avec un peu de chance, un rayon de soleil l'éclairera un jour !

Charlie avait éclaté de rire, avant de me montrer un autre cliché. On voyait la pièce dans son ensemble, avec en son milieu un lit double, avec un couvre-lit mi-blanc et mi-bordeaux. Contre un mur, plusieurs étagères supportaient des livres, des photos de moi que je lui avais envoyées, et des coquillages. Les rideaux étaient jaune doré, légèrement délavés, d'une façon qui ne les rendait pas moins beaux. Et au centre du lit, une peluche : un petit ours, figure locale de la faune. Une des rares que ma mère avait oubliée en partant avec moi. Le ventre était brun clair, alors que le reste du corps était foncé.

-Si un jour tu viens, je veux que tu aies une chambre à ton goût, avait-il dit. Mais si tu veux que je change quelque chose…

-Non papa, c'est très beau, ne change rien, avais-je souri.

Il avait quand même tenu à y ajouter une lampe de sel, et un attrape-rêve fabriqué par un ami indien, de la réserve Quileute, au bord de la mer. Puis ça avait été un tableau représentant les falaises de Forks. Après, ce fut une peluche (un petit chat) qu'il avait reçu après un sauvetage, celui d'un chaton coincé au fond d'un puits.

Une larme roula le long de ma joue, en me rendant compte que Charlie préparait ma venue, espérant qu'un jour, je lui annonce que j'arrivais. Jamais je ne lui avais fait ce cadeau. Je comprenais que j'aurais dû lui dire. J'aurais dû lui annoncer mon intention d'aller le voir, de le rejoindre. Mais je ne l'avais pas fait.

-Je te demande pardon papa, murmurai-je. Si j'avais su…

J'embrassai ma main et la posai sur la plaque de marbre, fermant fortement les yeux pour revoir Charlie derrière mes paupières closes. Puis je me relevai et retournai à la voiture pour rentrer à la villa. Je profitai du retour pour essuyer mes larmes, et me calmer. Edward serait sûrement là à m'attendre, et je ne voulais pas me montrer faible devant lui. Par orgueil, c'était certain, mais ce mec était attirant de manière horripilante. Je n'arrivais plus à me mettre en colère contre lui, surtout quand il me faisait des coups comme au cimetière. Alors je préférais me faire une sorte de carapace.

Ce fainéant de revenant était avachi sur le canapé, vautré devant un match de basketball.

-Tu n'as pas l'intention de m'aider, n'est-ce pas ? Grognai-je en me battant avec les sachets de l'épicerie.

-Non, c'est tellement rigolo de te laisser porter un paquet lourd !

Eh bien, c'en était terminé de la trêve due au cambriolage…


Ce chapitre contenait pas mal de choses, j'espère qu'il vous a plu.

Pour la suite... Aussi rapidement que faire se peut. Pas de fin sadique, donc si je ne peux pas mettre le chapitre dimanche prochain, j'aurais moins de remords.

Merci pour votre soutien, prenez soin de vous. Bonne semaine.

Bisous